Skip to main content

Full text of "Bulletin"

See other formats


BTULLETIINT 


DE  LA  COMMISSION 


DE    LA    MAYENNE 


CRÉÉE    PAR    ARRÊTÉ    PRÉFECTORAL    DU    17    JANVIER    1878. 


DEUXIEME  SÉRIE 
TOME      SIXIÈME 

1893 


LAVAL 

IMPRIMERIE    DE    L.     MOREAU 
1893 


Trimes'iue  de  1893. 


17 


SOMMAIRE  • 

Liste  des  Membres  Titulaires  et  Correspondants,  etc.       7,  8,  11 
Histoire  de  l'Imprimerie  à  Laval,  jusqu'en  1789,  par  M.  l'abbé 

A.   Angot * "1^ 

Recherches  sur  divers  titulaires  de  magistratures,  charges 
et  offices  de  la  ville  et  du  comté  de  Laval,  par  M.  Louis 

DE  LA  Beauluère  (Suite) 57 

Notice  sur  les  Seigneurs   de  Vautorte,  par  M.    l'abbé  Gh. 

Pointeau    (Fin). 93 

Sigillographie  des  Seigneurs  de  Graon,  par  MM.  A.  Ber- 
trand de  Broussillon  et  Paul  de  F  arc  y  f/Smï^J.     .     .     .       118 

Procès-verbal  de  la  séance  du  8  juillet  1892 154 

Nécrologie 156 

Bibliographie  :  L'abhaye  de  Fontaiyie-Bamel  ;  sa  fondation 
et  ses  derniers  jour  s^  par  Edmond  Leblanc;  —  La  mai- 
son de  la  Reine  Bérengère  au  Mans,  par  M.  Robert 
Triger  ;  —  Lettres  intimes  de  Monseigneur  Cohon,  évè- 
que  de  Nîmes,  publiées  par  M.  Prosper  Falgairolle  ;  — 
Un  Moine  au  XIX^  siècle.  Dom  Paul  Piolin,  0.  S.  B. 
{Î817-IS92),  par  Joseph  Denais  ;  —  Tableaux  généalo- 
giques, notices  et  documents  inédits  sur  plusieurs  famil- 
les de  Vitré  et  paroisses  environnantes,  par  J.-G.  Frain 
de  la  Gaulairie;  —  Le  Doigt  de  la  morte,  par  M.  l'abbé 
A.  Ledru  ;  —  Etudes  pour  servir  à  l'histoire  et  à  Vin- 
terprétation  des  noms  de  lieuœ,  par  L.  Ricouart  ;  — 
Ecrits  inédits  de  Saint-Simon,  par  P.  Faugère  ;  tomes 
VII  et  VIII,   publiés  par  le  V*^  S.   Menjot  d'Elbenne.     .       157 

Gravures  : 

1  à  7.  Frontispices  d'anciens  ouvrages  imprimés  à  Laval.  21,23 

25,  31,  33,  47,55 

8.  Sceau  de  Guillaume  I,  1345  et  1357 124 

9.-10.  Sceau  et  contre-sceau  des  causes  de  Morannes,  1361.       124 

11.  Sceau  des  causes  de  la  vicomte  de  Ghâteaudun,  1387-1389.       125 

12.  Sceau  de  Marguerite  de  Flandre.      .......       125 

13.  Signet    de  Patrj  de  Sourches,  seigneur  de    Malicorne, 

1347 130 

14.  Sceau  de  Guy  de  Graon,  1389.      ........  131 

15.  Sceau  de  Renaud  de  Maulevrier,  1379 lo3 

16.  Sceau  de  Hervé  de  Mauny,  1388.      .......  134 

17.  Blason  de  Mauny,  voûte  de  la  Ghapelle-Saint-Rémy.     .  135 


COMMISSION 
HISTORIQUE  ET  ARCHÉOLOGIQUE 

DE  LA   MAYENNE 


BXJLL,ETI]Sr 


DE  LA  COMMISSION 


DE   LA   MAYENNE 


CRÉÉE   PAR   ARRÊTÉ    PRÉFECTORAL   DU   17    JANVIER   1878. 


DEUXIEME  SERIE 

TOME     SIXIÈME 

1893 


LAVAL 

IMPRIMER!!:     Di;     I   .     MOREAU 


1893 


MEMBRES  DE  LA  COMMISSION 


Membres  Titulaires  MM. 

ANGOT  (l'abbé),  à  Louverné  (Mayenne)  ; 

Tancrède  ABRAHAM  Q  I.  P.,  conservateur  du  musée  de 
Château-Gontier,  correspondant  du  Ministère  des  Beaux- 
Arts,  Château-Gontier  et  Paris,  15,  rue  Vignon; 

C*«  DE  BEAUCHESNE,  au  château  de  Torcé,  par  Ambrières 
et  à  Paris,  6,  rue  Boccador  ; 

Henri  de  LA  BROISE  ►î<,  membre  de  plusieurs  Sociétés 
savantes,  à  Laval,  et  Paris,  26,  Avenue  de  Wagram  ; 

CHEDEAU,  Président  de  la  Société  d'Archéologie,  Sciences, 
Arts  et  Belles-Lettres  de  la  Mayenne,  à  Mayenne  ; 

COUANIER  DE  LAUNAY  (l'abbé),  chanoine  de  Laval,  rue 
Marmoreau,  à  Laval  ; 

De  FARCY  (Paul),  Inspecteur  de  la  Société  française  d'Ar- 
chéologie pour  le  département  de  la  Mayenne,  à  Château- 
Gontier  ; 

FLOUCAUD  DE  FOURCROY  O.  ^,  ingénieur  en  chefdes 
ponts-et-chaussées,  à  Laval,  Vice-Président  de  la  Commis- 
sion d'architecture  ; 

GARNIER  (Louis),  architecte,  inspecteur  des  édifices  diocé- 
sains, à  Laval,  membre  de  la  Commission  d'architecture  ; 

HAWKE,  ancien  architecte  du  département,  membre  de  la 
Commission  d'architecture  ; 

LEBLANC,  avocat,  ancien  député,  conseiller  général,  à 
Mayenne  ; 

LECOMTE  j^,  ingénieur  des  ponts  et  chaussées,  à  Laval, 
membre  de  la  Commission  d'architecture  ; 

LEMONNIER  DE  LORIÈRE,  conseiller  général,  à  Epineux- 
la-Séguin  ; 

O'MADDEN,  propriétaire,  à  Château-Gontier; 

De  MARTONNE,  ancien  élève  de  l'École  des  Chartes,  archi- 
viste de  la  Mayenne  ; 


-  8  — 

MOREAU  (Emile)  Q  ,  membre  de  plusieurs  Sociétés  savantes, 
à  Laval  ; 

PERROT  (Ernest)  Q,  propriétaire,  membre  de  plusieurs 
Sociétés  savantes,  à  Laval  ; 

L'abbé  POINTEAU,  aumônier  de  l'Hospice,  a  Craon; 

RICHARD  O,  archiviste-paléographe,  correspondant  du  Mi- 
nistère des  Beaux-Arts,  1,  rue  Saint-Mathurin,  à  Laval  ; 

D'  SOUCHU-SERVINIÈRE  O,  membre  de  plusieurs  So- 
ciétés savantes,  à  Laval. 

COMPOSITION   DU   BUREAU 


Président,  M.  Floucaud  de  Fourcroy  Ô.  ^  ; 

M.  l'abbé  Couanier  de  Launay 

M.  E.  Perrot  Q  ; 
Secrétaire  général^  M.  E.  Moreau  Q  ; 
Secrétaire- Archiviste,  M.  de  Martonne. 


Vice-Présidents,  \ 


Membres  Correspondants,   MM. 

Achon  (Ch.  d'),  au  château  de  la  Roche  de  Gennes  (Maine-et- 
Loire)  ; 

Anis  (l'abbé),  vicaire  à  Andouillé  ; 

Appert  (Jules),  à  Fiers  (Orne)  ; 

Argentré  (marquis  d'),  à  Saint-Julien-du-Terroux  ; 

Barbe,  ancien  membre  titulaire,  conservateur  du  camp  de 
Jublains,  juge  de  paix  à  Conlie  (Sarthe)  ; 

Beauchamps  ^baron  de),  rue  Duplessis,  62  bis,  Versailles  ; 

De  Beauchesne  (le  marquis),  au  château  de  Lassay  (Mayenne)  ; 

Bertrand  de  Broussillon  O,  archiviste-paléographe,  ancien 
vice-président  de  la  Société  historique  et  archéologique 
du  Maine,  au  Mans,  15,  rue  de  Tascher,  et  à  Paris,  126, 
rue  du  Bac  ; 

Bouillerie  (baron  de  la),  au  château  de  la  Bouillerie,  par  La 
Flèche  (Sarthe)  ; 

Du  Brossay,  directeur  de  l'enregistrement,  au  Puy  ; 

Chappée,  place  Saint-Pavin,  Le  Mans  ; 

Chardon  (Henri),  rue  de  Flore,  au  Mans  ; 

Chemin  ^,  ancien  membre  titulaire,  ingénieur  en  chef  des 
ponts  et  chaussées,  à  Paris  ; 


—  9  — 

Chomereau  q,  ancien  professeur  de  dessin,  à  Laval  ; 
Chon  ^,  Q  I.  P,,  à  Lille,  rue  du  Palais  de  Justice  ; 
Contades  (comte  Gérard  de),  au  château  de  Saint-Maurice, 

par  La  Ferté-Macé  (Orne)  ; 
Coquart  ^,  Q,  ai^cien  architecte  diocésain  de  Laval,  à  Paris, 

rue  de  Boulainvilliers,  42,  (Passy)  ; 
Cornée  Q,  ancien  membre  titulaire,  à  Lille,  rue  Solférino,  316. 
Darcy  ^,  architecte  de  la  Commission  des  Monuments  histo 

riques,  à  Paris,  rue  de  Bruxelles,  2  ; 
Delaunay,  procureur  de  la  République  à  Pont-l'Evêque  ; 
Delaunay  (Léon),  avocat,  juge  suppléant,  à  Mayenne  ; 
Dulong  de  Rosnay  (l'abbé),  ancien  vicaire  général  de  Laval, 

ancien  membre  titulaire  de  la  Commission,  à  Morlaix  ; 
Durget,  rue  de  Bootz,  22,  Laval  ; 

Duval  Q,  archiviste  du  département  de  l'Orne,  à  Alençon  ; 
Elbenne  (le  vicomte  Menjot  d'),   au  château  de  Couléon.  par 

Tuffé  (Sarthe)  ;  ^ 

Farcy  (Louis  de),  à  Angers  ; 
Faucon,  avocat,  rue  Chanzy,  au  Mans,  et  à  Saint-Denis-de- 

Gastines  ; 
Fleury  (Gabriel),  imprimeur,  à  Mamers  ; 
Frain  de  la  Gaulairie,  à  Vitré  ; 
Gadbin,  à  Château-Gontier  ; 

Gillard  (l'abbé),  curé  de  Saint-Fraimbault-de-Lassay  ; 
Graindorge,  secrétaire  de  mairie,  à  Couesmes  (Mayenne)  ; 
Grosse-Duperon,  juge  de  paix,  à  Mayenne  ; 
D'Hauterive  Q,  chef  de  bataillon  au  161®,  à  Reims  ; 
Hétier  e^,  ancien  membre  titulaire,  ingénieur  en  chef  des 

ponts  et  chaussées,  à  Paris  ; 
A.  Kuntz  ^,  sous-intendant  militaire,  à  Belfort  ; 
De  la  Beauluère  (Louis),  au  château  de  la  Drujoterie,  à  En- 

trammes  ; 
La  Chesnais  (Maurice),   O.   ^,  ancien  chef  de  bureau   au 

ministère  de  la  guerre,  à  l'Huisserie,  et  à  Paris,  rue  de 

Yaugirard,  51. 
Laigneau,  curé  de  Bourg-Philippe,  par  Chemazé  (Mayenne)  ; 
Lair,  rue  Croix-des-Petits-Champs,  11,  Paris. 
De  Laurière,  inspecteur  général  de  la  Société  française  d'ar- 
chéologie, à  Paris,  7,  rue  d'Aguesseau; 
Lebreton  q  L  P.,  Proviseur  du  Lycée,  à  Laval  ; 


—  10  - 

Le  Coq  (Frédéric),  à  Ernée. 

Ledru  (l'abbé),  Le  Mans,  place  du  Château,  4. 

Le  Mercier,  ancien  juge  de  paix  d'Ambrières  ; 

Letourneurs  (Henri),  avocat,  à  Laval; 

Liger  (F.),  au  château  de  Courmenant,  par  Sillé-le-Guillaume  ; 

Maillard,  curé  de  Gennes,'par  Château-Gontier  (Mayenne); 

Maître  Q  L  P.,  archiviste,  à  Nantes; 

Margerie,  maire  de  Niort  (Mayenne)  ; 

Mercier  (l'abbé),  curé  de  Bierné  (Mayenne)  ; 

Montagu,  instituteur,  à  Hardanges  (Mayenne)  ; 

Morin  (A.),  rue  de  Bretagne,  39,  Laval  ; 

Morin,  architecte,  à  Vitré  ; 

Morisset,  docteur-médecin,  à  Mayenne  ;  ■ 

Moulard,  à  Soulgé-le-Ganelon  (Sarthe)  ; 

Œhlert  Q ,  conservateur  de  la  bibliothèque  de  Laval  ; 

Palustre,  ancien  directeur  de  la  Société  française  d'Archéo- 
logie, à  Tours,  rampe  de  la  Tranchée,  61  ; 

Pâris-Jallobert  (l'abbé),  recteur  de  Balazé  (Ille-et- Vilaine)  ; 

Pichon  (l'abbé),  chanoine  titulaire  du  Mans  ; 

Planté,  notaire  à  Ballots  (Mayenne)  ; 

Ponthault  (André),  à  Mayenne  ; 

Port,  professeur  au  collège  de  Saint-Nazaire  ; 

Queruau-Lamerie,  à  Angers,  rue  des  Arènes,  6bis  ; 

Raulin,  avocat,  à  Mayenne  ; 

Ricouart,  rue  de  l'Arsenal,  14,  Arras  ; 

Salles,  professeur  agrégé  au  lycée  de  Caen,  8,  rue  de  l'Odon, 
à  Caen  ; 

Sauvage  o  I.  P.,  ancien  juge  de  paix  du  canton  de  Coup- 
train,  à  Paris-Neuilly,  Boulevard  Bineau,  53  ; 

Sentilhes,  ingénieur  des  ponts  et  chaussées,  ancien  membre 
titulaire,  à  Bordeaux  ; 

Sicotière  (de  la),  sénateur,  à  Alençon  ; 

Simonet,  conducteur  faisant  fonctions  d'ingénieur  des  ponts 
et  chaussées,  à  Château-Gontier  ; 

Sinoir  (Emile),  professeur  agrégé  au  lycée  de  Laval  ; 

Thébaudière  (Ambroise  Gougeon  de  la),  rue  aux  Foulons, 
Rennes,  et  le  Bois-Jarry,  par  Vitré  ; 

Tirard,  à  Ernée  ; 

Tranchant,  rue  Barbet  de  Jouy,  28,  Paris. 


-  il  — 

Trévédy,  ancien  président  du  tribunal  civil  de  Quimper, 
vice-président  de  la  Société  archéologique  du  Finistère, 
à  Saint-Brieuc  ; 

Triger  (Robert),  vice-président  de  la  Société  du  Maine,  au 
Mans. 


LISTE  DES  MEMBRES  DECEDES 
DEPUIS    LA   CRÉATION  DE   LA    COMMISSION 

Membres  tieulaires,  MM. 

1882  CUILLER  (l'abbé),  chancelier  de  l'évêché  de  Laval; 

1883  MARCHAL  j^,  ancien  ingénieur  en  chef  du  départe- 

ment, ancien  maire  de  Laval  ; 

—  LE  FIZELIER,  secrétaire-général  de  la  Commission  ; 
1891     JOUBERT  (André),  à  Angers. 

Membres  correspondants,  MM. 

1881     Legras  ^,  ingénieur  en  chef  des  travaux  maritimes  à 

Lorient,  ancien  membre  titulaire  ; 
1883     Prévost,  O.  :^,  général  du  génie  en  retraite; 

1886  Ravault,  notaire,  à  Mayenne  ; 

—  Savary,  professeur  d'histoire  au  lycée  de  Laval  ; 

1887  Duchemin  q  ,  archiviste  de  la  Sarthe,  ancien  membre 

titulaire  ; 

—  Charles  (l'abbé  Robert),  vice-président  de  la  Société 

du  Maine,  au  Mans  ; 

—  Bonneserre  de  Saint-Denis,  à  Angers  ; 

1888  Almire  Bernard,  à  Saint-Pierre-sur-Orthe  ; 

—  Chaplain-Duparc,  à  Paris  ; 

1889  De  Courtilloles,  château  de   Courtilloles,   près  d'A- 

lençon  ; 

1890  Trouillard,  avocat,  à  Mayenne  ; 

1891  De  Montozon  (S.),  à  Château-Gontier. 

1892  Abbé  Foucault,  à  Saint-Fraimbault-de-Lassay  ; 

—  Dom  Paul  Piolin,  à  Solesmes. 


HISTOIRE  DE  L'IMPRIMERIE 

A  LAVAL 

jusqu'en    1789. 


Ce  serait  une  œuvre  laborieuse  et  de  longue  haleine 
d'écrire  Thistoire  de  l'imprimerie  dans  des  villes  pourvues 
d'universités  ou  de  collèges  florissants  comme  Angers, 
Rennes,  le  Mans,  la  Flèche.  Là,  en  effet  l'art  de  l'im- 
primeur dut  s'exercer  de  bonne  heure  et  multiplier  ses 
productions;  il  n'en  fut  pas  de  même  à  Laval.  Et  quand 
même  nous  connaîtrions  dans  tous  ses  détails  ce  qui 
concerne  l'imprimerie  et  les  imprimeurs  lavallois,  nous 
ne  ferions  jamais  du  tout  un  ouvrage  bien  important. 
A  peine  voyons-nous  d'une  manière  certaine  les  pres- 
ses fonctionner  à  Laval  avant  le  milieu  du  XVIP  siècle. 
Pourtant  dans  quelque  condition  qu'il  y  ait  été  exercé, 
cet  art,  autant  que  l'industrie  qui  a  fait  la  fortune  de 
notre  pays,  doit  avoir  sa  place  dans  notre  histoire  lo- 
cale, et  malgré  la  modestie  de  prétentions  qui  s'impose 
à  un  chroniqueur  mayennais  en  cette  matière  où  nous 
ne  sommes  pas  riches,  nous  n'en  n'aurons  pas  moins  la 
confiance  d'avoir  écrit  dans  ces  pages  un  chapitre  d'his- 
toire générale  sur  un  sujet  goûté  des  curieux  et  qui 
mérite  plus  qu'une  simple  curiosité. 

La  reproduction  en  fac-similé  des  titres  des  principaux 
ouvrages  imprimés  à  Laval,  qui  accompagnera  les  no- 
tices et  la  description  des  volumes,  dira    de  suite  aux 

2 


-  14  - 

yeux  d'où  en  était  chez  nous  l'art  de  l'imprimerie,  au 
XVIP  et  au  XVIIP  siècle.  Ce  luxe  décoratif  ne  saurait 
d'ailleurs  être  jugé  inutile,  si  l'on  fait  attention  que 
toutes  les  publications  de  ces  anciens  imprimeurs  ne 
sont  plus  représentées  que  par  un  ou  deux  exemplaires 
disséminés,  connus  d'un  petit  nombre  d'amateurs  et  en 
danger  de  disparaître  totalement. 

Dans  ce  travail  où  plusieurs  nous  ont  aidé,  la  part  de 
M.  E.  Queruau-Lamerie  a  été  celle  d'un  collaborateur 
généreux.  Nous  devons  beaucoup  aussi  aux  recherches 
de  M.  J.-M.  Richard  dont  nous  ne  pouvions  mieux  faire 
que  de  pubher  le  texte  dans  de  longues  citations  * . 

M.  le  chanoine  Guiller  avait  donné  sur  la  famille 
Ambroise^,  dans  hq^  Recherches  sur  Changé,  des  rensei- 
gnements précieux,  que  nous  avons  utilisés,  ainsi  que 
le  chapitre  de  M.  de  la  Beauluère  sur  le  sujet  qui  nous 
occupe  3. 

C'est  sur  la  foi  de  ce  dernier,  dont  l'affirmation  est 
toujours  une  autorité  sérieuse,  que  nous  donnerons  la  pre- 
mière place  dans  la  liste  des  imprimeurs  lavallois  à  trois 
individus  que  nous  ne  connaissons  pas  autrement  et 
dont  aucune  œuvre  n'est  venue  jusqu'à  nous.  Probable- 
ment ils  furent  seulement  libraires. 

I 

((  Guy  Ma^rtin  exerçait  en  notre  ville  l'état  d'impri- 
meur libraire  vers  le  milieu  du  XVP  siècle.  »  Les  deux 
suivants  lui  succédèrent. 

II 
Jean  Berthet.  Nous  croyons  qu'il  faut  le  confondre 


1.  Bulletin  de  la   Commission  historique  et  archéologique  de 
la  Mayenne,  2^  série,  t.  I,  p.  265-268  et  335-339. 

2.  Recherches  sur  Changé-Us- Laval,  tome  II,  p.  314-318. 

3.  Recherches  sur  les   corporations  d'arts  et  métiers,   etc.,  p. 

76-77.  ^ 


-    15  - 

avec  Jean  Berthet,  libraire  mais  non  imprimeur,  qui  était 
appelé,  en  1687,  comme  époux  de  Sébastienne  Ambroise, 
à  la  succession  de  Jean  Ambroise  et  de  Marie  Péguineau. 

III 

HiEROME   LeMONNIER. 

IV 

Le  livret  suivant,  que  nous  plaçons  ici  à  cause  de  sa 
date  et  sans  rien  préjuger  sur  son  lieu  d'origine,  sou- 
lève une  question  et  un  petit  problème  pour  l'histoire  de 
l'imprimerie  lavalloise. 

Traité  |  très-utile  |  de  la  dévotion  |  a  la  vierge 
MARIE,  I  auquel  sont  adjoustez plusieurs  \  miracles  de 
la  Vierge  Marie.  \  Avec  une  marque  de  prédestina- 
tion^ I  et  le  moyen  de  la  pratiquer.,  \  recueilly  par  un 
Père  de  la  compagnie  \  de  Jésus.  \ 

Vignette  :  le  chiffre  de  J.-G.  dans  une  couronne  d'é- 
pines. 

A  Laval,  |  par   George    Griveau,  |  Imprimeur  du 
Roy  (et  sur  le  2^  titre)  :  A  Laval,  |  par  George  Gri- 
veau,   imprimeur  \  et  libraire^  près   le  collège  des  \ 
pères  Jésuistes,  1619. 

Très  petit  in-12,  de  cinq  feuillets  non  chiffrés  pour  la 
dédicace  à  madame  la  marquise  de  Varenne  et  une 
exhortation  de  saint  Bernard,  344  pages  de  texte  et  sept 
feuillets  non  chiffrés  pour  l'approbation  des  docteurs  et 
la  table  des  matières  ^ 

Si  l'on  s'en  rapporte  au  premier  titre,  on  croira  d'a- 
près la  mention  très  nette  :  A  Laval,  par  George  Gri- 
veau., imprimeur  du  Roi,  que  notre  chef-lieu  possédait 
dès  1619  un  imprimeur  en  fonction.  Le  second  titre   : 


1.  Cabinet  de  M.  L,  Garnier.  —  M.  Seb.  de  la  Bouillerie  qui  a 
fait  une  étude  approfondie  sur  les  imprimeurs  fléchois,  n'a  jamais 
rencontré  ce  petit  volume. 


—  46  — 

A  Laval^  par  George  Griveau^  imprimeur  et  libraire^ 
près  le  collège  des  pères  Jésuistes,  1619,  fait  naître  des 
doutes,  et  nous  porte  à  croire  que  cette  indication  est 
fausse  et  qu'au  lieu  de  Laval  il  fallait  lire  La  Flèche, 
d'autant  plus  que  la  dédicace  est  adressée  à  Madame  la 
marquise  de  Varenne,  qui  alors  était  dame  de  la  petite 
cité  Angevine.  Probablement  G.  Griveau  avait  à  Laval 
un  libraire  correspondant  pour  lequel  il  imprimait  des 
titres  spéciaux. 

Une  aimable  communication  de  M.  S.  de  la  Bouillerie 
nous  apprend  que  George  Griveau  est  bien  un  impri- 
meur fléchois  et  qu'il  succéda  à  Jacques  Rezé  son  beau- 
père,  que  les  Jésuites  avaient  appelé  de  Paris  où  il  exer- 
çait, pour  diriger  leur  imprimerie.  L'atelier  resta  dans 
la  famille,  quoique  sous  différents  noms,  dans  la  même 
ville,  jusqu'en  1816. 

Ces  renseignements  laissent  toujours  possible  l'hypo- 
thèse d'une  tentative  d'établissement  de  George  Gri- 
veau à  Laval  au  commencement  de  l'année  1619,  car 
c'est  en  cette  année  qu'il  commença  d'imprimer  en  son 
nom,  et  jamais,  depuis,  on  ne  retrouve  sur  ses  titres  ni 
la  mention  de  Laval,  ni  l'indication  près  le  collège  des 
Pères  Jésuistes. 


La  famille  Cormier,  qui  donna  à  notre  ville  les  deux 
premiers  imprimeurs  dont  nous  connaissions  quelques 
productions,  était  originaire  du  Mans  et  assez  bien  ap- 
parentée, puisque  nous  voyons  parmi  ses  membres  des 
prêtres,  un  écuyer,  des  notaires. 

Amrroise  Cormier  vint  s'établir  à  Laval  comme  im- 
primeur un  peu  avant  1633.  Il  y  était  appelé  par  maître 
Robert  Le  Bret,  son  parent  et  probablement  son  oncle, 
qui  desservait  depuis  dix  ans  la  cure  de  Nuillé-sur-Vi- 


-  17  ~ 

coin*.  Aussi  quand  le  jeune  homme  se  maria  avec  Anne 
Masson,  comme  lui  paroissienne  de  la  Trinité,  voulut-il 
que  son  union  fût  bénite  à  Nuillé  par  un  parent  qui  le 
protégeait.  La  cérémonie  eut  lieu  le  20  juin  1633^. 

A  cette  époque,  le  centre  du  commerce  était  sur  la 
place  du  Palais,  la  seule  qui  existât  à  Laval,  dans  le 
voisinage  des  halles.  C'est  là  qu'Ambroise  Cormier  ou- 
vrit son  atelier  «  dans  des  boutiques  estans  en  appentis 
contre  la  maison  du  Petit-Montjean.  »  Cette  maison  du 
Petit-Montjean  et  la  Chambre  des  Comptes  qui  y  atte- 
nait,  appartenaient  à  Guillaume  Duparc,  qui  les  avait 
acquises  par  licitation.  Il  en  avait  revendu  une  partie  à 
Gilles  Lelong,  sieur  de  la  Troussière,  qui  y  faisait  sa 
demeure  et  cédé  les   boutiques   au  nouvel  imprimeur  3. 

Ambroise  Cormier  se  trouvait  à  l'étroit  dans  un  ap- 
pentis sans  profondeur,  plaqué  contre  une  haute  maison  ; 


1.  Un  accord  passé  le  26  septembre  1634  devant  M^s  Marin 
Pingault  et  Pierre  Lenieignan,  notaires  au  Mans,  au  sujet  de  la 
succession  de  Catherine  Cormier,  veuve  de  Michel  Launay,  nous 
apprend  que  «  Ambroys  Cormier,  marchand  imprimeur  demeu- 
rant à  Laval,  »  avait  pour  cohéritiers  :  François  Cormier,  notaire 
à  Courcemont  ;  —  Madelon  Rabynard.  archer  des  tardes  de  sa 
Majesté,  à  Changé  :  —  Jeanne  Rabynard,  veuve  de  Guillaume 
Housseau.  notaire  ;  —  Léonard  Desmezerettes,  notaire,  époux  de 
Radegonde  Rabynard,  demeurant  au  Mans  ;  —  Michel  Guybert, 
marchand,  époux  de  Françoise  Rabynard  ;  —  Demoiselle  Claude 
La  Brette,  veuve  de  Thibault  Rabynard,  écuyer,  sieur  de  Vil- 
nays  ;  — enfin,  Jean  Cormier,  marchand  libraire,  demeurant  à  la 
Flèche  (Cabinet  de  M.  l'abbé  Esnault).  — Pour  préciser  davan- 
tage le  lien  de  parenté  qui  unissait  Ambroise  Cormier  au  curé  de 
Nuillé  et  à  Claude  la  Brette,  sus  nommée,  j'ajouterai  que  c'est 
cette  dernière  qui  agissait  dans  l'acte  précédent  au  nom  du  nou- 
vel imprimeur,  et  que  maître  Robert  Le  Bret  résidait,  en  1650, 
à  Changé-lès-Le  Mans,  chez  Robert  Rabynard,  sieur  de  Vilnays 
(Insinuât,  ecclés.,  XXVII,  130). 

2.  «  Le  vingtiesme  de  juin,  an  susdit  (1633),  M®  Ambroise  Cor- 
mier, imprimeur  à  Laval,  et  Anne  Masson,  aussi  demeurant  audit 
Laval,  en  présence  de  ses  père  et  mère,  ont  espousé  à  Nuillé  par 
moy  curé  dudit  lieu,  veu  le  certificat  de  la  paroisse  de  la  Trinité 
de  Laval,  signé  Gigondeau,  l'un  des  curés  de  la  paroisse.  »  (Reg. 
par.  de  Nuillé-sur-Vicoin). 

3.  Collection  personnelle. 


-  18  - 

il  étouffait  sous  un  toit  bas,  sans  air  et  sans  lumière;  il 
aurait  voulu  une  habitation  plus  confortable  que  ces 
malheureuses  boutiques  où  il  ne  pouvait  pas  même  faire 
du  feu.  Aussi  son  projet  était  en  1644,  «  suivant  la  per- 
mission qu'il  avoit  de  Monseigneur...,  défaire  hausser 
les  bouticques  en  apentiz  comme  elles  sont  et  porter  le 
feste  d'icelles  jusques  à  demy  pied  proche  et  au-des- 
sous des  grilles  des  fenestres  de  la  maison  dite  la  Cour 
des  Comptes  ;  et  faire  bastir  et  construire  un  pavillon, 
ou  autre  chose  pour  sa  commodité,  sur  le  portai  et  prin- 
cipale entrée  de  la  dite  maison,  pour  raison  de  quoy  il 
est  obligé  de  payer  rentes  à  la  recepte  de  la  châtellenie 
de  Laval...  » 

Il  aurait  voulu  également  prolonger  ses  appentis  au- 
delà  des  limites  assignées  aux  premiers  concession- 
naires. 

Mais  maître  Guillaume  Duparc,  son  vendeur,  qui 
possédait  à  titre  d'engagement  la  maison  principale  dite 
du  Petit-Montjean  ou  de  la  Cour  des  Comptes,  n'enten- 
dait pas  souffrir  ses  empiétements  et  l'humble  libraire- 
imprimeur  fut  obligé  de  plier  devant  ce  personnage  qui, 
pour  le  moment,  comme  greffier  du  siège  ordinaire  de 
Laval  et  acquéreur  d'une  bonne  partie  des  terres  du 
marquis  de  Villaines,  mis  en  déconfiture,  jouissait  d'une 
puissante  influence.  Ambroise  Cormier  dut  se  contenter 
de  l'exemption  de  la  faible  redevance  qu'il  payait  an- 
nuellement au  comte  de  Laval.  Il  ne  se  résigna  pas  tou- 
tefois sans  résistance,  car  même  après  l'accord  du  5  fé- 
vrier 1644,  il  reçut  encore  une  assignation  de  M^  Guil- 
laume Duparc,  de  laquelle  il  semble  résulter  qu'il  n'avait 
pas  interrompu  ses  travaux  d'agrandissement  *. 

Ambroise  Cormier  dut,  comme  imprimeur,  se  borner 
à  de  menus  travaux  comprenant  les  impressions  admi- 

1.  Titres  de  la  maison  de  M.  Roger,  pharmacien. 


--  19  — 

nistratives,  alors  fort  minces,  les  billets  de  logement 
pour  les  troupes  de  passage,  les  citations  aux  assises 
seigneuriales,  quelques  placards,  etc.  Ce  sont  là  du 
moins  les  seules  pièces  qui  semblent  avoir  été  impri- 
mées à  Laval  de  son  temps.  Nous  ne  pouvons  lui  attri- 
buer authentiquement  que  la  plaquette  suivante  qui 
sorte  un  peu  de  ce  genre  ;  encore  ne  la  connaissons-nous 
que  par  une  citation  et  non  pour  l'avoir  rencontrée  en 
original: 

Prières  ordonnées  pour  gagner  le  jubilé  octroyé 
par  N.  S.  P.  le  Pape  Innocent  X  par  Monseigneur 
VEvêque  du  Mans.  Imprimé  à  Laval  par  Ambroise 
Cormier^  imprimeur  du  roy.,  16^5  *. 

VI 

Dès  l'année  1651,  Ambroise  Cormier  avait  pour  suc- 
cesseur Robert  Cormier,  son  fils  suivant  toute  probabi- 
lité. Nous  le  supposons  aussi  filleul  de  Robert  Le  Bret, 
curé  de  Nuillé-sur-Vicoin.  Celui-ci  aura  voulu  donner 
son  nom  au  fds  de  celui  dont  il  avait  béni  le  mariage. 

Robert  Cormier  prit  pour  marque  typographique  un 
cormier^  avec  cette  légende  :  S  or  bus  utilis  inter  arbo- 
res.  .Nous  avons  de  lui  : 

La  Règle  |  et  statuts  des  |  religieuses  de  Sainte 


1.  Archives  départementales,  B  1051.  Ordonnance  du  juge  de 
police  de  Laval  du  6  juillet  1745.  Cette  pièce  est  extrêmement  im- 
portante pour  l'histoire  de  l'imprimerie  à  Laval,  puisqu'elle  nous 
donne  le  titre  de  huit  brochures  imprimées  à  l'occasion  des  jubi- 
lés et  que  nous  ne  connaîtrions  pas  autrement.  Ces  publications 
de  circonstance  sont  très  rares  à  rencontrer.  Je  ne  sache  pas 
qu'aucun  exemplaire  sorti  des  presses  lavalloises  ait  survécu.  A 
leur  défaut  voici  avec  sa  disposition  typographique  le  titre  de  ce- 
lui qui  fut  imprimé  au  Mans,  vers  1700.  Prières  |  ordonnées  | 
PAR  monseigneur  |  l'evesque  I  DU  MANS.  |  A  faire  aux  églises  où 
sont  I  les  stations  du  Jubilé.  |  Au  Mans,  chez  A.  Ysamhart,  im- 
primeur I  de  monseigneur  l'Evéque,  avec  privilège  du  Roy.  \  La 
date  est  enlevée  mais  la  vignette  aux  armes  de  Monseigneur 
Louis  de  Lavergne  de  Montenard  de  Tressan  indique  que  l'opus- 
cule fut  imprimé  pour  l'un  des  jubilés  de  1677,  1690  ou  1703. 


—  20  — 

I  Glaire,  avec  la  modification  ou  \  exposition  \  des 
Papes  Eugène  \  quatrième  et  Léon  dixième  sur  \  icelle^ 
pour  l'usage  des  dames  \  religieuses  de  Patience  de 
Laval.  A  Laval,  \  par  Robert  Cormier.,  imprimeur  dijc 
roy  et  de  Mgr  le  duc  de  la  Trémoïlle  \  M.  D.  C.  Ll. 
Avec  permission. 

La  vignette  représente  Sainte  Claire  portant  l'osten- 
soir ;  aux  angles  les  mots  sancta  clara  ora  pro  nobis. 
Le  titre  et  toutes  les  pages  sont  encadrés  de  filets.  Le 
volume  contient  68  p.  in-4"^  (Planche  I). 

RÈGLEMENT  POUR  LE  FAICT  DE  LA  JUSTICE  ET  EXPE- 
DITION   DES    ARRÊTS    DE    LA     JURIDICTION      ORDINAIRE     DE 

Laval,  tant  de  ce  qui  estoit  ci-devant  observé  que  de 
ce  qui  a  esté  adj oust é par  le  règlement  [Laval^  Robert 
Cormier.,  1652],  Brochure  in-lS^. 

C'est  sans  doute  sur  cette  brochure  que  M.  L.  de  la 
Beauluère  aura  vu  la  marque  typographique  de  Robert 
Cormier  :  Un  cormier  avec  ces  mots  :  S  or  bus  utilis 
inter  arbores. 

VII 

Moins  heureux  dans  nos  recherches  sur  les  Ambroise 
que  nous  ne  l'avons  été  pour  la  famille  Cormier,  nous 
ne  saurions  dire  avec  certitude  d'où  ils  sont  originaires. 
Toutefois,  comme  Jean  Ambroise,  le  premier  du  nom  qui 
ait  exercé  son  état  à  Laval,  habitait  au  Mans,  dans  la 
paroisse  du  Grand-Saint-Pierre,  quand  il  épousa  Marie 
Péguineau,  paroissienne  de  Saint-Benoit  et  d'une  famille 
d'imprimeurs  manceaux,  on  doit  supposer  que,  s'il  n'est 
pas  né  au  Mans,  il  y  faisait  du  moins  l'apprentissage 
ou  le  premier  exercice  de  son  métier. 

1.  A  la  Bibliothèque  municipale  de  Laval.  —  Ce  volume  est 

f)assé  plusieurs  fois,  à  ma  connaissance,  dans  les  catalogues  de 
ivres  d'occasion,  ou  de  bibliothèques  particulières. 

2.  Cité  par  M.  de  la  Beauluère  :  Recherches  sur  les  Corpora- 
tions, p.  70. 


21  — 


PLANCHE 


LA  REGLE 

ET  STATVTS  DES 

RELIGIEVSES  DE  SAINCTE 

Claire  ,  avec  la  modification  ou 
expofition  des  Papes  Eugène 
quatrième  ^  &C  Léon  dixième  fur 


icelle. 


POUR  LVSAGE   DES  DAMES 


Rellgîtujks  de  Patience  de  Laval. 


LA  V  A  l; 


EaMRO_B  EJOL  Ç_Q  RM  I  E  R  Imprimeurjj  : 
Roy,  &  Je  M  onfeigneur  le  Ducdc  iaTrcmoilIe. 


M.    PC.    I>L  Aytc  permiffion. 


Réduction  aux  3/5. 
ORIGINAL  :  dimensions  0,225  sur  0,172. 


Son  mariage  eut  lieu  le  9  janvier  1639  ^,  et  son  instal- 
lation à  Laval  ne  doit  pas  être  de  beaucoup  antérieure  à 
l'année  1658,  époque  où  il  y  était  certainement  établi. 
Nous  le  voyons  prendre,  en  1674,  le  titre  d'imprimeur 
du  Roi  et  de  monseigneur  le  duc  de  la  Trémoille,  dans 
un  acte  par  lequel  il  acquiert,  en  communauté  avec  sa 
femme,  la  closerie  du  Petit-Cocher  de  Changé.  Il  était 
mort  en  1677  et  sa  veuve  lui  survécut  dix  ans. 

Les  enfants  qu'ils  laissaient  et  qui  partagèrent  leur 
succession  en  1687  étaient  : 

Sébastienne  Ambroise,  femme  de  Jean  Berthet,  mar- 
chand-libraire ; 

Jean  Ambroise,  marchand  imprimeur  ; 

Ambroise  Ambroise,  chirurgien  ; 

Claude  Ambroise,  fdle  majeure  ; 

Michel  Ambroise,  qui,  lui  aussi,  exerça  le  métier  pa- 
ternel, puis  devint  religieux  de  Saint  François  et  qui  ve- 
nait de  faire  profession  chez  les  Capucins,  lors  du  par- 
tage de  1687.  Sa  part  échut  à  ses  deux  sœurs  Sébas- 
tienne et  Claude  -. 

Outre  le  Petit-Cocher,  la  closerie  de  la  Gendrie  ap- 
partenait dès  lors  aux  cohéritiers. 

Nous  connaissons  deux  ouvrages  assez  volumineux  et 
plusieurs  petites  brochures  sortis  des  presses  du  pre- 
mier des  Ambroise  : 

L'Interprète  |  de  la  nature  |  ou  |  la  science  phy- 
sique I  tirée  d'Aristote  et  de  Saint  \  Thomas  et  de  l'Ex- 
périence I  Divisée  en  huit  livres^  \  par  François  sila- 
tan.  I  A  Laval  \  par  Jean  Ambroise,  imprimeur  du 
Roy^  et  de  \  Monseigneur  le  Duc  de  la  Trémoille  \ 
M.  DC.  LV.  I  avec  privilège  de  Sa  Majesté.  (Planche  II). 

1.  L'acte  original  très  laconique  extrait  des  registres  parois- 
siaux de  Saint-Benoit,  dont  nous  devons  la  communication  à 
M.  l'abbé  Esnault  porte  :  «  Le  dixseptiesme  janvier  (1639)  Jehaïi 
Ambroise,  du  Grand-Saint-Pierre,  a  espousé  Marie  Péguineau, 
de  Saint-Benoist  ;  présents  :  Louis  Péguineau  et  Pierre  Bache- 
lot.  » 

2.  L.-M.-F.  Guiller,  Recherches  sur  Changé,  p.  314,  315. 


I 


23  ^ 

PLANCHE  II. 


L  INTERPRETE 

DE  LA  NATVRE> 

O  V 

LA  SCIENCE  PHYSIQVE 

Tirée  d'Ariftote,  &:  de  Saint 
Thomas,  &C  de  TExperience. 

DIVISEE  EN  HVIT  LIVRES, 

Par    FK^NCOIS     SILATAN. 


A     LAVAL, 

Par  Iean  AwBRoisti,  Imprimeur  du  Roy,  5: dô 

Monfdgneur  le  Duc  de  laTrcinoille. 

M.    DC    LV. 


jiuec  Prmle^e  de  Sa  Majefté, 


Réduction  aux  3/8. 
ORIGINAL  (rogné)  Dimension  0,184  sur  0,141. 


—  24  — 
In-4"  de  trois  feuillets  non  paginés  pour  la   dédicace 

à     HAUT     ET     PUISSANT      SEIGNEUR     MESSIRE      HUBERT     DE 

CHAMPAGNE  etc,  et  V avts  au  lecteur^  499  pages, 
une  page  d'errata^  quatre  feuillets  de  table  et  une  page 
pour  les  approbations  des  deux  docteurs. 

L'ouvrage  est  imprimé  avec  manchettes  sur  les  mar- 
ges extérieures,  des  en-têtes,  des  lettrines,  filets  et  cul- 
de-lampes  ornementés. 

Il  faut  remarquer  au  point  de  vue  bibliographique  que 
l'imprimeur  a  dû  tirer  le  titre  du  livre  avec  la  première 
feuille  et  le  dater  de  1655,  mais  que  l'ouvrage  n'a  été 
achevé  d'imprimer  qu'en  1656.  Car  Tune  des  deux  ap- 
probations de  docteurs  est  du  5  juillet  de  cette  année  ^ 

Le  sanctoral  |  oîi  sont  contenus  les  offices  j  pro- 
près  de  plusieurs  festes  particulières^  \  saints  et  sain- 
tes ;  tant  du  diocèse  du  Mans  \  que  de  l'ordre  de  Saint 
Benoist^  selon  la  for  \  me  du  Bréviaire  romain  ;  dis- 
posé  à  l'usage  \  des  religieuses  bénédictines  du  mo- 
nastère I  de  Sainte- S cholastique  de  la  Ville  de  Laval, 

I  et  autres  communautés  de  filles  de  mesme  \  ordre  et 
diocèse^  qui  ont  toujours  conservé  \  le  dit  bréviaire.  \ 
Le  tout  pris  et  transcript  du  bréviaire  bénédictin  et  de 

I  celuy  du  diocèse  du  Mans  ou  de  divers  autres  offi- 
ces I  divins  permis  et  receus  par  U Eglise.  A  Laval^  \ 
par  Jean  Ambroise.,  imprimeur  ordi  \  naire  du  Roy  et 

de  Monseigneur  Le  Duc  \  de  la  Trémoïlle.  M.  DC. 
LX/F.  2  (Planche  III). 

Edit  du  ROY  I  Portant  pouvoir  aux  Communautéz  \ 
de  rentrer  dans  leurs  usages.,  avec  \  deffences  de  sai- 
sir les   bestiaux.  \  Donné  à  S .-Germain-en-Laye  au 

1.  Cabinet  Garnier  et  collection  personnelle. 

2.  Bibliothèque  de  Vitré,  et  cabinet  de  M.  E.  Queruau-Lame- 
rie. 


—  25  - 


PLANCLE  III. 


LE  SANCTORAL 

OV  SONT  CONTENVS  LES  OFFICES 
propres  de  plufieurs  Fefles  Particulières  , 
Saints,  &  Saintes  :  Tant  du  Diocefe  du  Mans , 
que  de  l'Ordre  de  Saint  Bcnoift ,  félon  la  For- 
me du  Bréviaire  Romain  i  Difpofe'  à  rVfagc 
des  Rcligieufes  Benedidincs  du  Monaftcre 
de  Sainte  Scholaftique  de  la  Ville  de  Laval, 
U  autres  Communautez  de  Filles  du  mefme 
Ordre,  &c  Diocefe ,  qui  ont  toufiours  confervc 
ledit  Bréviaire. 

Lt  tout  frïi  O'  tran[cript  du  Bréviaire  *Bencdifîin  ,  r^r  de 

celuy  du  Diocefe  du  Mans^  ou  de  divers  autres  Offces 

Divim ,  Permis  ^  receui  par  1'B.gîiJe. 


A    LAVAL 

Par   lEAN   AMBROI SE,  Imprimeur  ordi- 
naire du  Roy,  &  deMonfeigneurLeDuc 
De  La  Tremoille. 


M.    DC    LXIV. 


Réduction  aux  2/3. 
ORIGINAL  :  Dimensions  0,180  sur  0,134. 


—  26  — 

mois  d'avril  1661 .  \  Vérifié  en  Parlement  le  20  dudit 
mois.  I  A  Laval,  par  Jean  Ambroise.,  imprimeur  du 
Roy,  et  de  Monseigneur  \  Le  duc  de  la  Trémoïlle. 
M.  DC.  LXVIL 

Vignette  représentant  le  double  écusson  de  France  et 
de  Navarre,  avec  la  couronne  royale,  les  deux  colliers 
d'ordres,  et  soutenu  par  deux  génies. 

In-4°,  8  pages  ^ 

Prières  ordonnées  par  M.  le  grand  vicaire  de  Mon- 
seigneur Vévesque  du  Mans  pour  gagner  le  Jubilé  de 
Notre  Saint  Père  le  Pape  Clément  IX.  Laval.,  Jean 
Ambroise,  1669^. 

Prières  ordonnées  par  Monseigneur  VEvêque  du 
Mans,  pour  dire  aux  églises  où  sont  les  stations  du 
Jubilé.  —  Laval,  Jean  Ambroise.,  1611  ^. 

Pratiques  |  dévotes  et  |  fort  utiles  a  |  l'honneur 
DE  LA  I  très-sainte  |  VIERGE.  |  A  V imitation  de  ses 
voyages  aux  Saints  \  Lieux  durant  sa  vie.,  et  nommé- 
ment avant  son  bienheureux  trépas.  \  A  Laval  \  par 
Jean  Ambroise,  imprimeur  du  \  Roy  et  de  Monsei- 
gneur le  duc  I  de  la  Trémoïlle.  1611 . 

Très  petit  in-8,  de  96  pages  avec  en-têtes,  culs  de 
lampes  et  lettrines^. 

Ce  dernier  opuscule  est  plus  probablement  une  im- 
pression de  Jean  Ambroise,  fils  du  précédent. 


1.  Collection  personnelle. 

2.  Arch.  dép.,  B  1051. 

3.  Arch.  dép.,  B  1051. 

4.  Le  seul  exemplaire  connu  appartient  à  M.  l'abbé  Eudes,  vi- 
caire à  Saint- Vénerand  de  Laval.. 


i 


—  27 


VIIÏ 

L'acte  de  partage  de  1687  entre  les  enfants  de  Jean 
Ambroise  et  de  Marie  Péguineau  nous  apprend  que 
deux  d'entre  eux,  Jean  et  Michel,  avaient  pris  l'état  de 
leur  père  et  que  l'un  des  gendres,  Jean  Berthet,  faisait 
le  commerce  de  la  librairie  ;  toutefois  dès  la  mort  du 
chef  de  famille,  par  acte  du  22  février  1677,  Jean  Am- 
broise avait  acheté  le  fonds  d'imprimerie,  et  c'est  lui  qui 
continua  l'industrie  parternelle.  11  versa  pour  prix  de 
cette  acquisition  une  somme  de  600  livres,  et  s'engagea 
à  faire  à  sa  mère  une  rente  viagère  de  100  livres.  Son 
frère  Michel  ayant  quitté  le  monde  pour  prendre  l'habit 
religieux  des  Capucins,  Jean,  deuxième  du  nom,  fut  seul 
à  représenter  la  famille  dans  la  profession  qui  a  fait  à 
Laval  la  réputation  attachée  au  nom  des  Ambroise. 

Il  avait  épousé  à  Laval,  vers  1671,  Marie  Fanouillais, 
d'une  famille  dont  on  rencontre  souvent  le  nom  dans  les 
documents  et  les  généalogies  locales.  Leur  descendance 
fut  nombreuse.  Neuf  enfants  sont  encore  représentés 
dans  un  acte  de  1722  concernant  la  succession  de  Marie 
Fanouillais,  leur  mère.  Jean  Ambroise  vivait  encore, 
mais  il  avait  fait  démission  de  ses  biens  en  faveur  de 
ses  enfants  dont  plusieurs  suivaient  la  carrière  pater- 
nelle, tandis  que  d'autres  avaient  embrassé  diverses  vo- 
cations. C'étaient  : 

1**  Joseph  Ambroise.  marchand,  époux  de  Jeanne  Pi- 
vron  ; 

2"  Jacques  Ambroise,  marchand  tanneur  ; 

3""  Daniel  Ambroise,  marchand  poislier,  époux  de 
Anne  Lerouge  ; 

4*^  Louis-François  Ambroise,  imprimeur; 

5°  Jean  Ambroise,  imprimeur  ; 

6"  Julien  Ambroise,  imprimeur,  était  défunt,  mais  ré- 
présenté dans  la  succession  par  Françoise  Roujou,  sa 
veuve,    qui   agissait  au  nom  de   ses  enfants,  savoir  : 


—  28  — 

Françoise  Ambroise,  épouse  de  Joseph  Ghesnel,  impri- 
meur ;  —  René  Ambroise,  clerc  tonsuré  ;  —  Marie  ; 

7**  Louise- Angélique,  était  morte  laisssant  un  fils  de 
Olivier  Cailler,  marchand  tissier,  qu'elle  avait  épousé 
en  1717. 

S'*  Jeanne,  qui  épousa  en  1727  Jean  Gourcier  ; 

9**  Anne  Ambroise  ^ 

Avant  d'énumérer  les  ouvrages  et  les  opuscules  im- 
primés par  Jean  Ambroise,  nous  rapporterons  avec  quel- 
ques détails  une  anecdote  qui  touche  à  l'histoire  de 
l'imprimerie  et  qui  nous  permettra  de  jeter  un  regard 
quelque  peu  indiscret  dans  la  maison  du  maître  impri- 
meur. Les  incidents  un  peu  vivants  sont  trop  rares  pour 
que  nous  nous  privions  de  raconter  celui-ci. 

Au  mois  d'octobre  1690,  le  sieur  Marc-Antoine  Ro- 
ger, opérateur  oculiste,  demeurant  à  Paris,  se  trouvait 
en  tournée  à  Laval  et  voulant  faire  imprimer  «  des  re- 
ceptes  de  Torviétan  qu'il  vendoit,  »  il  s'adressa  à  maître 
Ambroise.  Il  vit  à  cette  occasion  dans  l'atelier  une  plan- 
che composée  et  quelques  feuilles  déjà  tirées  d'une  bro- 
chure qui  lui  parut  singulière.  —  C'est  une  drôlerie  qui 
pourrait  être  vendue  sur  un  théâtre,  lui  dit  Ambroise  avec 
l'intention  évidente  de  proposer  sa  marchandise  à  son 
client  quelque  peu  charlatan  ;  — Je  ne  m'occupe  pas  de  ven- 
dre ces  bagatelles,  répondit  le  praticien  avec  dignité.  Il 
prit  toutefois  pour  lui  un  exemplaire  de  la  première  feuille 
du  tirage,  qui  portait  ce  titre  Sermon  sur  V excellence 
du  vin.  Il  le  lut  et  en  fut  scandalisé.   Comme  il  avait 


1.  Ces  données  généalogiques  sont  déduites  de  deux  actes  re- 
latifs à  la  succession  et  aux  dettes  de  Jean  Ambroise,  qui  se  trou- 
vent dans  la  liasse  B  325  des  archives  départementales,  et  d'ex- 
traits des  anciens  registres  paroissiaux.  Je  ne  suis  pas  absolu- 
ment sûr  que  ces  renseignements  soient  complets.  Une  alliance 
entre  Julien  Ambroise  et  Julienne  Hardy  que  je  ne  sais  à  qui  rat- 
tacher, a  donné  :  René,  tonsuré  en  1751,  et  Louis-Joseph  qui 
épousa  en  1764  Julienne  Buchet.  de  Saint-Germain-d'Anxure. 
(Isinuat.  eccles.  et  cabinet  de  M.  L.  Garnier). 


-  âd  - 

dans  sa  clientèle  le  fils  du  juge  de  police,  le  vendeur 
dorviétan  ne  manqua  pas  de  lui  parler  du  libelle,  d'au- 
tant qu'il  se  plaignait  amèrement  du  curé  de  la  Trinité 
qui  prêchait  contre  lui  à  son  prône,  et  qui  ferait  bien 
mieux,  ajoutait-il,  de  surveiller  et  dénoncer  ses  parois- 
siens. L'opérateur  porta  encore  ses  doléances  contre 
Pierre  Bureau,  curé  de  la  Trinité,  à  un  père  Jacobin, 
qu'il  consulta  pour  savoir  si  en  conscience  son  état 
était  damnable.  —  Vous  pouvez  vous  y  sauver,  répond 
le  directeur.  —  Que  M.  le  curé  porte  donc  son  zèle  con- 
tre l'auteur  de  cette  impiété,  dit  Marc- Antoine  Roger, 
en  présentant  au  religieux  la  feuille  qu'il  s'est  procurée, 
et  qui,  prétendait-il,  avait  déjà  été  répandue  dans  le  pu- 
blic. Le  Jacobin  dut  répondre  que  M.  Bureau  n'épar- 
gnait pas  plus  ses  paroissiens  que  les  étrangers,  car 
c'était  la  vérité,  et  qu'il  s'attirait  même  par  l'âpreté  de 
son  zèle  de  nombreuses  inimitiés. 

Jean  Ambroise  eut  un  autre  dénonciateur  dans  la  per- 
sonne de  maître  René  Ruffin,  avocat  à  Laval.  Celui-ci, 
dès  le  mois  de  septembre,  s'étant  rendu  pour  affaires 
chez  l'imprimeur,  y  trouva  nombreuse  société  :  c'étaient 
messires  Julien  Martin  et  Urbain  Leblanc,  prêtres  de  la 
ville,  et  Joseph  Lebreton,  curé  de  Simple,  puis  mes- 
sieurs André  Petit,  procureur  du  grenier  à  sel  de  la 
Gravelle  et  Charles  Quihéry,  praticien.  Tous  semblaient 
les  familiers  de  la  maison  car  après  avoir  visité  l'atelier 
et  conversé  assez  longuement,  ils  s'attablèrent  pour  col- 
lationner  sous  prétexte  que  les  ecclésiastiques  ne  pou- 
vaient, d'après  les  statuts  diocésains,  le  faire  à  l'auberge. 
Dans  l'intimité  de  cette  réunion  amicale,  on  se  montra 
même  une  pétition  plaisamment  versifiée  adressée  à  l'é- 
vêque  du  Mans  contre  cette  interdiction  gênante.  La 
conversation  roula  ensuite  sur  l'opuscule  qui  se  compo- 
sait à  l'imprimerie.  Maître  RulTin  fit  ses  remontrances  à 


-  âO- 

Jean  Ambroise  qui  répondit  que  si  le  latin  qui  s'y  trou- 
vait était  répréhensible  il  n'en  savait  rien,  ne  le  compre- 
nant point,  que  d'ailleurs  cette  drôlerie  avait  déjà  été 
imprimée  en  d'autres  villes  et  dernièrement  à  Paris, 
qu'enfin  le  manuscrit  lui  en  avait  été  donné  par  les  sieurs 
Lucé  et  Rachellé,  commis  de  monsieur  de  Sinfray,  direc- 
teur des  gabelles. 

L'affaire  était  trop  ébruitée  pour  ne  pas  arriver  aux 
oreilles  de  la  justice  qui  dut  en  informer.  On  reconnut 
que  le  Sermon  sur  U excellence  du  vin^  comprenant 
deux  petites  feuilles  d'impression,  contenait  plusieurs 
passages  de  la  Sainte-Ecriture  appliqués  à  la  débauche, 
et  que  Fépigraphe  Bonum  vinum  laetificat  cor  homi- 
num  était  dite,  par  profanation,  tirée  (Je  la  loi  de  Bacchus. 
Diverses  sentences  s'y  rencontraient  aussi  contraires 
aux  bonnes  mœurs. 

Jean  Ambroise  fut  condamné  à  la  confiscation  et  à  la 
destruction  du  livret,  à  cent  sols  d'amende  et  autant  en 
aumône  aux  hôpitaux,  puis  fut  cité  à  comparaître  devant 
le  tribunal  pour  être  admonesté.  Il  ne  semble  pas  qu'il 
ait  accepté  de  bien  bonne  grâce  la  réprimande,  car  le 
procès-verbal  constate  seulement  qu'il  répliqua  :  «  Je 
répondrai  après  avoir  consulté  mon  conseil^  » 

Les  publications  connues  du  second  des  Ambroise,  re- 
lativement nombreuses,  se  renferment  dans  une  période 
qui  commence  à  l'année  1684  et  se  termine  en  1713. 
Les  Observations  sur  la  coutume  de  Bretagne^  décri- 
tes ci-après,  feraient  honneur  à  n'importe  quel  atelier 
de  province.  Les  autres,  dont  suit  l'énumération,  n'ont 
rien  de  remarquable. 

Prières  pour  implorer  l'assistance  de  Dieu  contre 
les  Turcs,  avec  une  brève  instruction  pour  gagner  le 
jubilé.  —  Laval.,  Jean  Ambroise.,  4684^. 

1.  Arch.  dép.,  B  32. 

2.  Arch.  dép.,  B  1051. 


PLANCHE  IV. 


OBSERVATIONS 

SOMMAIRES 

s  VR     LA 

COUTUME 

DE     BRETAGNE, 

POUR    FAIRE  CONNOITRE  LE  SENS  QU'ELLE 
avoic  dam  fon  Origine,  &  ccluy  que  l'Ulàge  luy  a  donné, 

AVEC    LA    REDVCTION 

DE   LA   MEME    COVTVME, 

feloû  rordre  des  Matières ,  èc  la 

pratique  ordinaire  du  Palais. 

fat  Me  PIERRE   ABEL  ,   Avocat  en  Parlement. 


^'mê 


A  LAVAL, 

CliŒ  TiAW  A  M  B  îl  o  I  «  t ,  Imprimeur  div  Roy ,  &  de  Monreigncui 
|USDu6I>Sl.ATA.tMOUILLE.     M.  DC  LXXXIX. 


Réduction  aux  3/5. 
ORIGINAL  :  Dimensions  0.238  sur  0,178. 


-  32  - 

Règlement  pour  la  manufacture  des  toiles  de  la 
ville  et  comté  de  Laval.  —  Laval,  Jean  Ambroise^ 
168^.  In-4«de  28  pages  i. 

Observations  |  sommaires  |  sur  la  |  coutume  |  de 
BRETAGNE  |  pour  faire  connottre  le  sens  quelle  \  avoit 
dans  son  origine,  et  celui  que  l'usage  luy  a  donné. 
I  Avec  la  réduction  \  de  la  même  coutume.,  \  selon 
l'ordre  des  matières.,  et  la  \  pratique  ordinaire  du 
Palais.  I  Par  M^  Pierre  Abel^  avocat  en  Parlement.  \ 
A  Laval.,  \  chez  Jean  Ambroise.  imprimeur  du  Roy., 
et  de  Monseigneur  \  le  duc  de  là  Trémouille.  M,  DC. 
LXXXIX.  I  Avec  privilège.  \  (Planche  TV). 

In-4°,  comprenant,  outre  le  titre,  52  pages  pour  la  pré- 
face, 338  pages  pour  le  premier  ouvrage  :  Observations 
sommaires,  etc.,  nouveau  titre  et  214  pages  pour  la 
Réduction  de  la  coutume.,  etc.,  plus  6  feuillets  non  pa- 
ginés pour  la  table  méthodique  et  une  page  à' errata. 

Un  extrait  de  l'arrêt  du  Parlement  de  Bretagne  du 
30  décembre  1686,  qui  se  trouve  à  la  suite  de  la  table, 
nous  apprend  qu'un  nommé  Garnier  avait  voulu  troubler 
Jean  Ambroise  dans  la  possession  de  son  privilège,  et 
que  défense  lui  avait  été  faite  de  l'imprimer  ou  vendre 
sous  peine  d'une  amende  de  3000  livres  et  de  confisca- 
tion des  exemplaires  au  profit  du  sieur  Ambroise. 

C'est  à  beaucoup  près  l'ouvrage  le  plus  considérable 
sorti  des  presses  lavalloises  avant  le  XIX^  siècle.  Il  a 
d'ailleurs  bonne  apparence  avec  ses  grandes  marges,  un 
beau  papier,  une  disposition  typographique  bien  conçue 
et  d'une  exécution  irréprochable.  Ce  volume  peut  soute- 
nir la  comparaison  avec  ce  qui  se  faisait  de  mieux  dans 
le  même  genre  à  la  fin  du  XVIP  siècle. 

On  sait  que  l'auteur  caché  sous  le  pseudonyme  de 
M®  Pierre  Abel  est  René  de  la  Bigottière,  sieur  de  Per- 

1.  Cabinet  de  M.  E.  Queruau-Lamerie. 


-  33  - 

PLANCHE  «V. 


INSTITVTION 

DE  LA   CONFRAIRIE 
DV  S.  SJCREMENT 

DE  L'AVTEL. 

Eriges  dans  l*Eglifc  Paroijftalc  de  U 

Sainte  Trinité  de  Laval ,  Rétablie 

Joubs  l'authoritê  de  Monjçigneptr 

L'jUulhtJJtme    ^  Révérend ijftme 

I  Loiiis  de  Lavergne  Montenard  de 

Trejfan  Evefque  du  Mans, 


A    LAVAL. 
pat  jiAN  Ambhoisb  Imprimeur  de  Mon 
fcigucuc  le  Duc  de  la  Trcjnoillc.   i7otf.< 


Réduction  aux  3/4. 
ORIGINAL  :  Dimensions  0,139  sur  0,087. 


—  34  - 

chambault,   né  à  Angers   le  9  janvier  1640,    conseiller 
au  parlement  de  Bretagne,  mort  à  Rennes  en  1727  ^ 

Prières  ordonnées  par  Monseigneur  l'Evesque  du 
Mans  pour  dire  aux  églises  oii  sont  les  stations  du 
Jubilé.  — Laval^'  Jean  Ambroise,  1690^'i 

Libelle  sur  l'excellence  du  vin,  avec  cette  épi- 
graphe ;  Bonum  viiium  lœtificat  cor  hominis^. 

Pratiques  dévotes  et  fort  utiles  a  l'honneur  de 
LA  TRÈs-SAiNTE  VIERGE,  ETC.  G'c.st  la  scconde  édition 
d'un  opuscule  déjà  mentionné.  Nous  la  croyons  des  der- 
nières années  du  XVIP  siècle  ;  mais  le  seul  exemplaire 
connu  n'a  pas  de  titre  et  est  incomplet  de  plusieurs  pa- 

Petit  in-8,  plus  grand  toutefois  que  la  première  édi- 
tion. Il  n'a  que  71  pages  et  reproduit  exactement  le  texte 
premier. 

Ordre  et  instruction  pour  gagner  le  Jubilé  de 
l'année  sainte  1103^  dans  la  ville  de  Laval.  —  Laval., 
Jean  Ambroise,  1703'^. 

Institution  |  de  la  confrairie  |  du  s.  sacrement  | 
de  l'autel  I  érigée  dans  l'église  paroissiale  de   la  \ 
Sainte  Trinité  de  Laval.,    rétablie  \  soubs    l'authorité 
de  Monseigneur  \  l'Illustrissime   et  Rêver endissinie  \ 
Louis  de  Lavergne  Montenard  de  \  Tressan   Evesque 
du   Mans.  \    A   Laval.,  \  par  Jean  Anibroise,    impri- 
meur de  Mon  \  seigneur  le  Duc  de  la  Trémoïlle.,  1106. 
(Planche  V). 

1.  Collection  personnelle  et  bibliothèque  de  la  ville  d'Angers. 

2.  Arch.  dép.  B.  1051. 

3.  Arch.  dép.,  B  32. 

4.  Gab.  de  M.  L.  Garnier. 

5.  Arch.  dép.  B  1051. 


-  35  ~ 

Cachet  au  chiffre  de  N.-S.  avec  les  mots  Nomen  Do- 
mini  laudabile. 

Au  verso,  autre  cachet  plus  grand  dans  un  cartouche. 
Petit  in-12,  42  pages. 

A  la  fin,  attestation  de  L.  Bureau,  docteur  de  Sorbonne, 
chanoine  de  Chartres.  —  A  Laval,  22  septembre  1706  ^ 

Relation  de  ce  qui  s'est  passé  de  plus  magnifique^ 
de  plus  pompeux,  de  plus  auguste; pendant  Voctave 
de  la  canonisation  de  Saint  Pie  F,  Pape....  Par  made- 
moiselle Denisot.  I  Laval.,  Jean  Amhroise.,  1713^. 

Le  volume  suivant  destiné  aux  membres  d'une  œuvre 
de  charité  lavalloise,  fut  imprimé  à  Paris  alors  que 
Jean  Ambroise  produisait  des  œuvres  importantes.  Cela 
n'a  rien  de  très  extraordinaire  en  soi,  et  nous  verrons 
le  fait  se  reproduire  presque  chaque  année  du  temps  de 
L.-F.  Ambroise.  Il  faut  remarquer  toutefois  que  tous 
les  exemplaires  ont  un  titre  imprimé  sur  une  feuille  rap- 
portée, ce  qu'en  librairie  on  nomme  un  carton.  Serait-ce 
l'indice  de  la  substitution  d'un  nom  d'imprimeur  à  un 
autre,  ou  seulement  d'une  correction  à  introduire  dans 
cette  première  feuille  ? 

Reglemens  I  de  la  I  COMPAGNIE  |  DE  CHARITÉ  |  éta- 
blie dans  la  ville  de  Laval  \  contenant  deux  parties. 
I  Uune  qui  regarde  les  Dames.,  \  et  l'autre  les  Sœurs. 
I  Avec  l'ordonnance  de  Monsei  \  gneur  l'Evêque  du 
Mans,  et  \  l'agrément  de  son  Altesse  Madame  la  du- 
chesse de  la  Trémoïlle.  \  A  Paris.  \  Chez  Clément 
Gasse.,  proche  \  S.  Estienne  du  Mont.  \  Avec  appro- 
bation et  permission.  —  S.  D.  Le  permis  d'imprimer 
est  du  30  mars  1684,  signé  :  De  la  Raynie. 

Petit  in-8  de  121  pages  chiffrées. 

1.  Cabinet  de  M.  L.  Garnier. 

2.  Cité  dans  V Histoire  de  Laval,  p.  461,  par  M.  Couanier  de 
Launay  qui  en  donne  des  extraits,  ce  livret  avait  été  signalé  à 
son  apparition  par  BourjoUy,  II,  p.  188. 


-  36  - 

On  en  connaît  cinq  ou  six  exemplaires,  tous  d'une 
conservation  intacte,  ce  qui  semble  indiquer  qu'ils  ne 
furent  pas  d'un  usage  prolongé. 

IX 

Jean  Ambroise  vivait  encore  en  1722,  mais  fort  âgé  et 
ayant  cédé  son  imprimerie  à  ses  enfants  comme  il  leur 
avait  fait  démission  de  ses  biens.  Quoique  nous  voyions 
à  cette  époque  trois  de  ses  fils  et  un  de  ses  gendres 
prendre  la  qualité  d'imprimeurs,  il  n'eut  comme  succes- 
seur établi  à  Laval  que  Louis-François  Ambroise,  les 
autres  n'ayant  sans  doute  jamais  exercé  qu'à  titre  d'as- 
sociés. 

Louis-François  Ambroise  avait  épousé  vers  1718  Per- 
rine-Gharlotte  Chevillard,  l'aîné  (?)  de  ses  enfants  étant 
né  le  premier  mars  1720.  En  1758,  il  avait  deux  garçons 
et  quatre  filles.  Sur  ces  six  enfants,  quatre  seulement 
vivaient  encore  en  1770  à  la  mort  de  leur  père  : 

1^  René-Louis  Ambroise,  qui,  «  abandonnant  pour  le 
sacerdoce  la  profession  héréditaire  de  sa  famille,  devait 
lui  donner  par  sa  mort  la  plus  sainte  des  illustrations  ^  »  : 
il  mourut  pour  la  foi,  le  21  janvier  1794. 

2©  perrine-Gharlotte  Ambroise,  qui  épousa  Louis  de 
la  Broise,  écuyer, 

3**  Victoire  Ambroise  de  la  Billonnière,  non  mariée. 

4^  Charlotte-Madeleine  Ambroise,  qui  épousa  Guil- 
laume Hovius,  imprimeur  à  La  Flèche  de  1727  à  1747. 
Devenue  veuve,  elle  garda  la  direction  de  l'atelier  jus- 
qu'en 1759,  époque  où  l'imprimerie  ne  dut  plus  avoir  à 
la  Flèche  qu'un  seul  titulaire  2. 

Cette  dernière  sembla  prendre  à  tâche  de  couvrir  de 

1.  J.-M.  Richard,  Bulletin  de  la  Commission,  etc.,  2®  série, 
tome  I,  p.  266. 

2.  M.  Seb.  de  la  Bouillerie  à  qui  je  dois  ces  renseignements 
nomme  l'imprimeur  Fléchois  Louis  Hovius. 


-  37  - 

honte  la  famille  très-honorable  à  laquelle  elle  apparte- 
nait. Veuve  et  mère  de  deux  enfants,  elle  était  revenue 
s'établir  à  Laval  près  de  la  Trinité  dans  le  voisinage  de 
son  père.  Bientôt  sa  maison  devint  le  rendez-vous  «  de 
la  canaille  des  faubourgs,  »  dit  énergiquement  madame 
de  la  Jourdonnière  dans  sa  correspondance  avec  son 
fils.  Jour  et  nuit,  elle  recevait  chez  elle  des  femmes  dé- 
bauchées et  des  gens  «  de  la  lie  du  peuple.  »  C'était  un 
scandale  public  sur  lequel  le  malheureux  père  ferma  les 
yeux  tant  qu'il  put.  L'abbé  Ambroise  en  était  justement 
indigné  et  les  voisins  murmuraient  contre  cette  fai- 
blesse paternelle. 

Or,  chose  étrange  !  quand  Louis-François  Ambroise 
voulut  enfin,  en  l'année  1766,  prendre  des  mesures  sévè- 
res trop  justifiées  contre  celle  qui  s'oubliait  ainsi,  quand 
il  se  fut  décidé  à  faire  appel  à  la  justice,  les  magistrats 
montrèrent  une  partialité  incroyable  pour  la  fille,  et 
trente  témoins  qui  avaient  d'abord  déclamé  hautement 
contre  le  scandale,  s'étant  rétractés  sous  la  pression 
d'une  indigne  servante,  le  père  fut  débouté  de  sa  plainte 
et  condamné  à  des  dépens  envers  la  veuve  Hovius. 

Mais  celle-ci  ne  tarda  pas  à  donner  raison  plus  scan- 
daleusement aux  plaintes  de  sa  famille.  Précédemment 
elle  avait  voulu  vendre  ses  meubles  pour  aller  à  An- 
gers avec  deux  misérables.  Internée  aux  Bénédictines 
de  Laval,  elle  en  était  sortie  une  heure  après  et  avait 
passé  la  nuit  dans  un  champ  de  blé.  Cette  fois,  sous  la 
menace  d'une  lettre  de  cachet,  elle  se  sauva  à  Paris 
<(  habillée  en  homme.  »  Elle  y  fut  arrêtée  pourtant, 
mais  ce  ne  fut  que  le  26  octobre  1769  que  fut  signée  la 
lettre  de  cachet  «  ordonnant  que  Charlotte-Madeleine 
Ambroise,  veuve  de  Guillaume  Hovius,  serait  détenue 
dans  la  communauté  de  la  Trinité  de  la  ville  de  Ren- 
nes ^  » 

1.  Communication  de  M.  E.  Queruau-Lamerie. 


-  38  - 

Elle  semble  y  avoir  reconnu  ses  torts,  car  elle  y  vi- 
vait encore  en  1783,  et  une  lettre  qu'elle  écrit  à  sa  fa- 
mille pour  qu'elle  veille  à  ses  intérêts  est  empreinte  de 
bons  sentiments  \ 

Nous  ne  savons  ni  dans  quelle  maison,  ni  dans  quelle 
rue  s'étaient  établis  et  avaient  travaillé  les  deux  pre- 
miers Ambroise  ;  Louis-François  acquit  en  1731,  pour 
une  rente  amortissable  de  212  livres,  une  maison  de  la 
rue  dès  Curés,  près  de  la  porte  Beucheresse,  et  il  y  ins- 
talla ses  ateliers  et  sa  famille.  La  maison  avec  ses  dé- 
pendances avait  façade  sur  la  rue  des  Curés  et  était 
adossée  aux  murs  de  la  ville  qui  la  séparaient  de  la 
place  nouvellement  nivelée  et  plantée  par  le  sieur 
Hardy  de  Lévaré  dont  elle  a  retenu  le  nom.  Le  nou- 
veau propriétaire  obtint  du  duc  de  la  Trémoïlle  la 
permission  d'abord  d'éclairer  sa  cuisine  par  une  fe- 
nêtre ouverte  dans  le  mur  de  ville  et  donnant  sur 
la  place  nouvelle,  puis  de  percer  dans  le  même  mur, 
entre  deux  tours,  une  porte  qui  lui  donnait  accès  direct 
sur  la  place,  les  fossés  ayant  été  comblés 2. 

Après  ce  coup  d'œil  jeté  sur  la  vie  et  les  affaires  do- 
mestiques de  Louis-François  Ambroise,  voyons  ce  qu'il 
fut  comme  imprimeur.  «  Il  avait  obtenu,  par  arrêt  du 
Conseil  du  31  décembre  1718,  l'autorisation  d'exercer 
cette  profession,  en  produisant  un  certificat  de  Sébas- 
tien Durand,  maître  imprimeur  à  Rennes,  qui  déclarait 
l'avoir  employé  pendant  sept  mois  et  le  trouver  capable 
de  gouverner  une  imprimerie,  et  le  témoignage  de  son 
père  attestant,  lui  aussi,  qu'il  le  tenait  comm"è  expert  en 
son  art,  l'ayant  dès  son  bas-âge  formé  à  la  pratique  du 


1.  Archives  du  château  de  la  Motte-Serant,  en  Montflours.  On 
y  voit  que  la  famille  Ambroise  possédait  la  métairie  de  la  Petite- 
Ame. 

2.  J.-M.  Richard,  Bulletin  de  la  Commission,  etc.,  2«  série, 
tome  L  p.  337-338. 


-  39  - 

métier,  puis  l'ayant  envoyé  s'exercer  en  diverses  villes 
de  Bretagne  ^  »  Gomme  son  père,  il  eut  quelques  démê- 
lés avec  la  justice,  car  son  art  n'était  pas  plus  sans 
péril  alors  qu'il  ne  Test  devenu  de  nos  jours.  La  simple 
et  inoffensive  publication  d'un  recueil  de  prières  à  l'occa- 
sion du  jubilé  attira  la  foudre,  une  foudre  bénigne,  sur 
sa  tête  en  1745.  Le  malheureux  avait,  au  mépris  des  pri- 
vilèges du  chapitre  de  Saint-Thugal,  donné  un  rang 
secondaire  à  cette  église  dans  l'ordre  de  celles  qui  de- 
vaient servir  de  stations  aux  processions,  et  les  chanoi- 
nes ne  pouvaient  manquer  de  réclamer  leur  droit  de 
préséance.  Ils  le  firent  avec  un  grand  luxe  d'érudi- 
tion, qui,  contre  leur  intention,  a  servi  largement  à  faire 
connaître  les  œuvres  des  Ambroise,  imprimeurs,  par  le 
soin  qu'ils  mirent  à  rappeler  tous  les  opuscules  anté- 
rieurs sortis  des  mêmes  presses  et  qui  établissaient  le 
bien  fondé  de  leurs  prétentions.  Pour  rendre  hommage 
à  la  vérité  ou  pour  détourner  les  sévérités  de  la  justice, 
Louis-François  reconaut  avoir  agi  par  inadvertance,  et 
promit  d'être  à  l'avenir  respectueux  des  privilèges  de 
Saint-Thugal.  Il  en  fut  quitte  pour  cette  amende  hono- 
rable 2. 

Nous  voulons  croire  que  l'imprimeur  lavallois  n'avait 
eu  aucune  mauvaise  intention  en  dépossédant  les  chanoi- 
nes des  honneurs  accoutumés.  Nous  devons  dire  pour- 
tant qu'il  était  véhémentement  soupçonné  de  jansé- 
nisme, et  que  ceux  de  cette  secte  avaient  des  préférences 
pour  le  chapitre  de  Saint-Michel,  dont  les  titulaires 
étaient  généralement  entachés  des  mêmes  erreurs.  Des 
écrivains  sérieux  ont  même  prétendu  que  maître  Am- 
broise prêtait  clandestinement  ses  presses  aux  Nouvel- 
les ecclésiastiques,  que  rédigeaient  les  disciples  de  l'é- 
vêque  d'Ypres  ;  on  va  jusqu'à  désigner  la  maison  de  la  rue 

1.  J.-M,  Richard  :  Commission  Historique  etc,  loco  citato. 

2.  Arch.  départ.,  B,  1051. 


—  40  — 

Renaise  où  cette  imprimerie  fonctionnait,  déroutant  tou- 
tes les  recherches  de  la  justice.  La  question  ne  sera 
sans  doute  jamais  éclaircie  quoiqu'elle  mérite  d'exercer 
la  sagacité  des  chercheurs  ^  Nous  ne  pouvons  donner 
qu'un  indice,  c'est  la  quantité  relativement  considéra- 
ble de  caractères  qui  fut  trouvée  après  le  décès  du 
sieur  Ambroise  à  son  domicile,  quantité  tout  à  fait  dis- 
proportionnée avec  les  besoins  d'une  imprimerie  qui  offi- 
ciellement n'a  jamais  produit  que  des  bagatelles,  et  qui 
avait  besoin  du  concours  des  presses  de  la  Flèche,  du 
Mans,  d'Angers  pour  approvisionner  sa  librairie  des 
ouvrages  spéciaux  au  public  lavallois. 

La  page  suivante,  que  nous  aimons  à  emprunter  au 
travail  consciencieux  de  M.  Richard,  nous  dira  d'où  en 
était  le  commerce  des  livres  à  Laval  au  milieu  du  siè- 
cle dernier,  et  combien  la  boutique  de  Louis-François 
Ambroise  était  pauvrement  approvisionnée  : 

«  A  vrai  dire,  si  l'imprimerie  d'Ambroise  suffisait  aux 
besoins  des  Lavallois,  il  n'en  était  pas  de  même  de  sa 
librairie,  et  l'on  se  plaignait  de  la  difficulté  de  se  pro- 
curer des  livres.  Pichot  de  la  Graverie  se  fait  l'écho  de 
ces  plaintes  2. 

«  En  1755,  les  habitants  de  Laval  adressèrent  à  l'au- 
torité quelques  réclamations  ;  ils  ne  trouvaient  pas  chez 
Ambroise  les  livres  qu'ils  désiraient  acquérir,  et,  comme 
tout  privilège  crée  des  obligations,  ils  demandaient  de 
le  contraindre  à  se  mieux  approvisionner.  Le  9  janvier 

1.  Sans  répéter  ce  qui  a  été  dit  par  MM.  Bouillier  et  S.  Coua- 
nier  de  Launay,  je  me  bornerai  à  reproduire  ici  une  note  extraite 
d'un  travail  inédit  du  R.  P.  Le  Lasseur  sur  les  auteurs  jansénis- 
tes :  «  Les  Ambroise  étaient  imprimeurs  à  Laval  depuis  plus 
d'un  siècle  et  en  telle  réputation  de  jansénisme  que  Louis-Fran- 
çois avait  été  soupçonne  de  prêter  ses  presses  aux  Nouvelles  ec- 
clésiastiques. »  Les  Nouvelles  ecclésiastiques  commencent  en  fé- 
vrier 1728.  Les  années  comprises  entre  cette  date  et  celle  de  1760 
sont  analysées  dans  deux  volumes  de  table.  La  publication  se 
continue  jusqu'en  juin  1791. 

2.  Gouanier  de  Launay,  Hist.  de  Laval,  p.  511. 


-  41  — 

1756,  le  juge  ordinaire,  M.  Le  Pannetier  des  Salles,  ac- 
compagné du  procureur  fiscal,  qui  remplissait  alors  à 
Laval  les  fonctions  de  ministère  public,  et  du  greffier,  se 
rend  chez  Ambroise  «  à  l'effet  de  recevoir  sa  décla- 
ration sur  le  nombre  et  la  qualité  des  livres  qu'il  a  ou 
doit  avoir  pour  le  service  public  et  l'usage  des  différents 
états,  d'ecclésiastiques,  personnes  de  robe  et  de  médecine, 
pour  l'usage  des  collèges  et  des  écoles  particulières.  » 
Ambroise  leur  montre  «  dans  un  dressoir,  un  petit  nom- 
bre de  volumes,  entre  autres  des  Heures  à  l'usage  du 
Mans,  les  Sermons  de  M.  Fléchier,  Discours  de  l'Aca- 
démie françoise.  Sermons  du  P.  Bourdaloue,  l'Histoire 
ecclésiastique,  Spectacle  de  la  Nature,  Pensées  Chré- 
tiennes. »  Le  juge  alors  lui  expose  la  plainte  dont  il  est 
saisi  :  il  ne  peut,  dit-on,  fournir  des  livres  «  à  tous  ceux 
qui  en  ont  besoin  et  souhaiteroient  en  achepter,  à  quoy 
ledit  Ambroise  a  répondu  qu'il  n'en  avoit  jamais  refusé 
à  personne  et  que  si  on  lui  en  demande  quelqu'un,  il  le 
fait  venir  de  Paris.  » 

«  Quelques  mois  plus  tard,  les  mêmes  magistrats  se 
transportaient  à  l'Hôtel  du  Chêne- Vert,  pour  examiner 
quatre  malles  de  livres  amenées  par  René  Davoust,  li- 
braire à  Mayenne,  en  vue  de  la  foire  de  Toussaint  et 
les  trouvant  «  tous  orthodoxes  et  suivant  les  bonnes 
mœurs,  »  ils  s'empressaient  d'en  autoriser  la  ventée   » 

En  vue  d'une  réduction  projetée  dans  le  nombre  des 
imprimeries  du  royaume,  une  enquête  avait  été  ordon- 
née par  l'intendant  de  la  généralité  résidant  à  Tours.  Le 
sieur  Dupont,  subdélégué  à  Laval,  se  rendit  au  domicile 
d'Ambroise  et  fit  l'inventaire  de  son  matériel.  Il  trouva 
dans  l'atelier  deux  presses  et  les  caractèrs  d'imprime- 
rie suivants  :  petit-texte,  romain  et  italique  ;  —  cicéro, 
romain   et  italique  ;  —   du  Saint-Augustin,   romain   et 


1.  B.  944.  —  M.  J.-M.  Richard,   Commission  Historique^  etc., 
loco  citato. 


—  42  - 

italique  ;  —  du  gros-romain  avec  son  italique  ;  —  gros- 
canon  avec  son  italique;  —  gros-parangon.  Tous  ces 
caractères  étaient  neufs  depuis  cinq  ans. 

Quant  à  l'opinion  du  subdélégué  sur  l'oportunité  de  la 
suppression  ou  du  maintien  d'une  imprimerie  à  Laval, 
elle  était  favorable,  on  le  conçoit,  à  la  conservation  d'une 
industrie  utile  dans  la  ville  qu'il  habitait  et  il  l'exprima 
en  ces  termes  : 

«  Notre  ville  paraît  assez  considérable  pour  espérer 
être  dans  le  nombre  de  celles  à  qui  on  conservera  une 
imprimerie.  Elle  y  est  d'ailleurs  nécessaire  aux  divers 
bureaux  de  régie,  qui  autrement  seroient  obligés  de  s'a- 
dresser aux  villes  voisines  pour  leurs  registres. 

(f  Quoique  le  sieur  Ambroise  soit  seul  imprimeur,  il 
n  est  pas  riche,  et  s'il  n'avoit  quelque  bien  de  patri- 
moine, son  imprimerie  ne  suffiroit  pas  pour  faire  subsis- 
ter sa  famille.  Notre  juge  de  police  m'a  dit  être  content 
de  lui,  et  de  la  façon  dont  il  exerce  sa  librairie. 

«  Laval,  17  février  1758.  (Signé)   Dupont*.   » 

Ce  bon  témoignage  rendu  à  Louis  Ambroise  par  les 
juges  autorisés  ne  sauva  pas  en  principe  l'imprimerie  qui 
de  droit  demeura  supprimée  à  Laval  ;  en  fait  et  par  une 
faveur  accordée  au  titulaire  et  à  sa  femme,  ceux-ci  pou- 
vaient continuer  leur  commerce  et  leur  industrie,  leur 
vie  durant. 

Toutefois  l'imprimerie,  qui  n'avait  jamais  eu  à  Laval 
une  vie  bien  active,  fut  plus  que  jamais  languissante  et 
frappée  à  mort  par  cette  décision  supérieure.  Le  titu- 
laire était  déjà  vieux,  il  n'avait  plus  d'espoir  de  remet- 
tre son  fonds  à  un  membre  de  sa  famille  puisque  son  fils 
unique  était  prêtre,  ni  même  à  un  étranger  à  cause  de 
l'arrêt  de  suppression  ;  il  négligea  donc  un  état  dont  il 
ne  sentait  plus  le  besoin  et  dont  le  profit  était  médiocre. 

1,  Arch.  d'Indre-et-Loire,  G.  344. 


-  43  — 

On  verra  dans  la  nomenclature  des  ouvrages  impri- 
més du  temps  de  Louis-François  Ambroise,  que  pres- 
que tous  ceux  qu'il  mit  en  vente  ne  sortaient  même  pas 
de  son  atelier  et  avaient  été  composés  par  des  impri- 
meurs de  la  Flèche,  et  que  d'autres  plus  nombreux  dont 
le  public  avait  besoin  et  qu'il  réclamait  inutilement  au 
paresseux  atelier  de  la  rue  des  Curés,  étaient  fournis 
par  des  imprimeurs  d'Angers  et  du  Mans.  Un  état  ma- 
nuscrit «  des  livres  classiques,  impressions  et  relieure 
fourny  à  Monsieur  [L.-F.  Ambroise]  de  la  Baderie  » 
montre  que  ce  n'était  plus  lui  qui  produisait  les  modes- 
tes travaux  de  son  art  :  billets  pour  l'hôpital  ou  pour  la 
fabrique  de  la  Trinité,  placards  pour  les  tragédies  du 
collège,  qui  continuaient  encore  de  lui  être  demandés. 
Nous  croyons  que  ce  mémoire  manuscrit  fut  rédigé  vers 
1768  par  Gab.  Andouard  qui,  autorisé  ou  non,  impri- 
mait déjà,  et  c'est  une  preuve  que  nous  donnons  d'a- 
vance de  la  qualité  que  nous  lui  attribuerons  plus  tard. 

Le  23  juillet  1770  sur  le  bruit  du  décès  de  M^  Louis- 
François  Ambroise  qui  serait  arrivé  la  veille,  l'officier 
public  se  présenta  à  son  domicile,  rue  des  Curés,  pour 
apposer  les  scellés,  deux  des  héritiers  étant  absents  et 
hors  de  la  province.  René-Louis  Ambroise,  prêtre,  qui 
se  trouvait  à  la  maison  avec  sa  sœur  Françoise,  répon- 
dit que  son  père  était  trop  malade  pour  qu'on  pénétrât 
dans  sa  chambre,  mais  qu'il  n'était  pas  mort.  Ainsi 
éconduit,  le  magistrat  soupçonnant  qu'on  voulait  lui  ca- 
cher la  mort  de  l'imprimeur  pour  soustraire  des  effets 
de  la  succession,  revint  un  peu  plus  tard  et  de  fait  cons- 
tata le  décès  et  procéda  à  l'apposition  des  scellés  ^ 

Nous  savons  par  la  levée  des  mêmes  scellés  qui  eut 
lieu  à  la  requête  de  tous  les  intéressés  le  7  août  suivant, 
dans  quel  état  se  trouvait  le  matériel  d'imprimerie.  L'a- 

1.  Arch.  départ.,  B  108. 


_  44  — 

telier  était  installé  dans  une  chambre  au  second  étage  et 
dans  une  galerie.  On  y  trouva  une  vieille  presse  hors 
d'usage,  et  une  autre  en  bon  état.  Plusieurs  planches 
étaient  encore  composées,  mais  depuis  quel  temps  !  La 
quantité  de  caractères  de  divers  types  qu'on  découvrit 
entassés  çà  et  là  était  si  considérable  que  le  l^""  octobre, 
quand  on  voulut  les  recueillir  pour  les  déposer  au  greffe, 
on  en  remplit  vingt-cinq  sacs  de  toile*. 

Ce  fut  la  sépulture  d'une  industrie  que  trois  généra- 
tions d'une  même  famille  avaient  exercée  à  Laval  pen- 
dant plus  d'un  siècle. 

Voici  la  liste  des  maigres  publications  du  dernier  des 
Ambroise  que  nous  avons  pu  rencontrer. 

RÈGLEMENT  |  pour  \  Us  avocuts  I  du  siège  ordinaire 
I  du  I  Comté  Pairie  de  Laval. 

In-4**,  comprenant  une  feuille  de  garde  ornée  d'un 
grand  écusson  aux  armes  de  la  Trémoïlle,  14  pages  de 
texte  et  une  feuille  pour  la  Liste  des  avocats  dudit  siège 
ordinaire  du  Comté^Pairie  de  Laval,  suivant  l'ordre 
de  leur  réception.  —  i724.  Sans  indication  de  lieu,  mais 
facile  à  reconnaître  comme  une  production  locale  ~. 

Instruction  pour  gagner  le  jubilé  accordé  par  N. 
S.  P.  le  Pape  Benoist  XIII.,  avec  les  prières  pour  les 
stations.  —  i724. 

Instruction /?(9«r  ^rto'/ie/'  le  jubilé  de  l'année  1121., 
accordé  par  N.  S.  P.  le  Pape  Benoist  XIII.,  et  les  priè- 
res pour  chaque  station.  —  1121 . 

Règlement  pour  le  commerce  des  toiles  donné  par 
le  Roy.  —  In-4*^  de  28  pages,  1730. 


1.  Ibid.,  B  946. 

2.  Collection  personnelle. 


-  45  - 

Lettres  patentes  d* établissement  de  UHôpital  Gé- 
néral de  la  Charité  de  la  ville  de  Laval.  —  1131. 

Discours  pour  l'ouverture  des  audiences  du  siège 
ordinaire  de  Laval.,  de  1151,  sur  la  naissance  de  M^^  le 
duc  de  Bourgogne  (par  M.  Pichot  de  la  Graverie).  — 
In-4°  de  8  pages, 

1730-1770.  Programmes  des  représentations  et  des 
exercices  publics  des  élèves  du  collège  de  Laval^, 

Pratiques  |  dévotes  |  et  fort  utiles  |  a  l'honneur 
de  la  très-sainte  vierge.  I  A  l'imitation  de  ses  voya- 
ges aux  Saints  \  Lieux  durant  sa  vie,  et  nommémens 
I  avant  son  bien-heureux  trépas.  \  A  Laval.,  \  chez 
L.-F.  Ambroise.,  imprimeur  du  Boy.  \  M.  D.  CC.  LVIL 

Vignette  double  extrêmement  grossière  représentant 
Notre-Seigneur  et  la  Sainte- Vierge  (Planche  VI). 

C'est  la  troisième  édition  de  l'opuscule  imprimé  en  1677 
pour  la  première  fois.  On  n'en  connaît  jusqu'à  présent 
que  les  deux  premières  feuilles  formant  seize  petites  pa- 
ges pliées  comme  nos  in-4^,  mais  n'ayant  pas  même  le 
format  d'un  in-12.  Cette  réimpression  ajoute  aux  éditions 
précédentes  un  cantique  à  chaque  station  et  apporte  aussi 
quelques  modifications  de  détails.  Elle  est  très  incor- 
recte 2. 

Nous  donnons  maintenant  l'en-tête  de  cinq  placards 
publiés  et  signés  par  Louis-François  Ambroise. 

Ordonnance  de  police  (portant  «  défenses  à  tous 
chartiers  de  venir  avec  leurs  charrettes  aux  jours  de 
foires  et  samedy  de  chaque  semaine...  si  ce  n'est  pour 
amener  des  grains  aux  marchez,  n)  —  Laval.,  6 juillet 
11^9.  (Signé)   Le  Pannetier  et  C.  Frin.  —  30x23. 


1.  Les  six  derniers  articles  nous  sont  connus  par  une  gracieuse 
communication  de  M.  E.  Queruau-Lamerie. 

2.  Collection  personnelle. 


Ordonnance  |  de  police  |  donnée  à  Laval  le  3  juil- 
let 1751.  I  (Elle  prescrit  l'emploi  du  boisseau  contenant 
22  pintes  et  chopines  de  graine  de  lin,  mesure  de  Paris, 
marqué  trois  fois  sur  les  bords  du  mot  Laval^  et  trois 
fois  de  chaque  côté  d'un  léopard,  etc.)  Placard  in-f. 
46X351. 

Ordonnance  |  de  police  |  concernant  les  foires 
de  la  ville  et  I  COMTÉ-PAIRIE  DE  LAVAL  |  Donnée  à 
Laval.,  le  15  février  1152. 

A  Laval.,  chez  Louis-François  Ambroise,  imprimeur 
du  Roy. 

2  feuilles  in-f**,  ensemble  :  63x43. 

De  par  le  roy  |  ordonnance  |  pour  les  exempts,  | 

A  monseigneur  I  MONSEIGNEUR  l'iNTENDANT  DE  LA  GÉ- 
NÉRALITÉ I  DE  TOURS.  I  (Pour  prévenir  l'abus  de  ceux 
qui  profitaient  de  la  présence  dans  leur  maison  d'un 
exempt  pour  se  soustraire  au  tarif). 

Fait  à  Angers,  17  octobre  1753. 

A  LAVAL,  chez  Louis-FRANÇOis  AMBROISE,  imprimeur 
dnroy.  In-f«  47x35. 

De     par    le     roy.  |  a    monseigneur  '  monseigneur 

l' INTENDANT    DE    LA    C     N.iilALITÉ    |    DE    TOURS.    |    (Au   SUJct 

'i;  'o'.enifMi    (les  .  <'.  guerre  et  du  recensement  des 

•    '  (H.   ri*'  >■  il  '  t  faubourg). 

OIS  AMBROiSE,   imprimeur 
da  ruy.  Deux  leu^ii^s  iii-i  ,  ensemble  :  78x48. 

Les  publications  pui  suivent  ont  été  faites  pour  sup- 


1.  Les  deux  premiers  articles  n'ont  pas  d'indication  d'origine, 
mais  comme  ils  portent  en  tête  le  double  écusson  —  grossier  et 
incorrect  —  aux  armes  de  la  TrémoïUe,  qu'on  retrouve  sur  les 
trois  derniers  placards,  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  de  leur  prove- 
nance. 


47  — 


PLANCHE  VI. 


PRATIQUES 

DÉVOTES 

ET    FORT    UTILES 

A  L'HONNEUR  DE   LA 

TRÉS-SAINTE  VIERGE. 

A  limitation  de  fes  Voyages  aux  Saint: 

lieux  durant  fa  vie ,  ^  nommémem 

dvant  fin  bien-heureux  trépas. 


A    LAVAL. 


ChezL.  F.  Ambroise,  Impùmcux  du  Roy* 
M.  D.  ce.  LVII. 


Réductions  aux  3/4 
ORIGINAL  ;  Dimensions  0,163  sur  0,102. 


-  48  - 

pléer  à  l'insuffisance  des  ateliers  de  M.  L.-F.  Ambroise 
et  pour  satisfaire  aux  demandes  des  habitants. 

Cantiques  |  spirituels.  |  Ou  Recueil  imcomparable 
des  plus  I  heaux^  des  plus  instructifs  et  des  \  plus  ré- 
créatifs Cantiques  pour  cha  \  que  dimanche  de  l'an- 
née^  et  prin  \  cipaux  mystères  de  notre  religion  \  en 
faveur  des  âmes  véritablement  \  pieuses  et  qui  aiment 
à  chariter  les  \  louanges  du  Seigneur  et  de  ses  \  Saints^ 
pour  leur  servir  de  recréation  et  d'heureux  passe- 
temps  sur  I  des  airs  faciles  et  communs^  à  \  l'usage 
des  Missions  et  retraites.  A  La  Plèche  \  De  l'impri- 
merie de  Louis  de  \  la  Fosse ^  Imprimeur  du  roy.  \ 
Et  se  vend  chez  M.  Ambroise^  imprimeur  à  Laval.  \ 
M.  DCC.  XLIIL 

Petit  in-8,  contenant  :  quatre  feuillets  non  chiffrés, 
d'avis  aux  enfants,  441  pages  de  texte,  six  feuillets 
non  chiffrés  de  table  et  deux  feuillets  d'errata  *. 

Statuts  |  de  la  confrérie  |  des  prêtres  |  érigée  | 
EN  l'église  COLLEGIALE  |  DE  s.-TUGAL  DE  LAVAL.  |  Con- 
firmée par  Notre  Saint  Père  le  Pape  Grégoire  XIII  \  l'an 
de  grâce  1580.  \  Avec  l'office  des  morts,  \  à  l'usage  des 
confrères  de  ladite  confrérie.  \  A  Angers^  \  Chez  Louis- 
Charles  Barrière^  imprimeur  \  libraire^  rue  S.-Laud, 
à  la  Science  \  M.  DCC.  XLVIII.  \  Avec  approbation. 

Petit  in-4**  de  trois  feuillets  non  chiffrés  pour  le  titre  et 
l'avertissement  de  cette  nouvelle  édition  ;  et  84  pages 
de  texte. 

Nous  savons  par  l'avertissement  de  cette  édition 
qu'elle  avait  été  précédée  de  deux  autres  entièrement 
épuisées  mais  dont  on  ne  nous  fait  connaître  ni  le  lieu, 
ni  la  date  2. 


1.  Collection  personnelle. 

2.  Cabinet  de  M.  Louis  Garnier. 


-  49  - 
Exercice    de    piété  |  a   l'usage  des  pensionnaires 

DU      monastère   I   DES   |   RELIGIEUSES   |   BÉNÉDICTINES   |   DE 

LAVAL  I  Contenant  les  prières  du  matin  et  du  \  soir, 
méthode  pour  entendre  la  sainte  \  messe,  examen   de 
concience,  prié  \  res  pour  la  confession  et  commu  \ 
nion,    etc.  A    Paris  \  chez  les  imprimeurs  associés.  \ 
M.DCC.  LXIVK 

Instructions  |  pour    les  |  confrères  |  et    sœurs  | 

DE    LA    CONFRÉRIE    DU    TRÈS-SAINT-SACREMENT.   Erigée   en 

l'Eglise  paroissiale  de  \  Saint-Vénérand.^  de  la  ville 
de  I  Laval.,  Diocèse  du  Mans,  le  5  \  juillet  1605.  Par 
M.  Marie  de  Renaize.,  P^^.  —  Non  confunditur  Fratres 
eos  vocare.  \  Heb.  2.,  v.  II.  \  Le  Fils  de  Dieu  na  pas 
honte  I  de  les  appeler  ses  Frères.  \  A  La  Flèche,  \  aux 
dépens  de  la  Confrérie.  \  M.  DCC.  LXX.  Petit  in- 12  de 
102  pages  2. 

Statuts  |  de  la  confrérie  |  des  prêtres,  |  érigée  \ 
en  l'église  collégiale  \  de  S.  Tugal  de  Laval.,  \  confir^ 
mée  par  Notre  Saint  Père  le  Pape  \  Grégoire  XIII, 
l'an  de  grâce  1580.  \  Avec  l'office  des  Morts.  \  A  l'u- 
sage des  confrères  de  la  dite  confrérie.  \  Première 
édition  latine  et  françoise.  \  Au  Mans.,  chez  Charles 
Monnoyer.,  Impri  \  meur  du  roi,  de  Monsieur  et  de  \ 
Monseigneur  l'Evêque.  \  M.  DCC.  LXXXI.  \  Avec  ap- 
probation. In-12  de  quatre  feuillets  non  chiffrés  mais 
qui  comptent  cependant  pour  huit  pages  dans  la  pagi- 
nation totale,  soit  167  pages. 

Dans  cette  quatrième  édition  l'Avertissement  a  subi 
diverses  modifications.  On  y  annonce  la  traduction  en 
français  de  l'office  des  morts,  l'insertion  d'une  nouvelle 
délibération  de  l'assemblée    des   confrères    (27   juillet 

1.  Cabinet  de  M.  L.  Garnier. 

2.  Ibid. 


—  50  — 

1780),  et  l'admission  dans  la  confrérie  de   Monseigneur 
François-Gaspard-Jouffroy  de  Gonssans*. 

Recueil  |  d'instructions  |  et  |  prières,  |  a  l'usage 
DE  LA  confrérie  |  DU  S.  SACREMENT,  |  érigée  dans  l'é- 
glise paroissiale  \  de  la  Très-Sainte  Trinité  de  \  La- 
val. I  Au  Mans,  \  chez  Charles  Monnayer^  \  rue  du 
Grand  Pont-Neuf .  \  M.DCC.LXXXVII,  avec  permission 
et  approbation.  Petit  in- 12  de  202  pages  de  texte  et  ii 
pour  la  table  2. 

X 

Nous  avons  dit  précédemment  que  Joseph  Chesnel, 
époux  de  Françoise  Ambroise,  était  qualifié  du  titre 
d'imprimeur  dans  l'acte  de  partage  de  la  succession  de 
Jean  Ambroise  et  de  Marie  Péguineau,  père  et  mère  de 
sa  femme.  Sans  que  nous  connaissions  aucune  œuvre 
sortie  de  son  atelier,  nous  devons  pourtant  le  considé- 
rer non  comme  un  simple  ouvrier  de  son  beau-frère, 
mais  comme  imprimeur  en  titre,  puisqu'il  fit  toutes  les 
démarches  voulues  pour  être  autorisé  à  s'établir  à  Laval 
en  son  nom.  Les  formalités  qu'il  eut  à  remplir  pour  ob- 
tenir cette  autorisation  nous  apprendront  les  règles  que 
l'on  suivait  en  pareil  cas. 

Joseph-Pierre  Chesnel  avait  dû  d'abord  solliciter  de 
Monseigneur  le  duc  de  la  Trémoïlle,  comte  de  Laval,  la 
permission  de  s'établir  dans  cette  ville  et  d'y  exercer  sa 
profession  pour  le  service  du  public.  Muni  des  lettres 
favorables  du  suzerain,  en  date  du  9  juillet  1723,  le  péti- 
tionnaire se  présenta  à  M.  Lelong,  juge  ordinaire  du 
comté  et  maire  perpétuel  du  comté-pairie  de  Laval, 
avec  une  supplique  appuyée  des  pièces  qui  établissaient 
son  aptitude  à  la  profession  d'imprimeur.  Les  certificats 

1.  Collection  personnelle,  assez  commun. 

2.  Collection  personnelle. 


-  51  — 

d'études,  d'apprentissage  et  de  capacité  qu'il  produisait 
lui  avaient  été  donnés  par  deux  libraires-imprimeurs  de 
Rennes.  Le  juge-maire  adressa  le  pétitionnaire  à  M.  Le- 
clerc  des  Gaudèches,  procureur-lîscal,  qui  prescrivit 
une  enquête  sur  les  vie  et  mœurs  du  suppliant. 

Tout  cela  avait  lieu  le  8  mars  1724.  Le  môme  jour  en- 
core, l'huissier  chargé  des  assignations  rencontrait  sur 
la  place  publique  MM.  Joseph  Chéruau,  prêtre,  Joseph 
Démaillé,  maître  chirurgien,  et  Hierôme  Gallais,  sieur 
du  Ronceray,  soit  qu'ils  s'y  trouvassent  par  hasard, 
soit  plutôt  que,  convoqués  par  Joseph  Chesnel,  ils  at- 
tendissent l'appel  de  Tofficier  public  pour  comparaître 
et  déposer  devant  le  juge  ordinaire. 

Ils  le  firent  dans  les  termes  identiques  d'un  formu- 
laire, d'après  lequel  tous  connaissaient  le  suppliant 
comme  «  fort  honnête  homme,  de  la  religion  catholique, 
apostolique  et  romaine,  de  bonnes  vie  et  mœurs  et  ca- 
pable d'exercer  l'art  et  profession  d'imprimeur  ^   » 

Quand  nous  connaîtrons  un  livre  ou  une  brochure 
imprimé  par  Joseph-Pierre  Chesnel,  il  ne  manquera 
plus  rien  pour  établir  qu'il  fut  en  droit  et  en  fait  impri- 
meur à  Laval. 

Avant  de  quitter  la  famille  Ambroise,  nous  rappelle- 
rons encore  les  noms  de  ceux  qui,  sans  avoir  été  les  ti- 
tulaires de  l'atelier,  exercèrent  néanmoins  à  titre  d'as- 
sociés la  profession  paternelle  et  qui  prennent  dans  des 
actes  officiels  la  qualité  d'imprimeurs.  Ce  sont  : 

Michel  Ambroise,  fils  de  Jean  Ambroise  et  de  Marie 
Péguineau,  qui  suivit  la  carrière  héréditaire  avant  de  se 
rendre  capucin  en  1687. 

Jean  Ambroise,  mort  jeune  sans  doute,  et  sans  al- 
liance, car  il  n'est  cité  que  dans  le  seul  acte  de  1722  qui 
le  qualifie  d'imprimeur. 

Julien  Ambroise  exerça  la   même  profession,  mais  il 

\,  Arch.  départ. y  B  859. 


—  S2  — 

était  mort  en  1722,  laissant  Françoise  Roujou,  sa  veuve, 
tutrice  de  leurs  enfants.  Ces  deux  derniers  étaient  frè- 
res de  Louis-François  Ambroise. 

Plusieurs  membres  de  la  famille  tinrent  la  librairie 
sans  avoir  jamais  été  directeurs  d'une  imprimerie.  Un 
atelier  de  reliure  était  d'ailleurs  toujours  annexé  à  l'im- 
primerie et  c'est  pour  des  travaux  de  ce  métier  que  les 
Ambroise  figurent  le  plus  souvent  dans  les  comptes  de 
fabrique  d'un  grand  nombre  de  paroisses. 

En  1760,  1763,  1770,  mademoiselle  Ambroise  tient  la 
librairie  pendant  que  son  père  garde  toujours  le  titre 
sinon  la  fonction  d'imprimeur.  Nous  trouvons  même  un 
sieur  Gervais  Ambroise  qui  fait,  comme  libraire,  quel- 
ques fournitures  à  la  fabrique  d'Avesnières  en  1787,  et 
qui  n'est  signalé  nulle  part  ailleurs  à  notre  connaissance. 

En  1722,  1723,  une  des  filles  de  Jean  Ambroise  et  de 
Marie  Ghevillard  fabriquait  et  vendait  des  ornements 
d'église. 

XI 

D'après  les  renseignements  que  l'on  possédait  jus- 
qu'à ce  jour  sur  Gabriel  Andouard,  on  ne  devrait  lui 
attribuer  d'autre  qualité  que  celle  de  libraire,  qui  lui 
est  reconnue  dans  son  acte  d'installation  à  Laval,  et 
celle  de  graveur,  puisqu'il  a  signé  plusieurs  vues  de 
l'ancien  Laval,  aujourd'hui  rares  et  précieuses.  Nous 
avons  toutefois  la  preuve  qu'il  fut  imprimeur,  non  seu- 
lement parce  que  son  apprentissage  chez  d'Expilly  l'in- 
diquait déjà,  mais  parce  que  nous  possédons  des  témoins 
de  l'exercice  de  son  art  à  Laval.  Nous  lui  donnerons 
donc  une  place  dans  la  liste  des  imprimeurs  lavallois. 

Gabriel  Andouard,  né  dans  la  paroisse  d'Avesnières, 
y  fut  ondoyé  le  12  juillet  1732.  Il  travailla  pendant  huit 
ans  à  Paris  dans  la  librairie,  en  particulier  chez  Jacques 
d'Expilly,  et   songea  ensuite  à  venir  s'établir  au  pays 


—  53  — 

natal.  Muni  d'un  certificat  de  Monsieur  Lebel,  recteur 
de  l'Université  de  Paris,  attestant  à  la  date  du  15  jan- 
vier 1765,  qu'il  savait  lire  le  latin  et  le  grec,  et  qu'il 
était  capable  d'exercer  Tétat  de  libraire,  d'un  autre  cer- 
tificat des  sieurs  Garreau,  Leprince  et  Delarue,  syndics 
des  imprimeurs  de  la  ville  de  Paris,  témoignant  qu'il 
avait  toujours  travaillé  à  la  librairie  «  et  qu'il  s'y  étoit 
comporté  en  honneur,  »  il  se  présenta  au  juge  de  Laval, 
Joseph  de  Launay,  qui  ne  manqua  pas  de  donner  un 
avis  favorable  à  son  admission.  Car  «  il  est  intéressant, 
dit-il,  pour  le  bien  public,  qu'il  y  ait  un  libraire  reçu 
pour  cette  ville,  qu'il  tienne  boutique  et  magasin  de  li- 
vres, et  soit  en  état  d'en  fournir  aux  habitants  de  cette 
ville  de  tous  les  différents  états,  le  seul  imprimeur-li- 
braire qui  soit  à  Laval  étant  très  avancé  en  âge  et  hors 
d'état  de  rendre  aucuns  services  au  public,  n'ayant  au- 
cuns enfants  ni  gendres  qui  puissent  exercer  cette 
profession,  le  seul  fils  qu'il  ait  étant  prêtre,  et  d'ailleurs 
ne  tenant  aucune  boutique  ni  magasin  de  livres  pour  le 
service  du  public,  ce  qui  est  constaté  par  un  procès- 
verbal  fait  chez  lui  par  notre  prédécesseur ^  » 

Gabriel  Andouard  put  donc  s'établir  à  Laval  avec  le 
titre  de  libraire  seulement,  mais  en  réalité  exerçant  dans 
une  certaine  limite  la  profession  d'imprimeur.  Nous  ne 
pouvons  attribuer  à  un  autre  qu'à  lui  une  note  déjà  citée, 
<(  des  livres  classiques,  impressions  et  reliure  fournys  à 
monsieur  [L.-F.  Ambroise]  de  la  Badrie,  »  où  nous 
voyons  figurer  :  400  billets  pour  l'hôpital,  400  billets 
pour  la  fabrique  de  la  Trinité,  papier  et  impression  ; 
40  placards  pour  la  Tragédie. 

Enfin  si  cette  facture  non  signée  reste  d'une  prove- 
nance un  peu  douteuse,  le  manuel  dont  nous  donnons  ici 
le  titre  est  une  preuve  péremptoire  de  la  qualité  que 
nous  attribuons  au  sieur  Andouard. 

1.  Arch.  déparu,  B  912. 


—  54  — 

Pratiques  |  de  piété,  |  et  instructions  familières, 
I  pour  les  pensionnaires  et  écolières  \  des  Religieuses 
Ursulines  de  la  congrégation  de  Bordeaux.  \  Aug- 
mentées des  vêpres  et  complies  \  du  dimanche^  avec 
toute  l'office  de  la  Vierge  en  françois.  \  A  Laval,  \ 
chez  Andouard,  libraire.  \  Avec  Permission  \  M.DCC. 
LXXXIX.  I  Petit  iii-12,  de  360  pages  i  (Planche  VII). 

L'imprimerie  ayant  été  supprimée  en  droit  à  Laval, 
on  comprend  que  le  nouveau  titulaire  n'ait  exercé  cette 
profession  qu'avec  discrétion  et  sans  attirer  l'attention 
des  hauts  fonctionnaires  sur  son  industie. 

Vers  l'année  1769,  alors  que  L.-F.  Ambroise  vivait 
encore  et  que  déjà  Gab.  Andouard  s'était  fixé  à  Laval, 
M.  l'Intendant  de  la  Généralité  dit  dans  un  projet  de 
rapport  à  l'administration  supérieure  que  «  deux  librai- 
res paraissent  nécessaires  à  Laval.  Cette  ville  est  fort 
peuplée  d'assez  riches  négociants.  Et  comme  elle  est 
éloignée  de  quatorze  lieues  d'Angers  et  de  pareille  dis- 
tance de  la  Flèche,  où  il  y  a  des  libraires  établis,  ces 
deux  libraires  peuvent  faire  un  commerce  étendu,  et 
fournir  des  livres  aux  villes  de  Mayenne  qt  Château- 
Gontier  qui  n'en  sont  éloignées  que  de  six  lieues  et  où 
il  paroît  que  les  libraires  ne  peuvent  subsister  2.  » 

Gabriel  Andouard  figure  souvent  dans  les  livres  de 
comptes  du  receveur  des  petites  écoles  de  Laval  pour 
fournitures  de  livres,  comme  catéchismes,  livres  d'heu- 
res, etc.,  de  1771  à  1782  3. 

Malgré  ces  preuves  qui  nous  permettent  de  donner  à 
Gabriel  Andouard  sa  place  dans  la  liste  des  imprimeurs 
lavallois,  son  nom  restera  surtout  connu  parmi  nous 
pour  les  cinq  vues  du  vieux  Laval,  précieux  témoins  de 

1.  Collection  personnelle. 

2.  Ârch.  d'Indre-et-Loire  y  G  347. 

3.  Arch.  du  Bureau  de  bienfaisance  de  Laval. 


—  5S  — 


PLANCHE  VII. 


PRATIQUES 

DE    PIÉTÉ. 
ET  INSTRUCTIONS 

FAMILIERES, 

Pour  les  Ptnfionnairei  fi*  Ecolitres 
dts  Ref'tgifufes  VrfuUnes  de  ta 
Congrégation   de    Bordeaux* 

jiufffruiuits     des     Vêpres     &     Complus    dit, 
Dimanche  t    avec    toute    CO^ice    de   /•% 
i^ierge   en  français. 


A    L  A  FA  I  , 

Chez    ANDOUARDi   Libraire. 


Réduction  aux  3/4. 
ORIGINAL  :  Dimensions,  0,124  sur  0,C 


l'état  de  la  ville  à  cette  époque.  Il  était  établi  sur  le 
Vieux-Pont.  Nous  savons,  par  le  témoignage  d'un  con- 
temporain, que  Gabriel  Andouard  vivait  encore  vers 
1815  dans  sa  maison  sur  le  Vieux-Pont,  et  qu'il  y  faisait 
toujours  le  commerce  d'estampes.  Sans  doute  il  ajoutait 
à  cette  branche  d'un  commerce  peu  étendu  la  vente  de 
la  papeterie  et  des  livres  les  plus  usuels. 

Nous  avons  trouvé  aussi  mention  d'une  demoiselle 
Andouard,  qui,  dans  les  années  qui  ont  précédé  la  Ré- 
volution, tenait  un  magasin  de  librairie.  Peut-être  était- 
elle  la  sœur  et  l'associée  de  Gabriel.  Andouard  ^ 

A.  Angot. 
1.  Ibid. 


l 


RECHERCHES 

SUR  DIVERS  TITULAIRES 

DE  MAGISTRATURES,  CHARGES  ET  OFFICES' 

DE  LA  VILLE  ET  DU  COMTÉ  DE  LAVAL 
(Suite) 


LISTE 

DES  JUGES  CIVILS,  CRIMINELS,  GÉNÉRAUX,  DE  POLICE,  LIEUTE- 
NANTS GÉNÉRAUX  ET  PARTICULIERS,  JUGES  DES  EXEMPTS, 
LIEUTENANTS  DES  EXEMPTS. 

(Par  ordre  alphabétique). 
(Fin). 


PIERRE-RENE    ENJUBAULT    DE    LA    ROCHE 

Fils  de  Pierre  Enjubault,  conseiller  du  roi,  avocat  au  pré- 
sidial  de  Ghâteau-Gontier  et  de  Madeleine  Berthelot. 

Il  épousa  Catherine  Enjubault,  fut  nommé  député  aux 
Etats  généraux  de  1789  et  condamné  à  mort  par  le  tribunal 
révolutionnaire  le  2  février  1794. 

Armes  :  d'azur  à  une  tête  d'ange  d'argent  *. 

1.  Mém.  généa.,  T.  VII. 


—  58  — 

GILLES    DE    FARCY,    ÉCUYER 

Juge  ordinaire,  civil  et  criminel,  enquesteur  au  siège  de  Laval 

1600. 

Né  en  1602,  fils  de  Annibal  de  Farcy,  seigneur  de  Saint- 
Laurent  et  de  Guyonne  de  Launay. 

Il  résigna  volontairement  sa  charge  en  1672  en  faveur  de 
François  de  Farcy  de  la  Daguerie. 

«  MM.  Gilles  et  François  de  Farcy  s'  de  la  Daguerie  ont 
«  occupé  de  suite  la  même  place  pendant  plus  de  vingt  an- 
«  nées. 

«  La  nature  les  avait  partagés  de  ses  plus  beaux  talents, 
a  une  sublimité  de  génie,  une  vive  pénétration,  une  surpre- 
«  nante  facilité  à  s'expliquer  et  prononcer  les  oracles  de  la 
«  justice,  une  éloquence  insinuante  et  polie,  les  ont  distin- 
«  gués  et  rendus  recommandables. 

«  Les  règlements  du  7  janvier  1662,  du  16  novembre  1675 
a  et  l'arrêt  du  parlement  de  la  même  année  contre  les  offî- 
«  ciers  du  siège  des  exempts  ont  été  les  dignes  fruits  de  leur 
«  fermeté  et  de  leur  attention  pour  la  conservation  de  l'hon- 
*  neur  du  siège  ordinaire  ^  » 

FRANÇOIS  FARCY,  ÉCUYER,  S'  DE  LA  DAGUERIE 

maire  de  Laval 
1672. 

Fils  de  René  Farcy  écuyer,  s.  de  la  Daguerie  et  de  dame 
Marie  de  Gennes  ;  il  épousa  le  24  janvier  1673  d"®  Marie  du 
Breil,  fille  de  Jean  du  Breil  et  de  dame  Anne  Guyllot  '. 

Il  fut  reçu  en  l'office  de  juge  ordinaire  civil  et  criminel, 
sénéchal  ordinaire,  premier  maître  auditeur  en  la  chambre 
des  comptes  à  la  place  de  son  oncle  qui  se  démit  de  ces 
charges  en  sa  faveur.  En  1672  le  juge  et  le  procureur  des 
exempts  le  firent  assigner  devant  la  Cour  pour  lui  interdire 

1.  Pichot  de  la  Graverie. 

2.  Mém.  généalog. 


—  so- 
dé prendre  la  qualité  de  juge  ;  mais  un  arrêt  du  parlement 
lui  donna  gain  de  cause  *. 

«  M""  François  Farcy  de  la  Daguerie,  juge  ordinaire  géné- 
«  rai  civil  et  criminel  du  comté-pairie  de  Laval  fit  le  16  no- 
c  vembre  1675  le  :  Règlement  des  droits  et  salaii-es  des  ser- 
«  gents  du  Comté  Pairie  et  les  charges  auxquelles  ils  sont 
«  tenus  dans  leurs  fonctions  a{>ec  le  catalogue  de  leurs 
«  noms  et  résidences,  (sans  nom  d'imprimeur). 

Il  est  signé  :  F.  Farcy,  juge  ;  —  André  Guillot  de  la  Celle- 
rie  lieutenant  particulier  civil  et  criminel,  enquesteur  du 
comté-pairie;  —  R.  le  Moyne;  —  Martin;  —  Gaultier,  gref- 
fier*. 

Un  autre  règlement  du  8  novembre  1674  imprimé  à  Laval 
chez  Ambroise,  est  intitulé  : 

Règlement  des  droits,  vacations  et  salaires  du  greffier  du 
siège  ordinaire  du  Comté-Pairie  de  LavaP. 

«  Du  17  août  1675.  —  Sur  la  requête  des  avocats  du  siège 
«  ordinaire.  M*"  de  Farcy  de  la  Daguerie,  juge,  donne  un 
({  tableau  qui  règle  conformément  à  l'ordonnance  de  1667  la 
«  taxe  des  dépends  et  règle  les  droits  des  avocats  et  leurs 
«  honoraires,  non  compris  les  droits  du  greffe  et  salaire  des 
«  huissiers  (sans  nom  d'imprimeur). 

Signé  :  François  Farcy,  Sévin.  *A.  Guillot,  Martin,  R.  le 
Moyne. 

Dans  une  lettre  d'un  habitant  de  Laval  datée  du  mois  de 
juin  1682  adressée  à  Monseigneur  Le  Pelletier,  intendant,  rue 
de  la  Perle,  à  Paris,  nous  relevons  le  passage  suivant  : 

«  Au  reste  les  murailles  et  les  fossés  de  Laval  sont  affer- 
me mes  à  des  particuliers  assez  cher  pour  subvenir  aux  pen- 
ce sions,  que  le  roy  pourroit  donner  à  un  gouverneur  ;  outre 
•  qu'un  particulier  nommé  Farcy  ci-devant  juge  et  maire  de 
a  Laval  a  rompu  les  murailles  d'un  boulevard  et  y  a  bâti 


1.  Recherches  historiques,  15. 

2.  Ibid. 

3.  Ibid. 

4.  Recherches  hist.^  15. 


-  60  - 

«  pour  30,000  liv.  de  bâtiments,  appuyé  de- M.  l'intendant 
a  qui  est  son  protecteur  *.   » 
Armes  :  Fretté  d*or  et  d*azur^  au  chef  de  gueules, 

PIERRE    LE    FEBVRE    DE    LAUBINIÈRE 

lieutenant    général    civil    et    criminel 
1626 

Fils  de  Pierre  le  Febvre  et  de  N....  ;  il  épousa  Marie  Ma- 
rest. 

CLAUDE  FOUCAULT  DE  LA  MONTAGNE 

conseiller  du  roi,  lieutenant  général,  civil  et  criminel 
1678 

Fils  de  Claude  Foucault,  s.  de  la  Montagne  et  de  dame 
Marguerite  de  Launay  :  il  épousa  Jacquine  Chariot  de  Beau- 
regard,  eut  six  enfants  dont  le  dernier  fut  Jacques  qui  suit*  : 

JACQUES-JEAN  FOUCAULT  DE  VAUGUYON 

conseiller,  lieutenant  au  siège  des  traites 
1715 

Fils  du  précédent.  Il  épousa  Renée  de  la  Porte. 

La  Famille  Foucault,  ancienne  à  Laval  a  formé  les  bran- 
ches de  Laubinière,  des  Bigottières,  de  Vauguyon  ;  elle  fut 
anoblie  au  XVIIP  siècle. 

Armes  :  d'azur  à  la  bande  d'or^  accostée  de  six  besans 
d'argent  '. 

LÉON    FOUREAU 

Juge   général  et  criminel,  maire  de  Laval. 
1759. 

Fils  de  noble  Léon  Foureau  et  de  Françoise  Guays  :  il  na- 

1.  Recherches  hist.  —  On  veut  parler  ici  de  l'hôtel  de  Pont- 
farcy  situé  autrefois  à  l'angle  opposé  au  passage  qui  conduisait 
à  la  rue  du  Jeu-de-Paume. 

2.  Mém.  généal.,  mns. 

3.  Ibid. 


-  61  - 

quit  en  1722,  épousa  en   1750  sa  cousine  Françoise  Guays, 
et  mourut  en  1769  K 

M.  Foureau  avait  d'abord  rempli  la  charge  de  juge  des 
exempts  : 

«  Le  14  avril  1747  M.  L.  Foureau  a  été  reçu  et  installé 
«  dans  l'office  de  juge  des  exempts  par  appel  et  pour  les  cas 
«  royaux.  Il  y  a  été  présenté  par  M.  Jean-Baptiste  Hardy 
«  avocat  qui  a  fait  un  très  solide  compliment.  Lui-même 
«  après  son  installation  a  fait  et  très  bien  prononcé  un  beau 
«  et  solide  remerciement.  S'il  continue  à  s'appliquer  il  for- 
«  mera  un  magistrat  accompli  et  remettra  son  siège  dans 
«  toute  la  splendeur.  Il  a  succédé  au  s'"  Frin  qui  avait  possédé 
«  cette  charge  pendant  dix  ans,  mais  qui  s'étant  dérangé 
«  dans  sa  fortune  par  de  trop  grandes  dépenses,  fut  obligé 
«  de  la  vendre  pour  payer  ses  créanciers. 

«  Cette  charge  a  coûté  au  s""  Foureau  tant  pour  le  prix 
«  principal  que  pour  ses  provisions  et  voyages  plus  de 
«  10,000  liv.^  » 

Il  devint  juge  et  maire  de  Laval  en  1759. 

«  On  a  tenu  une  assemblée  générale  de  la  maison  de  ville, 
«  je  n'ai  pas  cru  devoir  y  assister,  mais  on  m'a  rapporté 
a  qu'on  n'y  avait  pas  gardé  toutes  les  bienséances  et  qu'il  y 
«  avait  eu  des  altercations,  des  reproches  et  des  injures. 

c(  Il  s'agissait  de  nommer  un  maire  au  lieu  et  place  de 
«  M.  Hardy  qu'on  ne  voulait  pas  continuer.  Deux  cabales  s'é- 
«  taient  formées  pour  le  choix  du  nouveau  maire  et  d'un  éche- 
«  vin,  au  lieu  et  place  de  M"^  Duchemin  de  Saint-Céneré, 
«  celle  de  la  maison  de  ville  et  celle  de  tous  les  officiers  de 
«  magistrature.  On  proposa  MM.  Foureau,  Frin,  procureur 
«  fiscal  et  Duchemin  de  la  Jarossaye  pour  être  choisis.  Tous 
«  les  officiers  de  judicature  voulaient  M.  le  Clerc  du  Moulin, 
«  maire,  mais  l'autre  cabale  était  pour  M""  Foureau  et  l'em- 
«  porta  de  quatre  voix^  (Vendredi  28  décembre  1759). 

Le  30  décembre  1762,  il  fut  continué  pour  trois  ans  dans  la 


1.  Mém.  généal.  mus. 

2.  Pichot  de  la  Graverie. 
'{.  Idem. 


->  62  - 

charge  de  maire  «  à  Funanimité  et  avec  l'applaudissement  de 
«  toute  la  maison  de  ville  et  de  tous  les  bons  habitants*.  » 

Lorsqu'il  devint  maire  en  1759  il  quitta  sa  maison  pour 
venir  loger  à  l'Hôtel-de- Ville.  Il  est  le  premier  maire  qui  l'ait 
occupé.  Comme  maire  il  remplissait  aussi  les  fonctions  de 
colonel  de  la  milice  bourgeoise.  Lorsqu'il  la  commandait  il 
portait  un  uniforme  rouge  à  parements  bleus  ^ 

M.  Foureau  était  un  homme  intègre  et  un  magistrat  ac- 
compli ;  animé  des  sentiment  de  la  plus  vive  piété  il  commen- 
çait ainsi  son  testament  daté  du  23  mai  1768. 

«  Dies  Domini  sicut  fur  adveniet.  Pénétré  de  cette  terrible 
«  vérité,  j'écris  et  consigne  ici  mes  dernières  volontés » 

Son  portrait  se  trouve  à  l'Hôtel-de- Ville  de  Laval. 

Armes  :  d'argent  à  2  lions  affrontés  de....  en  chef  et  un 
loup  de...  passant  en  pointe  sur  une  terrasse  de.... 


GABRIEL    FRIN    DU    GUY-BOUTIER 

conseiller  du  roi,  lieutenant  des  exempts, 

juge  royal  au  siège  de  Laval. 

1736. 

Fils  de  Charles  Frin  du  Guy  Boutier,  procureur  du  roi  au 
siège  de  Laval  et  de  Ambroise-Anne  Duchemin  de  Noise- 
ment  '. 

«  M.  Gabriel  Joseph  Frin,  s.  du  Guy  Boutier,  a  été  reçu  et 
«  installé  dans  l'office  de  juge  au  siège  royal. 

«  Il  a  été  présenté  par  M.  du  Moulin  procureur  du  roi,  son 
«  beau-frère. 

«  Il  a  lui-même  fait  un  discours.  M.  des  Valettes  président 
«  et  M.  de  Laubinière  lieutenant  ont  fait  ses  éloges  et  on  n'y 
«  a  pas  oublié  les  louanges  du  père  du  fds  et  de  toute  la  fa- 
ce mille. 


1.  Registres  de  l'Hôtel-de-Ville. 

2.  Guittet  de  la  HouUerie. 

3.  Mém.  généal.  mns. 


—  63  - 

«  Tous  les  avocats  sont  allés  au  nombre  de  dix  rendre 
visite  à  M.  Frin  en  robe.  Il  les  avait  prévenus  et  était  allé 
les  voir  chacun  en  particulier. 

«  Le  s'  Frin  donne  de  grandes  espérances  et  mettra  sans 
doute  le  siège  royal  dans  son  ancien  éclat  et  dans  ses  pré- 
rogatives qui  ont  été  beaucoup  altérées  par  l'incapacité  de 
M.  Touchard,  précédent  juge  royale 


CHARLES-RENE-THOMAS     FRIN    DU     GUYBOUTIER 

conseiller  du  roi,  président  au  siège  royal 

procureur  fiscal,  puis  maire  de  Laval 

1756. 

Fils  de  Charles  Frin  du  Guy  Boutier  et  de  Marie-Made- 
leine Géhard  de  Ferrand.  Il  épousa  Charlotte  Jeanne  Sal- 
mon  et  mourut  à  Laval  le  8  février  1798^. 

«  Le  25  février  1726  le  s'  Charles  Frin  du  Guy  Boutier  a 
«  été  reçu  et  installé  dans  l'ofTice  de  procureur  fiscal  à  ce 
«  siège  que  lui  avait  vendu  M,  le  Clerc  s.  des  Gaudesches 
«  qui  s'en  démit  pour  prendre  une  charge  de  conseiller  à  la 
«  cour  des  monnayes,  qui  lui  a  donné  la  noblesse  et  toutes 
<  les  exemptions  qu'il  souhaitoit. 

«  Ledit  s.  Charles  Frin  était  auparavant  procureur  du  roi 
«  au  siège  des  exempts,  mais  étant  d'une  humeur  très  active 
«  et  ne  trouvant  pas  de  quoi  s'occuper  dans  la  première,  il 
«  préfera  celle  de  procureur  fiscal  qu'on  dit  être  l'une  des 
«  premières  de  la  ville  pour  l'autorité  et  pour  l'occupation*.  » 

Armes  :  d'azur  à  3  gerbes  de  blé  d'or  2  et  1. 


1.  Pichot  de  la  Graverie. 

2.  Mém.  généal. 

3.  Pichot  de  la  Graverie. 


64 


FLORENT  GARNIER,  S'  DU  TERTRE 

lieutenant  au  siège  royal 
1639. 

Né  le  21  novembre  1620,  fils  de  François  Garnier,  s.   du 
Tertre  et  de  Françoise  Marchais  *. 


FRANÇOIS    GARNIER 

lieutenant  des  exempts 

1662 

Né  le  29  avril  1611,  fils  de  René  Garnier,  s.  de  la  Herber- 
dière  et  de  Françoise  de  la  Court  ^. 

Armes  :  tranché  d*o?'  et  d'azur  à  un  lion  de  Vun  et  de 
Vautre. 

HYEROSME  GAULTIER  DES  COYERS 

juge  de  Laval. 
1586. 

Fils  de  Jean  III*  Gaultier  et  de  N.... 

Etant  juge  de  Laval,  il  se  mit  à  la  tête  des  habitants  de  la 
ville  pour  repousser  les  calvinistes  qui  menaçaient  la  cité  ; 
pris  au  Gué-d'Orger  par  le  duc  de  Mercœur,  il  fut  conduit  à 
Nantes  et  mis  à  mort. 

Nous  avons  publié  une  notice  sur  ce  vaillant  citoyen  de  La- 
val avec  son  portrait,  dans  le  Bulletin  de  la  Société  histori- 
que et  archéologique  de  la  Mayenne.  Nous  demandons  aux 
lecteurs  de  bien  vouloir  s'y  reporter  '. 

Nous  le  trouvons  le  24  septembre  1586  rendant  en  qualité 
de  juge  ordinaire,  civil  et  criminel,  une  sentence  adjugeant 

1.  Registres  de  baptême  delà  Trinité. 

2.  Tbid. 

3.  Bull.  hist.  de  la  Mayenne,  2«  série,  T.  I,  p.  354. 


—  65  — 

au  Prieuré  de  Saint-Martin  la  somme  de  5  livres  de  rente  par 
droit  d'aubaine  sur  une  maison  appartenant  à  Jacques  Gril  et 
située  au  bourg  de  Saint-Martin  K 


RENE    GAULTIER    DE    LA    VIEUXCOURT 

juge  de  Laval 
1680. 

Fils  de  Hyérosme  Gaultier  du  Cleray  et  de  Marie  Frin. 
Le  30  août  1680  il  acheta  la  terre  de  la  Vieux-Court,  en 
Ahuillé,  de  René  Brandelis  de  Champagne,  M'*  de  Villaines. 


MATHURIN  GAULTIER  DE  MEROLLES 

lieutenant  de  Laval 
1715. 

Fils  de  Mathurin  Gaultier  de  la  Vilatte  et  de  Jeanne 
Hoyau.  Il  épousa  F'rançoise  de  Launay. 

«  Installé  le  7  décembre  1715  en  la  place  de  lieutenant 
«  général  possédée  depuis  1710  par  défunt  son  père  Gaultier 
€  de  la  Vilatte.  » 

Après  avoir  mentionné  cette  nomination  M.  Pichot  de  la 
Graverie  continue  : 

«  Il  fut  jugé  que  celui  qui  avait  l'office  de  crieur  et  décou- 
a  peur  de  poissons  ne  pouroit  vendre  aucun  poisson  directe- 
«  ment,  ni  indirectement.  Ce  droit  appartient  au  seigneur  de 
a  Laval  et  est  ancien.  M.  Talon  avocat  fiscal  fit  voir  les  pre- 
«  mières  provisions  qui  avaient  été  accordées  pour  l'exercer. 
«  On  ne  peut  vendre  qu'on  nait  appelé  trois  fois  Monseigneur 
«  et  le  seigneur  de  la  Coconière  qui  avoient  le  droit  lors- 
«  qu'ils  demeuroient  en  cette  ville  d'acheter  les  premiers 
a  leur  poisson.  Cet  usage  de  les  appeler  à  haute  voix  s'est 
a  toujours  conservé  *.  » 

1.  Titres  du  prieuré  de  Saint-Martin. 

2.  Recueil  des  sentences,  T.  I. 


-  66  - 

M.  Gaultier  de  Mérolles  mourut  en  1734  et  sa  charge  fut 
adjugée  à  l'audience  pour  la  somme  de  14000  liv.  au  s*"  Mar- 
tin de  la  Blanchardière  *. 


DANIEL    GAULTIER    DE    LA    VILLEAUDRAY 

juge  civil,  maire  de  Laval. 
1739 

Fils  de  Jérôme  Gaultier  de  la  Villeaudray,  élu  à  Laval, 
secrétaire  du  roi  et  de  Françoise  le  Hirbec.  Il  épousa  Michèle 
de  Lemée^. 

Il  fut  nommé  en  1739,  succédant  à  M.  Gilles  le  Long  de  la 
Besnardière,  et  installé  le  14  mars  1740.  Il  mourut  le  24  jan- 
vier 1745. 

«  Jamais  juge  n'a  eu  de  meilleurs  intentions  pour  rendre  à 
«  chacun  le  bon  et  juste  droit  qui  pouroit  lui  appartenir, 
«  plus  de  zèle  et  d'amour  pour  le  bien  public,  plus  de  soin 
«  plus  d'ardeur  pour  la  décoration  et  l'embellissement  de 
«  cette  ville. 

«  On  lui  doit  l'établissement  et  le  règlement  pour  les  huis- 
«  siers,  la  construction  de  l'aqueduc  pour  les  fontaines  pu- 
ce bliques  qui  diminue  à  l'avenir  considérablement  la  dépense 
«  et  leur  entretien  et  fournira  sans  interruption  l'eau  néces- 
«  saire  au  public.  » 

«  Il  montra  toujours  la  plus  grande  fermeté  dans  les  as- 
«  semblées  de  l'Hôtel-de-Ville  souvent  tumultueuses  et  con- 
«  tribua  avec  M.  Hardy  de  Lévaré  aux  importantes  augnien- 
«  tations  faites  au  château  occupé  par  le  juge  civil.  Il  fît 
«  construire  une  fontaine  en  marbre  sur  la  place  sous  la 
c(  chambre  du  conseil  ^. 

Armes  :  d'argent  au  lion  d'or. 


1.  Pichot  de  la  Graverie. 

2.  Mém.  généal. 

3.  Pichot  de  la  Graverie. 


-  67  — 

FRANÇOIS  LE  GEAY  DES  ASTELAIS 

lieutenant  particulier 
1650 

Fils  de  noble  Jean  le  Geay,  sgr  des  Astelais,  de  Mingé... 
conseiller  du  roi  à  la  Gravelle  et  de  Renée  le  Meignan.  Il  ap- 
partenait à  une  famille  noble  demeurant  en  Bretagne  près 
Fougères  et  dont  les  ancêtres  prenaient  le  titre  de  damoi- 
seau au  XIII®  siècle. 

Il  naquit  en  1625  et  épousa  le  2  février  1655  Marie  de  la 
Cour,  dame  des  Touches  *. 

La  famille  le  Geay  était  très  ancienne  et  une  généalogie 
que  nous  possédons  dans  nos  archives  la  fait  remonter  à 
Raoul  le  Geay,  chevalier,  seigneur  de  Floigny  près  Château- 
Thierry,  qui  vivait  vers  1160  *. 

Dès  1430  G.  Le  Doyen  nous  signale  la  présence  des  le  Geay 
dans  le  Maine  : 

«  Le  cueur  du  Cymetière  Dieu 

«  De  ce  temps  fut  faict  en  ce  lieu 

<  Edifiés  par  les  chanoines 

«  Et  fondeurs  qui  y  prindrent  peines. 

a  Dont  motil  fut  l'un  d'eux  moult  gay 

«  Nommé  messire  André  le  Gay 

«  Chanoine  prébendez  cyens....  » 

En  1514  Jean  le  Geay  était  doyen  de  Laval.  G.  Le  Doyen 
nous  apprend  sa  mort  arrivée  en  1532. 

«  Aujourd'hui  Xï  de  juillet  maistre  Jehan  le  Geay,  doyen 
«  de  Laval  et  chanoine  ancien  du  Cymetière-Dieu  et  curé 
«  de  Ruillé-le-Gravelais,  recessit  ab  humanis  audit  an.  » 

Les  armes  de  la  famille  Le  Geay  étaient  primitivement  trois 
têtes  de  geais  arrachées  d'or  sur  fond  d'azur;  elles  furent 
changées  en  1540  par  l'Empereur  Charles-Quint  en  un  aigle 
regardant  un  soleil  fixe  '. 

1.  Mém.  généal.  mns.,  T.  I. 

2.  Mém.  généal.  mns.   T.  I. 

3.  Ibid. 


-  68  - 


FRANÇOIS    II    LE    GEAY    DES    ASTELAIS 

lieutenant  particulier 
1690 

Fils  du  précédent,  né  le  5  septembre  1656  ;  mort  le  28 
novembre  1709  :  seigneur  de  la  Chauvinière,  des  Brosses.... 
Il  épousa  le  13  novembre  1683  Renée-Françoise  Frin  de  la 
Chauvinière  *. 


FRANÇOIS    III    LE    JAY    DES    ASTELAIS 

lieutenant  particulier 
1713. 

Fils  du  précédent.  Naquit  le  11  septembre  1687  et  mourut 
en  1754.  Il  épousa  le  1  août  1712  Marie-René  Martin  de  la 
Guerretière  ^. 

«  M.  Le  Geay  des  Astelais  lieutenant  particulier  a  fait  em- 
«  bellir  l'église  de  la  Trinité  par  la  construction  d'une  chaire 
«  de  fer  ciselé  et  doré  et  de  quatre  beaux  autels  nouvelle- 
a  ment  construits  dans  la  nef. 

«  Il  se  dispose  encore  à  faire  faire  un  autre  escalier  en 
«  forme  de  fer  à  cheval  qui  sera  très  utile  et  moins  dange- 
«  reux  que  celui  que  nous  voyons  ^   »  29  janvier  1734. 

«  Le  7  mars  1762  M.  Le  Geay  lieutenant  particulier  de  no- 
ce tre  siège  est  décédé  attaqué  d'une  paralysie.  Il  était  très 
«  zélé  pour  l'intérêt  public  et  s'était  acquitté  avec  désintéres- 
«  sèment  des  fonctions  d'échevin  et  de  procureur  marguil- 
«  lier  de  la  paroisse  de  la  Trinité.  Il  est  mort  âgé  de  74  ans. 

«  Il  avait  jugé  à  propos,  d'écrire  son  nom  par  Jay,  cepen- 
«  dant  dans  les  anciens  partages  et  titres  de  sa  famille,  on 


1.  Mém.  généal. 

2.  Mém.  généal.  mns. 

3.  Pichot  de  la  Graverie. 


—  69  — 

«  écrivoit  Geay  et  son  père,  lieutenant  particulier  l'écrivoit 
«  ainsi  dans  les  sentences  du  siège  ^ 


PIERRE    GUAYS    DE    LA    MENNERIE 

lieutenant  au  siège  royal 
1642 

11  naquit  le  10  mai  1612  de  René  Guay  et  de  Adnette  de 
Cornilleau,  et  épousa  le  26  septembre  1641  René  Chapelle. 

Armes  :  de  gueules  ou  guéridon  d'argent,  couronné  de 
même  en  chef-. 

GUILLAUME  GUÉRIN 

lieutenant    de    Laval 
1426 

Il  était  sénéchal  d'Entramnes  dont  il  tint  les  pieds  le  28 
octobre  1414.  Il  était  frère  de  Jean  Guérin  qui  fonda  en  1396 
la  chapelle  dite  aux  Guérins,  dans  l'église  de  la  Trinité. 

La  maison  habitée  par  cette  famille  se  nommait  le  Proces- 
sionnal, et  était  située  rue  de  la  Trinité,  à  l'angle  de  la  rue 
Trouvée. 

ANDRÉ  GUILLOT  DE  LA   CELLERIE 

lieutenant  particulier,  général 
1668-1685. 

Fils  de  René  Guyllot,  s.  de  Montavallon  et  de  Simonne 
Marest.  Il  épousa  Renée  du  Chesne  *. 

D'abord  lieutenant  particulier  ;  puis  en  1685,  lieutenant- 
général. 

1.  Ibid. 

2.  Mém.  généal.,  mus. 

1.  Registres  de  la  Trinité. 


-  70  — 

RENÉ    HARDY    DE    LÉVARÉ 

juge  ordinaire  civil...,  maire  de  Laval 
1690-1713. 

La  famille  Hardy  est  originaire  de  la  paroisse  du  Genest. 
Emery  Hardy  demeurait  à  la  Bellangerie  en  1342.  Robert 
Hardy  vint  s'établir  à  Laval  en  1615  et  se  fit  pourvoir  d'une 
charge  de  conseiller  au  siège  de  l'élection.  René  Hardy  de 
Lévaré  était  fils  de  Pierre  Hardy  de  Lévaré  et  de  Jeanne  Mar- 
tin de  la  Motte.  Il  épousa  Renée  Marguerite  Frin  de  la  Chau- 
vinière  *. 

«  M.  René  Hardy  de  Lévaré  qui  exerçait  depuis  plusieurs 
«  années  à  l'avantage  du  public  l'office  de  juge  de  police 
«  fut  choisi  par  préférence  en  l'année  1706  pour  remplir  les 
«  fonctions  de  juge  civil  qu'il  a  exercées  pendant  seize  ans. 

«  Il  fut  magistrat  éclairé,  habile,  éloquent,  rempli  des 
a  principes  et  des  maximes  du  droit  civil  et  françois,  de  nos 
«  coutumes,  de  nos  ordonnances  et  de  la  jurisprudence  des 
«  arrêts.  Il  possédait  dans  un  souverain  degré  la  science  des 
«  usages  et  des  règlemens  du  siège.  Il  fut  soigneux  infati- 
«  gable,  zélé  et  curieux  à  procurer  la  beauté  et  la  commodité 
«  des  édifices  publics.  Le  recueil  des  principales  sentences 
«  rendues  de  son  temps,  rédigées  par  lui  avec  soin  et  régu- 
«  larité,  plusieurs  règlements  de  police  et  de  judicature,  dif- 
«  férents  arrêts  du  Parlement  qui  ont  confirmé  ses  senten- 
«  ces,  le  feront  considérer  avec  juste  raison  comme  un  des 
«  plus  grands  magistrats  qui  ait  occupé  et  honoré  cette 
«  place.  Il  fut  le  premier  maire  perpétuel  d'après  l'édit  du 
«  roi  de  16921 

«  M.  Hardy  de  Lévaré  pendant  le  cours  de  sa  magistra- 
«  ture  fit  réparer  les  rues  de  la  ville  et  refaire  à  neuf  les  pa- 
ie vés  des  arrivées  et  sorties  qui  étaient  auparavant  imprati- 
«  cables.  Il  fit  faire  la  place  de  la  porte  Beucheresse,  qu'on 
<  nomma  place  Hardy,  où  se  tient  le  marché  des  bestiaux  et 


1.  Mém.  gêné  al.  mns. 

2.  Pichot  de  la  Graverie. 


—  71  — 

«  cochons  tous  les  jeudis  de  chaque  semaine.  11  fit  embellir 

«  et  rendre  plus  régulière  la  grande  place  entre  les  grandes 

«  halles  et  le  palais  et  fit  faire  et  paver  la  rue  ou  descente  du 

«  roquet  et  la  porte  de  l'entrée  de  la  rue  de  Rivière  qui  était 

«  autrefois  très  dangereuse  pour  le  passage  des  charrettes 

«  et  carrosses. 

«  On  fit  établir  de  son  temps  l'hôpital  des  incurables  cons- 

€  truit  et  joint  à  l'hôpital  des  pauvres  malades  de  Saint-Ju- 

«  lien.  On  fit  construire  plusieurs  ports  le  long  de  la  rivière 

«  et  plusieurs  lavanderies  pour  le  blanchissage  des  toiles  ^  » 


AMBROISE    JEAN    HARDY    DE    LEVARE 

juge  de  police,  civil  et  ordinaire,  maire  de  Laval 
1723. 

Fils  du  précédent.  Né  le  14  août  1700,  mort  le  10  mai  1780. 
11  épousa  Renée  Julienne  Martin  de  la  Blanchardière.  Il  fut 
installé  à  la  place  de  son  père  le  22  février  1723  et  destitué  le 
14  août  1727.  On  lui  reprochait  de  défendre  ses  droits  de  po- 
lice avec  trop  de  fermeté  contre  les  prétentions  du  duc  de  la 
Trémouille. 

«  Ayant  rendu,  dit  Pichot  de  la  Graverie,  plusieurs  sen- 
«  tences  qui  déboutaient  le  procureur  ficsal  de  ses  remon- 
«  trances  et  demandes  on  lui  remboursa  le  prix  de  sa  charge 
a  et  il  remit  ses  provisions.  Le  public  désaprouva  cette  des- 
«  titution  ;  M.  Hardy  s'acquit  la  confiance  des  habitans  et 
«  devint  un  célèbre  consultant.  » 

On  revint  pourtant  à  lui  car  le  30  décembre  1737  il  fut 
nommé  procureur-syndic  de  l'Hôtel-de-Ville  et  maire  de 
Laval  le  16  juin  1747. 


1.  Ihid.  —  M.  René  Hardy  fit  construire  le  portail  qui  fait 
l'entrée  de  la  rue  de  Rivière  en  l'année  1711.  Il  lit  aussi  en  1713 
abattre  les  mauvaises  maisons  ou  baraques  qui  étaient  au  haut 
de  la  place  et  y  fit  bâtir  le  nouveau  portail  du  nouveau  château 
où  il  demeuroit  et  mettre  les  deux  grilles  de  fer  qui  sont  des 
deux  côtés  (Bourjolly,  T.  2,  p.  164). 


-  72  — 

Le  28  décembre  1753  dans  une  assemblée  générale  de  la 
maison  de  ville  il  fut  réélu  maire  pour  trois  ans. 

«  Cette  continuation  a  paru  odieuse,  parce  que  le  s""  Hardy 
«  s'est  maintenu  dans  la  maison  de  ville  soit  comme  procu- 
«  reur-syndic,  soit  comme  maire  pendant  plus  de  douze  ans, 
«  ce  qui  est  une  affectation  marquée.  Cependant  il  faut  con- 
«  venir  qu'il  est  capable,  très  laborieux  et  qu'il  ne  donna 
«  lieu  à  aucune  plainte  contre  son  administration,  si  ce  n'est 
«  pour  l'établissement  du  tarif  ^  » 

Le  30  décembre  1756  il  fut  encore  nommé  maire  pour  trois 
ans,  et  fut  le  premier  maire  électif  de  Laval  de  1747  à  1759. 
Ces  places  de  maires  électifs  avaient  été  créées  par  un  édit 
du  roi  en  date  du  mois  de  décembre  1733. 

Armes  :  de  sable  au  lion  couronné  d'argent  accomp.  de 
3  molettes  de  même  2et  i. 


DANIEL    HAY    DU    CHATELET 

écuyer,  seigneur  de  la  Motte,  juge  ordinaire,  général, 

civil  et  criminel 

1592-1604. 

Daniel  Hay  appartenait  à  une  très  ancienne  maison  de 
Bretagne.  Gautier  Hay  était  seigneur  de  la  Guerche  et  de 
Pouancé  au  XP  siècle.  Vers  1349,  dit  la  généalogie  de  Quatre- 
barbes,  une  dame  Hay  de  la  famille  du  seigneur  de  Laval 
(Geoffroy  Hay,  seigneur  de  la  Guerche  et  de  Pouancé  avait 
épousé  en  1250  Anne  de  Laval  fille  de  Guy  VIT)  fonda  deux 
messes  par  semaine  qui  devaient  être  dites  au  grand  autel 
de  l'église  de  la  Trinité  de  Laval,  son  fils  Pierre  Hay  donna 
le  lieu  des  Onglées  en  Bonchamp  pour  accomplir  les  der- 
nières volontés  de  sa  mère. 

Cette  fondation  fut  augmentée  par  Jehanne  Hay,  petite- 
fille  de  la  testatrice,  d'une  rente  de  7  livres. 


1.  Pichot  de  la  Graverie.  —  M.  Hardy,  maire,  par  une  pa- 
tience à  toute  épreuve  et  par  un  travail  assidu,  vint  à  bout  de 
faire  cesser  la  taille  et  d'abolir  le  tarif  (Guittet  de  la  HouUerie). 


-  73  — 

En  1494,  Philippe  de  Luxembourg,  cardinal,  évéque  du 
Mans,  transféra  cette  fondation  dans  la  chapelle  du  château 
de  Pareneau  en  Parné  *. 

Guillaume  Hay  tient  les  pieds  de  la  commanderie  du  Breil- 
aux-Francs  en  1398.  Pierre  est  sénéchal  de  Thévales  en  1430. 
Daniel  Hay  était  fils  de  Jean  Hay,  sieur  du  Plessis  et  des  Né- 
tumières,  conseiller  au  parlement  de  Bretagne  en  1554  et  de 
Perrine  Chevalerie. 

Il  fut  baptisé  le  20  avril  1563  et  épousa  en  1589,  Gilette  de 
Pelineuc^. 

Il  eut  la  gloire  d'avoir  deux  fils  membres  de  l'Académie 
Française. 

1°  Paul  Hay  du  Chastelet  avocat  général  au  Parlement  de 
Bretagne,  puis  maître  des  requêtes  et  membre  de  l'Académie 
Française. 

2°  Daniel  Hay  de  la  Motte,  curé  d'Andouillé,  doyen  de 
Saint-Tugal,  abbé  de  Cambon  et  académicien*. 

Armes  :  de  sable  au  lion  d'argent. 


RENE     HENNIER 

lieutenant  civil  et  criminel 
1508 

Fils  de  Jean  Hennier  dont  nous  parle  Le  Doyen  à  propos 
du  mystère  de  Sainte  Barbe  joué  à  Bootz,  en  1493. 

Il  est  fait  mention  de  ce  Hennier  comme  député  du  Comté 
de  Laval  à  l'assemblée  de  la  province  réunie  au  Mans  le  7 
octobre  1508  pour  la  réformation  de  la  coutume  du  Maine. 
On  lui  reprocha,  ainsi  qu'à  François  de  la  Pommeraye,  aussi 
député,  de  n'avoir  pas  assez  défendu  les  intérêts  du  comté  et 
d'avoir,  malgré  les  droits  les  plus  anciens  et  les  mieux  ac- 
quis, laissé  admettre  qu'il  pouvait  être  divisé  *. 

1.  Recherches  Historiques. 

2.  Abbé  Anis,  Commission  Hist.,  p.  499. 

3.  Hist.  des  Comm.  et  Chap.  de  Laval,  p.  51. 

4.  Note  de  G.  le  Doyen. 


—  74  - 

Il  était  licencié  ès-loix  et  se  maria  deux  fois  :  1°  avec  Per- 
rine  Bouglier  ;  2°  avec  N....  Denuault*. 
Il  mourut  en  1521. 

«  Celuy  an,  sans  rien  denger 

«  Mourut  maistre  René  Hennier 

«  Et  le  saiziesme  de  décembre 

«  Tout  ainsi  que  je  me  remembre  ^.  » 

Il  habitait  une  maison  qui  dépendait  du  château  et  s'appe- 
lait le  Perron  des  Demoiselles. 

Nous  avons  trouvé  un  Pierre  Hennier  qui  aurait  été  vers 
1500,  chanoine,  juge  de  tout  le  Maine  et  l'Anjou  et  ayant  des 
lieutenants  dans  toutes  les  villes  de  ces  provinces. 

Un  autre  Macé  Hennier  fut  commis  en  1444  par  le  parle- 
ment pour  «  connoître  des  causes  des  exempts  au  comté  de 
«  Laval'.  » 


FRANÇOIS-RENE      D  HOUILLERES 

juge  des  exempts 
1509. 

Il  appartenait  à  une  très  ancienne  famille  du  Bas-Maine 
connue  à  Laval  depuis  le  XIV^  siècle. 

En  1503  René  d'Houillères,  licencié  es  lois,  acheta  de  Gil- 
les de  Brée  les  moulins  à  blé  et  à  draps  du  Châtelier  ou  Jar- 
retay,  situés  sur  la  Mayenne  en  Nuillé-sur-Vicoin*. 

Il  épousa  Hardouine  N. ...  et  eut  un  fils  François,  marié  à 
Adnette  Marest.  Jacques  Pierre  et  François  leurs  trois  fils 
devinrent  la  souche  des  d'Houillères,  seigneurs  du  Bois-Bu- 
reau, Jupellière,  Maisoncelles  et  le  Bignon  ^ 

Armes  :  de  sable  à  la  croix  pattée  et  laisée  d'or  *. 


1.  Mém.  généal.  mns. 

2.  G.  le  Doyen. 

3.  Le  Blanc  de  la  Vignolle. 

4.  Titres  de  Fouilloux. 

5.  Hist.  généal.  mns. 

6.  Généal.  Quatrebarbes. 


—  75  — 

ROBERT    DES    LANDES 

licencié  en  droit,  lieutenant  général 
1567. 

On  trouve  son  nom  dans  deux  anciennes  pancartes  :  Tune 
contenant  des  extraits  des  Mémoires  et  factums  au  sujet  des 
droits  de  péages^  ménages  et  fenestrages  :  l'autre  :  Concer- 
nant les  statuts  et  ordonnances  de  la  Préi^oté  de  La^>al^. 

JEAN-FRANÇOIS    DE    LAUNAY    DES    CEPEAUX 

lieutenant  de  Laval,  juge  de  police 
1765. 

Fils  de  Joseph  de  Launay  de  Montaleu,  élu  au  siège  de 
Laval ^  et  de  Anne  le  Febvre,  né  le  28  décembre  1697,  mort 
le  21  juillet  17781 

Il  était  conseiller  du  roi,  et  fut  reçu  juge  de  police  le  3  mai 
1765  à  la  place  de  M.  le  Pennetier.  Il  céda  sa  place  de  lieute- 
nant particulier  à  M.  le  Balleur,  sénéchal  de  Thévales*. 

FRANÇOIS  DE  LAUNAY  DE  PINCHAULT 

Nous  avons  trouvé,  dans  les  registres  de  baptême  de  Saint- 
Vénérand,  François  de  Launay,  lieutenant  particulier  en 
1626.  Il  était  fils  de  Jean  Daniel  de  Launay  et  de  Marie  de 
Bonnaire  et  avait  épousé  :  1°  Catherine  de  Fleur  ;  2°  Margue- 
rite le  Roy. 

JEAN-JOSEPH  DE  LAUNAY  DES  CEPEAUX 

juge  ordinaire,  auditeur  de  la  chambre  des  comptes  de  Laval 

1781. 

Fils  de  Jean-François  de  Launay  des  Cepeaux,  juge  de 

1.  Rech.  hist.,  T.  XV,  p.  205. 

2.  «  Etant  échevin  il  rempHt  les  fonctions  de  maire  (1745-47) 
(Guittet  de  la  Houllerie). 

3.  Mém.  généaL,  T.  I. 

4.  Pichot  de  la  Graverie. 


—  76  - 

police,  et  de  Marie  Journeil.  Il  naquit  le  8  octobre  1731  et 
épousa  Louise  Duchemin  du  Flécheray.  Il  mourut  le  27  avril 
1791. 

Les  de  Launay,  seigneurs  de  Beaulieu,  de  la  Ragotière,  de 
Montaleu...,  appartenaient  à  une  des  meilleures  familles  du 
Bas-Maine.  Le  premier  de  la  généalogie  que  nous  possédons 
se  nommait  Jean  de  Launay,  s.  de  Beaulieu  et  vivait  au  XIV® 
siècle . 

Alliances  :  de  l'Angellerie,  d'Andigné,  de  Goué,  Bérault, 
Beudin,  de  Farcy,  Foucault,  de  Bonnaire,  Duchemin,  le 
Geay,  Courte,  de  Perchambault. 

Armes  :  de  sable  à  3  canettes  d'argent  2  et  i^. 


N...    LE    LIEPVRE 

lieutenant  à  Laval 
16... 

PIERRE    LETOURNEURS    DE    LA    GUITONNIÈRE 

juge   ordinaire 
1732. 

e  M.  Pierre  Letourneurs,  avocat,  fut  pourvu  de  l'office  de 
«  juge  de  police  au  lieu  de  M.  Hardy  de  Lévaré  :  il  a  été  ins- 
«  tallé  aujourd'hui  19  mai  1731  ^  » 

«  Dimanche  14  janvier  1748.  M.  Pierre  Letourneurs,  juge 
«  de  police  du  siège  ordinaire,  est  décédé.  » 

«  D'un  caractère  très  faible  et  très  indécis  il  avait  négligé 
«  de  faire  exécuter  avec  vigueur  des  ordonnances  et  règle- 
«  ments  de  police.  M.  le  Pannetier  lui  a  succédé^.  » 

Armes  :  d'argent  au  cheç^ron  de  gueules^  en  chef  2  mer- 
lettes  de  sable,  en  pointe  une  tour  de  inême^  soutenue  d'un 
croissant  d'azur. 


1.  Mém.  généal.,  T.  I. 

2.  Pichot  de  la  Graverie. 

3.  Idem. 


-  73  - 

MICHEL    LE    LONG    DU    GENETAY 

lieutenant-général 
1717. 

Conseiller  du  roi,  époux  de  Renée  le  Clerc  est  le  même 
que  le  suivant. 

GILLES  MICHEL  LE  LONG  DE  LA  BESNARDIÈRE 

juge  ordinaire,  maire  perpétuel. 
1723. 

Il  naquit  le  13  avril  1666,  fils  de  noble  Jacques  Le  Long  de 
la  Besnardière  et  de  Michelle  Moland  \  époux  de  Renée  le 
Clerc. 

Sa  famille,  originaire  de  Laval,  était  ancienne.  En  1462, 
Jehan  le  Long,  sénéchal  de  Laval,  y  tenait  les  assises  le  14 
janvier  ^. 

Alexandre  le  Long  fut  chantre  et  chanoine  de  Saint-Tugal 
en  1587.  Son  frère  N....  Le  Long  était  en  1597  gouverneur 
calviniste  de  la  ville  de  Laval  ^ 

«  M.  Gilles  Le  Long  de  la  Besnardière  succéda  à  M.  Hardy 
«  de  Lévaré  le  15  novembre  1723.  Doué  d'un  esprit  pénétrant 
«  vif  et  élevé,  il  a  soutenu  le  poids  et  l'honneur  de  la  magis- 
«  trature  avec  dignité.  11  se  présentoit,  possédoit  et  pronon- 
ce çoit  avec  une  majesté  et  une  grâce  propres  à  le  faire  respec- 
«  ter. 

a  Généreux,  libéral,  il  a  siégé  et  représenté  avec  magni- 
a  ficence.  De  son  temps  fut  adopté  le  règlement  des  avocats 
«  du  5  février  1724,  qui  sert  de  base  et  de  fondement  à  la 
«  discipline  et  l'union  de  leur  corps  et  qui  a  été.  reçu  et  exé- 
t  cuté  aux  applaudissements  et  à  l'avantage  du  public  *.  » 

Le  25  mai  1711  il  devint  maire  de  Laval. 

«  Il  y  eut  de  son  temps  de  grands  mouvements  et  procès 
«  à  son  occasion,  parce  que  ayant  voulu  s'arroger  une  auto- 

1.  Registres  de  la  Trinité. 

2.  Titres  de  Lencheneil. 

3.  Recherches  historiques. 

4.  Pichot  de  la  Graverie. 


-  74  — 

«  rite  très  despotique  et  qui  approchoit  de  la  tyrannie,  il 
((  donna  lieu  au  mécontentement  des  principaux  habitans  et 
«  officiers  et  les  porta  à  le  vouloir  faire  destituer  de  la  mairie 
«  et  à  demander  un  règlement  pour  l'administration  de  la 
«  maison  de  ville*.  » 

Il  resta  maire  après  avoir  été  contraint  de  donner  le  règle- 
ment demandé.  Il  dut  aussi  faire  relâcher  en  leur  faisant  des 
excuses,  M.  le  Geay  des  Astelais,  lieutenant  particulier  ; 
Davazé  et  Garnier,  echevins,  qu'il  avait  fait  enfermer  dans  le 
château  de  Laval,  ayant  obtenu  un  ordre  de  M.  de  Froullay, 
gouverneur  de  Laval,  son  ami  et  son  protecteur  ^. 

Le  30  mars  1736  il  posa  la  première  pierre  du  nouveau  bâ- 
timent pour  loger  les  vieillards  à  l'hospice  général  de  Saint- 
Louis  ^ 

Il  mourut  le  16  septembre  1739  et  fut  enterré  à  Saint-Tu- 
gal*. 

«  M.  Gilles  Michel  le  Long  de  la  Besnardière  est  décédé 
«  sur  les  3  heures  après  midi. 

«  On  peut  dire  à  sa  louange  qu'il  avait  l'extérieur  d'un 
<  grand  magistrat.  Il  se  présentoit  et  présidoit  avec  grâce, 
«  prononçoit  avec  facilité  et  gravité.  Il  ne  brilloit  pas  moins 
«  dans  les  repas  somptueux  e  tdélicats  qu'il  donnoit  de  bonne 
«  grâce  dans  les  occasions  qu'il  se  ménageoit  avec  plaisir. 

«  Lorsque  la  prévention  à  laquelle  il  se  livroit  aisément  ne 
«  le  faisoit  pas  agir,  il  se  conduisoit  par  les  lumières  de  la 
«  raison  et  rencontroit  assez  juste  quoiqu'il  n'eût  pas  de 
«  sciences  et  de  principes.  Il  aimoit  peu  le  travail  et  il  étoit 
«  obligé  de  s'en  rapportera  des  greffiers  ou  commis  pour 
«  faire  les  extraits  des  procès  dont  il  étoit  rapporteur  ce  qui 
«  est  dangereux  ''. 

Armes  :  d'or  au  lièvre  d'azur  courant  en  bande  accomp. 
de  3  épées  de  gueules  2  et  V. 

1.  Pichot  de  la  Graverie. 

2.  Idem. 

3.  Recherches  historiques. 

4.  Hist.  des  Comm.  et  Chap.  de  Laçai. 

5.  Pichot  de  la  Graverie. 

6.  Armoriai  manuscrit.  —  Un  autre  Gilles  le  Long,  s.  de  la 
Troussière,  conseiller  du  roi,  fut  élu  à  Laval  ;  il  avait  épousé  Mar- 


—  75  - 


AIMERY     LOUET 

juge  des  exempts 
1481. 

Cité  dans  un  aveu  de  Chanteloup  du  20  décembre  1466 
«  Hemery  Louet  possédant  la  maison  de  la  Salle  *. 
Armes  :  d'azur  à  3  coquilles  d'or  2  et  i^. 

PIERRE    MAREST,     S.    DE    LA    TREMBLAYE 

conseiller  du  roi,  juge  des  exempts 
1627-1645. 

Pierre  Marest,  s.  de  la  Ragotière  et.de  la  Tremblaye,  était 
fils  de  Jacques  Marest  IIP  du  nom,  seigneur  de  la  Ragotière. 
Il  épousa  Andrée  Chapelet  et  mourut  vers  1653  ^ 

Le  30  janvier  1627  un  arrêt  du  Parlement,  rendu  contre  les 
officiers  du  Mans,  maintint  Pierre  Marest,  seigneur  de  la 
Ragotière  en  sa  fonction  de  juge  des  exempts  par  appel  et 
pour  les  cas  royaux,  en  toute  l'étendue  du  comté  de  Laval  et 
fit  défense  aux  officiers  de  la  justice  du  Mans  de  le  troubler  et 
de  l'en  empêcher*. 

Le  vendredi  20  juin  1614  Jacques  Marest,  seigneur  des 
Abattants,  François  Bignon,  s""  de  la  Croix,  lieutenant  à  La- 
val, et  Pierre  Marest,  s.  de  la  Ragotière,  donnèrent  aux  véné- 
rables pères  Capucins  la  pièce  de  terre  nommée  Hoche- 
bride,  pour  bâtir  leur  église^. 


guérite  Martin  et  mourut  en  1676.  Il  fut  enterré  à  la  Trinité  de- 
vant l'autel  de  la  Sainte-Vierge.  Au  bas  d'une  gravure  apparte- 
nant à  M.  X.  de  la  Perraudière  et  représentant  le  portrait  de 
J.-B.  le  Long  et  de  son  épouse  Elisabeth  Visinier,  nous  avons 
relevé  l'écusson  suivant  :  Le  Long  :  d'azur  au  chevron  d'or  ac- 
compagné de  trois  trèfles  de  même  2  et  1.  —  Visinier,  de  gueules 
au  chevron  d'or,  2  étoiles  en  chef  d'argent,  en  pointe  3  croissants 
placés  1  et  2. 

1.  Rech.  hist.,  T.  XVI. 

2.  Armoriai  de  la  Mayenne. 

3.  Mém.  généaL,  T.  I. 

4.  Idem, 

5.  Remembrance  du  prieuré  de  Saint-Martin. 


—  76  - 

FRANÇOIS  MAREST,  SIEUR  DE  LA  RAGOTIÈRE 

juge  ordinaire  et  général,  civil  et  criminel 
1650 

Fils  du  précédent.  Il  épousa  Jacquine  Fouquet  de  la  Bou- 
chefolière  K 

Il  était  conseiller  au  parlement  de  Bretagne  et  succéda  à 
M.  Pierre  le  Clerc  de  la  Manourière. 

a  II  fut,  dit  M.  Pichot  de  la  Graverie,  son  digne  succes- 
«  seur  et  son  imitateur.  Il  soutint  avec  vigueur  et  zèle  Thon- 
ce  neur  et  les  droits  de  la  justice,  procura  et  autorisa  le  rè- 
a  glement  de  1652  et  fit  continuer  en  de  justes  bornes  par 
a  l'arrêt  de  1653  les  prétentions  et  usurpations  du  prévost  de 
c(  la  Maréchaussée.  » 

Nous  donnerons  ici  le  titre  de  ce  règlement  : 

«  Règlement  pour  le  faict  de  la  justice  et  expédition  des 
«  causes  de  la  juridiction  du  siège  ordinaire  de  Laval  tant  de 
«  ce  qui  était  cy-devant  observé  que  de  ce  qui  a  esté  adjousté 
«  par  ledit  règlement.  » 

Imprimé  chez  Robert  Cormier,  imprimeur  libraire  du  roi 
et  de  Monseigneur  le  duc  de  la  Trémoïlle,  il  est  signé  : 

Marest,  juge  ;  Le  Febvre,  lieutenant  ;  Farcy,  lieutenant  par- 
ticulier ;  Gandin,  avocat  fiscal  ;  Moraine,  syndic  des  avocats. 

Ce  règlement  contraint  les  avocats  de  se  présenter  à  l'au- 
dience en  robe  et  en  bonnet  carré  ;  l'entrée  leur  en  était  in- 
terdite quand  ils  n'étaient  pas  revêtus  des  insignes  de  leur 
profession.  En  parlant  ils  devaient  s'abstenir  de  toute  offense 
en  parole  ^. 

En  1652,  François  Marest,  juge  civil,  Cazet  de  Grandpont 
et  Julien  Martin,  échevins,  furent  députés  en  hâte  au  jeune 
Louis  XIV  qui  assiégeait  Angers,  pour  l'assurer  de  la  sou- 
mission de  Laval  qui  pouvait  craindre  ayant  pris  le  parti  de 
la  Fronde^. 

Armes  :  d'azur  semé  de  coquilles  d'argent  sans  nombre 
à  un  lion  aussi  d'argent  lampassé  et  armé  de  gueules. 

1.  Mém.  généal.,  T.  I. 

2.  Recherches  historiques. 

3.  Abbé  Pointeau  (Ancienne  généalogie). 


-  11  - 

JEHAN    DE    MARTINNES 

sieur  de  la  Galepinière,  conseiller  du  roi  au  parlement  de 

Bretagne,  juge  ordinaire  de  Laval 

1579. 

Nous  trouvons  son  nom  dans  un  titre  de  Patience  en  date 
du  6  mai  1579. 

GUY      LE      MAROUILLER 

«  grand  justicier  » 
1507. 

Il  figure  le  4  avril  1486  comme  sénéchal  d'Entramnes  dans 
la  ratification  de  la  vente  faite  le  5  août  1585  de  la  seigneurie 
de  Briacé  par  Jehan  Coisnon,  écuyer,  seigneur  de  Briacé  et 
Guyonne  d'Azay  sa  femme,  à  René  Beudin  procureur  de  La- 
val... 

Le  Doyen  nous  signale  son  décès  en  1507. 

«  Et  d'octobre  dix-septiesme 

a  Fust  pour  Laval  très  maulvais  thesme 

«  De  la  mort  Guy  le  Marouiller 

a  Qui  estoit  moult  grant  justicier 

«  Qui  les  subjets  en  bon  arroy 

«  Tenoit  faisant  bonne  justice 

({  Sans  que  nully  fit  injustice. 

«  Je  prie  Dieu  et  Notre  Dame 

«  Qui  luy  face  pardon  à  l'âme.  » 

THIBAULD    LE    MAÇON 

juge  de  Laval 
1419 

JOSEPH-RENÉ    MARTIN    DE    LA    BLANCHARDIÈRE 

lieutenant  de  Laval 
1734. 

Fils  de  François  Martin  de  la  Blanchardièr»,  conseiller  du 
roi,  élu  à  Laval  et  de  Renée  Salmon  du  Griffon.  Il  naquit  en 

6 


-n- 

1716  et  mourut  en  1770.  Il  avait  épousé  Thérèse  le  Clerc  du 
Moulin  K  , 

«  Le  4  septembre  1734  l'office  de  lieutenant  général  au 
«  siège  ordinaire  vacant  par  la  mort  du  s*"  Gaultier  de  Mérol- 
«  les  fut  adjugé  à  l'audience  pour  la  somme  de  14,000  livres 
a  au  s""  Martin  de  la  Blanchardière.  L'office  ayant  été  destiné 
«  par  M.  de  la  Trémoïlle  à  Hyérosme  Salmon,  M.  Martin  de 
«  la  Blanchardière  a  dû  en  faire  la  cession  au  prix  de  l'adju- 
«  dication.  On  a  blâmé  M.  Salmon  qui,  sûr  d'avoir  la  préfé- 
«  rence,  n'avait  point  voulu  surenchérir  et  avait  fait  perdre 
«  à  la  famille  de  M.  Gaultier  2,000  livres  que  le  s""  de  la  Blan- 
a  chardière  aurait  données  de  plus  ^.  » 

FRANÇOIS-RENÉ    MARTIN    DE    LIGONIÈRE 

procureur-fiscal,  juge  criminel 
.  1781. 

Fils  du  précédent.  Il  épousa  Marie  le  Clerc  du  Flécheray 
et  mourut  le  2  janvier  1797,  âgé  de  84  ans. 

II  était  avocat  au  parlement  de  Paris  et  subdélégué  de 
M.  l'intendant  de  Tours  ^. 

Armes  :  d'argent  au  pal  d'azur  chargé  d'un  cygne  d'ar- 
gent^. 

CHRISTOPHE    MOUSTEAU 

lieutenant  particulier  et  commissaire  ordinaire  des  guerres 

1622 

RENÉ    LE    MOYNE    DE    JUIGNY 

lieutenant- général 
1712. 

La  famille  des  le  Moyne  de  Juigny  était  ancienne  à  Laval. 
René  le  Moyne,   leur  premier  auteur,  vivait  dans  notre  cité 

1.  Mém.  généal.,  T.  I. 

2.  Pichot  de  la  Graverie. 

3.  Mém.  généal,  T.  I. 

4.  Armoriai  de  la  Mayenne. 


-  70  - 

vers  la  fin  du  XV*  siècle.  Se^  trois  fils  nous  sorti  signalés 
par  les  actes  qui  suivent  : 

1°  17  juin  1535.  —  Aveu  de  Estienne  le  Moyne  à  noble  et 
puissant  seigneur  Louis  de  Feschal,  seigneur  de  Poligny, 
pour  son  lieu  de  Priz. 

2*'  1"  décembre  1563.  —  Foi  et  hommage  par  Gilles  le 
Moyne,  s'  de  la  Roussière  à  Louis  de  Feschal,  seigneur  de 
Poligny. 

3**  14  août  1539.  —  Jehan  le  Moyne,  esluet  conseiller  pour 
le  roi  à  Laval,  achète  la  terre  et  closerie  du  Pont-Berrain  dit 
Saint-Nicolas. 

René  le  Moyne  dé  Juigny,  petit-fils  d'Etienne,  à  pris  soin 
de  rédiger  un  livre  de  famille  que  nous  possédons  dans  nos 
archives  et  que  nous  donnerons  ici. 

ECUSSON    ARMORIAL    DE     LA     FAMILLE     DE    MESSIEURS    LE    MOYNE 

DE    JUIGNY 

D'oî'  à  trois  fasces  de  gueules,  un  lion  de  sable  brochant 
sur  le  tout  à  la  queue  nouée  et  passée  en  sautoir,  au  chef 
d'azur  chargé  d'une  aiglette  éploiée  de  sable  becquetée  et 
onglée  d'argent. 

«  M.  René  le  Moyne,  s""  de  Juigny \  procureur  fiscal  du 
comté  de  Laval  et  ensuitte  conseiller  du  roy,  lieutenant  géné- 
ral, civil  et  assesseur  criminel  au  siège  royal  et  maréchaus- 
sée de  Laval,  épousa  demoiselle  Marie  Gigault  le  24  may 
1644  de  laquelle  il  a  eu  dix-neuf  enfans,  dont  il  a  resté  six 
garçons  et  trois  filles. 

«  L'aîné  desquels  est  René  le  Moyne^  s""  de  Juigny,  qui  a 
été  pourvu  de  la  charge  de  procureur  fiscal  en  l'année  1681. 

«  Le  22  avril  1682  il  a  épousé  demoiselle  Anne  Cigoigne, 
fille  d'Hélie  Cigoigne,  s*"  de  la  Roche  et  de  demoiselle  Gene- 
viefve  Bouessay. 

«  1°  Ladite  demoiselle  Anne  a  acouché  le  18  septembre 
1683  d'un  garçon  qui  mourut  quelques  temps  après  le  bap- 
tême. 


1.  «  Mort  le  23  décembre  âgé  de  63  ans  4  mois.  » 


"  8Ô  - 

((  2°  Le  24  mars  1684  ladite  demoiselle  a  acouché  sur  les 
huict  heures  du  matin  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  parrain  Léon 
Martin  s""  de  la  Blancherie  et  pour  marraine  demoiselle  Marie 
Gigault  son  aïeulle  et  a  été  nommé  le  lendemain  René. 

«  3°  Le  7^  mars  1685  lad.  demoiselle  a  acouché  sur  les  qua- 
tre heures  du  soir  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  parrain  M^  Jean 
le  Moyne  pbre  curé  de  Sougé,  son  oncle,  et  pour  marraine 
demoiselle  Anne  Garnier,  femme  de  Nicolas  Cigoigne,  s"  de 
la  Roche  et  a  été  nommé  led.  jour  Jean- Joseph. 

«  4''  Le  9®  jour  de  mars  1686  lad.  demoiselle  a  acouché  sur 
les  sept  heures  du  soir  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  parrain 
Pierre  le  Clerc,  s""  des  Gaudesches  et  pour  marraine  demoi- 
selle Magdeleine  le  Moyne  sa  tante  et  a  été  nommé  le  lende- 
main Pierre-René  ^ 

«  b''  Le  6^  jour  de  may  1687,  lad.  demoiselle  a  acouché  sur 
les  huict  heures  du  soir  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  parrain 
M®  François  le  Moyne,  pbre,  chanoine  de  Saint-Tugal  dud. 
Laval  son  oncle  et  pour  marraine  Geneviefve  Cigoigne, 
épouse  du  s' de  la  Blancherie  et  a  été  nommé  François  le  len- 
demain. 

a  6^  Le  24  mars  1689,  lad.  demoiselle  a  acouché  sur  les 
quatre  heures  du  matin  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  parrain 
J.-B.  le  Moyne,  son  oncle  et  pour  marraine  d^"^  Marie  Cigoi- 
gne, épouse  du  sieur  des  Gaudesches  et  a  été  nommé  le  len- 
demain François-Jean-Baptiste. 

«  7*^  Le  30  octobre  1690,  lad.  demoiselle  Anne  a  acouché 
sur  les  six  heures  du  soir  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  parrain 
M.  Pierre  le  Moyne,  s.  de  la  Croixille,  son  oncle  et  pour 
l^arraine  demoiselle  Jacquine  le  Moyne  de  la  Goupillère  sa 
cousine  et  a  été  nommé  Pierre. 

«  8°  Le  13  octobre  1691,  lad.  demoiselle  a  acouché  sur  les 
quatre  heures  du  matin  d'une  fille  qui  a  eu  pour  parrain  René 
le  Moyne  son  frère  et  pour  marraine  demoiselle  Renée  Bé- 
rault,  fille  du  s'  des  Essars-Bérault  et  a  été  nommée  Antie- 
Marie  ^ 

«  9**  Le  9  may  1694,  lad.  demoiselle  a  accouché  à  une 

1.  «  Mort.  » 

2.  «  Morte.   » 


-   81  — 

heure  et  demie  du  matin  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  parrain 
Jean-Joseph  Le  Moyne,  son  frère  et  demoiselle  Geneviefve 
Martin,  fille  du  s""  de  la  Blancherie  et  a  été  nommé  Nicolas  *. 

«  lO**  Le  7  octobre  1695  lad.  demoiselle  a  accouché  sur  les 
six  heures  et  demie  du  matin  d'une  fille  qui  a  eu  pour  par- 
rain René  le  Moyne  son  frère  et  pour  marraine  demoiselle 
Renée  le  Clerc,  fille  du  s'  des  Gaudesches  et  a  été  nommée 
Marie-Anne  ^. 

«  11°  Le  jeudy  10  mars  1687  lad.  demoiselle  a  acouché  sur 
les  huict  heures  et  demie  du  soir  d'une  fille  qui  a  eu  pour 
parrain  René  le  Moyne  son  frère  aîné  et  pour  marraine  de- 
moiselle Magdelaine  Martin,  fille  du  s""  de  la  Blancherie  et  a 
été  nommée  Magdeleine^. 

«  12°  Le  mercredy  7  avril  1700  lad.  demoiselle  a  acouché 
sur  les  six  heures  du  matin  d'un  garçon  qui  a  eu  pour  par- 
rain Jean- Joseph  le  Moyne  son  frère  et  pour  marraine  demoi- 
selle Marie  Gigault  son  aïeule  et  nommé  Charles- Vénérand. 

«  13^  Le  jeudy  17  may  1704,  lad.  demoiselle  a  acouché  sur 
les  deux  heures  et  demie  du  matin  d'un  garçon  qui  est  mort 
à  la  même  heure  après  avoir  reçu  le  baptême.   » 

Un  des  enfants  de  René  le  Moyne  a  voulu  continuer  ce  li- 
vre de  famille  :  mais  il  n'a  pas  eu  de  persévérance  et  n'a  écrit 
que  les  quelques  lignes  qui  suivent  : 

«  M.  Jean-Joseph  le  Moyne,  sieur  de  Juigny,  avocat  en 
parlement,  a  épousé  le  8®  jour  d'octobre  1715,  damoiselle 
Renée-Elisabeth  Bassoin  fille  de  M®  Michel  Bassoin,  s.  de  la 
Héricoyère,  avocat  en  la  cour  et  siège  royal  de  Sainte-Su- 
zanne et  de  damoiselle  Elisabeth  Sorin,  sa  mère. 

«  Ladite  damoiselle  Renée  Bassoin  a  acouché  le  20  feb- 
vrier  1717  sur  les  neuf  heures  et  demie  du  matin  d'un  garçon 
qui  a  eu  pour  parrain  M.  René  le  Moyne  s""  de  Juigny, 
conseiller  du  roy  au  siège  royal  de  Laval  son  ayeul  et  pour 
marraine  damoiselle  Jeanne  du  Bois  épouse  de  Jacques  Bas- 


1.  «  Mort  le  24  septembre  1714  capucin  profais  et  enterré  au 
couvent  de  cette  ville  sous  la  chère.  » 

2.  «  Morte  le  8  janvier  1714  rehgieuse  professe  au  couvent  des 
Hospitalières  de  cette  ville.  » 

3.  «  Morte  le  21  janvier  1762  à  neuf  heures  du  soir.  » 


-  8a  - 

soin  sa  tante  et  ce  pour  l'absence  de  damoiselle  Marie  Bas- 
soin  et  a  été  nommé  le  lendemain  René- Jean- Joseph. 

«  Ladite  damoiselle  a  acouché  le  15  aoust  1718  jour  de 
l'Assomption  sur  les  deux  heures  après  midy  d'un  garçon 
qui  a  eu  pour  parrain  M.  Michel  Bassoin,  conseiller  du  roy  et 
son  procureur  au  siège  royal  de  Sainte-Suzanne  son  oncle  et 
pour  marraine  dame  Anne  Cigoigne  son  ayeulle  et  a  été 
nommé  le  lendemain  Jean-Joseph-Michel  *. 

Mémoire  des  anciens  services  que  la  famille  de  Messieurs 
le  Moyne  de  Jaigny  a  eu  l'honneur  de  rendre  de  pères  en 
fils  à  l'auguste  maison  de  la  Trémouille  dans  l'exercice 
de  la  charge  de  procureur  fiscal  général  du  comté. 

«  Feu  M.  René  le  Moyne,  vivant  seigneur  de  Juigny,  a 
entré  dans  l'exercice  de  cette  charge  en  l'année  1656  jusqu'en 
1688.  Deffunt  M.  René  le  Moyne  son  fils  lui  a  succédé. 

«  Ledit  sieur  de  Juigny  père  pendant  tout  le  tems  de  son 
exercice  a  rendu  une  infinité  de  services  considérables  à  la 
maison  de  la  Trémouille. 

«  Monseigneur  le  prince  de  Tarent e  ayant  entrepris  l'ac- 
tion en  cassation  de  contrat  et  d'acquest  qu'avait  fait  M.  de 
Servien  de  la  forêt  de  Bouère  dépendant  dudit  comté,  que 
deffunte  madame  de  la  Trémouille  luy  avait  vendu,  il  requit 
le  sieur  de  Juigny  de  faire  tous  les  contredits  des  usages  que 
les  particuliers  prétendaient  dans  cette  forêt,  ce  qu'il  fît,  sol- 
licita le  procès  à  la  cour  et  obtint  un  arrest  au  mois  de  sep- 
tembre 1666  au  rapport  de  M.  Colbert  par  lequel  on  est  ren- 
tré dans  la  possession  de  cette  forêt. 

«  Ledit  sieur  de  Juigny  a  fait  un  papier  terrier  des  neuf 
chastellenies  qui  composent  ledit  comté,  au  moïen  duquel  il 
a  fait  revenir  tous  les  sujets  qui  de  temps  immémorial  s'en 
étoient  soustraits  et  les  a  fait  obéir  et  reconnoître  les  rentes 
et  devoirs  dont  il  en  est  revenu  des  sommes  considérables  à 
la  recette  dudit  comté. 

«  Ledit  s""  de  Juigny  a  passé,  désintéressement,  plus  dé  cinq 

1.  «  Mort  le  27  aoust  1718  et  inhumé  dans  le  cimetière  de  la 
paroisse  de  Changé   » 


-  83  - 

années  à  la  confection  dudit  papier  terrier  pour  lequel  Mon- 
seigneur le  prince  de  Tarente  lui  avoit  promis  3000  liv.  qu'il 
n'a  pas  exigées. 

a  Les  huissiers  de  la  chambre  des  comptes  de  Paris  venoient 
tous  les  ans  à  Laval  pour  saisir  led.  comté  faute  d'aveu  au 
roy,  le  sieur  de  Juigny  en  a  fait  un  conforme  au  temps  et  état 
de  la  seigneurie  du  comté  de  Laval. 

«  Ledit  sieur  de  Juigny  lors  de  la  révocation  du  droit  de 
nomination  aux  offices  royaux  dudit  comté  alla  trouver  à 
Tours  M.  de  Ribère  intendant  qui  persistait  à  la  révocation 
de  ce  droit  ;  après  plusieurs  conférences  il  fit  en  sorte  que 
ledit  intendant  donna  son  consentement  pour  la  confirmation 
de  ce  droit  sur  lequel  est  intervenu  le  dernier  arrest  qui  le 
rend  incontestable. 

«  Ledit  sieur  de  Juigny  a  géré  toutes  les  affaires  particu- 
lières de  monseigneur  le  prince  de  Tarente  dans  ledit  comté, 
a  reçu  et  t-enu  compte  de  56214  liv.  sans  en  avoir  emploie  un 
sol  dans  ledit  compte  pour  ses  peines  et  a  été  le  plus  souvent 
en  avance  de  3  ou  4000  livr.  et  au  6  juin  1668  il  consigna  pour 
M.  le  prince  de  Tarei^te  une  sommt  de  2183  liv.  de  ses  pro- 
pres deniers  sans  qu'il  ait  été  payé  des  intérêts  qui  lui  es- 
toient  deubs  jusqu'au  4  mars  1673. 

«  M.  le  prince  de  Tarente  estant  à  Boislerue  d'où  il  ne  pou- 
voit  sortir  faute  d'argent  pria  ledit  s""  de  Juigny  de  lui  prester 
la  somme  de  10700  liv.,  il  la  luy  fit  toucher  dès  le  premier 
ordinaire  du  courrier,  cette  somme  n'a  été  rendue  que  deux 
ans  et  demy  après.  M.  le  prince  de  Tarente,  madame  sa 
femme,  M.  le  comte  de  Laval,  abbé,  M.  le  duc  de  la  Tré- 
moïlle  passans  ordinairement  à  Laval  et  y  sejournans,  ont 
toujours  été  dans  la  maison  du  s'  de  Juigny  où  il  les  a  receus 
et  toujours  noris  avec  leur  train  et  équipage. 

«  Madame  la  princesse  de  Tarente  y  a  demeuré  malade 
pendant  deux  mois  et  huit  jours  et  y  avait  toute  sa  maison 
avec  elle.  » 

JACQUES    NEPVEU    DES    SALES 

avocat  au  parlement,  lieutenant  général 
1609. 

Cité  par  le  Blanc  de  la  VignoUe. 


-  84  - 

PIERRE    NOURRY,    S.    DE   FOUGEROLLES 

conseiller  du  roi,   lieutenant  de  Laval 
1618 

Pierre  Nourry,  s.  de  Fougerolles,  gentilhomme  dans  la 
maison  du  roi,  était  fils  de  Pierre  Nourry,  arquebusier  et  de 
Marguerite  Gandouin.  Il  épousa  demoiselle  Louise  le  Long 
et  fut  assesseur  de  la  maréchaussée  de  Lavais 

JOSEPH    LE    PENNETIER    DES    SALLES 

juge  de  police 
1748 

Fils  de  Urbain-François  le  Pennetier  des  Salles,  avocat  au 
Parlement,  bailli  d'Ernée,  et  de  Marie  Fourreau,  enterré  aux 
Cordeliers  le  jeudi  5  avril  1736. 

Il  succéda  dans  la  charge  de  juge  de  police  à  M.  Pierre 
Letourneurs. 

«  Le  23  mars  1748,  M.  Joseph-François  le  Pennetier,  s. 
«  des  Salles,  avocat  au  Parlement,  a  été  reçu  et  installé  dans 
«  l'office  de  juge  de  police  au  siège  ordinaire. 

«  Il  a  été  fait  plusieurs  compliments.  Le  sien  a  été  bien 
«  débité  et  a  eu  les  applaudissements  de  tout  le  monde. 
«  Après  avoir  prononcé  son  installation,  je  me  suis  contenté 
«  de  lui  dire  :  Venez,  monsieur,  remplir  une  place  qui  vous 
«  a  été  donnée  avec  distinction,  où  le  public  vous  a  souhaité 
«  avec  ardeur  et  que  vos  confrères  seront  charmés  de  vous 
«  voir  posséder  à  l'avantage  de  leurs  concitoyens. 

«  Il  refusa  que  les  tambours  de  ville  et  les  gardes  le  rame- 
«  nassent  en  sa  maison,  afin  de  ne  pas  renouveler  les  anciens 
«  chagrins  de  M.  Hardy,  maire,  qui  a  été  autrefois  destitué 
a  de  cet  office.  Cette  politique  et  ce  ménagement  furent  très 
«  approuvés.  » 

«  Sur  l'ordre  de  Madame  la  duchesse  de  la  Trémouille,  il 
«  fit  étalonner  à  Paris  tous  les  poids  et  mesures  nécessaires 
«  pour  le  service  de  la  ville,  sur  les  patrons  de  la  ville  de 
«  Paris.  On  les  déposa  au  greffe  du  siège  ordinaire  (1748). 

«  M.  Joseph  le  Pennetier,  juge  de  police,  est  décédé,  non 

1.  Registres  de  Saint- Vénérand. 


—  •85  — 

«  marié  le  3  mai  1765.  Le  public  a  fait  une  perte  irréparable. 
a  II  était  intègre  et  désintéressé,  très  zélé  pour  l'intérêt  du 
«  commerce  et  des  manufactures  et  pour  la  conservation  de 
«  la  police  de  cette  ville. 

a  Les  ordonnances  de  police  qu'il  a  rendues,  les  règle- 
«  ments  qu'il  a  fait  rédiger,  publier  et  imprimer  qui  règlent, 
«  constatent  et  ajoutent  les  poids  et  mesures,  les  aulnes,  les 
a  boisseaux  du  minage  et  du  marché,  les  fonctions  qu'il  a 
«  décorées  et  innovées  en  sont  des  monuments  authentiques 
«  et  doivent  conserver  sa  mémoire  à  la  postérité.  » 

«  Tous  les  officiers  du  siège  ordinaire  ont  assisté  à  sa  sé- 
«  pulture.  M.  René  Seigneur,  doyen,  portait  le  sceau  et  qua- 
«  tre  avocats  les  cornières  du  drap  mortuaire.  M.  Jean  de 
«  Launay  des  Scepeaux  lui  succéda  *.  » 

Armes  :  d'argent  à  une  gerbe  de  blé  de  gueules  liée  d*ar^ 
gent  ^. 

RENÉ    PICHOT    DE    LA    GRAVERIE 

conseiller  du  roi,  juge  ordinaire  civil,  procureur  du  roi  au 

siège  des  traites  foraines  de  Laval 

1745. 

Les  Pichot  sont  originaires  du  Buret  ou  Juliot  Pichot  habi- 
tait en  1399  le  lieu  de  la  Marchandière.  Il  en  rendait  aveu  à 
la  châtellenie  de  Meslay  le  22  février  dans  un  aveu  conservé 
au  trésor  du  château  de  Laval  ^. 

M.  René  Pichot  de  la  Graverie  naquit  le  17  septembre 
1690  de  M.  René  Pichot  de  la  Graverie  et  de  demoiselle  Renée 
Hardy.  Son  parrain  fut  François  Hardy  de  la  Bellangerie  ; 
sa  marraine  :  dame  Françoise  le  Clerc  *. 

Il  épousa,  le  22  avril  1720,  demoiselle  Marie  Guays,  fille  de 
François  Guays,  s.  du  Flécheray,  avocat  et  de  Françoise 
Chasteigner.  M.  Bureau,  curé  de  la  paroisse,  les  maria.  Marie 
Françoise  Pichot,  sa  fille,  épousa  le  16  décembre  1739,  Mi- 

1.  Pichot  de  la  Graverie. 

2.  Armoriai  mns. 

3.  Mém.  généal.  t.  4. 

4.  Registres  de  la  Trinité. 


-  se  - 

chel-Jean  du  Mans,  écuyer,  seigneur  de  Chalais,  du  Bourg- 
l'Evéque  et  de  Simple  \ 

Il  succéda  en  1745  à  M.  Daniel  Gaultier  de  la  Villeaudray. 
M*  la  duchesse  de  la  Trémoïlle  lui  accorda  d'entrer  gratuite- 
ment dans  la  charge  de  juge  ordinaire  et  le  nomma  en  même 
temps  sénéchal  de  toutes  les  baronnies  du  Comté. 

Lors  des  troubles  qui  eurent  lieu  à  Laval  pendant  l'admi- 
nistration de  M.  le  Long,  les  habitants  de  Laval  le  députè- 
rent à  Paris  avec  M.  Hardy  de  Lévaré  pour  demander  la 
liberté  des  prisonniers  retenus  injustement,  et  soutenir  les 
intérêts  de  la  ville  en  demandant  un  règlement  pour  l'admi- 
nistration de  la  maison  de  ville  et  la  libre  nomination  d'un 
maire.  M.  Pichot  était  un  avocat  et  un  jurisconsulte  distingué  ; 
il  a  laissé  plus  de  quinze  volumes  in-folio  presque  tous  écrits  de 
sa  main.  Ce  sont  des  recueils  de  sentences,  d'arrêts,  de  mémoi- 
res, consultations,  plaidoyers,  etc.  et  plusieurs  généalogies. 
Il  a  su  recueillir  et  conserver  les  matériaux  de  notre  histoire 
locale.  Son  recueil  de  sentences  est  parsemé  d'anecdotes  sur 
les  familles,  la  ville,  les  paroisses,  les  fabriques  et  les  hôpi- 
taux ^. 

Nous  reproduisons  ici  ce  qu'il  dit  de  lui-même  dans  son 
recueil  de  sentences  : 

a  Janvier  1727.  —  J'ai  remarqué  qu'il  m'était  plus  avarita- 
«  geux  d'employer  à  l'avenir  mon  travail  et  mon  étude  du 
«  matin  depuis  cinq  heures  jusqu'à  sept  heures  à  travailler 
«  sur  les  questions  de  droit  qui  me  sont  proposées  ou  qui  se- 
«  ront  agitées  dans  les  conférences  et  à  répondre  aux  mémoi- 
«  res  des  consultations,  dont  j'insérerai  les  décisions  avec  les 
«  principales  raisons  et  moyens  de  droit  dans  ce  recueil, 
«  ayant  reconnu  par  expérience  que  c'est  l'étude  la  plus  utile 
({  et  la  plus  nécessaire  pour  ma  profession  et  de  donner  le 
«  reste  de  la  journée  à  l'instruction  des  affaires  du  palais.  » 

Il  continue  ainsi  : 

a  Maître  René  Pichot  de  la  Graverie  était  né  en  1690.  Il 
a  commença  l'étude  du  droit  françois  et  la  pratique  du  palais 
«  à  l'âge  de  18  ans.  Il  travailla  dans  l'étude  de  MM.  Gougeon 


1.  Mém.  généal ,  t.  4. 

2.  Hist.  des  Comm.  et  Chap.  de  Laval,  p.  295. 


-  87  — 

et  Jamau  avocats  à  Angers.  En  1712  il  fut  reçu  avocat  au 
siège  ordinaire  du  Comté-Pairie  de  Laval  ;  il  venoit  d'obte- 
nir ses  licences  en  l'Université  d'Angers,  au  mois  de  juin 
de  la  même  année. 

«  Le  27  décembre  1727  lors  de  son  voyage  à  Paris  en  qua- 
lité de  député  des  habitants  de  la  ville  de  Laval  pour  sou- 
tenir le  procès  du  règlement  de  l'Hôtel-de-Ville  contre 
M.  le  duc  de  la  TrémoïUe  et  le  s"^  le  Long  juge  civil,  il  fut 
reçu  avocat  au  Parlement  de  Paris. 

«  En  sa  qualité  de  député  il  eut  plusieurs  audiences  de 
M.  le  Cardinal  de  Fleury,  premier  ministre,  de  M.  le  comte 
de  Saint-Florentin  et  de  M.  le  Pelletier  des  Forts,  contrô- 
leur général.  Il  remplit  la  même  mission  en  l'année  1729  et 
obtint  le  20  |août  un  arrêt  du  conseil.  Il  a  laissé  une  rela- 
tion très  détaillée  de  ses  deux  voyages. 
«  M.  le  duc  de  la  Trémoïlle  le  chosit  et  nomma  sénéchal  de 
plusieurs  châtellenies  dépendant  du  comté  ;  Montjean, 
Courbeveille  et  la  Gravelle.  Il  le  fut  aussi  des  châtellenies 
de  Ruillé  à  M.  de  la  Planche,  de  la  Patrière  à  M.  Berset, 
juge  criminel,  de  l'Epéchère  à  M.  Foureau  ;  d'Andouillé, 
du  Bois-Thibault,  des  fiefs  de  Maritourne,  des  Essard? ,  de 
Pannard,  de  la  Jarossais,  du  prieur  d'Avesnières,  de  Beau- 
vais,  du  Manoir,  des  Touches,  du  Bois-Bureau,  de  la  Salle- 
Glatigny,  de  Gresse  et  de  Saint-Céneré. 
<  Il  fut  procureur  fiscal  des  châtellenies  de  Chemeré-le- 
Roy,  des  fiefs  de  Sainte-Catherine,  de  Saint-Tugal,  de  la 
Houssaye,  de  la  Rongère,  de  la  Villeaudray,  de  la  Trous- 
sière  et  du  Port-Raingeard. 

«  Les  avocats  le  nommèrent  sindic  de  leur  communauté  le 
19  mai  1728  ;  il  y  fut  continué  pour  trois  ans  le  19  mai 
1731.  Il  fut  nommé  directeur  de  l'hôpital  général  le  20  août 
1728  et  continué  pour  quatre  ans  le  12  septembre  1732. 
«  Reçu  le  17   décembre  1728  avocat  au  siège  royal.  En 
1730  il  obtint  des  provisions  de  l'office  de  conseiller  et  pro- 
cureur du  roy  au  siège  des  traites  de  Laval  et  fut  reçu,  par 
M.  de  Farcy  de  Mué,  président  du  siège. 
«  Le  7  juillet  1737  il  fut  nommé  procureur  marguiller  de  la 
paroisse  de  la  Sainte-Trinité  de  Laval. 
«  Le  17  may  1745,  il  fut  reçu  juge  civil  et  maire  de  Laval. 


«  Par  jugement  souverain  rendu  à  Tours  le  13  décembre 
«  1752  il  fut  renvoyé  absous  de  l'injuste  et  téméraire  accusa- 
«  tion  intentée  contre  lui.  Par  un  autre  jugement  souverain 
«  rendu  à  Tours  le  11  juin  1754,  les  faux-témoins  qui  l'a- 
«  valent  accusé  furent  condamnés  à  faire  amende  honorable 
«  et  à  être  marqués  et  à  9  années  de  galères.  » 

En  1755,  M.  Pichot  de  la  Graverie  fut  nommé  secrétaire  et 
président  d'un  cercle  de  société  fondé  pour  neuf  ans  dans 
une  propriété  située  rue  des  Chevaux,  et  appartenant  à 
M.  le  Clerc  de  Vaumorin*. 

M.  Pichot  de  la  Graverie  mourut  en  1768. 

Armes  :  d'azur  à  Voiseau  essoi-ant  d'un  nuage  au  centre 
de  Vécu^  regardant  un  soleil  d'or  posé  à  droite  une  mer 
d'argent  en  abîme  ^. 

ROBERT    PINCZONNEAU,    S.    DE    LA    BROCHARDIÈRE 

lieutenant  particulier 
1556. 

Nous  relevons  son  nom  comme  témoin  en  1556,  le  12  mars, 
d'un  accord  passé  entre  Anne  de  Cotteblanche,  mère  abbesse 
de  Patience,  et  Jacques  Gaulchery'. 

Le  18  février  1567  il  signe  une  Pancarte  concernant  les 
statuts  et  ordonnances  de  la  Prévôté  de  Laval. 

Il  fut  député  par  les  gens  du  Tiers-Etat  de  Laval  aux  Etats 
généraux  de  1560.  Il  était  chargé  avec  Estienne  Journée, 
Jean  Bodier,  Jean  Gesland,  Thomas  Duchemin,  Jacques  Ma- 
rest,  PierreAudouin  et  François  Arnould  de  présenter  le 
cahier  des  doléances  *. 

Son  père  fut  élu  à  Laval  :  G.  le  Doyen  nous  apprend  sa 
mort  en  1525  : 

«  Incontinent  et  peu  après 

«  Robert  Pinczonneau  eust  l'accées 

a  Luy  et  sa  femme  prindrent  fin 

1.  Guittet  de  la  HouUerie. 

2.  Mém.  généal.,  T.  4. 

3.  Rech.  hist.,  T.  15. 

4.  Rech.  hist.,  T.  IS. 


-  89  - 

«  Il  estoit  saige  homme  et  affm 

a  De  Monsieur  et  de  son  conseil. 

«  Honneste  homme  estoit  à  merveil 

a  Et  mourut  esleu  de  Laval 

«  Dieu  garde  leurs  âmes  du  mal.  » 
Il  épousa  Renée  Tartroux  vers  1540^  et  eut  un  fils 
Pierre  Pinczonneau  de  la  Brochardière  «  qui  a  laissé  des 
«  poésies  manuscrites  qui  sont  restées  dans  le  cabinet  de 
«  M™®  de  Poligné,  près  Laval,  surnommée  de  Beaumanoir, 
«  sœur  de  M®  de  Lavardin,  à  laquelle  il  les  avait  dédiées  *.  » 
Sa  fille  Jehanne  épousa  Adam  le  Camus,  écuyer  '. 

RENÉ  DE  LA  PORTE,  S.  DU  MANOIR 

juge  ordinaire  civil  et  maire  perpétuel 
1684 

Fils  de  Jean  de  la  Porte,  seigneur  du  Manoir  et  de  Marie 
Cazet  ;  il  épousa  Jeanne  Greffin  et  mourut  le  7  septembre 
1706*. 

Une  de  ses  sœurs,  Marie-Angélique,  avait  épousé  le  22 
avril  1671  Louis-Joseph,  comte  de  Montécler,  gouverneur  de 
Laval  en  1672  ^.  «  René  de  la  Porte  devint  juge  civil  ordi- 
«  naire  en  1684,  la  charge  de  juge  criminel  et  de  police  ayant 
«  été  distraite  par  lettres  patentes  de  1683. 

«  Pendant  vingt-deux  ans  que  donna  son  gouvernement, 
«  il  donna  des  preuves  éclatantes  d'un  jugement  profond  et 
«  solide  et  d'une  droiture  à  l'épreuve  de  toute  prévention, 
«  d'un  désintéressement  parfait  et  d'une  régularité  de 
«  mœurs  qui  ne  se  démentit  jamais. 

«  Il  concourut  à  procurer  le  règlement  de  la  manufacture 
a  des  toiles  de  Laval  de  l'année  1688,  l'établissement  de 
«  l'Hôpital  général  dont  il  fut  le  premier  directeur,  et  l'arrêt 


1.  Registres  de  Saint- Vénérand. 

2.  La  Croix  du  Maine  (note  de  G.  le  Doyen). 

3.  Registres  de  Saint- Vénérand. 

4.  Mém.  généal.,  T.  4. 

5.  Ibid. 


-  90  - 

a  du  Parlement  contre  des  juges  consuls  d'Angers  du  17  août 
«  1697*.  » 

René  de  la  Porte  était  capitaine  du  château  et  colonel  de 
la  milice. 

Armes  :  de  gueules  à  trois  merlettes  d'argent  2  et  i^. 

JACQUES     RAHIER 

juge  ordinaire 
1574. 

Il  est  cité  le  23  juin  1589  dans  un  aveu  de  François  de  By- 
ragues  pour  Entramnes  à  Ghâteau-Gontier. 

(Nous  prions  le  lecteur  de  se  reporter  aux  Enquesteurs  de 
Laval,  p.  224). 

PIERRE    SÉVIN    DE    LA    RIVIÈRE 

juge  ordinaire  et  criminel,  lieutenant  général 
1678-1709. 

Fils  de  Marin  Sévin,  écuyer,  prévost  de  la  ville  de  Laval. 
Mort  en  1709. 

Nous  trouvons  son  nom  comme  signataire,  avec  Anne  le 
Clerc,  son  épouse,  dans  un  procès  causé  par  le  testament  de 
François  le  Clerc,  s.  de  Linières,  frère  servant  d'armes  de 
l'ordre  de  Notre-Dame  du  Mont-Carmel,  décédé  le  8  octobre 
1667  à  Paimbœuf-sous-Nantes  au  retour  de  ses  caravanes  *. 

Armes  :  d'azur  à  la  gerbe  d'or  liée  de  même. 

JEAN    SIMON,    s*"   DU    TERTRE    ET    DU    PLESSIS 

Maire  de  Laval 
1420. 

Il  appartenait  à  une  ancienne  famille  de  Laval  alliée  aux 
Frezeau,  de  Thubœuf,  d'Orvaux,  Pasquier,  de  la  Porte,  le 
Balleur,  du  Coëtlosquet,  etc.,  etc....  son  petit-fils.  Jacques 

1.  Pichot  de  la  Graverie. 

2.  Hist.  des  Comm.  et  Chap.  de  Laval,  p.  128. 

3.  Le  Blanc  de  la  VignoUe. 


I 


-  91  - 

IP  Simon  du  Tertre  est  qualifié  d'écuyer  à  son  mariage  avec 
Roberde  d'Orvaux,  le  29  avril  1479. 

Armes  :  D'argent  à  une  montagne  de  sinople  accompa- 
gnée en  chef  d'une  scie  de  sable  sciant  cette  montagne  ^. 

AMBROISE    TARTROUX 

lieutenant   particulier 
1532. 

Il  épousa  Jeanne  des  Montils. 

G.  le  Doyen  nous  apprend  la  mort  de  son  père  Jean  Tar- 
troux  en  1508. 

«  Et  l'uytième  du  moys  d'octobre 

«  Fust  ung  jour  qui  assez  fust  sobre  ; 

«  Car  cil  Atropos,  ung  matin, 

«  Rendit  à  Jehan  Tartroux  la  fin 

«  Homme  notable  et  de  conseil 

«  Devant  Dieu  soit  son  appareil.  » 

FRANÇOIS      TARTROUX 

lieutenant  ,génér  al 
1568. 

Il  fit  la  convocation  des  trois  états  du  comté  de  Laval,  le 
31  septembre  1576  pour  les  Etats  généraux  ouvers  à  Blois  le 
6  décembre  1576  ^ 

Son  fils  Pierre  Tartroux  fut  archidiacre  de  Laval  en  1601. 

PIERRE    TOUSCHARD 

lieutenant- général  des  exempts 
1624. 

Fils  de  Claude  Touschard  receveur  des  traites  et  de  René 
Martin.  Il  naquit  en  1597  et  épousa  Marie  Arnould  ^ 

1.  Mémoires  généalogiques,  "ï.  IV. 

2.  Rech.  hist.,  mns. 

3.  Registres  de  la  Trinité. 


AMBROISE    TOUSCHARD 

conseiller  du  roi,  juge  des  exempts,  juge  royal  à  Laval 
1656. 

Fils  du  précédent.  Il  naquit  en  1630  et  épousa  Marie  le 
Clerc*. 

Nous  trouvons  son  nom  : 

En  1662.  Dans  un  arrêt  du  conseil  des  officiers  du  siège 
ordinaire  de  Laval  en  date  du  9  mai  ^. 

En  1672 .  Le  Blanc  de  la  Vignolle  le  cite  au  nombre  des 
officiers  du  tribunal  des  exempts  ^. 

En  1685.  Dans  une  sentence  rendue  le  3  avril,  donnant  à 
demoiselle  Anne  Guillot  la  possession  de  la  chapelle  de  la 
Caillebourdière  *. 

En  1697.  Dans  un  aveu  du  Prieuré  de  Saint-Martin  pour 
des  terres  et  jardins  situés  à  la  Pirauderie  et  à  la  Valette 
(rue  du  Lycée  ^) . 

Il  portait  comme  armoiries  :  d'argent  à  une  bordure  d'a- 
zur chargée  de  ces  deux  mots  :  unica  virtus. 

PIERRE    TOUSCHARD    DE    SAINTE-PLENNE 

juge  royal 
1736. 

Fils  du  précédent.  Marié  à  Anne  Chapelet  et  à  Rose  Du- 
chemin.  Mort  en  1739  le  18  avril  ^ 

Il  était  notaire  à  Laval  et  laissa  sur  le  chapitre  du  Cime- 
tière-Dieu ou  Saint-Michel  un  mémoire  composé  pour  un 
procès  entre  ce  chapitre  et  le  prieur  de  Saint- Vénérand  '. 

{La  fin  à  la  prochaine  livraison). 

Louis    DE    LA    BeAULUÈRE. 

1.  Ibid. 

2.  Rech.  hist.,  T.  9,  13,  14,  17. 

3.  Ibid. 

4.  Ibid. 

5.  Ibid. 

6.  Registres  de  la  Trinité. 

7.  Comm.  et  Chap.  de  Laval. 


NOTICE 

SUR  LES  SEIGNEURS  DE  VAUTORTE 

(Fin). 


IV 


SUITE    DES    SEIGNEURS    DE    VAUTORTE.    DEUXIEME    ET 

TROISIÈME   BRANCHES   DE   LA  MAISON   DE   LA   PERRIÈRE 

Simon  Auvé,  chevalier,  seigneur  de  Sougé,  de  Brous- 
sin,  de  la  Perrière  et  de  Vautorte,  «  constitue,  nomme, 
ordonne  et  establit,  en  1463,  ses  bien  amez  Jehan  de 
Beaumont  escuyer,  Johan  Thabort,  Pierre  de  Launay, 
pour  estre  ses  procureurs  à  rendre  foi  et  hommage  aux 
seigneurs  de  Bazeilles  et  de  Daviet.  » 

Le  vieux  serviteur  du  roi  d'Angleterre  fut  donc 
comme  par  le  passé  propriétaire  de  Vautorte,  ou  au 
moins  le  chargé  d'affaires  au  nom  des  héritiers  après  la 
mort  de  Marguerite  qui  dut  arriver  cette  année-là  1463. 
Cette  dernière  opinion  doit  être  la  vraie,  puisque  le 
testament  de  Marguerite  rapporte  par  quelques-unes  de 
ses  expressions,  son  héritage  aux  de  la  Perrière.  Au- 
cune des  généalogies  de  cette  famille  n'a  pu  éclairer  au 
sujet  de  ses  héritiers.  Elle-même  n'y  est  pas  nommée. 
Cherchons-les  toutefois. 

Le  testament  de  Marguerite  nous  révèle  d'une  ma- 
nière certaine  son  principal  héritier.  Il  est  dit  dans  le 

7 


—  94  — 

codicille  du  16  septembre  1463,  à  son  testament  du  15 
octobre  1462  :  «  Item  je  veil  et  ordonne  que  mon  livre 
«  soit  baillé  à  la  femme  de  Collinet  de  la  Perrière 
«  pour  le  garder  à  lasge  de  son  filz  aesné  qui  sera 
«  mon  héritier  pour  prier  Dieu  pour  moy.  »  Gomme 
Marguerite,  dame  de  la  Perrière  et  de  Yautorte,  dans 
son  testament  non  plus  que  dans  le  codicille,  ne  dispose 
nulle  part  de  sa  fortune  en  général,  il  est  évident  que 
l'ensemble  de  son  héritage  va  aux  parents  naturels,  et 
que  son  héritier  principal  est  un  mineur,  fils  aîné  de 
Colin  ou  Nicolas  de  la  Ferrière,  et  aussi  tout  Faîne  de 
la  noble  maison  de  la  Ferrière. 

Cet  héritier  et  son  frère,  il  en  avait  au  moins  un,  Ro- 
bert de  la  Ferrière,  demeurèrent  sous  la  directe  de  tu- 
teurs et  exécuteurs  testamentaires  :  ils  étaient  au  moins 
deux  de  la  famille  Auvé,  et  c'est  pour  cela  sans  doute, 
comme  aussi  dans  les  intérêts  de  sa  propre  maison, 
que  Simon  Auvé  s'occupa  en  1463  de  la  seigneurie  de 
Vautorte  qu'il  traitait  comme  sienne. 

Douze  ans  plus  tard,  cette  terre  était  en  déshérence, 
probablement  par  la  mort  du  jeune  La  Ferrière,  ou  par 
celle  de  Simon  Auvé.  Les  documents  nous  abandon- 
nent quelque  peu  ici.  Mais  quoi  qu'il  en  soit  la  mort  en 
cette  année  ou  peu  auparavant,  du  seigneur  de  Vau- 
torte, occasionna  des  embarras.  Par  sentence  donnée 
es  assises  de  Mayenne  le  4  octobre  1474,  Pierre  de 
Pannart,  sénéchal,  Pierre  de  Gotteblanche,  lieutenant 
de  monsieur  le  bailly,  rendirent  ses  droits  sur  Vautorte 
au  sieur  de  Daviet,  noble  homme  Hugues  d'Arquené, 
escuyer,  à  cause  qu'il  avait  observé  par  Denys  Sergent 
son  procureur,  «  que  partye  de  la  terre  de  Vautorte  te- 
«  nant  de  luy  est  depuys  cheues  en  rachact. . . .  que 
«  toute  la  terre  de  Vautorte  avait  été  prinse  et  saisie 
«  en  la  main  de  monsieur^.   » 

1.  Archives  de  Fresnay,  Bourgneuf-la-Forêt. 


-  %  - 

Peu  après,  toute  la  seigneurie  était  rentrée  dans  son 
état  normal  et  se  trouvait  entre  les  mains  d'un  des  fils 
de  Colin  de  la  Perrière,  nommé  Bertin,  autrement  Ro- 
bert de  la  Perrière. 

Il  importe  de  reprendre  la  généalogie  d'une  aussi 
intéressante  famille,  à  commencer  par  le  grand  père  de 
ce  Robert. 

Gaultier  de  la  Perrière,  chevalier,  seigneur  en 
partie  de  la  Perrière,  l'un  des  fils  cadets  de  Jean,  sei- 
gneur de  la  Perrière  et  de  Vautorte  et  de  Jeanne  de 
Mallemains,  dame  de  Saint-Hilaire-du-Harcouët,  bien 
loin  d'imiter  du  Guesclin  son  parent,  son  frère  aîné  Ro- 
bert, et  Bertrand  de  la  Perrière  son  autre  frère,  l'un 
des  plus  braves  amis  et  compagnons  d'armes  d'Am- 
broise  de  Loré,  se  jeta  dans  le  parti  des  Anglais.  En- 
fants perdus  de  la  révolution  d'alors,  les  cadets  de 
famille,  d'une  humeur  souvent  batailleuse,  cherchaient 
fortune  en  se  faisant  chefs  de  bandes.  Notre  Gaultier 
se  maria  très  tard,  le  2^  ioiir  de  feuhvrier  lan  IkTl 
avec  Lyomielle  de  Pacy^  fille  d'Anioult  de  Pacy^  sei- 
gneur de  Clerc.  «  Iceluy  Gaultier  fut  pris  à  la  bataille 
«  de  B auge  par  la  Frayètte  général  de  l'armée  du 
«  roy  de  France^  comme  il  se  voit  par  lacquit  de  sa 
«  rançon^  signée  du  Buart  et  scellée^  en  datte  du  3 
«  ianvier  1^23.  Iceluy  Gaultier  se  qualifie  gouverneur 
«  de  Mante  pour  le  roy  Dangleterre.  Il  ut  de  Lyon- 
nelle  de  Pacy  ^  : 

1.  Dans  ces  mêmes  années,  un  frère  de  Gaultier,  Bertrand  de 
la  Ferrière,  servait  en  héros  le  parti  français.  En  1429  Messire 
Ambroise  de  Loré,  chevalier,  conduisit  des  vivres  et  des  habille- 
ments de  guerre  en  la  ville  d'Orléans,  ainsi  que  Bertrand  de  la 
Ferrière  (Abbé  Desroches,  p.  345).  On  sait  que  Jeanne  d'Arc,  as- 
sistée de  nos  preux,  fit  lever  le  8  mai  le  siège  que  les  Anglais 
faisaient  subir  à  cette  ville.  —  Le  25  du  mois  de  septembre  1429, 
Bertrand  de  la  Ferrière,  Raoul  du  Bouchet,  seigneur  de  la  Haie 
de  Torcé  et  de  Méral,  et  Jean  de  Villiers  du  Hommet.  seigneur 
du    Hommet,  de   la  Bérardière   en  Méral,  de  Saint-Péan   alias 


-  96    - 

1^  Nicolas,  autrement  Colin,  ou  Collinet  de  la  Per- 
rière, qui  suit  : 

2^*  Ghristofle  de  la  Perrière,  seigneur  de  Cuves,  puis 
de  la  Perrière  ; 

3"  Jean,  seigneur  de  Vautorte,  eut  pour  fils  aîné  Guy 
de  la  Perrière,  seigneur  aussi  de  Vautorte.  Les  titres  de 
Presnay,  où  je  prends  ces  renseignements,  indiquent  au 
juste  les  qualités  des  deux  frères  Christophe  et  Jean, 
par  rapport  à  Vautorte  :  Christophe  était  seigneur  de  la 
Perrière  et  de  Vautorte  ;  Jean  et  son  fils  aine  Guy 
étaient  seigneurs  usufruitiers  de  la  même  terre.  Jean 
de  Vautorte  épousa  Marie  d'Aron.  En  1483  le  pénultième 
jour  de  mars,  ils  acceptent  de  Raoul  Le  Porc,  seigneur 
de  Charné,  de  Baseilles  et  de  la  Tour-Eumond,  la 
somme  de  120  livres  pour  l'amortissement  de  la  taille 
due  à  Vautorte  par  la  Tour-Eumond,  par  devant  Jehan 
de  Vahaie,  notaire  de  la  cour  d'Ernée.  Cette  taille  était 
de  huit  livres  ^ 

Messire  Pierre  Le  Porc,  chevalier,  seigneur  de  la 
Tour-Eumond,  avait  rendu  son  hommage  à  la  dame  de 
Vautorte  '^.  Le  3  avril  1486,  foi  et  hommage  de  Jean  Le 
Porc  pour  la  Tour.  Le  16  août  1500  foi  et  hommage  de 

S.  Poix  près  de  Méral,  etc.,  reprirent  par  adresse  sur  les  Anglais, 
la  ville  de  Laval,  que  ceux-ci  avaient  enlevée  le  9  mars  de 
l'année  précédente.  Pendant  qu'ils  en  étaient  maîtres,  ils 
avaient  Brûlé  les  châteaux  de  Saint-Ouen,  de  la  Gravelle  et 
de  Montjean,  au  mépris  d'une  trêve  conclue  (D.  Piolin,  5, 
p.  92).  Les  noms  sont  mal  écrits  :  je  les  ai  rectifiés  dans  l'inté- 
rêt de  notre  histoire  locale.  —  Bertrand  de  la  Perrière  avait 
assisté  à  la  défaite  des  Anglais  devant  Sainte-Suzanne  au  Maine 
avec  Ambroise  de  Loré  a  et  à  la  prise  de  la  ville  du  Mans 
«  (1^26),  par  le  seigneur  d'Orval  conducteur  de  l'armée  du  roy 
«  de  France  comme  Von  voit  par  la  composition  desdicts  habi- 
«  tans  du  Mans  qui  rendirent  la  ville,  et  est  signée  en  papyer 
«  dudict  F.  (G.)  a'Orval,  de  Loré,  de  la  Ferrière,  G.  de  Bouille^ 
«  R.  de  Goé,  A.  Daverton  et  autres  tant  François  qu'habitans.  » 
(Généal.  manuscrite  de  la  Perrière).  Lepaigne,  II,  164,  ajoute  les 
noms  de  La  Hire,  de  Bueil,  des  Groix-Tussé. 

1.  Archives  de  Presnay. 

2.  Ibid.  C'était  à  Marguerite  de  la  Perrière. 


-  97  — 

Guy  de  Bourgon  pour  François  Le  Porc  dont  il  était  tu- 
teur, pour  la  Tour. 

4^  Robert  de  la  Perrière,  marqué  dans  la  généalogie 
manuscrite  comme  frère  aîné  de  Jean  et  frère  cadet  de 
Christophe,  enfants  de  Gaultier  et  de  Lyonnelle  de  Pacy. 
Rien  de  plus  sur  son  compte. 

b''  Henriette  de  la  Perrière,  mariée  à  Guy  Achard, 
seigneur  de  Clessy  K 

COLLINET     ou      NICOLAS       DE     LA      PeRRIÈRE,      écuycr, 

épousa  noble  damoiselle  Perrette  Le  Viconte,  dame  du 
Boishibout,  Deuillée-le- Vicomte,  près  Lisieux,  et  du 
Mesnil-le-Vicomte.  Elle  était  veuve  avec  plusieurs  en- 
fants dès  l'époque  du  testament  de  Marguerite  de  la 
Perrière,  1463,  et  est  signalée  en  le  même  état  et  con- 
dition dans  un  contrat  de  bail  à  rente  du  29  juin  1482, 
qui  n'a  d'intérêt  pour  nous  que  ces  circonstances  et  les 
noms  des  témoins,  savoir,  Ambroys  de  Langrunière, 
seigneur  dudit  lieu,  Jehan  Boussapeie  et  Jehan  de  la 
Perrière,  seigneur  de  Vautorte,  et  Michel  Coullange,  pa- 
roissiens de  Vautorte.  Passé  en  cour  d'Ernée.  (Par- 
chemin 2), 

Robert  III  de  la  Perrière,  écuyer,  seigneur  dudit 
lieu  et  de  Vautorte,  etc.,  ne  put  avoir  d'enfants  pour  les 
raisons  qui  vont  paraître  ci-après.  Nous  le  prenons,  à 
cause  de  ses  qualités  et  du  testament  précité,  pour  le  fils 
et  principal  héritier  des  précédents,  et  le  principal  héri- 
tier de  Marguerite  de  la  Perrière.  Il  fut  marié  avec  de- 
moiselle Marie  de  Bures  3. 

1.  Généal.  man. 

2.  Papiers  de  la  Perrière.  Cabinet  de  l'auteur. 

3.  D'une  famille  du  Maine,  baronnie  de  Sillé,  qui  a  fourni  de 
très  illustres  croisés.  Ils  étaient  de  Neuvy  en  Champagne  (Sar- 
the)  où  était  leur  château  de  Bures.  Eudes  de  Bures  fut  l'un  des 

flus  illustres  abbés  de  la  Couture  sous  l'épiscopat  d'Hildebert. 
1  avait  un  Guillaume  de  Bures  parmi  ses  religieux.  Hugues  de 
Bures,  chevalier,  1210,  Guillaume  de  Bures,  1224,  paroissiens  de 
Neuvy  en  Champagne,  donnent  des  chartes  en  faveur  de  la  même 
abbaye. 


-  98  - 

«  Le  V®  jour  de  desembre  lan  mil   IIIP*^  sixante   et 
saize,  Julien  Lebir  garde  des  seaulx  des  obligations  de 
la  viconté  de  Damffront  au  Passais,  par  devant  Guil- 
laume Gaudin  et  Jehan  Hesnart,  tabellions  jurés,  fai- 
sait connaître  que  noble  et  puissant  signour  Robert  de 
la  Perrière,  signour  du  lieu,  mary  et  espous  de  noble 
et  honnouré  damoisselle   Marie  de  Bures,  iceluy  es- 
cuyer,  signour  de  Bures  et  de  Neusille,  par  raison  de 
ladite  damoiselle...  voyant  et  évidemment  cognoissant 
que  icelle  damoiselle  na  auchunement  bon  vouloir  de 
soy  aprocher  et  venir  demourer  ovaiques  luy  sur  ses 
terres  et  signouris  ou  en  auchunes  de  icelles  ne  au- 
chunement accomplir  la  loi  et  promesse  du  mariaige 
faict  et  consommé  entre  eulx  et  mesmes  que  icelle  da- 
moiselle a  resceu  et  mis  à  son  proffis  ainsy  que  bon 
luy  a  semblé  lespace  de  quinze  ans  touttes  les  rentes 
de  iceulx  ses  héritages  sans  que  celuy  escuyer  en  ayt 
eu  quelque  chose  combien  quil  ait  somme  et  fait  re- 
quérir icelle  damoiselle  de  obéir  et  entendre  aux  cho- 
ses dessus  dictes...  révoque  et  du  tout  annule  la  pro- 
curation qu'il  lui  avait  donné  pour  iceulx  ses  biens,  et 
choisit  pour  ses  procureurs  généraulx  et  certains  mes- 
saigers   especiaulx  cest  asavoir  Ghristofle  de  la  Per- 
rière,  Jehan  de  la   Perrière,   Guillaume  de  Palaisse, 
Guillaume  de  la  Palu,  Guion  de  Neusille  tous  escuiers 
et  misire  Jehan  Grosse  prebtre  et  Guillaume  Gaudin  *.  » 


SECONDE    BRANCHE    CADETTE    DE    LA    MAISON    DE    LA 
FERRIÈRE  ;    SEIGNEURS    DE    VAUTORTE 

Christophe  de  la  Perrière,  écuyer,  seigneur  de  la 
Perrière,  Vautorte,  etc.,  second  fils  de  Gaultier  de  la 

1.  Pièce  en  parchemin  signée  G.  Gaudin.:  Titres  delà  Ferrière. 


-  99  - 

Perrière  et  de  Lyonelle  de  Pacy,  avait  été  seigneur  de 
Cuves,  d'abord  comme  premier  cadet  de  sa  maison, 
avant  d'en  être  le  chef  et  principal  héritier.  Depuis 
longtemps  déjà  sa  branche  avait  la  jouissance  de  Vau- 
torte  et  Jean,  son  frère,  y  demeurait  et  en  jouit  ainsi 
que  Guy  de  la  Perrière,  son  fils,  comme  seigneurs  usu- 
fruitiers, ainsi  que  cadets  nobles  observent  les  titres, 
mais  assurément  sous  le  parage  de  Robert.  Toutefois, 
nous  l'avons  vu,  Jean  de  Vautorte  usait  assez  librement 
de  la  seigneurie  et  plus  tard  certains  de  ses  actes  furent 
cassés.  Christophe,  devenu  le  seigneur  de  la  Perrière, 
prit  les  deux  tiers  de  Vautorte  et  laissa  l'autre  tiers  à 
Jean,  puis  à  Guy  :  les  héritiers  de  Christophe,  ses  en- 
fants, ne  tardèrent  point  à  reprendre  possession  de  toute 
la  terre  tant  par  procès  qu'arrangements  de  famille. 

Christophe  de  la  Perrière  fut  marié,  l'an  1463,  avec 
Simeonné  d'Harenville,  fille  d'Alain  de  Harenville,  sei- 
gneur de  la  Ferté-Presnay.  On  lit  aux  archives  de  Goué, 
dans  un  contrat  en  parchemin  passé  en  cour  de  Bourg- 
nouvel,  que  noble  homme  Jacques  de  Harenville  s'ac- 
quitte, le  7  avril  1513,  d'une  somme  de  sept  vingt-sept 
livres  dix  sols  dont  il  était  redevable  à  noble  homme 
Guyon  de  la  Perrière,  qui  alors  demeurait  en  la  ville  de 
Lentriglee  au  duché  de  Bretagne.  Ce  titre  prouve  que 
les  généalogistes  qui  ont  écrit  que  Christophe  épousa 
une  de  Haranvilliers  ont  commis  une  erreur. 

Ils  eurent  pour  enfants  : 

l*'  Bertrand  de  la  Perrière,  qui  suit. 

2"  Jean  de  la  Perrière,  s.  de  la  Boucherie  et  Rouillon, 
duquel  descendent  les  seigneurs  de  Vernie,  barons  d'Am- 
brières. 

3**  Ambroise  de  la  Perrière,  marié  à  Guillemine  d'Ho- 
zier,  de  laquelle  il  n'eut  aucun  enfant  puisque  ses  biens 
furent  partagés  entre  Bertrand,  Jean  et  Robert  ses 
frères  :  il  était  seigneur  de  Vaulandrons  et  de  Creville. 

4'*  Robert  de  la  Perrière,  seigneur  de  Cuves,  marié 


—  100  - 

à  Cécile  Paisnel,   fille  de  la  maison  de  Hambie  et  Ser- 
von,  l'an  1488. 

5**  Françoise,  mariée  à  Samson  Turquet,  seigneur  ba- 
ron de  Lucé  et  de  Tessé-sous-Andaine,  Fan  1489. 

Bertrand  de  la  Perrière,  chevalier  des  ordres  du 
roi,  gouverneur  du  Craonnais,  de  Ghâteau-Gontier  et 
de  Chartres,  seigneur  de  la  Perrière,  Vautorte,  Saint- 
Pront,  Le  Menil,  Bulou,  Chemainville  et  autres  terres, 
épousa  Françoise  d'Aligny,  fille  de  Jean  d'Aligny  et  de 
Marguerite  d'Avaugour,  seigneur  et  dame  de  la  Roche- 
mabille,  le  7  mai  Fan  1482.  Devenu  veuf,  Bertrand  de 
la  Perrière  se  remaria  à  demoiselle  Anne  ChoUet,  fille 
de  Jean  et  de  Jeanne  d'Anfreville,  laquelle  Anne  vivait 
en  1525  avec  Geoffroi  Patrix,  son  second  mari^ 

Bertrand  de  la  Perrière  obtint  du  parlement  de  Paris 
un  arrêt  fait  par  messire  Brullart,  à  l'appui  de  son  pro- 
cès contre  Guyon  de  la  Perrière,  aussi  seigneur  de  Vau- 
torte, à  propos  des  rentes  dues  par  Vautortq  à  Daviet. 
Bertrand  mourut  vers  1524,  laissant  des  mineurs  sous 
la  tutelle  d'Anne  Chollet  leur  mère,  de  Gabriel  de  la 
Perrière,  son  fils  aîné,  et  de  René  de  la  Perrière,  prê- 
tre 2. 

Enfants  de  Bertrand  : 

l*'  Gabriel  de  la  Perrière,  dont  l'article  va  suivre  ^. 

2^  Jacques  de  la  Perrière,  qui  suivra^. 

3**  Bertrand  de  la  Perrière,  marié  à  Roberde  de  Poli- 
gny,  dont  il  eut  trois  fils,  savoir  :  Robert,  Edmond  et 
Guy  5. 


1.  Arch.  du  château  de  Fresnay.  —  Le  Père  Anselme  :  article 
Chollet.  Ce  généalogiste  nomme  le  mari  d'Anne  Chollet,  Bertin 
de  la  Ferrière,  sieur  de  Vautorte. 

2.  Arch.  de  Fresnay. 

3.  Titres  auth. 

4.  Jbid. 

5.  Généal.  manuscrite. 


—  101  — 

La  généalogie  manuscrite  de  la  Perrière,  document 
précieux,  mais  qui  ne  peut  être  accepté  dans  ses  détails 
scientifiques  qu'avec  réserve,  nomme  encore  comme  en- 
fants de  Bertrand  :  René,  seigneur  de  Ghemainville, 
Nicolas,  seigneur  de  Boisthibault,  qui  épousa  Perrette 
Le  Vicomte,  dame  du  Mesnil-le-Vicomte  près  Lisieux*; 
Luce  de  la  Perrière,  religieuse  à  Almenesche  ;  Marie  de 
la  Perrière,  mariée  à  Simon  de  Neufville,  seigneur  de  la 
Garnaille. 

A  propos  de  René  de  la  Perrière,  seigneur  de  Ghe- 
mainville, l'auteur  de  cette  généalogie  ajoute  :  que  ce 
seigneur  «  gouverneur  de  Chartres  espousa  Jehanne 
«  de  Flavières^  il  ut  délie  Gabriel  seigneur  de  Paille- 
«  pray  qui  avet  espouzé  Marie  de  Grimouville  dame 
((  et  héritière  de  la  baronnie  de  Larchant  de  laquelle 
«  il  nut  qun  fils  noyé  dans  les  fosses  de  Larchand  : 
«  mais  en  secondes  nopces  il  espouza  laqueline  de 
«  Falaize  de  laquelle  il  ut  René  de  la  Perrière^  sei- 
«  gneur  de  Paillepray  qui  a  '  espouzé  lanne  de  la 
a  Ramée,  duquel  est  sorti  René  de  la  Perrière  signeur 
«  de  Paillepray  qui  a  espouzé  Marie  des  Pres^  fille 
a  de  des  Près  et  de  Marie  de  la  Blynaye  signeurs  et 
«  dames  de  Larchat  :  et  n.y  a  plus  que  ledit  sieur  de 
«  Paillepray  de  la  maison  de  la  Perrière.  » 

Gabriel  de  la  Perrière,  seigneur  dudit  lieu,  Guves, 
Vautorte,  etc.,  passa  en  cour  de  Bourgnouvel,  le  7  août 
1524,  lui  et  Anne  Ghollet,  veuve  de  Bertrand  de  la  Per- 
rière, représentés  par  messire  René  de  la  Perrière  prê- 
tre, une  transaction  avec  Guy,  seigneur  d'Arquenay,  au 
moyen  de  laquelle  celui-ci,  seigneur  de  Daviet,  fait  re- 
mise au  dit  Gabriel,  seigneur  de  Vautorte,  de  la  rente 
annuelle  de  15  livres  6  sols  que  Vautorte  devait  annuel- 
lement  à    Daviet,  sur  15  livres  7  sols.    Partant  le   dit 

1.  Faux  :  degré  en  retard  :  voir  ci-dessus. 


—  102  — 

sieur  de  Vautorte  ne  devait  plus  que  douze  deniers  de 
devoir  à  Fangevine  au  seigneur  de  Daviet.  Déjà  du 
temps  de  Jean  de  la  Perrière,  s.  de  Vautorte  en  partie, 
les  devoirs  de  Vautorte  envers  Daviet  avaient  été  ré- 
duits, puisqu'au  lieu  de  27  livres  7  sols,  le  seigneur  de 
Vautorte  depuis  lors  (1483),  n'avait  plus  payé  que  la 
somme  de  dix-neuf  livres. 

Gabriel  de  la  Perrière  céda  Vautorte  à  son  frère  Jac- 
ques, s.  de  Bulou,  chef  de  la  troisième  branche  cadette 
apanagée  de  cette  terre  et  seigneurie. 

De  son  mariage  avec  Prançoise  de  Montchauveau,  fille 
d'Ambroise,  14  juin,  Fan  1521,  Gabriel  de  la  Perrière 
laissa  : 

l*'  Pierre  de  la  Perrière,  qui  suit  ; 

2**  Joachim,  qui  fut  prêtre  ; 

3^  Jeanne,  mariée  le  4  janvier  1548  à  Jean  de  Palaise 
seigneur  de  Bernay  et  de  Batilly.  dont  Joachim  de  Pa- 
laise, seigneur  de  Bernay,  Batilly,  la  Perrière  à  cause 
de  sa  mère,  qui  épousa  Roberde  de  la  Vigne  le  9  février 
1587,  dont  Gabriel  de  Palaise,  lieutenant  des  gardes 
du  corps  de  Louis  XIII,  sans  enfants  de  Prançoise  de 
Proulay,  son  épouse,  fille  de  René,  comte  de  Tessé,  ba- 
ron de  Vernie  et  d'Ambrières,  seigneur  de  Saint-Praim- 
bault,  Goesmes,  Saulçay,  Vaussay,  Saint-Denis-de-Gas- 
tines,  Montflaux,  etc.  Marie  de  Palaise,  sœur  de  Gabriel, 
épousa  Claude  de  Goué. 

Pierre  de  la  Perrière,  seigneur  dudit  lieu,  fut  ma- 
rié le  6  mai  Fan  1553  à  demoiselle  Charlotte  d'Orton- 
villiers,  veuve  de  feu  messire  Guillaume  du  Griplet,  ba- 
ron de  Messey  et  de  Gorron,  etc.,  duquel  mariage  ne 
sont  issus  aucuns  enfants  et  partant  la  succession  vint 
à  Joachim  de  la  Perrière,  prêtre,  puis  à  Jeanne  de  la 
Perrière,  leur  sœur,  aïeule  comme  nous  avons  dit  de 
Marie  de  Palaise,  qui  laissa  de  Claude  de  Goué,  sei- 
gneur dudit  lieu  et  de  Fougerolles,  une  postérité  repré- 


—  103 


sentée  de  nos  jours  par  M.  le  marquis  d'Auray  de  Saint- 
Poix  et  sa  famille. 


VI 


SEIGNEURS  DE  VAUTORTE  DE  LA  TROISIEME  BRANCHE 
CADETTE  DE  LA  MAISON  DE  LA  FERRIÈRE 

Jacques  de  la  Perrière,  chevalier  des  ordres  du 
roi,  seigneur  de  Bulou  au  Perche,  de  Laulne  et  de  Yau- 
torte,  ne  semble  pas  avoir  joui  d'une  vie  heureuse.  Il 
épousa  par  contrat  du  8  février  1543,  passé  devant  Fran- 
çois Bastonneau  et  Vincent  Maupeou,  clercs  notaires 
du  roi  à  Paris,  damoiselle  Renée  d'Aulnay,  nièce  du  car- 
dinal du  Bellay,  de  René  du  Bellay,  évêque  du  Mans  et 
des  deux  Langey,  fille  de  messire  Charles  d'Aulnay, 
écuyer,  et  de  Louise  du  Bellay,  qui  promirent  bailler  six 
mil  livres  tournois  à  leur  fille,  dont  ils  payèrent  pré- 
sentement la  somme  de  trois  mil  cinq  cents  livres  en 
447  escus  soleils,  64  ducats,  10  nobles  rose,  2  lyons, 
1  royal,  1  phlus  ',  8  mailles  et  le  reste  monnaye  ayant  de 
présent  cours.  Le  reste  devait  être  payé  après  Faccom- 
plissement  du  mariage.  Le  futur  devait  être  tenu,  pour 
le  douaire  de  sa  future,  d'acheter  des  terres  pour  la 
somme  de  4500  livres  tournois  jusques  à  la  somme  de 
240  livres  tournois  de  rente. 

Le  mariage  de  Jacques  de  la  Perrière  le  rendait  beau- 
frère  de  Jacques  de  Goué,  seigneur  de  Pougerolles,  qui 
avait  épousé  Gabrielle  d'Aulnay.  Le  seigneur  de  Vau- 
torte  écrivait  au  seigneur  de  Goué  une  lettre  intéres- 
sante, assez  peut-être  pour  être  reproduite  ici  : 

1.  Un  philippus. 


—  104  — 

«  A  monsieur  mon  frère,  monsieur  de  Goué, 
«  A  Paris  ou  la  part  ou  il  sera. 

«  Monsieur  mon  frère  je  receu  unne  lettre  que  maves 
<c  escripte  par  laquelle  vous  me  mandez  que  vous  aves 
«  le  moien  de  recouvrer  de  l'argent  a  Thiron  pour  me 
«  baller  ce  que  vous  me  feres  fort  grand  plesir  par  ce 
«  que  je  suis  executté  en  mes  biens  ainsy  que  vous  dira 
«  Beauvoys  auquel  je  donne  charge  de  vous  aller  trou- 
«  ver  pour  le  vous  faire  entendre  et  donnerez  bien  ordre 
«  si  vous  voullies  a  me  faire  ballier  de  l'argent  parce 
«  que  monsieur  de  Mançon  pour  reson  des  quinze  cens 
«  francz  qui  vous  doebt  sont  prestz  a  baller  et  me  reste 
«  seulement  que  vous  ballies  une  quittance  ou  unne 
«  procuration  specialle  pour  baller  la  dite  quittance  et 
«  sy  vous  la  voulles  envoyer  a  Besnardière  on  luy  bail- 
ce  lera  l'argent  et  il  le  me  ballera  du  reste  s'y  monsieur 
«  du  Mans  ^  est  à  Paris  je  vous  prye  de  parler  à  luy 
«  pour  le  bénéfice  de  ceste  paroisse  et  nonobstant  que 
«  nous  y  ayons  bien  droits  siesse  que  je  vouldrays  bien 
«  demeurer  en  la  bonne  grâce  de  monsieur  du  Mans. 
«  Je  vous  supplye  faire  en  cela  y  voulloir  faire  ce  que 
«  vesres  qui  sera  nécessaire  et  jen  feray  aultant  pour 
«  vous  quand  il  vous  plera  de  memployer  ou  en  aultre 
((  meilleure  chose  sy  le  cas  se  présente,  mais  je  vous 
«  supplye  encores  unne  foys  donner  ordre  que  je  soys 
«  paye  parce  que  je  suys  ruynné  me  recommandant  à 
«  vostre  bonne  grâce  et  supplye  nostre  seigneur. 

«  Monsieur  mon  frère  vous  tenir  en  bonne  santé  et 
«  longue  vie. 

«  E script  de  Vaultorte  ce  XIX  juillet. 

«  Je  vous    supplye  monsieur  mon  frère  de  baller   à 


1.  L'évêque  du  Mans. 


-  m  — 

«  Beauvoys  à  Paris  vingt  escus  pour  luy  aisder  en  mes 
«  affaires. 

«  Vostre  meilleur  frère  et  obéissant  amy, 

«  J.  DE  LA  Perrière.   » 

Cette  lettre  doit  être  de  1561,  parce  qu'en  cette 
année-là  Jacques  de  Goué  recueillit  de  l'abbaye  de  Thi- 
ron  au  Maine  ce  qui  revenait  à  l'héritage  de  feu  le  car- 
dinal du  Bellay,  ancien  abbé  de  Thiron,  oncle  de  Gabrielle 
et  de  Reliée  d'Aulnay,  femmes  de  Jacques  de  Goué  et  de 
Jacques  de  la  Perrière. 

On  lit  dans  la  Géographie  ancienne  du  diocèse  du 
Mans^  par  Cauvin,  page  199,  qu'Anne  du  Bellay,  sœur 
du  Cardinal,  mourut  abbesse  d'Estival  en  1557,  que 
Renée  d'Aunai,  nièce  du  même  cardinal  du  Bellay,  nom- 
mée par  le  roi,  est  dite  abbesse  du  même  monastère 
dans  un  acte  du  20  janvier  1560,  enfin  qu'une  Catherine 
de  la  Haie  conduisait  la  même  abbaye  en  1582  après 
permutation.  Notre  Renée  d'Aulnai  écrit  d'Estival  en 
1577  i. 

Cette  dame  de  Vautorte  fut  abbesse  d'Estival,  on  le 
voit,  du  vivant  même  de  son  mari.  C'est  une  singularité 
dont  les  circonstances  seraient  intéressantes  à  connaître. 
Qu'était  devenu  son  mari  ?  Un  Jacques  de  la  Perrière, 
prêtre,  vivait  dans  ce  temps-là  2. 

Chez  le  même  auteur,  même  volume  de  \ Histoire  de 
V Eglise  du  Mans,  P^gG  407,  on  lit  : 

«  Tant  de  provocations  de  la  part  des  Huguenots, 
«  amenèrent  une  recherche  plus  exacte  des  disciples  de 
«  la  doctrine  nouvelle.  Un  gentilhomme  de  notre  pays 
«  nommé  de  la  Perrière,  qui  avait  sujet  de  redouter  ces 


1.  Voir  L'Héritage  et  les  héritiers  du  Bellay  :  Procès-verbaux 
et  documents  du  Bulletin  de  la  Société  historique  de  la  Mayenne, 
tome  n,  Laval,  1883,  p.  223). 

2.  Dom  Piolin,  V,  408. 


-  106  - 

«  perquisitions,  s'enfuit  du  Maine  et  chercha  un  asyle 
«  à  Paris.  Il  se  logea  au  Pré-aux-Glercs,  et  ce  fut  chez 
«  lui  que  se  tinrent  les  premières  assemblées  de  la  Ré- 
«  forme  sous  la  présidence  du  ministre  Jean  Le  Maçon 
«  dit  la  Rivière,  natif  d'Angers.  »  Dom  Piolin  cite  àl'ap- 
«  pui  de  son  curieux  passage  Théodore  de  Bèze,  His^ 
«  toire  ecclésiastique  des  Eglises  réformées^  liv.  P"^,  à 
«  Fan  15551. 

Ces  particularités  dignes  de  remarque  m'obligent  à 
ne  pas  omettre  la  transcription  d'un  acte  en  parchemin 
concernant  les  intérêts  de  ce  ménage  : 

«  A  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lectres  verront  Je- 
«  han  Gheeulx  escuyer  licencié  es  loyx,  conseiller  du 
«  roy  notre  sire  en  qualité  de  bailly  de  Bullou  salut. 
«  Scavoir  faisons  que  par  devant  Louys  de 
«  tabellion  juré...  comparut  en  personne  et  en  présence 
(f  de  moy  soubz  signé....  Noble  damoiselle  Renée  Dau- 
«  nay  feme  et  expose  de  noble  homme  messire  Jacques 
«  de  la  Perrière,  chevalier,  seigneur  de  Bullou,  parois- 
«  sien  de  Vaultorte  et  le  dict  chevalier  soubz  escript  la- 
«  quelle  a  par  ces  présentes  receu  content  en  notre  pré- 
«  sence...  la  somme  de  huict  cent  livres  tournois  en  or 
«  de  Jehan  Desmaires  marchand  à  Villiers...  en  des- 
«  duction  de  ce  que  led.  Jehan  Desmaires  peult  debvoir 
«  tant  audit  sieur  de  la  Perrière  envers  noble  homme 
<(  seigneur  Jacques  de  Goué  pour  lachapt  des  terres  de 
«  la  seigneurie  de  Pensefollie...  domaines...  desd.  sieurs 
«  et  de  ladite  dame.de  laquelle  somme  de  huict  cens 
<(  livres  tournois  ladite  dame  et  ledit  sieur  de  la  Perrière 
«  ont  tenu  et  tenant  quicte  led.  Jehan  Desmaires  et  pro- 


1.  Il  y  avait  dans  le  Haut-Maine  une  famille  de  la  Perrière 
très  adonnée  dès  ce  temps-là  aux  idées  nouvelles  :  consulter  le 
dossier  des  certilicats  de  la  noblesse  du  Maine  en  1577,  aux  ar- 
chives de  la  Sarthe,  et  la  brochure  de  M.  Moulard  à  ce  sujet.  Les 
certificats  édités  précédemment  dans  le  Bulletin  de  la  Mayenne 

§ar  l'auteur  de  l'article  ci-contre  ne  sont  relatifs  qu'à  l'histoire 
u  Bas-Maine. 


-  107  -  ' 

((  mectent  par  ces  présentes  lacquicter  envers  ledit  sei- 
«  gneur  de  Goué  et  tous  aultres  qu'il  appartiendra... 
«  le  quatriesme  jour  de  janvier  lan  mil  cinq  cens  cin- 
«  quante  et  neuf.   » 

Messire  Jehan  Gibot,  vicaire  de  Bulou,  était  au  nom- 
bre des  témoins. 

En  1577,  Tabbesse  d'Estival,  Renée  d'Aulnay,  écri- 
vait à  son  neveu  Ambroise  de  Goué  qui  demeurait  à  ce 
château,  paroisse  de  Fougerolles,  avec  sa  mère  Ga- 
brielle  d'Aulnai,  une  lettre  assez  intéressante  où  elle 
lui  confie  ses  chagrins  au  sujet  d'une  personne  (jeune 
fdle?)  qu'elle  nomme  ironiquement  sa  bonne  créature. 
On  la  lui  avait  confiée,  mais  elle  s'était  évadée,  ce  qu'af- 
fectait de  regretter  un  autre  personnage,  le  bon  frère 
de  cette  bonne  créature*. 

On  lui  confia  également  Jeanne  de  Goué,  pauvre  jeune 
fdle,  née  posthume  de  Jean  de  Goué,  seigneur  de  Fou- 
gerolles, tué  en  1572  à  Paris  le  jour  de  la  Saint-Barthé- 
lémy, parmi  les  protestants  et  à  côté  de  l'amiral  de  Co- 
ligny,  son  parent. 

Jacques  de  la  Perrière  et  René  d'Aulnay,  seigneur  et 
dame  de  Vautorte,  laissèrent  trois  enfants  : 

1"  René  de  la  Perrière,  qui  suit,  seigneur  de  Bulon  e 
de  Vautorte. 

2°  Anne  de  la  Perrière. 

3"  Françoise  de  la  Perrière  qui  épousa  Gabriel  de 
Saint-Bomer,  écuyer,  seigneur  de  la  Carnaille. 

René  de  la  Perrière,  chevalier  des  ordres  du  roi, 
seigneur  de  Saint-Maurice,  de  Bullou,  des  Chastelets, 
de  Vautorte,  a  été  le  dernier  de  l'antique  et  noble  mai- 
son de  la  Perrière  qui  ait  possédé  les  château,  seigneu- 
rie et  terre  de  Vautorte.  Lui  et  ses  sœurs  les  vendirent 
en  1575.  En  voici  le  résumé  d'acte  de  vente  2. 


1 .  Voir  L'Héritage  des  du  Bellay^  Bulletin  de  la  Commission 
historique  de  la  Mayenne  pour  1870). 

2.  Archives  de  Fresnay. 


—  108  -- 

«  Copie  de  contrat  de  vendition  de  la  terre  de  Vau- 
«  torte  en  la  paroisse  de  Vautorte  faite  par  messire  Re- 
«  gné  de  la  Perrière,  chevalier,  seigneur  de  Saint-Mau- 
«  rice,  de  BuUou,  des  Ghastelets  et  Tournefie,  bailly  et 
«  cappitaine  de  Chartres,  par  Anne  de  l'a  Perrière,  sa 
«  sœur  et  Prançoise  de  la  Perrière,  épouse  de  noble 
«  homme  Gabriel  de  Saint-Bosmer,  escuiller,  seigneur 
«  de  (Carn)aille,  enfants  de  messire  Jacques  de  la  Per- 
ce rière,  chevalier  de  l'ordre  du  roy  nostre  sire,  et  sei- 
«  gneur  de  Bullou  et  de  defuncte  Régnée  d'Aulnay,  fai- 
«  sant  pour  leur  père  à  honorables  hommes  mestres 
«  André  Casset,  sieur  de  Challonge  et  Jehan  Casset  li- 
«  cencié  es  droitz,  advocat  au  siège  du  duché  de  Mayenne, 
«  sieur  de  la  Pontaine  au  nom  et  comme  procureurs  de 
«  honorable  homme  Jehan  Cazet  sieur  de  la  Gordelle- 
((  rye,  leur  père,  devant  Pardieu  notaire  à  llliers,  le  29 
«  juin  1575  pour  la  somme  de  onze  mil  huit  cent  livres 
«  en  principal  et  cent  cinquante  escus  sols  en  vin  de 
«  marché  à  la  charge  de  payer  les  devoirs  aux  seigneurs 
«  dont  ladite  terre  est  mouvante.  » 

Il  importe  de  faire  une  remarque  au  sujet  de  la  date 
1575,  où  Régnée  d'Aulnay  est  dite  défunte,  tandis 
qu'on  a  d'elle  une  lettre  de  1577.  Veut-on  dire  qu'elle 
était  morte  au  monde  comme  religieuse  d'Estival*  ? 


VII 

SUITE    DES    SEIGNEURS    DE    VAUTORTE.    —    FAMILLE    CAZET 

Cette  famille  d'une  très  bonne  et  ancienne  maison 
de  la  judicature  de  Mayenne,  dont  les  membres  avaient 
la  qualité  d'honorables  hommes  et  quelquefois  nobles 
hommes,  n'excédait  pas,  comme  distinction,  la  noblesse 

1.  Ou  bien  y  avait-il  deux  Renée  d'Aulnay  nièces  du  cardinal 
du  Bellay,  l'une  dame  de  la  Perrière  et  l'autre  abbesse  d'EtivBl  ? 


-  109  -- 

de  robe.  Même  à  l'époque  où  les  Gazet,  riches  habitants 
de  la  paroisse  de  Vautorte,  sieur  de  la  Gordellerie,  sieur 
du  Challonge  et  sieur  de  la  Fontaine,  achetèrent  la  sei- 
gneurie de  cette  paroisse,  personne  ne  les  y  reconnais- 
sait comme  nobles.  11  était  de  notoriété  publique  en  1577, 
qu'à  Vautorte,  il  n'y  avait  aucun  gentilhomme,  ni  bien 
appartenant  à  gentilhomme  ^ 

Toutefois  les  Gazet  de  Vautorte,  car  ils  prirent  ce 
nom,  ne  tardèrent  point  à  s'élever  jusqu'au  rang  des 
plus  nobles  familles  de  France  et  à  s'en  glorifier. 

Ils  portaient  :  De  sable  à  trois  aigles  d'or  becquées 
et  onglées  de  gueules,  2,  1. 

Devise  :  Lumine  pulsis  in  altis  non  deficiunt. 

Leurs  principaux  fiefs  et  seigneuries  :  Vautorte,  la 
Fontaine-Gazet,  la  Gour-Gazet,  Aligny,  le  Grand-Pont 
en  Quelaines,  Rançon  en  Nuillé. 

Leurs  illustrités,  pour  employer  une  expression  de 
Ménage,  ont  été  : 

Louis  Cazet,  châtelain  de  Mayenne  en  1568,  frère  de 
Jean  Gazet,  IP  du  nom,  s.  de  Fontaine-Gazet. 

Jean  Cazet^  lieutenant  de  la  juridiction  du  comté  de 
Mayenne  en  1570. 

La  Cour  Cazet^  président  aux  enquêtes  du  Parlement 
de  Bretagne. 

Louis  Cazet^  évêque  de  Lectoure. 

François  Cazet^  plénipotentiaire  au  congrès  de  Ra- 
tisbonne  2. 

La  terre  de  Vautorte,  simple  seigneurie  jusqu'à  Fran- 
çois Gazet,  fut  agrandie  par  celui-ci. 

Le  seigneur  de  Vautorte  devait  héberger  le  forestier 


1.  Archives  de  la  Sarthe  :  Noms  des  gentilshommes  vivants  en 
1577.  en  le  diocèse  du  Mans.  Voir,  Gertiiicats  de  1577  au  Bulletin 
de  1879,  art.  Vautorte. 

2.  Arm.  d'Anjou,  de  Maulde,  l'abbé  Lamarre. 

8 


-  110  - 

du  seigneur  de  Mayenne,  lorsqu'il  allait   l'avertir  que 
Ton  fauchait  sa  lande  de  Souvigny*. 

SUITE    GÉNÉALOGIQUE    ET    HISTORIQUE    DES    CAZET. 

I.  Jean  Cazet,  l"  du  nom,  seigneur  de  la  Cordelle- 
rie  puis  de  Vautorte  par  l'acquisition  qu'il  en  fit  le  29 
juin  1575,  épousa  Marguerite  Fricand,  dont  il  n'eut  pas 
moins  de  deux  enfants  : 

!•*  André  Cazet,  sieur  du  Ghallonge. 

2**  Jean  Cazet,  qui  suit. 

IL  Jean  Cazet,  IP  du  nom,  sieur  de  la  Fontaine- 
Cazet  et  de  Vautorte,  conseiller  au  Parlement  de  Bre- 
tagne, licencié  en  droit,  avocat  au  siège  du  duché  de 
Mayenne,  fut  marié  deux  fois  :  la  première  avec  Jeanne 
de  Cotteblanche,  fille  de  Léonard  de  Cotteblanche  et  de 
Françoise  Pélisson  ;  la  deuxième  avec  Jeanne  Bignon, 
fille  de  Rolland  Bignon,  sieur  de  Boistesson  et  de  Jeanne 
de  la  Corbière,  laquelle  Jeanne  Bignon  était  veuve  alors 
de  Guillaume  Marest,  sieur  de  la  Hardelière,  dont 
MM.  Marest,  présidents  du  Présidial  du  Mans  et  M.  Ma- 
rest, écuyer,  sieur  de  Lucé,  gouverneur  de  Laval.  Sui- 
vant Ménage,  Vita  Pétri  ^^rodii^  p.  462,  la  seconde 
alliance  de  Jeanne  Bignon  la  fit  aïeule  de  MM.  de  Vau- 
torte-Cazet.  Des  trois  fils  de  Jean  Cazet,  les  deux  aînés 
furent  de  sa  première  femme  et  le  jeune  de  la  seconde, 
soit  : 

1**  François  Cazet,  qui  suivra,  sieur  de  la  Fontaine  : 
En  1606,  Messire  François  Cazet  tant  en  son  nom 
comme  fils  et  héritier  de  défunt  noble  maistre  Jean  Ca- 
zet, vivant  sieur  de  la  Fontaine,  conseiller  du  roi  en  son 
parlement  de  Bretagne,  qu'au  nom  et  comme  procureur 
de  demoiselle  Jeanne  Bignon,  veuve  dudit  défunt,,  se 
transporta  au  lieu  de  Daviet  pour  faire  aveu  :  «  demande 

1.  Ann.  de  la  S.,  1849,  p.  24. 


- 111  — 

si  le  seigneur  de  Daviet  est  là,  et  s'est  présentée  Hélène 
Eschard,  femme  de  honorable  homme  Jehan  Lefeubvre, 
sieur  de  Gheverue,  fermier  de  ladite  seigneurie  de  Da- 
viet ;  elle  a  répondu  que  les  seigneur  et  dame  de  Da- 
viet habitaient  leur  château  de  Rambouillet  et  que  leurs 
officiers  demeuraient  à  Laval,  ville  distante  de  six 
lieues.  )> 

2^  Guillaume  Gazet,  sieur  des  Fresnes,  qui  suivra. 

3""  Louis  Gazet,  sieur  de  Vautorte,  qui  suivra. 

Il  est  assez  remarquable  que  la  vieille  seigneurie  de 
Vautorte,  autrefois  si  intéressante  par  de  grosses  fa- 
milles, passe  au  troisième  fils  de  Jean  IL  Gette  circons- 
tance, qu'on  ne  peut  expliquer  faute  de  documents, 
oblige  nécessairement  à  continuer  cette  généalogie  en 
mettant  première  la  troisième  ligne  dite  de  Gazet-Vau- 
torte  et  d'ailleurs  la  plus  célèbre. 

Dans  un  tableau  on  mettra  ultérieurement  en  regard 
les  membres  des  trois  branches  en  suivant  l'ordre  d'aî- 
nesse. 

Louis  Gazet,  sieur  de  Vautorte,  conseiller  du  roi, 
président  aux  enquêtes  du  parlement  de  Bretagne,  était 
le  troisième  fils  de  Jean,  qui  précède,  et  né  de  Jeanne 
Bignon,  sa  seconde  femme.  Il  épousa  Renée  Fréard  et 
en  eut  : 

1**  François  Gazet  qui  suit; 

2^  Louis  Gazet  de  Vautorte,  qui  fut  tonsuré  le  12 
avril  1627,  fut  prêtre,  curé  de  Vautorte  (1643),  d'Er- 
née,  évêque  de  Lectoure,  puis  de  Vannes.  On  a  de  lui, 
dit  Le  Paige  (article  Ernée),  un  Traité  des  Oiseaux 
qu'on  ne  doit  pas  manger  aux  Jours  maigres.  11  mou- 
rut en  1687. 

3^  Renée  Gazet  de  Vautorte  épousa  François  Sei- 
guier,  fille  d'un  conseiller  au  parlement  de  Bretagne. 

François  Gazet  de  Vautorte,  seigneur  puis  comte 
de  Vautorte,  avocat  général  au  grand  conseil,  conseiller 


-  112  - 

d'Etat  sous  Louis  XIV,  et  ambassadeur  plénipotentiaire 
au  congrès  de  Ratisbonne,  épousa  Françoise  Luillier, 
fille  de  M.  Luillier  d'Amerville.  C'est  lui  qui  obtint,  en 
1653,  l'érection  du  comté  de  Vautorte. 

François  Gazet  et  Françoise  Luillier  laissèrent  trois 
filles  : 

l'*  Marie  Gazet  de  Vautorte,  qui  suit  ; 

2°  Marie  Gazet  de  Vautorte,  femme  de  Jean  Bochard 
de  Ghampigny,  seigneur  de  Sarron,  conseiller  au  Par- 
lement de  Paris  du  surintendant  des  finances. 

3**  Jeanne,  femme  de  Gharles  Malo  de  Bersy,  conseil- 
ler au  Parlement  de  Paris. 

V.  Marie  Gazet  de  Vautorte,  femme  de  iNicolas 
Bruslard,  premier  président  au  parlement  de  Bourgo- 
gne, seigneur  et  dame  de  Vautorte.  Ils  eurent  trois 
filles.  Marie  Gazet,  mourut  en  1666.  Nicolas  Bruslart  se 
remaria  à  Marie  Bouthillier  de  Ghavigny  dont  il  eut 
aussi  des  enfants  et  mourut  en  1692. 

Filles  de  Marie  Gazet  et  de  Nicolas  Bruslard  : 
1**  Gharlotte  Jacqueline  Bruslard,  qui  suit  : 
2^  Marie  Reine  Bruslard,  religieuse  aux  filles  de   la 
Visitation  de  Dijon. 
3«  N. 

VI.  Gharlotte-Jacqueline  Bruslard,  dame  de  Vau- 
torte, épousa  Henri-Louis  de  Loménie,  comte  de 
Brienne.  Gette  dame  vendit  sa  terre  de  Vautorte  à  Mar- 
guerite Gazet,  sa  cousine,  veuve  de  François  de  la 
Roussardière,  issue  de  la  branche  aînée. 

VIII 

Seigneurs  de  Vautorte  depuis  Marguerite  Gazet 
jusqu'à  la  Révolution  française. 

V.  Marguerite  Gazet,  dame  de  Rançon  puis  de 
Vautorte,  descendait  au  V®  degré  de  Jean  P""  Gazet,  sei- 


—  H3  — 

gneur  de  la  Gordellerie  et  de  Vaiitorte  et  de  Mathurine 
Fricand.  Elle  était  fille  et  unique  héritière  de  Jean  Ca- 
zet,  sieur  de  Rançon  et  de  Marie  Fontaine  de  la  Grochi- 
nière,  lequel  Jean  Gazet,  sieur  de  Rançon,  était  le  second 
des  six  enfants  de  François  Gazet,  sieur  de  la  Fontaine- 
Gazet  et  de  Jeanne  Marest,  fils,  le  dit  François  Gazet, 
de  Jean  Gazet,  sieur  de  la  Fontaine-Gazet  et  de  Vau- 
torte  et  de  Jeanne  de  Gotteblanche  sa  première  femme, 
comme  il  a  été  marqué  ci-dessus. 

Marguerite  Gazet,  dame  par  acquisition  de  l'impor- 
tante terre  de  Vautorte,  qu'elle  faisait  ainsi  rentrer 
dans  sa  famille,  épousa  en  premières  noces  François  de 
la  Roussardière,  écuyer,  fils  de  François  de  la  Roussar- 
dière,  écuyer,  seigneur  de  Rouillon  et  de  la  Boissière  et 
de  Gharlotte  d'Héliand,  par  contrat  du  6  février  1667  et 
en  secondes  noces  Jean  Elisabeth  de  Roclesne,  sieur  de 
Martillat,  gentilhomme  auvergnat  de  Gannat,  près  de 
Riom  ^ .  Get  écrivain  dit  que  cette  dame  était  originaire 
de  Laval. 

Sans  enfants  de  son  second  mari  elle  eut  deux  fils  du 
premier,  savoir  : 

l*'  François  de  la  Roussardière  qui  servit  dans  les 
chevau-légers,  et  qui  peu  accommodé,  dit  Le  Glerc  du 
Flécheray,  vendit  sa  terre  et  paroisse  de  la  Boissière  à 
sa  mère. 

2°  Gilles-René  de  la  Roussardière,  chevalier,  qui 
suit. 

VL  Gilles-René  de  la  Roussardière,  chevalier, 
lieutenant  d'infanterie,  seigneur  de  Vautorte,  épousa  par 
contrat  du  17  avril  1705,  Marie-Thérèse  Marest,  fille  de 
François  Marest,  conseiller  au  Parlement  de  Bretagne 
et  de  Anthoinette  Taschereau.  De  ce  mariage  : 


1.  Le  Clerc  du  Flécheray,   Description  du  comté   de  Laval, 
réimprimée  en  1860,  Laval,  H.  Godbert,  1860,  page  60. 


—  114  — 

1°  Marie-Marguerite-Elisabeth-Renée  de  la  Roussar- 
dière  qui  va  suivre  ; 

2®  Jeanne-Antoinette  de  la  Roussardière  qui  épousa, 
le  13  novembre  1733,  Georges-François  de  Montécler, 
chevalier,  seigneur  de  Gontest,  capitaine  au  régiment 
de  Roy-Infanterie. 

3^  Marie-Françoise  de  la  Roussardière  qui  fut  mariée 
à  René-Olivier  du  Guesclin,  chevalier,  seigneur  del'Es- 
coublère,  d'où  un  fils  unique  décédé  sans  alliance. 

VII.  Marie-Marguerite-Elisabeth-Renée  de  la 
Roussardière,  dame  héritière  de  Vautorte,  épousa 
messire  Louis-Alexandre  de  Bailly,  chevalier,  seigneur 
du  Bourgneuf-la-Forét,  conseiller  au  grand  conseil,  fils 
de  Gharles-Paul  Bailly,  chevalier,  seigneur  de  Fresnay, 
du  Bourgneuf,  etc.,  et  de  Suzanne  Le  Prêtre,  dame  des 
mêmes  terres  et  de  la  Ghapelle-Rainsouin,  alias  le  Bourg- 
le-Prêtre,  etc. 

VIII.  Jean-Baptiste-Joseph  Bailly,  chevalier,  comte 
de  Fresnay,  baron  de  Bourg-Ie-Prêtre,  seigneur  du 
Bourgneuf-la-Forêt,  la  Baconnière,  Vautorte,  Saint- 
Martin-de-Montsùrs,  Nuillé-sur-Ouestre,  la  Templerie, 
fils  aîné  et  principal  héritier  des  précédents,  épousa  de- 
moiselle Aimée  Anne  Gharlotte  de  Lescaloppier,  dont 
messire  Gharles-Gaspard-Elisabeth-Joseph,  marquis 
Bailly  de  Fresnay,  émigré,  pair  de  France.  Celui-ci  fut 
le  père  de  madame  la  marquise  de  Vaujuas-Langan, 
propriétaire  actuelle  du  château  de  Fresnay*. 


1.  Aujourd'hui  décédée.  Mère  de  MM.  de  Vaujuas  et  de  M™«  Paul 
Le  Gonidec. 


—  an  — 


IX 


ARMOIRIES    DES    FAMILLES    QUI    ONT    POSSEDE    LA 
SEIGNEURIE    DE    VAUTORTE. 

Vautorte  :  Une  tige  feuillée  de  myosotis  à  trois  bran- 
ches fleuries . 

La  Perrière  :  d'or  à  six  fers  de  mulets  d*azur^ 
cloués  d'argent^  3^  2^  1^. 

Auvé  de  Sougé  :  D'argent  à  une  croix  pleine  de 
gueules^  cantonnée  de  douze  merlettes^  3  à  chaque 
canton  ~. 

Cazet  de  Vautorte  :  De  sable  à  trois  aigles  d'or  bec- 
quées et  membrées  de  gueules  posées  deux  et  une^. 

Bruslard  :  De  gueules  à  la  bande  d'or  chargée  de 
cinq  barillets  de  poudre  de  sable^  deux  dessus^  trois 
dessous^.  Cauvin  aurait  du  dire  accompagnée. 

La  Roussardière  :  D'argent  à  trois  pals  de  gueules 
chargés  en  chef  de  trois  roses  d'argent^.  De  gueules  à 
trois  pals  d'argent  chargés  en  chef  de  trois  roses  de 
gueules^. 

Bailly  de  Fresnay  :  D'or  à  la  fasce  d'azur^  chargée 
d'une  croisette  ancrée  d'or  et  accompagnée  en  chef  de 
deux  glands  penchés  en  bande  et  en  barre  les  queues 
en  haut  et  d'un  arbre  terrassé  en  pointe  sinople'^ . 
{Hic)  D'azur  au  chevron  d'hermines  au  chef  de  même^. 

1.  Le  Paige,  I,  349,  Cauvin. 

2.  Armoriai  d'Anjou  par  Denais. 

3.  Armoriai  manuscrit.  La  Tour-Gazet,  président  au  parlement 
de  Bretagne  portait  de  même.  Le  Borgne,  ^rmorm/c?e  Bretagne, 
1671.  De  Maude. 

4.  La  Ch. 

5.  Généal.  manuscrite. 

6.  Denais,  Armoriai  de  l'Anjou. 

7.  Ne  pas  faire  attention  à  cette  formule  qui  est  des  Bailly  de 
Saint-Mars-la- Bruyère, 

8.  Cauvin. 


—  116  ~ 


XI 


O 

> 

Û 

CJ 
Û 

< 

eu 

g 

S 

eu 
ce 
ffi 

p^ 


<X) 


'  M  A  <^ 

o  îs   o  G 

c"  cO  t.     O 

H  -•--  1/1  *J 

O  W    3  ^3 

J  z  O  O  rt 


Oi 


2*2 
'2  2 

O 


u 


2§ 

Jj    «3   «IJ   <1> 


1 


—  117  — 


NOTE   RECTIFICATIVE 


II  y  a  lieu  de  remonter  d'un  degré  la  liste  et  la  filiation  des 
de  Vautorte,  et  de  suivre  à  cet  égard  la  petite  notice,  donnée 
au  n°  67  de  la  brochure  Les  Croisés  de  Mayenne  en  1158, 
extraite  de  la  Recrue  du  Maine,  1877,  notice  du  même  auteur. 
Ses  renseignements  s'appuient  sur  les  différents  cartulaires 
de  Savigny  soigneusement  étudiés,  et  le  renvoi  au  premier 
travail  est  commandé  par  le  texte  de  la  Bibliothèque  de  Fou- 
gères. Soit  : 

OsMOND  Poisson  I*"",  s.  de  Vautorte. 
Hugues  P%  seig.  de  Vautorte. 


OsMOND  II,  seign.  de  Vautorte,  ép.        Raoul  de  Vautorte 
de  Julienne  de  Saint-Hilaire. 


'    ■   'L 


Hugues  H,  seig.  de  Vautorte,        Enguerrand.       Robert, 
ép.  Hersende. 


Raoul       Osmond       Hugues       Enguerrand       Robert. 

OsMOND   III. 

Ch.  Pointeau. 


SIGILLOGRAPHIE 
DES  SEIGNEURS  DE  CRAON 


XXI 
BRANCHE  DE  SAINTE-MAURE 

GUILLAUME    I    DE    GHATEAUDUN 

DIT    LE    GRAND 

Né  vers  1318.  —  8  janvier  1388. 


Jl  est  d'usage  de  donner  le  nom  de  Sainte-Maure  à  la 
branche  de  la  maison  de  Craon  issue  de  Guillaume  I  ; 
en  effet,  tous  les  historiens  ont  cru  que  Sainte-Maure, 
patrimoine  d'Isabelle,  première  femme  d'Amaury  III, 
était  passé  directement  de  ses  mains  dans  celles  de  Guil- 
laume I.  Ils  ont  même  été  amenés  par  cette  erreur  à  en 
commettre  une  plus  grossière  encore  en  donnant  ce 
Guillaume  comme  un  second  fils  d'Isabelle  de  Sainte- 
Maure.  Déjà  ici,  on  a  fait  justice  de  cette  faute  généa- 
logique et  restitué  Guillaume  au  second  lit  d'Amaury  III  ; 
bien  plus,  on  a  montré  qu'il  n'était  même  pas  l'aîné  des 
enfants  de  Béatrix  de  Roucy,  mais  seulement  le  troi- 
sième de  ses  fils,  et  que,  n'ayant  pas  été  nommé  dans 
l'acte  du  15  avril  1318,  il  était  venu  au  monde  posté- 
rieurement à  cette  date,  dès  la  fin  de  1318,  sans  doute. 

Quant  au  fief  de  Sainte-Maure,  il  ne  peut  plus  aujour- 
d'hui subsister  de  doute  sur  son  sort  :  après  avoir  ap- 
partenu à  Maurice  VII,  fils  unique  d'Isabelle,  puis  suc- 


—  119  — 

cessivement  à  Amaury  IV  et  à  Isabelle,  ses  petits-en- 
fants, Sainte-Maure,  vers  le  12  janvier  1376  S  fut  aban- 
donné par  cette  dernière,  avec  ses  autres  fiefs  de  Tou- 
raine,  à  sa  nièce,  Jeanne  de  Montbazon,  épouse  de 
Guillaume  II  de  Graon,  pour  satisfaire  aux  droits 
qu'elle  avait  sur  la  succession  d'Amaury  IV,  son  oncle. 
On  peut  donc  être  certain  que  jamais  Guillaume  I  ne 
fut  seigneur  de  Sainte-Maure  et  que  Guillaume  II  était 
marié  depuis  quelque  temps  déjà,  lorsque  sa  femme,  en 
1376,  devint  dame  de  Sainte-Maure,  Pressigny,  Nouâ- 
tre  et  Perrière.  On  le  voit,  il  est  impossible,  sans  com- 
mettre un  anachronisme,  d'affubler  Guillaume  I  du  nom 
de  Guillaume  de  Sainte-Maure. 

Le  titre  auquel  il  a  droit,  titre  qui  figure  dans  tous  les 
actes  émanés  de  lui,  est  celui  de  vicomte  de  Châteaudun. 
Les  historiens  en  effet  sont  tombés  au  sujet  de  sa  posses- 
sion dans  une  erreur  aussi  grave  que  pour  Sainte-Maure, 
mais  inverse  :  tous  admettent  que  c'est  à  la  suite  de  son 
mariage,  et  en  conséquence  d'un  apport  de  sa  femme,  qu'il 
en  reçut  l'investiture  ;  il  n'en  est  rien  :  bien  avant  ses  fian- 
çailles, dès  décembre  1335,  Guillaume  I  était  vicomte  de 
Châteaudun.  Ce  titre  en  effet  avait  appartenue  son  père, 
ainsi  que  cela  est  établi  par  l'acte  du  4  juin  1345  où  il 
est  dit  que,  en  échange  du  passage  de  Wissant,  dont  le 
revenu  n'atteignait  pas  les  cinq  cents  livres  promises, 
Robert  VII,  comte  d'Auvergne  et  de  Boulogne,  avait 
remis  à  Amaury  III  la  vicomte  de  Châteaudun  '-. 

Guillaume  ne  tarda  guère  à  y  joindre  le  fief  de  Do- 
mart  en  Ponthieu,  qui  devait  appartenir  un  jour  à  son 
quatrième  fils,  Jean  ;  il  en  avait  reçu  les  profits  à  partir 
des  brandons  de  1338,  de  Pierre  de  Dreux,  en  échange 
de  ses  droits  d'un  sixième  sur  la  baronnie  de  Château- 
du-Loir,  vendue  au  roi  3. 

1.  Voir  les  numéros  634,  659  du  Cartulaire. 

2.  Voir  les  numéros  501  et  946  du  Cartulaire. 

3.  Voir  les  numéros  941,  942  et  944  du  Cartulaire. 


—  120  — 

Guillaume  I,  bien  qu'il  fût  petit  cadet,  se  trouvait 
pourvu  de  fiefs  qui  devaient  faire  envie  à  bien  des  aî- 
nés ;  aussi  ne  doit-on  pas  s'étonner  de  le  voir  se  marier 
avec  l'une  des  filles  de  Jean  de  Flandre  et  de  Béatrix  de 
Ghâtillon,  dont  le  mariage  remontait  au  2  novembre 
1315  ;  elle  était  nièce  de  Robert  VII  d'Auvergne,  avec 
qui  Amaury  III  avait  échangé  Ghâteaudun.  Gette  bran- 
che de  la  maison  de  Flandre  possédait  divers  fiefs  situés 
au  sud-est  du  Maine,  qui  devaient  à  bref  délai,  par  suite 
du  décès  des  deux  fils  de  Jean,  Jean  et  Guy,  tomber  en 
quenouille  et  figurer  dans  les  partages  passés  entre 
Ingelger  I  d'Amboise,  époux  en  premières  noces  de 
Marie  de  Flandre,  l'aînée  des  filles,  et  Marguerite,  Ma- 
haud  et  Isabelle,  ses  sœurs  *. 

Le  mariage  de  Guillaume  I  avec  Marguerite,  la  qua- 
trième d'entre  elles,  eut  lieu  vers  1341  ;  on  n'en  possède 
pas  le  contrat,  mais  on  connaît  un  acte  du  4  mai  1341 
par  lequel  Guillaume  assurait  à  sa  femme,  à  titre  de 
douaire,  quinze  cents  livres  de  rente  assises  sur  la  vi- 
comte de  Ghâteaudun  2.  Guillaume  devait  être  alors  dans 
sa  vingt-troisième  année. 

Les  sceaux  de  Jean  de  Flandre  ont  été  publiés  par 
Vrée  3  :  le  premier,  de  0,076,  est  rond  ;  il  représente  le 
chevalier  portant  la  cotte  de  mailles  sous  sa  tunique  ; 
son  casque,  derrière  lequel  flotte  une  double  banderole, 
est  chargé  d'un  cimier  en  forme  d'éventail,  où  figure  son 
blason  lequel  se  trouve  aussi  sur  ses  épaulières,  sur  la 
housse  et  sur  le  cimier  du  cheval  ainsi  que  sur  le  bou- 
clier qu'il  tient  de  la  main  gauche,  tandisque  la  droite 
brandit  l'épée,  retenue  à  l'armure  par  une  chaîne.  Ce 

1.  Olivier  de  Vrée,  dans  sa  Genealogia  comitum  Flanclrix, 
(Bruges,  1642,  2  vol.  in-folio)  n'a  mentionné  parmi  leurs  enfants 
ni  Jean,  ni  Guy,  ni  Isabelle  ;  Guy  ne  figure  pas  non  plus  dans  le 
P.  Anselme. 

2.  N»  945  du  Cartulaire. 

3.  On  les  trouve  à  la  planche  71  de  ses  Sigilla. 


H 


—  121  — 

blason  est  :  d'or  au  lion   de  sable^   brisé  d'une  cotice 
componée   d'argent  et  de  gueules.    La   légende    est  : 

s    :    lONNIS     :     DE    FLANDRIA    *.     DNI     :     DE     \     CREPICORDIO 

(Grèvecœur). 

Au  contre-sceau  rond,  de  0,032,  figure  dans  un  sixlo- 
bes  l'écu  du  sceau  avec  la  légende  :  J^  qts  iois  de  flan- 
DiA  :  DNI  de  crepicordi. 

Le  second  sceau  est  rond,  de  0,08,  et  semblable  au 
premier,  sauf  que  les  cimiers  représentent  un  lion  assis 
et  que  la  housse  du  cheval,  au  lieu  d'être  armoriée,  ne 
porte   qu'un  petit  écu   au  poitrail.  La    légende    est   : 

s    lOH    DE    :    FLANDR    MILIT     *.     DNI    :     DE     :    NIGELLA    DE     I 

CREPICORDIO.  Il  n'y  a  pas  de  contre-sceau. 

Le  sceau  de  Béatrix  de  Ghâtillon  est  ogival  ;  il  mesure 
0,085  ;  la  dame  y  est  représentée  sous  une  arcature  go- 
thique, tenant  une  branche  de  la  main  droite.  A  son  côté 
droit  est  placé  l'écu  de  son  mari,  à  gauche  celui  de  son 
père.  La  légende  porte  :  s  beatcis  de  sco  paulo  dne 

DE    NIGELLA    CPICORDII    ET    TERMODESIS. 

Le  contre-sceau  rond,  de  0,03  porte  au  centre  un  écu 
parti  de  Flandre  et  de  Châtillon^  avec  la  légende  : 

►{•   QTS.    BEATRICIS.    DE.    SCO.    PAULO. 

C'est  en  1345  que  Guillaume  et  Marguerite  devinrent 
propriétaires  du  fief  de  La  Ferté-Bernard  ^  Depuis  long- 
temps la  maison  de  Craon  avait  des  visées  sur  ce  fief  : 
dès  l'aurore  du  XIV^  siècle,  en  1310,  Amaury  III,  par 
divers  achats,  avait  commencé  à  prendre  pied  à  La  Ferté  ; 
il  avait  multiplié  ses  achats  en  1317,  mais  un  retrait 
féodal,  exercé  par  le  comte  du  Maine,  avait  arrêté    sa 

1.  U Histoire  de  LaFerté-Bernard,  de  M.  Charles  (1877,  304  p. 
in-8o,  orné  de  planches,  parmi  lesquelles  on  regrette  de  ne  pas 
trouver  celle  des  sceaux  des  seigneurs  de  La  Ferté,  qui  figure  à 
la  page  160  des  Etudes  sur  l'histoire  et  les  Monuments  de  la  Sar- 
t/ie,  Le  Mans,  in-S»)  ne  contient  qu'une  faible  partie  des  rensei- 

fnements  relatifs  à  la  transmission  du  fief  de  La  Ferté.  Un  seul 
ocument  publié  in  extenso  y  est  relatif,  c'est  celui  du   le""  juillet 
1392,  proces-verbal  de  la  saisie  de  La  Ferté. 


—  122  — 

marche,  et  force  lui  avait  été  d'abandonner  ce  qu'il  y 
possédait  à  Philippe  de  Valois^  le  22  août  1318.  Vingt 
ans  après,  Jean,  duc  de  Normandie,  aliénait  pour  seize 
mille  livres  La  Ferté,  qui  devenait  la  propriété  d'Ingel- 
ger  I  d'Amboise,  le  futur  beau-frère  de  Guillaume.  In- 
gelger  en  conserva  la  propriété  huit  années  seulement, 
car  le  4  juin  1345  fut  passé  un  accord  réglant  le  par- 
tage des  successions  de  Jean  de  Flandre  et  de  ses  deux 
fils,  Jean  et  Guy,  morts  sans  postérité.  Marie,  épouse 
d'ingelger,  avait  droit  à  la  part  d'aînée  ;  par  l'acte  en 
question,  elle  assigna  à  Marguerite  La  Ferté  et  conserva 
pour  elle  tous  les  droits  de  sa  famille  sur  Montdou- 
bleau  et  Saint-Calais.  Quant  à  Mahaud  et  Isabelle,  qui 
ne  devaient  pas  se  marier,  c'est  Marguerite  qui  prenait 
à  sa  charge  les  rentes  qui  leur  étaient  dues  et,  par  ac- 
cord du  25  juillet  1354,  elle  abandonna  à  Mahaud  la 
jouissance  viagère  de  La  Ferté,  sous  charge  de  servir 
une  rente  de  trois  cents  livres  à  Isabelle.  On  verra  plus 
tard  La  Ferté-Bernard  devenir  le  patrimoine  de  Pierre, 
le  troisième  des  fils  de  Guillaume  I^ 

L'acte  le  plus  ancien  où  Guillaume  I  soit  intervenu  mé- 
rite d'être  signalé  à  cause  de  l'âge  qu'il  avait  alors  ; 
c'est  le  contrat  de  décembre  1335.  Guillaume  n'y  appa- 
raît pas  acccompagné  de  tuteur  ;  on  n'y  mentionne  pas 
son  émancipation,  et  cependant  l'abandon  de  droits  qui 
y  est  stipulé  semble  être  l'un  des  actes  pour  lesquels  la 
majorité  était  requise.  Or,  né  vers  1318,  Guillaume  ne 
pouvait  guère  avoir  alors  que  dix-sept  ans  -. 

Comme  tous  les  chevaliers  de  son  temps,  Guillaume  I 
passa  sa  vie  entière  au  milieu  des  combats  ;  mais  c'est  par 
erreur  que  divers  historiens  ont  mis  son  nom  parmi  ceux 
des  prisonniers  de  la  journée  de  Poitiers  ;  on  le  trouve 


1.  Voir  les  actes  numéros  399,  430,  434,  940,  950,  954,  955,  956 
du  Cartulaire. 

2.  Voir  le  n°  501  du  Cartulaire. 


—  123  — 

en  effet  à  la  tête  des  troupes  françaises  à  Fépoque  même 
où  son  frère,  Pierre  de  la  Suze.  et  son  neveu,  Amaury  IV, 
étaient  captifs  en  Angleterre.  Peut-être  môme  fut-il  in- 
vesti à  cette  époque  des  fonctions  de  lieutenant  du  roi 
en  Poitou,  Anjou  et  Maine,  fonctions  qui  appartenaient 
à  Amaury  IV  ^  Il  fut  certainement  chambellan  du  roi  et 
c'est  en  cette  qualité  sans  doute  qu'il  reçut  une  marque 
éclatante  de  la  confiance  royale  ;  Charles  V,  en  octobre 
1374,  lui  donna  place  dans  le  conseil  qui  devait,  le  cas 
échéant,  assister  le  duc  d'Anjou  dans  les  fonctions  de 
régent  de  France,  qu'il  venait  de  lui  conférer.  Bien  que 
les  lettres  du  roi  aient  été  sans  effet,  puisqu'en  1380, 
lors  du  décès  de  Charles  V,  le  conseil  de  tutelle  ne  fut 
pas  composé  des  membres  choisis  par  lui  en  1374, 
le  fait  seul  de  sa  désignation  par  Charles  V  n'en  reste 
pas  moins  un  titre  des  plus  honorables  pour  la  maison 
de  Craon^. 

On  sait  par  le  héraut  Navarre  que  Guillaume  I  portait 
comme  blason  :  de  Craon  à  ung  bâton  d'azur  '^  ;  c'est 
bien  en  effet  celui  qui  figure  sur  ses  sceaux,  dont  le 
plus  ancien  n'a  pas  pris  place  ici  ;  il  n'en  existe  aucun 
moulage,  et  la  seule  empreinte  qu'on  en  connaisse  est  en 
fort  mauvais  état  ;  c'est  un  sceau  rond  de  0,035,  oùl'écu 
portant  une  bande  très  visible  est  placé  sur  un  fond  lo- 
sange ;  il  ne  reste  plus  rien  de  la  légende  ;  ce  sceau,  dont 
l'empreinte  est  du  19  décembre  1345,  ressemble  extrême- 
ment à  celui  de  Guillaume  II,  dont  la  figure  169  donne 
le  dessin. 

Du   second  (figure   158),  on  connaît  deux  empreintes 


1.  Voir  au  Cartulaire  les  numéros  974  à  978.  Quant  au  titre  de 
lieutenant  du  Roi,  il  lui  est  donné  dans  les  numéros  967,  977, 
978. 

2.  Les  historiens  de  la  maison  de  Craon  ont  ignoré  ce  fait,  bien 
que  l'ordonnance  qui  le  renferme  ait  vu  le  jour  depuis  longtemps. 
Cartulaire  n»  1012. 

'^.  No  871  de  l'édition  Douet  d'Arcq,  au  Cabinet  historique. 


-  124  — 

Tune  du  il  janvier  1346,  l'autre  du  20  juillet  1357;  la 
bande  est  moins  distincte  sur  la  première  que  sur  la 
seconde  ( Clair ambault^  n^  2283).  C'est  un  sceau  rond 
de  0,03  où  l'écu,  sommé  d'un  heaume  à  housse  flottante, 
est  placé  dans  un  champ  réticulé  semé  de  fleurettes. 
Légende  :  s.  g.   de  greon,  vice... 


158.  —  Sceau  de  Guillaume  I,  1345  et  1357. 

On  ajoutera  ici  un  sceau,  ignoré  jusqu'ici,  et  dont  les 
Archives  ont  effectué  le  moulage  tout  spécialement  pour 
ce  travail.  C'est  (figure  159-160),   «  le  scel  auquel  l'en 


159-160.  —  Sceau  et  contre-sceau  des  causes  de  Morannes,  1361. 

uset  aux  contraux  en  la  chastellenie  de  Moranes,  pour 
noble  et  puissant  seigneur  monsieur  Guillaume  deCraon, 
seigneur  dudit  lieu  ' .   »  Sceau  rond  de  0,036  où  figure 


1.  Il  est  encore  attaché  à  l'aveu  rendu  le  4  janvier  1361,  n.  s., 
par  Jehan  Milon  à  la  duchesse  d'Anjou,  et  conservé  aux  Archives 
nationales  (P  331^)  ;  il  est  le  seul  témoin  des  droits  seigneuriaux 
exercés  sur  Morannes  par  Guillaume  I,  droits  dont  aucune  men- 
tion ne  figure  dans  le  Dictionnaire  de  Maine-et-Loire,  \\,  739. 


—  125  — 

un  écu  losange,  à  la  bande  brochante,  dans  un  quatre- 
feuilles  gothique.  De  la  légende  on  ne  lit  plus  que  : 
...D  CAUSAS....  Le  contre-sceau,  de  0,02,  est  semblable 
au  sceau,  mais  le  blason  y  est  fruste.  De  la  légende  on 

lit    :   C.    s.    MAR... 


161.  —  Sceau  des  causes  de  la  vicomte  de  Châteaudun,  1387-1389. 

A  Fépoque  où  les  Craon  étaient  vicomtes  de  Châ- 
teaudun les  Châtillon  étaient  comtes  de  Blois  et  de 
Dunois  ;  aussi  est-ce  leur  blason  qui  figure  sur  le 
sceau  aux  causes  de  cette  ville.  Voici  (figure  161)  un 
sceau  non  moulé  fourni  par  les  Pièces  originales.  C'est 


162.  —  Sceau  de  Marguerite  de  Flandre. 

un  sceau  rond  de  0,035  portant  le  blason  plein  de  la 
maison  de  Châtillon,  en  un  écu  droit,  surmonté  d'une 
étoile.  Il  ne  reste  plus  rien  de  la  légende. 

Le  sceau  de  Marguerite  de  Flandre  est  connu  grâce  à  la 
cire  détachée,  n""  76  de  la  collection  Bastard  '  (figure  162)  ; 

1.  Les  cires  détachées  de  la  collection  Bastard  sont  conservées 
à  la  Bibliothèque  nationale,  département  des  médailles. 

9 


-  126  - 

elle  consiste  en  un  fragment  de  sceau  de  0,02  ;  au  cen- 
tre un  écu  droit  parti  de  Craon  et  de  Flandre^  brisé 
d'une  cotice  componée  dans  un  cinqlobes  gothique.  Il  ne 
reste  plus  rien  de  la  légende. 

La  date  du  décès  de  Guillaume  I  n'a  pas  été  fixée 
encore  ;  l'abbé  Bordas,  dans  son  Histoire  sommaire 
du  Danois^  a  conservé  la  mention  de  V  Obituaire  des 
Cordeliers  de  Châteaudun  relative  à  Guillaume  I  ; 
mais  la  date  imprimée  :  8  juin  1381,  porte  une  double 
erreur,  résultant  sans  doute  des  difEcultés  que  présen- 
tait la  lecture  de  Fobituaire.  On  connaît  assez  de  docu- 
ments relatifs  à  Guillaume  I  et  datés  de  1381  à  1387 
pour  que  l'erreur  de  millésime  soit  évidente,  et  qu'on 
soit  autorisé  à  substituer  1387  à  1381,  avec  d'autant  plus 
de  certitude  que  les  confusions  entre  VII  en  chiffres  ro- 
mains et  un  en  écriture  gothique  sont  fréquentes  ;  quant 
au  mois,  il  faut,  croit-on,  substituer  janvier  à  juin. 
Cette  seconde  modification  est  indispensable,  puisque,' 
parmi  les  aveux  rendus  à  Guillaume  I,  pour  La  Ferté- 
Bernard,  il  en  est  un  de  novembre  1387.  Il  faut  donc 
fixer  le  décès  de  Guillaume  I  au  8  janvier  1388.  Il  fut 
certainement  enseveli  aux  Cordeliers  de  Châteaudun, 
où  Guillaume  de  Saint-Romain  lui  avait  préparé  une 
tombe,  qu'il  devait  partager  avec  Marguerite  de  Flan- 
dre*. 

Avant  de  mourir,  Guillaume  avait  pris  soin,  le  25 
mai  1387,  d'assigner  à  sa  femme  Marguerite  de  Flan- 
dre le  tiers  des  deux  mille  livres  de  rente  que,  en  exé- 
cution des  deux  accords  du  31  janvier  1347,  les  branches 
cadettes  réclamaient  d'Isabelle  de  Craon  ;  deux  de  ses 
fils,  Guillaume  II  et  Pierre,  par  acte  du  3  juillet  1387, 
s'engagèrent  à  respecter  sur  ce  point  les  dispositions  de 
leur  père. 

1.  Voir  le  n^  1035  du  Cartulaire. 


I 


-  127  — 

• 

Marguerite  survécut  donc  à  son  époux.  Tout  en  igno- 
rant l'époque  de  sa  mort,  on  peut  être  certain  qu'elle  fut 
ensevelie  aux  Gordeliers  de  Ghâteaudun,  sous  la  tombe 
due  au  ciseau  de  Guillaume  de  Saint-Romain. 

Dresser  le  tableau  'des  enfants  de  Guillaume  I  et 
de  Marguerite  de  Flandre  est  difficile  ;  il  n'existe  en  ef- 
fet aucun  document  qui  en  contienne  la  liste,  et  on  est 
réduit  à  chercher  leurs  noms  dans  des  actes  où  chacun 
d'eux  figure  isolément  ;  de  telle  sorte  qu'on  ne  connaît 
pas  ceux  qui  sont  morts  en  bas-âge,  ou  qui  sont  entrés 
en  religion. 

Sous  ces  réserves,  on  peut  dire  que  Guillaume  I  eut 
au  moins  cinq  fils  :  Guillaume,  Amaury,  Pierre,  Jean  et 
Guy,  et  trois  filles  :  Jeanne,  Béatrix  et  Marie. 

XP|.  —  Guillaume.  —  Guillaume  II,  après  son  père, 
fut  chef  de  la  branche  dite  de  Sainte-Maure  ;  il  sera 
l'objet  d'un  article  séparé. 

X1^2-  —  Amaury.  —  Jamais  personne  n'a  donné  à 
Guillaume  I  d'enfant  appelé  Amaury.  Il  serait  cependant 
singulier  que  de  tous  ses  fils  aucun  n'eût  reçu  le  prénom 
de  son  grand'père,  encore  porté  lors  de  sa  naissance  par  le 
chef  de  la  maison  de  Craon,  Amaury  IV.  Bien  qu'il  n'existe 
aucun  document  disant  formellement  que  Guillaume  I 
ait  eu  un  fils  ainsi  nommé,  il  n'est  pas  impossible  cepen- 
dant d'établir  suffisamment  le  fait  pour  lui  assigner  sans 
crainte  d'erreur  la  paternité  de  l'Amaury  de  Craon, 
conseiller  et  maître  des  requêtes  de  l'hôtel  du  roi,  en 
même  temps  que  trésorier  de  l'église  de  Reims,  qui, 
le  7  juillet  1379,  donnait  une  quittance  publiée  par  dom 
Morice.  Ce  personnage  en  effet  portait  un  sceau  à  l'écu 
losange  avec  bande,  soit  précisément  le  blason  de 
Guillaume  I.  Il  était  trésorier  du  chapitre  au  moins  dès 
1371,  comme  le  constate  l'éditeur  de  dom  Marlot,  en 
s'appuyant  sur  les  recherches  de  Weyen.  Il  est  aussi 
mentionné  par  Yarin,  dans  ses  Archives  de  Âeims,  où 
on  apprend  qu'il  était  décédé  avant  le  25  février    1381. 


—  d28  - 

On  trouvera  sa  présence  à  Reims  toute  naturelle  si  on 
songe  qu'il  était  revêtu  de  cette  dignité  importante  du 
chapitre  à  l'époque  même  où  le  siège  archiépiscopal 
était  occupé  par  Jean  de  Graon,  son  oncle  paterneP . 

Dès  avant  1371,  il  avait  atteint  l'âge  requis  pour  pos- 
séder des  dignités  ecclésiastiques  ;  aussi  faut-il  sans 
doute  voir  en  lui  le  second  des  fils  de  Guillaume  I. 

XPg.  —  Pierre.  —  Pierre  fut  la  tige  du  rameau  de 
la  Ferté-Bernard  ;  il  aura  son  article  en  tête  de  la  notice 
sur  ce  rameau. 

Xlb^.  —  Jean.  —  Jean  fut  la  tige  du  rameau  de  Do- 
mart  en  Ponthieu  ;  il  aura  son  article  en  tête  de  la  no- 
tice sur  ce  rameau. 

XP5.  —  Guy.  —  L'acte  le  plus  ancien  de  Guy,  cin- 
quième fils  de  Guillaume  I,  est  son  aveu  du  l^""  mars  1378 
à  l'abbé  de  Vendôme,  pour  Roullays  ;  il  figure  ensuite 
dans  un  certificat  délivré  par  Jean  de  Bueil  à  ceux  qui,  en 
février  1380,  faisaient  partie  de  sa  compagnie  ;  on  le  re- 
trouve encore,  le  25  mai  1387,  comme  témoin  de  l'acte 
par  lequel  son  père  assurait  à  sa  femme  la  jouissance 
viagère  du  tiers  des  deux  mille  livres  de  rente  qu'Isa- 
belle de  Craon  devait  à  ses  cousins  ;  le  7  février  1390, 
il  est  l'objet  d'une  libéralité  du  duc  de  Touraine  ;  en 
1399  enfin,  il  est  l'un  des  témoins  du  contrat  de  mariage 
de  son  neveu  Jean  de  Graon  avec  Jacqueline  de  Mon- 
tagu. 

Son  testament  est  du  14  octobre  1401  ;  il  y  demande 
à  être  enseveli  chez  les  Gordeliers  de  Ghâteaudun,  et  y 
dispose  qu'en  échange  d'un  hôtel  à  Clichy-la-Garenne, 
appartenant  à  sa  femme,  et  qu'il  avait  aliéné,  il  lui 
cédait  la  propriété  de  Sainte- Julitte,  Chaumussay,  Neuf- 
mans  et  la  Lambarderie,  ainsi  que  de  tous  ses  meubles. 


1.  Voir  Cartulaire,  n°  1011  ;  voir  aussi  Dom  Marlot,  Histoire 
de  la  ville,  cité  et  université  de  Reims  ;  1843-1846,  4  in-4°,  t.  I, 
p.  667  ;  et  Archives  de  Reims,  9  in-4o,  t.  III.  p.  352,  381. 


-  129  — 

Cette  épouse  était  Jeanne  de  Sourches  ;  elle  apparte- 
nait à  une  famille  qui  avait  possédé  Sourches-le-Mari- 
gné,  tombé  en  quenouille  et  devenu  la  propriété  des  le 
Vayer,  et  se  continuait  à  Malicorne,  Saint-Aignan,  Dou- 
celles,  Dangeul,  dans  le  Maine,  à  Clinchamps  et  Ra- 
bestan^,  dans  le  Perche.  Jeanne  était  fille  de  Louis,  sei- 
gneur de  Clinchamps,  et  d'Isabelle  de  Beaumont  ;  elle 
avait  pour  frère  Payen  de  Sourches  -,  seigneur  de  Clin- 
champs après  son  père,  et  à  qui  elle  fit  épouser  une 
nièce  de  son  mari,  Béatrix  de  Maulevrier,  fille  de  Re- 
naud de  Maulevrier  et  de  Béatrix  de  Craon,  dame  de 
Toureil,  et  une  sœur,  Pernelle,  qui  épousa  Robert  de 
Saint-Père  ^. 

Guy  de  Craon  n'ayant  pas  d'enfant,  légua,  ainsi  qu'on 
vient  de  le  voir,  tout  ce  qu'il  possédait  à  Jeanne  de 
Sourches,  sa  veuve.  Celle-ci  eut  pour  héritier  Payen,  son 
frère,  qui,  de  Béatrix  de  Maulevrier,  eut  un  fils  nommé 
Guillaume.  Ce  Guillaume  ayant  épousé  Jeanne,  héritière 
de  la  maison  de  Tucé,  s'engagea  à  prendre  le  nom  et  les 


1.  Sur  Rabestan  voir  la  notice  de  M.  Lefevre  aux  pages  339- 
374  du  tome  I  des  Mémoires  de  la  Société  d'Eure-et-Loir. 

2.  Voir,  abbé  Ledru,  Le  château  de  Sourches  au  Maine  et  ses 
seigneurs  (1887,  in-8°),  où  la  maison  de  Sourches  est  étudiée  seu- 
lement jusqu'à  l'époque  où  Sourches  parvient  aux  mains  des  Le 
Vayer  ;  c'est  à  une  communication  du  savant  abbé  que  nous  de- 
vons de  pouvoir  en  dire  davantage  sur  les  Sourches.  Bon  nom- 
bre des  difficultés  que  soulève  leur  généalogie  trouveraient  leurs 
solutions  dans  deux  pièces  découvertes  par  nous  : 

1353,  25  novembre.  —  Accord  entre  Ymbert  de  Sourches,  sei- 
gneur de  Clinchamps,  et  Ymbert  de  Sourches,  seigneur  de  Saint- 
Aignan,  fils  de  Patry  de  Sourches,  pour  l'héritage  de  Geofiroy 
de  Sourches,  frère  germain  d'Ymbert  et  frère  consanguin  de  Pa- 
try (Arch.  nat.,  X*^  7,  175-177). 

1378,  7  novembre.  —  Accord  entre  Marguerite  de  Sourches, 
femme  de  Patry  de  Sourches,  et  Jeanne  d'Usages,  veuve  de  Ym- 
bert de  Sourches,  seigncui*  de  Rabestan,  pour  les  réparations  de 
Rabestan  {Arch.  Eure-et-Loir,  E,  2693,  4). 

3.  C'est  M.  le  vicomte  d'Elbenne  qui  nous  a  signalé  l'existence 
de  Pernelle,  dont  la  preuve  lui  a  été  fournie  par  un  arrêt  du  Par- 
lement sui'  le  litige  auquel  a  donné  lieu  la  succession  d'Anne  de 
Tucé. 


—  130  — 

armes  de  Tucé  et  eut  une  fille,  Anne  de  Tucé*,  qui,  à  la  fin 
de  novembre  1432,  épousa  Louis  de  Bueil  ;  puis,  le  4  juin 
1433,  fît  son  testament  et  mourut  sans  enfant.  Son  mari, 
qui  lui  survécut  et  qui  fut  tué  dans  une  joute  entre  Ghinon 
et  Razilly,  le  5  février  1447,  dans  des  circonstances  que 
fait  connaître  une  relation  aujourd'hui  imprimée  ~,  n'avait 
aucun  droit  sur  son  héritage  ;  et  c'est  entre  les  Tucé  et 
les  Saint-Père  qu'eut  lieu  le  litige  au  sujet  de  cette  suc- 
cession. A  la  même  époque,  on  opérait  la  liquidation  de 
Renaud  de  Maulevrier;  et  ce  n'est  pas  sans  peine  que 
les  Goesmes  obtenaient  des  Montbron  les  parts  de  sa 
succession  et  de  celle  d'Anne  de  Tucé,  qui  leur  reve- 
naient, à  eux  aussi.  Tous  ces  actes  de  procédure  sont 
fertiles  en  renseignements  généalogiques,  et  c'est  à  eux 
qu'est  due  une  partie  de  ceux  qui  précèdent. 


163,  —  Signet  de  Patry  de  Sourches,  seigneur  de  Malicorne.  1347. 

On  donnera  ici  (figure  163),  le  signet  d'un  Patry  de 
Sourches,  seigneur  de  Malicorne,  d'après  une  empreinte 
du  11  février  1347  { Clair amhault,  n«  2523).  Il  n'y  sub- 
siste plus  que  i'écu  chargé  de  six  burelles^  et  de  la  lé- 
gende que  les  lettres  se....  y. 

On  possède  une  empreinte  du  sceau  de  Guy  de  Graon 


1.  C'est  par  erreur  qu'on  a  dit  Anne  fille  de  Beaudouin  de 
Tucé  (Le  Jouvencel,  Introduction  par  Camille  Favre,  p.  LUI  ; 
Carré  de  Busserolle,  Dictionnaire  I,  465;  III,  415);  celui-ci 
n'était  que  le  second  époux  de  sa  mère  et  issu  de  la  mai- 
son de  Champagne,  il  n'était  Tucé  que  par  la  volonté  de  sa  femme. 
Le  fief  de  Clinchamps,  dont  M.  C.  Favre  ne  connaît  pas  la  posi- 
tion, était  situé  dans  le  Perche,  sur  la  paroisse  de  Cnemilly,  en- 
tre Mamers  et  Bellême. 

2.  Dans  les  Mémoires  de  la  Société  de  Touraine,  XI,  288. 


—  131  — 

en  une  cire  détachée  du  fonds  Bastard,  numéro  133,  où 
elle  est  datée  de  1389.  C'est  un  sceau  rond  de  0,025 
(figure  164).  On  y  voit  un  écu  losange  à  la  barre  très  appa- 
rente, penché,  timbré  d'un  heaume  à  lambrequin,  sommé 
d'une  tête  de  loup,  posé  sur  un  champ  réticulé  orné  de 
fleurettes;   de  la  légende  on  ne  lit  plus  que  :  g....  de 

CRAON. 

Xlbg.  — Jeanne.  ^-  Il  n'existe  aucun  document  qui 
mentionne  une  Jeanne  au    nombre  des  filles  de  Guil- 


164.  —  Sceau  de  Guy  de  Graon,  1389. 

laume;  il  est  cependant  impossible  de  ne  pas  tenir 
compte  de  l'affirmation  des  généalogistes  bretons  qui 
donnent  à  Pierre  II  de  Tournemine  pour  épouse  une 
Jeanne  de  Graon,  dont  ils  font  la  mère  de  Jean  I,  chef 
de  la  maison  après  son  père,  et  de  Pierre,  seigneur  de 
Jasson  et  Plancoët,  qui  n'eut  pas  d'enfant  de  Tiphaine 
du  Guesclin  ^  Pierre  II  mourut  du  reste  non  pas  en 
1372,  comme  le  disent  les  historiens,  mais  après  le  2 
mai  1381,  ainsi  que  rétablissent  les  documents  publiés 
par  dom  Morice,  sous  les  dates  des   l^'^juin  et  20  août 


1.  Le  dernier  travail  sur  les  Tournemine  est  de  M.  A.  de 
Barthélémy;  il  a  été  publié  dans  la  Revue  nobiliaire,  t.  IX  (1872), 
p.  1-10.  Il  a  été  fait  d'après  les  archives  des  Penthiève,  aujour- 
d'hui déposées  aux  archives  départementales  des  Côtes-du-Nord, 
et  néglige  complètement  les  renseignements  fournis  par  les  Preu- 
ves de  dom  Morice.  On  n'y  trouve  pas  l'explication  de  ce  fait  sin- 
gulier de  deux  Tournemine,  l'un  notre  Pierre  II,  l'autre  appelé 
Jean,  (pji  simultanément  se  qualifient  de  sire  de  la  Hunaudaye, 
de  1371  à  1.378.  Voir  Dom  Morice,  Preuves,  t.  I,  p.  1648;  t.  Il, 
186.  191. 


—  132  - 

1374,  10  mai  1375,  26  avril  et  4  mai  1379,  et  2  mai 
1381 1. 

Par  une  montre  du  28  septembre  1383  -,  on  voit  qu'à 
cette  date  Jean  I,  seigneur  de  Tournemine,  était  cheva- 
lier banneret  et  avait  sous  ses  ordres  comme  chevalier 
bachelier  Pierre,  son  frère.  Ce  dernier  avait  alors  au 
moins  vingt  et  un  ans.  Il  faut  donc  placer  la  naissance 
de  Jeanne  de  Craon  dans  les  premières  années  du  ma- 
riage de  ses  parents  ;  c'est  pour  cela  qu'elle  figure  ici 
avant  ses  sœurs. 

Xlb^.  —  BÉA.TRIX.  —  Malgré  de  nombreuses  recher- 
ches on  n'a  pu  découvrir  un  document  rattachant  expres- 
sément Béatrix  à  Guillaume  1  ;  son  origine  n'en  est  pas 
moins  certaine  car,  mariée  avant  1372,  elle  était  évidem- 
ment sœur  de  Guillaume  II,  marié  vers  1368,  et  de  Ma- 
rio, devenue  dame  de  Mauny  en  1373.  L'antériorité  de 
son  mariage  est  même  un  motif  suflisant  pour  lui  don- 
ner l'aînesse  sur  cette  dernière.  Son  époux  était  Renaud 
(et  non  Raoul)  de  Maulevrier,  lequel  fut  le  dernier  de 
son  nom.  Elle  lui  apporta  en  dot  Toureil  (Maine-et-Loire) 
et  Richebourg^,  (jui  en  dépendait,  et  lui  donna  quatre 
enfants  :  un  seul  fils,  Jean,  mort  après  ses  parents,  mais 
avant  sa  majorité,  et  trois  iilles  qui  furent  mariées  par 
leur  mère  :  Marie  qui,  en  sa  qualité  d'aînée,  porta  la 
grosse  part  de  l'héritage  de  sa  maison  à  Jacques  de 
Montbron,  maréchal  de  France,  son  époux  dès  1386  ; 
Marguerite  qui,  avant  janvier  1392,  épousa  Charles  de 
Goesmes,  et  Béatrix,  femme  de  Payen  de  Sourches,  sei- 
gneur de  Clinchamps  et  mère  de  Guillaume  de  Tucé  ^. 

1.  Voir  au  tome  II  des  Preuves  de  dom  Morice,  les  pages  80, 
82,  87,214,  279,381. 

2.  ]bid.,  p.  436. 

3.  Voir  G.  Port,  Dictionnaire,  III,  254  et  606. 

4.  Il  est  bon  de  noter  ici  que  Paven  de  Sourches  eut  de  Béatrix 
de  Maulevrier  un  fils,  Guillaume,  lequel,  le  14  février  1412,  v.  s., 
épousa  Jeanne,  fille  de  Guillaume  II  de  Tucé  et  de  Flavie  de  Li- 


—  133  - 

Béatrix  mourut  sans  doute  dans  le  courant  de  1392, 
car  M.  Port  constate  que  François  de  Montbron  était 
en  1393  bail  de  Jean  de  Maulevrier. 

Il  existe  un  sceau  de  Renaud  de  Maulevrier  (figure 
165),  apposé  le  22  octobre  1379  (numéro  5889  de  Clai- 
rambault).  C'est  un  sceau  rond  de  0,03  qui  contient  un 
écu  droit  portant  un  chef  timbré  d'un  heaume  cime  d'un 
oiseau  à  queue  de  serpent  entre  deuxvols,  l'écu  supporté 
par  deux  lions  assis,  sur  champ  réticulé.  Légende  :  s. 

REGNAVT    SEGNR    DE    MAV....R. 


165.  —  Sceau  de  Renaud  de  Maulevrier,  1379. 

Xlbg.  —  Marie.  —  A  la  différence  de  ses  sœurs 
Jeanne  et  Béatrix,  Marie  apparaît  dans  le  document  du 
25  mai  1387  comme  fille  de  Guillaume  I.  Fut-elle,  comme 
Ménage  l'a  avancé,  sans  en  administrer  aucune  preuve, 
l'épouse  en  premières  noces  de  Marie  d'Anthoing?  cela 


nières.  Cette  Jeanne,  en  sa  qualité  de  fille  aînée,  était  héritière 
du  fief  de  Tucé  ;  elle  imposa  à  son  mari  l'obligation  de  quitter 
son  nom  de  Sourches  pour  celui  de  Tucé  ;  ils  n'eurent  qu'une  fille, 
Anne  de  Tucé,  qui  épousa  Louis  de  Bueil,  ne  lui  donna  pas  d'en- 
fant et  fit  son  testament  en  1433.  Jeanne  s'était  remariée  dès  le 
14  mai  1423  à  Beaudouin  de  Champagne,  connu  depuis  cette  date 
et  jusqu'à  sa  mort  advenue  entre  1461  et  1466  sous  le  nom  de 
Beaudouin  de  Tucé.  Jeanne  n'ayant  pas  eu  d'enfant  de  Beau- 
douin, attribua,  dès  le  11  avril  1*453,  le  nom  de  Tucé  à  son  neveu 
Louis,  fils  de  Hugues  le  Gros  et  de  Marie  de  Tucé,  sa  sœur  (Voir 
Notice  sur  la  seigneurie  d'Aillières  par  M.  le  comte  Boulay  de  la 
Meurthe.  à  l'appendice  du  Cartulaire  dePerseigne,  et  Alouis,  Les 
Cçesmes,  I). 


-  134^ 

semble  peu  admissible,  car  la  supputation  de  ses  années 
et  de  celles  de  ses  parents  ne  donne  guère  place  pour 
elle  à  un  veuvage  ;  puis,  selon  le  P.  Anselme,  Marie  de 
Melun,  fils  d'Isabelle  d'Anthoing,  serait  mort  sans  al- 
liance. 

Marie  se  maria,  par  contrat  du  26  août  1373,  à  Hervé 
de  Mauny  sieur  de  Torigni-sur-Vire  (Manche)  ;  elle 
eut  ainsi  Fhonneur  de  devenir  nièce  à  la  mode  de  Bre- 
tagne du  connétable  de  France,  Bertrand  du  Guesclin. 
Elle  venait  sans  doute  de  mourir  alors  que  Hervé  de 
Mauny,  le  22  décembre  1401,  faisait  son  testament,  par 
lequel  il  demandait  à  être  enseveli  près  d'elle,  dans  Fab- 
baye  de  Torigni.  Hervé  survécut  dix  ans  à  cet  acte.  Il 
contracta  une  seconde  alliance  avec  Jeanne  de  Sacé, 
veuve  de  Jean  d'Usages  et,  le  4  décembre  1409,  devenu 
veuf  pour  la  seconde  fois,  il  fonda  une  chapelle  au  lieu 


166.  —  Sceau  de  Hervé  de  Mauny,  1388. 

de  la  sépulture  de  ses  deux  femmes  et  mourut,  croit-on, 
en  1411.  Il  avait  eu  l'honneur,  ainsi  que  son  frère  aine, 
Olivier  de  Mauny,  d'être  désigné  par  Bertrand  du  Gues- 
clin, dans  son  testament  du  9  juillet  1380,  au  nombre  de 
ses  exécuteurs  testamentaires,  et  figurait  en  outre  dans 
cet  acte  comme  créancier  du  connétable  pour  1000  francs. 
Celui-ci,  par  acte  du  10  juillet  1380,  lui  légua  Villiers- 
le-Bocage  ^. 

Le  fonds  Glairambault  possède  les  empreintes  de  deux 
sceaux  d'Hervé  de  Mauny,  numéros  5904  et  5905  ;  l'une 
de  1383,  a  0,017,  l'autre,  du  lOjanvier  1388,  mesure 0,025. 
On  trouvera  ici  (figure  166),  le  dessin  de  cette  dernière. 

1.  Voir  Cartulaire,  n^s  1020,  1021. 


—  135  — 

Toutes  les  deux  portent  un  écu  où  figure  un  croissant 
au  lambel  accompagné  d'une  étoile  en  chef  et  à  dextre, 
penché,  timbré  d'un  heaume  cime  d'un  croissant,  sup- 
porté par  deux  lions.  La  légende,  qui  n'est  complète  que 
sur  le  second  sceau,  porte  :  s  herve  de  maunyV 

Les  historiens  sont  unanimes  pour  attribuer  au  pre- 
mier lit  d'Hervé  de  Mauny  les  deux  fils  qu'il  laissait  en 
mourant  :  Olivier,  l'aîné,  fut  seigneur  de  Torigni  et  eut 
trois  enfants  dont  une  fille,  Marguerite,  qui  fit  passer 
son  patrimoine  aux  mains  des  Goyon,  seigneurs  de  Ma- 
tignon. On  trouvera  au  Cavtulaire  l'indication  du  testa- 
ment d'Olivier  que  nul  n'irait  chercher  aux  archives 
d'Eure  et-Loir,  qui  en  possèdent  la  minute,  du  10  octo- 
bre 1424. 


167.  —  Blason  de  Mauny,  voûte  de  la  Chapelle-SaintrRémy. 

Le  second  fils  fut  Hervé  de  Mauny,  qui  épousa  Isa- 
beau  d'Usages,  fille  de  sa  belle-mère,  reçut  le  fîef  de 
Saint- Aignan  (Sarthe),  et  fut  chef  d'une  branche  qui  en 
conserva  la  seigneurie  jusqu'à  l'époque  où,  en  1523,  elle 
tomba  en  quenouille.  C'est  cette  branche  qui  possédait 
la  Chapelle-Saint-Rémy,  et  dont  on  a  voulu  rappeler  le 
souvenir  lorsque,  au  XVII"  siècle,  en  peignant  la  voûte 
de  la  chapelle  de  Fleuré,  on  y  plaça  un  blason  (figure 


1.  Dom  Morice,  t.  II,  de  ses  Preuves,  p.  82  et  190  a  décrit  le 
sceau  d'un  Eustache  de  Mauny,  où  figurait  un  écu  au  croissant 
chargé  d'un  lambel  à  trois  pendants. 


-  136  - 

167)  ',  où  on  remarque  un  écart  de  Craon,  dont  il  n'y  a 
pas  lieu  de  s'étonner,  puisque  les  Mauny  descendaient 
de  Marie  de  Craon;  quant  à  l'écu  en  abime,  portant  le 
blason  de  Goyon-Matignon,  il  n'a  pu  y  prendre  place  en 
témoignage  d'origine,  puisque  les  Mauny  n'étaient  pas 
issus  des  Goyon. 


CARTULAIRE  DE  CRAON 

BRANCHE    DE    SAINTE-MAURE 
XVI  (935-1047)  GUILLAUME    I  1318-1388. 

935.  —  1310,  15  septembre.  —  Numéro  399. 

936.  —  1317,  8  avril.  —  Numéro  430. 

937.  —  1317,  2  juin.  —  Numéro  434. 

938.  —  1322,  3  mai,  Paris.  —  Numéro  464  et  814. 

939.  —  1335,  décembre,  Tours.  —  Numéro  501. 

940.  —  1336,  V.  s.,  janvier,  au  Louvre,  près  Paris.  —  Con- 
firmation par  Philippe  de  Valois  et  la  reine  Jeanne  de  la  vente 
de  la  Ferté,  faite  par  Jean  de  Normandie  à  Ingelger  I  d'Am- 
boise  et  à  Marie  de  Flandre,  son  épouse,  pour  16000  livres 
(Arch.  nat.,  J  HT). 

941.  —  1337.  —  Lettres-  de  Pierre  de  Dreux,  en  fa- 
veur de  Guillaume  I,  auquel  il  abandonne  1000  livres  de 
rente  viagère  sur  Domart  en  Ponthieu,  afin  de  le  dédomma- 
ger de  ses  droits  d'un  sixième  sur  Château-du-Loir,  vendu 
au  roi  *  (Du  Chesne,  Histoire  de  Dreux). 

1.  C'est  M.  le  vicomte  d'Elbeime  qui  nous  a  communiqué  ce 
dessin,  relevé  par  lui-môme  à  la  voûle  de  la  chapelle  de  Fleuré. 

2.  Cet  accord  fut,  paraît-il,  l'œuvre  de  Jean  III,  abbé  de  Cou- 
lombs (Voir  Gallia  C/iristiana,  VIII,  1255  et  Merlet,  Histoire  fie 
Val)hayc  de  N.-D.  de  Coulombs,  Chartres  1864,  254  p.  in-8°, 
p.  54).  —  Le  12  mai  1337,  Pierre  de  Dreux,  pour  31000  livres, 
avait  vendu  Château-du-Loir  à  Philippe  VI  (A.  Nat,,  JJ  H,  50). 


I 


—  137  — 

942.  —  1338,  V.  s.,  18  février.  —  Accord  entre  Pierre  de 
Dreux  et  Guillaume  I  au  sujet  de  784  livres  de  rente  sur  Châ- 
teau-du-Loir,  auquel  ce  dernier  avait  droit  à  cause  de  sa 
mère  *  (Arch.  nat.,  JJ  68,  65  ;  communiqué  par  M.  l'abbé  Le- 
dru). 

943.  —  1338,  V.  s.,  11  mars.  —  Numéro  504. 

944.  —  1339,  9  juillet.  —  Lettres  portant  investiture  à 
Guillaume  I  de  la  terre  de  Domart  ^  en  Ponthieu  et  de  ses 
fruits  depuis  les  brandons  de  1337  (Arch.  de  la  Trémoïlle, 
Fonds  Craon). 

944  bis.  _  1340,  5  août.  —  Guillaume  I,  pour  160  livres, 
fait  achat  à  Isabeau,  épouse  de  Laurent  Pichereau,  de  l'hé- 
bergement de  Cholet,  dans  la  paroisse  de  Saint-Jean  de  la 
Chaîne  ^  (Arch.  d'Eure-et-Loir,  fonds  de  Chamars,  commu- 
niqué par  M.  Lucien  Merlet). 

945.  —  1341,  4  mai  Paris.  —  Lettres  de  Guillaume  I,  che- 
valier, assignant  en  douaire  à  Marguerite  de  Flandre  1500  li- 
vres de  rente,  sur  la  vicomte  de  Châteaudun*  (A.  N.,  JJ  74 
594). 

946.  —  1345,  4  juin,  Paris.  —  Accord  entre  Marie  de  Flan- 
dre, comtesse  de  Boulogne,  et  Philippe  de  Bourgogne,  époux 
de  Jeanne,  comtesse  de  Boulogne  et  d'Auvergne.  On  y  ap- 
prend que  la  vicomte  de  Châteaudun  avait  été  donnée  par 
Robert  VII,  comte  d'Auvergne,  à  Amaury  III,  qui  avait  aban- 


1.  Les  parties  furent  représentées  par  l'abbé  de  Coulombs, 
Olivier  de  Clisson,  Renaud  de  Pressigny,  Hue  de  Baubigny,  Ro- 
bin d'Auvers  et  Jean  Pointeau. 

2.  La  concession  lui  en  avait  été  faite  afin  de  lui  tenir  lieu  de 
ses  droits  d'un  sixième  sur  le  iief  de  Château-du-Loir,  \endu  au 
roi  (Voir  Du  Chesne,  Histoire  de  Dreux,  et  numéros  941  et  942 
du  Cartulaire. 

3.  Cet  acte  nous  était  connu  par  une  note  du  Trésor  généalo- 
gique ;  c'est  M.  Lucien  Merlet  qui  nous  a  fait  savoir  que  Cholet 
était  situé  en  Saint-Jean  de  la  Chaîne  et  'non  en  Saint  de  la 
Cheaum'i  {sic),  comme  l'avait  écrit  dom  Villevielle. 

4.  Cet  acte  fut  ratifié  par  le  roi  en  août  1341. 


—  138  - 

donné  en  échange  le  passage  de  Wissant,  lequel  n'avait  pas 
produit  les  500  livres  promises  (Arch.  nat.,  X*''  3^,  175). 

947.  —  1345,  19  décembre,  Paris.  —  Quittance  de  Guil- 
laume 1  des  gages  de  sa  compagnie,  composée  de  lui  banne- 
ret,  de  quatre  chevaliers  bacheliers  et  de  quinze  écuyers  * 
(B.  N.,  Titres  scellés,  fol.  2739). 

948.  —  1345,  V.  s.,  11  janvier,  Paris.  — Quittance  de  Guil- 
laume V  (Clairambault,  t.  XXXVI,  n«  178). 

949.  —  1346,  V.  s.,  31  janvier.  —  Numéros  820  et  821. 

950.  —  1346,  V.  s.,  16  février,  Paris.  —  Accord  entre  In- 
gelger  I  d'Amboise  et  Marie  de  Flandre,  son  épouse,  Guil- 
laume I  de  Craon  et  Marguerite  de  Flandre,  son  épouse, 
ceux-ci  se  portant  forts  pour  Isabelle  et  Mathilde,  réglant  le 
partage  de  la  succession  de  Jean  de  Flandre,  leur  père,  de 
Jean  et  Guy  de  Flandre,  leurs  frères  ;  Guillaume  et  Margue- 
rite reçoivent  la  Ferté,  Ingelger  garde  Saint-Calais,  la  Chau- 
velière  et  tous  les  droits  de  sa  famille  en  Mondoubleau  (Arch. 
nat.  X*«  3b,  261). 

951.  —  1346,  25  avril,  Aiguillon.  —  Guillaume  I  de  Craon, 
chevalier,  vicomte  de  Châteaudun,  donne  un  reçu  (Pièces 
originales,  Craon,  n°  6). 

952.  —  1348,  2  mai,  Paris.  —  Mandement  du  Parlement, 
prescrivant  de  placer  dans  la  main  du  roi  les  fiefs  des  châ- 
tellenies  de  la  Guerche  et  de  Sainte-Julitte  que  se  dispu- 
taient Guillaume  de  Craon  et  Jean  de  Lisle,  seigneur  de 
Saint-Médard  (Arch.  nat.,  X*«  12,  fol.  112.  Note  du  Trésor 
des  chartes  du  Poitou,  t.  III,  p.  252  et  t.  II,  p.  XX). 

953.  —  1348,  23  mai,  Paris.  —  Mandement  du  Parlement 
prescrivant  la  reconstruction  par  Guillaume  de  Craon,   du 


1.  Cet  acte  porte  un  sceau  non  moulé  qui  est  décrit  ci-dessus, 
page  123. 

2.  Cet  acte  porte  le  sceau,  figure  158. 


—  139  — 

moulin  de  Beugnons,  appartenant  aux  moines  de  Saint-Jouin 
de  Marnes  (Arch.  nat.,  X*^  12,  fol.  109,  d'après  Trésor  des 
chartes  du  Poitou',  t.  III,  p.  252  où  on  signale  sur  la  même 
affaire  un  arrêt  du  14  mai  1350). 

954.  —  1348,  V.  s.,  1  février.  —  Lettres  de  Mahaut  de 
Flandre  nommant  ses  procureurs  pour  agir  contre  Guil- 
laume I,  afin  de  faire  liquider  ses  droits  sur  la  Ferté-Bernard, 
Sainte- Julitte  et  la  Guerche,  en  Touraine  (Arch.  nat.,  X**^, 
4b,  276). 

955.  —  1348,  V.  s.,  25  janvier,  Choisy.  —  Accord  entre 
Guillaume  I  et  Mahaut  de  Flandre,  liquidant  ses  droits  sur 
les  terres  de  la  Ferté,  Saint-Calais,  Sainte- Julitte,  la  Guer- 
che et  la  Chauvelière  ^  (Arch.  nat.,  X''^  4b,  278-279). 

956.  —  1348,  v.  s.,  9  février,  Paris.  —  Sentence  du  Parle- 
ment, homologuant  l'accord  passé  entre  Guillaume  I  et  Ma- 
haut le  25  janvier  1349  (Arch.  nat.,  X*^  4b,  277). 

957.  —  1349,  novembre.  Couches.  —  Lettres  par  lesquelles 
Philippe  VI  confirme  le  droit  de  Guillaume  I  de  faire  payer 
ses  droits  de  salage  sur  les  chalans  chargés  de  sel,  qui  pas- 
sent à  la  Roche-aux-Moines  ^  (Arch.  nat.,  JJ  78,  9). 

958.  —  1350,  23  avril,  Paris.  —  Arrêt  du  Parlement  tran- 
chant au  profit  de  Guillaume  I  le  litige  qui  existait  entre  lui 
et  Jean  de  l'Isle,  au  sujet  des  fiefs  situés  dans  les  châtellenies 
de  la  Guerche  et  de  Sainte-Julitte  (Arch,  nat.,  X^^  12,  417 
d'après  Trésor  des  chartes  du  Poitou,  t.  II,  p.  XX  et  t.  III, 
p.  252). 

959.  —  1350,  4  juin.  —  Numéros  512  et  822. 


1.  Cet  acte  prouve,  contre  M.  Carré  de  Busserolle,  au  T.  III 
de  son  Dictionnaire  d'Indre-et-Loire,  que  Sainte-JuHtte  ne  fut  pas 
en  1390  acheté  par  Guy  de  Graon  à  Boucicaut. 

2.  Gette  pièce  a  échappé  aux  recherches  de  M.  Mantellier,  qui 
ne  la  mentionne  pas  dans  les  trois  volumes  qu'il  a  consacrés  à 
VHistoire  de  la  Communauté  des  marchands  fréquentant  la  ri- 
vière de  Loire  et  fleuves  descendant  en  icelle  (Orléans.  1867- 
1869,  in-80). 


•     -  140  - 

960.  —  1351,  20  et  27  juin,  Angoulême  et  Périgueux.  — 
Deux  quittances  données  par  Louis  Chabot  de  ses  gages  pour 
lui,  un  chevalier  et  cinq  écuyers  de  sa  compagnie,  employés 
sous  le  gouvernement  d'Amaury  IV  (Bibl.  nat..  Titres  scellés, 
27,  1955;  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru*). 

961.  —  1352,  20  avril.  —  Mandement  de  Jean  le  Bon  pres- 
crivant l'ajournement  de  la  cause  pendante  entre  Guillaume  I 
et  madame  d'Alençon  (Arch.  nat.,  X^^  6,  77). 

962.  —  1352,  19  juin.  —  Accord  entre  Isabelle  de  Melun, 
comtesse  de  Dreux,  et  Guillaume  I.  Ce  dernier  s'était  opposé  à 
ce  que  l'exécution  d'un  arrêt  contre  le  vicomte  et  la  vicom- 
tesse fut  poursuivie  sur  ses  terres  de  Ponthieu  (Arch.  nat., 
X**^6,  120). 

963.  —  1352,  18  décembre,  Paris.  —  Accord  entre  Guil- 
laume I,  Marguerite  de  Flandre  et  les  exécuteurs  testamen- 
taires de  Béatrix  de  Châtillon^  (Arch.  nat.,  X*%  6,  153). 

964.  —  1353,  V.  s.,  28  mars,  Paris.  —  Accord  entre  Guil- 
laume I  et  l'abbaye  Saint- Jouin  de  Marnes  au  sujet  de  la  jus- 
tice (Arch.  nat.,  X*«  7,  42). 

965.  —  1354,  17  avril.  —  Différend  entre  Guillaume  I  et 
Jean  de  Montléon  au  sujet  du  moulin  de  Lorcé  (Arch.  nat., 
X^^  15,  214,  note  du  Trésor  des  Chartes  du  Poitou^  t.  III, 
p.  252). 

966.  —  1354,  25  juillet,  Paris.  —  Accord  entre  Guillaume  I, 
Marguerite,  son  épouse,  et  Mahaut  de  Flandre,  sa  sœur  :  il 
en  résulte  possession  viagère  de  la  Ferté-Bernard  pour  Ma- 


1.  Nous  devons  remercier  ici  M.  l'abbé  Ledru  qui  a  bien  voulu 
nous  communiquer  les  fiches  de  son  dépouillement  des  titres 
scellés  et  nous  a  ainsi  mis  à  même  de  donner  place  dans  notre 
Cartidaire  .k  divers  documents  relatifs  à  la  maison  de  Craon 
classés  en  dehors  du  registre  qui  lui  est  spécial. 

2.  A  la  même  date  accord  entre  Ingelger  d'Amboise  et  les  mô- 
mes exécuteurs  testamentaires,  (Ibid.^  n»  154.). 


—  141  ~ 

haut,  sous  charge  de  payer  trois  cents  livres  de  rente  à  Isa- 
belle, leur  sœur  ^  (A.  N.,  \''  IX%  44). 

967.  —  1355,  juillet,  Saint-Ouën.  —  Numéro  529. 

968.  —  1355,  23  décembre,  le  Mans.  —  Quittance  de  Jean 
de  Rouvray,  chevalier,  pour  deux  chevaliers  et  cinq  écuyers 
de  sa  compagnie,  employés  es  guerres  d'Anjou  et  du  Maine, 
en  la  compagnie  de  Guillaume  I  «  capitaine  es  dites  parties 
de  certain  nombre  de  gens  d'armes.  »  (Bibl.  nat.,  Titres 
scellés,  99,  7665,  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru). 

969.  —  1355,  V.  s.,  20  janvier.  Pouancé.  —  Quittance  de 
Jean  de  Cuignières  de  ses  gages  pour  campagne  faite  sous 
Guillaume  I  (B.  N.,  Titres  scellés,  38,  2845,  communiqué 
par  M.  l'abbé  Ledru). 

9/0.  —  1355,  V.  s.,  5  février,  Pouancé.  —  Quittance  de 
Robert  de  Vieuxpont-,  sire  de  ChauUenay,  employé  sous  Guil- 
laume I,  capitaine  pour  le  roi  de  certain  nombre  de  gens  d'ar- 
mes (Bibl.  nat..  Titres  scellés,  113,  8801  ;  communiqué  par 
M.  l'abbé  Ledru). 

971.  —  1355,  V.  s.,  5  février.  —  Quittance  de  Guillaume  de 
Chaumont  ayant  servi  seul  sous  Guillaume  I  (B.  N.,  Titres 
scellés,  30,  2253,  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru). 

972.  —  1355,  V.  s.,  6  février,  Pouancé.  —  Quittance  de 
Jean,  dit  le  Beaudrin  de  la  Heusse,  chevalier,  pour  sept  che- 
valiers et  quarante-cinq  écuyers,  pour  services  faits  sous 
Guillaume  I  (B.  N.,  Titres  scellés,  59,  4551,  communiqué  par 
M,  l'abbé  Ledru). 

973.  —  1356,  v.  s.,  23  mars.  —  Numéro  828. 

974.  —  1357,  20  juillet.  —  Guillaume  I  donne  quittance 
d'une  somme  prêtée  au  sire  de  Garancière  (Pièces  originales, 
Craon,  n^7^). 

1.  La  ratification  du  Parlement  est  du  28  février  1355  {Ihid., 
n"  25). 

2.  Cet  acte  porte  le  sceau,  ligure  158. 

10 


—  142  — 

975.  —  1357,  août,  Gisors.  —  Lettres  du  duc  de  Norman- 
die portant  rémission  pour  sept  hommes  d'armes  que,  en 
prétextant  d'aller  sous  la  conduite  de  Guillaume  I  secourir 
Rennes,  Philippe  de  la  Chèze  avait  enrôlés  en  Poitou,  puis 
conduits- à  Sillé-le-Guillaume,  où  ils  avaient  pris  part  aux 
excès  commis  contre  le  château  «  et  ailleurs  ou  dit  pais  *.  » 
(Trésor  des  Chartes  du  Poitou,  t.  III,  p.  251). 

976.  —  1357,  août,  Gisors.  —  Lettres  de  rémission  pour 
Guillaume  Sanglier,  écuyer,  fils  de  Guillaume  Sanglier,  che- 
valier, âgé  de  quinze  ans,  tenu  en  prison  à  Tours  comme  com- 
plice de  Philippe  de  la  Chèze'  (Arch.  nat.,  JJ  89,  127). 

977.  —  1357,  11  octobre,  Angers.  —  Lettres  de  Guil- 
laume I  autorisant  Jehan  de  la  Porte  à  fortifier  son  château 
de  Vézins  et  à  exiger  que  la  garde  et  le  guet  y  soient  faits 
par  les  hommes  du  fief  (Ménage,  p.  395). 

978.  —  1357,  20  octobre,  Le  Mans.  -^  Commission  adres- 
sée par  Guillaume  ï  au  sénéchal  de  Poitou,  relative  à  la  dé- 
molition du  château  de  Faye  (Archives  d'Aubigny  et  Faye  ; 
indiquées  par  Trésor  des  Chartes  du  Poitou^  t.  III,  p.  XXVI). 

979.  —  1360,  24  octobre,  Calais.  —  Numéro  550. 

980.  —  1362,  v.  s.,  11  mars,  Paris.  —  Don  du  duc  d'Or- 
léans à  M.  de  Craon,  chambellan  ^  du  roi,  de  500  francs  d'or 
(Arch.  nat.,  JJ   92,  43,  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru). 

981.  —  1363.  —  Lettres  de  Jeanne  de  Montbazon  et   de 


1.  Si  les  faits  relatés  dans  cette  lettre  sont  d'une  rigoureuse 
exactitude,  il  faut  admettre  que  Philippe  de  la  Chèze,  enhardi 
par  le  succès  de  son  coup  de  main  sur  Fresnay  en  1356  (voir 
n°  531  du  Cartulaire),  en  lit  l'année  suivante  un  nouveau  sur  Sillé- 
le-Guillaume,  pendant  le  siège  de  Rennes —  du  3  octobre  1356 
au  5  juillet  1357  —  époque  où  Guillaume  de  Craon  était  «  heu- 
tenant  es  parties  d'Anjou  et  du  Maine,  de  Poitou  et  de  Touraine.  » 

2.  Dans  ces  lettres,  il  est  dit  de  Guillaume  de  Craon  :  «  lors  or- 
donné capitaine  à  lever  le  siège  de  Rennes.  » 

3.  Il  s'agit  sans  doute  icijde  Guillaume  I;  Amaury  IV  ne  fut 
pas  chambellan. 


—  143  - 

Montsoreau,  veuve  de  Simon  de  Vendôme  *,  en  faveur  de  Ha- 
liguant  de  Bounoi  (Housseau,  XIP,  7075). 

982.  —  1363,  5  juin,  —  Montre  des  gens  d'armes  de  Mau- 
rice Mauvinet,  qui  avait  servi  sous  les  ordres  d'Amaury  IV 
(Morice,  I,  1558). 

983.  —  1366,  V.  s.,  4  janvier.  —  Lettres  de  Guillaume I 
constituant  Regnault  de  Mauléon,  Jean  de  Bordeaux  et  Pierre 
Ricliart  ses  procureurs  pour  faire  hommage  pour  Marcillac 
à  l'évêque  d'Angoulême^  (Sénemaud,  Marcillac,  p.  80). 

984.  —  1366,  V.  s.,  15  janvier,  la  Ferté-Bernard.  —  Charte 
par  laquelle  Guillaume  I  confirme  à  l'abbaye  des  Clairets  ^  la 
possession  d'une  rente  de  100  sous  et  lui  concède  des  terres 
(Archives  de  la  Sarthe,  E  271,  n**  6). 

985.  —  1367,  V.  s.,  26  mars,  La  Ferté-Bernard.—  Let- 
tres de  Guillaume  I  en  faveur  de  la  Pelice*  (Arch.  nat.,  KK 
1053,69). 

986.  —  1369,  6  octobre,  Paris.  —  Lettres  de  Charles  V 
qui,  pour  indemniser  Guillaume  I,  lui  fait  don  de  500  livres 
de  rente  (Trésor  des  chartes  du  Poitou,  III^  411). 

987.  —  1369,  21  novembre,  Châteaudun.  —  Bail  par  Guil- 
laume 1  à  Etienne  Durand  de  la  métairie  de  Soignes-les-Neuf- 
ves,  paroisse  de  Membrolles  (Archives  d* Eure-et-Loir^ 
E2690). 


1.  Cet  acte  est  précieux  parce  qu'il  fournit  le  nom  de  la  femme 
de  Simon  de  Vendôme,  fils  de  Jean  V  et  d'Eléonore  de  Montfort 
l'Amaury,  nom  resté  ignoré  du  P.  Anselme  (VIII  726)  et  de  M.  de 
Pétigny  (p.  543).  Mais  il  ne  faut  pas  voir  en  cette  Jeanne  de 
Moiitbazon  l'épouse  de  Guillaume  II  de  Graon. 

2.  L'aveu  en  question  fut  fait  le  24  janvier  1367. 

3.  Abbaye  de  religieuses  cisterciennes  située  à  six  kilomètres 
de  Nogent-le-Rotrou. 

4.  Abbaye  de  l'ordre  de  Saint-Benoît  dont  l'emplacement  est 
aujourd'hui  sur  le  territoire  de  Cherreau,  près  la  Ferté-Bernard 
(V.  Pesche,  Dictionnaire  de  la  Sarthe,  IV,  372). 


-  144  - 

988.  —  1369,  29  novembre,  Châteaudun.  —  Compte- rendu 
de  la  recette  de  la  vicomte  de  Châteaudun  pour  Guillaume  I 
(Archives  d'Eure-et-Loir,  E  2690). 

989.  —  1370.  —  Louis  d'Anjou  acquiert  de  Guillaume  I  la 
châtellenie  de  la  Roche-aux-Moines  *  (Note  dans  Arch.  nat., 
P  1334^  n^  7). 

990.  —  1370,  21  juin,  Châteaudun.  —  Procuration  de  Guil- 
laume I  à  Renaud  de  Thiville,  pour  percevoir  les  revenus  de 
la  vicomte  de  Châteaudun  et  de  la  terre  de  Froidmentel 
(Arch.  d'Eure-et-Loir,  E  2691). 

990  bis.  _  1371^  20  août.  —  Accord  entre  Jean  d'Usages, 
chevalier,  seigneur  de  Nouans  et  Guillaume  I  par  lequel 
Jean  reconnaît  que  la  terre  de  Tyronneau  relève  de  Saint- 
Aignan,  dont  Guillaume  a  naguères  fait  achat  de  Patry  de 
Sourches*  (B.  N.,  du  Chesne,  54,  720). 

991.  —  1371,  1  septembre.  Sablé.  —  Montre  d'Olivier  de 
Mauny»  (B.  N.,  Cabinet  des  Titres,  1409,  fol.  27). 

992.  —  1372,  août,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles  Char- 
les V  amortit  la  dotation  d'une  chapelle,  que  Marguerite  de 
Flandre  se  proposait  de  fonder  à  Moncontour  (Trésor  des 
chartes  du  Poitou,  IV,  132). 

993.  —  1372,  11  novembre.  —  Lettres  par  lesquelles  Guil- 
laume II  et  Jeanne  jie  Montbazon  reconnaissent  que  Amaury 
IV,  en  leur  délaissant  les  terres  de  Châteauneuf  et  de  Jarnac- 


1.  Guillaume  était  par  héritage  seigneur  de  ce  fief,  dont  il  por- 
tait le  nom  dans  l'acte  du  4  mai  1341  (n"  945  du  Cartulaire).  Dans 
le  Trésor  généalogique  cette  aliénation  figure  sous  la  date  de 
1484,  près  ae  cent  ans  plus  tard  que  le  décès  de  celui  qui  la  fit. 

2.  Ce  Patry  de  Sourches  avait  eu  pour  épouse  Jeanne  de  Sour- 
ches,  dame  de  Doucelles,  qui  par  son  testament  du  16  novem- 
bre 1361  avait  demandé  à  être  ensevelie  à  Tyronneau  (B.  N., 
Du  Chesne,  54,  720).  Ce  Patry  avait  été  interdit  (A.  N.,  X*« 
21,  510). 

3.  On  trouvera  ici  l'indication  de  quelques  documents  relatifs  a 
la  maison  de  Mauny  que  nos  recherches  nous  ont  fait  découvrir. 


-  145  — 

sur-Charente,  a  liquidé  tous  les  droits  de  Jeanne  sur  les  suc- 
cessions d'Amaury  III,  de  Maurice  VII  et  de  Marguerite  de 
Mello  (Archives  de  la  Trémoïlle,  Fonds  Craon). 

A  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lettres  verront  et  orront 
Guillaume  de  Craon,  chevalier,  sire  de  Marcillac,  et  Jehenne 
de  Monbazon,  femme  dudit  Guillaume,  salut. 

Comme  notre  très  cher  et  très  amé  seigneur  monsieur 
Almaury,  sire  de  Craon,  nous  eust  ja  piéça  baillé,  assis  et 
assigné,  la  chastellenie  et  terre  de  Chasteauneuf-sur-Cha- 
rente,  avecques  toutes  ses  appartenances,  pour  partie  de  tel 
droit  comme  à  nous,  Jehenne  dessus  dite,  povoit  et  devoit  ap- 
partenir des  successions  de  nostre  très  cher  seigneur  et  ayeul. 
Monsieur  Morice  de  Craon,  jadis  sire  de  Sainte-More,  et  de 
Madame  Marguerite  de  Mello,  nostre  ayeulle,  sa  femme,  et 
de  monsieur  Almaury,  jadis  sire  de  Craon  père  dudit  mon- 
sieur Morice,  que  Dieu  absoille  !  et  nous  l'eussions  par  plu- 
sieurs fois  requis  que  il  ly  pleust  nous  parfaire  et  entérigner 
nostre  dit  partage. 

Savoir  faisons  que  pour  parfaite  et  entiègne  sattisfation  du 
droit,  que  nous  avons  es  successions  dessus  dites,  et  pour 
l'amour  et  bonne  affection  qu'il  a  à  nous,  il  nous  a  baillé  la 
chastellenie  et  terre  de  Jarnac-sur-Charente,  avecques  toutes 
les  appartenances  et  appendances  d'icelle,  tant  en  justices 
haute,  moienne  et  basse,  fiez,  rèrefîez,  terres,  vignes,  prez, 
bois,  garennes,  poUices  et  juridictions,  comme  toutes  autres 
chouses,  sise  en  la  manière  que  ils  les  a  tenues  et  expletées 
ou  temps  passé,  aux  charges  et  redevances  que  lesdites  chou- 
ses doivet. 

Et  nous,  Guillaume  dessus  dit,  et  Jehenne,  o  l'autoritté  et 
licence  dudit  Guillaume,  à  nous  sur  ce  donnée,  considéré  l'a- 
mour et  bonne  affection  que  ledit  monsieur  Almaury  a  auvec- 
ques  nous,  et  l'aisement  et  presemèce  des  chauses  que  il 
nous  a  baillées  et  baille,  pour  les  causes  dessus  dites,  ycel- 
les  avons  prinses  et  acceptées,  et  encore  prenons  et  accep- 
tons en  gré,  pour  nous,  nos  hoirs  et  subcessours,  sans  ce  que, 
pour  les  subcessions  dessus  dites,  nous,  ne  autre  pour  cause 
de  nous,  ly  puissons  jamès  rien  demander.  Mes  par  ces  pré- 
sentes, en  quittons  luy  et  ses  subcessours,  et  ayant  cause  de 


-  146  - 

luy,  et  promettons  pour  nous,  nos  hoirs  et  subcessours,  que 
encontre  ne  vendrons  en  aucune  manière,  ou  temps  avenir. 

En  tesmoing  de  ce  nous  avons  fait  mettre  nos  propres  seelx 
à  ces  présentes. 

Donné  le  onzième  jour  de  novembre,  l'an  1372. 

994.  —  1372,  V.  s.,  14  mars.  —  Quittance  du  receveur  gé- 
néral du  Maine  donnée  à  Guillaume  I  des  40  francs  d'or  payés 
pour  les  reliefs  de  Saint-Aignan  (Mémoires  de  Laisné^ 
prieur  de  Mondonville,  t.  IV,  p.  65). 

995.  — 1373,  21  avril.  —  Quittance  donnée  par  Guy  de  Laval- 
Loué  de  1000  francs  d'or  au  coin  du  roi,  versés  par  Guil- 
laume I  entre  les  mains  de  Jean  de  Laval,  son  fils,  en  solde 
des  4000  dus  pour  ses  droits  sur  Saint-Aignan  (B.  N.,  Du 
Chesne,  54,  720). 

996.  —  1373,  juin,  à  1387,  novembre*.  —  Terrier  de  la 
Ferté-Bernard,  où  figurent  les  mentions  de  nombreux  aveux 
rendus  à  Guillaume  I  ^  (Arch.  nat.,  KK  1053). 

997.  —  1373,  2  août.  —  Quittance  donnée  par  Charles  de 
Dammartin  à  son  oncle  Guillaume  I  de  1240  francs  à  lui  dus 
à  cause  de  la  vente  de  Saint-Aignan  (Laisné,  prieur  de  Mon- 
donville^  t.  IV,  p.  65,  note,  Mémoires  de  la  Société  d'Eure- 
et-Loir,  IV,  159). 

998.  —  1373,  26  août.  —  Contrat  de  mariage  de  Hervé  de 
Mauny,  sieur  de  Torigni  et  de  Marie  de  Craon,  qui  reçoit 


1.  C'est  la  mention  d'un  aveu  rendu  à  Guillaume  en  novembre 
1387  qui  oblige  à  reporter  son  décès  jusqu'après  cette  date  et  à 
admettre  la  double  faute  de  lecture  du  document  n»  1047. 

2.  C'est  à  M.  le  vicomte  d'Elbenne  que  nous  devons  le  relevé 
de  ces  aveux.  En  nous  le  communiquant  il  nous  fait  remarquer 
qu'on  ne  saurait  avoir  une  confiance  absolue  dans  l'auteur  du 
terrier,  qui  n'a  pas  toujours  compris  les  actes  qu'il  analysait. 

3.  Les  mémoires  de  Laisné,  prieur  dç  Mondonville,  sont  con- 
servés à  la  Bibliothèque  nationale.  Ils  consistent  en  treize  volu- 
mes, dont  deux  de  tables  ;  les  tomes  I  à  IV  ont  été  par  M.  de  Lé- 
pinois  l'objet  d'un  dépouillement,  qui  a  paru  dans  les  Mémoires 
de  la  société  d'Eure-et-Loir,  tomes  I,  99,  258  ;  II,  99,  209  ;  III, 
196;  IV,  151  ;  VI,  89. 


I 


—  147  — 

six  cents  livres  de  rente  assises  au  gré  de  Guy  de  Laval- 
Loué  et  au  profit   de  laquelle   on    constitue  un  douaire  de 
^     1000   livres   sur  Torigni   (Mémoires  de  Laisné,  prieur  de 
Mondonville,  t.  IV,  p.  65  et  B.  N.,  Du  Chesne,  54,  720). 

999.  —  1373,  1  septembre,  Saint-Cloud.  —  Montre  de  la 
compagnie  de  M.  de  Montauban.  —  Guillaume  II  est  l'un  des 
trois  chevaliers  bacheliers  *  (Dom  Morice,  Preui^es,  II,  65). 

1000.  —  1373,  7  septembre.  —  Reçu  par  Jean  de  Hangest 
des  munitions  à  lui  remises,  pour  la  défense  de  Charenton 
(Bibl.  Ecole  des  Chartes,  VI,  55). 

1001.  —  1374,  octobre,  château  de  Melun.  —  Ordonnance 
de  Charles  V  réglant  la  régence  pour  le  cas  où  il  mourrait 
avant  la  majorité  de  son  héritier  ;  Guillaume  de  Craon  est 
désigné  pour  faire  en  ce  cas  partie  du  Grand-Conseil  (Or- 
donnances du  Louvre^  VI,  49). 

1002.  —  1375,  1  juillet.  —  Liste  des  chevaliers  et  écuyers 
qui,  selon  toute  apparence,  se  trouvèrent  à  la  journée  de 
Saint-Sauveur.  Au  nombre  des  chevaliers  figurent  :  Hervé  de 
Mauny,  banneret,  Guillaume  II  de  Craon,  Guillaume  Mau- 
vinet,  bacheliers  (Delisle,  Saint- Sauveur -le-  Vicomte,  pièces 
justificatives,  p.  265). 

1003.  —  1375,  v.  s.,  12  janvier.  ~  Numéro  659. 

1004.  —  1375,  V.  s.,  13  mars.  —  Numéro  660. 

1005.  —  1377,  V.  s.,  1  mars,  la  Ferté-Bernard.  —  Aveu  de 
Guy  de  Craon  à  l'abbé  de  Vendôme  pour  sa  terre  du  Roul- 
lays  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1006.  —  1378,  29  avril.  —  Guillaume  I  et  Marguerite,  son 
épouse,  font  un  échange  (Note  du  Cartulaire  de  UEpau^ 
arch.  de  la  Sarthe,  p.  42). 

1.  Bien  que  la  montre  porte  Guillaume  de  Craon  et  non  Guil- 
laume de  Marcillac,  il  est  bien  certain  qu'il  est  ici  question  de 
Guillaume  II.  Guillaume  I  était  certainement  banneret  en  137;^. 
L'original  de  cet  acte  est  conservé  aux  Titres  scellés,  1409.  41. 


-  148  - 

1006  bis.  —  1378,  1  juin.  —  Quittance  des  gages  d'Hervé  de 
Mauny  employé  «  es  Bastides  devant  Gavray  *  (B.  N.,  Pièces 
originales) . 

1007.  —  1378,  24  juin,  Châteaudun.  —  Acte  par  lequel 
Jean  Lemaire,  dit  Brouart,  fondé  de  la  procuration  de  Guil- 
laume I  en  date  du  24  juillet  1377,  donne  à  bail  une  pièce  de 
rivière  à  Romilly-sur-Aigre/Ar6'A.  d'Eure-et-Loir^  E  2693). 

1008.  —  1378,  25  juillet.  —  Vidimus  des  lettres  par  les- 
quelles Guillaume  I  et  Marguerite,  avec  l'approbation  de 
Guillaume  de  Marcillac,  leur  fils,  fondent  une  messe  au  cou- 
vent des  cordeliers  de  Châteaudun^  (B.  N.,  Pièces  origina- 
les^ Craon^  n*'  13). 

1009.  —  1378,  9  août,  Châteaudun.  —  Jean  Lemaire  donne 
quittance  à  Jean  le  Cordier  de  90  livres,  dues  par  lui  à  Guil- 
laume I,  pour  la  voirie  de  Châteaudun  (Arch.  d'Eure-et- 
Loir,  E,  2693). 

1010.  —  1378,  9  décembre.  —  Lettres  par  lesquelles  Guil- 
laume I  reconnaît  que  c'est  injustement  que  son  sergent  a 
exploité  le  bordage  de  la  Fontaine,  appartenant  au  prieuré 
de  Tuffé  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1011.  -^  1379,  7  juillet.  —  Quittance  d'Amaury  de  Craon, 
conseiller  et  maître  des  requêtes  de  l'hôtel  du  roi,  de  100  francs 
d'or  sur  400  que  le  roi  lui  avait  accordés  le  16  juin  1376, 
pour  éteindre  le  débat  qui  existait  entre  lui  comme  trésorier 
de  l'église  de  Reims  et  le  gouverneur  du  Rhetelois'  (Dom 
Morice,  Preuç^es,  II,  211). 


1.  M.  le  marquis  de  Courcival  a  bien  voulu  nous  communiquer 
le  dossier,  où  il  a  réuni  les  éléments  d'une  généalogie  de  la  mai- 
son de  Mauny;  nous  y  avons  puisé  les  numéros  1006 bis,  1019. 
1020,  1021.  1042,  1045,  1046  du  Cartulaire. 

2.  Cet  acte  a  été  mentionné  par  l'abbé  Bordas  au  tome  I, 
p.  197  de  son  Histoire  du  Dunois. 

3.  Dom  Morice  a  pris  soin  de  noter  que  le  sceau  attaché  à  cet 
acte  portait  un  losange  avec  bande,  c'est-à-dire  exactement  le 
blason  de  Guillaume  I  ;  aussi  doit-on  attribuer  ce  document  à  un 
fils  de  Guillaume  I,  resté  inconnu  jusqu'ici. 


—  149  - 

1012.  —  1379,  1  septembre,  Ponlorson,  18  octobre,  Pon- 
taubault.  —  Guillaume  II  de  Marcillac,  banneret,  fait  montre 
de  3  chevaliers  et  17  écuyers  (Dom  Morice,  Preuves,  t.  II, 

397). 

1013.  —  1379,  22  octobre,  Pontorson.  —  I^éttre  de  Re- 
naud de  Maulevrier  portant  quittance  de  ses  gages  *  (Clai- 
rambault,  72,  5597). 

1014.  —  1379,  novembre,  Montargis.  — r  Rémission  pour 
Hervé  de  Mauny,  seigneur  de  Torigni  (A.  N.,  JJ  115,  336). 

1015.  —  1379,  V.  s.,  18  février,  Paris.  —  Arrêt  du  Parle- 
ment dans  la  cause  intentée  par  Robert  Pezas,  chevalier,  à 
Guillaume  I  au  sujet  de  la  terre  de  Cognée  (A.  N.,  X*^  29, 130). 

1016.  —  1380,  3  avril,  Paris.  —  Certificat  de  Jean  de  Bueil 
donné  à  ceux  qui  ont  fait  campagne  en  Bretagne  sous  ses 
ordres  en  févrierl380.  —  Guy  de  Craon  y  est  nommé  —  (Dom 
Morice,  Preuves^  II,  244). 

1017.  —  1380,  16  mai,  La  Ferté-Bernard.  —  Lettres  de 
Guillaume  I  et  de  Marguerite  de  Flandre  portant  cession  à 
Hervé  de  Mauny  et  à  sa  femme  de  la  terre  de  Saint-Aignan 
(Note  de  Ménage  à  la  page  398  de  son  Sablé). 

1018.  —  1380,  26  mai,  la  Ferté-Bernard.  —  Lettres  de 
Guillaume  I  portant  quittance  de  3500  livres  d'or  payées  par 
Hervé  de  Mauny,  pour  prix  de  Saint-Aignan  (Note  de  Mé- 
nage à  la  page  398  de  son  Sablé). 

1019.  —  1380,  18  juin.  —  Quittance  de  gages  d'Hervé  de 
Mauny  (B.,  N.,  Pièces  originales). 

1020.  —  1380,  9  juillet,  Châteauneuf-de-Randan.  —  Tes- 
tament de  Bertrand  du  Guesclin  ;  il  reconnaît  devoir  1000 
francs  d'or  à  Hervé  de  Mauny  ;  et  il  le  désigne  avec  son  aîné 
Olivier  comme  exécuteurs  testamentaires  (B.  N.,  Titres  scel- 
lés, 1226,  21). 

1.  C'est  ce  document  qui  a  fourni  le  sceau,  figure  165. 


—  150  - 

1021.  —  1380,  10  juillet,  Châteauneuf-de-Randan.  —  Let- 
tres par  lesquelles  Bertrand  du  Guesclin  fait  don  à  Hervé  de 
Mauny  de  Villiers-le-Bocage  (B.  JV.,  Du  Chesne,  54,  372). 

1022.  —  1380,  12  août,  Paris.  —  Numéro  838. 

1023.  —  1380,  22  août.  —  Montre  de  Hugues  d'Arquenay 
comprenant,  outre  lui-même,  deux  chevaliers  bacheliers,  dont 
Maurice  Mauvinet,  et  sept  écuyers  (Dom  Morice,  Preuves, 
H,  253). 

1024.  —  1381,  19  juillet,  Châteaudun.  —  Jean  Lemaire,  au 
nom  de  Guillaume  I,  donne  quittance  de  50  livres  tournois  à 
Macé  Cournaut,  pour  la  ferme  du  ban  de  Châteaudun  (Arch. 
d'Eure-et-Loir,  E  2696). 

1025.  —  1381,  4  août,  Châteaudun.  —  Quittance  de  56  sous 
donnée  par  Guillaume  I,  pour  un  quartier  des  gages  de  la 
vicomte  (Arch.  d'Eure-et-Loire,  E  2696). 

1026.  —  1383.  —  Quittance  de  gages  d'Hervé  de  Mauny 
( Clair amhault,  72,  5623). 

1027.  —  1383,  5  mai.  —  Procès  entre  Robert  Pezas  et  Guil- 
laume I.  On  y  mentionne  Hervé  de  Mauny,  époux  de  Marie 
de  Craon  (Arch.  nat.,  X*^  32,  fol.  48  ;  communiqué  par 
M.  l'abbé  Ledru). 

1028.  —  1383,  25  août.  —  Quittance  de  Guillaume  de 
Craon,  sire  de  Marcillac,  vicomte  de  Châteaudun,  de  280  li- 
vres tournois  comme  banneret  *  fB.J  N.,   Titres  scellés,  36, 

2741). 

1029.  —  1383,  15  septembre,  Sully.  —  Numéro  709. 

1030.  —  1383,  12  décembre.  —  Quittance  de  Guy  VHI  de 

1.  Bien  que  le  titre  de  vicomte  de  Châteaudun  n'ait  appartenu 
à  Guillaume  II  qu'après  le  décès  de  son  père,  l'acte  inaic^ué  ci- 
dessus  semble  bien  lui  appartenir,  comme  on  est  autorise  à  le 
croire  par  le  titre  de  seigneur  de  Marcillac,  qu'il  a  porté  pendant 
toute  la  vie  de  son  père.  En  1383  Guillaume  I  avait  soixante- 
cinq  ans.  C'est  à  cet  acte  qu'est  attaché  le  sceau,  figure  169. 


-    [M  — 

la  Rochefoucauld  de  ses  gages  pour  la  garde  de  ses  châteaux 
en  Guienne  (B.  N.,  Clairambault,  194,  p.  7685). 

1031.  —  1383,  V.  s.,  3  février.  —  Lettres  de  Jean  Doré, 
portant  aveu  à  Guillaume  I  (Arch.  nat.,  KK,  1053,  33). 

1032.  —  1384,  30  avril,  La  Ferté-Bernard.  —  Lettres  de 
Guillaume  I  vidimant  des  lettres  de  1290,  données  par  Hu- 
gues de  la  Ferté,  en  faveur  des  religieuses  des  Clairets,  elles 
ratifiant  (Arch.  nat.,  KK  1053,  32). 

1033.  -  1384,  13  juin.  —  Lettres  de  Jean  II,  abbé  de  l'É- 
pau,  portant  aveu  à  Guillaume  I  (Arch.  nat.,  KK  1053,  31). 

1034.  —  1384,  novembre,  Saint-Germain-en-Laye.  — 
N«  716. 

1035.  —  1385,  21  avril,  Châteaudun.  —  Quittance  de  106 
sous  donnée  par  Guillaume  de  Saint-Romain  à  Guillaume  I 
(Arch.  d'Eure-et-Loir,  E  2699). 

«  Maistre  Guillaume  de  Saint-Romain,  ymagier  et  tailleur 
de  pierre,  reconnoist  avoir  receu  de  messire  Guillaume  de 
Craon,  vicomte  de  Chasteaudun,  par  la  main  de  Michel 
Fouesil,  son  procureur  et  receveur  à  Chasteaudun,  cent  six 
solz,  sur  ce  qui  lui  est  deu,  à  cause  des  sépultures  de  lui  et 
de  Madame  Margarite  de  Flandres,  sa  femme  ^  » 

1036.  —  1386,  16  août,  Châteaudun.  —  Remise  par  Guil- 
laume I  au  prieuré  de  Saint-Sépulcre,  d'une  rente  de  10  livres 
qui  lui  était  due  sur  le  bourg,  «  et  ce  au  regard  de  la  désola- 
cion  et  destruction  dudit  bourg  »  (Arch.  d Eure-et-Loir^ 
E  27jOO). 


1.  C'est  là  malheureusement  tout  ce  que  contient  le  registre 
original,  dont  M.  Lucien  Merlet  a  bien  voulu  prçndre  copie  pour 
nous.  Ce  Guillaume  de  Saint-Romain  n'a  pas  été  mentionné  jus- 
qu'ici ;  mais  on  peut  supposer  qu'il  était  parent  de  Jean  de  Saint- 
nomain,  principal  imagier  du  roi  Charles  V,  et  réputé  le  plus 
fameux  sculpteur  de  son  temps  (Voir  Sauvai,  II,  281  ;  Emeric 
David,  Histoire  de  la  Sculpture  française,  112, 113). 


—  152  — 

1037.  —  1386,  19  août.  —  Guillaume  I,  pour  900  francs, 
achète  le  fief  des  Onzay  ou  de  la  Raherie  (Note  dans  So- 
ciété de  Touraine^  t.  VI,  276). 

1038.  —  1386,  1  septembre,  Amiens.  —  Montre  de  la  com- 
pagnie de  Maurice  Mauvinet,  chevalier  bachelier,  d'un  autre 
chevalier,  Hugues  d'Arquenay,  et  de  vingt-six  écuyers  (De 
Banville,  Documents  inédits  concernant  la  Picardie^  II,  102). 

1039.  —  1386,  3  septembre.  —  Aveu  de  Jean  Isoré  à  Guil- 
laume de  Marcillac  et  de  Montbazon,  pour  la  Varenne  (Note 
de  Dom  Housseau,  XIP,  7069). 

1040.  —  1387,  16,  22  et  25  mai.  —  Aveux  rendus  à  Pierre 
de  Craon,  mentionnés  au  terrier  de  la  Ferté-Bernard  *  (Arch. 
nat.,  KK  1053). 

1041.  —  1387,  25  mai,  La  Ferté-Bernard.  —  Lettres  par 
lesquelles  Guillaume  I  assigne  à  Marguerite  de  Flandre  le 
tiers  des  deux  mille  livres  de  rente  qui  faisaient  l'objet  de  la 
réclamation  des  cadets  de  Craon  contre  Isabelle,  dame  de 
Crâon  ;  témoins  :  ses  fils  Pierre  et  Guy,  sa  fille  Marie,  dame 
de  Torigni  (Arch.  de  la  Trémoille,  Fonds  Craon,  original  et 
vidimus). 

1042.  —  1087,  1  juin,  Carantan.  —  Montre  d'Hervé  de 
Mauny,  banneret,  un  bachelier  et  neuf  écuyers.  et  mandement 
au  nom  des  maréchaux  de  France  d'en  opérer  le  payement 
(B.  N.,  Pièces  originales). 

1043.  —  1387,  12  juin,  Châteaudun.  —  March'é  de  Guil- 
laume, vicomte  de  Châteaudun,  avec  Hue  de  Villechasteau, 
charpentier,  pour  les  réparations  à  sa  métairie  d'Ozoir-le- 
Breuil,  et  à  ses  maisons  de  Villeloup  (Arch.  d'Eure  et-Loir. 
E  2701). 

1044.  —  1387,  3  juillet.  —  Accord  entre  Guillaume  II,  sei- 

1.  Note  communiquée  par  M.  le  vicomte  d'Elbenne,  qui  a  mi- 
nutieusement étudié  le  manuscrit  et  constaté  qu'il  ne  mérite  pas 
une  confiance  absolue. 


-  153  — 

gneur  de  Marcillac  et  de  Montbazon,  et  Pierre  de  Craon  pour 
assurer  à  Marguerite  de  Flandre,  leur  mère,  le  tiers  des  deux 
mille  livres  de  rente,  dues  par  Isabelle  (Arch.  de  la  Tré- 
moïlle,  Fonds  Craon). 

1045.  —  1387,  26  août.  —  Quittance  d'Hervé  de  Mauny  de 
cent  cinquante  francs,  pour  ses  gages  de  juin  (B.  N.,  Pièces 
originales). 

1046.  —  1387,  4  octobre.  —  Quittance  d'Hervé  de  Maimy, 
pour  les  gages  de  sa  compagnie,  de  585  francs  d'or  (B.  N., 
Pièces  originales). 

1047.  —  1387,  V.  s.,  8  janvier,  Châteaudun.  —  Mention  du 
décès  de  Guillaume  I  au  nécrologe  des  Cordeliers  de  Châ- 
teaudun (Abbé  Bordas,  Histoire  du  Danois,  1884,  1. 1,  p.  198). 

Anno  domini  1381,  die  junii  octava*,  obiit  Guillelmus,  vice- 
comes  Castriduni,  coram  magistro  altare  tomba  levata. 


Cette  date  est  évidemment  fausse.  On  y  substitue  1387,  aue 

^ ait  certainement  le  manuscrit  :  un  écrit  en  caractères   gotni- 

ques  et  VII  en  chiffres  romains  sont  faciles  à  confondre.  Il  faut 


aussi,  croit-on,  admettre  une  seconde  faute  de  lecture  pour  le 
mois  -.juin,  lu  au  lieu  àe  janvier  Voir  numéro  996  et  les  numéros 
1024  à  1041  du  Cartulaire.  —  Nous  ajoutons  ici  une  mention  du 
nécrologe  de  l'Hôtel-Dieu  de  Châteaudun,  telle  que  M.  Lucien 
Merlet  a  pris  la  peine  de  la  copier  pour  nous  .  «  Nos  debemus 
facere  et  celebrare,  quolibet  anno,  auas  missas  pro  domino  Guil- 
ielmo  de  Credonio,  vicecomite  de  Castriduno.  et  pro  domina  Mar- 
gariia  de  Flandria,  ejus  uxore,  vicecomitissa  de  Castriduno,  et 
pro  domino  Guillelmo,  fiiio  eorum  seniore,  qui  admortizaverunt 
aquam  nostram  de  Choleto,  et  promiserunt  nobis  facere  multa 
bona.  » 


(A  suivre). 

A.  Bertrand  de  Broussillon  et  P.  de  Farcy. 


PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES 


SEANCE  DU  8  JUILLET  1892. 

Sont  présents  MM.  Floucaud  de  Fourcroy,  président, 
de  Farcy,  de  Martonne,  de  Lorière,  Souchu-Servinière, 
Richard,  Moreau,  membres  titulaires,  et  MM.  de  la 
Beauluère,  Raulin,  de  Beauchesne,  Le  Coq,  membres 
correspondants. 

MM.  Couanier  de  Launay,  Perrot,  O'Madden,  Tabbé 
Anis,  se  font  excuser. 

M.  le  Président  annonce  que  le  ministère  de  rinstruc- 
tion  publique  a  accordé  à  la  Commission  une  subven- 
tion de  500  francs  destinée  à  l'aider  dans  la  publication 
de  la  Sigillographie  de  Craon, 

Sont  agréés  :  En  qualité  de  membres  titulaires  M.  le 
C*®  de  Beauchesne  et  M.  Tabbé  Angot,  en  remplacement 
de  MM.  A  Joiibert  et  Cornée. 

En  qualité  de  membres  correspondants,  MM.  Cornée, 
Morin,  Tranchant  et  Ricouard. 

Sur  le  bureau  sont  déposés  deux  volumes  de  la  So- 
ciété archéologique  d'I Ile-et-Vilaine  et  deux  volumes 
offerts  par  la  Smithsonian  Institution. 

M.  le  Président  annonce  que  M.   Robert  Mowat,  Té- 


—    loo  — 

minent  épigraphiste,  a  envoyé  un  travail  concernant  la 
borne  itinéraire  du  Genest  et  deux  inscriptions  de  Ju- 
blains,  qui  paraîtra  dans  la  prochaine  livraison. 

La  Société  archéologique  d'ïndre-et-Loire  demande  à 
échanger  son  Bulletin  contre  celui  de  la  Commission. 
M.   le  Secrétaire  est  autorisé  à  traiter  de  cet  échange. 

M.  le  comte  de  Beauchesne  lit  des  extraits  intéres- 
sants des  voyages  de  Victor  Hugo  dans  le  Bas-Maine. 
La  Commission  décide  que  ces  extraits  seront  publiés. 

Musée  de  Jublains.  —  Par  délibération  du  9  juin 
1891,  le  conseil  municipal  de  Jublains  avait  offert  à  la 
Société  d'archéologie  de  Mayenne  le  musée  communal 
de  Jublains  et  voté  une  somme  de  300  francs  dans  le 
but  d'aider  cette  Société  à  l'installer  au  camp. 

La  Société  de  Mayenne  n'ayant  pas  donné  de  solu- 
tion, le  conseil  municipal  de  Jublains,  par  délibération 
du  7  juin  1892,  maintient  son  vœu  d'installation  au 
camp,  et  vote  une  somme  de  832,50  pour  les  frais  indis- 
pensables. 

M.  le  Préfet  veut  bien  soumettre  la  question  à  la 
Commission» historique  de  la  Mayenne.  Celle-ci  ne  peut 
que  constater  qu'il  serait  fort  désirable  de  voir  les  ob- 
jets composant  le  musée  communal  de  Jublains  intallés 
dans  un  local  bâti  sur  un  terrain  dépendant  du  camp  ; 
mais  les  voies  et  moyens,  les  règlements  d'intérêts  en- 
tre le  département  et  la  commune  échappent  à  sa  compé- 
tence. 

L'ordre  du  jour  étant  épuisé,  la  séance  est  levée  à 
quatre  heures. 


-   156  - 


NÉCROLOGIE 


A  la  suite  des  nombreuses  revues  et  des  journaux  qui 
eurent  souvent  la  collaboration  du  R.  P.  dom  Paul  Piolin  et 
qui  lui  ont  consacré  les  éloges  si  bien  mérités  par  une  vie  de 
vertus  et  d'étude,  la  Commission  Historique  de  la  Mayenne 
se  fait  un  devoir  de  rendre  un  dernier  hommage  à  celui  qu'elle 
s'honore  d'avoir  possédé  au  nombre  de  ses  membres  corres- 
pondants et  que  la  Mayenne  est  fière  de  revendiquer  comme 
une  de  ses  gloires.  Le  R.  P.  Piolin  est  né  au  Bourgneuf-la- 
Forét  le  18  février  1817. 

Nous  savons  qu'il  a  longtemps  nourri  le  dessein  d'écrire 
pour  notre  Bulletin  une  notice  historique  sur  sa  paroisse  na- 
tale. La  cruelle  maladie,  qui  lui  rendit  le  travail  si  difficile 
pendant  ses  dernières  années,  l'en  a  empêché. 

Mais  le  département  tout  entier  aussi  bien  que  celui  de  la 
Sarthe  bénéficie  de  ses  immenses  travaux,  à  ne  parler  que  de 
ses  œuvres  d'histoire  locale.  Nous  sommes  heureux  de  rap- 
peler à  cette  occasion  que  deux  de  ses  plus  zélés  collabora- 
teurs appartiennent  aussi  à  notre  pays  ;  nous  voulons  parler 
de  Messieurs  Louis  de  la  Beauluère  et  Guais  des  Touches. 
C'est  justice  de  rappeler  leur  nom  à  la  suite  de  celui  de  leur 
glorieux  maître. 

Outre  l'érudition  et  la  science,  ceux  qui  ont  connu  le  Révé- 
rend Père  aimaient  aussi  à  trouver  en  lui  une  rare  aménité 
de  caractère  et  le  parfum  de  jeunesse  conservé  jusqu'à  la  fin 
dans  sa  belle  âme  par  l'atmosphère  de  la  vie  religieuse  qu'il 
avait  embrassée  de  si  bonne  heure.  Nous  nous  associons  fra- 
ternellement aux  regrets  qu'éprouvent  de  la  perte  de  leur 
président,  trois  fois  réélu,  le  bureau  et  les  associés  de  la 
Recrue  historique  et  archéologique  du  Maine.  A.  A. 


BIBLIOGRAPHIE 


l 


Uabbaye  de  Fontaine-Daniel  ;  sa  fondation  et  ses 
derniers  jours,  avec  une  vue  de  l'abbaye  en  1695  repro- 
duite à  l'eau  forte,  par  Edmond  Leblanc,  avocat.  Mayenne, 
Poirier-Béalu,  1892,  un  vol.  in-8^ 

M.  E.  Leblanc  n'a  pas  prétendu  écrire  une  histoire  com- 
plète de  l'abbaye  de  Fontaine-Daniel,  ni  une  étude  archéolo- 
ginue  des  restes  de  ce  monastère  ;  mais  il  nous  donne  les  dé- 
tails de  sa  fondation,  des  donations  oui  dès  les  premières 
années  se  firent  nombreuses  en  faveur  de  la  nouvelle  abbaye, 
puis  un  état  de  ses  propriétés,  revenus  et  charges,  un  catalo- 
ue  de  sa  bibliothèque  en  1790,  enfin  il  nous  expose  quelle 
ut  l'attitude  des  derniers  religieux  en  face  des  décrets  de  la 
Constituante  :  c'est,  on  le  voit,  un  ensemble  de  renseignements 
nouveaux,  présentés  d'une  façon  aussi  claire  et  précise  qu'in- 
téressante. 

Juhel  III  de  Mayenne  fut  le  fondateur  de  Fontaine-Daniel 
à  la  fin  du  XIP  siècle  ;  les  premiers  moines  vinrent  de  Cler- 
mont  ;  le  plus  ancien  acte  connu  est  une  confirmation  de  Thi- 
baud  de  Slathefelon  en  1204  ;  la  véritable  charte  de  fondation 
est  l'acte  de  Juhel  de  1205,  imprimé  par  Guyard  de  la  Fosse. 
M.  Leblanc  nous  en  donne  une  traduction  qui  en  rend  la  lec- 
ture accessible  à  tous  et  qu'il  a  accompagnée  de  notes  nom- 
breuses et  érudites  ;  il  a  du  reste  résumé  avec  beaucoup  de 
méthode  les  donations  relatives  au  cartulaire  si  patiemment 
transcrit  par  M.  l'abbé  Angot,  et  tous  les  noms  de  lieux  sont 
identifiés  avec  soin. 

A  la  fin  du  XVIIP  siècle,  l'abbaye  de  Fontaine-Daniel  était, 
comme  celle  de  Clermont,  en  complète  décadence  ;  elle  avait 
subi  le  triste  régime  de  la  commende,  contre  lequel  l'Eglise 
et  les  communautés  religieuses  avaient  vainement  protesté  : 
la  moitié  des  revenus  s'en  allait  à  un  abbé  qui  ne  résidait  pas 
et  parfois  n'avait  de  monacal  que  son  titre  ;  à  la  faveur  de  ce 


—  158  — 

régime  le  relâchement  s'était  introduit  en  plus  d'une  maison 
jadis  renommée  pour  la  piété  et  la  science  ae  ses  hôtes.  Telle 
était  la  situation  de  Fontaine-Daniel  ;  aussi  ses  sept  derniers 
moines  n'eurent-ils  aucune  hésitation  à  prêter  le  serment  im- 
posé par  la  Constituante  :  la  plupart  trouvèrent  leur  place 
dans  l'église  constitutionnelle  ;  l'un  d'eux  devint  grand  vicaire 
de  l'évéque  de  la  Sarthe. 

Le  livreMe  M.  Leblanc  est  orné  d'une  charmante  eau-forte 
de  M.  Thévenin,  reproduisant  une  vue  de  l'abbaye  en  1695  ; 
elle  nous  fait  regretter  la  démolition  de  la  belle  église  du 
XIIP  siècle,  qui  abritait  les  restes  du  bon  seigneur  de 
Mayenne  dont  M.  Leblanc  nous  résume  la  vie  «  si  bien  rem- 
plie »  et  nous  esquisse  en  quelques  traits  la  vaillante  et 
pieuse  physionomie.  J.-M.  R. 


La  maison  de  la  Reine  Bérengère  au  Mans,  par 
M.  Robert  Triger,  1  vol.  in-S^'jésus,  extrait  de  la  He\>ue  du 
Maine^  illustré  de  27  planches  ou  dessins.  Mamers,  Fleury 
et  Dangin,  1892. 

C'est  vraiment  un  magnifique  volume,  digne  du  sujet  qu'il 
traite,  que  vient  de  publier  notre  excellent  collègue  M.  R. 
Triger,  vice-président  de  la  Société  du  Maine. 

Nous  avons  dit  ailleurs^  les  travaux  entrepris  et  terminés, 
grâce  à  la  généreuse  et  intelligente  initiative  de  M.  Sin^her, 
pour  conserver  et  restituer  dans  son  état  primitif  la  curieuse 
maison  connue  au  Mans  sous  le  nom  de  Maison  de  la  Reine 
Bérengèî-e  ;  nous  avons  raconté  la  cérémonie  d'inauguration. 
Mais  à  cette  époque  la  savante. notice  composée  par  M.  R. 
Triger  n'était  pas  encore  publiée  et  nous  n'en  connaissions 
que  la  substance. 

Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  appeler  aujourd'hui  sur 
son  mérite  l'attention  des  lecteurs  de  ce  Bulletin. 

Il  n'était  pas  aisé  en  effet  de  rétablir  avec  exactitude  et  sur 
des  documents  dignes  de  foi  l'histoire  d'une  maison  célèbre, 
mais  qui,  en  raison  même  de  sa  popularité,  avait  été  l'objet  de 
traditions  et  de  légendes  erronées.  M.  Triger  a  entrepris  ce 
travail  et  nous  pouvons  dire  que  du  premier  coup  il  l'a  poussé 
tellement  à  fond  que  son  œuvre  est  et  demeurera  définitive. 

Après  avoir  décrit,  dans  un  premier  chapitre,  la  situation 
de  la  maison  et  de  celles  qui  1  avoisinent,  fait  avec  soin  la 
bibliographie  et  même  l'iconographie  du  sujet,  M.  R.  Trimer, 
aborde  l'histoire.  Il  passe  successivement  en  revue  la  période 


1.  V.  tome  V,  1892,  p.  158. 


—  159  - 

antérieure  au  XV^  siècle,  pendant  laquelle  la  maison  ne  pou- 
vait exister  sous  sa  forme  actuelle  qui  la  date  indubitable- 
ment ;  —  la  période  brillante  comprise  entre  le  XV®  et  le 
XVIP  siècles,  pendant  laquelle  elle  fut  construite,  en  1494, 
par  Robert  Véron,  éclievin  du  Mans,  pour  passer  plus  tard 
vers  1552,  entre  les  mains  de  la  famille  Seigneur,  de  Michel 
Vasse,  des  Le  Corvaisier  de  Courteilles  ;  —  puis  la  période 
de  décadence  (XVIIP-XIX^  siècles)  qui  vit  ses  hôtes  l'aban- 
donner, ses  étages  se  diviser  en  logements  à  bas  prix,  et  enfin 
ses  fines  sculptures  se  disperser  au  grand  regret  des  archéo- 
logues et  des  artistes. 

Mais  l'auteur  ne  s'arrête  pas  là.  11  donne  une  description 
minutieuse  de  la  maison  ou  plutôt  du  groupe  de  maisons 
dont  il  a  fait  l'histoire  dans  les  précédents  chapitres.  Cette 
description,  de  même  que  la  partie  du  texte  qui  traite  d'his- 
toire pure,  est  appuyée  de  nombreuses  planches  exécuiées 
pour  la  plupart  en  liéliogravure  Dujardin  ou  par  des  procédés 
analogues.  Ces  figures  permettent  au  lecteur  de  suivre  pas  à 
pas  le  texte  et  elles  donnent  au  volume  de  M.  R.  Triger  un  as- 
pect artistique  qui  est  du  reste  en  parfaite  harmonie  avec  son 
esprit  et  son  but. 

N'oublions  pas  de  citer  le  chapitre  dans  lequel  l'auteur, 
après  avoir  dépeint  le  triste  état  où  était  tombée  la  maison 
de  la  Reine  Bérengère,  raconte  de  quelle  façon  généreuse  l'a 
sauvée  M.  Singher  et  donne  des  détails  circonstanciés  sur  sa 
restauration.  C'est  là,  si  nous  pouvons  ainsi  nous  exprimer, 
la  partie  «  dramatique  »  du  récit,  car  malgré  lui  le  lecteur 
s'intéresse,  comme  à  une  sorte  d'héroïne,  à  cette  pauvre  mai- 
son qui,  d'abord  brillante  et  admirée,  tombe  peu  à  peu  dans 
le  délabrement  et  l'abandon,  jusqu'à  ce  qu'un  mtelligent  pro- 
tecteur vienne  la  sauver  de  la  ruine  complète  et  lui  assurer 
un  sort  en  rapport  avec  sa  valeur. 

Tout  est  donc  bien  qui  finit  bien.  La  maison  de  la  Reine 
Bérengère  a  eu  la  double  fortune  de  rencontrer  à  la  fois  un 
possesseur  et  un  historien  dignes  d'elle.  Les  noms  de  l'un  et 
de  l'autre  —  comme  ceux  de  deux  bienfaiteurs,  —  resteront 
désormais  inoubliables  dans  ses  annales.  E.  M. 


Lettres  intimes  de  Monseigneur  Cohon,  évêque  de 
Nîmes,  publiées  par  M.  Prosper  Falgaiî'olle. 

Presque  toutes  ces  lettres  sont  adressées  par  Tévéque  ora- 
teur, notre  compatriote,  à  son  neveu.  Elles  sont  d'un  piquant 
intérêt.  L'évêque  est  ce  que  l'on  sait  et  ce  qu'il  prend  soin 
de  redire,  un  nomme  né  dans  une  condition  modeste  et  qui 
s'est  élevé  par  son  propre  mérite.   Le  neveu  a  été  formé  à 


—  160  - 

Saint-Lazare,  mais  au  dire  de  son  oncle,  il  semble  en  avoir 
pris  les  leçons  à  contre-sens,  croyant  que  toute  la  perfection 
est  dans  une  sorte  d'apathie  mystique,  qui  dispense  de  l'a- 
mour des  livres  et  des  soins  que  donne  une  légitime  ambi- 
tion. Dans  cette  situation  respective,  dans  des  dispositions 
morales  si  opposées,  nul  moyen  de  se  comprendre.  Le  vieil 
évêque  aiguillonne  son  paresseux  disciple,  il  lui  fait  honte, 
il  le  gourmande,  il  proteste  qu'il  va  l'abandonner.  —  «  Cette 
lettre  est  la  dernière  que  vous  aurez  de  moi,  lui  écrit-il  le  3 
septembre  1669,  et  je  n'écouterai  jamais  qui  que  ce  soit  qui 
me  parle  de  changer  votre  établissement.  Je  vous  dispense 
aussi  pour  jamais  de  m'écrire.  »  On  recueillerait  dans  ces  let- 
tres des  exemples  du  persiflage  sous  toutes  ses  formes.  — 
«  Vos  deux  pages  à  pied,  qui  valent  aussi  peu  que  vous,  con- 
tinueront à  vous  rendre  stupide,  faisant  les  missions  avec 
vous  (p.  60).  —  Demeurez  au  Folgoët,  où  vous  avez  pris  un 
pli  de  sainteté  que  je  ne  veux  point  exposer  dans  mon  église 
cathédrale  (p.  59).  —  Lorsque  vous  écrirez  à  quelque  per- 
sonne que  ce  soit,  retranchez  votre  préambule  de  pédant  et 
de  père  contemplatif  (p.  54).  »  Telles  sont  les  aménités  que 
l'humble  neveu  reçoit  à  chaque  courrier.  Pour  collectionner 
ces  autographes  il  lui  fallait  un  goût  prononcé  pour  les  cho- 
ses amères.  Beaucoup  d'autres,  pour  concilier  le  respect  dû 
à  un  oncle  vénérable  avec  l'amour-propre  personnel,  recevant 
de  pareilles  épitres,  se  seraient  bornés  à  en  recueillir  les  cen- 
dres. La  perte  de  ces  leçons  d'une  politique  plus  mondaine 
que  sacrée,  écrites  de  bon  style,  eût  été  d'ailleurs  regrettable, 
et  nous  savons  gré  à  l'éditeur  de  nous  en  avoir  procuré  l'a- 
gréable lecture.  A.  A. 


Un  Moine  au  XIX^  siècle.  Dom  Paul  Piolin,  0.  S.  B. 
(1817-1892),  par  Joseph  Denais. 

Parmi  les  nombreuses  études  *  auxquelles  ne  manquera  pas 
de  donner  lieu  la  belle  vie  du  R.  P.  Dom  Paul  Piolin,  celle-ci, 
qui  vient  une  des  premières  et  de  la  plume  d'un  ami,  doit 
être  signalée  pour  les  détails  intimes  qu'elle  contient.  Les  ex- 
traits de  la  correspondance  du  savant  religieux  nous  révèlent 
ses  pensées  personnelles  sur  les  questions  et  les  faits  aux- 
quels il  fut  mêlé.  On  y  trouvera  aussi  l'expression  des  dou- 
leurs vivement  senties  qui  désolèrent  les  dernières  années  de 
sa  vie.  A.  A. 


1.  L'article  de  M.  l'abbé  Ledru,  notre  collègue,  publié  dans  la 
Semaine  du  Fidèle,  du  Mans,  doit  être  cité  entre  beaucoup  d'au- 
tres pour  sa  forme  Httéraire,  originale,  et  qui  tranche  si  nette- 
ment sur  toutes  les  banalités  d'usage. 


—  161  — 

Tableaux  généalogiques,  notices  et  documents  iné- 
dits sur  plusieurs  familles  de  Vitré  et  paroisses  envi- 
ronnantes, par  J.-C.  Frain  de  la  Gaulairie^  4*"  fascicule, 
1  br.  in-4*'  carré,  Vitré,  Lécuyer,  1892. 

Notre  collègue  M.  J.-C.  Frain  de  la  Gaulairie  vient  de  don- 
ner le  4®  fascicule  de  ses  recherches  sur  les  familles  de  Vitré. 
Cette  série  ne  le  cède  en  rien  aux  précédentes.  Nous  y  trou- 
vons des  documents  concernant  les  familles  Frain  de  la 
Motte,  de  Gennes,  de  Farcy,  Martin  de  Beaulieu,  Picot,  etc. 
Comme  nous  l'avons  déjà  dit  les  rapports  furent  toujours 
étroits  entre  le  pays  de  Vitré  et  celui  ae  Laval,  et  nous  trou- 
vons à  chaque  instant,  dans  les  Tableaux  généalogiques  de 
M.  Frain  de  la  Gaulairie,  des  détails  intéressants  pour  notre 
propre  histoire.  E.  M. 


Le  Doigt  de  la  morte,  par  M.  l'abbé  A.  Ledru,  1  broch. 
in-8^  Le  Mans,  Leguicheux,  1892. 

Dans  cette  plaquette  écrite  avec  beaucoup  de  verve  et  d'une 
agréable  lecture,  M.  l'abbé  A.  Ledru  a  voulu  recueillir  une 
tradition  constante  à  Précigné  et  déjà  enregistrée  parPesche 
dans  son  Dictionnaire  historique  du  département  de  la  Sar- 
the.  Il  s'agit  d'une  certaine  Grabrielle  Sigoigne,  femme  de 
Julien  Thieslin,  bourgeois,  sieur  de  Bonnes-Eaux,  qui,  inhu- 
mée mal  à  propos  en  1694  dans  le  cimetière  de  Précigné,  revint 
à  la  vie  la  nuit  suivante  au  moment  où  son  domestique  ayant 
ouvert  sa  bière,  cherchait  à  s'approprier  les  bijoux  qu'elle  por- 
tait aux  doigts.  Il  paraît  que  Gabrielle  Sigoigne  reprit  un 
tel  goût  à  lexistence  qu'elle  trépassa  seulement  quarante  ans 
plus  tard,  dans  sa  quatre-vingt-cinquième  année. 

M.  l'abbé  Ledru  a  su  tirer  un  excellent  parti  de  cette  anec- 
dote, qu'il  raconte  avec  une  bonhomie  voulue  et  un  grand 
charme  dans  les  détails.  E.  M. 


Ecrits  inédits  de  Saint-Simon,  publiés  sur  les  manus- 
crits conserç>és  au  dépôt  des  Affaires  étrangères,  par  M.  P. 
Fa  u  gère  ;  Tomes  VII  et  VIII,  publiés  par  le  V^^  S.  M  en- 
jot  d'FJbenne,  2  vol.  grand  in-8^,  Paris,  L.  Hachette  et 
C'%  1888-1893. 

On  sait  que  de  nombreux  écrits  de  Saint-Simon  étaient  en- 
fouis dans  les  cartons  des  Affaires  étrangères,  lorsqu'un 
diplomate,  érudit  et  littérateur  éminent,  qui  fut  pendant  long- 
temps directeur  des  archives  du  ministère,  M.  Prosper  Fâu- 


—  162  — 

gère,  entreprit  leur  publication.  Par  ses  soins  six  volumes 
parurent  sous  le  titre  d'Ecrits  inédits  de  Saint-Simon^ 
et  un  septième  était  sous  presse  quand  il  mourut  le  15  mars 
1887.  Mais  sa  veuve  ne  voulut  pas  qu'une  œuvre  consi- 
dérée déjà  comme  un  monument  restât  inachevée.  Elle  pria 
notre  collègue,  M.  S.  Meniot  d'Elbenne,  élève  et  ami  du 
défunt,  de  terminer  la  publication  commencée,  et  par  ce 
choix  qui  l'honorait  autant  que  celui  qui  en  était  l'objet,  elle 
assurait  à  M.  Prosper  Faugère  un  continuateur  digne  de  lui. 
L'admiration  avec  laquelle  M.  d'Elbenne  parle  de  Saint-Si- 
mon, le  pieux  respect  qu'il  a  voué  à  la  mémoire  de  M.  Pros- 
per Faugère,  prouvent  combien  il  était  prêt  pour  une  mission 
à  laquelle  ses  travaux  d'érudition  antérieurs  lui  donnaient 
d'ailleurs  tant  de  titres. 

Les  tomes  VII  et  VIII  des  Ecrits  inédits  de  Saint-Simon 
forment  la  dernière  partie  de'l'Histoire  de  la  Pairie. 

«  Dans  ces  volumes  Saint-Simon  ne  s'est  pas  contenté,  dit 
l'éditeur,  de  résumer,  en  les  critiquant,  les  notes  généalogi- 
ques de  du  Fourny  ;  il  a  peint  de  son  magique  pinceau,  le 
portrait  des  personnages  qu'il  a  rencontrés  sous  sa  plume  :  » 
Louis  XIII,  Mazarin,  Semblançay,  le  Cardinal  de  Retz, 
labbé  de  Rancé,  Roannois,  le  duc  de  la  Trémoïlle,  le  prince 
de  Carignan,  Marie  Touchet,  Diane  de  Poitiers,  la  marquise 
de  Verneuil,  Madame  de  Longueville,  M"^  de  la  Vallière, 
M""*  de  Montespan.  M'"'*  d'Humières,  M™*  de  Carignan,  M'"^ 
de  Verrue,  M"®  de  Nemours,  M"**  des  Ursins,  Lauzun,  le 
prince  de  Vaudémont,  de  Rieux  et  d'Armagnac,  le  chevalier 
de  Lorraine,  Marsan,  le  maréchal  de  Gyé,  Montbazon,  le 
chevalier  de  Rohan,  Sully,  Brissac,  Cossé,  Maillé,  Fronsac, 
la  duchesse  d'Uzès,  la  princesse  de  Vaudémont,  la  princesse 
d'Harcourt,  M™^*  de  Ldlebonne,  de  Soubise,  du  Lude,  de 
Vesins,  les  ducs  de  Saint-Simon  et  de  Luynes,  etc.  Encore 
ne  citons-nous  que  les  plus  remarquables.  Comme  l'éditeur, 
nous  renverrons  donc  le  lecteur  «  à  ces  pages  admirables 
auxquelles  peuvent  s'appliquer  si  justement  les  paroles  de 
Pascal  :  «  Quand  on  voit  le  style  naturel,  on  est  étonné  et 
ravi,  car  on  s'attendait  de  voir  un  auteur  et  on  trouve  un 
homme.  »  E.  M. 


Etudes  pour  servir  à  l'histoire  et  à  l'interprétation 
des  noms  de  lieux,  par  L.  Hicouart^  président  de  la  com- 
mission départementale  des  monuments  historiques.  Dépar- 
tement du  Pas-de-Calais.  Premier  fascicule  :  arrondissement 
d'Arras.  —  Anzin,  1891,  in-4''. 

Parmi  les  ouvrages  d'érudition,  dont  M.  Ricouart  vient 
d'enrichir  la  bibliothèque  de  notre  Commission,  celui-ci  mé- 


I 


—  163  — 

rite  d'être  signalé  tout  particulièrement  aux  lecteurs  et  aux 
travailleurs  ae  la  Mayenne.  Il  peut  en  effet  leur  servir  de 
modèle  et  leur  fournir  d'utiles  renseignements,  M.  Ricouart 
possède  une  compétence  toute  spéciale  pour  l'étude  des  noms 
de  lieux,  et  il  la  doit  autant  à  sa  connaissance  profonde  des 
langues  anciennes  et  des  idiomes  provinciaux,  qu'à  sa  mé- 
thode très-sûre,  très-rigoureuse,  appuyée  sur  des  textes  ori- 
ginaux et  soigneusement  contrôlés,  et  suivie  avec  une  pa- 
tience et  une  sagacité  vraiment  remarquables.  Aussi  les  ré- 
sultats obtenus  donnent-ils  beaucoup  plus  que  les  ét^molo- 
gies,  parfois  insolubles  pour  lui-même,  des  noms  de  lieux. 

«  Le  but  de  ces  études,  écrit-il,  n'est  point  exclusivement 
de  découvrir  ce  que  le  nom  d'un  lieu  signifie.  C'est  là  un 
point  accessoire.  Il  s'agit  principalement  de  constater  ce 
qu'il  a  été  aux  époques  anciennes  et  par  quelles  variations  il 
a  passé  pour  arriver  à  sa  forme  actuelle.  Ces  recherches 
dans  les  manuscrits  authentiques  permettent  d'identifier  cer- 
tains lieux  dont  l'emplacement  était  inconnu  ou  douteux, 
d'appliquer  les  faits  d  histoire  aux  territoires  qu'il  convient 
de  leur  attribuer,  de  déterminer,  par  exemple,  étant  connue 
la  situation  d'un  village  de  l'Artois,  dans  quelles  conditions 
s'y  est  livrée  une  bataille,  et  de  ne  plus  placer  ce  village  dans 
le  Vexin  ou  le  Vermandois  ;  en  un  mot  de  rétablir  la  vérité  his- 
torique et  topographique  en  faisant  justice  des  légendes.  » 

Tel  est  le  programme  de  cette  vaste  étude  ;  dans  son  ap- 
plication, l'auteur  met  à  généraliser  et  même  à  conclure  une 
prudence  dont  il  n'a  pas  toujours  trouvé  l'exemple  chez  ses 
devanciers  ;  il  donne  pour  chaque  nom  tous  les  textes  anciens 
authentiques  qu'il  a  pu  recueillir,  rapproche  les  formes  simi- 
laires, donne  des  preuves  indiscutables,  ou  présente  les  con- 
jectures les  plus  vraisemblables,  avouant  même  son  impuis- 
sance si  pour  certains  mots,  comme  pour  Bapaume,  il  ne 
peut  arriver  à  un  système  satisfaisant. 

La  Reçue  du  Maine  nous  a  offert  dernièrement  un  ingé- 
nieux article  de  M.  l'abbé  Coutard  sur  les  noms  de  lieux  de 
la  paroisse  de  Sainte-Sabine  au  canton  de  Conlie  ;  la  Géo- 
graphie de  Cauvin  contient  un  grand  nombre  de  formes  an- 
ciennes des  noms  du  Maine  ;  le  dictionnaire  de  M.  Léon  Maî- 
tre peut  servir  de  base  à  une  étude  des  noms  de  la  Mayenne, 
et  ce  vaste  répertoire  simplifie  singulièrement  ce  travail.  En 
parcourant  ce  premier  fascicule  des  noms  du  Pas-de-Calais, 
on  est  frappé  clu  grand  nombre  de  noms  de  la  Mayenne  qui  y 
trouvent  sinon  leurs  formes  identiques  au  moins  leurs  types 
correspondants  pour  la  formation  ou  l'étymologie  :  Athée, 
Estrée,  Ecurie,  la  Hervinière,  Bapaume,  fille,  la  Faverie, 
les  Sarts,  les  Essarts,  Ligneux,  Lignières,  Bailleul,  les  noms 
où  entre  le  radical  bar^  le  radical  gove  ou  gouve^  la  Hellière, 


—  164  — 

Bazouge  et  Bazougers  (page  103,  v«  La  Bazèque),  la  Herme- 
rie,  le  Hermet,  les  Buts,  la  Celle,  la  Beuverie  (noms  au  radi- 
cal bos.  p.  127),  Boyeau,  Boyelle,  Cherizay,  Courcelles,  FE- 
pinay,  î'Oisseau,  la  Fallu,  la  Palluele,  Senonnes,  Fourmus- 
son  (p.  173,  v<^  Famechon),  Hallay,*  le  Pas,  Pommerieux, 
Puisiers,  Fresnay,  Juvigné,  Thévalles  (p.  215,  v°  Thelus),  la 
Durie,  la  Durière  (p.  227,  v^'Dury),  Vitré,  etc.,  etc.,  je  ne  pré- 
tends pas  les  citer  tous. 

Ce  premier  fascicule  n'a  pas  de  table,  les  noms  de  lieux  y 
sont  rangés  par  ordre  alphabétique  dans  chacun  des  cantons 
de  l'arrondissement  d'Arras.  Nul  doute  que  Fouvrage  ne  soit 
terminé  par  une  bonne  table  qui  nous  révélera  bien  d'autres 
rapprochements  et  permettra  d'utiliser,  comme  elle  le  mérite, 
cette  savante  étude. 

J.-M.  Richard. 


On  demande  le  concours  bienveillant  des  lecteurs  du  Bul- 
letin pour  parvenir  à  identifier  les  mots  en  italiaue  des  textes 
suivants  que  nous  empruntons  au  Cartulaire  d'Evron. 

Raoul  Le  Flamant  donne  à  l'abbaye  les  dîmes  qu'il  possède 
dans  la  paroisse  d'Oisseau.  «  Scilicet  in  Momerino,  Morte- 
riis,  etc..  »  (page  105  du  Cartulaire). 

1219.  Savary  d'Anthenaise  donne  à  un  prieuré  dépendant 
d'Evron  qui  n'a  pas  subsisté  mais  qui  était  situé  à  Mésan- 
gers  : 

«  Terram  de  Cruce^  sitam  inter  ^>iam  quadrigariam  et 
aquam  de  Sarcitores  et  fossala  heremitorum.  » 

1226.  Il  y  avait  procès  entre  le  seigneur  de  Mayenne  et  les 
religieux  au  sujet  de  la  propriété  des  rives  de  l'Aron  depuis 
sa  source  «  videlicet  a  nemore  de  Crosbeu^  »  jusqu'au  village 
du  Teil. 

Nous  ferons  remarquer  à  propos  de  ce  dernier  texte  que 
M.  Gérault  y  a  fait  confusion  de  1  Aron  avec  FErve. 


La  liste  des  ouvrages  offerts  à  la  Commission  sera 
insérée  à  cette  place,  sans  préjudice  du  compte-rendu 
qui  sera  fait  de  tout  ouvrage  intéressant  le  Maine  dont 
elle  aura  reçu  deux  exemplaires. 


Le  Secrétaire  Général,  f-  /•  de  Gérant  (Loi  du  29  juillet  188 î). 

E.    MOREAU. 


LE  BULLETIN  DE  LA  COMMISSION  HISTOBiaUE  ET 
ARCHÉOLOGIQUE    DE   LA    MAYENNE   paraît   tous  Jea. 
trimestres   en  livraisons  comptant  environ  i28  pages. 
Il  forme  deux  volumes  par  an. 

Il  donne  des  gravures  et  illustrations  aussi  souvent 
que  le  permettent  les  sujets  traités  et  les  ressources  dont 

il  dispose. 

Les  personnes  étrangères  à  la  Commission  peuvent  s'y 
abonner  comme  à  toute  publication  périodique. 

Le  prix  de  l'abonnement  est  de  DIX  FRANCS  par  an. 

Les  engagements  pour  cotisations  ou  abonnements 
continuent  de  plein  droit  s'ils  ne  sont  pas  dénoncés 
avant  le  i^'^  janvier. 


Il  reste  encore  quelques  exemplaires  des  tomes  III, 
IV  et  V  de  la  première  série,  qui  sont  en  vente  au  prix 
de  six  francs  le  volume. 


Les  tomes  I,  II.  ni,  IV  et  V  de  la  2^  série  sont  en  vente 
au  prix  de  12  francs  l'année. 


BXJLLETIlSr 


DE  LA  COMMISSION 


DE    LA    MAYENNE 


CRÉÉE    PAR    ARRÊTÉ    PRÉFECTORAL    DU    17    JANVIER    1878. 


DEUXIEME  KKRIE 
TOME      SIXIÈMK 

1893 


LAVAL 

IMt>HIMERIE    DE    II.     LEROUX 

1893 


IMRQ'mr    nv    /!«(>'-> 


SOMMAIRE  : 

David  Rivault  de   Fleiirance  et  les  autres   précepteurs  de 

Louis  XIII,  par  M.  l'abbé  A.  Anis. 1^5 

Recherches  sur  Saint-Denis-de-Gastines.  par  M.  A.  Faucon.       195 
Quelques  notes  sur  l'ancienne  chapelle  et  la  seigneurie  de 

Gastines,  en  Molières,  près  Chemazé,  par  M.  R.  Gadbin.       214 
Sigillographie  des  Seigneurs  de   Craon,  par  MM.  A.  Ber- 
trand DE  Broussillon  et  Paul  de  F4RC y  (Suite) ....      220 
Documents  inédits  pour  servir  à  l'histoire  de  Ghâteau-Gon- 

tier,  par  M.  André  Joubert •     .     .     . 

La  Justice  à  sang  (1405),  par  M.  A 300 

Procès-verbal  de  la  séance  du  18  octobre  1892 303 

Bibliographie  :  Simon  et  David  de  H eemsce,  peintres-ver- 
riers à  Moulay  (Mayenne)  1543-1567.  par  M.  l'abbé 
Angot;  —  Documents  authentiques  pour  servir  à  l'his- 
toire de  la  constitution  civile  du  clergé  dans  le  dépar- 
tement de  la  Mayenne,  par  M.  F.  Lecoq  ;  —  La  ville 
rouge  de  Tennie.  par  M.  F.  Liger  ;  -  Ce  qu'étaient  les 
puits  funéraires,  note  de  M.  G.  Fleury  ;  -  Inventaire 
des  Archives  des  chàteaiu:  bretons;  Archives  du  châ- 
teau de  Saffré,  1394-1610,  publiées  par  le  marquis  de 
1  EstourbeiUon 

Gravures  : 

4.  Canon  à  vapeur,  de  David  Rivault ^^' 

2.  Sceau  de  Guillaume    IL    1379 ^^^ 

3.  Sceau  de  Guillaume  II,  1383 ^^^ 

4.  Sceau  de  Guillaume  II,  1388-1401 ^f^ 

5.  Sceau  de  Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld,  1383.     .     •     .  230 

6.  Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1348 ^ 

7.  Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1353 

8.  Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1392 ^ 

9.  Sceau  d'AimeryOdard,  1330 ^ 

10.  Sceau  de  Jean  de  Hangest,  1392 

11.  Sceau  de  Jean  de  Hangest.  1410 ^3 

12.  Sceau  de  Jean  d'Auvilleis,  huissier  au  Parlement,  1402.  239 

13.  Sceau  de  Jean   de  Montbazon,  1405 ^^ 

14.  Sceau  de  Jean  de  Montagu,  1393 ^ 

15.  Sceau  de  Jean  de  Montagu,  1406. 


DAVID   RIVAULT 

DE  FLEURANGE 

ET     LES     AUTRES     PRÉCEPTEURS     DE     LOUIS     XIII 


A  la  mémoire  de  M.  Jules  Le  Fizelier,  ancien  secrétaire 
général  de  la  Commission  historique  et  archéologique  de  la 
Mayenne,  qui,  plusieurs  années  durant,  avec  un  savant 
ami(l),  recueillit  les  meilleurs  documents  de  cette  étude  ; 
—  à  tous  ceux  qui  m'ont  honoré  et  aidé  de  leurs  bienveil- 
lantes communications  (2).  —  A.  F.  A. 


CHAPITRE   I 

Un  portrait.  —  David  Rivault  de  Fleurance.  —  Sa  naissance.  —  Sa  famille  : 
•  Gilles  Rivault  ;  —  Mathieu  Rivault  vient  habiter  à  Laval.  —  Education  de 
David  Rivault.  —  Ses  «  Estais.  » 

Dans  la  riche  galerie  de  portraits  du  château  de  Thé- 
valles^  il  en  est  un  qui  ressort  singulièrement  et  attire 
l'attention. 

Il  représente  un  personnage  moitié  clerc,  moitié  laï- 
que, portant  soutane,  manteau  long  et  collerette,  assis 


1.  M.  Bertrand  de  Broussillon. 

2.  Qu'il  me  soit  permis  de  remercier  spécialement  ici,  d'une 
part  M.  le  secrétaire  général  de  la  Commission  historique  et  ar- 
chéologique de  la  Mayenne  et  M.  le  conservateur  de  la  Bibliothè- 
que publique  de  Laval  ;  d'autre  part  M'"^  la  marquise  de  la  Ro- 
chelambert  et  M'"e  la  comtesse  de  Valon,  arrière-petites  nièces  de 
David  Rivault,  qui  ont  si  obligeamment  mis  à  notre  disposition 
leurs  archives  du  château  de  Thévalles. 

3.  Résidence  des  la  Rochelambert  en  Ghemeré-le-Roi  (Mayenne). 

11 


—  166  — 

dans  un  fauteuil  cramoisi,  appuyant  légèrement  la  main 
droite  sur  une  table  où  Ton  voit  quelques  livres,  et  la 
gauche  nonchalamment  posée  sur  un  volume  debout, 
dont  l'extrémité  repose  sur  Fun  des  genoux.  Cette  main 
est  assez  courte,  forte  et  potelée,  avec  des  doigts  élé- 
gamment effilés.  Elle  est  également  propre  à  tenir  la 
plume  et  l'épée.  Le  corps  est  bien  pris.  Entre  les  épau- 
les, larges  sans  trop  de  saillie,  la  tête  est  solidement 
campée.  Les  traits  sont  réguliers,  les  sourcils  marqués, 
mais  séparés,  les  lèvres  fines.  Le  front  est  droit, 
moyen,  encadré  de  cheveux  naturels  et  disposés  sans 
prétention  ni  afféterie.  La  barbe,  rare,  apparaît  à  la 
raToustache  et  au  menton.  L'œil  clair,  ni  trop  vif  ni 
éteint,  promène  sur  la  salle  un  regard  assuré.  Le  teint, 
fortement  coloré,  tenant  du  rouge  et  du  bronzé,  dénote 
un  tempérament  sanguin-bilieux.  Il  y  a  de  Faisance  et 
de  l'aplomb  à  cette  fenêtre  du  Louvre  dont  une  colonne 
est  là,  à  gauche,  supportant  un  ample  rideau  et  laissant 
apercevoir,  dans  une  échappée  par  delà  la  Seine,  le  palais 
de  l'Institut.  L'ensemble  exprime  la  fermeté,  la  résolu- 
tion, la  réflexion  et  le  sérieux.  Ce  n'est  pas  un  poète 
inspiré  ni  un  philosophe  de  race,  mais  un  bon  esprit, 
largement  ouvert,  qui  a  beaucoup  vu,  appris,  compulsé 
et  classé  :  c'est  David  Rivault  de  Fleurance,  conseiller 
d'état  et  précepteur  de  Sa  Majesté  Louis  XIII  ^ 
David  Rivault,  seigneur  de  Fleurance  2,  naquit  dans 


1.  Qu'il  ait  pris  ou  non  son  sujet  sur  nature,  l'artiste  a  au 
moins  admirablement  compris  David  Rivault.  On  peut  contester 
l'authenticité  des  traits;  mais  la  physionomie  morale  est  parfaite- 
ment rendue,  telle  qu'elle  nous  est  apparue,  à  travers  la  vie  et 
les  écrits  de  cet  érudit  de  mérite.  Une  inscription,  placée  dans 
un  des  côtés  du  tableau,  est  postérieure  à  David  Rivault.  —  Il 
est  d'ailleurs  certain  que  ce  portrait  existe  depuis  longtemps  dans 
la  famille  de  la  Rochelambert. 

2.  C'est  le  nom  d'une  ferme  de  Saint-Léger  (Mayenne).  —  On 
écrit  aussi  Fleurance  et  Flurance.  Nous  nous  conformons  à  l'or- 
thographe la  plus  usuelle. 


-  167  - 

le  troisième  quart  du  XVI®  siècle  ^  très  probablement 
à  la  Cropte^,  où  son  père,  Pierre  Rivault '^.  fut  gouver- 
neur du  château^.  Il  eut  pour  mère  Magdeleine  Gau- 
tier, fille  de  Julien  Gautier,  sieur  des  Coyers,  bailli  de 
Sainte-Suzanne^. 

Il  avait  trois  frères  et  une  sœur  :  deux  aînés,  Pierre, 
sieur  de  Beauvais,  établi  à  Sillé,  et  Jean,  sieur  de  la 
Clémencerie  ;  un  plus  jeune,  Gabriel,  dit  le  capitaine  de 
la  Rallais,  et  enfm  Marie,  qui  épousa  Raoul  Planche,  de- 
meurant à  Laval  ^. 

Sa  famille  est  ancienne  et  originaire  de  Bretagne". 
Dès  1375  un  Guillaume  Rivault  faisait  partie  d'une  mon- 
tre d'Olivier  de  Clisson  en  qualité  d'écuyer^.  Nous  trou- 
vons encore  Guillaume  et  Perrotin  Rivault  dans  la  mon- 
tre de  février  en  la  même  année.  Le  nom  de  Rivault  est 
ainsi  mentionné  bien  des  fois  pendant  presque  un  siècle''. 

1.  D'après  Ménage  (Ohs.  sur  Malherbe),  qui  fixe  sa  mort  en 
1616,  à  l'âge  de  45  ans.  il  serait  né  exactement  en  1571. 

2.  Cf.  Ménage,  Observations  sur  Malherbe,  liv.  IV,  Œuv.  de 
Malherbe,  t.  II,  Paris,  Barbou,  1722.  —  Jules  Le  Fizelier,  Mémoi- 
res chronologiques  de  Maucourt  de  Bourjolly,  II,  n»  1,  p.  36; 
Laval,  Moreau,  1886;  —  Hauréau,  Histoire  littéraire  du  Maine, 
t.  III,  in-8"^,  1852.  —  Sur  un  acte  de  prise  de  possession  par  un 
nouveau  titulaire  du  prieuré  de  la  Gropte  figure  la  signature 
de  Pierre  Rivault.  (Présentation  par  Etienne  Lebreton,  procureur- 
syndic  de  l'église,  paroisse  et  paroissien  de  la  Cropte,  par  Gilles 
Jardin,  curé,  Jean  Hahier,  Pierre  Laurens,  Pierre  Masson,  Jean 
Lemoyne,  Jean  Guichard.  Sylvestre  Gilles  prêtre,  Pierre  Rivault, 
fermier  de  la  seigneurie,  de  la  chapelle  de  Chenevelle  en  l'église 
de  la  Gropte.  —  Acte  passé  devant  Ghalopin,  notaire  à  Gossé-en- 
Ghampagne,  19  septembre  1568  (Gomm.  par  M.  l'abbé  Angot). 

3.  Décédé  en  1592  et  enterré  dans  l'église  de  Vaiges  (Gf.  Piè- 
ces just.  A,  généal.  des  Rivault  et  des  Douart). 

4.  Il  ne  reste  du  château  de  la  Gropte  que  deux  salles  voûtées, 
presque  souterraines,  servant  de  caves,  recouvertes  d'arbres  et 
de  broussailles.  —  La  Gropte,  com.  de  630  hab.  à  24  kilom.  E.  de 
de  Laval  (Mayenne). 

5.  Gf.  Pièces  justificatives  A. 

6.  Ibid. 

7.  Gf.  Dom  Morice,  Histoire  de  Bretagne,  Preuves,  passim, 
Paris  1744. 

8. 

9.  Ibid.,  p.  101. 


—  168  — 

Cette  maison  est  noble.  Les  armoriaux  de  Bretagne 
et  les  lettres  de  relief  et  rétablissement  obtenues  en 
1604  par  Jean  et  David  Rivault  le  prouvent  assez  *. 

Le  plus  illustre  des  Rivault  de  Bretagne  fut  Gilles, 
sieur  de  Kérisac  près  de  Guingamp.  A  la  mort  de  Mar- 
guerite d'Orléans,  mère  du  duc  François  II,  il  figure 
déjà  dans  le  deuil  annoncé  aux  grands  seigneurs  de  la 
cour  (1466),  et  en  1484  il  est  au  nombre  des  seigneurs 
qui  poursuivent  Pierre  Landais.  «  Gilles  Rivault,  »  à  la 
suite  de  François  de  Laval,  va  les  rejoindre  à  Ancenis, 
après  leur  échec  devant  le  château  de  Nantes  2. 

Soit  qu'il  ait  craint  une  situation  difficile  à  la  cour  du 
duc,  même  après  la  grâce  accordée  par  François  II,  à  la 
chute  de  Pierre  Landais,  ou  qu'il  ait  préféré  prendre 
du  service  ailleurs,  Gilles  Rivault  se  mit  à  la  disposi- 
tion de  Charles  VIII. 

Il  profita  habilement  des  intentions  du  roi,  qui  vou- 
lait se  créer  des  partisans  en  Bretagne,  et  se  poussa 
dans  ses  bonnes  grâces  3.  Bientôt  il  est  fait  capitaine  de 
cent  hommes,  s'emploie  auprès  de  Mérien  Chéro  pour 
lui  faire  rendre  la  place  de  Guingamp  (1487),  ^  et  est 
nommé  maître  d'hôtel  du  roi  ^.  C'est  un  homme  de  con- 
fiance que  la  cour  de  France  envoie  en  1490  avec  Gilles 
du  Mâs  et  le  seigneur  d'Apremont,  dit  le  Canonzac,  au 
pays  ((  du  Maine,  d'Anjou  et  lizières  prochaines    de  la 

1.  Cf.  Pièces  justif.  B.  Lettres  de  relief  et  rétablissement  de 
noblesse  de  Jean  et  David  de  Rivault  (Arch.  de  Tliévalles)  et 
Réform.  de  15^3,  Rivault  s*-  de  Kérisac  et  de  Kermelven,  paroisse 
de  Plouisy,  év.  de  Tréguier.  —  Les  Rivault  portent  :  D'argent  à 
la  fasce  d'azur  surmontée  d'une  fleur  de  lys  de  gueules  (Pottier 
de  Gourcy,  Nobil.  et  Arm.  de  Bretagne,  2®  éd). 

2.  Cf.  Dom  Lobineau,  Histoire  de  Bretagne,  I,  p.  41,  in-f°, 
Paris,  1707. 

3.  Cf.  Ibidem  et  A.  Dupuy,  Histoire  de  la  Réunion  de  la  Breta- 
gne à  la  France,  II,  Paris,  Hachette,  1880. 

4.  Cf.  Dom  Lobineau,  op.  cit.,  I,  p.  771. 

5.  Cf.  Extrait  coUationné  du  compte  de  1492,  délivré  à  David 
Rivault  en  1614  (Arch.  de  la  Renaudière),  et  Lettres  de  Relief, 
Pièces  just.  B.  ci-infra. 


-  169  - 

frontière  de  Bretagne  du  côté  d'Anjou,  le  Maine  et  Poi- 
tou ))  pour  visiter  les  garnisons  et  les  forteresses'.  Un 
peu  plus  tard,  Jean,  évêque  d'Angers,  donnait  à  ce 
même  «  Gilles  Rivault,  maistr'e  d'hostel  du  roi,  »  la 
«  garde  et  capitainerie  »  de  son  château  de  Ghalonnes  -. 

C'était  un  homme  en  vue,  considéré,  capable  de  faire 
honneur  aux  siens  et  de  bien  établir  ses  enfants,  Ma- 
thieu, son  fils,  et  sa  fille,  qu'il  maria  au  seigneur  de  la 
Botteleraye,  près  de  Redon  en  Bretagne. 

Mais  le  fils,  compromis  à  Poitiers  dans  une  bagarre 
où  le  sang  coula,  fut  deshérité  par  son  père  au  profit  de 
sa  sœur  et  se  retira  à  Laval,  où,  pour  vivre,  il  se  livra 
au  commerce  3.  Il  mourut  dans  cette  ville,  en  1522,  lais- 
sant quatre  enfants,  dont  l'aîné,  Gabriel,  se  livra  au 
commerce  comme  son  père. 

Toutefois  Pierre  Rivault,  sieur  de  la  Rallais,  fils  aîné 
de  Gabriel,  reprend  le  métier  des  armes  et  sert  sous 
Goligny,  d'Andelot  et  le  comte  de  Laval,  qui  le  nomme 
gouverneur  du  château  de  la  Cropte^.  Pierre  Rivault 
fut  le  père  de  David  Rivault,  précepteur  de  Louis  XIIL 

Pierre  et  Gabriel,  frères  de  David  Rivault,  périrent 
dans  les  troubles  «  ez  armées  de  Bretagne  '^.   » 

Malgré  l'autorité  de  la  supplique  de  1614  6,  il  est  cer- 
tain que  Gabriel  Rivault,  dit  la  Rallais,  combattit  au 
moins  un  moment  dans  les  armées  de  la  Ligue.  En  ré- 
compense de  ses  services,  le  15  août  1589,  le  duc  de 
Mercœur  lui  donne  pour  une  année  les  revenus  du  prieuré 


1.  Commission  du  2  mars  1490  (Arch.  du  château  de  la  Renau- 
dière). 

2.  Mandement  du  12  mars  1^91  (Archives  de  Thévalles).  — 
Ghalonnes,  auj,  cli.-l.  de  canton  (Maine-et-Loire)  à  18  kilom. 
S.  0.  d'Angers. 

3.  Cf.  Pièc.  just.  B. 

4.  Ibid. 

5.  Ibid. 

6.  Voir  pièces  just.  B. 


-  170  — 

de  Vaiges  ;  et  le  15  novembre  1591  le  seigneur  de  Bois- 
Dauphin  autorise  son  chirurgien  René  Joubert  à  préle- 
ver l'équivalent  d'une  somme  de  80^  qui  lui  reste  due 
par  «  défunt  Rallais,  l'un  de  ses  capitaines'.  » 

Il  ne  faudrait  du  reste  pas  s'étonner  que  des  membres 
d'une  même  famille  aient,  pendant  ces  époques  troublées, 
porté  les  armes  dans  des  camps  opposés. 

Pour  David  Rivault,  nous  ne  le  voyons  figurer  dans 
aucun  des  combats  qu'on  se  livre  çà  et  là.  Elevé  près 
de  Guy  XX  -,  François  de  Coligny,  fds  de  Paul  de  Co- 
ligny  et  d'Anne  d'Alègre,  il  fut  néanmoins,  comme  tout 
bon  gentilhomme  de  ce  temps,  formé.à  porter  les  armes  ^. 
Mais  ce  fut  sans  négliger  l'étude  des  lettres  études 
sciences.  On  sent  que  son  instruction  et  son  éducation 
avaient  été  très  soignées.  A  un  âge  où  d'ordinaire  l'on 
ne  fait  guère  qu'apprendre,  il  était  déjà  en  mesure  de 
composer  et  il  en  donnait  des  preuves  ^. 

Quels  ont  été  ses  maîtres  ?  Où  a-t-il  fait  ses  études  ? 
Aucun  document  ne  nous  l'apprend.  Profita-t-il  des  le- 
çons données  au  jeune  comte  de  Laval  ?  On  pourrait  le 
conjecturer  d'après  les  historiens  qui  affirment  qu'il  fut 
élevé  auprès  de  lui^.  Cependant  le  choix  de  précepteurs 


1.  Pièces  just.  G. 

1.  Nous  nous  conformons  à  cette  manière  de  compter  en  usage, 
bien  qu'elle  manque  d'exactitude.  —  Anne  d'Alègre,  mère  de 
Guy  XX,  se  remaria  au  maréchal  de  Fervaques. 

2.  Gf.  Hauréau,  op.  cit.  —  Gouanier  de  Launay>  Hist.  de  Laval, 
p.  379.  —  Ménage,  Observations  sur  Malherbe,  liv.  IV,  Œuvres 
de  Malherbe,  t.  II,  p.  230  et  s.  Paris,  Barbou,  1722.  —  Il  faut  en- 
tendre l'expression  élevé  dans  un  sens  très  large.  D.  Rivault 
avait  environ  dix  ans  à  la  naissance  de  Guy  XX.  Nous  n'enten- 
dons du  reste  pas  parler  du  temps  où  Anne  d'Alègre  emmena  son 
fils  à  Sedan  pour  l'y  faire  élever  plus  commodément  et  plus  sûre- 
ment dans  le  protestantisme.  David  Rivault  se  montra  toujours 
bon  catholique  et  ne  fut  peut-être  pas  complètement  étranger  à 
la  conversion  de  Guy  XX,  le  21  avril  1605.  Gi-infra. 

3.  Témoin  la  pubhcation  des  «  Estats,  »  qui  avaient  été  précé- 
dés d'un  poème,  resté  probablement  manuscrit.  Voir  ci-après. 

4.  Gf.  infra. 


-  171  — 

fait  par  Anne  d'Alègre,  ardente  protestante,  et  une  no- 
table différence  d'âge  *  semblent  combattre  Thypothèse 
de  maîtres  communs  au  comte  et  à  David  Rivault,  même 
si  Ton  considère,  comme  cela  est  vrai,  que  François  de 
Coligny  «  à  seize  ans,  avait  appris  ce  que  savent  à  peine 
ceux  qui  ne  font  profession  que  d'étude-.   » 

Quoi  qu'il  en  soit,  David  Rivault  passa  peut-être,  vers 
1595,  quelque  temps  à  Lyon  où  il  publia  ses  «  Estais^.  » 

«  C'est,  dit  M.  Hauréau,  une  œuvre  d'un  jeune 
homme  qui  a  peu  refléchi  sur  les  principes  ^.  » 

De  fait,  l'auteur  n'avait  guère  que  vingt-cinq  ans  ; 
mais  il  possédait  une  érudition  qui  s'affirme  par  un  vrai 
luxe  de  citations,  et  il  n'était  probablement  pas  un  débu- 
tant dans  le  monde  des  lettres.  Lui-même  nous  dit^  qu'il 
avait  écrit  un  poème  «  Le  Fasché  amoureux,  »  dont 
il  extrait  ces  vers  :  — ^  ils  en  valent  bien  d'autres  de 
l'époque  : 

«  C'est  le  rayon  de  la  divine  essence, 

«  Qui  donne  à  l'homme  une  telle  puissance, 

«  Le  saint  cachet  du  visage  éternel 

«  Empraint  au  front  de  tout  homme  movtel, 

«  Portrait  lequel  toute  autre  créature 

«  Craint  et  honore  en  l'humaine  nature. 

&  Tout  ce  qui  vit  soubs  le  céleste  essieu 

«  Respecte  l'homme  effigi'  de  son  Dieu. 

«  Pour  ce  respect  sur  l'éléphant  il  monte 

«  Grand  animal,  l'attrape,  prend  et  domte, 


1.  François  de  Coligny,  Guy  XX  de  Laval,  naquit  le  5  mai 
1585. 

2.  L'abbé  A.  Angot,  op.  cit.,  p.  38. 

3.  «  Les  Estais  esquels  il  est  discouru  du  prince,  du  noble  et 
du  tiers-estat,  conformément  à  notre  temps.  Au  grand  Henry, 
roy  de  France  et  de  Navarre,  par  D.  J.  R.  de  Flurance.  A  Lyon, 
par  Benoist  lligaud.  »  1  vol.  in-16  1595. 

4.  Hist.  litt.  du  Maine,  III,  p.  333. 

5.  Les  Estats,  p.  239. 


—  172  — 

«  Vainc  la  fierté  du  lyon  rugissant, 
«  Tire  secours  du  cheval  bondissant  *. 

Le  poème  avait-il  été  imprimé  ?  ou  bien  était-il  resté 
manuscrit  pour  être  communiqué  à  quelques  amis  privi- 
légiés ?  Nous  ne  saurions  le  dire,  mais  celui  qui  avait 
ainsi  compris  la  dignité  de  l'homme  et  son  rang  dans  la 
création,  avait  bien  quelque  qualité  pour  apprécier  les 
conditions  des  personnes,  et  écrire  «  les  Estais.   » 

Dans  ce  traité  philosophico-politique  il  se  montre  sans 
conteste  royaliste  convaincu.  «  Le  souvenir  des  maux 
causés  par  Fanarchie^  »  n'en  est  sans  doute  pas  l'uni- 
que raison.  Royaliste,  monarchiste,  tout  le  monde  l'était 
alors  en  France.  Nous  ne  sommes  donc  aucunement 
surpris  de  voir  David  Rivault  abonder  en  ce  sens.  Il 
faut  même  lui  savoir  gré,  au  temps  où  les  idées  des 
Pères  de  Baie  avaient  encore  trop  cours  chez  nous,  d'une 
certaine  modération  dans  les  questions  politico-reli- 
gieuses. Est-ce  prudence?  Est-ce  modestie?  il  ne  dit 
rien  du  clergé  considéré  comme  corps.  La  place  de  ce- 
lui-ci était  pourtant  naturellement  marquée  dans  un  ou- 
vrage de  ce  genre. 

Certainement  l'auteur  voulait  être  agréable  au  Roi,  et 
ne  pouvait  complètement  échapper  à  des  préjugés  de 
caste  3.  Nonobstant  ce,  il  se  permet  quelquefois  des 
façons  de  voir  très  personnelles  et  généreuses.  Le  désir, 
non  dissimulé,  de  travailler  à  cimenter  une  paix  qui 
allait  au  relèvement  de  la  France,  aurait  fait  pardonner 
ces  hardiesses  —  si  hardisse  il  y  eut  —  par  Henri  IV 
et  les  seigneurs.  Le  lecteur  du  XIX®  siècle  doit  à  son 


1.  Cf.  Le  Fasché  Amoureux,  par  R.  de  Fleurance,  livre  III. 

2.  Hauréau,  Op.  cit.,  III,  p.  333. 

3.  Si  son  grand-père  avait  dérogé,  David  Rivault,  par  ses  re- 
lations personnelles,  pouvait  néanmoins  se  considérer  comme  fai- 
sant partie  de  la  noblesse  dans  les  rangs  de  laquelle  il  devait 
bientôt  rentrer  officiellement.  V.  infra. 


-  473  — 

tour  de  l'indulgence  à  un  écrivain  qui  peut  le  choquer 
pour  des  raisons  différentes. 

On  jouissait  des  bienfaits  d'un  règne  réparateur 
avec  un  contentement  qui  doit  rayonner  en  ces  pages. 
Heureux,  David  Rivault  l'était;  enivré  et  ébloui,  nous 
ne  le  croyons  pas.  La  satisfaction  lui  laisse  toute  sa  li- 
berté d'esprit,  voire  d'appréciation,  et  le  roi  de  ses  rêves, 
dont  il  trace  le  portrait,  est  un  Saint  Louis  encore  plus 
qu'un  Henri  IV. 

Ce  prince  ne  méprise  pas  même  la  voix  du  peuple,  qui 
est  redoutable  quand  elle  crie  à  Dieu  contre  les  mau- 
vais rois  : 

«  Comme  pain  ils  nous  moulent  et  nous  mangent, 
«  Sans  que  vers  toy  un  moment  ils  se  rangent...  K 

Il  doit  surtout  se  souvenir  des  menaces  terribles  de 
Dieu  contre  les  tyrans  2.  Oui,  «  Dieu  tonne  sur  les  tes- 
tes eslevées  qui  l'excitent  à  courroux,  lesquelles  il  rase 
de  l'éclat  foudroyant  plustost  beaucoup  que  les  basses 
et  bien  peu  eslevées  de  fleur  de  terre  3.  » 

La  piété  du  roi  ne  sera  ni  feinte  ni  instrument  factice 
de  gouvernement  :  «  Il  faut  que  la  ferveur  et  le  zèle  pré- 
cèdent et  qu'après  le  roi  serve  Dieu^.  »  Le  bon  prince 
possède  et  exerce  la  puissance  nécessaire  à  ses  hautes 
fonctions  ;  mais  «  il  permet  qu'elle  passe  sous  la  justice 
des  lois 5.  ))  Il  n'est  ni  despote  ni  tyran;  «  il  ne  débande 
point  sa  cruauté  sur  le  peuple  6.  » 

Ce  n'est  point  un  être  à  part  et  séparé.  «  Le  parfaict 
roy  et  celuy  qui  est  le  plus  recevable  pour  chef  du  com- 

1.  Les  Estais,  p.  85.  —  Cf.  ps.  53,  5. 

2.  Cf.  Ezéchiel,  21,  et  Osée  6,  7,  cités  par  David  Rivault. 

3.  Les  Estais,  p.  87. 

4.  Ibid. 

5.  Ihid.,  p.  26. 

6.  Ibid.,  p.  6. 


—  174  — 

mandement  est  partie  de  la  République  et  comme  pre- 
mier citoyen  de  son  empire  *.  »  Il  a  le  respect  de  la  pro- 
bité et  des  bonnes  mœurs.  A  ce  point  de  vue,  «  il  est 
homme  réduit  et  resserré  es  conditions  d'un  humain  in- 
dividu 2.  »  Il  n'est  point  colère,  point  «  précipitant.  »  A 
tous  il  donne  «  l'exemple  d'une  parfaicte  gentillesse, 
sagesse  et  grandeur  de  courage  3.  «  Son  commandement 
est  comme  du  père  aux  enfants,  c'est-à-dire  plein  de 
charité  et  de  dilection^.  »  Le  bon  roi  est  clément^,  équi- 
table, même  au  prix  de  quelque  sacrifice  d'amour-pro- 
pre : 

a  Indigne  n'est  d'un  grand  roy  d'appaiser 
«  L'homme  privé  qu'il  a  fait  offenser  ^.  » 

Les  honneurs  et  les  récompenses,  qu'il  dispense  avec 
discernement,  lui  servent  à  stimuler  l'ardeur  et  à  glori- 
fier le  mérite.  Il  ménage  les  richesses  publiques.  La  ma- 
gnificence sied  bien  sur  le  trône.  Pourtant  là  encore 
point  ne  faut  d'excès  ;  «  ils  espuisent  les  trésors  qui 
doivent  rester  toujours  prests  à  la  nécessité  ''.  »  Quinze 
ans  plus  tard  la  leçon  eût  mérité  d'être  entendue  de  la 
reine-mère. 

Au  jugement  sûr  du  moraliste-philosophe,  s'ajoutent 
déjà  chez  David  Rivault  les  grandes  vues,  qui  décèlent 
la  compétence  du  futur  précepteur  d'un  roi. 

Qui  mieux  que  lui  comprit  la  dignité  que  doit  avoir 
un  prince  ?  Dignité  non  pas  d'apparence,  non  une  sorte 
de  vêtement  extérieur,  mais  bien  celle  qui  ressort  de  la 

1.  Les  Estais^  p.  28. 

2.  Ibid.,  p.  65. 

3.  Ihid.,1^.  77. 

4.  Ibid.,  p.  88. 

5.  Ibid. 

6.  Ibid.,  p.  92.  —  Cf.  Homère,  Iliade,  Gh.  XIX. 

7.  Les  Estais,  2^  dise.  p.  92. 


—  17S  — 

vertu  «  et  semble  plustost  honorer  la  dignité  du  trône 
que  d'estre  honoré  d'icelle  ^  »  Une  dignité  enfin  qu'orne 
la  culture  de  l'esprit.  Car  «  le  prince  ou  tout  autre  qui 
méprise  l'embellissement  de  l'esprit  se  prive  de  la  plus 
grande  et  plus  délicieuse  volupté  qu'on  puisse  gous- 
ter^.  »  La  moindre  parcelle  de  science  est  louable^.  Au 
contraire,  l'ignorance  «  est  mère  de  couardise  ou  pour 
le  moins  d'insuffisance  es  grands  princes^.  »  Regretta- 
bles chez  les  particuliers,  ces  défauts  deviennent  inqua- 
lifiables chez  le  roi,  qui  n'existe  que  pour  le  bien  des 
siens  et  de  l'humanité.  Or,  avec  eux,  il  n'a  plus  ni  pres- 
tige ni  autorité,  partant  plus  d'influence  salutaire. 

Sans  doute  le  peuple  doit  obéir,  même  au  souverain 
dépourvu  des  qualités  qui  lui  conviennent  ;  mais  celles-ci 
facilitent  singulièrement  chez  les  sujets  l'exercice  d'une 
vertu  toujours  difficile  à  observer,  et  qui  pourtant  s'im- 
pose. Rivault  ne  connaît  qu'une  raison  qui  puisse  «  es- 
mouvoir  un  peuple  à  briser  la  foi  envers  le  prince  »  : 
«  la  persécution  évidente  de  la  vraie  religion^.  »  Va-t-il 
jusqu'à  admettre  les  précautions  et  les  résistances  de  la 
Ligue?  Non 6.  Du  reste  il  se  tient  dans  une  grande  ré- 
serve à  se  sujet.  Mieux  valait  parler  «  des  cœurs  réunis 
par  un  général  oubly  dupasse,  des  volontés  rassemblées 
et  des  forces  rejointes^  ;  »  car  voilà  la  paix,  voilà  l'ordre 
qui  est  la  base  des  doctrines  politiques  de  l'auteur. 

L'exercice  et  la  stabilité  de  l'ordre  expliquent  et  justi- 
fient l'institution  de  la  noblesse^.  Les  rois,  ne  pouvant 
entrer  directement  en  relation  avec  tous  leurs  sujets,  se 

1.  fùid.,  p.  110. 

2.  Ibid.,  p.  114. 

3.  Ihid.,  p.  115. 

4.  Ihid.,  p.  117. 

5.  Les  Estais,  p.  168. 

6.  lùid.,  p.  168. 

7.  I/jid.,  p.  162. 

8.  Cf.  des  Estais,  passim,  4o  discours  du  Noble. 


—  176  — 

servirent  de  ministres  et  d'intermédiaires,  qui,  par  dé- 
légation, exercèrent  en  partie  l'autorité  royale  ^  D'autre 
part,  les  armes  sont,  principalement  dans  les  temps 
troublés,  une  garantie  de  sécurité  pour  les  princes  et  les 
États.  Il  était  bon  qu'une  classe  d'hommes  fût  là,  tou- 
jours prête  à  les  prendre  en  mains,  et  capable  de  sup- 
porter les  frais  de  la  guerre.  Telle  était  la  raison  d'être  de 
la  noblesse.  L'utilité  la  fît  instituer  et  la  vertu  la  con- 
serve. «  Noblesse  n'est  autre  chose  qu'une  reconnais- 
sance honorable  delà  qualité  des  hommes  vertueux 2.  » 
Elle  «  vit  en  honneur  ^.  »  Des  traditions  de  famille  con- 
courent à  l'entretenir^,  et  le  temps  la  grandit^.  Voici 
comment.  —  C'est  Rivault  qui  parle  et  non  pas  Saint- 
François  de  Sales,  dont  on  croirait  aisément  reconnaître 
la  voix  : 

«  Ainsi  que  l'ibis  ou  cigogne  noire,  devenue  vieille,  a  ex- 
halé tout  ce  qu'il  y  avait  de  forte  et  pesante  aleine,  et  lors  com- 
mence à  l'avoir  douce  et  aromatique  devenant  suave  plus  elle 
vieillit.  Ainsi  l'ancienne  noblesse  ".  » 

Mais  cet  heureux  résultat  n'est  obtenu  qu'au  prix  d'ef- 
forts de  vertus.  Autrement  le  noble  déchoit.  «  S'il  vient 
d'aventure  à  défaillir,  nécessairement  la  race  donne  du 
nez  en  terre  '^.  »  Le  vice  est  même  d'autant  plus  «  laid  et 
salle  en  luy  »  que  ses  ancêtres  lui  «  donnent  exemple  de 
bien  faire  8.  »  Aussi  qu'  «  aucun  ne  se  donne  par  le  nez 
d'une  vaine  persuasion  que  toutes  choses  luy  soient  licites 

1.  Ibid. 

2.  Les  Estais,  p.  266. 

3.  Ibid, 

4.  Ibid.,  p.  272. 

5.  Ibid.,  p.  279. 

6.  Ibid. 

7.  Ibid.,  p.  73. 

8.  Ibid.,  p.  282. 


1 


-  177  — 

pour  ce  qu'il  soit  né  d'une  race  anticque  ^  »  Il  doit  même 
s'attendre  à  d'autant  plus  de  sévérité  devant  l'opinion 
qu'on  est  en  droit  d'attendre  davantage  de  lui.  Noblesse 
oblige.  C'est  pourquoi  qu'il  ait  toujours  en  vue  ses  de- 
voirs d'état.  Il  ne  sera  ni  trop  dépensier  ni  trop  retenu 
en  la  «  chicheté,  »  car  il  ne  pourrait  ou  ne  voudrait 
subvenir  à  des  charges  qui  parfois  lui  incombent  2. 

L'un  perd  sa  noblesse  par  vice  et  vilenie,  et  l'autre 
devient  noble  «  après  avoir  bien  mérité  des  armes  ou 
des  lettres  'K  »  Pour  renouveler  le  corps  de  la  noblesse 
la  matière  ne  peut  manquer  en  France  ;  elle  n'est  autre 
«  que  la  vertu  de  l'homme  d'honneur  4,  »  de  cet  hon- 
neur, dis-je,  «  qui  doit  premièrement  estre  mesuré  à  la 
conscience  comme  à  la  bauge  universelle  5.  » 

Après  cela  dénierait-on  à  l'auteur  l'indépendance  de  la 
pensée  et  des  vues  parfois  très  justes  ?  Cette  partie  des 
«  Estais  »  est  cependant  l'une  des  plus  faibles  et  la  plus 
remplie  de  lieux  communs. 

Le  «  Discours  du  Tiers-Estat  »  est  semé  çà  et  là  d'i- 
dées plus  neuves. 

Il  s'ouvre  par  une  longue  dissertation  sur  le  commerce 
auquel  se  livrait  cet  ordre  à  l'exclusion  des  autres.  Ace 
propos  Rivault  émet  son  opinion  sur  la  découverte  de 
l'Amérique  qu'il  assimile  à  Tharsis  :  «  Que  Tharsis, 
écrit-il,  fust  l'Amérique...,  nous  le  pouvons  asseurer^'.  » 

Certes  on  ne  peut  plus  soutenir  qu'avant  Christophe 
Colomb  personne  n'avait  rencontré  le  nouveau  continent, 
ou  du  moins  quelques  iles  qui  l'avoisinent^.  Mais  pour  le 

1.  Ibid.,  p.  284. 

2.  Ibid.,  p.  234. 

3.  Les  Estais,  p.  286. 

4.  iSid. 

5.  Ibid. 

6.  Id.  ibid.,  p.  347. 

7.  On  sait  que  des  navigateurs  Scandinaves  abordèrent  en 
Amérique  du  Nord  longtemps  avant  le  XV®  siècle. 


—  178  - 

chemin  du  Brésil  ^  et  des  terres  de  FAmérique  méridio- 
nale, où  David  Rivault  veut  que  soient  allées  les  flottes 
d'Hiram,  il  faut  bien  avouer  qu'on  Tavait  profondément 
oublié,  si  jamais  on  l'avait  connu  dans  le  bassin  médi- 
terranéen. Loin  d'être  de  l'avis  de  notre  auteur,  les  in- 
terprètes bibliques  entendent  plutôt,  par  Tharsis,  l'an- 
cienne Tartessus  de  la  côte  d'Espagne  '^. 

Si  le  géographe  est  en  défaut,  le  penseur  reparaît 
bientôt  avec  avantage  :  c'est  pour  blâmer  un  préjugé  que 
Golbert  lui-même  ne  parviendra  pas  à  détruire  entière- 
ment. La  noblesse  se  contentait  d'  «  avoir  l'ornement  de 
cestevie^.  »  L'industrie  et  le  commerce  étaient  aban- 
donnés au  tiers-état.  Pourtant  «  au  commerce  des  mar- 
chands il  y  a  des  choses  belles  et  ceste  vocation  em- 
ployée en  grandes  affaires  approche  de  l'honneur^.  » 
Au  tiers  aussi  étaient  laissées  la  plupart  des  carrières 
libérales,  et,  le  plus  souvent,  le  culte  des  lettres  et  des 
sciences.  «  Car  au  grand  malheur  de  ce  siècle,  ajoute 
Rivault,  la  noblesse  dédaigne  tellement  cest  enrichisse- 
ment de  l'esprit,  ceste  illustration  de  l'âme,  que  rien  ne 
luy  semble  plus  vil  et  moins  à  priser  ^.  » 

Le  tiers  état,  qui  s'y  adonne,  a  en  main  «  la  religion,  la 
justice  et  la  médecine  ;  »  les  «  armes  même  ne  luy  sont 
pas  ostées^.  »  Dans  ces  charges  et  emplois,  il  mérite  bien 
de  l'état  et  du  peuple,  et  «  n'est  point  à  mespriser  tant 
et  à  dédaigner  qu'on  le  doive  mettre  soubs  le  pied 7.  »  A 

1.  Les  Estais,  p.  347. 

2.  Cf.  Sainte  Bible,  III,  Rois  X,  22.  —  Le  texte  hébreu  est 
susceptible  d'une  autre  interprétation.  Il  dit  seulement  que  les 
vaisseaux  étaient  des  vaisseaux  de  Tharsis.  (Gf,  Sainte  Bible, 
III,  Rois,  X,  22,  Paris,  Lethielleux,  note  au  verset  22  par  M.  Clair, 
et  M.  Vigouroux,  La  Bible  et  les  découvertes  modernes,  III,  p. 
522,  n.  5«).  • 

3.  Les  Estais,  p.  351. 

4.  Id.,  p.  353. 

5.  Les  Estais,  p.  357. 

6.  Id.  ibid. 

7.  Id.,  p.  360. 


-  179  - 

force  de  travail,  d'énergie  et  de  services  rendus  «  les 
petits  deviennent  grands,  et  les  hauts  —  qui  ne  font 
rien  —  s'abaissent  '.  » 

Néanmoins  il  est  une  classe  intéressante  et  sympa- 
thique que  son  labeur,  même  le  plus  opiniâtre,  ne  peut 
préserver  des  souffrances  et  des  rigueurs  de  la  triste 
nécessité  :  celle  des  paysans.  Pour  eux,  David  Rivault 
n'a  point  de  ces  mots  d'une  brutale  exagération  que  trou- 
vera La  Bruyère'^.  Il  n'en  constate  pas  moins  chez  eux 
un  état  déplorable,  qui  de  loin  rappelle  celui  des  ilotes. 
Nos  métayers,  dit-il,  a  osté  le  nom  d'esclave,  sont  en 
effet  bienpeu  moins  misérables  que  proprement  serfs  3.  » 
«  Le  cours  humain  a  retenu  le  paysan  aux  nécessités,  le 
marchand  à  l'utilité  et  le  noble  à  l'honneur  et  à  la  gloire 
de  cette  vie^.  »  Cette  phrase  résume  le  traité.  «  Elle  n'eût 
pas  été  sans  doute  écrite  par  Sieyès,  dit  M.  Hauréau; 
mais  elle  serait  à  sa  place  dans  V Esprit  des  lois  ^.  » 

Tel  quel,  l'ouvrage  prouve  déjà  chez  Rivault  une 
grande  maturité  d'esprit  et  un  talent  précoce.  Assuré- 
ment ne  lui  demandons  pas  la  perfection  du  style  que  ne 
pouvaient  donner  ni  un  auteur  de  vingt-cinq  ans,  ni 
l'état  de  la  langue.  Ecrivain  sérieux,  David  Rivault 
«  voulait  plustost  contenter  l'âme  que  délecter  l'au- 
reille  et  plustost  sonner  à  l'entendefTient  que  frétiller  à 
Fouie  ^.  »  Avouons  qu'il  aurait  pu  moins  bien  réussir. 

1.  Ici.  ibid. 

2.  «  L'on  voit  certains  animaux  farouches,  des  mâles  et  des 
femelles  répandus  par  la  campagne,  noirs,  livides,  et  tout  brûlés 
du  soleil,  attachés  à  la  terre  qu'ils  fouillent,  etc.  (Les  caractères 
de  ce  siècle.  —  De  llwmme).  —  La  Bruyère,  répondra-t-on  avec 
raiso*,  ne  se  sert  de  termes  si  forts  que  pour  mieux  faire  voir  le 
triste  sort  des  laboureurs. 

3.  Les  Estais,  p.  365*: 

4.  Idem. 

5.  Ilist.  litt.  du  Maine,  III,  p.  333. 

6.  D.  llivault,  Les  Estats,  épitre,  sans  pagination. 


—  180  — 


CHAPITRE  II 


Premiers  voyages  de  David  Rivault.  —  Ses  relations  avec  le  monde  savant.  — 
Il  est  nommé  gentilhomme  de  la  chambre  du  Roi.  —  Les  «  Eléments  de  VAr- 
tillerie.  »  —  Expédition  en  Hongrie  avec  Guy  XX  de  Laval.  —  Voyage  à  Li- 
sieux.  —  Deuxième  édition  des  «  Eléments  de  VArtillerie.  >  —  L'arquebuse  à 
air  comprimé  et  le  canon  qui  ne  se  charge  que  d'eau  pure.  —  h' Art  d'embellir. 


Pour  les  cinq  ou  six  années  qui  suivirent  la  publica- 
tion des  Estais^  nous  sommes,  au  sujet  de  l'auteur, 
réduits  à  de  rares  documents  d'un  laconisme  désolant. 

Nous  savons  que  David  Rivault  fit  un  voyage  en 
Italie,  où  il  s'éprit  de  plus  en  plus  de  l'amour  de  l'étude  ; 
puis,  un  autre  en  Hollande,  vers  la  fin  de  l'an  1602.  A 
Leyde  il  visita  le  docte  Scaliger,  qui  l'accueillit  avec 
bienveillance*. 

Rivault  entrait  ainsi  en  relations  avec  le  monde  savant 
qui  l'apprécia  2.  A  Paris  il  s'était  déjà  lié  avec  Casau- 
bon  ;  il  ne  fut  pas  complètement  étranger  à  la  publication 
d'une  traduction  d'Abou-Abaïd^  par  le  célèbre  orienta- 
liste Erpénius. 

A  son  retour  de  Hollande,  notre  Lavallois  fut  nommé, 
par  Henri  IV,  gentilhomme  ordinaire  de  sa  chambre, 
par  brevet  du  20  novembre  1603  ^.  On  peut  croire  que  le 
roi  voulait  récompenser  l'auteur  des  Estais  ;  mais  il 
n'est  pas  défendu  de  voir  en  cette  marque  de  distinction 


1.  Cf.  Epistolœ  J.  Scaligeri,  de  Leyde,  1604,  liv.  H. 

2.  Erpénius  l'appelait  «  virclarissimus  doctissimusque.  »  Cité 
par  Hauréau,  op.  cit.,  HI,  p.  334. 

3.  Arabe,  auteur  d'un  Recueil  de  proverbes. 

4.  Cf.  Brevet  de  nom.  aux  pièces  justif.  ci-inf.  E. 


—  181  - 

la  reconnaissance  d'autres  «  bons  et  agréables  ser- 
vices' »  et  le  dessein,  du  reste  avoué,  d'  «  approcher-  » 
le  jeune  Rivault  de  sa  personne. 

Ces  encouragements  ne  restèrent  pas  sans  effets.  Le 
jeune  savant  se  remit  à  Tœuvre,  et,  trois  ans  plus  tard, 
il  livrait  au  public  et  principalement  aux  hommes  de 
guerre,  ses  «  Eléments  de  l'Artillerie^.  » 

L'ouvrage  est  dédié  «  à  messire  Maximilian  de  Bé- 
thune  ^,  grand  maistre  de  l'artillerie,  »  de  la  famille  de 
Gonon  de  Béthune,  «  maréchal  de  Gonstantinople  et 
grand  maistre  de  l'artillerie  »  au  temps  de  l'empereur 
«  Bauldouyn  de  Flandre  ^.  » 

L'avant-propos  renferme  des  idées  que  nous  retrouve- 
rons dans  une  préface  de  la  traduction  d'Archimède  ^'  : 
le  symbole  de  la  sagesse  est  le  fer  chez  les  Hébreux; 
Minerve,  chez  les  Grecs  et  les  Romains,  qui  donnent  en- 
core à  la  même,  pour  attribution,  de  protéger  les  lettres. 
G'est  que  les  armes  et  l'étude  n'ont  rien  d'incompatible, 
ou  plutôt  ce  sont  des  sœurs,  qui  vont  la  main  dans  la 
main  et  se  prêtent  un  mutuel  appui.  «  Les  lettres  ensei- 
gnent ce  qu'il  faut  vouloir"^  ;  »  mais,  pour  mettre  la  vo- 
lonté à  exécution,  «  il  faut  de  la  force,  qui  s'emprunte  des 
armes  ^.  »  «  Qu'on  ne  dise  »  donc  «  point  qu'un  homme 
d'espée  ne  soit  capable  de  toutes  sciences  ou  que  l'homme 


1.  Ibid. 

2.  Ibid. 

3.  Les  Éléments  de  l'Artillerie,  concernant  tant  la  première 
invention  et  théorie  que  la  practique  du  canon,  par  le  sieur  de 
Fluraiice  Rivault.  A  Paris,  chez  Adriari  Beys,  rile  Sainctiacques, 
ioignant  la  Rose  blanche,  M,  DGV. 

4.  Plus  connu  sous  le  nom  de  Sully. 

5.  C'est-à-dire  au  temps  de  l'empire  français  de  Gonstantino- 
ple. —  Cf.  Ville-IIardouin,  Conquête  de  Gonstantinople  et  l'his- 
torien grec  Nicétas  Goniates. 

6.  Gf.  Ici  môme,  infra. 

1.  Avant-propos,  sans  pagination. 
8.  Ibidem. 


—  182  — 

de  lettres  ne  puisse  avoir  le  courage  :  l'un  et  l'autre  est 
faux*.  » 

L'auteur  prouvait  par  son  propre  exemple  la  vérité  de 
son  affirmation.  A  peine  avait-il  déposé  la  plume  et  le 
compas  ^  qu'il  prenait  en  main  la  lance  et  le  mousquet  et 
s'en  allait  «  aprendre  par  expérience  quelles  estoient 
les  armes  de  Hongrie  3.  » 

A  la  cour,  David  Rivault  avait  pu  rencontrer  Guy  XX 
de  Laval,  qui  revenait  d'un  voyage  en  Italie.  Le  jeune 
comte  de  Laval  avait  été  frappé  à  Naples  du  miracle  de 
Saint  Janvier,  et  reçu  à  Rome  avec  une  grande  bonté 
par  le  pape  Clément  VIII.  De  retour  en  France,  après 
avoir  été  préparé  par  le  P.  Gotton  et  M.  de  Bérulle,  il 
fît  solennellement  abjuration  de  l'hérésie,  le  21  avril  1605^. 

((  Le  nouveau  catholique  ne  crut  pouvoir  moins  faire 
pour  la  foi  qu'il  venait  d'embrasser  que  d'aller  com- 
battre pour  elle^.  » 

Il  résolut  donc  d'aller  en  Hongrie  porter  les  armes 
contre  les  Turcs.  Il  en  obtint  la  permission  du  Roi,  qui 
r  «  honora  de  la  dignité  de  son  conseiller  d'état  et  pri- 
vé^, »  et  lui  donna  «  pour  modérer  et  diriger  son  ar- 
deur M.  de  Marolles,  un  de  ses  vieux  compagnons  d'ar- 
mes ^.  » 


David  Rivault  de  Fleurance  fît  partie  de  l'expédition 


1.  Ibidem.  —  L'auteur  fait  ensuite  avec  force  érudition  l'his- 
toire de  la  découverte  de  l'artillerie  et  de  ses  premiers  emplois, 
puis  aborde  enfin  son  sujet.  Il  le  traite  en  trois  livres  où  il  pro- 
cède par  théorèmes  et  scholies. 

2.  Les  Éléments  de  l'artillerie  sont'illustrés. 

3.  Eléments  de  l'artillerie,  2^  édit.,  1608,  Liv.  IV,  p.  3. 

4.  Cf.  L'abbé  A.  Angot,  Guy  XX  de  Laval,  sa  conversion,  son 
expédition  en  Hongrie,  sa  mort.  Broch.  in-8°,  39  p.  Laval,  Gou- 
pil, 1891. 

5.  Id.  ihid.,  p.  10.  —  Cf.  David  Rivault  lui-même.  Eléments  de 
l'artillerie,  2^  edit.  Paris,  1608,  Liv.  IV,  p.  6. 

6.  Mémoires  de  Bourjolly,  II,  p.  35.  Laval,  Moreau,  1886. 

7.  Abbé  Angot,  op.  cit. 


â 


-  183  - 

du  comte  de  Laval.  Il  remplit  les  fonctions  de  trésorier 
et  tint  un  journal  des  dépenses,  qui  est,  avec  des  billets 
souscrits  par  lui  et  conservés  dans  les  archives  de  M.  le 
duc  de  La  Tremoille,  la  source  la  plus  sûre  d'informa- 
tions sur  cette  campagne  ' . 

Grâce  donc  à  David  Rivault,  nous  pouvons  suivre  l'ex- 
pédition qui,  partie  de  Paris  le  29  août  1605,  passe  par 
Bondy,  Yille-en-Parisis,  Fresnes,  Meaux,  Ghàlons  et 
Toul,  et  arrive  à  Nancy  le  l^*"  septembre.  Le  duc  de 
Lorraine  fait  au  jeune  seigneur  et  à  sa  suite  une  gra- 
cieuse et  honorable  réception  comme  les  chevaliers  la- 
vallois  vont  en  trouver  auprès  de  tous  les  seigneurs  en 
cette  Allemagne  qu'ils  doivent  traverser. 

Mais  un  pareil  voyage  ne  va  pas  sans  grandes  dé- 
penses. David  Rivault  eut  fort  à  faire  pour  y  subvenir. 
Elles  ne  furent  qu'augmentées  par  un  séjour  d'un  mois  à 
Vienne,  d'où  nos  croisés  repartirent  le  8  octobre.  Enfin 
le  16  le  comte  de  Laval  se  présentait  au  camp  de  Georges 
Baht,  généralissime  des  armées  de  l'empereur  en  Hon- 
grie. 

A  partir  de  ce  moment,  le  journal  de  David  Rivault 
et  tout  document  contemporain  sérieux  2  nous  font  dé- 
faut au  sujet  de  l'expédition  lavalloise.  Nous  savons 
cependant  que  le  jeune  Guy  reçut  de  l'Empereur  le  com- 
mandement d'une  compagnie  de  mille  hommes  3,  et  qu'il 


1.  David  Rivault  écrivit  aussi  pour  M™«  de  Fervacques,  alias 
Anne  d'Alègre,  mère  du  comte  de  Laval,  une  relation  de  cette 
expédition  :  «  Lettre  à  Madame  la  maréchalle  de  Fervacques, 
contenant  un  bref  discours  du  voyage  en  Hongrie  de  feu  le  comte 
de  Laval,  son  fils.  Paris  1607,  in-12.  Cet  opuscule  parait  être 
perdu.  M.  l'abbé  Angot  l'a  vainement  cherche  dans  les  bibliothè- 
ques de  Paris.  Nous  l'avons  fait  chercher  aussi  là  et  ailleurs  et 
n'avons  pas  été  plus  heureux. 

2.  Un  chanoine  de  Lisieux,  Le  Rebours,  fit  imprimer  à  Rouen 
en  1606  un  opuscule  contenant  la  «  Consolation  funèbre  à  Ma- 
dame la  maréchalle  de  Fervacques,  sur  la  mort  de  M^r  le  comte 
de  Laval,  son  fils.  «  C'est,  dit  M.  Angot,  «  un  défi  au  bon  goût  et 
au  bon  sens.  » 

3.  Plaidoyers  de  Servin,  ap.  Angot,  op.  cit. 


—  184  — 

fit  bravement  son  devoir  au  combat  de  Comorn,  où  il  fut 
mortellement  blessé,  le  3  décembre  1605. 

David  Rivault,  blessé  lui-même  et  loin  de  son  pays, 
se  trouva  dans  de  graves  difficultés.  La  fortune  du  comte 
de  Laval  était  très  obérée.  Ayant  fait  déjà  de  fortes 
avances,  le  trésorier  allait  avoir  à  se  débattre  avec  les 
créanciers  du  feu  comte  et  sa  mère,  Madame  de  Fervac- 
ques.  Celle-ci,  mécontente  de  la  conversion  de  son  fils  et 
se  consolant  dans  les  plaisirs  de  secondes  noces  aux- 
quelles elle  «  convola  avec  le  maréchal  de  Fervaques*,  » 
et  la  perspective  de  recueillir  un  héritage  que  lui  donne 
un  testament  fait  en  sa  faveur  par  le  feu  comte  2,  nous 
apparaît  avec  une  figure  aussi  répugnante  que  le  jeune 
et  héroïque  seigneur,  son  fils,  en  a  une  sympathique  de- 
vant les  contemporains  et  l'histoire. 

Les  restes  de  Guy  XX  furent  ramenés  à  Laval  3. 

Après  avoir  rendu  ce  dernier  devoir  «  au  corps  d'ice- 
luy^  »,  David  Rivault  reprenait  toute  sa  liberté.  Sa  mis- 
sion était  finie.  Pourtant,  en  1607,  il  se  rendit  encore  à 
Lisieux  où  s'était  retirée  Madame  de  Fervacques.  Dans 
une  page  touchante^,  qui  vaut  à  elle  seule  toute  une 
oraison  funèbre,  il  expose  l'objet  de  ce  voyage  ;  il  vou- 
lait rendre  compte  à  la  mère  de  Guy  XX  «  du  service 
qu'il  avait  faict  à  Monsieur  le  comte  de  Laval,  depuis  que 


1.  Mémoires  de  Bourjolly,  II,  p.  41.  Laval,  1886. 

2.  Cf.  M,  p.  40. 

3.  Cf.  Plaidoyers  de  Servin,  op.  An^ot,  op.  cit.,  et  David  Ri- 
vault, Eléments'  de  l'artillerie,  2^  édition,  Paris  1608,  Liv.  IV, 
p.  6.  Guy  XX  fut  inhumé  dans  l'église  des  Jacobins.  En  raison 
des  compétitions  oui  s'élevèrent  à  cette  occasion  entre  les  Frères- 
Prêcheurs  et  le  Gnapitre  de  Saint-Tugal,  et  par  la  négligence 
impardonnable  de  madame  de  Fervaques,  les  funérailles  solen- 
nelles de  François  de  Golignv  (Guy  XX)  n'eurent  lieu  cjue  le  26 
février  1609.  L'oraison  funèbre  fut  prononcée  par  Olivier  de 
Guilly,  docteur  en  théologie,  prieur  des  Jacobins. 

4.  Cf.  David  Rivault,  Eléments  de  l'artillerie,  2^  édit.  1608, 
Liv.  IV,  Avant-propos,  p.  5. 

5.  Jd.  ibid. 


—  185  — 

sa  piété  singulière  et  entière  générosité,  qui  le  condui- 
sirent en  une  guerre  estrangère  contre  les  ennemis  de 
Jésus,  luy  eurent  faict  rechercher  les  périls  esquels  très- 
honorablement  il  succombai  »  Il  voulait  «  aussi  faire 
entendre,  »  s'il  lui  «  estoit  possible,  à  cette  affligée  mère, 
que  pour  l'entier  acquit  de  l'afîection  »  qu'il  avait  «  si 
sainctement  vouée  à  son  enfant  unique  durant  sa  vie  et 
si  volontiers  ioincte  aux  derniers  efforts  de  son  cou- 
rage, »  il  n'en  avait  «  abandonné  l'ombre,  que  quand 
l'effroy  du  sépulchre  «  lui  en  avait  «  osté  du  tout  la 
vue  2.  » 

Dans  le  même  voyage  Rivault  se  renseigna  sur  une 
découverte  qu'un  mot  de  sa  préface,  dans  la  première 
édition  des  Eléments  de  l'artillerie^  avait  déjà  annoncée-^. 

Obligé  de  partir  pour  la  Hongrie,  il  n'avait  pu  alors 
vérifier  ce  qu'on  lui  disait  «  d'une  nouvelle  invention 
d'artillerie  dont  l'effet,  qui  estoit  très  impétueux,  s'em- 
portoit  du  vent^.  »  L'occasion  d'éclairer  l'affaire  se  pré- 
sentant, David  Rivault  la  saisit.  Donc  «  curieux  de 
prendre  langue  ^  »  il  profita  de  sa  présence  à  Lisieux 
pour  visiter  l'inventeur,  qui  demeurait  en  cette  ville,  et 
l'interroger.  C'était  un  sieur  Marin  Bourgeois,  qui  avait 
trouvé  le  moyen  de  charger  une  arquebuse  avec  de  l'air 
comprimé. 

Après  un  premier  échec,  parce  que  le  Roi  avait,  pa- 
raît-il, défendu  à  Bourgeois  de  communiquer  son  secret, 
David  Rivault  finit  par  obtenir  de  l'inventeur  toutes  les 
explications  désirables  et  «  la  figure  »  même  de  son  ar- 
quebuse. 11  décrit  cette  arme  à  son  tour  et  explique  scien- 
tifiquement les  résultats  obtenus. 

1.  Id.  ibid. 

2.  Id.  ilnd. 

3.  Cf.  Les  Eléments  de  Vart.^  1605,  Avant-propos,  suh  fine. 

4.  Id.  Les  Eléments  de  l'artillerie^  l""®  édit.  1605.  Av.  p. 

5.  Id.  Les  Eléments  de  l'artillerie,  2»  édit.  1608,  Liv.  IV,  Av. 
pr.,  p.  4. 


—  186  — 

Mais,  ce  qui  est  d'un  intérêt  plus  piquant,  il  démontre 
encore,  —  toujours  d'après  Bourgeois,  —  qu'on  peut 
faire  partir  un  canon  en  se  servant  d'eau  pure.  Cette 
double  invention  et  une  recette  pour  faire  de  la  poudre 
sont  l'objet  d'un  livre  qu'il  ajoute  aux  trois  premiers  de 
ses  «  Eléments  d'Artillerie^  »  dans  une  nouvelle  édition 
en  16081. 

Tous  les  cabinets  de  physique  possèdent  aujourd'hui 
des  arquebuses  à  air  comprimé.  Le  canon  qui  ne  «  se 
charge  que  d'eau  pure  »  est  plus  rare.  Il  mérite  du  reste 
une  attention  spéciale  parce  qu'on  a  voulu  y  voir  une  sorte 
de  découverte  de  la  machine  à  vapeur.  «  C'est  bien  à 
tort,  dit  le  P.  Colombier  2.  »  Arago  ^  est  moins  éloigné  d'y 
reconnaître  quelque  chose  comme  une  lueur  de  la  vraie 
découverte.  Pour  avoir  une  réponse  juste  il  faudrait  poser 
autrement  la  question.  Parlons  seulement  d'une  force  de 
la  vapeur,  constatée  déjà  dans  l'antiquité  et  appliquéTi 
au  début  du  XYII"  siècle  à  ce  curieux  canon,  et  nous 
pouvons  affirmer  que  David  Rivault  en  a  eu  inconstes- 
tablement  connaissance. 

Ecoutons  plutôt  l'auteur  lui-même. 

D'abord  il  pose  ses  principes  :  Le  résultat  de  la  cha- 
leur, écrit-il,  est  de  deux  sortes  :  tantôt  la  matière 
échauffée  «  s'en  va  en  sec  et  se  dit  exhalaison  ;  »  tantôt 
la  chaleur  «  attire  quant  et  elle  l'humide,  dont  elle  se 
nomme  vapeur^.  » 

1.  «  Les  Eléments  de  l'artillerie,  concernant  tant  la  théorie 
que  la  pratiaue  du  canon,  augmentés  en  cette  nouvelle  édition  et 
enrichis  de  l'invention,  description  et  démonstration  d'une  nou- 
velle artillerie  qui  ne  se  charge  que  d'air  ou  d'eau  pure,  et  a 
néantmoins  une  incroyable  force.  Plus  une  nouvelle  façon  de 
pouldre  à  canon  très  violente  qui  se  faict  d'or  par  un  excellent  et 
rare  artifice  non  communiqué  jusques  à  présent,  etc.  Le  tout  par 
le  sieur  de  Flurence  Rivault.  A  Paris  chez  Adrian  Beys,  rue 
Sainct  Jacques,  ioignant  la  Rose  blanche.  M.  DGVIII,  1  vol.  Pe- 
tit in-80. 

2.  Revue  du  Maine,  IV.  p.  402. 

3.  Notice  sur  James  Watt.  —  Notices  biog.,  t.  I,  p.  394,  et  t. 
II.  p.  19. 

4.  Eléments  de  l'art.,  2^  éd..  Liv.  IV,  p.  21. 


I 


-  187  — 

Huit  ans  avant  Salomon  de  Gaus,  il  constate  encore, 
après  Aristote,  que  l'eau  monte  dans  un  vaisseau 
échauffé  ^ . 

Mais»  c'est  surtout  dans  la  description  du  canon  de 
Bourgeois  quïl  reconnaît  et  décrit  ainsi  la  force  ex- 
pansive  de  la  vapeur  : 

«  Açec  dépure  eau,  on  peut  faire  tirer  un  canon. 

«  Hypothèse.  Soit  le  canon  AB  qui  soit  remply  d'eau 
«  depuis  A  jusques  en  D.  Il  faut  bien  fer- 
«  mer  le  trou  de  la  lumière  sur  laquelle 
«  soit  coulé  un  quartier  de  bois  E  qui  soit 
«  bien  du  calibre  du  canon,  sans  qu'il  y 
c(  aye  aucun  vent  ny  iour.  Soit  après  mis 
«  le  bout  du  canon  AD  au  feu,  tant  que  AD 
«  s'eschauffe,  et  l'eau  qui  est  dedans.  » 

a  Conclusion.  Je  dy  que  le  canon  tirera. 
«  Démonstration.  Car  le  feu  est  plus  rare 
«  que  l'eau  :  par  conséquent  le  feu  agis- 
«  sant  en  l'eau,  l'estendpar  sa  chaleur  :  or 
«  la  pénétration  des  dimensions  est  im- 
«  possible.  Donc  pour  donner  à  l'eau  ra- 
ce refiée  lieu  où  s'estendre,  il  faut  que  E 
a  s'enfuye,  voire  avec  violence.  Donc  le 
«  canon  tire  ^.  » 

C'est  le  principe  même  de  la  loi  re- 
connue par  l'expérience  de  la  marmite 
de  Papin.  Mais  Denis  Papin,  en  ap- 
pliquant son  levier  de  compression, 
pouvait  mesurer  la  force  de  pression 
exercée  sur  la  soupape  de  son  vase 
clos,  ce  qui  est  impossible  avec  le 
canon  de  Marin  Bourgeois.  Enfin 
Denis  Papin,  en  procédant  à  de  nouvelles  expériences 


1.  Aristote,  De  Cœlo,  c.  5,  cité  par  D.  Rivault,  op.  cit.,  p.  16. 

2.  Les  Eléments  de  l'artillerie^  2®  éd.,  Livre  IV,  p.   69.  Paris, 
1608. 


-  188  - 

et  parvenant  à  faire  redescendre  par  le  refroidissement 
et  la  condensation  de  la  vapeur  le  piston  que  la  force  ex- 
pansive  de  l'eau  chauffée  avait  soulevé  d'après  la  loi  re- 
connue antérieurement  par  Rivault  et  Papin  lui-même, 
arriva  le  premier  à  un  résultat  qui  permet  de  le  consi- 
dérer comme  le  véritable  inventeur  de  la  machine  à  va- 
peur, perfectionnée  depuis  par  Newcomen,  Gawley, 
Watt  et  bien  d'autres. 

Cependant,  par  l'intérêt  qu'il  porta  à  l'invention  de 
Marin  Bourgeois  et  les  explications  scientifiques  qu'il  en 
donne,  David  Rivault  n'en  mérite  pas  moins  la  recon- 
naissance de  la  postérité.  L'attention  qu'il  attira  sur 
«  une  nouvelle  artilerie  »  et  ce  point  de  physique  appli- 
quée, ne  put  que  préparer  et  avancer  la  belle  découverte 
de  Denis  Papin. 

L'année  même  où  il  donnait  la  deuxième  édition  de 
ses  «  Eléments  d'artillerie,  »  David  Rivault  publiait  son 
«  Art  d'embellir^.  » 

Avec  lui  nous  passons  «  du  grave  au  doux  »  et  parfois 
retrouvons  l'un  et  l'autre  :  utile  dulci.  La  critique,  obli- 
gée de  suivre  l'auteur  à  travers  ses  nombreuses  compo- 
sitions, le  constate  et  s'en  réjouit.  Ce  petit  volume,  que 
je  vois  là  sur  mon  bureau,  paré,  coquet,  frais  de  ton  et 
d'aspect,  malgré  ses  trois  cents  ans  ^,  nous  promet  d'a- 
gréables découvertes. 

La  poésie,  par  l'entremise  de  Malherbe,  le  présente 
au  public  avec  une  grâce,  une  délicatesse  et  un  à-propos 
que  chacun  remarquera: 

«  Voyant  ma  Caliste  si  belle 
«  Que  rien  ne  s'y  peut  désirer, 


1.  «  L'art  d'embellir,  tiré  de  ce  sacré  paradoxe  :  La  sagesse 
de  la  personne  embellit  sa  face,  par  le  sieur  de  Flurance  Rivault. 
A  Paris  chez  P  Louys  Febutier,  au  Clos  Bruneau,  à  l'image 
vSaincte  Catherine.  M.  DCVIIL  Avec  privilège  du  roy.  »  1  vol. 
in-16.  Cabinet  de  M.  L.  Garnier. 

2.  Exactement  285  ans. 


-  489  — 

«  Je  ne  me  pouvois  figurer 
((  Que  ce  fust  chose  naturelle. 

«  J'ignoroys  que  ce  pouvoit  estre 
«  Qui  luy  coloroit  ce  beau  teint 
«  Où  l'Aurore  mesme  n'atteint 
«  Quand  elle  commence  de  naistre. 

«  Mais,  Flurance,  ton  docte  escrit 
c(  N'ayant  fait  voir  qu'un  sage  esprit 
«  Est  la  cause  d'un  beau  visage  : 

«  Ce  ne  m'est  plus  de  nouveauté 
c(  Puisqu'elle  est  parfaitement  sage 
«  Qu'elle  soit  parfaite  en  beauté. 

Cette  fois  l'ouvrage,  par  une  délicate  attention  de  l'au- 
teur, est  offert  à  Marie  de  Médicis.  —  Au  Roi,  les  «  Es- 
tais^ ))  ou  les  sciences  politiques  ;  à  Sully,  grand  maître 
de  l'artillerie,  «  les  Eléments  de  l'artillerie  »  et  les  ca- 
nons ;  à  la  Reine  la  beauté,  ou  de  moins  l'art  de  la  pro- 
curer. Aussi  bien  les  qualités  qui  ornent  la  vie  et  la  font 
douce  et  agréable  sont  l'honneur  et  la  beauté  ^  Sa  Ma- 
jesté la  reine  «  partage  indivisiblement  avec  le  roy  la  plus 
belle  couronne  de  la  terre,  et  quant  et  quant  y  met  avecques 
luy  l'ornement  de  ces  deux  qualités  2.  »  Tous  les  deux 
relèvent  la  France  et  «  luy  redonnent  la  vie  :  la  réputa- 
tion et  la  face,  la  gloire  et  la  contenance  :  le  Roy  en  en- 
treprent  principallement  l'honneur  :  Sa  Majesté  la  Reine 
«  y  fournit  la  beauté  3,  »  dont  elle  est  un  vivant  modèle. 
«  Ces  divins  compartiments  qui  »  lui  x<  relèvent  la  taille, 
ces  clairs  linéaments  qui  »  lui  «  forment  la  face,  cet  al- 
bastre  etcoral  qui  par  un  délicat  meslange  »  lui  a  adou- 
cissent le  teint,  ces  compassés  mouvements  qui  »  lui 
donnent  la  grâce,  sont  roses  que  poulse  la  sagesse  qui  » 
lui  «  eschauffe  l'âme  ^.  » 

1.  Cf.  D.  Rivault,  L'Art  d'Embellir.  Epistre  à  la  Reine,  sans 
pagination. 

2.  Id.  ilnd. 

3.  Id.  ibid. 

4.  Id.  ibid. 


-  190  — 

Possédant  le  précieux  secret  du  beau,  la  reine  en  fera 
bénéficier  «  nostre  nation,  qui  est  celle  de  tout  Tunivers 
qui  chérit  le  plus  la  beauté.  De  curiosité  d'estre  belle 
elle  aymera  la  sagesse,  modérera  les  subites  passions 
qu'on  blasme  en  elle,  et  ainsi  tiendra  »  de  Sa  Majesté 
la  Reine   «  l'affermissement  et  les  délices  de  sa  durée  K  » 

Qu'on  dise  encore  après  cela  que  la  haute  galanterie 
naquit  un  jour  à  Versailles  sous  les  auspices  de  Louis 
XIV  !  Certes  on  pourra  bien  trouver  quelques-unes  de 
ces  expressions  forcées,  mal  à  leur  adresse^,  désirer  un 
tour  plus  discret;  mais  ce  ne  sera  pas  sans  regretter 
cette  grâce,  ce  respect  et  cette  politesse  ingénieuse  des 
vieux  temps. 

Ne  prenons  du  reste  pas  VArt  d'embellir  pour  un  ou- 
vrage de  pure  fantaisie,  pour  un  produit  spontané  d'une 
verve  spirituelle  et  humouristique.  Sous  une  forme  vive, 
alerte,  enjouée  même  à  l'occasion,  David  Rivault  entend 
être  sérieux  au  fond.  Son  but  est  noble  et  élevé.  11  at- 
tend un  heureux  résultat.  «  L'utilité  sera  que  les  yeux 
qui,  quels  habiles  qu'ils  soient,  n'apperçoivent  la  sa- 
gesse, la  voiront  à  clair  et  en  face  et  en  allumeront  en 
nous  des  désirs  incroyables  ^.  »  Nos  yeux  enfin  se  dessil- 
leront et  «  nous  ne  chercherons  plus  »  en  beauté  «  des 
couleurs  menteuses  ny  des  figures  nuagées^.  »  Aussi 
dirons-nous  d'avance  avec  l'auteur  que  «  l'harmonie  qui 
est  entre  la  sagesse  et  la  beauté  n'est  d'inutile  recher- 
che, ny  le  concert  de  leur  consonance  de  petit  appareil  ^.  » 

11  appuie  sa  thèse  générale  sur  des  données  philoso- 
phiques et  des  textes  révélés  d'une  valeur  et  d'une  auto- 
rité incontestables.  Il  fait  œuvre  de  moraliste  ;  mais  il 


1.  Id.  ibid.  subfme. 

2.  Comparer  le  portrait  de  Marie  de  Médicis  au  Louvre. 

3.  L'art  d'embellir,  p.  2,  Paris,  1608. 

4.  Ibid.,  p.  2  (bis). 

5.  Ibid.,  p.  4  (bis). 


4 


—  191  — 

le  fait  avec  une  naïveté  charmante,  en  écrivain  aimable, 
fin  observateur,  pittoresque  et  érudit.  C'est  un  prê- 
cheur de  morale  dont  les  exigences  ne  rebutent  pas, 
dont  la  mine,  ni  renfrognée,  ni  austère,  n'effraie  pas  ; 
c'est  un  sermonneur  fort  bien  venu  dans  un  salon,  très 
goûté  des  dames,  qui  ne  sauraient  se  désintéresser  de  la 
question  traitée,  et  apprécié  des  hommes  d'esprit  et  de 
gai  savoir. 

Sans  doute  l'antiquité  lui  fait  un  cortège  bien  nom- 
breux et  un  peu  encombrant.  Elle  apporte  des  témoigna- 
ges multipliés  à  l'excès  et  de  valeur  inégale,  des  orne- 
ments trop  touffus.  Mais  on  est  de  son  temps.  11  en  est 
de  la  mise  des  livres  comme  de  celle  des  individus.  Tel 
qui  jadis  enlevait  tous  les  suffrages  dans  les  soirées  de 
Versailles  ou  de  Trianon,  passerait  aujourd'hui  pour 
Arlequin  dans  les  bals  contemporains.  Cependant  on 
trouverait  des  gens  pour  soutenir,  voire  prouver,  que, 
par  leur  grâce  intrinsèque,  les  tenues  de  marquis  étaient 
bien  à  la  hauteur  de  nos  habits  noirs. 

Quant  au  sujet  lui-même,  qui  nous  est  présenté  ici 
sous  une  forme  quasi  paradoxale,  il  repose  sur  un  fon- 
dement très  solide,  et,  dégagé  de  quelques  développe- 
ments de  détail,  de  quelques  emprunts  faits  à  une  science 
expérimentale  erronée  ou  incomplète  —  comme  elle  l'é- 
tait alors,  —  il  se  trouve  conforme  à  l'enseignement  de 
la  philosophie  bien  entendue.  On  en  trouverait  aisément 
les  principes  dans  Platon^  et  dans  les  auteurs  chré- 
tiens. De  fait  le  principal  élément  de  la  beauté  physi- 
que chez  l'homme  est  sans  conteste  le  reflet  d'une  belle 
âme  sur  la  physionomie.  L'union  intime  de  notre  corps 
avec  notre  principe  de  vie  le  permet  et  l'explique. 

Sans  doute  une  constitution  naturelle,  parfois  défec- 
tueuse et  beaucoup  de  causes  accidentelles,  peuvent  alté- 
rer notablement  sur  un  visage  les  reflets    de    l'âme  ; 

1.  Cf.  Platon^  Phédon,  —  /.  Alcib  ;  —  Timée,  passim. 


—  192  - 

mais  ses  traits  en  sont  toujours  ennoblis  à  quelque  de- 
gré. Puis  il  faut  prendre  le  beau  dans  Thumanité  d^une 
façon  large.  David  Rivault  n'écrit  pas  un  traité  unique- 
ment à  l'usage  des  ateliers  d'artistes,  et  n'a  pas  l'inten- 
tion de  donner  des  modèles  de  forme  plastique.  11  s'agit 
plutôt  de  quelque  expression  de  qualités  morales  qui  se 
révèlent  à  l'extérieur.  Encore,  même  sur  ce  terrain,  n'y 
aurait-il  pas  des  contradicteurs  ?  La  Fontaine  pousse  la 
boutade  : 

«  Que  le  bon  soit  toujours  camarade  du  beau, 
«  Dès  demain  je  chercherai  femme...*.  » 

Il  est  vrai  que  ce  «  toujours  »  vient  bien  à  propos 
pour  ne  pas  mettre  le  fabuliste  complètement  aux  prises 
avec  Platon  et  David  Rivault,  qui  affirment,  avec  force 
bonnes  raisons  «  que  le  Beau  n'est  point  sans  le  Bon  et 
qu'il  en  tire  son  origine  2.  » 

D'ailleurs  il  suffirait  peut-être,  pour  se  mettre  d'ac- 
cord, de  définir  exactement  ce  qu'il  faut  entendre  par  la 
sagesse  qui  engendre  le  beau. 

Par  la  sagesse,  qui  produit  la  beauté,  nous  «  ne  pre- 
nons, dit  Rivault,  ny  la  parfaicte  maistrise  qu'un  arti- 
san acquiert  de  son  métier  3,  »  ni  l'industrie  en  vertu  de 
laquelle  on  accroît  ses  richesses  ^,  ni  un  clair  jugement, 
ni  un  âge  «  consumé  »  en  expérience,  ni  la  puissance 
de  conformer  ses  mœurs  au  milieu  où  l'on  se  trouve,  ni 
l'absence  même  de  folie,  ni  mille  autres  manières  d'être 
de  l'âme  et  de  l'esprit -^  mais  cette  sagesse  qui  c  consiste 
en  toute  espèce  de  congnoissance  et  de  vertu ^.  » 


1.  Livre  VII.  fab.  II,  Paris,  Didot,  in-80,  1877. 

2.  Art.  d'Embel.,  p.  3  et  Platon  /  Aie,   et  Timée,  cit.  par  D. 
Rivault. 

3.  Art  d'embel.,  p.  3  (bis). 

4.  Ibid.,^.  4. 

5.  Cf.  Id.  ib.,  p.  4,  5,  6. 

6.  Id.  ibid.,^.  6. 


—  193  — 

Elle  «  comprend  le  ciel  et  la  terre  :  c'est  elle  qui  les 
a  bastis,  qui  les  soutient  et  gouverne  ^  »  Pour  ce  qui 
est  de  l'homme,  elle  le  rend  heureux  et  le  «  remplit  de 
jugement  et  d'intelligence  ;  elle  est  la  saincte  règle  des 
mœurs  et  la  claire  lumière  de  la  congnoissance.  »  «  La 
beauté  du  corps,  le  lustre  du  visage,  la  grâce  que  nous 
en  aymons  et  admirons  est  un  effect  de  la  sagesse,  et 
une  fumée  de  ce  feu,  une  odeur  de  ceste  rose  2.  » 

Aussi  le  visage  qui  nous  parait  beau  trompe  nos  sens, 
((  si  la  sagesse  n'en  a  tiré  les  traits,  n'en  darde  les  raiz, 
n'en  soutient  les  linéaments  et  n'en  rehausse  les  cou- 
leurs 3.   » 

Nous  commençons  peut-être  d'y  voir  clair.  L'épousée, 
qui  exerce  la  verve  impitoyable  de  La  Fontaine,  n'est  en 
réalité  point  belle  ;  nous  en  convenons  ;  et  les  deux 
charmants  écrivains  s'embrassent  dans  une  complète 
conformité  de  jugement  et  de  vue. 

Le  pauvre  «  Mal  marié  ^  »  s'était  simplement  four- 
voyé devant  des  grâces  de  circonstance  et  de  commande 
qui  ne  se  pouvaient  soutenir  «  pour  n'estfe  point  pro- 
venues de  leur  propre  origine^.  »  Car  «  combien  voyons- 
nous  de  beautés  pour  n'avoir  au-dedans  une  âme  qui  la 
vivifie  dignement,  se  défaire  si  tost  que  l'aurore  en  tou- 
che le  vespre.    » 

«  C'est  une  forme  passagère  ; 

a  Un  bien  douteux  pour  les  humains  ; 

«  Un  présent  d'estoffe  légère 

«  Qui  prompt  s'esgare  de  nos  mains  ". 


1.  Id.  ihid. 

2.  Id.,  p.  7. 

3.  Art  d'emb.,  p.  7. 

4.  Lafontaine,  liv.  VII,  f.  n, 

5.  Art  d'emb.,  p.  8. 

6.  D.  R.  Ibid, 


—  194  — 

L'auteur  va  continuer  de  traiter  de  la  beauté  et  de  la 
sagesse  en  général  en  des  pages  où  abondent  l'esprit 
sémillant,  la  grâce  et  la  fraîcheur.  Il  parle  ensuite  de  la 
beauté  du  corps  et  de  la  voix  ;  puis  il  étudie  les  beautés 
spirituelles  et  celles  de  l'âme.  Enfin,  dans  son  sixième 
et  dernier  «  Discours^ ^  »  «  il  se  restraint  aux  moyens 
dont  le  corps  humain  retire  son  embellissement;  la  pro- 
portionnée figure  de  ses  membres,  l'agréable  couleur 
de  son  teint,  des  vertueux  mouvements  de  la  sagesse  de 
l'âme  '.  Le  tout  est  écrit  «  en  stile  un  peu  ^erré,  »  et 
«  les  témoignages  de  son  dire  »  sont  «  marqués  en 
marge  du  commandement  de  quelques  sages  belles  de 
la  cour....  C'est  obéissance  qu'il  leur  doit,  non  vanité 
qui  le  meine  ^.  » 

(A  suivre). 

AuG.  Anis. 


1.  Le  traité  est  divisé  en  six  discours. 

2.  D.  Rivault,  Art  d'embellir,  av.  prop..  Le  dessein  de  Vart. 

3.  Ibid.,  sub  fine. 


RECHERCHES 


SUR 


SAINT-DENIS-DE-GASTINES 


Les  origines  de  Saint-Denis-de-Gastines  sont  fortobs- 
cures  ;  les  documents  écrits  manquent  complètement  à 
cet  égard.  Tous  les  papiers  de  la  cure  ont  été  détruits 
en  1791  ;  les  actes  seuls  des  baptêmes,  des  mariages  et 
des  décès  ont  été  sauvés  et  portés  à  la  mairie.  Il  faut 
donc  se  contenter  de  rechercher  les  traces  que  le  pas- 
sage des  hommes  a  laissées  sur  le  territoire  de  cette  com- 
mune. Ces  traces,  heureusement,  sont  assez  nombreuses. 
Sur  plusieurs  points  on  trouve  en  assez  grande  abon- 
dance des  silex  taillés  ayant  servi  d'outils,  surtout  des 
couteaux,  des  scies,  des  poinçons,  des  grattoirs,  des 
pointes  de  flèches,  quelques  pointes  de  lances,  le  tout  se 
rapportant  au  type  de  la  Madeleine.  Ces  instruments 
préhistoriques,  d'un  usage  journalier,  indiquent  une  po- 
pulation pacifique,  plutôt  que  belliqueuse.  Nous  ferons 
une  remarque  à  leur  sujet  :  c'est  que  le  silex  ne  se  trou- 
vant pas  à  l'état  naturel  dans  le  département,  il  devait 
y  avoir  des  échanges  entre  les  habitants  de  la  région  et 
les  populations  voisines.  Comme  cependant  ces  hommes 
encore  à  demi  barbares  ne  devaient  guère  récolter  de 
produits  dignes  d'être  échangés,  ne  serait-il  pas  logique 
de  penser  qu'ils   allaient  chercher  des  blocs  ou  des  ro- 


-   196  — 

gnons  de  silex  à  une  certaine  distance,  pour  ensuite  les 
travailler  eux-mêmes,  sans  doute  alors  qu'ils  étaient 
encore  frais  et  qu'ils  n'avaient  pas  encore  perdu  leur  eau 
de  carrière,  circonstance  qui,  on  le  sait,  en  facilite  beau- 
coup la  taille  ?  La  présence  sur  notre  territoire  de  nu- 
clei  et  d'éclats  informes,  relativement  nombreux,  nous 
a  fait  faire  cette  supposition. 

A  côté  des  silex  taillés,  on  a  recueilli  quelques  ha- 
ches polies  :  la  première  trouvée  l'a  été  au  hameau  du 
Nèzement;  nous  croyons  qu'elle  figure  actuellement  au 
musée  de  Laval  ;  elle  serait  en  silex.  Cette  hache  a  été 
mentionnée  au  congrès  archéologique  tenu  au  Mans  et  à 
Laval  en  1878.  Une  autre  provient  de  FOrgandière;  elle 
est  endiorite  noire.  Deux  autres,  endiorite  grise,  ont  été 
récemment  trouvées  à  la  Monnerie  ;  enfm  un  fragment 
d'une  hache  de  grande  dimension  a  été  ramassé  à  la 
Gare,  également  en  diorite  grise;  il  peutse  faire  qu'il  ait 
été  apporté  avec  le  ballast. 

On  ne  signale  sur  notre  territoire  ni  menhirs,  ni  dol- 
mens, ni  pierres  à  bassins  ;  ces  dernières,  destinées 
sans  doute  à  broyer  le  grain  et  à  pétrir  le  pain,  sont  au 
contraire  aâsez  répandues  dans  les  communes  voisines, 
il  existe  en  effet  une  douzaine  de  bassins,  grands  ou  pe- 
tits, sur  les  roches  qui  entourent  la  pierre  Montpinçon, 
près  de  Vautorte,  dans  la  forêt  de  Mayenne. 

En  fait  de  monuments  préhistoriques,  Saint-Denis 
possédait  naguère  des  mardelles  gauloises,  qui  occu- 
paient un  espace  de  plus  de  deux  hectares.  Une  ving- 
taine d'excavations  en  forme  d'entonnoirs,  et  dont  la  prin- 
cipale mesurait  au  fond  vingt  mètres  de  longueur  sur 
huit  de  largeur,  avec  une  profondeur  de  dix  mètres,  for- 
maient au  lieu  dit  les  Miaules  un  ensemble  d'un  aspect 
bizarre  ;  nous  y  avions  trouvé  deux  tombelles  avec  des 
traces  de  sépultures;  toutefois  les  corps  avaient  dis- 
paru, entièrement  consumés  parle  contact  de  l'air,  comme 
il  arrive  dans  les  terrains  sablonneux.  Dans  la  grande 


—  197  — 

excavation  se  voyait  un  troisième  tumulus  formé  de  sable 
très  fm,  avec  des  traces  également  de  sépulture  par  in- 
humation et  quelques  fragments  informes  de  fer  oxydé. 
G  était  probablement  le  lieu  où  on  avait  déposé  le  corps 
d'un  chef  avec  ses  armes. 

Aujourd'hui  tout  a  été  nivelé  pour  être  mis  en  culture 
et  les  mardelles  ont  disparu  vers  1888. 

A  environ  un  kilomètre  à  l'ouest  de  l'endroit  occupé 
par  les  mardelles,  au  point  le  plus  élevé  de  la  commune, 
on  voit  encore  les  traces  d'un  cercle  mégalithique.  Grâce 
à  un  fragment  de  ce  cercle  qui  n'a  jamais  été  cultivé,  on 
distingue,  sur  une  longueur  de  160  mètres,  les  traces  d'un 
ancien  fossé  qui  le  bordait  sans  doute  dans  tout  son 
périmètre.  Des  blocs  de  pierre  aujourd'hui  renversés  et 
brisés  sont  disséminés  tout  à  l'entour,  surtout  vers  le 
sud,  côté  où  le  sol  présente  une  déclivité  très  prononcée. 
A  l'intérieur  du  cercle,  dans  la  partie  actuellement  li- 
vrée à  la  culture,  sous  un  tas  de  pierres  qu'on  aurait  pu 
croire  jetées  là  par  le  laboureur  pour  en  purger  son 
champ,  nous  avons  constaté  les  traces  d'une  sépulture 
par  incinération  :  sur  un  lit  de  sable  très  fin  se  voyaient 
quatre  pierres  plates,  dont  trois  encore  debout,  quoique 
légèrement  inclinées,  et  la  quatrième  tombée  sur  le 
champ,  indiquaient  la  place  d'une  urne  funéraire,  qui 
malheureusement  avait  été  enlevée  à  une  époque  éloi- 
gnée probablement;  il  n'en  restait  aucun  débris. 

11  est  à  remarquer  que  toutes  les  pierres  provenant 
de  ce  cercle  sont  étrangères  à  la  région  ;  elles  sont  for- 
mées d'un  poudingue  tertiaire,  et  le  point  le  plus  rap- 
proché où  l'on  rencontre  ce  poudingue  est  à  Mézangers, 
à  environ  quarante  kilomètres  de  distance.  Elles  ont 
donc  été  apportées  de  loin,  comme  cela  se  présente  fort 
souvent  dans  les  monuments  mégalithiques  ;  les  plus  im- 
portants de  ceux-ci,  et  notamment  les  cercles  de  l'An- 
gleterre, ont  été  construits  également  avec  des  pierres 
venues  de  fort  loin.  11  est  incontestable  que  les  hommes 

13 


—  198  — 

qui  les  ont  élevés  ont  voulu,  en  employant  des  matériaux 
étrangers  à  la  région,  marquer  l'importance  qu'ils  at- 
tachaient à  ces  monuments,  et  empêcher  que,  même 
après  leur  destruction,  ils  tombassent  complètement 
dans  l'oubli. 

Ce  qui  reste  de  notre  cercle  indique  qu'il  devait  avoir 
environ  trois  cents  mètres  de  diamètre,  dimensions  de  très 
peu  inférieures  à  celles  du  plus  célèbre  des  cercles  méga- 
lithiques, celui  d'Avebury  en  Angleterre  ^ 

Quant  à  l'époque  gallo-romaine,  elle  ne  nous  a  laissé 
que  des  tuiles  à  rebords  ;  on  en  a  trouvé  des  fragments 
dans  les  terrains  situés  à  l'est  de  l'église  actuelle;  mais 
jusqu'ici  on  n'a  constaté  l'existence  d'auctm  mur  de  cet 
âge,  et  par  conséquent  on  n'a  aucun  renseignement  sur 
l'importance  des  constructions  de  l'époque. 

Il  est  temps  de  nous  occuper  de  l'origine  du  nom  de 
notre  commune  ;  le  premier  document  qui  existe  à  cet 
égard  date  seulement  de  1158. 

M.  l'abbé  Pointeau,  dans  son  ouvrage  «  les  Croisés 
de  Mayenne  en  1158,  »  dit  à  propos  de  Gaudinus  de 
Ruina,  dictus  Gastines,  le  11^  croisé  de  la  liste  donnée 
par  le  moine  Jean  de  la  Fustaye:  «  Craudin  des  Ruines 
ou  de  la  Ruine,  dit  de  Gastines.  Nous  nous  croyons  au- 
torisé à  rétablir  le  texte  Ruina  ou  Ruinis,  au  lieu  de 
Raina,  par  les  listes  de  Goué  et  par  le  cartulaire  de  Sa- 
vigny,  où  un  personnage  qui  est  le  même  que  notre 
croisé  est  plusieurs  fois  désigné  sous  le  nom  de  Gandin 
ou  Gondouin  desRuinnes.  Les  titres  de  Goué  le  mettent 
au  nombre  des  barons  de  Geoffroy  IV;  il  revint  2.  Tout 
le  monde  sait  que  Ruines  et  Gastines  sont  synonimes. 


1.  Cf.  Notes  archéologiques  sur  Saint-Deiiis-de-Gastines  par 
l'auteur,  insérées  au  Bulletin  delà  Société  d'Agriculture, sciences 
et  arts  de  la  Sartlie.  1885. 

2.  Sur  environ  cent  huit  croisés  qui  prirent  la  croix  à  Mayenne 
en  1158,  trente-cinq  seulement  revinrent.  Les  autres  périrent, 
pour  la  plupart  en  Syrie.  Cf.  M.  l'abbé  Pointeau. 


—  199  - 

Gaudin  est  donc  un  des  membres  d'une  ancienne  et  illus- 
tre famille  dont  le  manoir  qui  fut  son  berceau  a  laissé 
son  nom  au  bourg  de  Saint-Denis-de-Gastines  :  c'est 
tout  ce  qu'il  en  reste.  »  Et  il  ajoute  :  «  de  Gastines  : 
de...  à  une  barre  de...  sous  un  chef  de...  »,  puis  en 
note  :  «  Généalogie  de  la  maison  de  Gorram,  par  le  ré- 
vérend Georges  Cornélius  Gorram.  » 

D'où  peut  venir  ce  nom  de  Gastines,  que  M.  l'abbé 
Pointeau  dit  synoime  de  Ruines  ?  Serait-ce  du  manoir, 
dont  il  parle,  et  qui  serait  tombé  de  bonne  heure  en 
ruines?  Serait-ce  de  ces  constructions  à  la  place  des- 
quelles on  a  trouvé  des  tuiles  à  rebords  ?  C'est  possible. 
Nous  ferons  cependant  remarquer  que,  non  loin  du  ha- 
meau qui  porte  actuellement  le  nom  de  Gastines,  ferme, 
étang  et  moulin,  on  voit  un  certain  nombre  de  gros  blocs 
de  diabase  qui  ressemblent  à  des  blocs  erratiques,  et 
qu'on  pourrait  prendre  pour  des  mégalithes  en  ruine. 
Nous  pensons  que  ce  sont  peut  être  ces  roches  qui  ont 
valu  à  cet  endroit  le  nom  de  ruines  ou  gastines,  du  latin 
vastare^  le  V  ayant  été  changé  par  l'usage  en  un  G  '.Du 
reste  tous  les  endroits  dits  Gast,  Gastines,  entre  autres 
la  foret  de  Gastines,  située  autrefois  sur  la  rive  gauche 
du  Loir,  défrichée  du  temps  de  Renault  P*",  comte  de 
Vendôme  qui  mourut  vers  1020  2,  et  le  Gâtinais  aussi, 
présentent  un  aspect  analogue  et  rappellent  un  pays 
dévasté,  non  sans  doute  par  la  main  des  hommes,  mais 
plutôt  par  les  eaux,  tantôt  par  la  mer,  comme  dans  la 
forêt  de  Fontainebleau,  tantôt  par  des  cours  d'eau  douce, 
comme  dans  la  Mayenne. 

Certains  étymologistes,  tout  en  faisant  dériver  le  mot 
Gastines  de  vastare^  lui  donnent  un  autre  sens,  et  disent 


1.  Nous  trouvons  encore  en  1564  le  nom  écrit  Sanctus  Diony- 
sius  de  Vastinis  (Insinuations  ecclésiastiques). 

2.  Cf.  Gauvin.    Géographie  ancienne  du  diocèse  du  Mans.  — 
Art.  Gastina. 


-  200  — 

que  ce  mot  désignait  jadis  l'endroit  d'une  forêt  où  le  bois 
aurait  été  abattu,  mot,  disent-ils,  venant  de  vastare^  dé- 
vaster, abattre.  Cette  étymologie  pourrait  s'appliquer  à 
l'ancienne  forêt  de  Gastines  ;  mais  notre  Saint-Denis 
s'étant  appelé  primitivement  Ruina  ou  Ruinée,  nous  pré- 
férons pour  lui  le  sens  que  nous  avons  indiqué  en  pre- 
mier lieu. 

Ce  n'est  qu'assez  longtemps  après  la  croisade  de  1158 
que  l'on  trouve  citée  dans  un  document,  sous  son  nom 
actuel,  notre  paroisse,  qui,  jusqu'à  ce  moment,  dépendait 
au  point  de  vue  politique  des  Pagus  Genomanicus,  Gi- 
vitas  Diablintum,  Gondita  Diablintica,  Pagus  Erneise', 
et  au  point  de  vue  religieux,  de  l'évêché  du  Mans. 

Vers  1214  l'évêque  Nicolas  donne  à  ses  chanoines  la 
présentation  à  la  cure  de  Saint-Denis-de-Gastines  -.  Nous 
lisons  dans  l'éloge  de  cet  évêque  mort  en  1216 ^  :  «  Sic 
obiit  bone  memorie  Nicholaus  Genomanensis  episcopus, 
qui  ad  servitium  ecclesiœ  dédit  et  concessit  ecclesiam 
Sancti  Dyonisii  de  Gastinem,..  » 

En  1220,  Maurice,  son  successeur,  ajoute  à  ce  don 
une  rente  annuelle  de  cent  sols  mançais  à  prendre  sur 
les  revenus  de  cette  église  '*.  Voici  le  texte  de  la  charte 
signée  par  l'évêque  Maurice  : 

«  Universis  présentes  litteras  inspecturis,  Mauricius 
Dei  permissione  Genomanensis  Ecclesie  minister  indig- 
nus,  salutem  in  Domino.  Noverit  universitas  vestra  nos 
concessisse  dilectis  fdiis  decano  et  capitulo  Genomanensi 
centum  solidos  cenomanenses  in  ecclesia  beati  Dyonisii 
de  Gastine  annis  singulis  percipiendos,  et  residuum  per- 
sone  ejusdem  ecclesie  remanebit.  Quod  ut  ratum  et  sta- 
bile  habeatur,  presentem  cartam  sigilli  nostri  munimine 

1.  Gauvin,  Géographie  ancienne  du  diocèse  du  Mans. 

2.  Livre  Blanc  n»  153. 

3.  Martyrologium  capituli  ce.'^.omanensis[1  Kal.  Mar.). 

4.  Livre  Blanc,  n»  154. 


—  201  — 

fecimus  roborari,  ad  petitionem  capituli  supradicti.  Ac- 
tum  anno  gratie  M**.  CG^.  XX**.  tertio,  mense  mayo.  » 
Il  semble  résulter  de  ces  pièces  que  notre  paroisse 
existait  avant  1214.  Mais  il  y  a  lieu  de  penser  cependant 
qu'elle  n'a  pas  été  créée  beaucoup  plus  tôt.  La  plupart 
des  paroisses  voisines  existaient  avant  celle  de  Saint- 
Denis  ;  Montenay,  avait  déjà  une  importance  considé- 
rable vers  800;  Gharné,  Gorron*,  Saint-Berthevin-la 
Tannière,  Ambrières,  de  nombreuses  abbayes  et  des 
prieurés  sont  mentionnés  à  des  époques  antérieures  au 
XIIP  siècle.  L'église  de  Yautorte,  érigée  d'abord  en 
chapelle,  avait  été  distraite  de  Montenay  2.  Il  en  fut  pro- 
bablement de  même  de  Saint-Denis.  Si  le  texte  même 
du  moine  de  Saint-Maur  indique  que  la  paroisse  de  ce 
nom  existait  avant  1214,  rien  ne  peut  cependant  établir 
avec  certitude  que  Saint-Denis  ait  été  créé  au  détriment 
de  Montenay.  Gependant  l'importance  et  la  proximité  de 
cette  paroisse  militent  en  faveur  de  cette  hypothèse. 
D'autre  part  les  droits  créés  par  l'évêque  au  profit  du 
chapitre  rendent  vraisemblable  que  celui-ci,  perdant  ses 
privilèges  sur  le  territoire  séparé  de  Montenay,  ou  peut- 
être  d'une  autre  paroisse,  Gharné,  par  exemple  3,  aurait 
réclamé,  comme  il  était  déjà  arrivé  après  la  création  de 
nouvelles  églises,  et  que  l'évêque,  pour  satisfaire  aux 
plaintes  des  chanoines,  leur  avait  accordé  et  la  présenta- 
tion à  notre  nouvelle  paroisse  et  une  rente  déterminée 


1.  Au  X<^  siècle  Raoul  de  Gorron,  chef  d'une  des  plus  puissan- 
tes familles  du  Maine,  donna  à  l'abbaye  du  Mont  Saint-Michel 
l'église  de  la  Tannière  et  la  chapelle  de  son  château  de  la  Tan- 
nière, et  en  1125  Guillaume  de  Gorron  aida  les  moines  de  Saint- 
Berthevin  à  relever  leur  prieuré  qui  leur  avait  été  ravi  dans  le 
cours  du  XI«  siècle.  —  Cf.  Dom  Piolin,  Histoire  de  l'Eglise  du 
Mans,  T.  III,  p.  27  et  28. 

2.  Ihid.,  T.  III,  p.  78. 

3.  En  effet.  Guillaume  de  Passavent  (1142-1186)  avait  donné  et 
cédé  à  perpétuité  au  chapitre  de  Saint-Julien  du  Mans  un  cer- 
tain nombre  d'égliseti,  dont  celle  de  Gharné.  Livre  Blanc.  n°  122. 


—  202  — 

à  prélever  sur  ses  revenus.  Or  l'église  de  Moritenay 
avait  été  léguée  par  Saint  Bertrand  dès  616  à  la  cathé- 
drale du  Mans.  Quelle  que  soit  d'ailleurs  l'église  dont 
ait  été  démembrée  celle  de  Saint-Denis,  il  est  bien  pro- 
bable que  sa  création  est  peu  antérieure  au  commence- 
ment du  XIIP  siècle. 

Saint-Denis,  jusqu'en  1230,  dépendit  de  l'archiprêtré 
du  Passais  ;  à  cette  époque  l'évêque  Maurice  remplaça 
les  archiprêtrés  par  des  archidiaconés.  Notre  église  fut 
alors  de  l'archidiaconé  du  Passais  ;  comme  doyenné  elle 
ressortit  toujours  de  celui  de  Gharné-Ernée.  Son  pa- 
tron était  Saint-Denis  ;  présentateur  le  chapitre,  colla- 
teur  l'évêque. 

Les  léproseries  ou  maladreries  furent  nombreuses 
dans  la  région  ;  il  y  en  avait  à  Ernée,  à  Gorron,  à  Ghâ- 
tillon-sur-Golmont  ;  mais  on  n'en  mentionne  pas  à  Saint- 
Denis. 

Pendant  l'épiscopat  de  Pierre  de  Savoisy  (1385-1398), 
les  habitants  du  Mans  prièrent  le  Souverain-Pontife 
d'ériger  dans  leur  ville  une  confrérie  du  Saint-Sacre- 
ment. Gette  confrérie  devint  célèbre  après  que  Paul  V 
l'eut  confirmée  en  1610,  et  un  certain  nombre  de  parois- 
ses, dit  dom  Piolin,  obtinrent  de  semblables  associa- 
tions pour  protester  contre  les  erreurs  des  Sacramen- 
taires  du  XVI^  siècle.  Saint-Denis  fut  du  nombre  ^ 

Gomme  construction,  l'église  de  Saint-Denis  est  peu 
remarquable.  Remaniée  et  agrandie  à  plusieurs  reprises, 
elle  se  rapprocherait  dans  son  ensemble  plutôt  du  style 
roman  ;  mais  ses  voûtes  sont  en  berceau.  Le  chœur  et 
la  tour  qui  supporte  un  clocher  très  effilé  recouvert  en 
ardoises,  n'ont  été  terminés  que  vers  1854.  G'est  à  la 
suite  de  l'incendie  de  l'ancien  clocher,  frappé  par  la  fou- 
dre le  23  décembre  1846,  qu'ils  ont  été  édifiés.  Jusqu'a- 


1.  Abbé  Lochet,  Recherches  sur  l'histoire  des  confrairies  éta- 
blies dans  le  diocèse  du  Mans  avant  1791. 


—  203  - 

lors  le  clocher  était  à  l'entrée  du  chœur,  supporté  par  six 
piliers  de  bois  hauts  à  peine  de  quatre  mètres,  qui  em- 
pêchaient toute  perspective  dans  l'église. 

Sous  le  haut  de  la  nef  actuelle,  à  la  place  de  l'ancien 
chœur,  il  existe  un  caveau  aujourd'hui  scellé  ;  il  renferme 
trois  cercueils  en  plomb,  remplis  d'ossements  ;  ils  ont 
été  violés  à  la  Révolution  ;  le  plus  grand  des  trois  ren- 
fermait, pense-t-on,  les  restes  de  Messire  Philippe  de 
Froulay,  décédé  à  Saint-Denis  en  1656,  comme  le  por- 
tait une  inscription  gravée  sur  une  table  de  marbre  pla- 
cée jadis  au  milieu  de  l'ancien  chœur.  Un  autre  caveau, 
situé  sous  la  chapelle  du  Rosaire,  est  effondré  depuis 
longtemps  ;  on  ignore  ce  qu'il  contenait. 

Ce  que  l'église  présente  de  plus  intéressant  est  sa 
chaire  en  bois  sculpté,  ornée  de  panneaux  avec  person- 
nages ;  elle  paraît  remonter  au  XVIP  siècle.  Les  pan- 
neaux représentent  la  vie  de  Saint  Denis  ;  les  plus  cu- 
rieux sont  celui  du  devant  et  celui  du  fond.  Sur  le  pre- 
mier on  voit  Saint  Denis  prêchant  sur  une  des  places  de 
Lutèce  ;  outre  un  groupe  nombreux  d'auditeurs  qui  lui 
fait  face,  à  toutes  les  fenêtres  des  maisons,  dont  plu- 
sieurs ont  deux  étages,  on  aperçoit  une,  deux  et  jus- 
qu'à trois  têtes  de  personnes  qui  écoutent  sa  parole. 
Sur  l'autre  se  déroule  la  scène  du  martyre  :  au  premier 
plan  Saint  Denis  tient  sa  tête  entre  ses  mains  ;  en  ar- 
rière, Saint  Rustique  et  Saint  Eleuthère  sont  à  leur  tour 
décapités  ;  le  panorama  représente  la  ville  avec  une 
multitude  de  tours  et  de  clochers  dans  le  goût  du 
moyen-âge.  La  composition  de  ces  panneaux  présente 
do  l'originalité,  mais  l'exécution  est  faible,  et  surtout 
les  personnages  sont  disgracieux,  les  proportions  mal 
observées  et  les  membres  trop  courts. 

Plusieurs  chapelles  existaient  sur  la  paroisse  de  Saint- 
Denis-de-Gastines  ;  nous  les  mentionnons  par  ordre  al- 
phabétique en  copiant  textuellement  ce  que  porte  le 
Puuillé  du  diocèse  du  Mans. 


-  204  - 

BoiSBÉRANGER  (chapelle  de  Saint-Louis  et  N.-D.  du 
château  du),  fondée  en  janvier  1529  par  Louise  Desvaux, 
dame  du  château,  et  décrétée  le  4  mars  1529  :  deux 
messes  par  semaine.  Présentateur  :  le  seigneur  du  Bois- 
Béranger  ;  Sa  Grandeur  confère. 

Gensive  (chapelle  de  la),  annexe  du  prieuré  de  TAb- 
bayette^  Elle  a  été  démolie  en  1836.  Jusqu'à  cette  épo- 
que elle  a  servi  à  faire  le  catéchisme  aux  enfants  de  la 
partie  de  la  paroisse  où  elle  se  trouvait. 

Saint-Etienne  (chapelle  de),  fondée  par  André  de 
FrouUay,  augmentée  le  29  octobre  1680  par  Gabriel 
de  FrouUay,  évéque  d'Avranches,  et  décrétée  le  4  mars 
1685.  Présentateur  :  le  seigneur  de  Saint-Denis-de-Gas- 
tines,  Montflaux,  etc.  S.  G.  confère. 

Une  messe  par  semaine,  les  dimanches  et  fêtes. 

Titulaires  :  Jacques  Orfray,  juin  1765. 

Mathurin  Moreau,  vicaire  à  Saint-Denis-de-Gastines, 
16  novembre  1776. 

Revenu  :  150  livres,  la  métairie  de  la  Greslinière  en 
Saint-Denis.  [Cette  chapelle  était  dans  le  bourg]. 

Saint-Etienne  (autre  chapelle  de)  en  Saint-Denis-de- 
Gastines,  fondée  en  février  1543  par  Etienne  Vallais, 
prêtre,  et  décrétée  le  4  octobre  1549. 

Le  plus  proche  parent  du  fondateur  présente.  S.  G. 
confère. 

Deux  messes  par  semaine. 

[Cette  chapelle  était  dans  l'église  paroissiale]. 

Montflaux  (chapelle  du  château  de)  et  celle  du  châ- 


1.  L'Abbayette  était  un  prieuré  au  N.-O.  de  la  Dorée,  soumis 
à  l'abbaye  du  Mont  Saint-Michel.  En  1235  Robert  de  Gorram, 
seigneur  de  la  Tannière  et  de  Lévaré,  donne  à  l'abbaye  du  Mont- 
Saint-Michel  plusieurs  domaines  situés  paroisse  de  la  Dorée,  et 
la  charge  par  le  monastère  d'entretenir  à  l'Abbayette  (apud  ab- 
batiolam  de  Villarentum,  ailleurs  on  lit  villa  Arunton)  un  moine 
prêtre  pour  y  dire  la  messe  et  célébrer  le  service  divin  pour  l'àme 
du  donateur  et  celles  de  ses  parents.  {Genealogical  accoiint... 
families  de  Gorram).  Cf.  Gauvin,  Géographie  ancienne  du  dio- 
cèse du  Mans. 


—  205  — 

teau  d'Yvoy  en  Carelles,  y  réunie  par  décret  du  21  août 
1725,  insinué  dans  le  même  mois. 

Présentateur  :  le  seigneur  de  Montflaux.  S.  G.  con- 
fère. 

[Cette  chapelle  existe  encore,  mais  elle  est  désaffec- 
tée depuis  1857]. 

Piété  ^  (Chapelle  de  N.-D.  de),  fondée  en  la  grande 
chapelle  près  de  Saint-Denis-de-Gastines  le  7  mars 
1689  par  Jean  Geslin,  prêtre  chanoine  et  décrétée  le  4 
août  1689. 

Présentateurs  :  les  curé  et  habitants.  S.   G.   confère. 

Revenu  300  livres  de  rente  constituée  au  denier  25 
sur  le  chapitre  de  Saint-Honoré  de  Paris  ;  comprise  en 
lad.  somme  celle  de  50  livres  donnée  à  la  fabrique  par 
un  même  acte  de  fondation. 

Une  messe  tous  les  jours  de  la  semaine. 

La  chapelle  de  N.-D.  de  Pitié  est  la  seule  qui  serve 
aujourd'hui  au  culte;  elle  a  dû  sa  conservation  pendant 
la  Révolution  à  sa  situation  dans  le  cimetière  de  la  pa- 
roisse. 

Nous  donnons  à  la  fin  de  ce  travail  copie  du  testa- 
ment de  Messire  Jean  Geslin,  chanoine  de  Saint-Médric 
à  Paris. 

Enfin  nous  trouvons  indiquée  à  Saint-Denis  par 
M.  Lecoq  la  prestimonie  de  Fréard,  dont  était  titulaire 
en  1791  M.  Brochard  de  la  Vairie^. 

La  principale  seigneurie  établie  sur  la  paroisse  de 
Saint-Denis  était  celle  de  Montflaux,  dont  le  château 


1.  Dans  tous  les  actes,  ainsi  que  sur  la  carte  de  Cassini,  cette 
chapelle  porte  le  nom  de  N.-D.  de  Pitié  ;  mais  puisque  nous  trans- 
crivons le  Fouillé,  nous  avons  voulu  en  conserver  l'orthog-raphe. 
Du  reste  en  latin  Pitié  et  Piété  se  rendent  par  le  môme  mot  rie- 
tas. 

2.  Prestimonie.  —  Desserte  d'une  chapelle  sans  titre  ni  colla- 
tion. Revenu  affecté  à  l'entretien  d'un  prêtre  sans  qu'il  y  ait  érec- 
tion ou  titre  de  bénéfice. 


—  206  - 

subsiste  de  nos  jours,  non  toutefois  dans  son  état  primi- 
tif, car  il  a  été  reconstruit  à  une  époque  indéterminée, 
sans  doute  après  avoir  été  ruiné,  comme  la  plupart  de 
ceux  de  la  région,  à  l'époque  de  la  Ligue;  on  sait  en 
effet  qu'en  1592  les  Anglais,  envoyés  par  Elisabeth  au 
secours  de  la  monarchie,  parcoururent  le  Bas-Maine  et 
s'y  livrèrent  à  de  sanglantes  dépradations.  Débarqués 
en  Bretagne,  à  Paimpol,  sous  le  commandement  du  sieur 
de  Norris,  au  printemps  1591,  ils  étaient  primitivement 
au  nombre  de  2,500.  Après  avoir  guerroyé  en  Bretagne 
contre  Mercœur  et  les  Espagnols,  ils  vinrent  prendre 
leurs  quartiers  d'hiver  dans  le  Bas-Maine.  Ils  arrivè- 
rent à  Mayenne,  le  6  janvier  1592,  après  avoir  saccagé 
Ernée,  Gorron,  Ambrières,  Fontaine-Daniel  et  tous  les 
endroits  où  ils  passèrent,  ainsi  que  nous  l'apprend  le 
journal  de  Maître  Macé  de  l'Etang,  curé  de  Saint-Mar- 
tin de  Mayenne,  journal  inscrit  sur  son  registre  parois- 
sial, lequel  est  conservé  aux  archives  de  la  mairie  de 
cette  ville  ^ 

Le  souvenir  de  leurs  violences  n'est  pas  encore  entière- 
ment effacé  ;  on  citait  il  y  a  peu  d'années  encore  une 
femme  disant  à  son  enfant,  pour  l'empêcher  de  divaguer 
sur  la  route  :  «  Dépêche-toi  de  rentrer,  ou  les  Anglais 
vont  venir  te  prendre.  »  C'est  de  cett# époque  que  datent 
le  sac  de  Gorron  et  de  la  chapelle  du  Bignon,  celui 
d'Ernée  et  la  destruction  de  beaucoup  d'églises  et  de 
châteaux.  Les  archives  de  bien  des  paroisses  ont  disparu 
à  ce  moment.  Les  malheurs  furent  si  grands  que,  dans  un 
aveu  du  duché  de  Mayenne  au  Roi,  fait  en  1669,  près 
d'un  siècle  plus  tard,  il  est  dit  en  parlant  d'Ernée  que 
celui-ci  se  contente  de  douze  livres  de  cens  au  lieu  de 
cinquante,  «  la  plupart  des  maisons  de  mad.  ville  ayant 
été  démolies  et  ruinées  par  les  guerres  des  Anglais  et 


1.  Cf.  Le  château^  la  ville  et  le  pays  de  Mayenne  pendant  les 
guerres  de  religion,  par  M.  le  comte  de  Beauchesne.  Bulletin  de 
la  Commission  historique  de  la  Mayenne,  3^  trimestre  1892. 


-  207  — 

civiles,  et  réduites  au  nombre  de  vingt.  »  Mais  il  a  soin 
de  spécifier  que  chaque  maison  nouvellement  bâtie  ou 
réédifiée  devra  à  l'avenir  cinq  sols  de  cens,  outre  ladite 
somme  de  douze  livres  ^ 

Revenons  à  Montflaux.  L'origine  de  cette  seigneurie 
est  inconnue  ;  ce  n'est  que  vers  la  fin  du  XIV®  siècle 
qu'on  trouve  mentionné  pour  la  première  fois  un  sei- 
gneur de  Montflaux  -.  Dès  cette  époque  Montflaux  appar- 
tenait aux  Froulay  ;  depuis  il  n'a  jamais  été  vendu  et 
s'est  toujours  transmis  par  héritage.  La  maison  de 
Froulay  ou  Froullay,  l'une  des  plus  considérables  du 
Maine,  qui  tirait  son  nom  d'une  châtellenie  dépendant 
du  duché  de  Mayenne,  dans  la  paroisse  de  Gouesmes 
dans  le  Passais,  avait  pour  auteur  Roland  de  Froulay 
vivant  vers  1140. 

Froulay  est,  dit  le  Paige,  une  terre  considérable  dans 
la  paroisse  de  Gouesmes.  Rolland,  seigneur  de  Froulay, 
vivait  vers  1140.  Les  armes  de  cette  maison  étaient  d'ar- 
gent au  sautoir  de  gueules  dentelé  de  sable.  Roland  fut 
père  de  Guillaume  qui  suit'^. 

Guillaume,  seigneur  de  Froulai,  épousa  Osanne  ;  ils 
firent  une  fondation  pour  l'abbaye  de  Savigni  en  1185. 

On  y  voit  encore  la  charte  de  cette  fondation  scellée 
aux  armes  de  Froulai  ;  ils  eurent  Gervais  qui  suit^. 

Gervais,  seigneur  de  Froulai,  vivait  en  1222;  il  fit 
aussi  des  dons  à  l'abbaye  de  Savigny. 

Guillaume  II,  seigneur  de  Froulay,  augmenta  les 
fonds  de  l'abbaye  de  Fontaine-Daniel  ;  il  se  croisa  pour 


1.  Cauvin,  iSuite  des  observations  topographiques  sur  le  diocèse 
du  Mans.  —  Annuaire  de  la  Sarthe  pour  18^3,  p.  34. 

2.  Moreri  signale  en  1371  l'alliance  de  Jeanne  de  la  Ferrière, 
fille  de  JeanllI,  seigneur  de  Vautorte,  avec  Michel  de  Froullay, 
seigneur  de  Froullay,  Montllaus,  Saint-Denis-de-Gastines,  la 
Basmégnée,  chevalier,  gouverneur  du  château  de  Pouancé. 

3.  I.e  Paige,  art.  Beaumont,  T.  l®"",  p.  85. 

4.  I/jid. 


*-  208  - 

la  Terre-Sainte  en  1244  ;  il  fut  le  père  de  Guillaume  III 
qui  suit. 

Guillaume  III,  seigneur  de  Froulay,  chevalier,  tué  à 
la  bataille  de  Blangis  en  1317.  Sa  tombe,  dit  toujours  le 
Paige,  est  dans  l'église  de  Couesmes,  sur  laquelle  on 
remarque  seulement  une  épée  et  l'écusson  de  ses  armes  ; 
il  avait  épousé  Jeanne  Desplanches  de  la  maison  de  Lis- 
couët,  en  Bretagne,  dont  Michel  qui  suit. 

Michel,  seigneur  de  Froulay,  Montflaux,  etc.,  épousa 
en  1371  Jeanne  de  la  Ferrière,  dont  Ambroise,  tué  à 
Argentan  dans  un  combat  de  trente  français  contre  trente 
anglais,  sans  laisser  d'enfants;  Guillaume  qui  suit,  et... 

C'est  Michel  qui  le  premier  se  qualifie  de  seigneur  de 
Montflaux.  Il  y  a  encore  tout  près  du  château  actuel  un 
lieu  dit  le  Boismichel,  avec  une  ferme  qui  peut  être  un 
reste  du  château  primitif  ou  plus  vraisemblablement  d'un 
second  château  reconstruit  déjà  lui-même  à  la  suite  d'un 
incendie  ou  d'un  fait  de  guerre. 

Guillaume  IV,  seigneur  de  F'roulay,  Montflaux,  Saint- 
Denis-de-Gastines,  etc.,  tué  à  la  bataille  de  Châtillon 
en  1453,  avait  épousé  en  1442  Marguerite  le  Sénéchal, 
de  la  maison  de  Kercado,  dont  plusieurs  enfants. 

Guillaume  V,  deuxième  fils  du  précédent,  épousa  en 
1494  Catherine  de  Chauvigné,  dame  de  Saint-Loup-du- 
Gast,  dont  Jean  qui  suit. 

Jean  P"",  dont  on  ne  sait  pas  grand'chose. 

Jean  II,  qui  épousa  en  1517  Catherine  de  Brée,  fille  de 
Gilles,  seigneur  de  Fouilloux,  dont  Louis  qui  suit. 

Louis  de  Froulai  épousa  en  1540  Louise  de  la  Vairie, 
dont  André  qui  suit. 

André  de  Froulai  épousa,  en  1567,  Thomasse  delà  Fer- 
rière, fille  de  Jean,  baron  de  Tessé  etd'Ambrières,  et  de 
Françoise  de  Raveton,  dont  René  qui  suit.  André,  par 
testament  du  6  mars  1616,  fonda  la  Collégiale  de  Saint- 
Denis-de-Gastines  et  lui  fit  plusieurs  legs.  Mais  cet 
établissement,  dont  parle  Simplicien,  T.  Il,  p.  669.  eut-il 


—  209  — 

réellement  lieu  ?  Ni  le  Fouillé,  ni  le  Paige  n'en  font  men- 
tion'. Ses  armoiries  devaient  être  celles  du  fondateur  : 
d'argent  au  sautoir  de  gueules  engrêlé  de  sable  2. 

Vint  ensuite  René,  qui  de  Marie  d'Escoubleau-Sour- 
dis,  veuve  de  Claude  du  Puy,  baron  de  Vatan,  eut  dix 
enfants. 

Ce  fut  le  quatrième  fils,  Charles,  qui  eut  Montflaux.  Il 
portait  les  titres  de  seigneur  de  Montflaux,  Sainte-Souline, 
leBoisbérenger,  Saint-Denis-de-Gastines,  etc.  Il  épousa 
en  1636  Angélique  de  Baudéan,  fille  d'honneur  de  la 
reine  Anne  d'Autriche. 

Son  fils,  Philippe-Charles,  comte  de  Froulay  et  de 
Montflaux,  lieutenant  de  la  province  du  Maine,  mourut 
en  1697,  après  avoir  épousé  Marie-Anne  de  Mégaudais. 

Charles-François,  fils  aîné  du  précédent,  fut  à  son 
tour  seigneur  de  Montflaux,  colonel  de  Royal-Comtois, 
lieutenant  du  Roi  ès-province  de  Maine  et  comté  de 
Laval,  ambassadeur  à  Venise.  Son  frère puiné  fut  évêque 
du  Mans  et  abbé  de  la  Couture  ;  il  mourut  en  1767.  Char- 
les-François, qui  avait  épousé  Jeanne-Françoise  Sau- 
vaget  des  Claux,  eut  d'elle  un  fils,  Charles-Elisabeth  qui 
va  suivre  et  Renée  Caroline,  qui  devint  marquise  de 
Créquy  ;  il  mourut  en  1744. 

Charles-Elisabeth  ne  fut  pas  longtemps  seigneur  de 
Montflaux;  il  mourut  lui-même  en  1747.  Voici  son  épi- 
taphe  : 

(c  Cy-git  très  haut  et  très  puissant  Monseigneur 
«  Charles-Elisabeth,  quatrième  et  dernier  Comte  de  la 
«  branche  de  Froullay,  colonel  du  régiment  de  Royal- 
ce  Comtois  à  dix  ans,  de  celui  de  Champagne  à  seize, 
«  chevalier  de   Saint-Louis  à  dix-sept,  brigadier  à  dix- 


1.  Le  pouillé  porte  seulement  que  ce  même  André  de  Froulay 
fonda  une  chapelle  Saint-Etienne. 

2.  Gauvin,   Géograp/iie    ancienne   du    diocèse  du  Mans.  Art. 
Chapitre  de  Saint-Denis-de-Gastines,  p.  173. 


—  210  — 

«  huit,  maréchal  de  camp  à  vingt-trois,  menin  de  Mon- 
«  seigneur  le  Dauphin,  mort  le  11  juillet  1747,  âgé  de 
«  vingt-cinq  ans,  des  blessures  reçues  à  la  bataille  de 
((  Laufeld  le  2  du  même  mois. 

«  Seigneur,  ayez  pitié  du  jeune  héros  qui,  malgré  les 
«  écueils  de  Vsige^  du  monde,  de  la  cour,  de  la  guerre  et 
«  des  louanges,  fit  sa  principale  gloire  d'être  chrétien  et 
«  de  vous  servir.  » 

Il  avait  épousé  Jeanne-Gabrielle,  fille  unique  du  ma- 
réchal de  la  Mothe-Houdancourt,  mais  il  n'avait  pas  eu 
d'enfants. 

Montflaux  passa  alors  à  sa  sœur,  Renée-Caroline, 
mariée  au  marquis  de  Gréquy.  Cette  femme  remarqua- 
ble, douée  d'une  âme  élevée  et  d'un  esprit  profond,  occupa 
pendant  plus  d'un  demi-siècle  un  rang  distingué.  Elle 
recevait  dans  son  salon  de  la  rue  de  Grenelle  les  écri- 
vains et  les  philosophes  de  l'époque  et  correspondait 
avec  plusieurs  d'entre  eux.  On  dit  même  que  de  Montflaux 
elle  envoyait  des  poulardes  à  Rousseau,  quoiqu'elle  ne 
partageât  pas  ses  idées  ;  c'était  du  reste  avec  sa  femme 
plutôt  qu'avec  lui   qu'elle  était  liée. 

Le  marquis  de  Créquy  mourut  peu  d'années  après  son 
mariage  ;  la  marquise  parvint  à  un  âge  avancé.  Empri- 
sonnée sous  la  Terreur  aux  Oiseaux,  elle  échappa  à  la 
guillotine  dans  les  circonstances  suivantes.  Appelée  à 
plusieurs  reprises  avec  d'autres  condamnés,  elle  ne  ré- 
pond pas.  Le  terroriste  s'emportant  s'écrie  :  «  N'es-tu 
donc  pas  là  ?  »  en  ajoutant  une  foule  d'épithètes  gros- 
sières. La  marquise  alors  s'avance  et  répond  :  «  C'est 
peut-être  moi  que  vous  appelez  ;  mais  citoyen,  je  n'ai 
jamais  pris  dans  mes  titres  aucun  de  ceux  que  vous  venez 
de  me  donner.  »  —  «  Allons,  répond-il,  tu  es  une  drôle 
de  femme,  remonte  dans  ta  chambre;  nous  verrons  plus 
tard.  ))  Elle  sortit  de  prison  après  le  9  thermidor  (27 
juillet  1794).  Elle  avait  alors  près  de  quatre-vingts  ans  ; 
elle  mourut  à  Paris  en  1803.  Elle  avait    donné   quinze 


~  211  — 

mille  livres  à  l'hôpital  d'Ernée,  pour  y  fonder  cinq  lits 
destinés  à  recevoir  les  malades  et  infirmes  de  ses  pa- 
roisses de  Saint-Denis,  Carelles  et  Larchamp^ 

Ce  ne  fut  que  trente  ans  après  sa  mort  que  parurent 
les  Souvenirs  de  la  marquise  de  Créquy^  œuvre  apo- 
cryphe qui  la  fît  juger  bien  autre  qu'elle  n'était. 

La  marquise,  par  son  testament,  laissa  Montflaux  au 
seul  représentant  de  la  ligne  paternelle,  Louis-Auguste 
le  Tonnelier,  baron  de  Breteuil,  qui,  né  en  1733,  avait 
été  diplomate,  puis  ministre  sous  Louis  XVL  Rentré  en 
France  en  1802,  il  mourut  en  1807. 

Sa  fille,  Marie-Elisabeth  le  Tonnellier  de  Breteuil, 
avait  épousé  Louis-Gharles-Auguste  de  Goyon,  comte 
de  Matignon.  De  leur  union  naquit  à  Naples  en  1774 
Anne-Louise-Garoline  de  Goyon  de  Matignon,  qui  épousa 
en  1788  Anne-Gharles-François,  duc  de  Montmorency, 
premier  baron  chrétien,  pair  et  premier  baron  de  France, 
chef  des  nom  et  armes  de  sa  maison. 

Madame  de  Matignon  hérita  de  Montflaux  après  son 
père  et  mourut  en  1833.  Elle  eut  pour  héritière  sa  fille, 
la  duchesse  de  Montmorency. 

La  seconde  fille  decelle-ci,Anne-Louise-Alix  de  Mont- 
morency, mariée  en  1829  à  Louis  de  Talleyrand-Périgord, 
duc  de  Valençay,  recueillit  Montflaux  dans  la  succession 
de  sa  mère  ^. 

Aujourd'hui  la  terra  de  Montflaux  appartient  à  Ma- 
dame de  Talleyrand-Périgord  de  Valençay,  veuve  du 
Comte  d'Etchegoyen,  décédé  depuis  peu  d'années. 

On  garde  dans  le  grand  salon  du  château  de  Mont- 
flaux, outre  un  grand  nombre  de  portraits  de  cette  illus- 
tre famille,  la  table  sur  laquelle  a  été  signé  le  traité  de 

1,  Etudes  historiques  sur  Ernée.  E.  Delaunay.  Annuaire  de  la 
Mayenne  pour  1879. 

2.  Pour  toute  la  suite  des  seip^neurs  de  Montflaux,  nous  avons 
été  guidés  par  le  Paige  et  par  I  ouvrage  du  baron  de  Wismes,  le 
Maine  et  l  Anjou,  et  nous  leur  avons  fait  de  nombreux  emprunts. 


—  212  — 

1814,  ainsi  que  l'encrier  et  la  plume  dont  s'est  servi  le 
duc  de  Talleyrand  pour  la  signature  de  cet  acte. 

Des  autres  châteaux  et  seigneuries  de  Saint-Denis-de- 
Gastines,  il  ne  reste  à  peu  près  rien. 

Du  château  du  Boisbérenger,  on  ne  voit  qu'une  ruine 
informe,  un  tas  de  décombres  entouré  des  anciens  fossés, 
aujourd'hui  asséchés.  Voici  ce  que  dit  Cauvin^  à  l'art. 
Boscus  Berengarii  :  «  Terre  seigneuriale  relevant  de  la 
châtellenie  d'Ernée.  »  En  1158  Henri  de  Bois-Bérenger 
fut  un  des  seigneurs  qui  accompagnèrent  GeofTroi  de 
Mayenne  en  Terre-Sainte.  En  1189  Guillaume,  son  pa- 
rent, figure  comme  témoin  dans  une  charte  de  Juhel  111 
en  faveur  de  l'abbaye  de  Marmoutier. 

Une  légende  qui  a  cours  dans  le  pays  raconte  que  la 
dernière  châtelaine  du  Bois-Bérenger,  assiégée  dans  son 
castel  pendant  que  son  époux  était  à  la  guerre,  se  se- 
rait, pour  échapper  à  ses  ennemis,  précipitée  du  haut  de 
son  donjon  dans  l'étang,  à  l'endroit  où  existe  encore, 
dit-on,  un  abîme  sans  fond. 

En  j  158  Paganus  de  Rochiis,  Payen  des  Roches,  ac- 
compagna Geoffroy  de  Mayenne  en  Terre-Sainte.  Ce 
chevalier  avait  une  terre  importante  dans  la  châtellenie 
d'Ernée.  Nous  pensons  que  c'est  celle  qui  s'appelle  au- 
jourd'hui le  Rocher  et  est  située  dans  la  commune  de 
Saint-Denis.  Ce  Paganus  de  Rochiis  portait  de  gueules 
à  la  croix  d'argent,  d'après  la  généalogie  manuscrite  de 
la  maison  de  Mathefelon  (bibliothèque  de  Laval),  — 
d'argent  à  une  bande  fuselée  de  gueules,  d'après  l'armo- 
riai de  Cauvin^.  L'ancien  château  du  Rocher  a  dis- 
paru depuis  longtemps,  ainsi  que  l'étang  et  le  moulin. 
Il  reste  une  construction,  moderne  relativement,  du  XVP 
siècle,  avec  de  grandes  pièces  et  un  pan  de  mur  de  la 
chapelle. 

1.  Géographie  ancienne  du  diocèse  du  Mans. 

2.  Cf.  M.  l'abbé  Pointeau,  Les  Croisés  de  Mayenne  en  1158. 


—  213  — 

RiGARDON,  à  deux  kilomètres  de  Saint-Denis,  dépen- 
dait jadis  de  Montflaux;  il  servait  de  résidence  à  un 
cadet.  11  fut  aliéné  ;  il  appartenait  à  l'époque  de  la  ré- 
volution à  M.  Dubray,  dont  les  héritiers  le  vendirent  à 
la  vicomtesse  d'Héliand,  née  de  Préaux,  morte  sans  pos- 
térité vers  1860,  et  qui  a  laissé  dans  le  pays  le  souvenir 
de  ses  vertus  et  de  sa  charité. 

(A  suivre). 

A.  Faucon. 


« 


14 


QUELQUES   NOTES 

SDR  L'ANCIENNE  CHAPELLE  ET  LA  SEIGNEURIE 

DE  GASTIiNES 

EN   MOLIÈRES,    PRES    CHEMAZÉ. 


On  a  démoli,  en  1889  ',  l'antique  chapelle  domestique 
du  domaine  de  Gastines,  situé  dans  la  paroisse  de  Mo- 
lières,  une  des  sections  dépendant  de  la  commune  de 
Ghemazé.  Il  nous  a  semblé  à  propos  de  conserver  quel- 
ques données  historiques  sur  cette  chapelle  dont  les  ruines 
jonchaient  naguère  le  sol  ;  c'était  d'ailleurs  un  des  plus 
anciens  bénéfices  religieux  du  pays,  puisque  sa  fondation 
remonte  au  commencement  du  XVP  siècle,  peut-être 
même  à  la  fin  du  XV°. 

Gastines  était  alors  une  terre  importante  appartenant 
à  une  famille  du  nom  de  Levesque,  qui  y  résidait  et 
possédait  la  seigneurie  de  paroisse.  Ges  châtelains,  tous 
dévoués  à  l'Eglise,  enrichirent  le  modeste  temple  de 
Molières  de  fonts  baptismaux  fort  curieux  au  point  de 
vue  de  l'art.  Ce  don  fut  fait  le  10  juin  1454  par  Mathieu 
Levesque  et  sa  femme,  seigneurs  de  Gastines,  ainsi 
que  le  constate  l'inscription  gothique  gravée  en  creux 
sur  une  des  parois  du  baptistère  même. 

1.  En  avril  ou  mai  1889. 


-    215  ~ 

Leur  fils,  Pierre-Paul  Levesque,  continua  les  tradi- 
tions pieuses  de  sa  famille  et  fonda  dans  son  domaine 
seigneurial,  au  devant  même  du  château,  la  chapelle  de 
Gastines,  oratoire  domestique,  qui  a  été  desservie  régu- 
Hèrement  jusque  dans  les  premières  années  de  ce  siècle. 
Il  réserva  la  présentation  perpétuelle  des  chapelains  aux 
seigneurs  possesseurs  de  Gastines,  la  collation  du  bé- 
néfice appartenant  à  l'évéque  d'Angers.  Cette  chapelle 
fut  dédiée  au  prince  des  apôtres,  patron  du  fondateur, 
et  les  divers  Pouillés  du  diocèse  d'Angers  la  nomment 
tous  «  la  chapelle  Saint-Pierre  de  Gastines'.  » 

La  famille  Levesque  subsista  jusque  vers  le  premier 
tiers  du  XVIP  siècle,  époque  à  laquelle  la  seigneurie 
de  Gastines  passa  à  une  branche  de  la  nombreuse  fa- 
mille des  Poisson  des  Ecottays,  de  Neuville,  de  Beau- 
vais,  etc.  Les  nouveaux  possesseurs  devinrent  alors  les 
Poisson  de  Gastines.  La  seigneurie  de  paroisse,  chose 
curieuse  à  noter,  cessa  alors  d'appartenir  à  cette  terre, 
et  passa  aux  de  Juigné  de  La  Broissinière,  autre  fief 
aussi  fort  ancien,  en  Molières. 

Le  donjon  primitif  de  Gastines  n'existe  plus.  Le  châ- 
teau actuel  n'est,  à  proprement  parler,  qu'une  vaste  cons- 
truction bourgeoise  réédifiée  dans  la  seconde  moitié  du 
XVII®  siècle  ainsi  que  le  prouve  la  date  de  1660,  qui  se 
voit  sur  une  des  plus  hautes  croisées  de  la  façade  est. 

Le  domaine  est  situé  à  dix  minutes  du  bourg  de  Mo- 
lières, sur  la  route   solitaire  et  ombragée  qui  conduit  à 

'l.  Le  Fouillé  du  dioc.  d'Angers,  édité  en  1648,  parlant  des 
quatre  bénéfices  ecclésiastiques  existant  alors  dans  la  paroisse 
de  Ghemazé,  décrit  ainsi  celui  de  Gastines  :  «  Chapelle  Saint- 
a  Pierre  de  TEvéque,  au  château  de  Gastines.  —  Présentateur  : 
cr  Le  seigneur  du  lieu.  —  GoUateur  :  L'Evoque.  »  —  Le  dernier 
Pouillé  du  diocèse  d'Angers,  paru  en  1783,  portait  ces  mots  : 
«  Ghapelle  fondée  par  Pierre  Leveque  en  la  maison  seigneuriale 
«  de  Gastines.  —  Présentateur  :  Le  sieur  Poisson,  seigneur  du- 
«  dict  lieu  de  La  Gastines.  GoUateur  :  l'Evôaue  d'Angers.  »  — 
Nous  n'avons  pu  découvrir  le  nom  d'aucun  des  chapelains  qui 
en  furent  pourvus. 


-  âl6  — 

Ghemazé.  Une  allée,  à  gauche  du  voyageur,  mène  à 
Gastines.  Une  vaste  cour  précàde  l'entrée  et  est  entou- 
rée d'un  mur  qui  l'isole  complètement  des  dépendances 
de  la  ferme,  située  à  quelques  mètres,  sur  le  même  plan, 
à  gauche  du  visiteur  qui  arrive  au  château. 

Le  fond  de  cette  cour  est  occupé  en  entier  par  lo  châ- 
teau proprement  dit,  comprenant  un  rez-de-chaussée, 
un  premier  étage  et  un  second  étage  mansardé.  Quatre 
ouvertures,  ayant  l'"80  de  hauteur  sur  1™20  de  largeur, 
existent  à  chaque  étage  ;  aucune  moulure  ni  sculpture 
ne  les  orne  ;  la  porte  d'entrée,  à  deux  vantaux,  est 
surmontée  d'un  blocage  de  tuffeaux  sur  lequel  devaient 
sans  doute  être  sculptées  les  armes  des  Poisson  de 
Gastines. 

Au  rez-de-chaussée  on  entre,  à  droite,  dans  un  vaste 
salon,  parqueté  et  lambrissé  en  vieux  chêne  jusqu'à 
hauteur  de  siège.  Une  cheminée  monumentale  en  pierre 
blanche  et  d'une  belle  forme  décore  cette  pièce.  Elle 
possède  de  riches  moulures,  et,  dans  un  élégant  cartou- 
che, ressort  en  ronde  bosse  une  tête  de  Louis  XIV,  qui 
ne  nous  a  pas  paru  dépourvue  de  mérite^.  Dans  le  foyer 
est  une  jolie  plaque  de  fonte  aux  armes  de  France.  Dans 
le  vestibule,  à  côté  de  ce  salon,  se  trouve  le  vaste  es- 
calier avec  dalles  en  pierre  bleue  conduisant  aux  étages 
supérieurs  ;  la  vis  d'escalier  et  les  rampes  sont  en  pierre 
blanche  et  tuffeau,  comme  la  plus  grande  partie  de  la 
construction  d'ailleurs  ;  à  gauche,  la  salle  à  manger  et 
la  cuisine,  où  nous  avons  admiré  une  énorme  cheminée 
en  bois,  au  fronton  de  laquelle  un  cartouche  en  cuivi^ 
bruni  par  le  temps  porte  gravées  les  armoiries  seigneu- 
riales. 

Les   étages  supérieurs  ne  nous   ont  rien  montré  qui 

1.  Une  cheminée  identique  à  celle  de  Gastines  existe  au  vieux 
logis  de  Fontenelle,  situe  en  la  commune  de  Laigné  ;  dans 
celle-ci  le  buste  royal  n'est  plus  celui  du  Roi  soleil,  mais  bien 
l'effigie  de  Louis  XV. 


I 


---  m  - 

vaille  une  mention  spéciale.  Le  château  a  double  façade; 
Tune,  à  l'ouest,  donne  accès  dans  les  jardins  de  maî- 
tres, vastes  et  parfaitement  entretenus  ;  comme  nous  l'a- 
vons dit  précédemment  la  façade  principale,  située  à 
Test,  fait  face  à  l'allée  conduisant  à  la  route. 

Nous  avons  dit  également  que  le  logis  principal  s'éle- 
vait au  fond  de  la  cour  d'entrée,  spacieuse  enceinte 
dont  les  petits  côtés  étaient  occupés,  celui  de  droite, 
par  les  remises,  écuries  et  autres  bâtiments  de  servitu- 
des, ainsi  qu'une  vieille  tour  ronde  couverte  en  forme  de 
poivrière  et  servant  autrefois  de  colombier.  Au  côté 
gauche  de  la  cour  se  dressait  la  chapelle,  qui,  comme 
tous  les  anciens  temples  chrétiens  du  moyen-âge  était 
orientée  au  soleil  levant,  pieuse  tradition  à  laquelle  on 
ne  paraît  plus  guère  tenir  aujourd'hui. 

La  première  chapelle  de  Gastines  subsista  jusque 
vers  la  fm  du  XVÏP  siècle  ;  mais  quand  le  château,  réé- 
difié en  1660,  fut  achevé,  on  trouva  probablement  peu 
décente  l'antique  chapelle,  qui  fut  alors  démolie  et  re- 
construite sur  le  même  emplacement.  Si  nous  nous  en 
rapportons  à  l'inscription  gravée  sur  la  cloche,  cette 
reconstruction  aurait  eu  lieu  en  1695.  Orienté  comme  le 
précédent,  l'édifice  appartenait  au  style  roman  avec  des 
ouvertures  en  plein-cintre  pur.  Un  élégant  clocher  s'é- 
levait au-dessus  de  la  façade,  qui  était  ornée  d'un  beau 
portique  roman,  supporté  par  deux  colonnes  plates  for- 
mant saille,  ornées  de  piédestaux  et  de  chapiteaux  sculp- 
tés. La  clef  de  voûte  de  ce  portique  portait  un  bel  écus- 
son  en  relief,  aux  armes  parlantes  des  Poisson  de  Gas- 
tines :  d'azur  à  un  dauphin  d'argent^. 


1.  Armoiries  des  diverses  branches  de  la  famille  Poisson  ; 
De  gueules  au  dauphin  d'or,  accompagné  de  3  coquilles  de  même, 
2  en  chef  et  une  en  pointe.  —  D'azur  à  la  fasce  d'or  accompa- 
gnée d'un  aigle  d'argent  fondant  dans  un  dauphin  de  même 
couronné  d'or.  »  {Nobiliaire  de  Normandie  et  Armoriai  de  Cau- 
i'in,  p.  184). 


—  218  - 

L'autel,  en  bois  sculpté,  méritait  d'échapper  à  la  des- 
truction. Il  est,  ainsi  que  le  tabernacle,  en  vieux  chêne 
également  sculpté,  et»  orné  de  colonnettes  torses,  du 
meilleur  effet.  Un  bas  relief  :  La  Pâmoison  de  la  Vierge 
au  Calvaire,  sujet  fouillé  dans  le  retable  d'autel,  paraît 
assez  curieux  et  est  digne  d'une  mention  spéciale. 

La  chapelle  de  Gastines  pouvait  avoir  sept  mètres  de 
long  sur  quatre  de  large  environ,  et  était  dallée  de  jo- 
lis carreaux  à  six  pans,  en  terre  cuite,  d'une  belle  cou- 
leur rouge,  sortis  évidemment  des  anciennes  tuileries 
de  Bourg-Philippe. 

Lors  de  l'achèvement  de  cette  nouvelle  chapelle,  s'al- 
liant  de  style  avec  le  château  fraîchement  reconstruit  ' , 
les  châtelains  de  Gastines,  noble  René  Poisson,  écuyer, 
et  dame  Marie  d'Héliand,  fille  du  seigneur  d'Ampoigné, 
son  épouse,  voulurent  la  doter  d'une  cloche  neuve,  des- 
tinée à  réunir  le  personnel  du  château  aux  offices  reli- 
gieux. La  bénédiction  du  monument  et  l'installation  de 
cette  cloche  eurent  lieu  en  1695,  ainsi  que  nous  l'ap- 
prend l'inscription  suivante  gravée  sur  la  cloche  elle- 
même  : 

René.  Poisson.  Ecvier.  Seignevr.  de.  Gastines. 
Et.  Dame.  Marie.  d'Héliand.  son.  épouse. 
M'ont,  faict.  faire,  povr.  cette,  chapelle.  1695. 

Sur  le  corps  de  cettte  cloche,  qui  peut  peser  deux  ou 
trois  cents  livres,  sont,  comme  l'inscription,  gravés  en 
relief  l'écusson  des  Poisson  de  Gastines  et  un  Calvaire 
ornementé  de  divers  motifs. 

La  démolition  de  la  chapelle,  qui  a  subsisté  près  de 
deux  siècles  mais  ne  servait  plus  au  culte  depuis  1815, 
paraît-il,  a  dégagé  considérablement  le  château.  L'écus- 


1.  Gastines  était  alors  un  fief  relevant  du  marquisat  de  Ghâ- 
teau-Gontier.  * 


■ 


—  219  - 

son  en  pierre  blanche  qui  ornait  la  façade,  le  retable 
d'autel,  le  tabernacle  et  la  cloche  ont  été  soigneusement 
conservés  et  replacés  quelques  mois  après  dans  une 
nouvelle  chapelle  construite  au  bout  de  Tallée  de  Gasti- 
nes  et  à  l'angle  qu'elle  forme  avec  la  route  de  Molières 
à  Ghemazé.  Les  propriétaires  actuels  de  Gastines  ont 
généreusement  donné  l'emplacement  nécessaire  ainsi  que 
les  matériaux  pouvant  être  utilisés. 

Le  domaine  seigneurial  de  Gastines  fut  vendu  il  y  a 
quelques  années  par  la  dernière  survivante  du  nom, 
^jme  îVathalie  Poisson  de  Gastines,  veuve  de  M.  de  Vil- 
lebresmes,  qui  vit  encore  et  habite  la  ville  de  Nantes. 
Les  acquéreurs  ne  furent  autres  que  les  fermiers,  qui 
depuis  plus  d'un  siècle,  faisaient  valoir,  de  génération 
en  génération,  les  terres  du  domaine  de  Gastines.  Quoi- 
que propriétaires  légitimes  du  château  depuis  plusieurs 
années  déjà,  ils  n'ont  pu  se  résoudre  encore  à  y  venir 
habiter,  et  ils  occupent  toujours  la  ferme  qui  y  est  atte- 
nante et  où  tous  ils  ont  vu  le  jour. 

René  Gadbin. 


SIGILLOGRAPHIE 
DES  SEIGNEURS  DE  GRAON 


xxn 

BRANCHE  DE  SAINTE-MAURE 
GUILLAUME  II 

8  janvier  1388.  —  Vers  1410. 


Guillaume  II,  fils  aîné  de  Guillaume  I  et  de  Margue- 
rite de  Flandre,  son  unique  épouse,  devint  chef  de  la 
branche  dite  de  Sainte-Maure,  lors  du  décès  de  son  père, 
le  8  janvier  1388.  On  peut  attribuer  sa  naissance  aux 
premières  années  de  Tunion  de  ses  parents,  soit  en- 
tre 1342  et  1345  :  on  verra  en  effet  l'aîné  de  ses  fils 
mourir  en  1390,  au  moment  où  il  venait  d'être  fait  che- 
valier. 

Afin  de  discerner  dans  les  actes  passés  entre  1366  et 
1396  celui  des  Guillaume  de  Graon  qui  y  est  mentionné, 
il  faut  prendre  bonne  note  des  titres  qui  accompagnent 
son  nom.  Guillaume  I,  son  fils  et  son  petit- fils  ont  été 
tous  trois  chevaliers  ;  mais  ils  n'ont  pas  pris  simultané- 
ment les  mêmes  qualités.  Guillaume  I  porta  toute  sa  vie 
le  titre  de  vicomte  de  Châteaudun.  Guillaume  II  au 
contraire  dut  modifier  ses  qualifications  selon  les  diver- 
ses périodes  de  son  existence  :  c'est  ainsi  que  jusqu'à 
son  mariage  il  se  para  du  titre  de  seigneur  de  Marcillac  ; 
mais  ce  fief,  qu'il  devait  à  la  libéralité  de  son  père,  ne 


—  241  — 

demeura  pas  dans  ses  mains  jusqu'à  son  décès,  car  il 
en  aliéna  la  propriété  '  au  profit  de  son  gendre  Guy  VIII 
de  la  Rochefoucauld.  Jeanne  de  Montbazon,  en  épou- 
sant Guillaume  II,  lui  apporta  Montbazon,  dont  il  joi- 
gnit le  nom  à  celui  de  Marcillac,  mais  auquel  il  dut  re- 
noncer au  commencement  de  1395,  lors  du  décès  de 
Jeanne.  La  mort  de  son  père  lui  conféra  la  vicomte  de 
Châteaudun,  dont  du  vivant  de  celui-ci  il  avait  quelque- 
fois ajouté  le  nom  à  celui  de  Marcillac  ;  mais  Tannée 
même  où  il  devint  veuf,  le  12  octobre  1395,  il  en  perdit 
le  nom  en  même  temps  qu'il  vendait  le  fief  au  duc  d'Or- 
léans-, si  bien  qu'en  1399  il  n'était  plus  qualifié  que 
seigneur  de  Marnes  et  de  Moncontour,  titre  qu'il  devait 
garder  jusqu'à  son  décès  3.  Quant  à  Guillaume  III,  sei- 
gneur de  Sainte-Maure  et  de  Montbazon  en  1395,  il  ne 
porta  jamais  d'autre  nom  jusqu'à  sa  mort,  advenue  en 
1396. 

La  certitude  que  l'on  a  de  la  mort  de  l'aîné  des  fils 
de  Guillaume  II  en  1390,  vers  l'âge  de  vingt  et  un  ans, 
a  servi  à  fixer  la  date  de  naissance  de  Guillaume  II  ; 
elle  permet  aussi  d'établir  celle  de  son  mariage,  qui,  sans 
être  postérieure  à  1369,  peut  remonter  à  deux  ou  trois 
ans  plus  tôt. 

Sa  fiancée  était  Jeanne  de  Montbazon.  Tous  les  his- 
toriens ont  reconnu  en  elle  la  fille  d'un  Renaud  de  Mont- 
bazon, et  ils  ont  eu  raison  sur  ce  point  ;  mais  en  ajou- 
tant que  sa  mère  était  une  d'Anthenaise,  ils  sont  tombés 
dans  une  erreur  plus  excusable  que  bien  d'autres,  car 
fllo  prend  sa  source  dans  une  aflirmation  très  nette  con- 


1.  On  ne  connaît  pas  la  date  de  cette  vente,  mais  le  fait  est 
certain  puisque  Marcillac  resta  le  patrimoine  des  la  Rochefou- 
vinihl  tandis  que  les  fiefs  ayant  appartenu  à  Marguerite  de  Craon 
passaient  aux  descendants  de  celle-ci. 

2.  Numéro  1072  du  Carlulairc. 

.'{.  Ces  titres  sont  les  seuls  qui  fig-urent  au  contrat  de  mariage 
(le  son  lils  Jean,  n°  1085  du  Cartulaire. 


—  222  — 

tenue  dans  l'accord  homologué  en  Parlement,  le  3  sep- 
tembre 1435^,  par  lequel  était  tranché  un  litige  pres- 
que séculaire,  qui  existait  entre  les  comtes  d'Alençon  et 
les  héritiers  des  Montbazon,  au  sujet  d'une  rente  cons- 
tituée par  un  Renaud  de  Montbazon  au  profit  d'un  sei- 
gneur d'Alençon,  qui  avait  payé  sa  rançon.  11  est  dit  for- 
mellement dans  cet  acte  que  l'épouse  de  Guillaume  II 
était  fille  d'une  d'Anthenaise.  Erreur  singulière  de  la 
part  de  descendants  aussi  proches  !  Il  est  en  effet  cer- 
tain désormais  que  Jeanne  de  Montbazon  avait  pour 
mère  une  Jeanne  de  Graon,  fdle  de  Maurice  VII  et  de 
Marguerite  de  Mello,  et  qu'elle  était  seulement  petite- 
fille  d'Eustachie  d'Anthenaise  :  en  effet,  dans  l'acte  du 
11  novembre  1372,  on  voit  que,  après  son  mariage, 
Jeanne  avait  obtenu  de  son  oncle,  Amaury  IV,  la  ces- 
sion des  fiefs  de  Ghâteauneuf  et  de  Jarnac-sur-Gharente, 
afin  de  liquider  ses  droits  sur  les  successions  de  ses 
aïeul  et  aïeule  et  de  son  arrière  grand-père-paternel. 
En  1376,  après  le  décès  d' Amaury  IV,  Isabelle,  sœur 
de  celui-ci,  s'était  dépouillée  d'une  part  importante  de 
son  patrimoine  en  faveur  de  Jeanne  de  Montbazon.  afin 
de  satisfaire  à  ses  droits  sur  la  succession  de  son  oncle  ; 
cette  même  Isabelle,  le  15  septembre  1383,  dans  son  tes- 
tament, en  faisant  un  legs  à  Jeanne,  lui  donne  la  qualifi- 
cation de  nièce  ;  enfin  un  arrêt  du  28  février  1405  contient 
l'affirmation  formelle  que  Maurice  VII,  outre  Amaury  IV 
et  Isabelle,  avait  eu  une  fille  nommée  Jeanne,  épouse 
d'un  Montbazon.  Tous  ces  documents  concordent  telle- 
ment, qu'il  faut  le  reconnaître,  pour  les  Montbazon, 
vers  1370,  comme  pour  les  Sainte-Maure,  vers  1300, 
les  historiens,  omettant  une  génération,  ont  rattaché 
l'héritière  du  nom  à  ses  grands  parents,  sans  tenir 
compte  des  père  et  mère  dont  elle  était  issue  ^. 

1.  Numéro  1167  du  Cartulaire. 

2.  Voir  les  numéros  659,  709,  793  et  993  du  Cartulaire. 


—  223  — 

Mais  Jeanne  de  Montbazon,  lorsqu'elle  épousait  Guil- 
laume II,  était-elle  veuve  de  Simon  de  Vendôme,  comme 
l'a  dit  Ménage,  sans  articuler  aucune  preuve  de  son  af- 
firmation ?  Jean  V  de  Vendôme,  de  sa  femme  Eléonore  de 
Montfort  FAmaury,  eut,  outre  Bouchard  VI,  son  succes- 
seur, deux  fils  Jean  et  Pierre  ;  la  femme  de  ce  dernier,  que 
n'ont  connue  ni  le  P.  Anselme  ni  M.  de  Pétigny*,  était  une 
Jeanne  de  Montbazon,  ainsi  que  cela  est  établi  par  un  acte 
du  20  juin  1363,  qui  n'avait  pas  encore  été  cité;  et  le  titre 
de  dame  de  Montsoreau,  qui  accompagne  son  nom,  ne 
permet  pas  de  chercher  en  elle  une  autre  personne  que 
la  dernière  du  nom  de  Montbazon,  devenue  par  le  décès 
de  son  père  héritière  de  sa  maison,  dont  elle  devait  por- 
ter les  biens  aux  Craon-Sainte-Maure.  Il  resterait  à  sa- 
voir si  on  doit  lui  attribuer  la  maternité  de  cette  Isa- 
belle, qui,  au  dire  du  P.  Anselme,  aurait  été  fille  de 
Simon  de  Vendôme,  et  par  son  alliance  avec  les  Anglais, 
aurait  mérité  la  confiscation  de  ses  biens  et  leur  attribu- 
tion à  Guy  de  Mauvoisin  ?  Fille  de  Jeanne,  Isabelle 
serait  née  à  une  époque  assez  rapprochée  du  second 
mariage  de  sa  mère  pour  se  trouver  sous  la  tutelle  de 
Guillaume  II,  qui  ne  lui  eût  pas  donné  un  Anglais 
pour  époux  et  qui  en  cas,  de  confiscation,  en  eût  obtenu 
les  bénéfices.  On  ne  connaît  aucun  acte  de  Guillaume  II 
faisant  allusion  à  des  relations  d'intérêt  soit  avec  les 
Vendôme,  soit  avec  Guy  de  Mauvoisin. 

Jeanne  de  Montbazon  était  donc  la  fille  de  la  seconde 
sœur  d'Amaury  IV,  laquelle  n'avait  pu  voir  le  jour 
avant  le  milieu  de  1328  ;  elle  était  veuve  de  Simon  de 
Vendôme,  alors  que,  en  secondes  noces,  elle  devint, 
vers  1368,  l'épouse  de  Guillaume  II.  Elle  était  unie  à 
son  fiancé  par  une  parenté  des  plus  étroites  :  tous 
deux  descendaient  d'Amaury  III,  dont  Guillaume  II 
était  le  petit-fils,  tandis  que  Jeanne  était  la  petite-fille  de 

1.  Voir  P.  Anselme,  VIII,  726  et  de  Pétigiiy,  543. 


4M 


son  fils,  Maurice  VII.  Elle  épousait  donc  son  oncle  à 
la  mode  de  Bretagne  '. 

Leur  existence  commune  dura  vingt-sept  ans  environ. 
Jeanne  disparut  la  première,  dès  le  commencement  de 
1395,  laissant  un  testament  du  31  décembre  1394,  où 
elle  nomme  seulement  deux  de  ses  enfants  :  Guillaume  III 
qui  depuis  le  décès  de  son  aîné,  en  1390,  était  appelé  à 
devenir  un  jour  chef  de  sa  branche,  et  Jeanne,  qui  n'est 
pas  nommée  autre  part. 

Guillaume  II  survécut  plusieurs  années  à  sa  femme; 
après  avoir  vu  périr  successivement  deux  de  ses  fils  en 
1390  et  en  1396  et  plusieurs  de  ses  filles,  il  mourut  à 
son  tour  entre  le  3  juillet  1409  et  le  6  juin  1410'^. 


168.  -  Sceau  de  Guillaume  II,  1379. 


On  connaît  trois  sceaux  de  Guillaume  II.  Le  premier 
(figure  168),  daté  du  22  octobre  1379  (2956  de  Clair am- 
bault)^  est  attaché  à  une  quittance  des  gages  du  frère 
de    Guillaume,    Pierre   de  la    Ferté-Bernard.  C'est  un 


1.  Voici  le  tableau  de  cette  parenté  : 
Amaury  III 


Maurice  VII  Guillaume  I 

I  I 

Jeanne  de  Graon  Guillaume  II 

Jeanne  de  Montbazon. 
2.  L'acte  du  Cartulaire  n^  1113  est  le  dernier  connu  de  lui.  Le 
1116  est  le  premier  où  son  fils  Jean  prenne  le  titre  de  seigneur 
de  Moncontour. 


iio 


sceau  rond  de  0,032  où  figure  un  écu  losange,  chargé 
d'une  bande,  penché,  timbré  d'un  heaume,  cime  d'une 
tête  de  chien,  supporté  par  deux  griffons.  De  la  légende 
il  ne  reste  plus  que  :  lle. 


Sceau  de  Guillaume  II,  1383. 


Le  second  (figure  169),  date  du  25  août  1383  (2282  de 
Clairambault).  C'est  un  sceau  rond  de  0,036  à  l'écu  lo- 
sange, penché,  timbré  d'un  heaume  cime,  sur  champ 
losange.  De  la  légende  il  ne  reste  que  de  Gra.  Il  faut 
remarquer  l'absence  de  la  bande,  dont  pour  la  première 
fois  on  constate  la  suppression  qu'il  est  difficile  d'expli- 
quer, car,  en  1383,  Guillaume  II  possédait  encore  son 
père,  lequel  n'était  même  pas  chef  du  nom,  puisqu'il 
était  primé  par  Jean  de  la  Suze,  son  cousin  germain. 


170.  —  Sceau  de  Guillaume  II.  1388-1401. 

Du  troisième  (figure  170),  il  existe  deux  empreintes 
l'une  de  1388,  l'autre  de  1401.  Gette  dernière  est  posté- 
rieure à  la  cession  de  la  vicomte  de  Ghàteaudun  au  duc 
d'Orléans,  ce  qu'il  est  curieux  de  constater,  car  sur  la 
légende  on  lit  :  s  guille  de  craon  vigonte  chateaudun. 


-  2^  — 

C'est  un  sceau  (2957  de  Clairamhault)  de  0,033  à  l'écu 
losange  sans  bande,  penché,  timbré  d'un  heaume,  cime 
dune  tête  de  chien,  supporté  par  deux  griffons. 

Guillaume  II  eut  huit  enfants,  trois  fils  :  Amaury, 
Guillaume  III  et  Jean,  et  cinq  filles:  Marguerite,  Marie, 
Isabelle,  Louise  et  Jeanne.  De  ces  cinq  filles,  une  seule, 
Jeanne,  la  plus  jeune,  est  nommée  dans  le  testament  de 
sa  mère  ;  il  faut  recourir  à  un  accord  du  25  novembre 
1438^  pour  trouver  ensemble  les  noms  des  quatre  autres 
rangés  par  ordre  de  primogéniture. 

XIPj.  Amaury.  —  Cet  Amaury  n'a  jamais  été  men- 
tionné par  personne  ;  son  existence  est  certaine  cepen- 
dant :  il  figure  avec  son  cadet  Guillaume  III  dans  deux 
documents,  vus  par  dom  Villevieille,  dans  lesquels,  en 
qualité  de  fils  aîné,  il  est  compris  dans  l'instance  enga- 
gée par  Marmoutier  contre  Guillaume  II,  au  sujet  des 
droits  de  pêche  que  l'abbaye  revendiquait  dans  le  Cher, 
à  Fontcher  ;  il  est  mentionné  aussi  comme  ayant  donné 
son  adhésion  de  fils  aîné  aux  dispositions  par  lesquelles 
avaient  été  fixés  les  droits  de  Pierre  de  Craon,  son  on- 
cle, sur  le  patrimoine  de  sa  famille,  ainsi  que  cela  est 
expliqué  dans  l'accord  du  24  septembre  1439,  passé 
entre  Marie,  dame  de  Villebon,  et  la  dame  de  Jonvelle, 
ses  cousines  2. 

Le  l®*"  septembre  1388  il  n'était  encore  qu'écuyer  et  il 
faisait  partie  en  cette  qualité  de  la  compagnie  de  son 
père.  C'est  aux  Grandes  Chroniques  de  France  -^  que 
l'on  doit  de  savoir  qu'en  1390  il  prit  part,  sous  les  ordres 
du  duc  de  Bourbon,  à  l'expédition  de  ce  prince  contre 
Carthage  et  que,  peu  après  avoir  été  fait  chevalier,  il 
fut  blessé  et  périt  presque  immédiatement.  Les  hon- 
neurs de  la  chevalerie  durent  lui  être  conférés  peu  après 

1.  In  extenso  sous  le  numéro  1172  du  Cartiilaire. 

2.  Voirie  texte  in  extenso,  sous  le  numéro  1175  du  Cartulaire. 

3.  Edition  des  Documents  inédits,  I,  669. 


-  m  - 

l'époque  à  laquelle  il  avait  atteint  ses  vingt  ans  ;  sa 
naissance  remontait  donc  vers  1370.  C'est  ce  qui  a  per- 
mis de  dire  plus  haut  que  le  mariage  de  ses  parents 
avait  sans  doute  eu  lieu  entre  1365  et  1369. 

Xll\.  Guillaume.  —  Guillaume  III,  que  tout  le 
monde  a  cru  l'aîné  des  fils  de  Guillaume  II,  n'en  était 
que  le  second.  Avec  sa  sœur  Jeanne,  il  est  seul  nommé 
dans  le  testament  de  sa  mère,  Jeanne  de  Montbazon, 
du  31  décembre  1394,  fait  à  une  époque  où  le  décès  de 
son  aîné  l'avait  rendu  principal  héritier  de  ses  parents. 
Trois  mois  après,  le  15  mars  1395,  il  recevait  un  aveu 
comme  seigneur  de  Sainte-Maure  et  de  Montbazon  qu'il 
possédait  par  suite  du  décès  de  sa  mère;  puis,  le  26 
juillet  1395,  il  réglait  avec  son  père  les  droits  que  ce- 
lui-ci tenait  du  testament  de  sa  femme  ;  le  4  avril  1396 
enfin,  c'est  lui  qui  dressait  le  contrat  de  sa  sœur,  Marie  •. 

Son  testament,  où  il  ne  prend  que  le  titre  d'écuyer, 
est  du  14  avril  1396.  Il  mourut  sans  doute  peu  après. 
Il  venait  d'être  fait  chevalier,  car  ce  titre  lui  est  donné 
dans  divers  documents  postérieurs  à  son  décès.  Il  fut 
probablement  enseveli^  selon  son  désir,  aux  Cordeliers 
de  Tours. 

Xllbg.  Jean.  —  Jean  de  Montbazon,  lors  de  la  mort  de 
son  père,  devint  chef  de  la  branche  dite  de  Sainte-Maure  ; 
il  aura  un  article  séparé  à  la  suite  de  celui  de  Guil- 
laume II. 

XIP'4.  Marguerite.  —  L'aînée  des  filles  de  Guil- 
laume II  et  de  Jeanne  de  Montbazon  s'appelait  Mar- 
guerite. On  ne  connaît  pas  la  date  de  son  mariage  ; 
mais,  dès  le  4  mars  1395,  Guy  VIII  de  la  Rochefou- 
cauld et  Marguerite  de  Graon  exerçaient  un  retrait  féodal 
de  deux  cents  livres  de  rente,  sur  la  vicomte  de  Châ- 
teaudun  -.  Cet  acte  est   précieux,  car   il  permet  de  ré- 

1.  Numéros  1065,  1067,  1071,  1079  du  Cartulaire. 

2.  Voir  lo  numôro  1060  du  Cartulaire. 


-  228  — 

soudre  une  difficulté  généalogique,  dont  le  P.  An- 
selme n'a  pas  tenu  compte,  il  est  vrai,  mais  qu'il  a 
indiquée  sans  la  réfuter '.  Guy  VIII  de  la  Rochefou- 
cauld était  fils  d'Aymery  III  et  de  sa  seconde  femme, 
Rogette  de  Grailly.  Lorsque  Marguerite  de  Graon  de- 
vint sa  femme,  il  était  veuf  de  Jeanne  de  Luxembourg 
qu'il  avait  épousée  en  1385.  Le  Laboureur  croyait,  pa- 
rait-il, que  l'époux  de  Marguerite  était  non  pas  Guy  VIII 
mais  son  fils,  appelé  Guy  lui  aussi.  Si  Le  Laboureur 
avait  connu  l'acte  de  1395,  cité  plus  haut,  il  n'aurait 
pas  soutenu  cette  thèse  car,  né  au  plus  tôt  en  1386,  un 
fils  de  Jeanne  ne  pouvait  avoir  que  neuf  ans  lors  de  sa 
rédaction.  Marguerite  était  donc  bien  la  seconde  femme 
de  Guy  VIII  et  non  l'épouse  d'un  prétendu  Guy  IX.  Mais, 
contrairement  à  l'opinion  de  tous  les  généalogistes,  il  est 
facile  de  constater  qu'elle  ne  fut  pas  la  mère  de  l'héritier 
de  la  maison  de  la  Rochefoucauld  2.  Les  documents  grou- 
pés au  Cartulaire  de  Craon  ne  laissent  aucun  doute 
sur  ce  point  et  établissent  que  Tunique  fils  issu  du  se- 
cond lit  de  Guy  VIII  se  nommait  Aymard,  et  que  Fou- 
caud  III,  chef  de  la  maison  après  son  père,  n'était  que 
son  frère  consanguin'^.  Pour  s'en  rendre  compte  il  suffit 
de  connaître  le  sort  des  fiefs  qui  constituaient  le  patri- 
moine de  la  maison  de  Graon  et  pour  cela  de  se  repor- 


1.  V.  P.  Anselme  IV,  424,  où  aucune  mention  n'est  faite  du 
lieu  où  Le  Laboureur  a  soutenu  son  opinion. 

2.  Ici  notre  mérite  est  moindre  que  sur  les  autres  points  de 
notre  travail  car  tous  les  documents  nous  sont  fournis  par  le  Dic- 
tionnaire d'Indre-et-Loire  \  comment  M.  Carré  de  Busserolle,  qui 
les  a  ainsi  réunis,  a-t-il  admis  Foucaud  III  au  nombre  des  en- 
fants de  Marguerite  de  Graon? 

3.  On  connaît  un  document  contemporain  absolument  contraire 
à  ce  qui  est  dit  ici,  c'est  le  numéro  1162,  accord  du  20  avril  1431  ; 
mais  cette  analyse  de  dom  Rousseau  est  tronquée,  et  celui  qui 
l'a  faite  n'ayant  pas  l'esprit  appelé  sur  la  différence  de  mère,  aura 
fait  dire  au  document  le  contraire  de  ce  qui  y  est  écrit.  Du  reste 
le  numéro  1163,  contemporain  lui  aussi,  lettres  de  Mars^uerite  de 
Graon  du  12  mai  1432,  dit  expressément  d'Aymard  qu'il  est  «  son 
fils  et  son  héritier  présomptif,  seul  et  pour  le  tout.  » 


-  â-29  - 

ter  au  partage  du  13  mars  1420.  Marguerite  avait  vu 
mourir  successivement  son  frère  Amaury,  en  1390  ;  sa 
mère  Jeanne  de  Montbazon,  en  1395  ;  son  père  vers 
1410  ;  ses  frères  Guillaume  III  et  Jean  de  Montbazon, 
en  1396  et  en  1415.  Elle  se  trouvait  à  la  tête  de  sa 
branche  et  on  qualité  d'aînée,  avait  droit  à  la  grosse 
part  du  patrimoine  tombé  en  quenouille.  Cette  part  fut 
fixée  par  l'accord  en  question,  où  se  trouve  l'énuméra- 
tion  des  fiefs  qu'elle  gardait  et  la  liste  de  ceux  qui 
étaient  abandonnés  aux  ayants  droits  de  ses  sœurs,  sauf 
à  se  les  répartir  entre  eux,  suivant  la  coutume.  Or  que 
deviennent  les  fiefs  de  Marguerite  ?  Ils  passent  à  Ay- 
mard,  puis  au  fils  de  celui-ci,  Jean,  sans  que  Foucaud  III, 
fils  aîné  de  Guy  VIII,  en  reçoive  aucune  partiel  Jean 
meurt  sans  enfant  d'Isabeau  de  Sainte-Maure,  son 
épouse  ;  ce  sont  ses  sœurs,  Françoise,  Marguerite  et 
Jeanne,  qui  se  partagent  sa  succession,  à  laquelle  Fou- 
caud III  n'a  aucune  part  ;  et  cette  succession  comprend 
précisément  la  totalité  des  fiefs  qui  avaient  appartenu  à 
Marguerite  de  Craon  et  qui  tous  bientôt  passent  à 
Jeanne,  la  plus  jeune  des  sœurs,  épouse  de  Jean  du  Fou, 
qui  eut  une  fille  unique.  Renée  du  Fou,  laquelle,  par 
son  alliance  avec  Louis  III  de  Rohan  Guémené,  les  in- 
corpora au  patrimoine  de  cette  maison,  au  profit  de  la- 
quelle Montbazon  fut  érigé  en  duché  '-. 

Marguerite,  en  1427,  perdit  son  mari,  qui  fut  enterré 
aux  Carmes  de  la  Rochefoucauld  ;  elle  mourut  en  1435, 
laissant  son  fils  Aymard  marié  à  Jeanne  de  Martreuil. 
Elle  avait  eu  en  outre,  au  dire  du  P.  Anselme,  cinqfil- 


1.  Foucaud  III  épousa  Jeanne  de  Rochechouart.  Ce  mariage 
eut-il  lieu  le  16  avril  1427,  comme  le  dit  un  acte  analysé  par  le 
comte  de  Rochechouart  à  la  pa^e  320  du  tome  II  de  la  Maison 
de  Rochechouart,  ou  le  16  juillet  1427,  comme  on  l'a  imprimé 
dans  le  P.  Anselme  ? 

2.  Voir  Cartulaire,  numéros  1140,  1158,  1168,  1177,  1180,  1182, 
1183.  1185, 1189,  1195,  1198,  1201,  1203,  1204,  1206,  1207,  1210. 

15 


-  230  - 

les.  Le  Cartulaire  de  Cruoii  uc  contient  mention  que  de 
l'une  d'elles,  Catherine,  épouse  de  François  de  Ghau- 
nay,  le  6  juin  1427  ^ 

On  possède  un  sceau  de  Guy  VIII  de  la  Rochefou- 
cauld (figure  171),  dont  l'empreinte  date  du  12  décembre 
1383  (7861  de  Clair  amh  a  ait).  G'est  un  sceau  rond  de 
0,035  où  se  trouve  au  centre  un  arbre,  dont  une  bran- 
che de  droite  porte  suspendu  par  une  lanière  Técu  hu- 
relé  à  trois  chevrons  brochant  des  la  Rochefoucauld, 


171.  —  Sceau  de  Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld,  1383. 

et  une  branche  de  gauche  supporte  le  heaume  cime 
d'une  touffe  de  plumes  de  paon.  Deux  sauvages  armés 
de  massues  sont  assis  au  pied  de  l'arbre.  De  la  légende 
on  ne  lit  plus  que  :  ...eur...  lar...  oucaud.  Ge  sceau, 
curieux  par  sa  disposition,  est  fort  bien  gravé. 

Xllb..  Marie.  —  La  seconde  des  filles  de  Guillaume II 
se  nommait  Marie.  Le  26  juillet  1395,  placée  sous  le 
bail  de  Guillaume  III,  son  frère,  elle  figure  dans  l'acte 
par  lequel  celui-ci,  en  son  nom  et  aux  noms  de  son 
frèt*e  Jean  et  dé  ses  sœurs,  Marie  et  Louise,  liquide  les 
droits  de  son  père  dans  la  succession  de  Jeanne  de 
Montbazon,  sa  mère^. 


1.  Cartulaire^  n»  1151. 

2.  1071  du  Cartulaire. 


-  231  - 

Marie  fut  mariée  deux  fois  :  d'abord,  par  contrat  du 
4  avril  1396  ^  avec  Maurice  Mauvinet,  à  qui  elle  appor- 
tait Pressigny,  Verneuil-sur-Indre  et  Perrière  ;  puis,  en 
secondes  noces,  à  Louis  I  Chabot,  seigneur  de  la  Grève. 

Il  n'existe  aucune  généalogie  des  Mauvinet  ;  aussi  se 
bornera-t-on  à  signaler  ici  un  Guillaume  Mauvinet, 
bailli  de  Touraine  de  1354  à  1356,  époque  où  il  fut 
remplacé  par  son  frère  Maurice,  époux  de  Florie  de  Li- 
nières,  qui  resta  bailli  jusqu'en  1359  seulement.  On  pos- 
sède une  montre  de  ce  Maurice,  passée  le  5  juin  1363 
par  Jean  Belon,  maréchal  d'Amaury  IV  ;  elle  comprend 
trois  chevaliers,  vingt  écuyers  et  quatre  archers  armés 2. 

Ce  fut  sans  doute  le  fils  de  ce  dernier  qui  figurait 
comme  chevalier  bachelier,  le  22  août  1380,  dans  la 
montre  de  Hugues  d'Arquenay  et  qui,  le  15  août  1392, 
au  Mans,  donnait  une  quittance  de  ses  frais  d'une  che- 
vauchée du  Mans  au  château  de  Josselin  et  fut  le  pre- 
mier époux  de  Marie  3. 

On  a  dessiné  deux  sceaux  de  Maurice  l'ancien.  La 


172.  —  Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1348. 

première  empreinte  (figure  172),  représente  un  sceau 
rond  de  0,023  (5924  de  Clair ambault)  à  l'écu  vairé 
chargé  d'une  bande ^  penché,  sommé  d'un  casque 
à  grille  garni  de  lambrequins  et  cime  d'un  bois  de  daim 
sur  champ  réticulé.  La  légende  est  détruite. 

1.  1079  du  Cartulaire. 

2.  982  du  Cartulaire. 

3.  1032  et  1063  du  Cartulaire. 


-  2M  - 

La  seconde  empreinte,  du  3i  octobre  1353  (ligure 
173),  consiste  en  un  sceau  rond  de  0,023  (5925  de  Clai- 
rambault)  à  Técu  vairé  chargé  d'une  bande^  penché, 
timbré  d'un  casque  de  profil  et  timbré,  comme  celui  de 
1348,  d'un  bois  de  daim,  sur  champ  semé  de  rinceaux  à 
fleurs  étoilées.  De  la  légende  on  lit  encore  :  ....de  mau- 

VINET  GHR. 


173.  —  Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1353. 


Quant  au  sceau  de  l'époux  de  Marie,  il  n'en  subsiste 
qu'un  fragment  (figure  174),  dont  il  ne  reste  plus  que 
l'écu  vairé  à  la  bande  (5926  de  Clair  amb  a  ait).  Il  est 
attaché  à  l'acte  du  15  août  1392,  qui  vient  d'être  men- 
tionné. 


174.  —  Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1392. 

Maurice  Mauvinet  mourut  sans  avoir  eu  d'enfants  de 
Marie  de  Graon  ;  celle-ci  épousa  en  secondes  noces 
Louis  I  Chabot,  seigneur  de  la  Grève,  fils  de  Thibaut  III 
et  d'Amicie  de  Marnes  ^ 

En  1420,  Marie  ne  vivait  plus  et  c'est  comme  bail  de 
ses  enfants  que  Louis  Ghabot  intervint  au  contrat  de 
partage  du  patrimoine  de  la  branche  de  Sainte-Maure  ; 

1.  Voir  Sandret,  Maison  de  Chabot,  104. 


-    i>33  - 

il  avait  alors  quatre  enfants  :  Thibaut,  Renaud,  Johan- 
het  et  Anne.  En  qualité  de  représentant  de  la  seconde 
des  filles,  c'est  lui  qui  était  chargé  de  prendre  les  inté- 
rêts des  cadettes,  de  recevoir  de  l'aînée  en  un  bloc  ce  qui 
leur  revenait,  sauf  aux  représentants  de  chacune  d'elles 
à  obtenir  de  lui  la  quote  part  qui  lui  revenait.  Un  arrêt 
du  parlement  de  Poitiers,  du  2  septembre  1424,  fait  con- 
naître la  part  que  les  Chabot  abandonnèrent  aux  Odard, 
issus  d'Isabelle.  Celle  de  la  quatrième  fille,  Louise,  resta 
dans  leurs  mains  pendant  un  bien  plus  grand  nombre 
d'années.  Louise,  en  secondes  noces,  avait  épousé  Jean  de 
Mailly,  seigneur  d'Auvillers  ;  des  lettres  de  Charles  VJl, 
du  8  août  1423,  dépouillèrent  Louise  de  tous  ses  droits, 
à  cause  de  son  alliance  avec  un  ennemi  de  la  France  et 
décidèrent  que  sa  part  appartiendrait  à  Thibault  Cha- 
bot. Cette  attribution  ne  fut  pas  définitive;  et,  sans  qu'au- 
cun document  fasse  connaître  les  motifs  qui  avaient  fait 
renaître  les  droits  des  héritiers  de  Louise,  on  sait  par 
un  accord  passé  entre  les  Chabot  et  Jean  de  Mailly,  l'u- 
nique fils  de  Louise,  le  25  novembre  1438,  quelle  part 
celui-ci  parvint  à  obtenir  de  l'héritage  de  sa  mère'. 

Louis  Chabot  vivait  encore  le  21  juin  1422,  lors  du 
contrat  de  Thibaut  IV,  son  fils  aîné,  avec  Brunissant 
d'Argenton  ;  cet  acte  est  le  dernier  connu  de  ceux  aux- 
quels il  prit  part. 

XlPg.  Isabelle.  —  La  troisième  des  filles  de  Guil- 
laume II  se  nommait  Isabelle  ;  elle  est  placée  à  son  rang 
dans  l'accord  du  25  novembre  1438  et  ses  descendants, 
le  2  septembre  1424,  avaient  obtenu  leur  part  du  patri- 
moine des  Sainte-Maure. 

On  ne  sait  qu'une  chose  d'elle,  c'est  qu'elle  fut  la  pre- 
mière femme  de  Guillaume  Odard,  seigneur  de  Verriè- 
res et  de  Curzay,  et  qu'elle  lui  donna  deux  enfants  :  un 
fds,  Pierre,  et  une  fille  nommée  Guillemette.  Elle  mou- 

I.   In  extenso,  n"  1172  du  Cnrtulairc. 


-  234  - 

rut  jeune,  ce  qui  permit  à  son  mari,  qui  vécut  jusques 
vers  1458,  de  se  remarier  à  Jeanne  d'Ausseure.  Le 
P.  Anselme  a  ignoré  la  première  alliance  de  Guillaume, 
laquelle  est  mentionnée  seulement  par  La  Chenaye  Des- 
bois. Ni  l'un,  ni  l'autre  ne  savent  de  qui  était.issu  Guil- 
laume qui  appartenait  au  Laudunois.  On  croit  pouvoir 
ici  lui  donner  pour  père  Aimery  Odard,  qui  figurait  au 
nombre  des  exécuteurs  testamentaires  et  Jeanne  de  Mont- 
bazon,  le  31  janvier  1394,  et  qu'on  trouve,  le  7  no- 
vembre 1399,  comme  témoin  du  contrat  de  Jean  de 
Craon-Montbazon  avec  Jacqueline  Montagu.  Aussi 
donne-t-on  ici  (figure  175)  le  sceau  d'un  Aimery  Odard, 
dessiné  d'après  une  empreinte  du  5  octobre  1330, 
apposée  à  Saintes  à  une  quittance  de  gages.  C'est  un 
sceau  rond  de    0,026  (6822  de   Clair amhault)   à   l'écu 


175.  —  Sceau  d'Aimery  Odard,  1330. 

droit  chargé  d'une  croix  dans  un  double  quatrefeuille 
gothique.  La  légende  est  :  haymery  odart. 

Pierre  Odard,  unique  fils  d'Isabelle,  et  qui  ne  vivait 
plus  le  3  septembre  1435,  épousa  Louise  de  Loigny, 
issue  d'une  famille  percheronne,  qui  lui  donna  une  fille 
nommée  Françoise  laquelle,  le  6  août  1438,  épousa 
Théaude  de  Châteaubriant,  seigneur  du  Lion-d'Angers. 

Guillemette  Odard,  dont  l'existence  a  échappé  à  La 
Chenaye,  avait  épousé,  le  9  janvier  1419,  Bertrand  de 
la  Jaille,  seigneur  de  la  Roche-Talbot. 


1.  Sur  les  d'Argenton  voir   Fierville,  Documents    inédits  sur 
Philippe  de  Commynes  (Paris,  1881,  in-8°),  p.  29-87, 


—  235  — 

XlPy-  Louise.  —  La  quatrième  des  filles  de  Guil- 
laume II  se  nommait  Louise;  elle  est  seule  nommée 
dans  le  testament  de  son  frère  Guillaume  III,  qui,  le  14 
avril  1396,  lui  avait  légué  une  somme  de  deux  mille  livres 
en  accroissement  de  son  mariage*.  Le  27  septembre  1404, 
elle  épousa  Miles  de  Hangest,  auquel  elle  apportait  sept 
mille  livres,  représentant  tous  ses  droits  dans  la  succes- 
sion de  ses  parents.  Miles  était  fils  unique  de  Jean  V  de 
Hangest  lequel,  le  8  septembre  1407,  lors  du  décès  de  son 
cousin,  Jean  de  Hangest,  seigneur  de  Heuqueville,  grand 
maître  des  arbalétriers  de  France,  fut  investi  de  l'impor- 
tant office  qu'il  laissait  vacant.  Il  le  conserva  jusqu'au 
20  février  1412,  date  où,  par  Tinfluence  du  duc  de  Bour- 
gogne, il  en  fut  dépouillé  au  profit  de  David  de  Ram- 
bures  ;  mais  il  en  reprit  possession,  le  25  septembre 
1413,  lorsque  Rambures  fut  exilé  à  son  tour,  en  môme 
temps  qu'Antoine  de  Craon,  et  le  conserva  sans  doute 
jusqu'à  sa  mort,  advenue  sur  le  champ  de  bataille  d'A- 
zincourt,  en  même  temps  que  celle  de  son  compétiteur  2. 
Miles  de  Hangest  était  mort  avant  son  père,  ayant  eu 
de  Louise  de  Craon  une  fille  unique,  Marie. 


1,  Jean  de  Montbazon  dans  son  testament,  dont  le  texte  est  resté 
inconnu,  lui  légua  aussi  mille  livres  ;  ce  fait  est  affirmé  dans  l'ac- 
cord du  25  novembre  1438,  donné  in  extenso  sous  le  numéro  1172 
du  Cartulaire. 

2,  Voir  dans  le  P.  Anselme  (t.  VIII)  les  notes  sur  les  deux 
Jean  de  Hangest  et  sur  David  de  Rambures  et  aux  Titres  scellés 
les  actes  originaux  qui  confirment  ses  dires.  Quant  h  la  réinté- 
gration de  Hangest  en  1413,  elle  a  échappé  à  la  perspicacité  de 
l'auteur,  mais  elle  résulte  évidemment  du  texte  de  Monstrelet  (II, 
410),  dont  il  faut  modifier  la  ponctuation  adoptée  par  Douet 
d'Arcq,  qui  donne  à  penser  que  Hangest  aurait  été  fait  maître  des 
arbalétriers  en  1413,  au  moment  où  le  comte  de  Vendôme  était 
investi  de  l'office  de  grand  maître  de  l'hôtel  du  roi,  tandis  aue 
Monstrelet  a  dit  :  «  Et  le  seigneur  de  Hangest,  maistre  des  arta- 
bestriers,  et  plusieurs  autres  furent  restituez  en  leurs  offices.  » 
Il  faut  signaler  ici  d'après  les  Titres  scellés  (93,  7245),  une  mon- 
tre d'arbalétrier  passée  par  David  de  Rambures,  ta  Saint-Quentin, 
le  10  août  1415,  où  il  prend  les  titres  de  «  chevalier,  conseiller  et 
chambellan  du  roi,  maître  des  arbalétriers  de  France.  » 


—  236  - 

Dans  ses  sceaux  de  Clairambault,  M.  Demay  a  con- 
fondu les  sceaux  des  deux  Jean  de  Hangest;  ils  se 
distinguent  les  uns  des  autres  en  ce  que  le  seigneur  de 
Heuqueville  brisait  son  blason  en  chef  et  à  dextre  d'un 
écusson  fascé  de  six  pièces.  Les  sceaux  4431,  4433, 
4434,  4435,  4436,  4437  lui  appartiennent.  On  a  dessiné 
ici  (figure  176)  le  4431  qui  a  été  apposé  au  Mans  le   1^' 


176.  —  Sceau  de  Jean  de. Hangest,  1392. 


août  1392  à  une  quittance  de  gages.  C'est  un  sceau 
rond  de  0,024  à  Vécuportant  une  croix  chargée  de  ci ng 
coquilles^  penché,  timbré  d'un  heaume  cime  d'un  col  de 
cygne  dans  un  vol.  La  légende  est  intacte  :  s  jehân  de 
HANGEST  CHLR.  Il  faut  remarquer  que  l'écrasement  de  la 


177.  —  Sceau  de  Jean  de  Hangest,  1410. 

cire,  qui  a  transformé  les  coquilles  en  besans,  a  détruit 
toutes  les  traces  de  l'écusson  en  chef  et  à  dextre. 

Au  beau-père  de  Louise  de  Craon  appartiennent  les 
numéros  4432,  4439,  4400.  On  ne  trouvera  ici  que  le 
dernier  (figure  177),  apposé  le  10  avril  1410  :  sceau  rond 


fl 


-  237  — 

de  0,033  à  Fécu  fruste,  penché,  timbré  d'un  heaume 
couronné  et  cime  d'une  tête  de  chien,  supporté  par  deux 
bras,  sur  champ  de  rinceaux.  De  la  légende  on  ne  lit 
plus  que  :  ....l  jehan  :  sire.... 

Louise,  devenue  veuve,  contracta  une  seconde  alliance 
avec  un  seigneur  appelé  Jean  d'Auvillers. 

Quelle  était  l'origine  de  la  maison  d'Auvillers  ?  C'est 
un  problème  qui  n'a  pas  encore  trouvé  sa  solution.  Les 
nombreuses  mentions  de  ce  nom  qui  figurent  au  Trésor 
généalogique  ne  laissent  aucun  doute  sur  son  ancien- 
neté en  Ponthieu  ;  d'autre  part,  les  29  avril  et  l®'"  sep- 
tembre 1455,  Jean  d'Auvillers  se  pare  du  nom  de  Mailly 
comme  de  son  nom  patronymique  ;  plus  tard,  le  3juillet 
1513,  l'une  de  ses  filles  Jeanne,  épouse  de  Jean  de  Hé- 
lande,  en  fait  autant  et  cependant  on  ne  connaît  aucun 
acte  qui  laisse  deviner  l'époque  où  le  nom,  tombé  en 
quenouille,  aurait  été  relevé  par  un  Mailly.  La  généalo- 
gie de  Mailly  du  P.  Anselme  ne  peut  être  ici  d'aucun  se- 
cours ;  les  d'Auvillers  y  figurent,  il  est  vrai,  comme 
Tune  des  branches  de  la  maison  de  Mailly  ;  mais  on  y 
allègue  des  anachronismes  tellement  évidents,  qu'il  est 
impossible  d'accorder  à  cet  ouvrage  la  moindre  autorité 
sur  ce  pointa  D'après  lui,  la  tige  de  la  branche  de 
Mailly-Auvillers  serait  Jean,  second  fils  d'un  Jean  I  de 
Mailly  et  d'une  Jeanne  de  Goucy,  qui  auraient  vécu  à  la 
lin  du  XII 1^  et  au  commencement  du  XI V^  siècle,  les- 
quels, pour  le  dire  en  passant,  n'ont  jamais  existé;  on 
donne  à  ce  Jean  pour  femme,  en  1320,  Louise  de  Graon, 
quelque  chose  comme  soixante-dix  ans  avant  sa  nais- 
sance ;  puis,  on  assigne  à  celle-ci  pour  belle-fille,  vers 

l.  Il  ne  faut  se  servir  du  P.  Anselme  qu'avec  la  plus  extrême 
tiéliance  et  chaque  l'ois  que  cela  est  possible,  il  faut  contnMer  ses 
(lires.  Les  historiens  ne  devraient  jamais  accepter  comme  bien 
faites  les  généalogies  que  donne  l'ouvrage  et  lorsque,  faute  de 
mieux,  on  admet  ses  affirmations,  on  devrait  toujours  lui  en  lais- 
ser la  responsabilité. 


—  238  — 

1380,  une  Isabelle  de  Ligne  et  pour  épouse  du  fds  de 
cette  dernière  en  1413,  Marie  de  Hangest,  laquelle  était 
certainement  fdle  de  Louise  de  Graon.  On  ignore  du 
reste  l'existence  d'un  Gilles  d'Auvillers,  qui  n'étant  en- 
core qu'écuyer,  le  6  novembre  1355,  donnait  une  quit- 
tance de  gages  scellée  d'un  sceau  (475  de  Clair  amb  a  ait) 
où  figure  un  écu  portant  trois  maillets  accompagnés 
d'une  étoile  en  abime.  Ge  Gilles,  le  30  mai  1367.  ren- 
dait un  aveu  qui  permet  de  savoir  qu'Auvillers  rele- 
vait d'Heilly,  qui  relevait  d'Ancre,  dont  le  propriétaire 
rendait  hommage  au  roi,  à  cause  de  son  château  de  Pé- 
ronne.  Force  a  été  au  récent  historien  de  la  Maison  de 
Mailly  de  s'abstenir  de  trancher  ces  délicates  questions 
d'origines.  Il  suffit  de  dire  ici  que  l'époux  de  Louise  de 
Graon,  dont  il  n'existe  aucun  sceau,  l'avait  épousée  après 
mars  1420,  car  à  cette  date,  dans  l'accord  par  lequel  on 
déterminait  la  part  des  filles  cadettes  dans  la  succes- 
sion des  Graon-Sainte-Maure,  Louise  est  encore  quali- 
fiée de  dame  de  Hangest.  Il  ne  vivait  plus,  ni  peut-être 
non  plus  Louise  de  Graon,  le  5  juin  1422,  car  à  cette  date 
leur  fils,  appelé  Jean  comme  son  père,  était  placé  sous  la 
tutelle  de  Pierre  Baillet,  écuyer. 

Jean  II  de  Mailly-Auyillers  naquit  donc  vers  1421  ; 
il  était  majeur  en  en  1437  alors  qu'il  aliénait  au  profit 
de  l'abbaye  du  Mont-Saint-Quentin  la  terre  de  Gour- 
celle,  qui  lui  venait  de  son  père  ^  Vers  1438,  il  épousa 
Jeanne  de  Wasiers,  qui  lui  donna  plusieurs  enfants 
dont  l'aîné,  appelé  Jean  lui  aussi,  embrassa  l'état  ecclé- 
siastique, au  dire  du  P.  Anselme,  et  fut  émancipé  par 
son  père  en  1463,  alors  qu'il  avait  vingt-quatre  ans. 

Il  est  curieux  de  noter  qu'à  l'époque  même  où  vivait 
Jean  d'Auvillers,  qui  devait  épouser  Louise  de  Graon, 
il  se  trouvait  à  Paris  un  huissier  du  Parlement  portant 


1.  Dans  la  coutume   de   Ppnthieu  la    majorité  était  acquise  à 
quinze  ans  (Voir  Bibl,  de  l'Ecole  des  Chartes,  XIII,  535). 


—  239  — 


le  même  nom  et  qui  possédait  un  sceau  dont  le  blason 
était  identique  à  celui  de*  Gilles,  en  novembre  1355.  On 
reproduit  ici  (figure  178),  la  vignette  de  M.  l'abbé  Ledru, 
sceau  de  0,024,  où  figure  un  écu  à  trois  maillets^ 
chargé  d'une  étoile  en  ahime^ . 


178.  —  Sceau  de  Jean  d'Auvillers,  huissier  au  Parlement,  1403. 

La  fille  aînée  de  Louise,  Marie  de  Hangest,  se  maria 
deux  fois,  elle  aussi  :  en  premières  noces  elle  épousa 
Jean  I  de  Mailly,  qui  fut  chef  de  sa  maison  depuis  le 
25  octobre  1415  jusqu'au  21  août  1421  ;  ce  fait  est  éta- 
bli par  un  acte,  connu  seulement  par  le  témoignage  d'A- 
drien de  la  Morlière,  et  passé  par  Jean  I  et  Marie  de 
Hangest,  portant  vente  de  Quiry  au  chapitre  d'Amiens. 
Jean  I  était  le  second  fils  de  Golard,  sire  de  Mailly  et 
de  Marie  de  Mailly,  sa  cousine  ;  il  était  devenu  l'hé- 
ritier du  fief  de  Mailly,  par  la  mort  simultanée  de  son 
père  et  de  son  frère  aîné  sur  le  champ  de  bataille  d'A- 
zincourt.  Il  n'était  pas  majeur  alors,  et  ne  le  devint 
qu'après  le  9  août  1416,  date  où  il  se  qualifiait  simple- 
ment d'écuyer.  Quant  à  Marie,  elle  n'avait  pu  naître 
avant  le  milieu  de  1405  et  avait  tout  au  plus  seize  ans 
lors  de  la  mort  de  son  époux,  tué  à  Mons-en-Yimeu,  le 
30  août  1421,  sous  les  étendards  du  duc  de  Bourgogne. 
On  ne  saurait  s'étonner  si  cette  alliance  ne  donna  pas 
de  postérité. 

En     secondes    noces,    Marie    épousa    Baudouin    de 

1.  Abbé  Ledru,  Maison  de  Mailly,  p.  356. 


-  240  — 

Noyelle,  chambellan  du  duc  de  Bourgogne,  à  qui  elle 
donna  un  fds,  Charles,  lequel,  en  novembre  1444,  Tan- 
née qui  suivit  le  décès  de  son  père,  passait  un  accord 
avec  son  oncle,  Jean  d'Auvillers,  au  sujet  de  la  succes- 
sion de  Louise  de  Craon,  sur  laquelle  il  lui  abandon- 
nait gratuitement  tous  ses  droits  K 

Xll^g.  Jeanne.  —  L'existence  d'une  Jeanne  parmi  les 
enfants  de  Guillaume  II  est  certaine  puisque,  le  31  dé- 
cembre 1394,  dans  le  testament  de  Jeanne  de  Montba- 
zon,  elle  était  l'objet  d'une  libéralité  de  celle-ci  ;  mais 
on  ne  connaît  aucune  autre  mention  d'elle. 

1.  1184  du  Cartulaire. 


XXIIl 
BRANCHE    DE    SAINTE-MAURE 

JEAN  DE  MONTBAZON 

Vers  1410.  —  25  octobre  1415. 


Jean  de  Montbazon  était  le  troisième  des  fils  de  Guil- 
laume Il  ;  il  était  devenu  son  héritier  présomptif,  peu 
après  le  14  avril  1396,  lors  du  décès  de  son  frère  Guil- 
laume III,  en  même  temps,  la  mort  de  celui-ci  le  rendait 
propriétaire  des  fiefs  qui  avaient  appartenu  en  propre  à 
leur  mère,  Sainte-Maure  et  Montbazon,  et  c'est  la  pré- 
sence de  ces  titres  auprès  de  son  nom  qui  permet  de  ne 
pas  confondre  ses  actes  avec  ceux  de  Jean  1,  son  oncle, 
et  de  Jean  II  son  cousin,  seigneurs  de  Domart  en  Pon- 
thieu.  Bien  plus  jeune  que  ses  frères,  il  était  encore 
sous  la  tutelle  de  son  père  le  26  mai  1403  et  ne  prenait 
pas  part  au  contrat  de  mariage  de  sa  sœur  Louise,  le 
27  septembre  1404*. 

Le  contrat  de  mariage  de  Jean  de  Montbazon  est  du  7 
novembre  1399  2  ;  sa  fiancée  était  Jacqueline,  seconde 
fille  de  Tun  des  personnages  les  plus  en  vue  de  l'époque, 
Jean  de  Montagu,  et  de  Jacqueline  de  la  Grange.  On 
est  dispensé  de  toute  recherche  au  sujet  de  la  famille 
de  Montagu  par  l'excellente  notice  que  M.  Lucien  Merlet 
a  consacrée  à  Jean  de  Montagu,  grand  maître  de  l'hô- 
tel du  roi^  On  y  voit  que  ses  filles  contractèrent  les 

1.  109;,  1097  du  Cartulaire.  Ménage,  aux  pages  270,  275  et  419 
de  son  Sablé,  fait  à  hi  fois  de  Jean  de  Montbazon  et  de  Jean  de 
Domart  des  seigneurs  de  Domart. 

2.  1085  du  Cartulaire. 

3.  Bihl.  de  l'École  des  Chartes,  XIII,  248-284. 


—  242  — 

plus  honorables  alliances  :  Tainée,  Bonne-Elisabeth, 
épousa,  en  1398.  Jean  VI,  comte  de  Roucy  ;  la  troisième, 
Marie,  en  1409,  épousa  le  seigneur  d'Haubercourt  et  la 
même  année  Jeanne,  la  quatrième,  était  fiancée  à  Jean 
de  Melun.  Quant  à  son  fils,  Charles,  qui  avait  l'honneur 
d'être  le  filleul  de  Charles  VI,  on  l'a  vu  déjà,  le  6  jan- 
vier 1405,  il  avait  été  fiancé  à  Jeanne  d'Albret,  fille  du 
connétable  et  de  Marie  de  Sully  ^ 

On  ne  connaît  qu'un  seul  sceau  de  Jean  de  Montba- 


■ûm 


179.  —  Sceau  de  Jean  de  Monlbazon,  1405. 

zon  (figure  179),  et  encore  n'en  existe-t-il  qu'un  fragment 
lequel  n'a  pas  été  moulé  ;  il  est  attaché  à  la  quittance 
du  1"  octobre  1405.  C'est  un  sceau  rond  de  0,028,  à 
l'écu  penché,  timbré  d'un  heaume,  cime  d'une  tête  de 
chien  dans  un  vol,  sur  un  champ  séparé  par  trois  ban- 


180.  —  Sceau  de  Jean  de  Montagu,  1393. 

des  de  chaque  côté  et  orné  de  quatre   rosettes.    De  la 
légende  on  ne  lit  plus  que...  jehan  de... 

1.  Numéro  791  du  Cartulaire. 


—  -243  - 

Voici  ensuite  deux  sceaux  de  son  beau-père  Jean  de 
Montagu  (figures  180-181).  Le  plus  ancien  (5081  de  Clai- 
rambault)  est  attaché  à  la  quittance  du  2  janvier  1393, 
d'une  chevauchée  particulière  au  Mans  :  c'est  un  sceau 
rond  de  0,030,  à  l'écu  penché,  timbré  d'un  heaume  de 
face,  cime  d'un  buste  de  femme  dans  un  vol,  accosté  de 
deux  oiseaux  adossés  ;  le  champ  est  garni  de  six  étoiles 
ou  molettes  à  huit  pointes.  De  la  légende  on  ne  lit  plus 
que  :  s...  gu  vi...  hanois. 

Le  second  (5082  de  Clair amhault)  est  attaché  à  une 
quittance  de  gages,  pour  la  garde  de  la  Bastille.  C'est  un 
sceau  rond  de  0,040  admirablement  gravé,  à  l'écu  pen- 
ché, timbré  d'un  heaume,  cime  d'une  tête  de  femme  ri- 
chement coiffée  d'une  plume  et  posée  dans  un  vol,  sup- 


181,  —  Sceau  de  Jean  de  Montagu,  1406, 

porté    par   deux    faucons  aux  ailes  déployées.    De    la 
légende  on  ne  lit  plus  que  :   i...  motagu. 

Jean  de  Montagu  fut  l'une  des  victimes  du  duc  de 
Bourgogne  :  arrêté  par  Pierre  des  Essarts,  prévôt  de 
Paris  et  créature  de  celui-ci,  le  7  octobre  1409,  il  fut 
immédiatement  condamné  et  exécuté  dès  le  17  octobre. 
Ses  biens  furent  confisqués,  mais  Charles  VI,  le  12  sep- 
tembre 1412,  réhabilita  sa  mémoire  et  annula  la  confis- 
cation de  ses  biens,  qui  firent  retour  à  sa  famille,  lors 
du  décès  de  ceux  qui  avaient  bénéficié  de  la  confisca- 
tion. 


-  244  — 

Jean  de  Montbazon  ligurait  au  nombre  des  Armagnacs 
les  plus  dévoués  ;  aussi  ne  dut-il  pas  hésiter  à  apposer 
son  sceau  au  manifeste  des  partisans  du  duc  d'Orléans, 
adressé  au  roi  le  9  octobre  1411  K  La  maison  de  Craon 
était  donc  divisée,  car  les  chefs  des  autres  branches, 
Antoine  de  Beauverger  et  Jean  de  Domart,  avaient  au 
contraire  lié  entièrement  leur  fortune  à  celle  du  duc  de 
Bourgogne. 

Son  attitude  eut  un  jour  sa  récompense  :  Le  l^""  juillet 
1413,  à  la  place  de  Charles  de  Savoisy  révoqué,  il  fut 
pourvu  de  Tune  des  grandes  charges  de  la  couronne, 
celle  de  grand  échanson,  qu'il  conserva  sans  doute  jus- 
qu'à sa  mort,  advenue  le  25  octobre  1415,  à  la  journée 
d'Azincourt.  En  lui  s'éteignait  la  branche  de  Sainte- 
Maure,  car  Jacqueline  de  Montagu  ne  lui  avait  pas 
donné  d'enfant. 

Jean  de  Montbazon  laissait  une  situation  évidemment 

embarrassée,  car  sa  veuve,  le  6  août  1416,  crut  devoir 

trenoncerà  tous  les  droits  qu'elle  avait  sur  sa  succession  ; 

elle  ne  tarda  guère  du  reste  à  se  remarier  »^  Jean  Malet, 

sire  de  Gra ville. 

Il  laissait  malgré  cela  un  patrimoine  considérable,  qui 
fut  partagé  entre  ses  sœurs  ou  leurs  ayants  droits,  ainsi 
que  cela  vient  d'être  raconté.  On  a  groupé  au  Cartulaire 
un  grand  nombre  d'actes  relatifs  aux  fiefs  tombés  ainsi 
en  quenouille  et  qui  permettent  de  suivre  la  plupart 
d'entre  eux  jusqu'à  l'aurore  du  XVP  siècle. 

1.  Numéro  1118  du  Cartulaire. 


-  245  — 
CARTULAIRE  DE  CRAON 

BRANCHE    DE    SAINTE-MAURE 

XVII  (1048-1211)  GUILLAUME    II  1388-1415, 

JEAN    DE    MONTBAZON 


1048.  —  1387,  V.  s.,  16  janvier. —  Quittance  de  gages 
d'Hervé  de  Mauny  *  [Clair amhault,  72,  5625). 

1049.  —  1388,  20  août.  —  Quittance  de  gages  de  Guil- 
laume II  pour  lui  banneret,  sept  bacheliers  et  trente-deux 
écuyers  (B.  N.,  f.  fr.  nouv.  acq.  1481,  12  ;  communiqué  par 
M.  l'abbé  Ledru). 

1050.  —  1388,  1  septembre,  Châlons.  —  Montre  de  Guil- 
laume II  (Pièces  originales^  Craon,  n^  22). 

La  revue  de  messire  Guillaume  de  Craon,  vicomte  de  Chas- 

teaudun,  chevalier  banneret,  sept  autres  chevaliers  bacheliers 

et  de  trente  deux  escuyers  de  sa  compaignie,  receuz  à  Chaa- 

lons  en  Ghampaigne,  le  premier  jour  de  septembre,  l'an  1388. 

Et  premièrement 

Le  dit  messire  Guillaume  de  Craon,  banneret, 

Messire  Jehan  de  Saintes, 

Messire  Jehan  Ysoré,  l'aisné, 

Messire  Jehan  de  Monferon, 

Messire  Hugues  de  Vaux, 

Messire  Jehan  Ysoré,  le  jeune  ; 

Messire  Jehan  Olivier, 

Messire  Jehan  Pamet. 

Escuyer  : 

Amaury  de  Craon  ^ 


1.  C'est  cette  pièce  qui  porte  le  sceau,  figure  16  6. 

2.  Cet  Amaury  était  le  fils  aîné  de  Guillaume  11;  il  mourut  à 
Cartha^re  eu  1390. 

16 


246 


Le  bastard  de  Saint e-Moro 
Hardouin  de  Houdaines, 
Brien  de  Lueins, 
Colas  Ribot, 
Jehan  de  la  Possonnière, 
Vincenot  d'Avesnes, 
Jehan  de  Vendosme, 
Jacquet  Lambert, 
Jehan  Pier, 
Jaquet  de  la  Porte, 
Jehan  Guilliers, 
Guillaume  des  Poulies, 
Perrinet  de  la  Porte, 
Guillaume  Quéraille, 
Thomas  de  Hambervilliers, 
Pierre  l'Abbé, 
Guillaume  de  Hangest, 
Jehan  de  l'Ille, 
Jehan  Le  Vaillant, 
Jehan  de  Hesdin, 
Guillaume  de  l'Esclat, 
Colin  Letur, 
Thomas  Piedoe, 
Jeusson  Stançon, 
Otheurin  de  Bataberry, 
Jehan  de  Reville, 
Guillaume  de  Mantegueil, 
Guillaume  de  Chanteville, 
Estienne  Morice, 
Régnant  Jacob, 
Pierre  Tiercelin. 


1.  Ce  Jean  de  Sainte-Maure  avait  été  en  1376  l'objet  d'une  let- 
tre de  rémission  dont  voici  l'indication  :  1375,  v.  s.,  mars,  Bois 
de  Vincennes.  —  Lettres  de  Charles  V  portant  rémission  à  Jean 
de  Sainte-Maure,  dit  le  Bâtard,  frère  d'Iseult  (Arch.  nat..  JJ  108, 
fol.  137).  Ce  Jean  était  sans  doute  frère  de  Pierre  de  Sainte- 
Maure,  dit  Durnas,  seigneur  de  Montgauger,  qui  comptait  au 
nombre  de  ses  sœurs  une  Iseult,  laquelle  épousa  successivement 
Geoffroy  de  Palluau  et  Pierre  de  la  Jaille  (Dictionnaire  d'Indre- 
et-Loire,  IV,  309). 


—  247  — 

1051.  —  1388,  4  septembre.  —  Guillaume  II  donne  reçu 
des  gages  de  sa  compagnie  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon^ 
n«24). 

1052.  —  1388,  12  octobre.  —  Guillaume  II  donne  quittance 
des  gages  de  sa  compagnie  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon, 

n^  23). 

1053.  —  1389,  18  juin.  —  Trêve  avec  l'Angleterre.  Guil- 
laume de  Marcillac  est  désigné  d'avance  comme  l'un  de  ses 
conservateurs  en  Anjou,  Maine  et  Touraine  (Rymer,  VII, 
629). 

1054.  —  1389,  V.  s.,  7  février,  Paris.  —  Lettres  royaux  au 
profit  de  Marmoutier  contre  Guillaume  II  et  ses  deux  fils, 
Amaury  et  Guillaume  III,  au  sujet  du  droit  de  pêche  à  Font- 
cher  ^  Lettres  qui  furent  signifiées  en  juin  1390  (Note  du  Tré- 
sor généalogique). 

1055.  —  1389  (v.  s.),  7  février,  Lyon.  —  Don  par  le  duc  de 
Touraine  de  200  francs  à  Guy  de  Craon,  son  chambellan 
(B.  N.,  Collection  Bastard,  n°  412). 

1056.  —  1390,  24  juin.  —  Aveu  de  Jacques  de  Pocé,  époux 
de  Françoise  de  Bréon,  à  Guillaume  II,  à  cause  de  sa  femme 
(Dom  Housseau,  XIIP,  8178). 

1057.  —  1390,  20  juillet,  Saint-Lô.  —  Quittance  d'Hervé 
de  Mauny  (H.  du  Châtelet,  Histoire  de  Du  Guesclin^  422). 

1058.  —  1390,  12  octobre.  —  Vente  par  Pierre  de  Craon  de 
200  livres  de  rente  sur  la  Ferté-Bernard  à  Hervé  de  Mauny, 
pour  2000  francs  d'or  (Note  B.  N.,  du  Chesne,  54,  373). 

1.  Il  s'agit  ici  du  lieu  de  Fontcher  (Fontis  Cari)  dont  le  vivier 
ainsi  que  le  droit  de  poche  dans  le  Cher  appartenaient  à  Marmou- 
tier depuis  l'époque  où,  entre  1034  et  1037,1e  comte  de  Blois  Eudes, 
à  la  prière  de  Ilermengarde  et  du  consentement  de  ses  fils  Thi- 
baud  et  Etienne,  lui  en  avait  fait  don,  par  deux  actes  récemment 
publiés  ///  extenso  (Voir  Lex,  Eudes,  comte  de  Blois,  de  Tours, 
de  Chartres  et  de  Mcaux  (995-1037)  et  Thibaut,  son  frère  (995- 
ifM),  Troyes,  1892,  199  p.  in-8o). 


-  248  — 

1059.  —  1390,  20  octol)i'e.  —  Quittance  d'Hervé  de  Mauny 
(Pièces  originales). 

1060.  —  1390,  V.  s.,  23  mars,  Paris.  —  Lettres  par  les- 
quelles Guillaume  II  de  Craon  vend  à  Jean  Le  Mercier,  sei- 
gneur de  Noviant  *  200  livres  de  rentes  sur  Châteaudun  (A. 
N.,  KK  896,  125). 

1061.  -r-  1391,  23  octobre.  —  Arrentement  du  moulin  de 
Bouzon  fait  par  Guillaume  II  (Note  dans  Société  de  Tou- 
raine,  t.  VI,  276). 

1062.  —  1392,  27  mai,  Paris.  —  Arrêt  du  Parlement  dans 
la  cause  entre  Guillaume  II  et  Pierre  de  Craon,  son  frère, 
au  sujet  de  dix-huit  cent  trente  livres  que  ce  dernier  devait 
payer  à  Robinet  de  Mâle  (A.  N.,  X*^  39,  203). 

1063.  —  1392,  15  août,  Le  Mans.  —  Lettres  par  lesquelles 
Maurice  Mauvinet  donne  quittance  de  ses  gages  d'une  che- 
vauchée au  château  de  Josselin  (B.  N.,  Clairambault,  5926). 

1064.  —  1393,  20  octobre.  —  Quittance  d'Hervé  de  Mauny, 
banneret,  de  90  francs,  pour  ses  gages  (Histoire  d'Harcourt, 
IV,  1243). 

1065.  —  1394,  31  décembre.  —  Testament  de  Jeanne  de 
Montbazon  ;  seuls  de  ses  enfants,  Guillaume  et  Jeanne  y  sont 
nommés  (B.  N.,  Baluze,  Armoires,  54,  248). 

1066.  —  1394,  v.  s.,  4  mars,  Paris.  —  Acte  de  retrait  de 
200  livres  de  rente  sur  Châteaudun  exercé  par  Guy  VIII  de 
la  Rochefoucauld  et  Marguerite  de  Craon  ^  (A.  N.,  KK  896, 
fol.  125). 

1067.  —  1394,  V.  s.,  15 mars.  — Aveude  Jean  Beaudet  à 


1^  Voir  sur  ce  personnage,  grand  maître  de  France,  le  P.  An- 
selme VIII,  342. 

2.  Cette  rente  avait  été  créée  par  Guillaume  II  au  profit  de 
Jean  Le  Mercier,  seigneur  de  Noviant  et  de  Jeanne  de  Ven- 
dôme, son  épouse.  Voir  le  n»  1060  du  Cartulaire. 


-  249  — 

Guillaume  III  de  Sainte-Maure  et  Montbazon  (Note  de  Doni 
Hoiisseau,  XIP,  7074). 

1068.  —  1394,  V.  s.,  7  avril.  —  Aveu  d'Olivier  de  Mauny 
pour  Thiville,  au  nom  de  Catherine  de  Tliiville,  son  épouse 
héritière  de  Henri  de  Thiville,  son  père,  qui  laissait  veuve 
pour  la  troisième  fois  Isabelle  de  Meulant  (Note  du  P.  An- 
selme, II,  411). 

1069.  —  1395,  19  juin.  —  Transaction  entre  Guillaume  III 
et  l'abbé  de  Noyers  (Note,  B.  N.,  dom  Rousseau  XIII^  8205). 

1070.  —  1095,  14  juillet.  —  Vente  par  Guillaume  III  de 
Craon  et  Sainte-Maure  de  la  place  où  était  bâti  le  moulin  de 
Malicorne  (Société  de  Touraine^  t.  VI,  276). 

1071.  —  1395,  26  juillet.  —  Accord  entre  Guillaume  II  et 
Guillaume  III,  son  fils  aîné,  ayant  le  bail  de  Jean,  son  frère 
et  de  Marie  et  Louise,  ses  sœurs,  pour  le  partage  de  la  suc- 
cession de  Jeanne  de  Montbazon.  Guillaume  II  renonce  à 
prendre  le  tiers  des  biens  de  Jeanne,  dont  elle  lui  avait  fait 
don,  reçoit  la  jouissance  viagère  de  Coulombiers  *  et  la 
propriété  d'une  rente  de  mille  livres  due  par  la  dame  de 
S\x\\^'-(Dom  Housseau,  VIII,  3762). 

1072.  —  1395,  12  octobre.  —  Lettres  par  lesquelles  Guil- 


1.  Coulombiers,  à  17  kilomètres  de  Tours,  érigé  en  marquisat 
en  décembre  1619,  perdit  son  nom  en  juillet  1639  par  des  lettres 
royaux  qui  y  substituèrent  celui  de  Villandry.  Toutes  deux  se 
trouvent  in  extenso  dans  le  Dictionnaire  de  M.  Carré  de  Busse- 
roUe,  VI,  407.  C'est  par  erreur  que  dans  cet  ouvrage  on  fait  de 
Louis  Chabot  un  gendre  de  Jean  de  Montbazon,  dont  il  était 
beau-frère,  et  qu'on  lui  donno  nlace  dans  la  série  des  seigneurs 
de  Villandry  ;  sa  femme  était  fille  de  Guillaume  II,  qui  conserva 
Coulombiers  jusqu'à  son  décès.  A  cette  date  il  n'appartint  ni  à 
Marguerite,  épouse  de  Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld,  ni  à  Guil- 
laume m,  mais  à  Jean  de  Montbazon.  Après  son  décès,  par  le 
partage  du  13  mars  1420,  il  fut  placé  dans  le  lot  des  ayants  droits 
des  sœurs  cadettes,  et  appartint  aux  enfants  de  Louis  Chabot. 

2.  Cette  dame  de  Sully  était  Isabelle  de  Craon,  épouse,  vers 
1357,  de   Louis  de  Sully,  et  mère  de  Marie  de  Sully. 


—  2o0  — 

laume  II  vend  la  vicomte  de  Châteaudun,  pour  7400  livres  à 
Louis,  duc  d'Orléans  ^  (Arch.  nat.  KK896,  121). 

1073.  —  1395,  22  octobre,  Châteaudun.  —  Quittance  par 
Jacques  Lebrun,  procureur  de  Guillaume  II,  aux  habitants 
de  Chenaux  en  Orléanais,  de  deux  muids  d'avoine,  qu'ils  lui 
devaient  (Arch.  d'Eure-et-Loir^  E  2703). 

1074.  —  1395,  5  décembre.  —  Noms  des  personnes  qui 
tiennent  maison  en  la  Vieille-Salle  de  Châteaudun,  naguère 
appartenant  à  Guillaume  de  Craon,  et  à  présent  au  duc  d'Or- 
léans (Aj'ch.  d'Eure-et-Loir,  E  2703). 

1075.  —  1395,  V.  s.,  12  janvier.  —  Lettres  par  lesquelles 
Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld  et  Marguerite  de  Craon  ven- 
dent à  Louis  d'Orléans  200  livres  de  rente,  qu'ils  possédaient 
sur  Châteaudun  (Arch.  Nat.  KK  896,  122). 

1076.  —  1395,  V.  s.,  29  février.  —  Acte  de  la  prévôté  de 
Paris  portant  l'autorisation  donnée  par  Guy  VIII  de  la  Ro- 
chefoucauld à  Marguerite  de  Craon  de  vendre  au  duc  d'Or- 
léans 200  livres  de  rente  (Arch,  Nat.,  KK  896,  123). 

1077.  —  1395,  V.  s.,  8  mars,  Angoulême.  —  Lettres  par  les- 
quelles Marguerite  de  Craon  vend  au  duc  d'Orléans  200 
livres  de  rente  sur  Châteaudun  (A.  N.,  KK  896,  124). 

1078.  —  1395,  V.  s..  9  mars,  Paris.  —  Ratification  de  la 
trêve  de  vingt-cinq  ans  entre  la  France  et  l'Angleterre  ;  Guil- 
laume de  Marcillac  est  désigné  comme  l'un  des  mainteneur 
de  cette  paix  (Rymer,  VII,  829). 

1079.  —  1396,  4  avril,  Paris.  —  Contrat  de  Marie  de  Craon 


1.  En  faisant  cet  achat,  le  duc  d'Orléans  unissait  la  vicomte 
aux  comtés  de  Blois  et  de  Danois  que  Guy  II  de  Chàtillon  venait 
de  lui  vendre  pour  200,000  écus  (Dom  îsToël  Mars.  Histoire  de 
Saint-Lomer  de  Blois,  Blois,  1869,  v-473  p.  in-S»,  p.  122).  Char- 
les d'Orléans,  le  21  juillet  1439,  reprenant  le  comté  de  Vertus, 
ainsi  que  Romorentin  et  Millançais,  naguère  donnés  par  lui  à 
Jean,  son  frère  bâtard,  le  célèbre  Dunois.  lui  octroya  le  Dunois 
(A.  N.,  Q,  209). 


■ 


—  251  — 

avec  Maurice  Mauvinet.  Du  côté  de  Marie  :  Guillaume  III, 
écuyer.son  frère,  Pierre  de  Craon  et  Antoine,  son  fils,  Jean  de 
Champchevrier,  Jean  de  Vaige,  Bonabes  de  Rougé,  Guy 
d'Orange  K  Elle  reçoit  Pressigny,  Verneuil  et  Ferrières  (B. 
N.,  Baluze,  Armoire,  14,  267). 

1080.  —  1396,  14  avril.  —  Testament  de  Guillaume  III, 
écuyer  seigneur  de  Sainte-Maure  et  de  Montbazon,  prescrivant 
de  l'enterrer  aux  Cordeliersde  Tours,  lllaisse  à  sa  sœur  Louise 
2,000  francs,  en  accroissement  de  mariage  et  désigne  son 
oncle  Pierre  de  Craon  au  nombre  de  ses  exécuteurs  testa- 
mentaires (B.  N.,  Baluze,  Armoires,  54,  244). 

1081.  —  1396,  2  juin.  —  Guillaume  II,  sire  de  Sainte- 
Maure  et  de  Montbazon  ^  reçoit  aveu  pour  la  Chardière, 
tenue  de  Sainte-Maure  (Note  de  Dom  Rousseau,  XIIP,  8130). 

1082.  —  1396,  27  octobre.  —  Vente  par  Colas  Ferrequin  et 
Marguerite,  sa  femme,  à  Hervé  de  Mauny,  chevalier,  seigneur 
de  Torigni,  Saint-Aignan  et  Genne  et  à  son  épouse  de  21 
sous  de  rente  (B.  N.,  Du  Chesne,  54,372). 

1083.  —  1396,  V.  s.,  2  janvier.  —  Aveu  rendu  à  Guil- 
laume II  pour  la  Richardière  (Société  de   Touraine,  t.  VI, 

p.  276). 

1084.  —  1397,  17  juillet,  Paris.  —  Arrêt  dans  la  cause  en- 
tre Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld  et  Guillaume  II  de  Craon 
au  sujet  de  la  possession  de  Breuil  (X*^,  44,  190). 


1.  Ce  Guy  d'Orange  appartenait  à  la  famille  des  seigneurs  de 
la  Feuillée  ;  ce  fief,  en  1403,  était  aux  mains  d'Ambroise  d'O- 
range et  de  1444  à  1459  dans  celles  de  Guy,  époux  d'Aliénor 
d'Ingrande.  L'aîné  de  leurs  enfants.  René,  est  l'auteur  de  deux 
très  jolies  pièces  de  poésie,  dont  nous  avons  eu  la  bonne  fortune 
de  lui  rendre  la  paternité  (Voir  notre  René  d'Orange,  poète  du 
Bas-Maine,  Laval,  1892,  10  p.  in-S»), 

2  Supposant  Guillaume  III  mort  peu  de  temps  après  la  con- 
fection cle  son  testament,  on  pense  q^ue  l'aveu  fut  fait  à  Guil- 
laume II  comme  bail  de  Jean,  son  troisième  fils,  dont  la  minorité 
n'avait  pas  pris  fin  le  26  mai  1403. 


—  252  — 

1085.  —  1399,  7  novembre  *.  —  Contrat  de  mariage  de 
Jean  de  Craon  et  de  Jacqueline  de  Montagu.  Du  côté  de 
Jean  :  Guillaume  II,  chevalier,  seigneur  de  Marnes  et  de 
Moncontour,  son  père,  Guy  de  Craon,  son  oncle,  et  Aymard 
Odard  ;  du  côté  de  Jacqueline,  Jean  de  Montagu,  son  père, 
Jean  de  Montagu,  évêque  de  Chartres,  Girard  de  Montagu, 
archidiacre  de  Cambray,  ses  oncles  (Bibl.  Nat.,  Baluze,  Ar- 
moires^ 54,  265). 

1086.  —  1400,  15  septembre.  —  Acte  de  Jean  de  la  Roche- 
foucauld, constatant  réception  de  l'hommage  de  Guillaume 
Dupuis,  pour  le  grand  et  le  petit  Baigneux  (Note,  Mémoires 
de  la  Société  de  Tour  aine  ^  VI,  276). 

1087.  —  1400,  28  décembre.  —  Quittance  d'Hervé  de 
Mauny  (Pièces  originales). 

1088.  —  1401,  22  juillet.  —  Guillaume  II  donne  quittance 
de  500  francs,  que  le  roi  lui  avait  assignés  le  25  mai  1401  * 
(Dom  Morice,  Preuves,  t.  II,  712). 

1089.  —  1401,  14  octobre,  Loudun.  —  Testament  de  Guy 
de  Craon.  Il  demande  à  être  enseveli  dans  l'église  des  Corde- 
liers  de  Châteaudun  ;  il  mentionne  son  épouse,  Jeanne  de 
Sourches,  à  laquelle,  en  échange  de  son  hôtel  de  Clichy-la- 
Garenne,  aliéné  par  lui,  il  donne  Sainte-Julitte,  Chaumus- 
say,  Neufmans  et  la  Lambarderie,  ainsi  que  tous  ses  meu- 
bles. Payen  de  Sourches  est  l'un  de  ses  exécuteurs  testamen- 
taires (A.  N.,  X'«9807,  52). 

1090.  —  1401,  22  décembre,  Paris.  —  Testament  d'Hervé 
de  Mauny,  demandant  à  être  enseveli  dans  l'abbaye  de  To- 
rigni,  auprès  de  feue  Marie  de  Craon  (Note  de  Ménage,  à  la 
page  398  de  son  Sablé). 

1.  M.  l'abbé  Ledru  nous  a  communiqué  une  note  prise  dans 
les  archives  du  château  de  Sourches  (Sarthe),  qui  date  ce  même 
contrat  du  23  janvier  1400,  n.  s. 

2.  C'est  à  cette  quittance,  dont  l'original  se  trouve  aux  Titres 
scellés,  t.  XXXVI,  2743,  que  pend  l'une  des  empreintes  du  sceau, 
figure  170. 


I 


—  253  - 

1091.  —  1402,  20  avril.  —  Charte  par  laquelle  Adam,  évê- 
que  du  Mans,  reçoit  foi  et  hommage  d'Hervé  de  Mauny,  sei- 
gneur de  Torigni  \  pour  Doubleau  (B.  N.,  Duchesne^  54, 

720). 

1092.  —  1402,  12  juillet.  -  Baillée  faite  par  Guillaume  II 
du  moulin  de  Garnier  (Note,  Société  de    Tour  aine  ^  VI,   277). 

1093.  —  1403,  12  mai.  —  Quittance  d'Hervé  de  Mauny  (B. 
N.,  Pièces  originales,  Mauny,  21). 

1094.  —  1403,  26  mai.  —  Guillaume  II,  en  qualité  de  bail 
de  Jean  son  fils,  seigneur  de  Sainte-Maure  et  de  Nouâtre, 
reçoit  les  hommages  pour  la  Roche  Pelequin  et  les  Pinardiè- 
res  {Dom  Rousseau,  XIIP  8045). 

1095.  —  1403,  V.  s.,  18  janvier.  —  Quittance  de  gages 
d'Hervé  de  Mauny,  sieur  de  Torigni,  et  d'Alain  de  Beaumont, 
tant  pour  lui  que  pour  ses  fils  Alain  et  Régnant  ^  (Bibl.  nat., 
Pièces  originales,  t.  1896,  n«  43692). 

1096.  —  1404,  14  juillet.  —  Aveu  fait  à  Louis  Chabot,  sei- 
gneur de  la  Marnière,  de  Pressigny,  Perrière  et  Verneuil  à 
cause  de  Marie  de  Craon  (B.  N.,  Dom  Rousseau,  XIP  7395). 

1097.  —  1404,  27  septembre.  —  Contrat  de  Louise  de 
Craon  avec  Miles  de  Hangest,  passé  par  Jean  de  Montagu  et 
Guillaume  II  de  Craon,  chevalier,  seigneur  de  Moncontour, 
d'une  part,  et  Jean  de  Hangest  et  Miles  de  Hangest,  écuyer, 
de  l'autre.  Louise  apporte  7,000  livres  qui  représentent  sa 
part  dans  les  successions  de  ses  père  et  mère  (B.  N.,  Baluze, 
Armoire,  54). 

1098.  —  1404,  V.  s.,  28  février,  Paris.  —  Numéro  793. 


1,  Cette  qualification  de  seigneur  de  Torigni  montre  que  l'hom- 
mage  est  rendu  par  Hervé,  époux  de  Made  de  Craon,  et  non  par 
son  fils. 

2.  Cet  acte  possède  les  sceaux  d'Hervé  et  d'Alain. 


—  254  — 

1099.  —  1405,  1  octobre.  —  Jean  de  Montbazon  donne 
reçu  de  50  francs  ^  (B.  N.,  Titres  scellés,  folio  2745). 

1100.  —  1405,  23  septembre.  —  Lettres  par  lesquelles  Jean 
de  Hangest  et  d'Avenescourt  cède  à  son  fils  et  à  sa  belle-fille 
la  terre  de  Catheu  (Note  Dom  Housseau,  IX,  243). 

1101.  —  1406,  11  juin.  —  Achat  par  Hervé  de  Mauny  de 
a  terre  de   Giervillé,    qui  lui  est   vendue  par  Antoine   de 

Craon  ^  et  Jeanne  de  Hondschoote  (Note  de  Ménage  à  la  page 
398  de  son  Sablé] . 

1102.  —  1406,  2  octobre.  —  Quittance  délivrée  à  Hervé 
de  Mauny  par  Antoine  de  Craon  et  Jeanne  de  Hondschoote 
(Note  de  Ménage  à  la  page  398  de  son  Sablé). 

1103.  —  1407,  7  mai.  —  Aveu  d'Hervé  de  Mauny,  cheva- 
lier, seigneur  de  Torigni  et  de  Saint-Aignan,  pour  Belle- 
sauile  (Arch.  Nat.,  P.  343^  36). 

1104.  —  1407.  —  Aveu  par  Jean  Cannes  pour  la  Canne- 
raye,  fait  à  Jean  de  Craon,  seigneur  de  Nouâtre  (Note  du  Dic- 
tionnaire d'Indre-et-Loire,  t.  IV,  398). 

1105.  —  1407,  4  juillet.  —  Aveu  fourni  par  Jean  de  Craon, 
seigneur  de  Montbazon  et  de  Sainte-Maure,  pour  le  fief  du 
Puyde  Sepmes  (Note,  Société  de  Toiiraine,  VI,  277). 

1106.  —  1407,  10  octobre.  —  Aveu  par  Jean  de  Baigneux 
pour  Launaye  à  Jean  de  Craon,  seigneur  de  Nouâtre  (Note 
du  Dictionnaire  d'Indre-et-Loire,  t,  IV,  398). 

1107.  —  1407,  15  décembre.  —  Lettres  de  Jean  de  Montba- 
zon et  Sainte-Maure  donnant  le  fief  de  la  Proustière,  en 
Sainte-Catherine  de  Fierbois,  à  Aymard  de  Sainte-Maure, 

seigneur  de  Montgauger^  [Dom  Ilousseau,  XIIP,  8143). 

■ 

1.  A  cet  acte  est  attïiché  le  sceau  figure  179. 

2.  Antoine  était  fils  de  Pierre  de  Craon,  seigneur  de  la  Ferté- 
Bernard. 

3.  Cet  acte  est  celui  qui  est  mentionné  dans  la  Société  de  Ton- 


i 


-  253  — 

1108.  —  1408,  1  juin.  —  Aveu  de  Jean  de  Baigneux  pour 
la  Vardinière,  fait  à  Jean  de  Craon,  seigneur  de  Nouâtre 
(Note  du  Dictionnaire  d'Indre-et-Loire^  t.  IV,  398). 

1109.  —  1408,  10  juillet.  -  Aveu  de  Robinet  du  Val  pour 
la  Persillière,  à  Jean  de  Montbazon  (Dom  Housseau,  XIIP, 

8074). 

1110.  1408,  août,  Paris.  —  Acte  par  lequel  Hervé  de 
Mauny  cède  au  roi  quarante  livres  de  rente  sur  la  recette  de 
Bayeux  (A.  N.,  J  122,  17). 

1111.  —  1408,  14  novembre.  —  Aveu  rendu  à  Jean  de 
Montbazon  par  Rideau  Eschart,  pour  la  Richardière  (Note, 
Société  de  Tour  aine  ^  VI,  277  et  Dom  Rousseau,  XIIP, 
8131). 

1112.  —  1408,  20  décembre.  —  Aveu  rendu  par  Jean  de 
Laval-Loué  à  Jean  de  Montbazon,  pour  la  Sayette  (Dom 
Rousseau,  XIIP,  8064). 

1113. —  1409,  3  juillet.  —  Aveu  de  Guillaume  II  pour 
Moncontour  au  duc  d'Anjou  (A.  N.,  P  341,  f.  148  ;  in  extenso 
dans  Mémoires  des  Antiquaires  de  l'Ouest^  1881,  p.  419-442). 

1114.  —  1409,  17  octobre.  —  Procès-verbal  de  l'exécution 
de  Jean  de  Montagu  (Bihl.  Ecole  des  Chartes^  XIII,  279). 

1115.  —  1409,  4  décembre.  —  Lettres  d'Hervé  de  Mauny, 
fondant  la  chapelle  de  Saint-Pierre  à  Torigni,  lieu  de  sépul- 
ture de  Marie  de  Craon  et  de  Jeanne  de  Sacé,  dame  d'Usa- 
ges, ses  feues  femmes  (Note  de  Ménage  à  la  page  398  de  son 
Sablé). 

1116.  —  1410,  6  juin.  —  Aveu  de  Pierre  de  la  Mezry  pour 
les  Aubiers,  rendu  à  Jean  de  Craon,  seigneur  de  Nouâtre  et 


raine,  t.  VL  p.  277  ;  et  dans  le  Dictionnaire  de  M.  Carré  de  Bus- 
serolie,  V,  226. 


—  256  — 

de  Moncontour  *  (Note  du  Dictionnaire  d' Indre-et-Loire,  t. 
IV,  398  et  Dom  Housseou,  XIIP  8218). 

1117.  —  1410,  V.  s.',  8  janvier.  —  Lettres  de  Charles  duc 
d'Orléans  touchant  la  pension  de  Jean  de  Montbazon,  cheva- 
lier, son  chambellan  (B.  N.,  Fonds  Bastard,  n°  588). 

1118.  —  1411,  9  octobre,  Saint-Ouen.  —  Manifeste  de 
vingt-cinq  capitaines  du  parti  Armagnac,  adressé  à  Charles 
VI  ;  le  seigneur  de  Montbazon  (Jean  de  Craon)  et  Jean  de 
Hangest  figurent  au  nombre  des  signataires  [Bibl.  de  l'Ecole 
des  Chartes,  IX,  472). 

1119.  —  1411,  V.  s.,  18  février,  Orléans.  —  Mandement  de 
Charles,  duc  d'Orléans,  pour  ses  chambellans,  le  sire  de 
Montbazon  et  Louis  de  Loire,  envoyés  à  Bourges,  pour  obte- 
nir la  liberté  du  sire  de  Chaumont,  prisonnier  des  Parisiens 
(B.  N.,  Fonds  Bastard,  n«  642). 

1120.  —  1412,  24  juin.  —  Quittance  de  Jean,  seigneur  de 
Moncontour  et  de  Montbazon  (B.  N.,  Fonds  Bastard,  n°650). 

1121.  —  1412,  25  août,  Couci.  —  Ordre  de  rembourser 
une  somme  avancée  par  Jean  de  Craon,  pour  les  gages  de  la 
compagnie  de  Charles  le  Bouteiller  (B.  N.,  Fonds  Bastard, 
n»654). 

1122.  —  1412,  V.  s.,  20  mars.  —  Aveu  de  Pierre  de  la 
Jaille  pour  la  Motte-au-fils-Yvon  fait  à  Jean  de  Craon,  sei- 
gneur de  Nouâtre  (Note  du  Dictionnaire  d'Indre-et-Loire, 
t.  IV.  398  et  Dom  Housseau,  XIIP,  8214). 

1123.  —  1413,  30  avril.  —  Aveu  de  Jean  Isoré,  fils  de 
Geoffroy  Isoré,  à  Jean  de  Craon  (Note  de  Dom  Housseau, 
XIP,  7072). 

1124.  —  1413,  15  novembre.  —  Aveu  pour  Torigni  rendu 


1.  Il  est  important  de  noter  à  cette  date  ce  titre  de  seigneur  de 
Moncontour,  qui  indique  que  Guillaume  II  avait  cessé  de  vivre. 


—  257  — 

par   Olivier   de  Mauny   (Note    de  V Histoire  de  la   Maison 
d'Harcourt,  IV,  1250. 

1125.  —  1415.  —  Aveu  par  le  seigneur  du  Puy  de  la  Borde 
à  Jean  de  Craon,  seigneur  de  Nouâlre  (Note  du  Dictionnaire 
d'Indre-et-Loire,  t.  IV,  p.  398). 

1126.  —  1415,  10  juin,  Calais,  —  Prorogation  de  la  trêve 
entre  la  France  et  l'Angleterre.  Jean  de  Craon,  seigneur  de 
Montbazon,  est  l'un  de  ses  mainteneurs  pour  l'Anjou,  le 
Maine  et  la  Touraine  (Rymer^  IV^,  129). 

1127.  —  1415,  10  août.  —  Lettres  de  Jean  de  Craon- 
Sainle-Maure  ratifiant  la  fondation  par  Boucicaut  d'une  au- 
mônerie  à  Sainte-Catherine  de  Fierbois  (Note  du  Trésor 
généalogique). 

1128.  —  1416,  4  août.  — Lettres-patentes  constatant  la  re- 
nonciation de  Jacqueline  de  Montagu  à  la  succession  de  Jean 
de  Craon,  son  mari,  tué  récemment  dans  une  affaire  contre 
les  Anglais,  à  cause  des  dettes  de  celui-ci  (Note  de  Doin 
llousseau,  t.  XIP,  6851). 

1129.  —  1416,  9  août.  —  Jean  I  de  Mailly,  écuyer,  relève 
par  procureur  un  fief  de  l'abbaye  de  Corbie  (Abbé  Ledru, 
Maison  de  Mailly,  Preiwes,  157). 

1130.  —  1416,  V.  s.,  4  février.  —  Louise  de  Craon  donne 
pouvoir  pour  partager  avec  Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld, 
Louis  Chabot,  sire  de  la  Grève,  Guillaume  Odard,  sire  de 
Verrière,  les  biens  de  Jean  de  Craon,  son  frère  (Baluze, 
Armoires,  54,  243). 

1131.  —  1417,  V.  s.,  7  mars.  —  Lettre  de  Guy  VIII  de  la 
Rochefoucauld  aux  élus  de  Tours  (Note,  Cabinet  historique, 
XXIIP,  168). 

1132.  —  1418,  11  septembre,  Montbazon.  —  Lettre  de 
Marguerite  de  Craon,  épouse  de  Guy  VIII  de  la  Rochefou- 
cauld, aux  bourgeois  et  élus  de  Tours,  pour  se  plaindre  des 


—  258  — 

exactions  dont  Jean  Toiirnay  de  Sainte-Maure  a  été  la  vic- 
time de  la  part  des  garnisons  de  Tours  et  de  la  Roche-Cor- 
bon  (Cabinet  historique^  XXIIP,  227). 

1133.  —  1418,  15  octobre,  Coulombiers.  —  Lettre  de  Fou- 
gues de  la  Rochefoucauld  adressée  aux  élus  et  bourgeois  de 
Tours  pour  se  plaindre  d'un  enlèvement  à  mains  armées  fait 
au  château  de  Coulombiers,  par  les  gens  du  capitaine  de 
Tours,  malgré  la  trêve  qui  existait  entre  la  ville  et  Guy  VIII 
et  Marguerite  de  Craon   (Cabinet  historique,  XXIIP  229). 

1134.  —  1418,  V.  s.,  9  janvier,  Loudun.  —  Contrat  de  Ber- 
trand de  la  Jaille  et  de  Guillemette  Odard  (Arch.  de  Maine- 
et-Loire;  note,  Revue  du  Maine,  XXIX,  201). 

1135.  —  1419,  23  décembre.  —  Acte  de  Guy  de  la  Roche- 
foucauld se  portant  héritier  par  bénéfice  d'inventaire,  au 
nom  de  Marguerite  de  Craon,  son  épouse,  des  biens  de  la 
branche  de  Sainte-Maure,  afin  de  prévenir  la  mise  en  main 
du  roi  des  fiefs,  par  défaut  d'hommage  (Note  du  Trésor  gé- 
néalogique). 

1136.  —  1419,  23  décembre.  —  Lettres  patentes  déchar- 
geant Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld  du  quart  du  revenu  de 
Sainte-Maure,  Nouâtre,  Montbazon  et  Coulombiers,  par  suite 
du  rachat  dû  à  cause  du  décès  de  Jean  de  Craon,  son  beau- 
frère  (Note  de  Dom  Housseau,  XIP,  16924).  • 

1137.  —  1419,  V.  s.,  5  janvier.  —  Procuration  de  Louis 
Chabot,  seigneur  de  Petit-Château  et  de  Chantemolle,  bail 
de  Thibaut,  Renaud,  James  et  Anne,  donnée  à  Jean  Buor, 
chevalier,  seigneur  de  la  Gerbaudèreet  àJeanLorson,  prieur 
de  Langle  aux  Chanoines  pour  procéder  avec  les  autres  inté- 
ressés au  partage  des  biens  de  la  branche  de  Sainte-Maure  ^ 
fArc'AiVes  âfe  5owrcAe5;  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru). 


1.  Ce   Fouques  était  un  cousin  de  Guy  VIII  devenu,  au  dire 
du  P.  Anselme,  son  gendre,  vers  1400. 

2.  Cette  procuration  est  copiée   à  la  suite  du  partage  du   13 
mars  1419. 


-  i^9  — 

1138.  —  1419,  V.  s.,  4  mars.  —  Lettres  de  Guillaume 
Odard  portant  procuration  à  maître  Harbert  Tannay  de  pro- 
céder avec  les  intéressés  au  partage  des  biens  de  la  branche 
de  Sainte-Maure*  (Archiç>es  de  Sourches,  communiqué  par 
M.  l'abbé  Ledru). 

1139.  —  1419,  V.  s.,  7  mars.  —  Lettres  par  lesquelles 
Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld  et  Marguerite  de  Craon  don- 
nent pouvoir  à  Jean  de  Cramault,  Simon  Tizon  et  Jean  de 
Foulcuer  de  procéder  au  partage  du  patrimoine  de  la  bran- 
che de  Sainte-Maure  avec  Louis  Chabot,  Guillaume  Odard, 
et  Louise  de  Craon,  dame  de  Hangest^  (Archives  de  Sour- 
ches,  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru). 

1140.  —  1419,  V.  .s.,  13  mars.  —  Partage  des  biens  de  la 
branche  de  Sainte-Maure  ;  y  prennent  part  :  Guy  VIII  de  la 
Rochefoucauld  et  Marguerite  ;  Thibaud,  Renaud,  Jeannette 
et  Anne  Chabot,  sous  le  bail  de  Louis  Chabot,  veuf  de  Marie 
de  Craon,  leur  mère  ;  Pierre  et  Guillemette  Odard,  sous  le 
bail  de  Guillaume  Odard,  veuf  d'Isabeau  de  Craon,  leur 
mùre^  (Archives  de  Sourches,  Fonds  Montsoj'eau). 

A  tous  ceulx  qui  ses  présentes  lettres  verront  et  oiront 
Pierre  Bauldet,  bourgeoys  de  Poictiers,  garde  du  scel  aux 
contractz  ilec  establi  pour  très  doùbté  et  très-puissant  prince, 
Monseigneur  le  Régent  le  Royaume,  Daulphin  de  Viennois, 
duc  de  Berry,  de  Touraine  et  conte  de  Poictou,  salut. 

Sachent  tous  que,  en  droit  en  la  court  dudit  scel  person- 
nellement establiz,  noble  homme  messire  Jehan  Buor,  cheval- 
lier, ou  nom  et  comme  procureur  de  noble  et  puissant  mes- 


1.  Cette  procuration  est  copiée  en  suite  du  partage  du  13 
mars  1419. 

2.  Cette  piocuration  est  copiée  à  la  suite  du  partage  du  13 
mars  1419. 

3.  Ce  document  nous  était  connu  par  les  textes  conservés 
dans  Dom  Housseau,  (IX,  3836)  et  Ba/uze  {Armoires,  54,  270  où  il 
est  iucoini)let).  Celui  que  nous  donnons  ici  est  la  copie  faite  par 
M.  l'abbé  Ledru.  dans  les  archives  de  Sourches.  Nous  en  éli- 
minons la  formule  d'enregistrement  au  parlement  de  Poitiers,  le 
16  mars  1419,  v.  s.,  et  celle  du  vidimus  qui  en  fut  fait  le  4  octo- 
bre 1421. 


-  260  - 

sire  Loys  Chabot,  chevalier,  seigneur  du  Petit  Chasteau,  en 
son  nom  et  comme  aiant  le  bail,  garde,  gouvernement  et 
administration  de  Thibault,  Regnault,  Jehannet  et  Anne 
Chabotz,  mineurs  d'ans,  enfans  de  lui  et  de  feue  dame  Marie 
de  Craon,  jadis  sa  femme  ;  et  noble  homme  Guillaume  Odart, 
escuier,  seigneur  de  Veirères,  en  sa  personne,  en  son  nom 
et  comme  aiant  le  bail,  garde  et  gouvernement  et  adminis- 
tracion  de  damoiselle  Ysabeau  de  Craon,  jadis  sa  femme, 
d'une  part,  et  noble  messire  Jehan  de  Cramaut,  chevalier, 
en  nom  et  comme  procureur  de  noble  homme  et  puissant 
messire  Guy  de  la  Rochefoucault  et  de  dame  Marguerite  de 
Craon,  sa  femme,  d'autre  part. 

Lesquelles  parties  et  chacune  d'icelles,  pour  tant  que  à 
chacune  peut  toucher,  et  mesmement  lesdits  messire  Jehan 
Buor  et  messire  Jehan  de  Cramault,  comme  procureurs  des 
susdits,  aians  povoir  entre  autres  choses,  par  vertu  de  leurs 
procuracions,  lesquelles  sont  cy  dessoubz  incorporées  de 
transiger,  pacifier  et  accorder,  si  comme  par  les  teneurs  d'i- 
celles peut  plus  applain  apparoir,  ont  cogneu  et  confessé, 
congnoissent  et  confessent  avoir  transigé,  pacifié  et  accordé 
entre  elles,  o  le  plesir  et  congié  de  la  court  de  Parlement,  de 
et  sur  les  debactz  meuz,  ou  en  espérence  de  mouvoir,  entre 
elles  en  ladite  court  de  Parlement  sur  et  pour  cause  des  suc- 
cessions de  feuz  messire  Giîillaume  de  Craon,  de  dame  Je- 
hanne  de  Montbason,  sa  femme,  de  messires  Guillaume  et 
Jehan  de  Craon,  chevaliers, leurs  enfîans,  et  de  chacun  d'eulx 
et  mesmement  dudit  messire  Jehan,  qui  derrier  est  allé  de 
vie  à  trespassement  *,  esquelles  successions  chacune  desdi- 
tes parties  prétendoit  à  avoir  certains  droiz,  parties  et  por- 
cions,  en  la  forme  et  manière  qui  s'ensuit  : 

C'est  assavoir  que  ledit  messire  Guy  de  la  Rochefouquault 
et  dame  Margueryle  de  Craon,  sa  femme,  à  cause  d'elle  pour 
tout  droit  et  partie  et  porcion,  partaige,  eschoite  et  ainsnesse 
à  eulx  appartenans,  à  cause  que  dessus,  es  successions  des- 
di-ts  feuz  messires  Guillaume  et  Jehan  de  Craon,  frères  dela- 
dicte  Margarite,  et  de  chacun  d'eulx  et  pour  tout  aultre  droit 
poussent  avoir  et  demander  es  successions  des  père  et  mère 


1.  Il  faut  remarauer  ce  texte  qui  établit  aue  le  décès  de  Jean 
de  Montbazon  eut  lieu  postérieurement  à  celui  de  son  père. 


—  261  — 

de  la  dite  dame  Margarite,  auront  et  retiendront  doresnavant 
perpétuellement  et  à  héritage  pour  eux  et  leurs  successeurs, 
et  qui  d'eulx  auront  cause,  toutes  et  chacunes  les  choses  qui 
s'ensuivent  :  c'est  assavoir  les  baronnies,  chasteaux  et  chas- 
tellenies  de  Montbason  et  Saincte  More,  avecque  les  lieux  de 
Brandon,  de  Noastre  et  les  hostelz  de  la  Pierre  du  Faon,  de 
la  Rayrerie  et  delà  Masquière,  en  la  ville  de  Tours,  avecques 
leurs  appartenances  et  appendances,  en  payant  tant  seule- 
ment par  lesdits  messsire  Guy  de  la  Rochefouquault  et  sa 
femme  toutes  les  charges  réelles,  qui  par  raison  desdites 
terres,  sont  espécialement  deues,  et  qui  d'ancienneté  estoient 
deues,  paravant  que  feu  messire  Jehan  de  Craon  feust  sei- 
gneur de  terce,  et  pour  raison  d'iceulx. 

Et  lesdits  messires  Lois  Chabot  et  Guillaume  Odart,  es  nom 
que  dessus,  auront,  retendront, sont,  demourent  et  appartien- 
nent perpétuellement  et  par  héritage  tant  pour  eulx  et  les 
leurs,  que  à  ceulx  qui  d'eulx  ont  ou  auront  cause,  et  pour 
dame  Loyse  de  Craon,  seur  de  la  dite  dame  Margarite,  si  et 
en  tant  qu'elle  y  devrait  avoir  part  par  raison  et  la  coustume 
du  pais,  les  baronnies,  chasteaulx,  chastellenies,  seigneuries 
et  terres  avec  leurs  appartenances  et  appendences  quelcon- 
ques de  Moncontour,  Marnes,  Monsoreau,  Colombiers,  Sa- 
vonnière,  Pressigné,  Ferrières,  Verneuil  et  Jarnac  sur  Cha- 
rante  et  autres  choses  quelconques  demourées  des  succes- 
sions dessusdites,  à  partir  et  diviser  entre  ledit  messire  Loys 
Chabot  et  lesdits  Guillaume  Odart  et  dame  Loyse,  si  et  en 
tant  qu'elle  y  pourroit  et  devroit  partir,  par  telles  parties  et 
percions  comme  par  raison,  usaiges  et  coustumes  du  païs  se 
devra  faire  ;  réservé  au  dit  messire  Loys  que  ledit  Guillaume 
Odart  ne  prandra  rien  es  biens  des  successions  desdits  mes- 
sire Guillaume  le  père  et  dame  Jehanne  la  mère  ny  en  autre 
droit  qui  audit  messire  Loys  pourroit  appartenir  par  lequel  il 
les  poura  avoir  et  demander,  sans  ce  que  parcest  présent  con- 
tractz  soit  fait  aucun  préjudice  à  l'une  partie  ne  à  l'autre 
touschan  le  fait  desdits  messires  Loys  et  Odart. 

Et  en  outre,  auront  lesdits  messires  Loys  Cliabot  et  Guil- 
laume Odart  tous  et  chacuns  les  biens  meubles  demeurez 
du  décès  dudit  feu  messire  Jehan  de  Craon  ;  c'est  assavoir  à 
chacun  d'eulx  par  telle  partie  et  porcion,  comme  il  appartien- 

17 


—  262  — 

dra  par  raison,  avecques  toutes  et  chacunes  les  revenus   et 
prouffiz  de  la  dite  succession. 

Et  a  promis  et  promet  ledit  procureur  desdits  mes- 
sire  Guy  de  la  Rochefouquaut  et  de  sadite  femme  rendre  et 
paier  ausdits  messires  Loys  Chabot  et  Guillaume  Odart  tout 
ce  que  eulx,  ou  autres  en  nom  d'eux,  auront  et  ont  eu,  levé  et 
parceu  des  terres  et  choses  contencieuses.  Et  la  main  du  roy 
notre  sire  aultres  mises  et  apposées  sur  lesdites  choses,  pour 
le  débat  desdites  parties  ou  autres,  est  et  sera  lever  pour  et 
au  proufïit  desdictes  parties,  par  telle  partie  et  porcion  comme 
à  chescune  d'elles  pourra  toucher  et  appartenir  par  le  con- 
tenu de  cest  accord. 

Et  parmy  ce  les  dessusdits  messire  Loys  et  Guillaume 
Odart  seront  tenuz  de  tenir  quictes  lesdits  messire  Guy  de  la 
Rochefouquault  et  sa  femme  de  toutes  autres  charges  per- 
sonnelles réelles  et  mixtes  et  généralles  ou  espéciales,  soient 
rentes,  arréraiges  ou  autres  debtez  quelconques,  tout  par 
la  forme  et  manière  que  dessus  est  dit.  Et  en  rendant  et 
payant  par  lesdits  de  la  Rochefouquault  et  sa  femme  aux- 
dits  messire  Loys  Chabot  et  Guillaume  Odart  ou  aux  leurs 
les  meubles  et  revenus  dessusdits  qu'ilz  ou  autres  pour  eulx 
auront  eu  et  prins. 

Et  avecques  ce  est  parlé  et  accordé  entre  lesdites  parties 
que  lesdits  messires  Loys  Chabot  et  Guillaume  Odart  con- 
tenteront ladite  dame  Loyse  de  la  partie  et  porcion  et  es- 
choite  qu'il  luy  pourroit  appartenir  par  raison,  l'usaige  et  la 
coutume  du  pays  esdites  succesuions  et  chacunes  d'icelles, 
se  aucunes  lui  en  appartenoit,  tant  esdits  biens  meubles, 
comme  esdits  héritaiges  qui  leur  demeurent, parmi  ce  que 
s'il  est  trouvé  que  ladite  dame  Loyse  ne  doye  rien  avoir,  sa 
partie  demourée  est  et  demoure  dès  maintenant  ausdits 
messires  Loys  et  Guillaume  Odard  esdits  noms,  sans  ce  que 
ledit  messire  Guy  ne  sadite  femme  y  puissent  rien  deman- 
der. Et  ont  promettent  lesdits  Guillaume  Odart 

Et  aussi  acquiteront  (Loys  Chabot  et  Guillaume  Odart) 
lesdictes  terres  de  Montbason,  saincte  More,  Noastre,  la 
Pierre,  la  Rayerie,  et  la  Masquière  de  tout  ce  que  pourroit 
demander  par  douaire  dame  Jacqueline  de  Montagu,  jadis 
femme  de  feu  messire  Jehan  de  Craon  dessus  nommé. 


-  263  - 

Donné  et  fait  le  XIIP  jour  du  moys  de  mars,  l'an  mil  quatre 
cens  et  dix  neuf. 

1141.  —  1419,  V.  s.,  16  mars,  Poitiers.  —  Décision  du  Par- 
lement homologant  le  partage  du  13  mars  1419  des  biens  de 
la  branche  de  Sainte-Maure  *  (Archives  de  Sourches^  com- 
muniqué par  M.  l'abbé  Ledru). 

1142.  —  1420,  12  juin.  —  Nomination  d'arbitres  pour  infor- 
mer sur  les  droits  de  pêche  à  Fontcher  et  éteindre  une  vieille 
action  intentée  aux  possesseurs  successifs  de  Coulombiers, 
Guillaume  II,  Marguerite  de  Graon,  puis  Louis  Ghabot  (Note 
du  Trésor  généalogique) . 

1143.  —  1421.  — Vente  par  JeanI  deMaillyetMarie  de  Han- 
gest  de  Quiry  au  chapitre  d'Amiens  (Note  de  la  Morlière  à 
la  page  273  de  son  Recueil  des  illustres  maisons  de  Picar- 
die et  du  P.  Anselme,  VI,  740). 

1144.  —  1421,  juin,  Paris.  —  Lettres  de  Gharles  VI  accor- 
dant rémission  à  Henriet  le  Gros,  qui,  ayant  abandonné  le 
service  de  la  dame  de  Montbazon,  fixée  alors  à  Malesherbes, 
avait  pris  part  aux  actes  de  pillage  de  la  garnison  de  Meaux 
(Longnon,  Paris  pendant  la  domination  anglaise.  1420- 
1436,  p.  17). 

1145.  —  1422,  18  juin.  —  Pierre  Baillet,  écuyer,  tuteur  de 
Jean,  fils  de  Jean  d'Auvillers,  relève  deux  fiefs  de  la  succes- 
sion de  ce  dernier  (Arch.  de  l'abbaye  de  Gorbie,  note  du 
Trésor  généalogique). 

1146.  —  1422,  21  juin.  —  Gontrat  de  mariage  de  Thibaut 
Chabot^  et  de  Brunissant  d'Argenton  (B.  N.,  Baluze,  Ar- 
moires, 54,  257). 

1147.  —  1423,  8  août,  Bourges.  —  Lettres  de  Charles  VII 


1.  C'est  la  copie  de  cet  acte  qui  renferme  in  extenso  les  numé- 
ros 1137,  1138,  1139,  1140  du  Cartulaire. 

2.  Thibault  fut  tué  en  1428  à  la  journée  des  Harengs. 


-  264  — 

faisant  don  à  Thibault  IV  Ciiabol  des  terres  pouvant  appar- 
tenir à  sa  tante,  Louise  de  Craon,  sur  les  héritages  de  Guil- 
laume de  Craon,  de  Jeanne  de  Montbazon,  ses  père  et  mère, 
et  de  Guillaume  et  Jean,  ses  frères  (Sandret,  Maison  de  Cha- 
bot, p.  282). 

1148.  —  1424,  2  septembre.  —  Arrêt  du  Parlement  homo- 
logant  l'accord  attribuant  aux  descendants  d'Isabelle  de 
Craon  :  Pressigny,  Verneuil  et  Perrière  ;  à  ceux  de  Marie  : 
Moncontour,  Marnes,  Montsoreau,  Coulombiers,  Savonniè- 
res,  et  Jarnac-sur-Charente  (B.  N.,  Baluze,  Armoires,  54, 
245). 

1149.  —  1424,  10  octobre.  —  Testament  d'Olivier  do 
Mauny,  seigneur  de  Torigni  (Arc.  d' Eure-et-Loir e,  E,  2723). 

1150.  —  1426,  V.  s.,  17  mars.  —  Testament  d'Isabelle  d'U- 
sage, dame  de  Saint-Aignan,  épouse  de  Jean  de  Mornay,  veuve 
en  premières  noces  d'Hervé  de  Mauny,  et  mère  de  Guillaume, 
seigneur  de  Saint-Aignan.  Elle  demande  à  être  ensevelie  dans 
l'église  de  Nantilly  (Note  de  Laisné,  prieur  de  Mondonville 
dans  Mémoires  de  la  Société  d'Eure-et-Loir,  IV,  159  et  B. 
N.,  Du  Chesne,  54,  720). 

1151.  —  1427,  6  juin.  —  Contrat  de  mariage  de  François 
de  Chaunay  écuyer,  fils  de  Guillaume  de  Chaunay  et  de 
Marie  de  Beauçay,  avec  Catherine  de  la  Rochefoucauld,  fdle 
de  Guy  VIII  et  de  Marguerite  de  Craon  (Note,  Dom  Hous- 
seau,  XIP6854). 

1152.  —  1428,  12  décembre.  —  Arrentement  par  Margue- 
rite de  Craon  d'un  logis,  près  Sainte-Maure  (Société  de 
Touraine,  t.  VI,  277). 

1153.  —  1428,  24  décembre,  Chinon.  —  Lettres  du  roi  qui 
établissent  que  Marguerite  de  Craon  est  veuve  (Note  de  Dom 
Housseau,  XII-2,  7019). 

1154.  —  1429,  9  avril,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
Henri  VI  donne  à  Guillaume  de  Châteauvillain   l'hôtel   du 


-  i65  - 

seigneur  de  la  Rochefoucauld  (Longnon,  Paris  pendant  la 
domination  anglaise^  p.  296). 

1155.  —  1429,  7  septembre.  —  Acte  de  foi  et  hommage 
pour  Sainte-Maure  et  Nouâtre  fait  par  Marguerite  de  Craon, 
veuve  de  Guy^  de  la  Rochefoucauld  (Note,  Dom  Ilousseau, 
XlIP,  8019). 

1156.  —  1429,  9  décembre.  —  Transaction  entre  Margue- 
rite de  Craon  et  Guillaume  Lesage,  curé  de  Montbazon  (Note 
de  Dom  Rousseau,  XIP,  6917). 

1157.  —  1429,  V.  s.,  3  février.  —  Accord  entre  Marguerite 
de  Craon  et  Jean  Bazilleau,  seigneur  de  Baigneux,  époux 
d'Isabeau  Gautier,  au  sujet  des  fortifications  de  Baigneux 
(Dom  Housseau,  XIIP  8120). 

1158.  —  1429,  V.  s.,  18  mars.  —  Transaction  entre  le  cha- 
pitre de  Tours,  d'une  part,  Marguerite  de  Craon  et  Ay- 
mard  de  la  Rochefoucauld,  de  l'autre^  au  sujet  de  l'amortisse- 
ment des  rentes  données  au  chapitre  par  Guillaume  I  et  Guy 
de  Craon  (Note,  Société  de   Touraine,  VI,  277). 

1159.  —  1430,  8  avril.  —  Aveu  reçu  par  Marguerite  de 
Craon,  dame  de  Nouâtre,  émanant  de  Jean  Gueffaut  pour 
Argenlon  (Note  du  Dictionnaire  d' Indre-et-Loire,  IV,  398  et 
Dom  Housseau,  XIIP,  8141). 

1160.  —  1430,  19  décembre.  —  Aveu  de  Jean  Isoré  à  Mar- 
guerite de  Craon  (Note,  Dom  Housseau,  XIP,  7073). 

1161.  —  1430,  V.  s.,  5  février.  —  Bail  de  la  Paponnnière, 
passé  par  Marguerite  de  Craon  (Note,  Société  de  Touraine, 

VI,  278). 

1162.  —  1431.  20  avril,  Poitiers.  —  Accord  entre  Fou- 


1.  Ou  rétablit  ici  le  nom  de  Guy  à  la  place  de  celui  do  Fouques 
que  portent />om  Housseau  et  l'inventaire  analysé  dans  les  Mé- 
moires de  la  Société  de  Touraine.  VI,  278. 


—  266  — 

cault  de  la  Rochefoucauld  et  Aymard,  son  frère  de  père  et  de 
mère,  afin  d'égaliser  la  part  de  ce  dernier  (Dom  Housseau^ 
IX,  3863)  K 

1163.  —  1432,  12  mai.  —  Lettres  constatant  que  Margue- 
rite de  Craon  autorise  son  fils  Aymard  à  asseoir  le  douaire  de 
sa  femme  sur  Nouâtre^  [Dom  Housseau,  t.  XIP,  6856). 

1164.  —  1434,  14  juin,  Chinon.  —  Sentence  sur  le  diffé- 
rend qui  existait  entre  Marmoutier  et  le  seigneur  de  Coulom- 
biers  au  sujet  de  la  pêche  à  Fontcher  (Dom  Housseau^  3874). 

1165.  —  1435.  —  Aveu  rendu  à  Marguerite  de  Craon  (Ba- 
luze.  Armoires^  54,  274). 

1166.  —  1435,  20  juillet,  Loudun.  —  Accord  entre  Guil- 
laume Odard  et  Louise  de  Loigny,  sa  belle-fille,  sur  l'assiette 
des  deux  cents  livres  de  rente,  auxquelles  elle  avait  droit  pour 
douaire  et  sur  les  payements  des  arrérages.  On  y  apprend  : 

1°  Que  le  mariage  de  Pierre  avec  Louise  de  Loigny  s'était 
fait  par  contrat  passé  à  Angers,  le  l^*"  mai  1420. 

2°  Que  Françoise  Odard  était  l'unique  enfant  de  leur  al- 
liance. 

3°  Que  Pierre  Odard  avait  été  tué  en  août  1424  à  la  jour- 
née de  Verneuil  (Archives  de  Sourches^  communiqué  par 
M.  l'abbé  Ledru). 

1167.  —  1435,  3  septembre.  —  Accord  homologué  par  le 
Parlement,  passé  par  le  duc  d'Alençon  avec  :  1°  Marguerite 
de  Craon  ;  2°  Brunissant  d'Argenton,  veuve  de  Thibaud 
Chabot,  bail  de  ses  enfants  mineurs  ;  3°  Bertrand  de  la  Jaille, 
à  cause  de  Guillemette  Odard,  et  Louise  de  Loigny,  veuve 
de  Pierre  Odard,  ayant  le  bail  de  Françoise  Odard,  sa  fille. 


1.  Il  faut  remarquer  que  le  rédacteur  de  l'analyse  conservée 
par  Dom  Housseau  n'y  a  maintenu  que  des  bribes  de  l'origi- 
nal ;  peut-être  n'a-t-il  pas  compris  le  passage  où  la  différence  des 
origines  maternelles  était  indiquée.  Voir  le  numéro  1163. 

2.  Dans  cet  acte  Marguerite  qualifie  ainsi  Aymard  «  chevalier, 
son  fils  et  son  héritier  présomptif,  seul  et  pour  le  tout.  » 


-  -267     - 

Le  duc  d'Alençon  y  reçoit  120  livres  de  rente  qu'il  réclamait 
des  descendants  de  Renaud  de  Montbazon,  qui  avait  aliéné 
cette  rente  afin  de  trouver  l'argent  nécessaire  pour  racheter 
sa  liberté*  (Arch.  nat.,  X*^  150). 

1168.  —  1436-1447.  —  Liste  de  divers  aveux  faits  à  Ay- 
mard  de  la  Rochefoucauld,  en  qualité  de  seigneur  de  Nouâ- 
tre  (Carré  de  Busserolle,  Dictionnaire,  IV,  399). 

1169.  —  1437.  décembre.  —  Vente  par  Jean  d'Auvillers, 
chevalier,  à  l'abbaye  du  Mont-Saint-Quentin  de  Courcelles, 
qu'il  tenait  en  héritage  de  son  père,  lequel  l'avait  acquis  de 
feu  Hector  Buridan  (Trésor  généalogique). 

1170.  —  1437,  V.  s.,  21  mars.  —  Vente  par  Jean  d'Auvil- 
lers, chevalier,  domicilié  à  Bray-sur-Somme,  de  la  carrière 
de  Buyres,  tenue  de  Louis  de  Waziers,  écuyer,  à  Gilles  Lar- 
denois  et  à  Marguerite  de  Lattre,  sa  femme  (Trésor  généa- 
logique). 

1171.  —  1438,  21  juillet.  —  Acte  du  Parlement  où  sont 
énumérés  les  enfants  de. Renaud  de  Maulevrier  et  de  Béatrix 
de  Craon  (Alouis,  Les  Coesmes^  I,  1370-1508,  p.  134). 

1172.  —  1438,  25  novembre,  Chinon.  —  Acte  par  lequel 
Jean  d'Auvillers  vend  à  Brunissant  d'Argenton,  bail  des  en- 
fants nés  d'elle  et  de  Thibaut  Chabot,  tous  les  droits  des  des- 
cendants de  Louise  de  Craon,  sur  le  patrimoine  de  la  branche 
de  Sainte-Maure  *  (Archives  des  Sourches,  Fonds  Montso- 
reau^  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru). 


1.  Cet  accord  nous  était  connu  par  la  copie,  qui  s'en  trouve  dans 
Dom  Rousseau,  (XII^,  6857)  ;  nous  devons  remercier  M.  Bruel, 
qui  a  pris  la  peine  d'en  examiner  pour  nous  l'original,  et  s'est 
assuré  qu'il  contenait  bien  l'aflirmation  erronée  que  Jeanne  de 
Montbazon  était  lille  d'Eustachie  d'Anthenaise,  et  que  aucun  des 
descendants  de  Louise  de  Craon,  ni  d'Hangest,  m  d'Auvillers, 
n'y  avait  i)ris  part. 

1.  Malgré  sa  longueur  ce  document  est  inséré  ici  in  extenso 
parce  qu'il  fournit  des  renseignements  qu'on  chercherait  vaine- 
ment ailleurs.  On  s'abstient  de  reproduire  les  formules  d'un  vi- 
dimusdu  2  juillet  1462,  fait  pour  la  production  de  la  pièce  lors  d'un 


—  268  — 

Sachent...  que  comme  plusieurs  contens,  débaz  et  procès 
soient  meuz,  ou  espéré  à  mouvoir,  entre  nobles  et  puissans 
personnes  messire  Jehan,  seigneur  d'Auvillier,  chevalier  et 
chambellan  du  Roy,  notre  sire,  demandeur  et  complaignant 
par  vertu  de  certaines  lectres  royaulx  en  cas  de  saisine  et  de 
novelleté  par  luy  impectrées  et  deffendeur  en  pétitoire,  au  re- 
gard de  certaines  debtes  personnelles,  rentes  et  arreraiges, 
dont  cy  après  sera  faicte  mencion,  d'une  part  ; 

Et  dame  Brunissant  d'Argenton,  vefve  de  feu  messire  Thi- 
bault Chabbot,  en  son  vivant  chevalier  et  seigneur  de  la 
Grève,  en  son  nom  et  comme  aiant  le  bail,  garde,  gouverne- 
ment et  administracion  de  Loys,  Katherine,  et  JehanneChab- 
botz,  enffens  dudit  feu  messire  Thibault  et  d'elle  defîende- 
resse,  et  opposant  oudit  cas  de  nouvelleté,  et  aussi  demande- 
resse ouditcas  de  pétitoire,  d'autre  part  ; 

Pour  cause  et  occasion  de  ce  que  ledit  seigneur  d'Auvillier, 
comme  demandeur  et  complaignant,  disoit  et  propousoit  que 
de  feu  messire  Guillaume  de  Craon  et  de  dameJehanne  de 
Montbason,  sa  femme,  seigneur  et  dame  de  Moncontour  et  de 
Montbazon,  estoient  yssuz  : 

Messire  Jehan  de  Craon,  chevallier,  et  quatre  filles  *; 

Dont  l'aisnée  d'icelles  fdles,  nommée  Marguerite  de  Craon, 
fut  mariée  avecques  messire  Guy,  seigneur  de  la  Rochefoul- 
quault,  dont  estoit  yssu  et  demouré  messire  Aymar  de  la  Ro- 
chefoulquault  ^  ; 

Et  la  seconde  fille,  nomméeMarie  de  Craon,  fut  mariée  avec- 
ques messire  Loys  Chabbot,  sieur  dudit  lieu  de  la  Grève,  dont 
estoit  yssu  ledit  feu  messire  Thibault  Chabbot,  qui  avoit  esté 


litige  entre  Louis  Chabot  et  Jean  de  Chambes,  et  d'un  second  vidi- 
mus  du  16  mai  1512  pour  sa  production  dans  un  litige  entre  Jean 
de  Chambes  et  Jean  de  Ghàtillon,  sieur  de  Moncontour.  Dans  ses 
Preuves  de  la  Maison  de  Mailly,  à  la  page  193,  M.  l'abbé  Ledru 
a  publié  le  commencement  de  cet  acte,  lequel  est  donné  ici  d'a- 
près une  ancienne  copie  et  sans  qu'il  soit  possible  de  se  reporter  à 
l'original. 

1.  Ce  document  est  le  seul  qui  donne  l'ordre  de  primogéniture 
des  quatre  filles  de  Guillaume  II. 

2.  Aymard  de  la  Rochefoucauld  est  donc  bien,  comme  il  a  été 
dit  ci-ciessus,  le  seul  fils  issu  de  Guy  VIII  et  de  Marguerite  de 
Craon,  Tous  les  généalogistes  ont  erré  en  donnant  Foiicaud  III 
comme  fils  de  Marguerite  de  Craon. 


-  269  — 

marié  avecques  ladite  dame  Brunissant  et  dont  en  mariage 
estoient  yssuz  lesdits  Loys,  Katherine,  et  Jehanne  Chabbotz, 
demeurez  ou  bail  d'elle  ; 

Etla  tierce  fille,  nommée  Ysabeaude  Craon,  avoit  été  mariée 
avecques  messire  Guillaume  Odart,  chevalier  seigneur  de 
Verrières,  dont  estoit  yssu  messire  Pierre  Odart  et  Guille- 
mecte  Odart,  femme  messire  Berthran  de  la  Jaille,  seigneur 
de  la  Jaille,  et  d'icelluy  messire  Pierre  Odart  estoit  demourée 
une  fille  nommée  Françoise  Odarde  ; 

Et  la  quarte  fille,  nommée  Loyse  de  Craon  avoit  esté  mariée 
avecques  messire  Jehan,  seigneur  d'Auvillier,  dont  estoit  yssu 
ledit  messire  Jehan,  sieur  d'Auvillier,  demandeur  et  complai- 
gnant  *. 

Disoit  avecques  ce  ledit  demandeur  et  complaignant  que 
lesdits  messire  Guillaume  de  Craon  et  Jehanne  de  Montba- 
son,  sa  femme,  estoient  longtemps  a  descédez,  délessé  ledit 
messire  Jehan  de  Craon,  leur  fils,  et  leurs  dites  quatre  filles  ; 
et  que  ledit  iViessire  Jean  de  Craon,  comme  aisné  et  héritier 
principal,  avoit  recuilly  pour  eulx  tous  les  successions  de 
leurs  dits  père  et  mère.  Et  longtemps  après,  estoit  icellily 
messire  Jehan  de  Craon  allé  devieàtrespassement,  sans  ligné 
descendant  de  sa  char,  délessé  ses  dites  quatre  seurs,  ou  les 
descendans  d'elles,  ses  héritières  seuUes  et  pour  le  tout,  cha- 
cune en  sa  légitime  porcion,  selon  les  coustumes  des  pays  et 
lieux  ou  les  terres  et  seigneuries  de  ladite  succession  estoient 
et  sont  situées  et  assises. 

Et  avec  ce  disoit  ledit  seigneur  d'Auvillier  qu'il  s'estoit 
porté  et  portoit  comme  représentant  ladite  dame  Loyse, 
sa  mère,  héritière  simplement  dudit  feu  messire  Jehan 
de  Craon,  son  oncle,  et  que  ses  dits  héritiers  et  cha- 
cun d'eulx  en  ladite  succession  dudit  feu  messire  Jehan 
de  Craon  s'estoiens  portez  pour  héritiers  par  bénélice  d'in- 
ventoire  deuement  bénéfice,  comme  il  disoit  ce  apparoir  par 
les  lectres  royaulx  dudit  bénéfice,  impectrées  par  chacune  de 
ses  dites  parties,  lesquelles  avoient  et  ont  esté  deument  vérif- 
fiécs  par  m.:nsieur  le  bailly  de  Touraine  ou  son  lieutenant,  cl 

I.  IMus  loin  Jean  d'Auvillers  dit  qu'il  se  porte  fort  pour  les  au- 
tres iK'ritioi's  (le  Louise  ;  ici  cependant  il  ne  parle  pas  du  mariage 
(le  celle-ci  avec  Jean  de  Hangest. 


—  270  — 

décrétées  par  la  court  de  Parlement.  Et  à  ces  tiltres  et  moyens 
et  tant  par  la  généralle  coustume  par  apelacion  disant  que  en- 
tièrement avoit  droit  icelluy  sieur  d'Auvillier,  demandeur  et 
complaignant  et  estoit  en  bonne  possession  et  saisine  desdites 
terres  demourées  de  la  succession  dudit  feu  messire  Jehan  de 
Craon,  ou  aucune  des  porcions  et  parties  dessus  dites,  selon 
les  coustumes  desdits  pays,  et  sur  ce  propousoit  et  prenoit 
tous  partimens  en  matière  de  nouvelleté,  mais  que  ce  non, 
obstant  les  dessus  nommez,  représentans  les  dites  autres 
trois  seurs  d'icelluy  feu  messire  Jehan  de  Graon  s'estoient 
boutez  es  terres  et  seigneuries  demourées  de  la  dite  succession, 
ou  de  icelle  partie  et  porcion  qui  luy  en  peult  compecter  et 
appartenir,  selon  les  coustumes  desdits  pays,  et  les  avoient 
détenues  et  occuppées  et  d'icelles  prins  et  perceu  les  fruiz, 
prouffiz  et  revenues  montant  à  grant  estimacion  et  valleur  en 
le  troublant  en  sesdites  possessions  et  saisines...  Et  pour  ce 
avoitimpectrées  certaines  lettres  royaulxde  complaincte,  con- 
tenant reliefvement  de  certain  laps  de  temps,  comme  plus  à 
plain  est  contenu  èsdites  lettres,  èsquelles  il  avoit  deuement 
ramené  a  fait  contre  eulx  et  chacun  d'eulx  contre  l'exécucion 
desquelles  ;  et  à  ce  quelles  ne  fussent  exécutées  ledit  messire 
Aymar  et  dame  Brunissant  oudits  nom  avoient  appelle  à  la 
court  de  Parlement,  et  lesdits  messire  Berthrand  de  la  Jaille 
et  Françoise  Odarde  s'estoient  opposez,  et  leur  avoit  esté  as- 
signé jour  en  leurs  opposicions  à  certain  jour  en  la  court  des 
requêtes  de  Tostel  du  Roy,  notre  sire,  à  Paris.  Tendant  et 
requérant  ledits  messire  Jehan  sieur  d'Auvillier  demandeur  et 
complaignant  contre  ladite  Brunissant  d'Argenton  èsdits 
noms  et  portant et  autres  dessusdits  et  mesmement  con- 
tre ledits  opposeur  qu'il  fut  et  soit  maintenu  et  gardé  en  ses- 
dites possessions  et  saisines 

Et  ladite  dame  Brunissant  d'Argenton,  en  son  nom  et 
comme  bail  desdits  Loys,  Katherine  et  Jehanne  Chabbot, 
ses  enffans,  disoit  et  propousoit  qu'elle  estoit  bien  d'accord 
delà  généalogie  cy-dessus  déclarée  en  tant  que  touche  ledit 
seigneur  d'Auvillier,  mais  que  oncques  elle  n'avoit troublé,  ne 
eust  entencion  de  troubler  et  empescher  icelluy  demandeur  en 

ses  droiz,  possessions  et  saisines  de  ladite  succession Et 

pour  ce,  en  tant  que  povoit  toucher  le  restablissement  et  au- 


—  271  - 

très  intérestz  et  despens  requis  par  icelluy  demandeur,  elle 
s'estoit  oppousée  à  toutes  fins.  Et  pour  ce  que,  non  obstant 
son  opposicion,  le  sergent  exécuteur  de  ladite  complaincte  luy 
fit  plusieurs  tors  et  griefz,  appella  delay  de  depans  par  vertu 
de  certaines  lettres  royaulx,  par  elle  impectrées,  avoit  esté 
ladite  appellacion , 

Disoit  avec  ce  ladite  demanderesse  esdits  noms  que  ledit 
messire  Jehan  de  Craon,  au  temps  de  son  trespassement,  de- 
voit  et  estoit  tenu  et  obligé  au  cliappitre  de  Saint-Martin  de 
Tours  en  la  somme  de  quatre  cens  escuz  ;  et  à  messire  Phe- 
lippes  d'Orgemont,  chevalier,  par  autre  obligacion  en  la 
somme  de  dix-huit  vingts  escuz  ;  et  avecques  ce  estoit  tenu 
rendre  et  paier  et  continuer  à  plusieurs  personnes  grosses 
rentes:  c'est  assavoir  au  sieur  de  Maillé,  huit  vingts  dix-sept 
livres  de  rentes  ;  au  seigneur  de  Grantville*  et  à  sa  femme,  à 
cause  d'elle,  davant  femme  dudit  messire  Jehan  de  Craon,  à 
cause  du  traicté  de  mariage  d'elle  et  d'icelluy  de  Craon,  la 
somme  de  huit  cens  livres  de  rentes  ;  à  la  dame  de  Quelin  de 
rente  ancienne  soixante  quatorze  septiers  mine  de  froment, 
avecques  unze  livres  en  deniers  de  rente  ;  au  prieur  de  Saint 
Cosme,  près  Tours,  trente  cinq  livres  de  rente  ;  et  que,  par 
certains  acquestz  de  retraictz,  faiz  par  ladite  dame  Brunis- 
sant et  sondit  feu  époux,  desdites  debtes  personnelles,  des  ar- 
reraiges  desdites  rentes  et  de  principal  de  la  partd'icelles  ren- 
tes, elle  avoit  droit  et  cause  d'avoir  et  recouvrer  sur  toutes 
les  terres  et  seigneuries  de  ladite  succession  d'icelluy  feu 
messire  Jehan  de  Craon  jusques  à  la  somme  de  vingt  deux  mil 
deux  cens  soixante  six  livres  en  monnoie,  mil  trente  escuz 
en  or  et  sept  cens  quarante  cinq  septiers  de  froment,  pour  le- 
dites  dettes  personnelles  et  arreraiges  desdites  rentes,  dont 
ledit  demandeur  luy  en  estoit  tenu  au  regard  et  pour  telle 
porcion  qu'il  povoit  prétendre  et  demander  en  ladite  succes- 
sion, et  non  comprins  en  ce  certains  grans  arrérages  de  rente 
par  elle  paiées  à  Monsieur  d'Alençon. 

Et  pour  ce  tendoit  etrequéroit  ladite  dame  esdits  noms  que 
ledit  seigneur  d'Auvillier  luy   rendist  et  paiast  ladite  [)artie 

1.  Jean  Malet,  sire  do  Graville,  second  époux  de  Jacqueline- 
de  Moiitai^u. 


-  27â  - 

et  porcion  desdiles  sommes  d'or  de  monnaie  et  debtez  à  elles 
deues.  pour  cause  desdites  debtes  personnelles  et  des  arréra- 
ges des  dites  rentes,  ainsi  acquises  et  retraictes.  Etluyconti- 
nuast  ou  temps  advenir  sa  porcion  d'icelles  rentes,  par  elle 
acquises  et  retraictes. 

A  quoy  répliquoit  icellui  sieur  d'Auvillier  en  tant  qu'il  es- 
toit  complaignant,  que  ladite  dame,  avecques  ses  autres  cohé- 
ritiers avoit  prinz  et  relevez  les  fruis  et  revenues  desdites  ter- 
res et  seigneuries,  et  quoy  que  soit  de  sadite  partie  et  por- 
tion de  ladite  succession,  et  pour  ce  avoit  bien  et  deuement 
obtenu  et  fait  exécuter  sa  dite  complaincte  ;  et  en  tant  qu'il 
estoit  deffendeur,  disoit  que  ne  savoit  riens  desdites  debtes  et 
rentes  et  aussi  des  retraictz  affranchisses  d'icelles,  et  que  ce 
il  ne  voioit  il  ne  le  croioit  pas  ;  et,  supposé  que  ainsi  fust,  si 
disoit  il  que  ladicte  dame  et  les  dits  autres  cohéritiers 
avoient  pr^ns  et  levé  les  fruiz  et  revenues  de  sa  dite  partie  et 
porcion  de  ladite  succession  depuis  le  décès  duditfeumessire 
Jean  de  Craon  et  aussi  les  biens  meubles  de  ladite  succession 
et  par  ainsi  estoit  confuse  partie  desdites  debtes  en  ladite 
dame  et  tout  le  surplus  en  sesdits  autres  cohéritiers,  ou  du 
moins  les  devoit  recouvrer,  si  bon  luy  sembloit,  sur  lesdits 
autres  cohéritiers,  et  non  pas  contre  icelluy  d'Auvillier. 

Et  ladite  dame,  ès-dits  noms  duplicquoit,  au  regard  de 
ladite  cause  de  nouvelleté,  ainsi  que  par  elle  est  déclarée  cy- 
dessus,  et  en  tant  qu'elle  estoit  ou  entendoit  estre  demande- 
resse, disoit  qu'elle  offroit  promptement  et  sommèrement  in- 
former et  monstrer  par  lettres  et  autrement  deuement  lesdites 
debtes  et  rentes  estre  dues  ;  et  par  elle  et  sondit  feu  espoux 
avoir  esté  retraictes  et  racquises,  excepté  le  principal  desdi- 
tes rentes  de  Quelin  et  de  Sainct  Cosme,  et  à  cetiltre  luy  estre 
deu  desdites  debtes  personnelles  et  arrérages  desdites  rentes 
jusques  aux  sommes  d'or,  de  monnaie  et  de  froment  des  sus  dé- 
clairez,  sur  tous  les  terres  et  seigneuries  de  ladite  succession, 
par  quoy  ledit  sieur  d'Auvillier  luy  estoit  tenu  esdites  sommes, 
pour  tant  qu'il  prétendoit  d'icelle  succession. 

Et  disoit  avecques  ce  qu'il  ne  seroit  pas  trouvé  qu'elle  eust 
prins,  levé  ne  exigé  les  fruiz  et  rentes  de  la  partie  et  porcion 
d'icelluy  seigneur  d'Auvillier,  et  si  aucune  chose  en  avoit  fait 
et  levé,  ce  que  non,  et  ne  seroit  que  très  petite  partie  et  por- 


—  273  — 

cion,  laquelle  pour  tant  que  mestier  estoit  elle  offroit  de  des- 
compler  et  déduire  sur  lesdits  arreraiges.  Et  encore disoit que 
ladite  dame  Loyse,  mère  dudit  sieur  d'Auvillier,  avoit  pris 
certaine  porcion  des  meubles  dudit  messire  Jehan  de  Craon, 
Parquoy  icellui  sieur  d'Auvillier  ne  se  povoit  excuser  desdi- 
tes debtes.  Tendant  à  ses  fins  et  conclusions  cy  dessus  re- 
quises. 

Et  le  dit  seigneur  d'Auvillier,  en  ,ce  que  touche  ladite 
cause  pétitoire,  disoit  en  duplicquent  qu'il  ne  seroit  point 
trouvé  ne  sceu  que  ladite  Loyse,  sa  mère,  eust  eu  aucune 
chose  desdits  biens  meubles  de  ladite  succession  ;  concluant 
comme  dessus. 

Somblablement  après  les  allégacions  dessudites  et  plusieurs 
altercacions  eues,  les  dites  parties  présentes  et  personnelle- 
ment establies  en  notre  couH  à  Chinon  en  droit  par   devant 

nous,  soubzmectant  icelles  parties  avant  toute  euvre ont 

congneu  et  confessé  que  eu  sus  lesdits  débatz,  procès,  désa- 
cords,  oie  conseil  et  advis  de  leurs  parens,  conseilz  et  amis, 
par  grant  et  meure  délibéracion  et  moyennant  certaines  let- 
tres royaulx  de  congé  d'accorder,  ilz  sont  venuz  et  condes- 
cenduz  au  traicté,  transaccion  et  accord  qui  s'ensuit  : 

C'est  assavoir  que  ledit  messire  Jehan,  sieur  d'Auvillier, 
tant  pour  luy  que  pour  ses  frarescheurs  et  cohéritiers,  repré- 
sentant ladite  dame  Loyse  de  Craon,  pour  lesquelz  cohéritiers 
il  so  fait  fort  et  leur  promectz  faire  avoir  cest  fait  ferme  et  es- 
tably  et  les  y  faire  lyer  et  obliger  dedans  six  ans  prochains 
venant,  et  à  la  penne  de  mil  livres,  a  vendu,  octroyé,  baillé, 
ceddé  et  transporté  à  ladite  dame  ou  nom  et  singulier  prouf- 
fit  desdits  Loys,  Katherine  et  Jehanne  Chabboz,  ses  enfTans, 
et  de  leurs  héritiers  et  successeurs  tout  et  tel  droit,  nom,  rai- 
son, action,  partie  et  porcion  que  icelluy  sieur  d'Auvil- 
lier et  sesdits  frarescheur  et  cohéritiers  povoient  pré- 
tendre, demander  et  avoir  en  ladite  succession  d'icelui 
messire  Jehan  de  Craon,  et  aussi  es  successions  desdits  mes- 
siic  Guillaume  de  Craon  et  dame  Jehanne  de  Montbason,  sa 
femme,  père  et  mère  d'icelluy  messire  Jehan  de  Craon,  et 
seniblablement  de  messire  Guillaume  de  Craon,  frère  d'icel- 
hiy  n>es8ire  Jehan,  si  aucune  chose  y  povoient  demander  et 
tant  on  meubles,  comme  en  terres  et  héritaiges  et  seigneuries, 


-  274  — 

des  dites  successions  en  quelzconques  lieux,  pays  et  parties 
qu'ilz  soient  situées  et  assises  à  avoir,  tenir  et  posséder  des- 
dits Loys,  Katherine  et  Jehanne  Chabbotz  et  de  chacun  d'eulx 
pour  telle  partie  et  porcion  qu'ilz  prenent  succéder  de  plain 
droit  ausdit  de  Craon  pour  en  faire  doresenavantà  touz  jour- 
mès  d'iceulx  enffans  et  de  leurs  héritiers  toute  leur  plaine  vo- 

lunté lesquels  (cessions)  sont  faiz  pour  le  pris  et  somme 

de  six  mil  trois  cens  livres,  huit  vingts  quinze  escuz  d'or  et 
cent  dix  septiers  de  froment,  c'est  assavoir  la  somme  de  trois 
mil  livres  que  ladite  dame  ou  nom  de  sesdits  enffans  paie  et 
baille  audit  seigneur  d' Auvillier,  ainsi  et  en  la  manière  que  dit 
sera  par  cy  après,  et  la  somme  de  trois  mil  trois  cens  livres, 
huit  vingts  quinze  escuz  et  cent  dix  septiers  de  froment,  qu'elle 
disoit  que  ledit  sieur  d' Auvillier  estoit  tenu  paier  et  rendre  à 
ladite  dame  esdictz  noms,  pour  sa  partie  et  porcion  des  debtes 
personnelles  et  arréraiges  de  rentes,  dont  cy  dessus  est  faicte 
mencion,  et  lesquelz  arréraiges  icelluy  sieur  d'Auvillier  a 
transigé  et  accordé  à  ladite  somme,  comme  bien  certaine  des 
choses  dessusdites. 

Et  de  laquelle  somme  de  trois  mil  livres,  que  paie  et  baille 
ladite  dame,  ledit  sieur  d'Auvillier  a  congneu  avoir  eu  et  receu 
contant  neuf  cent  livres  tournois;  et  du  résidu  d'icelle  somme 
de  trois  mil  livres  luy  a  promis  paier  et  rendre  ladite  dame,  à 
ses  propres  coustz  et  despens,  en  la  ville  de  Paris,  dedans 
la  my  karesme  prochaine,  venant,  la  somme  de  quatre  cens 
cinquante  escuz  d'or  à  présent  aiant  cours,  pour  la  somme  de 
six  cens  livres  à  la  penne  de  deux  cens  escuz  d'or,  à  applic- 
quer  moictié  au  Roy  et  moictié  à  partie,  en  cas  de  deffault, 
auquel  terme,  en  faisant  ledit  paiement,  ledit  sieur  d'Auvillier 
sera  tenu  et  a  promis  rendre  ausdits  enftans  l'original  des 
lettres  du  premier  mariage  de  ladite  dame  Loyse  de  Craon,  sa 
mère,  ou  le  vidisse  collationné  en  présence  des  parties,  et  qui 
vouldra  original  ;  et,  si  nécessité  estoit,  sera  tenu  ledit  d'Au- 
villier prester  et  bailler  l'original  ausdits  enffans  ;  promy  luy 
donner  cauxion  et  obligation  souffisant,  de  la  luy  rendre,  et 
avecques  ce  compromis  comme  dessus  ladite  dame  rendre  et 
paier  audit  d'Auvillier  unze  cens  XXV  escuz  d'or  à  présent 
aians  cours  pour  mil  cinq  cens  livres  pour  le  reste  dedans 
Noël  que  dira  mil  IIII  XXIX^  et  en  la  ville  de  Paris  et  à  la 
peine  de  trois  cens  escuz  d'or  à  appliquer  comme  dessus. 


—  275  — 

Et  en  outre  pour  acquiter  et  descharger  perpétuellement 
desdits  sieur  d'Auvillier  et,  sesdits  frarescheurs  et  cohéri- 
tiers, pour  tant  que  touche  leur  dite  partie  et  porcion  d'icelle 
cession  du  principal  desdites  charges  et  rentes  ainsi  retraic- 
tes  et  de  toutes  autres  debtes  et  charges  quelconques,  tou- 
chant icelle  succession  envers  sesdits  cohéritiers  et  toutes 
personnes  qui  Ten  en  pourroient  faire  question  et  n'est  pascy 
faite  mencion  de  certains  grans  arréraiges  de  rente  que  ladite 
dame  a  paiez  à  Monsieur  d'Alençon,  contenant  qu'elle  en  a 
tenu  quicte  ledit  sieur  d'Auvillier  et  sesdits  héritiers  et  les 
fera  tenir  quictes  envers  tous  autres  au  regard  de  leur  dite 
porcion,  moyennant  ce  que  ledit  sieur  d'Auvillier  a  transporté 
et  ceddé  ausdits  enffanstout  son  interest  etaccion,  qu'il  pour- 
roit  avoir  à  ladite  accion. 

Et  est  faicteceste  présente  vendicion  o  telle  condition  que  si 
lesdits  Loys,  Katherine  et  Jehanne  Chabbotz  décèdent  sans 
lignée,  descendant  de  leur  char,  que  ladite  partie  et  porcion 
ainsi  vendue  et  transportée  reviendra  et  retournera  audit  sieur 
d'Auvillier  et  ses  cohéritiers  et  leurs  hoirs  descenduz  de  leur 
char  seullement,  lesquelx  et  chacun  d'eulx  le  pourront  pré- 
tendre et  demander,  ledit  cas  advenu....  réservé  oudit  cas  a 
ladite  dame  l'usuiïruit  de  ladite  porcion  vendue  sa  vie  durant 
seullement. 

Et  aussi,  que  si  le  cas  avenoit  que  ledit  sieur  d'Auvillier 
et  ses  cohéritiers  et  les  hoirs  descendans  de  leur  char  décè- 
dent sans  lignée  descendant  de  leur  char,  ladite  partie  et  por- 
cion vendue  reviendront  et  retourneront  seullement  aux  autres 
héritiers  et  successeurs  desdits  Chabbotz  acquéreur.  Et  est 
parlé  et  accordèrent  lesdites  parties,  pour  ce  que  ledit  feu 
mossire  Jehan  de  Craon,  donna  en  son  testament  et  der- 
nière volunté^  à  ladite  Loyse,  sa  seur,  la  somme  de  mil  livres 
tournois  de  la  monnoie  que  lors  estoit  cours,  que  ladite  dame 
Brunissant  et  sesdits  enffansdemoura  quicte  envers  ledit  sieur 
d'Auvillier  de  la  partie  et  porcion  qu'elle  et  ses  dits  enffans 
pourroient  devoir  d'icelle  somme,  réservé  expressément  audit 
éieur  d'Auvillier  de  demander  et  prétendre  contre  les  autres 
héritiers  dudit  feu  messire  Jehan  de  Craon  la  partie  et  por- 
cion quilz   en  dévoient  et   povoient  devoir 

1.  Ce  testament  ne  se  rencontre  nulle  part. 


—  276     - 

Donné  présents  :  messire  Jehan  de  Vendosme,  vidamnie 
de  Chartres,  messire  Guillaume,  seigneur  d'Argenton  père 
de  lad.  dame,  Jehan  Doaizon,  escuier,  messire  Francoys  de 
Beaumont,  chevalier,  Loys  de  Brepont,  escuier,  Gervaise  du 
Halay,  escuier,  maistre  Nycolle  Chauvet,  lieutenant  du  bailly 
de  Touraine  à  Chinon,  maistre  Jehan  Panneau,  advocat  du 
roy  notre  sire  en  Touraine,  JeHan  Socaire,  advocat  en  court 
laye,  Michel  Perot  et  autres  tesmoings  ad  ce  appeliez. 
Le  XXV^  jour  de  novembre  Tan  de  grâce  mil  IIIP  XXXVIIÏ. 

1173.  —  1438,  28  novembre,  Chinon.  —  Acte  par  lequel 
Brunissant  d'Argenton  et  Louis  Chabot,  pour  onze  cent 
quinze  écus  d'or,  vendent,  sous  faculté  perpétuelle  de  rachat, 
le  fief  de  Verneuil  à  Jean  Doizon  de  la  Durandière  *  (Note, 
p.  49,  de  Fierville,  Documents  inédits  sur  Philippe  de  Corn- 
mynes). 

1174.  —  1438,  V.  s.,  3  janvier.  —  Aveu  de  Guillaume 
Odard,  seigneur  de  Verrières  et  de  Curzay,  au  duc  d'Anjou 
(Arch.  Nat.,  P  341^  42). 

1175.  —  1439,  24  septembre,  Montreuil.  —  Acte  par  le- 
quel Marie  de  Craon,  veuve  de  Charles  d'Estoutevilie,  cède 
à  Jean  de  la  Trémoïlle,  sieur  de  Jonvelle,  et  à  Jacqueline 
d'Amboise,  tous  ses  droits  sur  la  Ferté-Bernard  et  Vaux  en 
Arrouaise  (Archives  de  la  Trémoïlle^  communiqué  par  M.  le 
vicomte  d'Elbenne^). 

Jehan  Pocholle,  bourgeois  de  Monstroeul,  garde  du  scel 
royal  de  la  baillie  d'Amiens  en  la  ville  et  prévosté  de  Mons- 
troeul, salut. 

Devant  Baudin  de  Bores  et  Pierquin  de  la  Nesse,  audi- 
teurs du  roi   notre  sire,  manans  l'un  à  Theroaenne,  l'autre 


1.  Le  14  mai  1444  Louis  Chabot,  âgé  de  22  ans,  ratifia  cette 
vente. 

2.  Nous  devons  remercier  ici  M.  le  vicomte  d'Elbenne  qui,  en 
nous  communiquant  la  copie  faite  par  lui  de  ce  long  document, 
a  bien  voulu  nous  céder  la  priorité  de  la  mise  au  jour  des  curieux 
renseignements  sur  la  transmission  du  fief  de  la  Ferté,  qui  y  sont 
contenus. 


-  277  - 

à  Saint-Omer,  establis  par  le  bailli  d'Amiens,  au  nom  du  roi 
notre  sire,  furent  présents  : 

Noble  dame  madame  Marie  de  Craon,  dame  de  Villebon, 
veuve  feu  messire  Charles  d'Estouteville  chevalier  seigneur 
de  Villebon,  fille  et  héritière  de  feu  monsieur  Antoine  de 
Craon,  chevalier,  seigneur  de  Beauvergier,  fils  de  feu  M. 
Pierre  de  Craon  et  de  madame  Jehanne  de  Chastillon,  icelle 
Marie  de  Craon,  dame  de  Villebon,  héritière  de  Jehanne  de 
Chastillon  sa  grand  mère\  d'une  part  : 

Et  honorable  homme  et  sage  maistre  Denis  François,  no- 
taire, secrétaire  du  roi  notre  sire,  procureur  de  nobles  et 
puissantes  personnes  monseigneur  messire  Jehan  de  la  Tré- 
moïlle,  chevalier,  seigneur  de  Jonvelle  et  d'Iracey,  conseiller, 
premier  chambellan  et  grant  maistre  d'ostel  de  monseigneur 
le  duc  de  Bourgogne,  et  de  madame  Jacqueline  d'Amboise, 
sa  femme,  par  procuration  du  16  septembre  1439  *. 

Disans  les  dites  parties  comme  despieça  lesdits  feux  mes- 
sire Pierre  de  Craon  et  Jehanne  de  Chastillon  furent  com- 
munys  ensemble  par  mariage,  au  traité  duquel  furent  faites 
conventions  par  lesquelles  entre  autres,  feu  messire  Guil- 
laume de  Craon,  chevalier  et  madame  Marguerite  de  Flan- 
dres, père  et  mère  dudit  feu  Pierre,  et  aussi  de  feu  messire 
Guillaume  de  Craon,  sieur  de  Marcillac,  frère  aîné  dudit 
Pierre  de  Craon,  promirent  bailler  audit  Pierre  et  à  Jehanne 
de  Chastillon,  ung  chastel  avec  400  livres  de  rente  pour  en  joyr 
durant  les  vies  desdits  Guillaume  et  Marguerite  de  Flandres, 
père  et  mère  desdits  Pierre  et  Guillaume,  lesquels  chastel  et 
rente  lesdits  Guillaume  et  sa  femme  ne  donnèrent  pas.  Par 
quoy,  furent  deubz  à  cause  des  arrérages,  9,500  livres  tour- 
nois et  plus.  Avec  ce  estoient  tenus  lesdits  Guillaume  de 
Craon  et  Marguerite  de  Flandres  et  le  dit  messire  Guillaume 
de  Craon,  leur  fils,  envers  lesdits  Pierre  de  Craon  et  Jehanne 
de  Chastillon,  sa  femme  de  plusieurs  sommes  de  deniers  ; 
pour  occasion  de  ce,  débat  se  mut  entre  eux. 

1.  Ces  renseignements  sur  la  veuve  de  Charles  d'Estouteville 
sont  précieux  car  ils  réfutent  les  généalogistes  qui  ont  vu  en 
elle  la  fille  de  Jean  de  la  Suze,  épouse  en  premières  noces  de 
Guy  de  Laval- Retz. 

2.  On  omet  ici  le  texte  de  cette  procuration. 

18 


-  ^78  - 

Finalement  que  tant  pour  demeurer  quittes  desdits  400  livres 
de  rente  arrérages  et  deniers  dus  audit  Pierre  de  Craon  et  à  sa 
femme,  et  moyennant  la  somme  de  10,000  francs,  que  ledit  Pierre 
et  sa  femme  paièrent  audit  Guillaume  de  Craon,  le  fils,  comme 
parmi  ce  que  lesdits  Pierre  et  sa  femme  se  chargèrent  d'ac- 
complir le  testament  pour  les  dettes  desdits  feux  père  et  mère 
desdits  Pierre  et  Guillaume  de  Craon,  frères,  et  aussi  pour 
demeurer  quittes  de  toutes  autres  choses  que  lesdits  mariés 
pourraient  demander  audit  messire  Guillaume  le  fils,  et  à 
messire  Almaury  de  Craon,  son  fils  aîné  ;  lesdits  messires 
Guillaume  le  fils,  et  Almaury  de  Craon  et  aussi  lesdits  père 
et  mère  desdits  Guillaume  et  Pierre,  frères,  voulure  et  con- 
sentirent tous  que  : 

Après  le  trespas  et  décès  d'iceux  feu  messire  Guillaume  le 
père  et  madame  Marguerite  de  Flandres,  sa  femme,  que  au- 
dit messire  Pierre  de  Craon  et  madame  Jehanne  de  Chastil- 
lon,  fussent,  compétassent  et  apparteinssent  les  ville,  chas- 
tel,  terre,  seigneurie  et  appartenances  de  laFerté-Bernard, 
pour  en  joyr  par  ledit  messire  Pierre  de  Craon  et  sa  femme, 
après  le  trespas  desdits,  comme  de  leur  propre  chose.  Et 
pour  ce,  dès  lors  furent  fais  certains  transpors  desdits  ville, 
chastel,  terre,  seigneurie  et  appartenances  de  la  dite  Ferté, 
et  tous  les  acquestz  que  lesditz  monsieur  Guillaume  de  Craon 
et  madame  Marguerite  sa  femme,  père  et  mère  des  dessus  dits 
frères  chevaliers,  y  avoient  fais  ou  feroient  ou  temps  advenir, 
retenu  par  eulx  les  fruis  et  revenus  de  la  dite  terre  et  sei- 
gneurie durant  leurs  vies,  ainsi  que  plus  à  plain  on  dit  estre 
contenu  es  lettres  desdits  transpors  *. 

Depuis  lesquels  transpors  fais,  lesdits  feux  monsieur  Guil- 
laume de  Craon  et  madame  Marguerite  de  Flandres,  sa 
femme,  sont  aies  de  vie  à  trespas,  délaissiés  lesdits  monsieur 
Pierre  de  Craon  et  madame  Jehenne  de  Chastillon,  qui,  après 
iceulx  trespas,  par  le  moien  desdits  transpors,  ont  par  long- 
temps entièrement  joy  de  la  dite  terre,  seigneurie,  revenus  et 
appartenances  de  la  Ferté,  parce  que  l'usuffruit,  parles  tres- 


1.  Tous  ces  détails  sont  restés  jusqu'ici  inconnus.  Il  faut  re- 
marquer aussi  la  mention  de  cet  Amaury,  fils  aîné  de  Guillaume  II, 
omis  par  tous  les  historiens. 


-  279  - 

pas  dessusdits,  fut  et  a  été  consolidé  avec  la  propriété.  Et 
pour  ce  que  ledit  monsieur  Pierre  de  Craon,  durant  le  ma- 
riage de  lui  et  de  ladite  madame  Jehanne  de  Chastillon  et 
icelle  dame  vendirent  et  transportèrent  à  tousjours  la  terre 
de  Rosay  en  Therasche,  avec  plusieurs  autres  terres  apparte- 
nant à  ladite  dame,  qui  estaient  propre  héritage  d'elle,  dont 
de  ce  ledit  messire  Pierre  de  Craon,  son  mari,  la  promist 
récompenser  de  la  somme  de  1500  livres  de  rente,  et  que  de- 
puis il  assist  et  assigna  à  la  dite  dame  sa  femme,  à  les  avoir 
et  prendre  chacun  an,  sur  ladite  terre,  seigneurie,  revenus  et 
appartenances  de  la  dite  Ferté-Bernard,  que  il  obligea  et  ypo- 
thecqua  pour  ce  et  volt  estre  obligiez  et  ypothecques  envers 
ladite  dame  sa  femme,  ses  héritiers  etaians  cause  desdits  1500 
livres  de  rente,  voulant  qu'ils  sortissent  nature  de  propre  héri- 
tage d'elle  tout  ainsi  et  par  la  manière  que  plus  à  plain  on  dit 
estre  contenu  es  lettres  de  recompensacion  sur  ce  faites. 

Après  lesquelles  choses,  ledit  M.  Pierre  de  Craon  est  alez 
de  vie  à  trespassement,  délaissant  ladite  madame  Jehanne  de 
Chastillon,  sa  femme,  qui  l'a  sourvesque,  par  quoy,  le  douaire 
d'elle  a  eu  lieu  qui  est  et  doit  estre  douaire  coustumier,  qui 
selon  la  coustume  et  usage  de  la  court  du  Maine,  où  ladite 
terre  et  seigneurie  de  la  Ferté-Bernard  et  autres  terres  de- 
mourées  du  déceps  dudit  feu  monsieur  Pierre  de  Craon  sont 
assises  et  scituées,  de  la  moitié  desdits  chastel,  terre,  sei- 
gneuries, revenus  et  appartenances  de  la  Ferté,  à  la  vie  d'elle, 
à  cause  dudit  douaire.  A  laquelle  dame  aussi  devait  apparte- 
nir par  l'acquest  fait  d'icelle  terre  et  seigneurie  durant  leur 
dit  mariage,  l'autre  moitié  d'icelle  terre  pour  en  joyr  par 
elle  comme  de  son  héritaige  par  ladite  coutume.  Et  par  ainsi, 
à  ladite  madame  Jehanne  de  Chastillon  compéta  lors  la  moi- 
tié de  ladite  terre  à  vie,  et  l'autre  moitié  à  héritage.  Et  sur  ledit 
moitié  à  vie,  devoit  estre  recompensée  desdits  1500  livres  de 
rente,  ou  cas  que  ladite  terre  seroit  conquest  fait  par  ledit  feu 
monsieur  Pierre  de  Craon  durant  le  mariage  de  lui  et  d'elle. 
Et  au  cas  qu'icelle  terre  et  seigneurie  de  la  Ferté  ne  serait 
trouvée  estre  conquest,  fait  par  ledit  feu  monsieur  Pierre,  et 
que  ce  fut  son  propre  héritage,  si  devait  ladite  madame  Je- 
hanne de  Chastillon  avoir  la  tierce  partie  de  la  dite  terre  et 
seigneurie  de  la  Ferté  pour  son  douaire,  pour  en  joir  sa  vie 


-  :280  - 

durant,  et  aussi  de  la  tierce  partie  de  tous  les  propres  héri- 
tages demourés  du  déceps  d'icelui  monsieur  Pierre,  son  mari, 
par  la  coustume  dudit  païs  et  comté  du  Maine.  Et  si  devoit 
oultre  estre  récompensée  desdits  1500  livres  de  rente. 

Et  pour  ce  que,  pieça  et  durant  la  vie  dudit  messire  Pierre 
de  Craon,  le  roy  de  Sicille,  duc  d'Anjou,  si  se  ensaisina  de 
ladite  terre  et  seigneurie  de  la  Ferté,  ladite  madame  Jehanne 
de  Chastillon,  après  le  trespas  dudit  messire  Pierre  de 
Craon,  son  mari,  fît  convenir  et  appeler  ledit  roy  de  Sicille 
en  la  cour  de  Parlement  pour  raison  et  à  cause  des  choses 
dessusdites.  Et  depuis  ont  lesdites  parties  enicelle  courplai- 
dié  au  long.  Et  tant  qu'elles  ont  esté  appointées  en  faiz  con- 
traires et  en  enqueste. 

Or  est  ainsi  que  ladite  madame  Jeanne  de  Chastillon  est. 
aléa  de  vie  à  trespassement,  délaissées  ladite  madame  Marie 
de  Craon,  dame  de  Villebon,  fille  dudit  feu  messire  Anthoine 
de  Craon,  fils  desdits  feuz  monsieur  Pierre  de  Craon  et  ma- 
dame Jehanne  de  Chastillon,  sa  femme  comme  dit  est,  son 
héritière,  en  tant  au  moins  en  la  plus  grande  partie,  des  héri- 
tages, bois  et  choses  demourés  de  son  déceps.  Et  par  ces 
moiens,  à  ladite  dame  Marie  de  Craon,  dame  de  Villebon  de 
présent,  sont,  compétent  et  appartiennent,  tous  les  droits,  par- 
ties et  porcions  des  choses  dessus  dites,  dont  estoit  et  est 
question  entre  ledit  roy  de  Sicille  et  ladite  feue  madame  Je- 
hanne de  Chastillon,  que  que  soit  la  plus  grande  partie  dicel- 
les  choses.  Et  avec  ce,  luicompettoit  et  appartenoit,  compette 
et  appartient,  la  terre  et  seigneurie  de  Vaulx  en  Arraise,tant 
par  la  succession  dudit  feu  monsieur  Antoine  de  Craon,  père, 
comme  aultrement,  comme  toutes  ces  choses,  ladite  madame 
Marie  de  Craon  disoit  et  afferma. 

Et  ledit  procureur  oudit  nom,  disoit  au  contraire,  que  tout- 
tes  les  choses  dessus  dites  ne  appartenoient  ne  povoient  ap- 
partenir à  ladite  dame  Marie  de  Craon  par  la  succession  de 
la  dits  feue  madame  Jehanne  de  Chastillon  parce  que  icelle 
feue  dame  en  son  vivant,  a  fait  donation  de  400  livres  de  rente 
sur  ladite  terre,  seigneurie,  revenus  et  appartenances  de  la 
Ferté,  et  surtout  le  droit  qu'elle  y  povoit  avoir,  ausdits  sei- 
gneur et  dame  de  Jonvelle,  hirétablement  à  tousjours.  Disoit 
pareillement  ledit  procureur,  que  tous  les  droits  dessusdits 


—  281  — 

et  autres,  demeurez  du  décès  de  la  dite  madame  Jehanne  de 
Chastillon  ne  pooient,  pevent  ni  doivent  pas  du  tout  apparte- 
nir à  la  dite  madame  Marie  de  Craon,  parce  que  du  mariage 
dudit  feu  monsieur  Pierre  de  Craon  et  de  ladite  feue  madame 
Jehanne  de  Chastillon,  yssi  avœucques  ledit  feu  messire  An- 
thoine  de  Craon, une  fille  nommée  Jehanne  de  Craon*,  laquelle 
depuis  fut  conjointte  par  mariage  avœucques  feu  monsieur 
Ingergier  d'Amboise,  seigneur  de  Roche-Corbon,  duquel 
mariage  sont  yssus  plusieurs  enffans  :  c'est  assavoir,  ladite 
madame  de  Jonvelle  et  autres,  lesquelx  sont  en  pareil  degré 
que  est  ladite  madame  Marie  de  Craon,  dame  de  Villebon, 
et  habiles  pour  venir  avec  elle  à  la  succession  de  ladite  feue 
madame  Jehanne  de  Chastillon,  en  rapportant  les  choses 
baillées  en  mariage  à  la  dite  Jehanne  de  Craon,  au  traictié  du 
mariage  dudit  messire  Ingergier  d'Amboise  et  d'elle,  comme 
len  dit. 

A  cause  desquelles  choses,  lesdites  parties;  c'est  assavoir 
ledit  seigneur  et  dame  de  Jonvelle,  d'une  part  ;  et  ladite  ma- 
dame Marie  de  Craon,  dame  de  Villebon,  d'autre  part,  es- 
toient  en  veue  d'entrer  en  procès. 

Pour  lesquels  apaisier  et  eschiener  lesdites  parties,  èsdits 
noms,  c'est  assavoir  ladite  madame  Marie  de  Craon,  dame 
de  Villebon,  en  son  nom  et  comme  héritière  et  ayant  cause, 
aux  causes  et  moiens  que  dessus,  tant  dudit  feu  monsieur 
Antoine  de  Craon,  son  père,  comme  de  ladite  feue  Jehanne 
de  Chastillon,  sa  grand  mère,  comme  elle  disoit,  d'une  part, 
et  ledit  M^  Denis-François,  audit  nom  procuratoire,  et  pour 
lesdits  seigneur  et  dame  de  Jonvelle,  d'autre  part. 

Pour  nourir  et  entretenir  paix  et  amour  entre  elles,  pour 
considération  de  ce  que  lesdites  dames  sont  cousines  germai- 
nes et  pour  obvier  à  tous  procès,  frais,  missions  et  despens 
meismement  ladite  madame  Marie  de  Craon,  qui  est  vefve 
et  n'a  nulz  enfîans,  considérant  que  les  choses,  héritages  et 
droits  à  elle  venus  et  appartenants  par  le  déceps  de  ladite 


1.  Voici  la  preuve  que  tous  les  généalogistes  se  sont  trompes 
en  faisant  de  cette  Jeanne  unelille  de  Pierre  de  iaSuze.  Elle  était 
nile  de  Pierre  de  la  Ferté-Bernard  et  épousa  successivement  In- 
K^if^or  II  d'Amboise  et  Pierre  de  Beauvau. 


—  282  — 

feue  madame  Jehanne  de  Chastillon,  sa  grand  mère,  sont 
grandement  chargéez,  tant  envers  lesdits  seigneur  et  dame 
de  Jonvelle,  comme  autres  ;  et  si,  sont  en  débat  et  procès 
contre  si  grant  partie  comme  est  le  Roy  de  Sicille,  qui  a  lon- 
guement duré  et  est  taillié  de  faire,  et  que  ledit  procès  est 
doubteux  et  périlleux,  pour  lequel  poursuivre  et  soustenir, 
fault  et  faudra  faire  grans  frais,  missions  et  despens,  que 
bonnement  ladite  madame  Marie  ne  poroit  faire,  supporter  ne 
soustenir,  et  que  en  icelles  choses  lesdits  seigneur  et  dame  de 
Jonvelle  ont  aucuns  droits  et  porcions,  tant  à  cause  de  la  do- 
nation à  eux  faite  par  la  dite  feue  madame  Jehanne  de  Chas- 
tillon, comme  autrement.  De,  et  pour  occasion  des  choses 
dessus  dites,  circonstances  et  dépendances,  de  leurs  bons 
grez,  bonnes  vouluntez,  propres  mouvement  et  certaines 
sciences,  sans  aucune  force,  fraulde,  erreur,  contrainte,  lé- 
sion, circonvention,  decepvance  ou  induction  frauduleuse,  sur 
ce  bien  advisés,  pourvus,  conseillés  et  délibérez,  meisme- 
ment  ladite  madame  Marie  de  Craon,  par  Tadvis,  conseil  et 
délibération  tant  de  madame  de  Beau-Vergier  *,  sa  mère, 
comme  d'autres,  ses  parens,  amis  et  conseillers,  comme  elles 
disoient,  affermèrent,  recognurent  et  confessèrent,  par  le 
congié,  licence  et  auctorité  à  elle  donnés  et  octroie  en  ceste 
partie  par  le  Roi  nostre  sire  par  ses  lettres  patentes,  données 
le  22^  jour  d'aoust  derrenier  passé,  dont  il  estapparu  auxdits 
auditeurs  ;  avoir  traité,  transigé,  pacefié,  composé  et  ac- 
cordé, et  encore  d'abundant,  par  la  teneur  de  ces  présentes, 
pour  les  causes  et  considérations  cy  dessus  touchées,  et  au- 
tres ad  ce  les  mouvans,  traitent,  transigent,  pacifient,  com- 
posent et  accordent  ensemble  amiablement,  de  bonne  foi,  et 
l'une  partie  avec  l'autre,  en  et  par  la  fourme  et  manière  qu'il 
s'ensuit. 

C'est  assavoir,  que  ladite  madame  Marie  de  Craon,  dame 
de  Villebon,  pour  les  causes  dessusdites  et  pour  la  grand  af- 
fection et  vraie  amour  naturelle  qu'elle  avoit  et  a  ausdits  sei- 


1.  Jeanne  de  Hondschoote,  vers  août  1405,  était  devenue  l'é- 
pouse d'Antoine  de  Craon,  fils  unique  de  Pierre  de  la  Ferté.  Cette 
mention  montre  que  son  existence  se  prolongea  jusqu'en  1439.  An- 
toine avait  été  tué  à  Azincourt,  le  25  octobre  1415. 


-  -288  - 

gneur  et  dame  de  Jonvelle,  et  la  proximité  de  lignage,  dont 
lesdites  dames  ataignent  l'une  à  l'autre,  avoit  et  a  cédé,  quitté, 
transporté  et  délaissié,  et  par  ces  présentes,  cède,  quitte, 
transporte  et  délaisse  dès  maintenant  à  tousjours,  et  promet 
garantir,  délivrer  et  défendre  de  tous  troubles  et  empesche- 
ments  quelconques  touchant  et  regardans  ses  fais,  debtes, 
promesses  et  obligations  tant  seulement  ausdits  monsieur 
Jehan  de  la  Trémoïlle,  seigneur  de  Jonvelle,  et  madame  Jac- 
queline d'Ambroise,  sa  femme,  pour  eux,  leurs  hoirs  et  aians 
cause  ou  temps  advenir,  tous  tels  drois,  pars,  porcions,  noms, 
raisons,  causes,  demandes,  poursuintes  et  actions  et  tous  ar- 
rérages de  rente,  de  douaire,  de  revenue  au  autres  choses 
quelxconques  que  ladite  madame  Marie  de  Craon  avoit,  pooit 
et  devoit  avoir  demander  et  réclamer  tantesdite  ville,  chastel, 
terre,  seigneurie,  revenus  et  appartenances  de  la  Ferté-Ber- 
nard,  et  en  ladite  terre  et  seigneurie  appartenances  de  Vaulx 
en  Arraise,  qui  lui  sont  inutiles  et  de  nulle  valeur,  et  n'es- 
toient  pas  taill  (sic)  de  lui  valoir  ne  venir  à  pourffit  desy  à  long- 
temps, au  mieux  venir,  pour  les  debaz  et  procès  dessusdits  ; 
comme  généralement  en  tous  autres  biens  meubles,  debtes, 
arrérages,  droits  et  autres  choses  quelxconques  à  elle  appar- 
tenant, venus  et  escheus  et  qui  lui  poeuent  et  doivent  compé- 
ter  ou  appartenir  aux  causes  et  moyens  que  dessus,  par  les 
trespas,  successions,  eschoiries,  tant  de  la  dite  feue  madame 
Jehanne  de  Chastillon,  dame  de  la  dite  Ferté-Bernard,  sa 
grant  mère,  comme  dudit  feu  monsieur  Antoine  de  Craon, 
son  père,  jadis,  desdits  feulx  monsieur  Pierre  de  Craon  et 
madame  Jehanne  de  Chastillon  qu'ils  et  ou  qu'ilz  soient  scitués 
et  assis,  ne  comment  qu'ils  soient  dits,  nommés  et  appelés.... 
Parmi  et  moyennant  le  pris  et  somme  de  300  francs  de  rente 
annuelle  ou  pension  à  vie,  que  lesdits  seigneur  et  dame  de 
Jonvelle,  nonobstant  les  grandes  charges 'qu'ils  ont  à  suppor- 
ter, pour  la  bonne  amour....  et  aidiés  à  soustenir  son  estât, 

et  en   recompensation payables   en   la   ville   de   Saint- 

Omer,  en  monnoie  de  Flandres  (32  gros  de  Flandres  |)our 
chacun  franc),  également  aux  termes  de  Pasques  et  Saint 
Rémy,  par  moitié  ;  à  partir  de  Pasques  prochain.  Et  avec  ce, 
lesdits  seigneurs  et  dame  ont  promis  de  bailler  et  délivrer  à 
ladilc  Mar-ic  de  Cracui,  dame  de  Villebon,  sa  vie  durant,  loo-js 


—  284  — 

et  demourance  en  l'une  des  places  dudit  seigneur  de  Jon- 
velle  pour  icelle  dame  ou  son  estât,  ou  cas  qu'elle  ne  serait 
en  lien  de  mairaige.  Et  au  cas  cas  où  Jacqueline  d'Ambroise 
mourrait  avant  le  seigneur  de  Jonvelle,  ou  après  lui  sans 
enfants,  tous  les  droits  de  ce  présent  traité  seraient  ac- 
quis audit  seigneur  ou  aux  siens  de  son  côté  et  ligne, 
sans  que  les  héritiers  de  Marie  de  Craon  puissent  y  pré-' 
tendre.  Et  ladite  dame  de  Villebon  établit  pour  ce,  procu- 
reurs et  substituts  généraux  et  spéciaux  et  irrévocables,  Ro- 
bert de  Tournay,  sire  Jean  Billon,  prestre,  maître  Jehan 
Pitre,  maître  Aignan  Viole,  Jaque  de  Lespine,  Andrieu  Poi- 
vre, Jehan  Derbon,  Pierre  Dercle,  Guillaume  Potin,  Pierre 
Bouet  et  le  porteur  des  présentes,  auxquelles  lesdites  parties 
et  ladite  Marie  de  Craon  donnent  mandement  irrévocable 
pour  les  représenter  devant  le  roi  notre  sire  ou  les  seigneurs 
de  qui  lesdites  terres,  forteresses,  seigneuries  et  appartenan- 
ces de  la  Ferté  et  autres,  sont  tenues  et  mouvants,  leurs  bail- 
lis, gardes  de  justice,  gens  et  officiers....  Et  établissent  pour 
ce  lesdites  parties  les  procureurs  susdits  et  le  porteur  des 
présentes,....  comme feroient  si  présents  étoient....  par  poier 
les  coûts  et  dommages  qui  pourroient  être  dus  par  leur 
coulpe 

Accordent  qife' au  vidimus  de  ces  lettres,  fait  sous  scel  royal 
ou  autre  autentique,  foy  soit  ajoutée  comme  au  présent  ori- 
ginal. Et  ont  lesdites  parties  et  procureur  en  personne  recu- 
le commandement  du  roy  nostre  sire,  dont  lesdits  audi- 
teurs ont  témoigné  la  vérité  par  leurs  seaulx.  Et  nous,  à  leur 
témoignage,  avons  mis  à  ces  lettres  le  scel  de  baillie,  sauf  le 
droit  du  roi  notre  sire  et  d'autrui  en  ces  choses. 

Ce  fut  fait,  recongnu  et  passé,  en  l'an  de  grâce 
MCCCCXXXIX,  leXXIV^jourdu  mois  de  septembre. 

1176.  —  1439,  14  octobre.  —  Lettres  par  lesquelles  Bau- 
douin de  Noyelle  donne  quittance  de  292  livres,  sur  lés  ga- 
ges de  son  office  de  gouverneur  et  bailli  de  Péronne  (De 
Banville,  Documents  inédits^  II,  145). 

1177.  —  1440 \  12  avril.  —  Bail  par  Aymard  de  la  Roche- 
1.  On  a  compté  1440  depuis  le  27  mars  jusqu'au  16  avril  1441. 


-  285  — 

foucauld  à  Michau  Poignac  (Note  des  Mémoires  de  la  So- 
ciété de  Touraine,  VI,  278). 

1178.  —  1440,  30  décembre.  —  Lettres  par  lesquelles  Bru- 
nissant d'Argenton  et  Guillaume  d'Argenton,  bailliste  et 
curateur  de  Louis  Chabot,  s'engagent  à  garantir  contre  tous 
la  vente  de  Pressigny  et  de  Perrière,  faite  à  Bertrand  de 
Beauvau,  seigneur  de  Précigné  (Note  du  Trésor  généalogi- 
que). 

1179.  —  1441,  15  novembre.  —  Certificat  délivré  par  Bau- 
douin de  Noyelle,  concernant  l'adjudication  de  Baux  à  Pé- 
ronne  (De  Banville,  Documents  inédits,  I,  116). 

1180.  —  1441,  V.  s.,  20  janvier.  —  Lettres  d'Aymard  de  la 
Rochefoucauld  au  sujet  de  l'édification  d'une  tour  au  lieu  de 
Beauvoir,  en  la  paroisse  de  Draché,  que  Charles  de  la  Jaille, 
seigneur  de  la  Motte,  avait  fait  bâtir  (Note,  Mémoires  de  la 
Société  de  Touraine,  VI,  278). 

1181.  —  1442,  16  décembre.  —  Baudouin  de  Noyelle  cer- 
tifie que  les  terres  de  Maiguelay  et  de  Sains  n'ont  depuis 
quatre  ans  aucune  valeur  (De  Banville,  Documents  inédits, 
I,  119). 

1182.  —  1442,  31  décembre.  —  Lettres  d'Aymard  de  la 
Rochefoucauld  portant  bail  d'une  place  au  bourg  de  Blanche- 
Epine  à  Sauxon  de  Fais  (Note,  Mémoires  de  la  Société  de 
Touraine,  VL  279). 

1183.  —  1443,  V.  s.,  4  février.  —  Aveu  de  Marguerite  de 
Mines,  veuve  de  Jean  de  La  Lande,  à  Aymard  de  la  Roche- 
foucauld (Dom  Housseau,  XIIP,  8071). 

1184.  —  1444,  16  novembre,  Mondidier.  — Acte  par  lequel 
Cliarles  de  Noyelle,  seigneur  de  Hangest  et  d'Avenescourt, 
fils  de  Baudouin  de  Noyelle  et  de  Marie  de  liangest,  celle-ci 
fille  de  Miles  de  liangest  ,dit  Rabâche  et  de  Louise  de  Craon, 
fait  abandon  à  Jean  d'Auvillers,  clievalier,  son  oncle,  de  tous 
ses  droits  sur  la  succession  de  Louise  de  Craon  (Original, 
B.  N.,f.  franc.,  22287,55). 


-  286  - 

1185.  —  1448,  15  juin.  —  Lettres  d'Aymard  de  la  Roche- 
foucauld portant  bail  à  rente  au  profit  de  Jean  Moupy, 
pour  un  pré  dépendant  de  la  Rahière  (Note,  Mémoires  de  la 
Société  de  Tour  aine,  VI,  279). 

1186.  — 1448,  V.  s.,  2  mars.  —  Lettres  de  Jean  d'Estoute- 
ville  portant  aliénation  d'une  place  près  la  halle  de  Sainte- 
Maure,  au  profit  de  Guillaume  Greslier  (Note,  Mémoires  de 
la  Société  de  Tour  aine,  VI,  279). 

1187.  —  1449,  11  août,  Cholet.  —  Numéro  930. 

1188.  —  1450,  9  avril.  —  Contrat  de  mariage  de  Jean 
d'Estouteville  avec  Françoise  de  la  Rochefoucauld,  qui  lui 
apporte  en  dot  Sainte-Maure  (Dom  Rousseau,  XIP,  6859). 

1189.  —  1450,  12  avril.  Tours.  —  Lettres  par  lesquelles 
Aymard  de  la  Rochefoucauld  et  Jeanne  de  Martreuil  vendent, 
pour  1500  écus  d'or,  Nouâtre,  Saint-Léger  la  Montagne. 
Chabannes  et  le  Douaire  à  Jean  d'Estouteville*  (Carré  de  Bus- 
serolle.  Dictionnaire,  IV,  399). 

1190.  —  1451,  5  juin.  —  Transaction  entre  Aymard  delà 
Rochefoucauld  et  Jeanne  Martreuil,  sa  femme,  d'une  part, 
et  Guy  de  Rochechouart,  évêque  de  Saintes,  ayant  la  tutelle 
des  enfants  de  Jean  de  Rochechouart  au  sujet  d'une  vente 
faite  par  la  dame  de  Monpipeau,  veuve  de  Jean  '  (Dom  Hous- 
seau,  XIIP,  8001). 

1191.  —  1452,  octobre.  —  Contrat  de  mariage  de  Jacque- 
line de  la  Jaille,  fdle  de  Bertrand  et  de  Guillemette  Odard  ^ 


1.  Cette  vente  fut  annulée  par  l'arrêt  du  11  avril  1467,  numéro 
1203  du  Cartulaire. 

1.  On  rétablit  ici  le  nom  de  Saintes  au  lieu  du  mot  Cange,  que 
porte  le  manuscrit  analysé  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de 
Touraine,  VI,  280.  On  signale  aussi  sous  la  date  du  17  janvier 
1429,  V.  s.,  le  second  mariage  de  la  veuve  de  Jean  de  Roche- 
chouart :  Jeanne  Martreuil,  fille  de  Guillaume  et  de  Jeanne  d'Ar- 
genton,  avec  Jean  Sauvestre,  chevalier,  seigneur  de  la  Roche  de 
Lezay  [Housseau,  XIIP,  6855). 

2.  Outre  Jacqueline,  Bertrand  de  la  Jaille  eut  quatre  fils,  Phi- 
libert, Pierre,  Hardouin  et  Bertrand  II.  L'aîné  mourut  avant  son 


—  287  - 

avec  Jean  Auvé,  fils  de  Simon  Auvé,  seigneur  de  Soulgé  et 
de  Brouassin,  et  de  feue  Marguerite  Clérambault  (Archives 
de  Maine-et-Loire,  E  2902,  note  de  M.  le  comte  de  Beau- 
chesne  dans  son  Château  de  la  Roche-Talbot). 

1192.  —  1453,  V.  s.,  1  mars,  Montils-lès-Tours.  —  Lettres 
de  la  reine  Marie  portant  remise  des  droits  de  rachat  dus 
pour  le  transfert  de  Sainte- Maure  à  Jean  d'Estouteville,  en 
considération  de  son  mariage  avec  Françoise  de  la  Roche- 
foucauld* (Dom  Housseau,  XIIP,  8021). 

1193.  —  1453,  V.  s.,  11  mars.  —  Transaction  par  laquelle 
Jean  Lopier  abandonne  à  Aymard  de  la  Rochefoucauld,  sei- 
gneur de  Montbazon,  la  haute  justice  sur  Nitray  (Dom  IIous- 
seau,  XIP,  6989). 

1194.  —  1455,  29  avril.  —  Vente  de  deux  fiefs  par  Jean  de 
Maillyl  seigneur  d'Auvillers  et  deMaumès,  à  l'abbaye  de 
Corbie  (Abbé  Ledru,  Maison  de  Mailly,  Preuves^  p.  212). 

1195.  —  1455,  18  août,  Tours.  —  Testament  d' Aymard  de 
la  Rochefoucauld  ^  Il  désigne  Jean  d'Estouteville  et  Guy  de 
la  Rochefoucauld-Mussidan,  ses  gendres,  pour  exécuteurs 
testamentaires  (Carré  de  Busserolle,  Dictionnaire,  IV,  299). 

1190.  —  1455,  1  septembre.  —  Vente  par  Jean  de  Mailly, 
seigneur  d'Auvillers,  et  Jeanne  de  Wasiers,  son  épouse,  d'un 
fief  dépendant  de  Corbie  (Note  de  Dom  Villeneille^  dans  abbé 
Ledru,  Maison  de  Mailly,  p.  212  des  Preuves). 

1197.  —  1455,  V.  s.,  10  janvier.  —  Partages  de  la  succes- 
sion de  Jehan    d'Usages  et  de  Jeanne  de  Sacé  (Bib.  N.  Du- 


père  ;  les  trois  autres  furent  successivement  seigneurs  do  hi  Ro- 
che-Talbot (Voir  comte  de  Beauchesne,  La  Roche-Talbot). 

1.  Ce  môme  acte  a  été  analysé  dans  la  Société  de  Tourai'>c, 
VI,  280  sous  la  date  du  17  mai. 

2.  Il  est  important  de  remanpier  que  dans  cet  acte  ainsi  que 
dans  les  numéros  1196  et  1199  Jean  d'Auvillers  prend  le  nom 
jiatronymique  de  Mailly. 

3.  Le  testament  de  Jeanne  de  Martreuil  est  du  19  fc'vricr  !'»(>'», 
II.  s.  (No  3995  de  Dom  Housseau). 


-  288  - 

chesne,  t.  54,   p.  369  ;  communiqué  par  M.  le  marquis  de 
Courcival). 

Sachent  tous  présents  et  advenir  comme  de  feuz  messire 
Jehan  d'Usaiges,  chevalier  et  de  dame  Jehanne  de  Sacé,  sa 
femme,  furent  issus  quatre  filles  ;  c'est  à  savoir  :  Jeanne  d'U- 
saiges, fille  aînée,  Marie,  Ysabelle  et  Guillemette  d'Usaiges, 
filles  puisnées. 

La  quelle  Jeanne  d'Usaiges,  fille  aînée  \  avoit  esté  con- 
joincte  avec  feu  Olivier,  sieur  de  Prez,  la  quelle,  à  cause  de 
la  succession  de  ses  dicts  père  et  mère,  étoit  dame  des  terres 
et  seigneuries  d'Usaiges,  Nouans,  la  Bouessière,  Louzdraye, 
Barailles,   Cheré,  Gères,  Courpoutrain,  La  Rablaye. 

Et  ladite  Marie  d'Usaiges  avait  été  mariée  avec  feu  bouchart 
de  Courtremblay,  duquel  mariage  sont  issus:  Jeanne  de  Cour- 
tremblay,  leur  fille,  la  quelle  avoit  esté  conjointe  par  mariage 
avec  feu  messire  Jehan  d'Angennes  actuellement  seigneur  de 
Rambouillet  et  dudit  Courtremblay  ;  laquelle  Marie  d'Usai- 
ges, après  le  trépassement  dudit  feu  Bouchart  de  Courtrem- 
blay, avait  été  secondement  mariée  au  dit  feu  messire  Guy 
de  la  Roche,  du  quel  mariage  étoient  issus  feu  messire  Guy 
de  la  Roche,  fils  aîné,  Guillaume  de  La  Roche,  son  frère,  à 
présent  seigneur  de   Milleron. 

Et  la  diteYsabeau  d'Usaiges  avoit  esté  conjoincte  par  ma- 
riage avec  feu  messire  Hervé  de  Mauny,  chevalier,  duquel 
étoit  issu  Guillaume  de  Mauny,  à  présent  seigneur  de  Saint- 
Aignan  ^. 

Et  la  dite  Guillemette  d'Usaiges,  dernière  etpuisnée  fille, 
avait  esté  conjoincte  par  mariage  avec  Jehan,  sire  de  Thigné, 
la  quelle,  à  cause  desdites  successions,  fut  dame,  en  son  vi- 
vant de  la  terre  de  Cohardon,  avec  ses  appartenances. 

Laquelle  Jehanne  d'Usaiges,  fille  ainsnée,  pour  lors  veuve 
dudit  feu  sire  de  Prez,  estoit  allé  de  vie  à  trépassement  sans 


1.  Voici  un  acte  inédit  relatif  à  cette  Jeanne  d'Usages  :  1378, 
1  novembre.  —  Accord  entre  Marguerite  de  Sourches  et  Jeanne 
d'Usages  {Arch.  d'Eure-et-Loir,^  1^^^). 

2.  II  ne  faut  pas  voir  dans  cet  Hervé  de  Mauny  celui  qui  en 
1374,  avait  épousé  Marie  de  Craon,  mais  le  second  fils  de  celle-ci 
nommé  ^Hervé  lui  aussi  et  qui  fut  tige  des  Mauny  de  Saint- 
Aignan.' 


-  289  — 

hoirs  de  son  corps,  et  par  ce  estoit  sa  succession  advenue  aux 
dites  Marie,  Ysabelle  et  Guillemette  d'Usaiges,  ses  sœurs,  ou 
à  leur  représentation  ;  c'est  asçavoir,  audit  feu  Jean  de  la 
Roche,  fils  aîné,  et  audit  Jehan  d'Angennes,  pour  les  deux 
parts,  et  auxdits  Guillaume  de  Mauny  et  à  la  dite  Guille- 
mette d'Usaiges  pour  un  tiers,  à  chacun  par  moitié. 

Et  soit  insi  que  ledit  messire  Jehan  d'Usaiges  eût  une  sœur 
nommée  Huette  d'Usaiges,  la  quelle  fût  conjointe  par  ma- 
riage avec  feu  Bouchart  de  l'Isle,  laquelle  fut  dame,  à  cause 
de  la  dite  ligne  d'Usaiges  ou  autrement,  des  terres  de  Dan- 
geul,  de  Béton,  des  Fromenteries  de  Chérancé,  du  Breil, 
de  Fleuré,  de  Saint-Maixent  et  du  Pin  ^  Duquel  mariage  étoit 
issu  Jehan  de  l'Isle  qui  avoit  esté  conjoinct  par  mariage  avec 
dame  Marie  Riboul  :  duquel  mariage  étoit  issu  Jean  de  l'Isle, 
lequel  Jean  de  l'Isle  estoit  allé  de  vie  à  trépassement,  sans 
héritiers  issus  de  son  corps  ;  et  estoit  sa  succession  advenue 
au  regard  desdites  terres  auxdites  Marie,  Ysabelle,  et  Guil- 
lemette d'Usaiges,  fdles  dudit  Jehan  d'Usaiges,  ou  à  leur  re- 
présentation ;  c'est  à  savoir  auxdits  feus  Jean  de  la  Roche  et 
d'Angennes  pour  les  deux  parts,  et  aux  dits  Guillaume  de 
Maulny  et  de  Thigné,  pour  le  tiers. 

Et  de  la  dite  Guillemette  d'Usaiges  étoient  issus  deux  fils, 
c'est  asçavoir  Amaury  et  René  de  Thigné  lesquels  estoient 
allés  de  vie  à  trespassement  sans  héritiers  issus  de  leurs 
corps,  et  estoient  leurs  successions  advenues  auxdits  Jehan 
d'Angennes  et  de  la  Roche  pour  les  deux  parts  par  repré- 
sentation de  la  dite  Marie  d'Usaiges  et  audit  messire  Guil- 
laume de  Mauny  pour  un  tiers  à  cause  de  ladite  Ysabeau,  sa 
mère.  Et  depuis  ledit  Jean  de  la  Roche,  fils  aîné  de  la  dite 
Marie,  est  allé  de  vie  à  trespassement  sans  héritiers  de  son 
corps,  auquel  avoit  succédé  ledit  Guillaume  de  la  Roche,  son 
père,  pour  les  deux  parts,  et  le  dit  messire  Jehan  d'Angen- 
nes, pour  un  tiers. 

I^^t  par  les  généalogies  et  successions  dessus  dictes,  sont 
advenues  les  terres  et  seigneuries  dessus  dictes  auxdits  Guil- 
laume de  la  Roche,  Jean  d'Angennes,  et  audit  messire  Guil- 
laume de  Mauny,  qui  sont  à  départir  entr'eux,  pour  les  por- 
tions dessus  déclarées. 

1 .  La  terre  du  Pin  est  devenue  le  marquisat  du  Luart. 


--    290  - 

En  notrs  court  de  Beaumont-le- Vicomte,  en  droict  person- 
sonnellement  establis  lesdits  Guillaume  de  La  Roche  et  mes- 
sire  Jehan  d'Angennes,  chevaliers,  d'une  part  ;  ledit  messire 
Guillaume  de  Mauny,  d'autre  part....  cognoissent  et  confes- 
sent.... avoir  faict  partage  entr'eux  des  terres  et  successions 
dessus  dictes,  à  eux  advenues,  comme  dict  est,  en  la  ma- 
nière qui  s'en  suit. 

Lot  de  messire  Guillaume  de  Mauny  :  les  terres,  chastel, 
féage  et  seigneurie  de  Fleuré,  avec  toutes  ses  appartenances 
tant  terre,  estangs,  bois,  haies,  ainsi  que  le  tenoit  feu  Jean 
de  l'Isle  :  Item,  la  terre,  fief  et  seigneurie  de  Cohardon,  avec 
ses  appartenances  et  dépendances  ainsi  que  les  tenoit  et  ex- 
ploictoit  feu  messire  Jehan  de  Thigné,  à  cause  de  Guillemette 
d'Usaiges,  sa  femme  ;  item  les  terres  de  Saint-Maixent  et  Le 
Pin  ainsi  que  toutes  leurs  appartenances,  comme  les  tenoit 
Jean  de  Lisle  ;  item  la  terre,  fief  et  seigneurie  de  Béton  et  les 
Fromenteries  de  Chérancé,  ainsi  qu'ils  se  poursuivent  et  que 
feu  Jehan  de  l'Isle  les  exploitoit  ;  item,  la  terre,  fié  et  domaine 
du  Breil  et  ses  dépendances,  ainsi  que  les  exploitoit  ledit  de 
l'Isle. 

Et  le  surplus  des  terres  desdictes  successions,  c'est  asça- 
voir  les  terres  de  la  Bouessiere,  Barailles,  Nouans,  Dan- 
geul,  Usaiges,  Gères,  Courtpoutrain,  LaRablaye,  demeurent 
auxdits  de  la  Roche  et  d'Angennes,  à  départir  entr'eux,  à 
chascun  pour  telle  portion  comme  il  lui  appartient. 

Donné  et  adjugé  en  nostre  court  le  10  janvier  1455. 

1198.  —  1456-1465.  —  Liste  d'aveux  reçus  par  Jean  d'Es- 
touteville,  en  qualité  de  seigneur  de  Nouâtre  (Carré  de  Bus- 
serolle,  Dictionnaire,  IV,  399). 

1199.  —  1457,  28  mai.  —  Lettre  de  Jean  de  Mailly,  d'Au- 
villers  et  de  Maumès,  conseiller  et  chambellan  du  roi,  et  de 
Jeanne  de  Wasiers,  sa  femme,  portant  constitution  d'une 
rente  de  20  livres  en  faveur  de  Jacqueline,  leur  fille,  religieuse 
à  Longchamps  (Abbé  Ledru,  La  Maison  de  Mailly,  prein>es^ 
216). 

1200.  —  1457,    10  septembre,  —  Aveu  de    Guillaume  de 


—  :291  — 

Mauny,  seigneur  de  Saint-Aignan   et   de   Belletaille,   pour 
Bellesaulle  (A.  N.,  P343^35). 

1201.  —  1459,  4  décembre,  Razilly.  —  Lettres  par  lesquel- 
les Charles  VII  donne  un  an  de  délai  pour  faire  hommage 
pour  Montbazon  à  Jean  de  la  Rochefoucauld  «  escollier  es- 
tudiant   en   l'université   d'Angiers  »  (Dom  Housseau^  XIP 

7021). 

1202.  —  1466.,  V.  s.,  5  janvier,  Chinon.  —  Sentence  du 
lieutenant  général  de  Chinon  condamnant  Théaude  de  Châ- 
teaubriant,  et  Françoise  Odart,  sa  femme,  à  payer  à  Jean  de 
Chambes,  ayant  droit  du  duc  d'Alençon,  sa  part  d'une  rente 
de  douze  vingts  livres  tournois  vendue  au  duc  d'Alençon  par 
Renaud  de  Montbazon,  époux  d'Eustachie  d'Anthenaise, 
pour  se  racheter  des  Anglais  qui  l'avaient  fait  prisonnier.  On 
y  trouve  divers  détails  sur  les  descendants  de  Jeanne  d'An- 
thenaise et  on  y  affirme  que  Marguerite  de  Craon  eut  pour 
fils  Aymard  delà  Rochefoucauld*  (^il/'cAiVe*  de  Sourckes, 
communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru). 

1203.  —  1467,  11  avril,  Paris.  —  Arrêt  du  Parlement  ré- 
glant le  partage  de  la  succession  de  Jean  de  la  Rochefou- 
cauld. Il  attribue  à  Françoise  Montbazon,  le  Brandon,  l'hôtel 
de  la  Massegnière  en  la  ville  de  Tours,  Sainte-Maure,  la  Ra- 
hcrie,  Saint-Léger-la-Montagne  ;  à  Marguerite  et  à  Jeanne 
Nouâtre,  Saint-Pierre-du-Faon,  Aizié,  Hérisson,  Ailliers, 
Cremille,  Saint-Maixent,  la  Saisine,  La  Liboslière,  Maurevi- 
gne  mais  elles  doivent  supporter  un  tiers  du  douaire  d'Isa- 
beau  de  Sainte-Maure,  veuve  de  Jean^  (Carré  de  Busserolle, 
Dictionnaire^  IV,  229). 

1204.  —  1467,  V.  s.,  26  février,  les  Montils.  —  Lettres  de 
Louis  XI,  autorisant  Jean  du  Fou  et  Jeanne  de  la  Rochefou- 
cauld à  faire  faire  le  guet  à  Nouâtre  (Carré  de  Busserolle, 
Dictionnaire,  IV,  399;. 

1205.  —  1468,  V.  s.,  24  mars.   —  Aveu   rendu  par  Guil- 

i.  Foucaud  III  n'est  pas  mentionné  dans  cet  acte. 
2.  Cet  acte  complète  le  P.  Anselme,  IV.  424,  qui  n'a  pas  men- 
tioimé  cette  alliance  de  Jean. 


laume  de  Mauny,  à  François  de  Laval,  baron  de  Sonnois  et 
de  Peray,  par  Catherine  d'Alençon,  son  épouse,  pour  Tori- 
gni  (sic)  tenu  de  Peray  (B.  N.,  Du  Chesne,  54,  720). 

1206.  —  1470-1489.  —  Liste  d'aveux  reçu  par  Jean  du  Fou, 
en  qualité  de  seigneur  de  Nouâtre  (Carré  de  Busserolle,  Dic- 
tionnairQ,  IV,  400). 

1207.  —  1471,  11  octobre,  Lyon.  —  Testament  de  Fran- 
çoise de  la  Rochefoucauld  *  (Carré  de  Busserolle,  Diction- 
naire, IV,  300). 

1208.  —  1475,  V.  s.,  23  février.  —  Lettres  par  lesquelles  le 
duc  de  Bretagne  remet  au  sire  de  Guémené  le  rachat  dû 
par  le  décès  de  Marie  de  Montauban,  dame  de  Craon  et  de 
Landal,  sa  mère^  (Note  de  domMorice,  Prem^es,  III,  43). 

1209.  —  1489,  V.  s.,  20  janvier.  —  Aveu  de  Jean  de  Saint- 
Père  rendu  pour  Sainte-Julitte  à  Prégent  de  Preuilly  '  (Carré 
de  Busserolle,  Dictionnaire,  III,  415). 

1210.  —  1494-1500.  —  Liste  d'aveux  reçus  par  Jeanne  de 
la  Rochefoucauld,  en  qualité  de  dame  de  Nouâtre  (Carré  de 
Busserolle,  Dictionnaire,  IV,  400). 

1211.  —  1513,  3  juillet.  —  Testament  de  Jeanne  de  Mailly, 
veuve  d'Antoine  de  Hélandes,  écuyer,  seigneur  de  Montigny, 
près  Rouen  ;  elle  donne  au  collège  Montagu  à  Paris  «  ses 
belles  heures  en  parchemyn  à  l'usage  de  Romme  que  fist  faire 
sa  grant  mère,  Louyse  de  Craon,  fille  de  messire  Guillaume 
de  Craon  (A.  N.,  M,  178,  n<*6,  communiqué  par  M.  l'abbé 
Ledru). 

(A  suivre). 

A.  Bertrand  de  Broussillon  et  P.  de  Farcy. 


1.  On  trouve  dans  le  même  ouvrage  un  second  testament  de 
la  même  sans  date. 

2.  Cette  Marie  de  Montauban,  épouse  de  Louis  I  de  Rohan 
Guémené,  se  rem&ria  en  1464  à  Georges  de  la  Trémoïlle  et  en 
troisièmes  noces  à  Jean  de  Karadreux,  seigneur  de  Neuvillette. 
C'est  à  sa  deuxième  alliance  qu'elle  devait  sa  qualification  de 
dame  de  Craon.  Elle  était  grand  mère  de  Louis  III  de  Rohan, 
époux  de  Renée  du  Fou  (P.  Anselme,  IV,  46). 

3.  Cet  aveu  confirme  ce  qui  a  été  dit  ci-dessus  de  l'héritage  de 
Guy  de  Craon. 


DOCUMENTS    INÉDITS 


DE   GHATEAU-GONTIER 


BAPTEMES   DE   CLOCHES 
1532 

«  Le  jeudi  estant  le  XIP  jour  de  décembre  l'an  mil 
cinq  cens  trente  et  deux  fust  baptisée  la  cloche  moyenne 
de  Sainct  Jehan  Baptiste  de  Chasteau  Gontier,  et  fust 
icelle  nommée  Jehan  par  vénérable  et  discret  maistre 
Jehan  Corntiau,  prestre,  honorable  homme  syre  Jehan 
Delaunay,  parains,  et  honeste  femme  Guyenne  Erfray, 
femme  de  honnorable  sire  Estienne  Chariot',  controlleur 
et  chastelain  dudit  Chasteau  Gontier  2.  » 


1.  Les  Chariot  étaient  seigneurs  de  Luigné,  près  Goudray,  et 
non  de  Luigné  près  Saint-Lambert-de-la-Poterie,  comme  le  dit  le 
Dictionnaire  hist.  de  Maine-et-Loire,  t.  II,  p.  562.  Voir  les  Archives 
du  château  de  Lui^^né.  —  La  femme  de  Gabriel  Chariot,  rece- 
veur des  tailles,  est  citée  parmi  les  bourgeoises  coquettes  qui 
avaient  pris  le  chaperon  de  velours  «  pour  y  mettre  la  coitîure  » 
réservée  aux  demoiselles  nobles,  selon  .T.  Louvet,  en  1573  ;  elle 
se  tua  d'un  coup  de  couteau.  Elle  était  lille  d'André  de  l'IIummeau, 
«  sieur  de  la  Farerye.  »  Gabriel  Chariot  était  fils  d'un  marchand 
de  Château-Gontier. 

2.  Registre  des  baptêmes  de  la  paroisse  de  Saint-Jean-Bap- 
tiste, de  1527  à  1551,  P  89,  v«. 

19 


^94  — 


1625 


«  Le  dernier  jour  d'octobre  de  l'an  1625  a  été  bapti- 
zée  la  cloche  moyenne  de  cette  église  d'Azé.  Parrain  : 
noble  homme  René  Poisson,  conseiller  du  roy,  lieute- 
nant général  civil  et  criminel  du  siège  royal  de  Ghâteau- 
Gontier',  sénéchal  dudit  Azé.  Marraine  :  damoiselle 
Louize  du  Breuil,  fille  de  haut  et  puissant  M®  René  du 
Breuil,  chevalier,  seigneur,  baron  d'Ingrande  et  d'Azé-, 
et  haute  et  puissante  dame  Marguerite  Gochelin^,  son 
épouze.  En  présence  dudit  seigneur  baron.  Et  a  esté  la- 
dite cloche  nommée  Louize,  par  moy  Nouel  Eschard, 
curé  dudit  Azé,  et  des  chapelains  de  ladite  eglize  ^.  » 

1657 

«  Le  11®  jour  de  janvier  l'an  1657  a  esté  faite  la  béné- 
diction de  la  grosse  cloche  de  l'église  de  céans  par 
vénérable  et  discret  M'®  Pierre  Arnoul,  prestre^.  A  esté 


1.  En  créant  le  Présidial  de  la  Flèche,  le  roi  Henri  IV  avait 
enlevé  au  Présidial  du  Mans  la  baronnie  de  Sainte-Suzanne,  et 
au  présidial  d'Angers  la  baronnnie  de  Ghâteau-Gontier  pour  com- 
poser le  nouveau  ressort. 

2.  Les  du  Breil,  chevaliers,  seigneurs  d'Ingrandes,  fief  réuni 
à  la  seigneurie  d'Azé  à  la  lin  du  XV*  siècle  pour  former  une  chà- 
tellenie,  sont  qualifiés  de  barons  au  XVIP  siècle,  dans  les  Regis- 
tres de  la  sénéchaussée  et  siège  présidial  de  Chdteau-Gontier 
(Archives  de  la  Mayenne,  série  B). 

3.  Les  Gochelin  possédaient  la  terre  du  Grand-Marcé,  com- 
mune de  la  Potherie.  Ils  la  cédèrent  vers  1630  à  René  de  Qué- 
herso  de  la  Huberlière,  marchand.  Mathurin  Gochelin,  procureur 
au  siège  présidial  d'Angers,  en  1569,  avait  joué  un  rôle  impor- 
tant pendant  les  guerres  de  la  Ligue  en  Anjou. 

4.  Registres  des  baptêmes  de  la  paroisse  d'Azé. —  Noël  Es- 
chard était  déjà  curé  d'Azé  en  1591.  Il  fut  remplacé  en  1631  par 
Nicolas  Girard.  M.  Gadbin  a  publié  dans  ce  Bulletin,  2^  trimestre 
de  1889,  p.  203,  la  Liste  des  curés  de  la  paroisse  de  Saint-Sa- 
turnin d'Azé,  p.  203.  Il  faut  y  ajouter  Guilaume  Baraize,  curé  de 
1575  à  1586. 

5.  Pierre  Arnoul  fut  curé  de  Bazouges  de  1631  à  1656.  Il  fut 
remplacé  le  10  mai  1656  par  Simon  Bellier,  mort  le  2  juin  1709. 


( 


—  295  — 

parrain,  noble  Pierre  Armenault,  conseiller  du  Roy,  re- 
cepveur  des  tailles  à  Ghasteau-Gontier,  président  au 
grenier  à  sel  dudit  lieu*.  Marraine,  damoiselle  Denise 
de  Beaufort.  En  présence  de  noble  Pierre  Trochon,  sieur 
de  Ghampaigne^,  conseiller  du  Roy  et  advocat  pour  sa 
majesté  au  siège  présidial  dudit  Ghasteau-Gontier 3...  » 

GURÉS   DE   GHATEAU-GONTIER 

BAZOUGES 

1571,  19  juin.  —  Gervaix  Mortreulx  (en  exercice  à 
cette  date,  qui  est  celle  qui  figure  sur  le  premier  feuillet 
du  plus  ancien  registre  des  baptêmes  de  Bazouges). 

1584,  22  juin.  —  N.  Potier. 

1617,  septembre.  —  Jehan  Foucault. 

1631,  août.  —  Pierre  Arnoul. 

1656,  10  mars.  —  Simon  Bellier,  mort  le  2  juin  1709. 

1709,  décembre.  —  J.  Garnier. 

1710,  mars.  —  G.  Allaire. 
1716,  avril.  —  Pierre  George. 
1756,  21  janvier.  —  M.  Gouasnon. 

1777,  5  juillet.  —  Ambroise  Georges,  Massonnais, 
qui  se  retire  le  4  novembre  1791. 

1791,  6  novembre.  —  Denis  Bonneau,  curé  intrus,  élu 
le  30  octobre  1791,  qui  reste  dans  la  paroisse  jusqu'en 
1800.  Il  cède  alors  la  place  à  M.  George,  ancien  curé^. 

1.  Les  Armeuauld,  de  GhîUeau-Gontier,  possédèrent  au  siècle 
suivant  la  terre  de  l'Oncheray,  près  la  Jaille-Yvon. 

2.  Voir  sur  les  Trochon  de  Beaumont,  de  la  Théardière,  des 
Places,  de  Champagne,  de  la  Chapelle,  de  Moulins,  de  Luigné, 
de  rEf)ine,  de  la  Porte,  de  la  Saulay,  du  Port,  de  la  Coudre,  de 
la  Davière.  de  la  Renaudière,  de  Moiré,  de  la  Martinière,  de  Vil- 
leprouvée,  de  la  Cellerie,  de  Mortreux,  de  Vallette,  etc.,  etc. 
V Armoriai  général  de  l'Anjou^  t.  III,  pp.  258-259. 

3.  Registres  des  baptêmes  de  la  paroisse  de  Bazouges. 

'k.  Registres  des  mariages,  baptêmes  et  sépultures  de  Bazouges. 
Documents  authentiques,  etc.,  par  Frédéric  Le  Coq,  III«  partie, 
p.  28). 


^96 


SAINT-REMY 

1446.  —  Geoffroy  Hardy. 

1446-1477.  —  Olivier  Moreau. 

1477-1480.  —  Jehan  Quantin. 

1485-1501.  —  Jehan-René  Tessé. 

1505.  —  Guillaume  Grincheux. 

1565.  —  Guillaume  Jussé. 

1574.  —  Pierre  Guillocheau. 

1577.  —  Jehan  Marion. 

1596.  —  Aubin  Aubry. 

1610.  — Jehan  Lemonnier. 

1617.  12  octobre.  — Fran- 
çois Godoul. 

1627,  2  janvier.  —  Nico-  i      Chapelains  desservants, 
las  Lemasson.  [   Tous  les  quatre  ont  signé 

1627,  juin.  —  Julien  Ro-[   successivement  les  actes 
ger.  \  jusqu'au  23  février  1632. 

1630,   septembre.  —  Je- 
han Mahier. 

1633,  4  mars.  —  Eustache  Guilloteau,  curé. 

1659,  25  février.  —  Jean  Martinet,  mort  le  8  septem- 
bre 1676. 

1676,  3  octobre.  —  Gabriel  Quentin. 

1688,  24  janvier.  —  N.  Tessé. 

1689,  30  mars.  —  Charles  Arthuys,  mort  le  19  avril 
1710. 

1710,  14  mai.  —  Pierre  Dugué. 

1713,  21  juin.  —  René  Noulin,  mort  le  21  mai  1728. 

1728,  5  juin.  —  Jacques-Anne-Maurille  Morin. 

1734,  8  octobre.  —  Carlier,  curé  de  Con-    \ 
grier  et  desservant  de  Saint-Remy.  j 

1735,  19  mai.  —  Delhommeau,  desservant,  /  intérim, 
mort  le  15  juin  1736.  \ 

1736,  7  août.  —  J.  Viel,  desservant.  / 


fl 


-   i97  - 

1739,  20  octobre.  —  J.  Maliier,  desservant.  \ 

1747,  15  mai.  —  Déan  de  Luigné,  desser-  / . 
.  i  intérim, 

vant. 


1747,  17  novembre.  —  Millet,  desservant. 

1758,  25  août.  —  Jacques-Anne-Maurille  Morin,  réap- 
paraît, après  30  ans  d'absence  ;  il  meurt  le  6  octobre 
1777,  âgé  de  75  ans.  Il  était  maître  es  arts. 

1777,  23  octobre.  —  Pierre  Grosnier.  Jl  se  retire  le 
24  juillet  1791'. 

1791,  3  août.  —  Urbain-François-Fouqueret,  curé 
intrus,  qui,  le  3  juillet  1792,  remet  les  actes  de  Fétat-civil 
au  maire  de  Ghâteau-Gontier,  M.  Détriché.  Urbain- 
François  Fouqueret  abdiqua  devant  le  Gonseil  munici- 
pal de  Ghâteau-Gontier,  le  6  pluviôse  an  II,  ses  fonc- 
tions sacerdotales  et  curiales,  et  déclara  ne  pouvoir 
déposer  des  lettres  de  prêtrise,  vu  qu  elles  avaient  été 
brûlées  par  les  Vendéens  lors  de  leur  passage  dans  la 
cité.  En  renonçant,  devant  le  Gonseil,  à  ses  fonctions 
sacerdotales,  Marin-François-Alexandre  Mercier  fait  une 
déclaration  semblable  2. 


SAINT-JEAN 

1442.  —  Jehan  Malherbe,  curé. 

1527.  —  Jehan  Godier  et  André  Durand,  vicaires  as- 
sociés. 

1540,  juillet.  —  Jehan  Georget,  vicaire. 
1550,  septembre.  ~  Jehan  Luet,       id. 


1.  Les  noms  des  curés  de  Saint- Rémy,  aux  XV*  et  XVI®  siè- 
cles, sont  empruntés  à  diverses  sources  inédites.  —  Les  regis- 
tres de  baptômes  etc.  ne  commencent  qu'en  1615  et  ont  fourni  les 
noms  des  autres  curés.  Le  Coq,  lùid.,  p.  2. 

2.  Les  successeurs  concordataires  de  Pierre  Grosnier  furent 
P.  J.  Bréhéret  et  G.  H.  P.  Arthuis,  Le  Goq,  lùid.  p.  3). 


—  298  — 

1551,  août.  —  Julien  Ferchaut,  vicaire. 

1560.  —  Jehan  Le  Sayeux,  curé. 

1569.  —  Jehan  Le  Verrier. 

1603,  novembre.  —  Georges  Le  Roy  (jusqu'en  1645). 

1646.  —  Jehan  Besnier,  mort  le  21  juillet  1653.  On 
l'inhume  «  dedans  le  chœur,  proche  le  balustre  du  grand 
autel.  » 

1653,  20  juillet.  —  René  Le  Roy. 

1667.  —  Jean  Tusse  (jusqu'en  avril  1669). 

1670,  19  décembre.  —  Madelon  Martin,  résigne  à  son 
neveu  après  cinquante-six  ans  d'exercice. 

1726,  31  juillet.  —  François  Deshayes.  Il  est  encore 
curé  en  1761,  mais  une  lacune  de  huit  années  existe  là, 
qui  ne  permet  pas  de  préciser  sa  mort,  ni  l'entrée  en 
fonction  de  son  successeur. 

1768.  —  Aubry  (Ce  prêtre  était  en  service,  à  cette 
date,  depuis  quatre  ou  cinq  ans). 

1770,  23  avril.  —  Mahier  (Jean),  jusqu'au  24  juillet 
1791,  où  il  dut  résigner  ses  fonctions*. 

1791,  25  juillet.  —  P.-J.  Fouqueret,  curé  intrus,  mort 
presque  subitement  le  9  septembre  1791.  Le  Masson  lui 
succéda. 

1792, 15  février.  —  Louis-François  Lévenard,  curé  in- 
trus élu  le  5  février  1792,  rend  les  registres  de  l'état  civil 
le  31  octobre  1792  au  maire  de  Ghâteau-Gontier,  M.  Des- 
triché, puis  abdique  la  prêtrise  le  6  pluviôse  an  II,  pour 


1.  Le  même  jour,  son  successeur  même  écrit  sur  le  registre 
des  baptêmes  :  «  Ici  la  Révolution  fit  sortir  l'entête  Ma- 
hier... »  Le  19  octobre  1791,  au  matin,  le  tonnerre  tomba  sur 
le  clocher  de  Saint-Jean.  Les  marguillers  avaient  sauvé  les  vases 
et  pièces  d'argenterie,  se  réservant  d'en  appliquer  le  montant  à 
la  réparation  du  clocher  incendié,  au  lieu  de  les  déposer  à  la 
mairie  pour  être  envoyés  à  la  Monnaie  de  Paris,  selon  le  vœu  de 
l'assemnlée.  Mais,  dénoncés,  ils  ne  purent  conserver  ces  objets 
et  durent  les  livrer  au  district  le  9  janvier  1793. 


-    299  — 

devenir  un  des  officiers  municipaux  de  la  ville  '.  Il  s'é- 
tait marié  à  Laval  avec  une  religieuse.  11  déclarait  qu'il 
ne  pouvait  déposer  ses  lettres  de  prêtrise  a  attendu  que 
les  brigands  de  la  Vendée  les  ont  brûlées.  ». 

André  Joubert. 


1.  Registres  de  l'état  civil  de  Saint-Jean.  Le  Coq,  Ihid.,  p.  13. 
Le  successeur  concordataire  de  Jean  Mahier  fut  René-François 
Hayer. 


LA  JUSTICE  A  SANG 

1405 

Le  4  mars  1405,  les  officiers  du  seigneur  de  Fromen- 
tières  tenaient  les  assises.  Le  petit  tribunal,  composé 
d'un  sénéchal,  qui  n'était  autre  que  messire  Guillaume 
Hay,  grave  magistrat  et  très  riche  bourgeois  de  Laval, 
d'un  procureur,  d'un  sergent  et  de  plusieurs  recors, 
montrait  une  animation  inaccoutumée  qu'on  pouvait 
prendre  pour  une  satisfaction  non  déguisée.  C'est 
qu'en  effet  on  allait  avoir  à  juger  un  cas  criminel,  rare 
aubaine  pour  la  juridiction  assez  restreinte  du  pré- 
toire de  Fromentières,  où  l'on  ne  siégeait  d'habitude 
que  pour  recevoir  des  aveux  insignifiants,  donner  des 
délais  ou  décerner  des  défauts,  percevoir  des  droits 
et  des  amendes  dérisoires,  ou  tout  au  plus  prononcer 
sur  des  délits  sans  importance.  Cette  fois,  il  s'agissait 
d'un  vol  bien  caractérisé,  qualifié,  dirait-on  aujourd'hui, 
et,  ce  qui  est  plus  important,  les  juges  du  seigneur 
avaient  pris  le  voleur.  Bonne  aubaine,  encore  une  fois, 
et  précieuse  occasion  pour  de  doctes  légistes,  pour  des 
magistrats  zélés,  d'exercer  leur  science  et  de  venger  le 
crime. 

L'accusé  se  nommait  Jean  Vilais,  du  pays  de  Breta- 
gne, valet  de  Jean  Bahoul,  seigneur  de  Baubigné,  et 
son  crime  était  d'avoir,  lui  et  autres  dans  sa  compagnie, 
dérobé  «  partie  d'unie  pipe  de  vin  nouvelle,  jusques  à  la 
valeur  d'une  somme  de  cheval.  »  On  sait  que  Fromen- 
tières, qui  tire  son  nom  d'une  autre  richesse  de  son 
sol  fertile,    était  jusqu'au  XVIP  siècle  un  des   grands 


—  301  — 

crûs  du  Bas-Maine.  A  Fexemple  des  abbayes  et  des  no- 
bles qui,  de  toute  antiquité,  y  possédaient  des  vignes 
pour  leur  provision,  les  bourgeois  enrichis  de  Laval  y 
acquirent  des  clos  qui  furent  encore  cultivés  et  en  bon 
rapport  longtemps  après  le  délaissement  de  cette  cul- 
ture dans  le  voisinage  de  leur  ville. 

La  victime  du  vol,  Michel  Lemaçon,  avait  dénoncé 
comme  coupable  du  larcin  le  valet  du  sire  de  Baubigné, 
les  recors  l'avaient  appréhendé,  mis  en  prison  et  de  là 
conduit  devant  les  «  gens  de  Monseigneur  de  Fromen- 
tières.  » 

Ceux-ci  mirent  grand  soin  dans  l'instruction  de  cette 
cause.  Aucun  ne  manqua  à  l'assemblée  depuis  le  séné- 
chal en  personne  jusqu'au  dernier  des  recors.  Deux  jours 
durant,  on  questionna  le  malfaiteur,  ce  qui  ne  doit  s'en- 
tendre pourtant,  croyons^nous  sans  l'affirmer,  que  delà 
question  verbale  et  non  corporelle.  Enfin  il  fut  procédé 
tant  et  si  bien  que  Perrot  Vilays  «  cognut  et  confessa 
vers  Michel  Lemaçon,  en  jugement,  que  à  desceue  du- 
djt  Maçon  et  sans  son  assentement,  lui  et  autres  en  com- 
paignie,  avoint  prins  et  s'estoint  encesinez  »  du  vin  dis- 
paru. 

Devant  cet  aveu  du  coupable  la  justice  n'avait  plus 
qu'à  prononcer  la  peine  et  pour  cela  à  consulter  le  code 
pénal  d'alors,  c'est-à-dire  la  coutume  du  Maine,  non  ré- 
formée encore.  Or  la  coutume  du  Maine  n'était  pas  ten- 
dre aux  voleurs,  et  parmi  les  voleurs  elle  frappait  plus 
impitoyablement  ceux  qui  avaient  dérobé  les  aliments 
communs.  Il  ne  s'agissait  pas  seulement  d'une  répara- 
tion envers  le  volé,  ni  de  la  prison,  ni  d'une  peine  aJUic- 
tive  passagère.  Il  fallait  que  le  coupable  portât  à  tout 
jamais  une  marque  visible  de  sa  qualité  de  voleur.  Aussi 
maître  (juillaume  Hay  éleva-t-il  la  voix  avec  solennité 
pour  dire  :  «  Nous  avons  déclaré  par  jugement  que  ledit 
Perrot  Vilais  a  desservi  avoir  coupée  l'oraille.  » 


—  302  — 

A  ce  mot  d'oreille  coupée,  Perrot  ne  put  retenir  un  cri, 
ni  reprimer  un  mouvement  instinctif  de  protection  pour 
la  partie  menacée.  Il  avait  la  faiblesse  de  tenir  excessive- 
ment à  ses  deux  oreilles  ;  la  gauche  et  la  droite  lui  étaient 
également  précieuses,  il  n'en  avait  aucune  qu'il  voulût  sa- 
crifier ;  aussi,  sans  fausse  honte,  en  toute  humilité,  seprit-il 
à  supplier  ses  juges  de  n'être  pas  aussi  rigoureux  pour 
une  faute  qu'il  avouait  et  pour  un  tort  qu'il  réparerait. 
Ses  amis  intervinrent,  son  maître  surtout  qui  tenait  à 
son  valet,  et  qui  n'eût  pas  été  flatté  d'avoir  à  son  ser- 
vice un  garçon  estropié  par  la  justice.  La  justice  ne  fut 
pas  inexorable  ;  elle  voulut  bien  laisser  à  Perrot  Vilays 
ses  deux  oreilles,  «  commuant  et  mettant  à  amende  civile 
le  cas  criminel  et  la  punition  corporelle  »  qu'il  avait  en- 
courue. L'amende  fut  de  quatre  livres,  alors  que  la  répa- 
ration envers  Michel  Lemaçon  pour  son  vin  volé  n'était 
que  de  vingt  sols.  De  plus  le  coupable  devait  faire  «  un 
voiage  pour  monseigneur  à  Monsieur  Saint  Michel  du 
Mont.  »  Ce  qui  prouve  que  tous  ceux  qui  cheminaient 
par  les  chemins  montais  ne  le  faisaient  pas  toujours  par 
un  motif  de  dévotion  personnelle  et  spontanée. 

Enfin  le  voleur  fut  content  d'avoir,  à  ce  prix,  évité  l'o- 
pération douloureuse  qui  l'eût  privé  d'un  ornement  in- 
dispensable à  la  figure  des  honnêtes  gens.  Le  petit  tri- 
bunal qui  avait  si  bien  travaillé  s'adjugea  pour  son 
salaire,  sur  les  quatre  livres  d'amende,  vingt  sols  qui 
furent  répartis  entre  ses  membres  proportionnellement  à 
la  dignité  de  leur  fonction.  Vingt  sols  entre  cinq,  c'est 
petit  profit,  mais  qui  vaut  bien  encore  une  oreille  de 
vilain  ^ . 

A. 

1.  Arch.  départem.  de  la  Mayenne,  E,  25  f"  11. 


PROCES-VERBAUX  DES  SEANCES 


SEANCE  DU  18  OCTOBRE  1892 


La  séance  est  ouverte  à  deux  heures,  à  la  Préfecture, 
sous  la  présidence  de  M.  Floucaud  de  Fourcroy. 

Sont  présents  :  MM.  Floucaud  de  Fourcroy,  prési- 
dent, de  Martonne,  Angot,  Richard,  de  Beauchesne, 
membres  titulaires,  et  MM.  Chappée,  Anis,  Letour- 
neurs,  Raulin,  Œhlert,  membres  correspondants. 

MM.  P.  de  Farcy,  Liger,  Garnier,  Abraham,  de  la 
Beauluère,  Tirard  sont  excusés. 

Sont  proposés  comme  membres  correspondants  : 
MM.  Tabbé  Délépine,  curé  de  Sacé. 

C*^  Léopold  de  Quatrebarbes,   à  Saint-Laurent- 
des-Mortiers. 

Robert  Mowat,  10,  rue  des  Feuillantines. 

Sur  le  bureau  sont  déposés  les  ouvrages  suivants  : 
Congrès  archéologique  de  France^  56®  session,  Evreux; 
—  Ricouart  :  Les  cinq  livres  des  astronomiques  de 
Marcus  Manilius^  traduction  en  vers  ;  Les  biens  de 
l'abbaye  de  Saint-Wast  (2  vol)  ;  Translation  des  reli- 
ques de  Saint-Wandrille  \  Etudes  sur  les  noms  de 
lieu  du  département  du  Pas-de-Calais  ;  —  R.  P.  Dom 


-  304  - 

Paul  Piolin  :  Le  théâtre  chrétien  dans  le  Maine  au 
cours  du  moyen-âge;  —  Bulletin  de  la  Société  histo- 
rique et  archéologique  de  l'Orne  (T.  XI)  ;  —  Bulletin 
de  la  Société  archéologique  de  Nantes;  —  Bulletin 
de  la  Société  de  l'Orne  ;  —  Commission  des  antiqui- 
tés et  des  arts  de  Seine-et-Oise  (T.  XII)  ;  —  Bulletin 
de  la  Société  d' agriculture ^  sciences  et  arts  de  la  Sar- 
the  ;  —  Revue  du  Maine  ;  —  Revue  de  l'Anjou  ;  —  Re- 
vue Normande  et  Percheronne. 

M.  le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  Cor- 
née, qui  remercie  la  Commission  de  l'avoir  nommé 
membre  correspondant. 

M.  H.  Letourneurs  communique  des  photographies 
d'émaux  appartenant  à  M.  J.  Letourneurs  et  à  M.  de  la 
Beauluère.  Ces  photographies  doivent  servir  de  docu- 
ments à  un  ouvrage  sur  les  émaux  qui  se  publie  à  Li- 
moges. 

L\    PREMIÈRE    ÉGLISE    SAINT-MARTIN,    A    LAVAL 

M.  l'abbé  Angot  donne  ensuite  lecture  de  l'intéres- 
sante note  suivante  : 

((  On  peut  remarquer  à  Laval  dans  la  rue  de  Rennes  au 
fond  d'une  ruelle  en  cul  de  sac  qui  précède  la  maison 
de  M,  Courcelle  quand  ou  vient  de  la  rue  Joinville,  une 
vieille  porte  dont  les  décorations  ont  été  profondément 
mutilées,  mais  qui,  dans  son  ensemble,  accuse  nettement 
l'époque  romane.  Je  n'en  ferai  pas  ici  la  description,  me 
contentant  d'en  constater  le  style  qui  est  indiscutable. 
L'édifice  auquel  cette  porte  est  annexée  et  dont  elle  fait 
partie,  transformée  en  maison  d'habitation  avec  cave  ré- 
gnant sous  le  tout  forme  un  carré  long  de  8  à  9  mètres  sur 
20  à  l'intérieur,  et  n'offre  à  première  vue  aucun  carac^ 
tère  bien  accusé  d'antiquité. 

Toutefois,   si  l'on  considère  que  ce  vaste  vaisseau  a 


-^  305  - 

été  construit  sans  aucun  mur  de  refend,  et  que  la  cave 
présente  encore  cette  disposition  ;  si  Ton  fait  attention 
aux  murs  qui  ont  une  épaisseur  d'un  mètre  vingt  centi- 
mètres^ on  sera  porté  à  croire,  et  c'est  l'opinion  que 
j'émets  ici,  que  le  monument  entier,  au  moins  dans  la 
partie  inférieure  de  ses  murailles,  est  de  la  même  date 
que  la  porte  romane  qui  orne  son  pignon  vers  l'est.  Ce 
serait  donc  le  vaisseau  d'une  église  ou  d'une  vaste  salle 
de  couvent  construit  dans  cet  endroit  au  XP  siècle. 

Gomment  un  édifice  de  cette  importance  n'a-t-il  été  si- 
gnalé par  aucun  de  nos  historiens  Lavallois  ?  C'est  qu'é- 
videmment il  ne  fut  jamais  occupé  par  une  communauté 
qui  ait  vécu.  Je  crois  donc  qu'on  pourrait  lui  appliquer 
un  incident  de  l'histoire  de  Guy  II,  auquel  les  histo- 
riens de  la  province  n'ont  fait  qu'une  allusion  trop  vague 
mais  qui  est  relaté  avec  détails  dans  les  histoires  de  Mar- 
moutier,  surtout  par  don  Alexandre  Le  Michel,  dont 
l'ouvrage  se  trouve  en  manuscrit  à  la  bibliothèque  de 
Tours. 

«  Nous  passerons  sous  silence,  dit-il,  pour  cause  de 
brièveté,  un  document  où  l'on  peut  lire  pourtant  un 
fait  très  notable.  Il  y  est  raconté  que  Guy,  fondateur  et 
seigneur  du  château  que  l'on  nomme  Laval,  avait  donné 
depuis  longtemps  la  terre  (où  fut  plus  tard  construit  le 
bourg  de  Saint-Martin)  à  un  moine  de  Saint-Calais  du 
nom  de  Guérin,  qui  fut  mis  à  la  tête  du  monastère  pro- 
jeté de  Saint-Martin.  Assez  longtemps  après,  alors  que 
son  couvent  était  à  peine  commencé,  Guérin  fut  tué.  Ce 
moine  s'était  soustrait  à  l'obéissance  de  son  abbé  pour 
fonder  un  couvent  indépendant  de  toute  subjection  et 
Guy  de  Laval,  entrant  dans  son  intention,  lui  avait 
donné  un  terrain  près  de  son  château  pour  y  construire 
une  église  et  un  bourg,  Car  il  désirait  avoir  là  une  ab- 
baye qui  fût  le  chef-lieu  de  tout  ce  qwe  Guérin  pourrait 
acquérir.  » 


-  306  — 

On  trouvera  peut-être  que  ce  monastère,  qui  fut  à 
peine  commencé  et  bientôt  interrompu  dans  sa  construc- 
tion par  la  mort  tragique  de  son  fondateur,  pourrait  bien 
nous  donner  l'explication  de  la  présence  dans  le  quar- 
tier de  Saint-Martin  d'un  monument  qui  n'a  point  d'his- 
toire, parce  que,  comme  l'église  de  la  Gassine  près  de 
Forcé,  il  ne  fut  jamais  achevé. 

M.  le  comte  de  Beauchesne  annonce  à  la  Commission 
que  M.  le  comte  de  Saint-Paul,  propriétaire  des  ruines 
de  Bois-Thibault,  serait  peut-être  disposé  à  céder  à  ti- 
tre gracieux  au  département  ces  intéressants  vestiges, 
à  cofidition  qu'ils  fussent  entretenus.  M.  le  comte  de 
Beauchesne,  si  la  Commission  veut  bien  agir,  offre  de 
faire  chaque  année  les  frais  d'entretien,  pourvu  qu'ils  ne 
dépassent  pas  une  certaine  somme. 

M.  le  comte  de  Beauchesne  donne  ensuite  lecture 
d'une  intéressante  étude  sur  l'église  de  Cigné. 

M.  E.  Moreau  annonce  que  le  musée  de  Laval  vient 
de  s'enrichir  d'une  inscription  en  l'honneur  de  Jean  de 
Birague,  provenant  originairement  de  l'église  d'Entram- 
mes  et  en  dernier  lieu  remisée  sous  une  gouttière,  dans 
la  cour  d'une  maison  de  la  rue  Sainte-Anne,  au  carre- 
four dit  de  la  Croix-Bidault.  Cette  inscription  est  ainsi 
conçue  : 

ICY    REPOSE    EN    DIEV    LE    CŒUR 
DE    HAVLT    ET    PVISSANT    SEIGNEVR 
MESSIRE    JEAN    MARQVIS    DE 
BIRAGVE    BARON    d'eNTRAMES 
CHEVALIER    DES    ORDRES    DU    ROY 
CONSEILLER    EN    SES    COSEILS 
LIEVTENT    GENERAL    DE 
LARTILLERIE,    ISLE    ET    ARSENAL 
DE    FRANCE,    SEIGNEVR    DE    LA 


—  307  — 

MORLAIE    DE    MONTIGNÉ    CHAVMERAY 

l'ovtagerie   et  CLEQVEL  FVT 

BLESSÉ    DVN    COVP    DE    MOVSQVET 

DANS    LA    TESTE    AV    SIEGE    DEVANT 

DONQVERQUE    DANS    l'eXPEDITION 
DES    BATTERIES    DV    DICT    SIEGE 
LE    HVIGTIEME    JOVR    DE    JVIN 
MIL    SIX    CENT    CINQVANTE    HVIGT 
DONT    AYANT    DÉCÉDÉ    LE 
SEIZIEME    SON    CORPS    FVT    EN 
SEPVLTVRE    DANS    LEGLISE 
CATHEDRALE    DE    CALAIS    ET 
SON    CŒUR    AMENÉ    ICY    PASSANTS 
PRIEZ    POUR    LUY    REQVIEM 
IN    PACE. 

Cette  pierre  est  ornée  des  armoiries  du  défunt  et 
d'une  gravure  représentant  deux  pièces  d'artillerie. 

Le  même  musée  vient  également  d'acquérir  une  belle 
statuette  provenant  de  l'ancienne  église  Saint-Martin  de 
Montsùrs. 

M.  l'abbé  Anis  donne  quelques  détails  sur  un  impor- 
tant travail  qu'il  a  entrepris  concernant  Rivault  de 
Fleurancc  et  dont  il  réserve  la  publication  au  Bulletin. 

L'ordre  du  jour  étant  épuisé,  la  séance  est  levée  à 
quatre  heures. 


BIBLIOGRAPHIE 


Simon  et  David  de  Heemsce,  peintres-verriers  à 
Moulay  (Mayenne)  1543-1567,  par  M.  l'abhé  Angot, 
1  brocïi.  in-8°,  extraite  de  la  Revue  du  Maine  :  Mamers, 
Fleury  et  Dangin,  1893. 

On  n'ignorait  pas,  d'après  certains  documents,  qu'un  ate- 
lier de  peintre-verrier  avait  été  en  activité  à  Moulay  dans  le 
cours  du  XVP  siècle  ;  on  savait  même  que  l'artiste  ou  l'un 
d'eux  se  nommait  «  maître  Simon,  »  ou  «  Simon  de  Hemsse,  » 
s'il  fallait  s'en  rapporter  à  un  marché  conclu  par  lui  pour  la 
décoration  du  réfectoire  des  Cordeliers  de  Laval.  Mais  là 
s'arrêtaient  les  vagues  notions  que  l'on  possédait  sur  son 
compte. 

M.  l'abbé  Angot  a  poussé  plus  loin  ses  investigations.  Il 
a  découvert  que  l'atelier  était  établi  à  la  Bretonnière,  en  Mou- 
lay, que  Simon  de  Heemsce,  — telle  paraît  être  la  véritable  or- 
thographe de  son  nom,  —  avait  probablement  pour  collabo- 
rateur son  frère  David  de  Heemsce,  peintre,  qui  décora  en 
1557  une  cassette  de  l'autel  de  la  Vierge  à  Notre-Dame  de 
Mayenne.  La  période  pendant  laquelle  ces  artistes  travaillè- 
rent paraît  limitée  entre  1543  et  1567.  Malgré  leur  isolement 
dans  un  coin  retiré  et  ignoré,  ils  répandirent  dans  toute  la 
province  les  produits  de  leur  art.  Malheureusement  les  ver- 
rières citées  comme  étant  leur  ouvrage  dans  des  contrats  au- 
thentiques conclus  par  eux  n'existent  plus.  M.  l'abbé  Angot 
pense  qu'il  y  aurait  quelques  raisons  de  leur  attribuer  la  ma- 
gnifique verrière  de  Montaudin  \  certains  vitraux  de  la  ca- 


1.  Opinion  déjà  émise  par  M.  Jules  Le  Fizelier  :  La  cuve  bap- 
tismale de  Montaudin,  dans  Etudes  et  Récits. 


-  309  - 

thédrale  de  Dol,  et  un  fragment  très-curieux  qui  subsiste 
encore  dans  l'église  de  Martigné*. 

Quant  à  la  biographie  de  Symon  de  Heemsce  elle  reste  en- 
core à  faire,  de  l'aveu  même  de  M.  l'abbé  Angot.  Mais  mal- 
gré cette  déclaration  toute  modeste,  l'auteur  en  apporte  lui- 
même  un  premier  élément  ;  il  cite  in  extenso  un  document 
inédit,  que  lui  a  communiqué  M.  l'abbé  A.  Ledru  et  duquel  il 
résulte  que  maître  Simon  se  trouva  compris,  en  1545,  comme 
soupçonné  d'hérésie,  dans  une  dénonciation  au  Parlement, 
puis  sommé  de  comparaître  en  1553  ;  selon  toute  vraisemblance 
cette  accusation  fut  reconnue  fausse  ou  peu  justifiée,  puisque 
nous  voyons  notre  artiste  exerçant  encore  sa  profession  en 
1567. 

L'excellente  notice  de  M.  l'abbé  Angot  offre  un  grand  inté- 
rêt. Elle  prouve  qu'il  n'est  pas  d'énigme  historique  qu'on  ne 
puisse  espérer  résoudre,  dfu  moins  en  partie,  grâce  à  des 
recherches  patientes  et  un  peu  de  ce  prétendu  «  bonheur  » 
dont  sont  précisément  favorisés  ceux-là  mêmes  qui  le  méri- 
tent et  savent  le  provoquer  par  une  longue  suite  de  travaux 
consciencieux.  E.  M. 


Documents  authentiques  pour  servir  à  l'histoire 
de  la  constitution  civile  du  clergé  dans  le  départe- 
ment de  la  Mayenne,  par  M.  F.  Le  Coa,  ;  7^  partie,  Dis- 
trict de  Yillaines  ;  1  vol.  in-8%  Laval,  Cnailland,  1893. 

M.  ¥ .  Le  Coq  vient  de  publier  la  dernière  partie  de  son 
important  ouvrage  concernant  la  constitution  civile  du  clergé 
dans  le  département  de  la  Mayenne.  Il  y  traite  du  district  de 
Yillaines  (Lassay  en  1793).  Nous  retrouvons  dans  ce  fascicule 
la  même  méthode  et  le  même  plan  que  dans  les  précédents. 
Nous  ne  le  résumerons  pas,  car  un  travail  de  cette  nature, 
rempli  do  faits,  échappe  à  toute  analyse  ;  mais  nous  nous  em- 
presserons de  dire  qu'il  clôt  dignement  un  ouvrage  dont  il  a 
été  rendu  compte  ici,  au  fur  et  à  mesure  de  la  publication  de 
ses  diverses  parties.  Rappelons  aussi  que  cet  ouvrage  sup- 
pose, de  la  part  de  l'auteur,  une  somme  de  recherches  consi- 
dérables, et  mot  d'un  seul  coup,  à  la  disposition  du  public, 
une  masse  énorme  de  documents. 

Le  dernier  fascicule  contient  des  suppléments  et  errata  se 
rapportant  aux  parties  antérieurement  publiées.        O.  R. 


1.  Nous  nous  rangerions  d'autant  plus  volontiers  sur  ce  (U*r- 
uier  point,  à  l'avis  de  l'auteur,  que  la  uieme  idée  nous  vint  spon- 
lanéinent,  il  y  a  qucUpies  anuces,  pendant  une  visite  de  l'église 
de  Martigné.' 


-   310     - 

La  Ville  Rouge  de  Tennis,  par  M.  F.  Liger,  1  broch. 
in-8°,  extraite  de  la  Re{>ue  du  Maine,  Mamers,  Fleury  et 
Dangin,  1892. 

Notre  collègue  M.  F.  Liger,  l'infatigable  et  heureux  cher- 
cheur de  vestiges  gallo-romains,  vient  de  publier,  en  une 
brochure  à  part,  une  curieuse  description  de  la  ville  de  Ten- 
nie  (22  kil.  O.-N.-O.  du  Mans).  Les  ruines  couvrent  un 
espace  de  vingt-six  hectares  au  minimum.  Elles  consistent  en 
substructions  et  en  débris  de  toute  sorte  épars  à  la  surface  du 
sol.  C'est  la  plus  importante  agglomération  romaine  qui  ait 
été  jusqu'ici  signalée  dans  notre  province,  après  Le  Mans, 
Oisseau-le-Petit  et  Jublains. 

M.  Liger  incline  à  penser  que  Tennie  fut  une  ville  ou  tout 
au  moins  une  mansio  d'origine  purement  romaine,  établie 
dans  le  P""  siècle  de  notre  ère.  Il  y  désigne,  avec  beaucoup 
de  vraisemblance,  les  emplacements  du  temple,  de  la  basili- 
que, du  théâtre,  des  bains.  Quant  à  l'époque  de  sa  destruc- 
tion, elle  est  la  même  que  celle  d'autres  centres  connus  de 
notre  province  ;  c'est  cette  période  de  277  à  280  qui  vit  tant 
de  rumes  et  l'enfouissement  de  tant  de  trésors.  Plus  tard 
Tennie,  comme  Jublains,  se  releva  péniblement  de  ses  désas- 
tres. Au  VIP  siècle  elle  était  une  villa  ;  elle  est  devenue  un 
bourg,  modeste  mais  toujours  riche  en  vestiges  archéologi- 
ques. E.  M. 


Ce  qu'étaient  les  puits  funéraires,  note  de  M.  G. 
Fleury,  extraite  du  Bulletin  de  la  Société  hist.  et  arch.  de 
l'Orne. 

Combattant  une  assertion  émise  dans  le  Bulletin  monu- 
mental^  d'après  lesquels  les  puits  funéraires  seraient  de  sim- 
ples cloaques  destinés  jadis  à  recevoir  des  débris  de  cuisine, 
de  vaisselle  et  des  décnets  de  toute  sorte,  M.  G.  Fleury  lui 
oppose  ses  propres  observations  faites  à  Saint-Remy-des- 
Monts,  où  il  a  visité  des  puits  construits  sur  un  plan  uniforme 
et  offrant  visiblement  un  caractère  funéraire.  Il  pense  donc,  à 
juste,  titre  selon  nous,  que  si  certains  puits,  improprement 
qualifiés  de  funéraires,  ont  pu  n'être  en  réalité  que  de  simples 
cloaques,  il  faut  se  garder  de  généraliser  la  conclusion,  et  ne 
pas  rayer  d'un  coup,  de  notre  répertoire  archéologique,  une 
série  ae  vestiges  dféjà  maintes  fois  reconnus  et  sunisamment 
déterminés.  E.  M. 


-  311  — 

Inventaire  des  Archives  des  châteaux  bretons;  — 
Archives  du  château  de  Saffré,  1304-1610,  publiées  par 
le  Marquis  de  l'Estourbeillon.  1  vol.  in-8°  ;  Vannes  Lafolye, 
Paris,  Picard,  1893. 

M.  le  marquis  de  l'Estourbeillon  vient  de  publier  le  pre- 
mier fascicule  d'un  vaste  inventaire  qu'il  prépare  des  prmci- 
paux  cliartriers  bretons.  Cette  publication  lui  paraît,  à  juste 
titre,  le  complément  très  utile  et  tout  indiqué  des  inventaires 
d'archives  de  nos  dépôts  publics. 

Les  archives  de  Satîré  ont  été  analysées  de  1394  à  1610. 
Nous  ne  pouvons  donner  à  notre  tour  un  résumé  de  cette 
analyse,  si  intéressante  qu'elle  soit  pour  les  Bretons.  Nous 
dirons  toutefois  que  Jehan  de  Laval,  sire  de  Châteaubriant, 
devint  en  1527  usufruitier,  puis  en  1542  propriétaire  de  la  sei- 
o^neurie  de  Saffré,  qui,  la  même  année,  passa  par  échange  à 
Louis  d'Avaugour,  seigneur  de  Kergrois  ;  les  d'Avaugour  la 
conservèrent,  sous  leur  nom,  pendant  plus  d'un  siècle. 

Au  point  de  vue  général  nous  applaudirons  à  l'intelligente 
initiative  de  M.  de  l'Estourbeillon  ;  s'il  trouvait  quelques  imi- 
tateurs dans  chacune  de  nos  provinces,  que  de  trésors  se- 
raient révélés  aux  érudits  et  combien  d'autres  échapperaient, 
du  moins  partiellement,  à  l'anéantissement  complet  qu'un 
hasard  peut  infliger  même  à  ceux  d'entre  eux  qui  paraissent 
le  plus  à  l'abri  et  le  mieux  gardés  !  E.  M. 


Depuis  le  mois  de  janvier  dernier  paraît  au  Mans  une  nou- 
velle revue  :  L'Union  historique  et  littérairç^  du  Maine ^  re- 
cueil mensuel  sous  la  direction  de  MM.  l'abbé  Ambroise 
Ledru,  l'abbé  Ern.  L.  Dubois  et  l'abbé  Henri  Bruneau. 

Cette  revue  qui  se  propose  de  donner  des  travaux  histori- 
ques et  littéraires  et,  croyons-nous  aussi,  de  publier  des  do- 
cuments, a  brillamment  débuté  par  des  articles  signés  A.  Le- 
dru, Ern.  Dubois,  L.  Froger,  E.  Chambois,  A.  Angot, 
A.  Anis,  J.  Chappée,  qui  intéressent  plus  spécialement  le  dé- 
partement de  la  Sarthe. 

Nous  souhaitons  bonne  et  longue  vie  à  la  nouvelle  publica- 
tion, bien  convaincus  qu'elle  contribuera  pour  sa  large  part 
au  progrès  des  études  historiques  dans  notre  province  ;  sa 
direotion  nous  en  est  le  plus  sûr  garant. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Histoire  de  l'Imprimerie  à  Laval  jusqu'en  1789,  par  M. 
l'abbé  A.  Angot 13 

Recherches  sur  divers  titulaires  de  magistratures,  charges 
et  offices,  de  la  ville  et  du  comté  de  Laval  (suite),  par 
M.  DE  LA  Beauluère 57 

Notice  sur  les  seigneurs  de  Vautorte  (Fin),  par  M.  l'abbé 
Ch.  Pointeau 93 

Sigillographie  de§  Seigneurs  de  C'raon  (Suite)  par  MM.  A. 
Bertrand  de  Broussillon  et  Paul  de  Farcy  .     .     .       118,  220 

David  Rivault  de  Fleurance  et  les  autres  précepteurs  de 
Louis  XIII,  par  M.   l'abbé  A.  Anis 165 

Recherches  sur  Saint-Denis-de-Gastines,  par  M.  A.  Fau- 
con   195 

Quelques  notes  sur  l'ancienne  chapelle  et  la  seigneurie  de 
Gastines,  en  Molières,  près  Ghemazé,  par  M.  R.  Gadbin.       214 

Documents  inédits  pour  servir  à  l'histoire  de  Château- 
Gontier,  par  M,  A.  Joubert 293 

La  Justice  à  sang  (1405),  par  M.  A 300 


PROCES- VERBAUX  DES  SÉANCES 

Séanc»'  du  8  juillet  1892 15'i 

—        18  octobre  1892 303 


314  — 


FAITS  DIVERS 


Musée  de  Jublains.    .     .     , 155 

La  première  église  Saint-Martin,  à  Laval 304 

Château  de  Boisthibault 306 

Inscription  de  Jean  de  Birague 306 

BIBLIOGRAPHIE 

L'abbaye  de  Fontaine-Daniel,  sa  fondation  et  ses  derniers 

jours,  par  Edm.  Leblanc 157 

La  maison  de  la  Reine  Bérengère  au  Mans,  par  R.  Triger.       158 
Lettres  intimes  de  Mgr  Cohon,  évêque  de  Nîmes,   publ. 

par  Prosper  Falgairolle 159 

Un  moine  au  XIX®  siècle  :  Dom  Piolin,  par  Joseph  Denais.       160 
Tableaux  généalogiques,  etc.,  sur  les  familles  de    Vitré, 

par  /.  C.  Frain   de  la  Gaulairie 161 

Le  doigt  de  la  Morte,  par  l'abbé  A.  Ledru 161 

Ecrits  inédits  de  Saint-Simon,  Tomes  VII  et  VIII,  publiés 

par  M.  le  vicomte  S.  Menjot  d'Elbenne 161 

Etudes  pour  servir  à  l'interprétation  des    noms  de  lieux, 

par  L.  Ricouart. 162 

Simon  et  David  de  Heemsce,  peintres-verriers  à  Moulay 

(Mayenne)  1543-1567,  par  M. /'a/^ée^wg'of 309 

Documents    authentiques   pour   servir   à  l'histoire   de    la 
constitution  civile  du  clergé  dans  le  département  de   la 

Mayenne,  par  M  F.  Le  Coq 309 

La  Ville  Rouge  de  Tennie.  par  M.  F.  Liger 310 

Ce  qu'étaient  les  puits  funéraires,  note  de  M.   G.  Fleury.      310 
Inventaire  des  Archives  des  châteaux  bretons  ;  —  Archi- 
ves du  château  de  Saffré,  1394-1610,  publiées  par  le  Mar- 
quis de  l'Estourheillon 311 


316  — 


TABLE  DES  GRAVURES 


Frontispices  d'anciens  ouvrages  imprimés  à  Laval.       21,  23,  25, 

31,  33,  47,  55 

Sceau  de  Guillaume  I,  1345  et  1357 124 

Sceau  et  contre-sceau  des  causes  de  Morannes,  1361.  .     .  124 

Sceau  des  causes  de  la  vicomte  de  Ghâteaudun,  1387-1389.  125 

Sceau  de  Marguerite  de  Flandre. 125 

Signet  de  Patry  de  Sourches,  seigneur  de  Malicorne,  1347.  130 

Sceau  de  Guy  de  Graon,  1389 •     •  'ï^l 

Sceau  de  Renaud  de  Maulevrier,  1379 133 

Sceau  de  Hervé  de  Mauny,  1388 134 

Blason  de  Mauny,  voûte  de  la  Ghapelle-Saint-Rémy.     .     .  135 

Ganon  à  vapeur,  de  David  Rivault 187 

Sceau  de  Guillaume  II,  1379 224 

Sceau  de  Guillaume  II,  1383 225 

Sceau  de  Guillaume  II,  1388-1401 225 

Sceau  ue  Guy  VIII  de  la  Rochefoucauld,  1383 230 

Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1348 231 

Sceau  de  Maurice   Mauvinet,  1353 232 

Sceau  de  Maurice  Mauvinet,  1392 232 

Sceau  d'Aimery  Odard,  1330 234 

Sceau  de  Jean  de  Hangest,  1392 236 

Sceau  de  Jean  de  Hangest,  1410 236 

Sceau  de  Jean  d'Au^illers,  huissier  au  Parlement,  1402.     .  239 

Sceau  de  Jean  de  Montbazon,  1405 242 

Sceau  de  Jean  de  Montagu,  1393 242 

Sceau  de  Jean  de  Montagu,  1406 243 


—  316  — 


TABLE  DES  NOMS  D'AUTEURS 


TRAVAUX   ORIGINAUX    ET    DOCUMENTS 
MM. 

Angot  (l'abbé) 13 

Anis  (l'abbé) 165 

Beauluère  (L.  de  la) 57 

Broussillon  (Bertrand  de) 118,  220 

Farcy  (Paul  de) 118,220 

Gadbin  (René).     .     .     .' 214 

Joûbert  (André) 293 

Pointeau  (l'abbé) 93 


AUTEURS    CITES    DANS    LES    ANALYSES    HIHLIOGKAI'HIQUES 

Angot  (A.) :m 

Denais  (J.) 160 

Elbenne  (d') 161 

Estourbeilllon  (de  1') 311 

Falgairolle  (P.) 159 

Fleury  (G.) 300 

Gaulairie  (Frain  de  la) 161 

Leblanc  (E.) 157 

Le    Coq   (F) 309 

Ledru  (A.)  .     .     , 161 

Liger  (F.) 310 

Hicouart  (L.) 162 

Triger  (R.) 158 


Laval.  —  Imprimerie  H.  Leroux,  rue  du  Lieutenant,  2. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  COMMISSION 


Revue  du  Maine. 

L'Union  historique  et  littéraire  du  Maine ^  livraisons 
1,  2,  3,  4.  (Nouvelle  i?6t?we?  publiée  au  Mans). 

Bulletin  de  la  Soc.  arch.  de  Nantes, 

Bulletin  de  la  Soc.  hist,  et  arch.  de  l'Orne. 

Bulletin  de  la  Soc.  d'agricidtiire  sciences  et  arts  de  la 
Sarthe. 

Bulletin  et  mém.  de  la  Soc.  arch.  d'Ille-et- Vilaine. 

Le  cimetière  d'Herpès  {Fouilles  et  collections  dePh.  De- 
lamain)  publication  de  la  Soc.  arch.  et  hist.  de  la  Charente, 
Grand  in-4°,  Angoulême,  1892. 

F.  LiGER.  —  La  ville  rouge  de  Tennie, 

F.  Le  Coq.  —  Constitution  civile  du  clergé.  —  District 
de  Villaines. 


La  liste  des  ouvrages  offerts  à  la  Commission  sera 
insérée  à  cette  place,  sans  préjudice  du  compte-rendu 
qui  sera  fait  de  tout  ouvrage  intéressant  le  Maine  dont 
elle  aura  reçu  deux  exemplaires. 


^Secrétaire  Général,  f.  f.  de  Gérant  {Loi du  29  juillet  1881). 

E.    MOREAU. 


LE  BULLETIN  DE  LA  COMMISSION  HISTORIQUE  ET 
ARCHÉOLOGiaUE  DE  LA  MAYENNE  paraît  tous  les 
trimestres^  en  livraisons  comptant  environ  128  pages. 
Il  forme  deux  volumes  par  an. 

n  donne  des  gravures  et  illustrations  aussi  souvent 
que  le  permettent  les  sujets  traités  et  les  ressources  dont 

il  dispose. 

Les  personnes  étrangères  à  la  Commission  peuvent  sy 
abonner  comme  à  toute  publication  périodique. 

Le  prix  de  l'abonnement  est  de  DIX  FRANCS  par  an. 

Les  engagements  pour  cotisations  ou  abonnemen1^_ 
continuent  de  plein  droit  s'ils  ne  sont  pas  dénoncés 
avant  le  !"•  janvier.. 


Il  reste  encore  quelques  exemplaires  des  tomes  III, 
IV  et  V  de  la  première  série,  qui  sont  en  vente  au  prix 
de  six  francs  le  volume. 


Les  tomes  I,  II,  m,  IV  et  V  de  la  2^  série  sont  en  vente 
au  prix  de  12  francs  l'année. 


BTULLETIDNT 


DE  LA  COMMISSION 


DE    LA    MAYENNE 


CRÉÉE   PAR   ARRÊTÉ    PRÉFECTORAL   DU    17    JANVIER   1878, 


DEUXIEME  SERIE 
TOME      SEPTIÈME 

1893 


LAVAL 

IMPRIMERIE    DE    H.    LEROUX 
1893 


SOMMAIRE  : 

David  Rivault  de  Fleurance  et  les  autres  précepteurs  de 
Louis  XÎII,  par  M.  Tabbé  A.  Anis  (Suite) 

Recherches  sur  divers  titulaires  de  Magistratures,  etc.,  par 

M.  Louis  DE  LA  Beauluère  fFmJ 46 

Recherches  sur  Saint-Denis-de-Gastines,  par  M.  A.  Faucon, 

(Fin) ^ 

Une  Cachette  de  fondeur  de  l'époque  du  bronze,  par  M.  P. 

DE    FaRCY 

Le  dolmen  de  l'Artoir,  à  Vautorte  (Maj/enne) 111 

Sigillographie  des  Seigneurs  de   Craon,  par  MM.  A.  Ber- 
trand DE  Broussillon  et  Paul  de  Fargy  (Suite) ....  113 

Le  Faux  Ladre,  par  M.  A.  A • '^^^ 

Procès-verbal  de  la  séance  du  26  janvier  1893 165 

Excursion  à  Chemazé  et  à  Mortier-Crolle ^67 

Bibliographie .:  Les  Vitréens  et  le  Commerce  iriternational, 

par  M.  J.-C.  Frain  de  la  Gaulayrie 1^^ 

Gravures  : 

1  à  5    Objets  de  bronze  trouvés  à  Cossé-le-Vivien.     105,  106,  107, 
*       \  108,  109 

6.  Plan  du  dolmen  de  l'Artoir 

7.  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1379-1381 120 

8.  Sceau  de   Pierre  de  Craon,  1380 ^' ^ 

9.  Sceau  de  Pierre  d  ;  Craon,    1380 

10.  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1388-1391 12i 

11.  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1389-1398 1^- 

12.  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1391 ^ 

13.  Sceau  de  Jeanne  de  Châtillon,  1402.                               •  1  ' 


14.  Sceau  de  Gaucher  de  Châtillon,  1370 ^-' 

15.  Sceau  -de  Pierre  d'Amboise,  1383 

16/  ECUS  accolés  d'Ingelger  et  de  Jeanne  à  la  voûte    des 

1  ^u 

Cordeliers  d'Angers 

17.  Tombe,  d'après  Gaignières,  de  Jeanne  de  Craon,  1421.       1^^ 

18.  Sceau  de  Pierre  de  Beauvau,  1418 ^^ 

19.  Sceau  de  Tnierry  de  Hondschoote,  1380 1*  ^ 

20.  Sceau  d'Antoine  de  Craon,  1409 

21.  Sceau  d'Antoine  de  Craon,  1411 •       ^^ 

22  et  23.  Vues  de   Mortier-Crolle 1^^' 


COMMISSION 
HISTORIQUE  ET  ARCHÉOLOGIQUE 

DE  LA  MAYENNE 


BXJLLETinST 


DE  LA  COMMISSION 


^1     lIllHGlMjlFU 


DE    LA    MAYENNE 


CRÉÉE    PAR    ARRÊTÉ    PRÉFECTORAL    DU    17    JANVIER   1878. 


DEUXIEME  SERIE 


TOME      SEPTIEME 
1893 


LAVAL 


.i  I  '1  M  M  I-    1  ■  I  I  .       I  ■  i 


1893 


I 


DAVID    RIVAULT 

DE  FLEURANCE 

ET  LES  AUTRES  PRÉCEPTEURS  DE  LOUIS  XIII 

(Suite). 


CHAPITRE  III 


VArt  d'embellir  {suite  et  fin).  —  David  Rivault  en  Italie.  —  11  combat  sur 
la  Méditerrannée.  —  Son  retour  à  Florence.  —  Sa  réception  à  l'Académie 
des  Humoristes  à  Rome.  —  Discours  qu'il  prononce.  —  Son  retour  en  France. 
Il  est  nommé  sous-précepteur  du  Dauphin. 


David  Rivault  avait  donc  rencontré  le  beau  sous  ces 
formes  aimables  et  concrètes.  Il  ne  se  borne  pas  à  le 
reconnaître  ;  envisageant  la  question  de  plus  haut,  il  en 
demande  le  pourquoi  et  le  comment  à  une  philosophie 
très  élevée,  et  trouve,  comme  Trismégiste,  que  «  les 
excellences  de  la  princesse  Beauté  sont  autour  de  l'es- 
sence du  bon  * .  » 

Le  bon,  soit  réel,  soit  d'apparence,  seul  est  désirable. 
Il  tient  intimement  à  l'être  et  vient  de  la  cause  première 
qui  est  Dieu  2.  Or  le  bon,  apparaissant  sous  une  certaine 
lumière,  devient  le  beau  qui  est  l'objet  de  l'amour.  Le 
bon  se  rapporte  plutôt  à  l'essence,  et  le  beau,  à  ce  qui 

1.  In  Pirnand.  Cité  par  D.  Rivault,  Art  d'embellir^  p.  8. 

2.  Cf.  Art  d'emh.,  p.  12. 


—  8  — 

«  est  connaissable  et  aymable  ^ .  »  Le  beau  tire  sa  per- 
fection de  l'idée  du  créateur.  Plus  il  s'en  rapproche,  plus 
il  entre  en  possession  des  qualités  de  sa  nature.  C'est 
«  la  fleur  de  la  forme  et  le  naïf  symbole  de  l'espèce  di- 
vine sur  laquelle  la  chose  est  moulée  2.   » 

«  La  beauté  est  »  encore  «  une  lumière  rayonnante 
de  chaque  forme  en  la  fleur  d'icelle  d'autant  plus  bril- 
lante que  la  chose  est  divinement  taillée  sur  le  portrait 
qui  en  est  dans  la  pensée,  soit  de  Dieu,  pour  les  natu- 
relles, soit  de  l'homme,  pour  les  artificielles -^ 

«  Simple  et  naifve  figure  du  bien  mesme  la  beauté 
est  divinement  pénétrable  es  âmes^.  »  Mais  toutes  ne 
sont  pas  également  aptes  à  la  reconnaître.  Seules  les 
âmes  très  élevées  peuvent  envisager  les  beautés  de  l'or- 
dre intellectuel,  avec  «  l'océan  de  ses  plus  frétillantes  dé- 
lices s.  »  D'autres  perçoivent  et  goûtent  mieux  celles  qui 
frappent  davantage  les  sens.  Enfin  il  en  est  de  si  gros- 
sières et  corrompues  qu'elles  ne  peuvent  «  soutenir  la 
clairté  des  raiz  divins  qui  flambent  en  un  beau  suject*^.  » 

Considérée  en  elle-même,  l'âme  est  d'autant  plus 
belle  qu'elle  est  plus  pure  et  conforme  à  sa  condition 
d'être,  c'est-à-dire  qu'elle  est  plus  sage  ;  et  selon  ses 
qualités  natives  ou  acquises  «  la  fleur  éclattera  plus 
agréablement  sur  le  front  et  rendra  tout  le  corps  plus 
beau^.  » 

Le  corps  a  se  beauté.  Les  aveugles  seuls  en  doutent. 
Mais  qu'est  donc  précisément  la  beauté  du  corps  ?  Af- 
faire de  convention  ou  de  préjugé,  disent  les  uns  ;  réa- 
lité, disent  les  autres.  La  vérité  est  qu'il  y  a  là  quelque 

1.  Id.  p.  12  bis. 

2.  Art  d'emb.,  p.   14  bis. 

3.  Art  d'emb.,  p.  19. 

4.  Ibid.,  p.  14  bis. 

5.  Ibid.,  p.  18. 

6.  Ibid.,  p.  15. 

7.  Ihid.,  p.  19. 


—  9  - 

chose  de  relatif  et  quelque  chose  d'absolu.  Après  Mon- 
taigne David  Rivault  le  constate.  H  y  a  même  en  cela 
quelque  chose  de  subjectif.  «  Nous  faisons  les  formes  du 
beau  selon  nos  appétits'.  «  Qui  y  demande  de  la  mi- 
gnardise et  de  la  douceur,  qui  de  la  force  et  de  la  ma- 
jesté 2.  »  Assurément  le  débauché  n'en  juge  pas  toujours 
comme  le  médecin  3.  D'un  pays  à  l'autre  la  mode  en  dif- 
fère. Beauté  en  deçà  de  la  Méditerranée,  laideur  au- 
delà.  «  Les  Mores  »  aiment  «  les  grosses  lèvres,  le  nez 
camus,  la  couleur  noire  ^.  »  Nous  sommes  d'un  goût  tout 
autre. 

Cependant  la  beauté  existe.  Qu'on  soit  d'avis  diffé- 
rent sur  la  couleur  de  son  costume,  nous  en  convenons; 
mais  nous  savons  aussi  qu'elle  n'est  ni  un  mythe  ni  un 
pur  produit  de  notre  imagination.  C'est  même  «  une  pièce 
de  grande  recommandation  au  commerce  des  hommes  ^.  » 
C'est  une  véritable  puissance.  Pas  n'est  besoin  d'en  ap- 
peler à  Montaigne,  qui  retira,  dit-il,  tant  d'avantage  de 
la  beauté  de  son  visage^  ;  l'expérience  journalière  per- 
met de  se  passer  du  témoignage  de  ce  gascon.' 

Dès  qu'elle  apparaît,  la  beauté  s'impose  et  enlève  la 
position.  Tout  le  monde  subit  son  ascendant  sans  en 
demander  le  pourquoi  que  dégage  enfin  notre  auteur. 
«  Il  faut,  dit-il,  sen  rapporter  à  ce  qui  est  le  plus  con- 
forme aux  desseins  de  la  nature^.  »  Or  d'après  elle 
«  l'agir  suit  l'essence.  »  Belle  est  donc  la  créature  qui 
«  rend  bien  toutes  les  actions  ausquelles  elle  est  née^.  » 


1.  Montaigne,  Ess.,  Amsterdam.  1781,  t.  II,  p.  270. 

2.  Ibid.,  p.  271. 

3.  Cf.  Artd'emh.,  p.  22. 

4.  Ibid.,  p.  23.  —  Cf.  Montaigne,   II,  p.  270  :  «  Au   Péru,   les 
plus  grandes  oreilles  sont  les  plus  belles...  » 

5.  Montaigne,  II,  p.  560. 

6.  Cf.  Essais,  III,  p.  275. 

7.  Art  d'ernb.,  p.  23  bis. 

8.  Ibid. 


—  10  - 

C'est  alors  qu'elle*  plait.  «  Or  les  actions  humaines  par- 
tent de  l'âme  comme  de  la  cause  principale,  et  du  tem- 
pérament qui  y  contribue  quelque  chose,  pour  le  mode 
seulement'.  »  «  Le  corps  bien  tempéré  est  un  luth  de 
Padouë  qui  bien  monté  et  accordé,  touché  d'une  sca- 
vante  main,  pincé  d'un  doigt  délicat  et  mignard,  rend 
une  divine  harmonie  2.  »  C'est  donc  l'action  qui  «  met  la 
beauté  à  prix  3.  Nous  nous  représentons  la  beauté  svelte, 
alerte,  accorte,  agissante.  «  Elle  n'est  aymable  qu'au- 
tant qu'elle  est  vive,  brillante,  gentille  et  toute  pleine 
d'âme  4.  » 

Du  reste  il  y  a  des  beautés  propres  à  chaque  âge  ;  la 
jeune  fille,  «  espandant  les  fleurs  et  les  odeurs  de  son 
printemps,  brille  de  mille  gaietez,  assaisonnées  d'hon- 
neste  pudeur  ;  la  femme  qui  garde  le  haut  de  son  jour 
plain  et  clair,  faict  montre  des  fruits  d'un  riche  été  ^.  » 
Il  y  a  aussi  la  beauté  du  jeune  homme,  celle  de  l'homme 
fait  et  celle  du  vieillard. 

L'auteur  étudie  ensuite  la  chose  par  le  menu;  et 
comme  le  corps  se  renouvelle  sans  cesse  par  les  ali- 
ments qu'il  absorbe  et  l'air  qu'il  respire,  il  se  voit  con- 
traint d'entrer  dans  des  détails  qui  relèvent  de  l'hygiène 
et  de  l'anatomie.  Les  lecteurs  n'en  seront  ni  rebutés  ni 
effarouchés.  «  La  curiosité  de  scavoir  d'où  partent  l'em- 
bonpoint et  le  hault  appareil  d'une  belle  bien  en  couleur 
excusera  la  rudesse  et  l'insolence  de  quelques  mots  ^,  » 
employés  par  nécessité. 

Nous  assistons  donc  à  un  exposé  des  phénomènes  de 
nutrition  et  de  circulation  du  sang,  curieux  pour  l'his- 

1.  Ibid,,  p.  24. 

2.  Ibid. 

3.  Montaigne. 

4.  Art  d'embel.,  p.  25  bis. 

5.  Ibid.,  p.  26. 

6.  Art  d'embellir,  p.  28  bis. 


a 


—  11  — 

toire  de  la  science.  Il  montre  chez  l'auteur  des  connais- 
sances presque  universelles.  Toutefois  ne  demandons  à 
celui-ci  ni  le  dernier  mot  sur  la  circulation  du  sang,  ni 
l'explication  du  phénomène  de  la  combustion  intérieure, 
qui  immortaliseront  Harwey  et  Lavoisier.  Est-ce  déjà  un 
mérite  si  mince  et  si  commun  de  savoir  ce  que  l'on  sait 
de  son  temps  ?  David  Rivault  le  sut  et  le  sut  bien.  11 
expose  toujours  avec  clarté  et  souvent  avec  esprit.  S'il 
nous  convie  à  contempler  la  belle  «  assise  à  table,  où 
l'on  n'a  pas  grâce  de  s'endormir  ^,  »  oh  !  ce  n'est  pas  seu- 
lement pour  la  voir  manger,  mais  aussi  pour  l'entendre 
discourir  «  dans  un  honneste  entretien  2.  »  «  Remar- 
quez-vous comme  elle  a  l'œil  modeste,  l'oreille  subtile, 
le  nez  bon  et  la  langue  bien  pendue  ?  Comme  elle  est 
judicieuse  et  a  bonne  grâce  en  tout  !  ^  » 

L'étude  de  sa  tête  fournirait  seule  de  longs  et  inté- 
ressants développements.  Quels  rouages  admirables 
servent  à  ses  divers  mouvements^  !  «  Là  est  assurément 
le  siège  principal  de  la  beauté  que  décèlent  cet  œil, 
cette  bouche,  ce  front  et  le  jeu  de  cette  physionomie 
mobile  et  délicate^.  Là  réside  l'expression  des  senti- 
ments et  de  la  pensée.  «  Prenez  garde  comme  nostre 
belle  accorde  cecy,  comme  elle  refuse  cela  ;  comme 
mesme  elle  fait  la  mutine  :  c'est  avecque  trois  mouve- 
ments de  la  teste,  en  avant,  en  arrière  et  en  rond^.  »  La 
main  elle-même  a  de  la  grâce  ^  et  une  économie  où  l'on 
doit  toujours  admirer  l'habileté  du  Créateur,  a  C'est 
l'autel  de  la  sagesse  ^.  » 

1.  Ibid.,  p.  30. 

2.  Ibid. 

3.  Jbid.  p.  30  bis. 

4.  Art  d'emb.,  p.  31  et  suiv. 

5.  Ibid.,  passim. 

6.  Ibid.,  p.  42. 

7.  Cf,  Ibid.,  p.  46  et  suiv. 

8.  Ibid.,  p.  49. 


—  12  — 

Gomment  en  cette  question  oublier  la  couleur  du  vi- 
sage ?  A  son  sujet  on  ne  devrait  pas  discuter.  Le  pro- 
verbe le  dit.  Cependant  il  sera  loisible  d'avoir  son  avis. 
Or  nous  nous  prononçons  pour  la  blancheur.  C'est  d'a- 
bord «  le  but  de  nature  ^  »  «  qui  y  mesle  le  pourpre  » 

Et  artiste  compose 
Du  laict  avecq  la  rose  ^ 

«  La  joue  trop  blanche  ou  trop  rubiconde  n'agrée  ;  la 
pâle  est  effigie  de  la  mort  3;  »  l'enflammée  déplaît  entiè- 
rement 4.  »  Le  sang  qui  afflue  dans  «  les  pores  humides 
et  lasches  d'une  peau  douillette  »  produit  «  l'incarnatin 
dont  la  belle  aurore  peint  le  matin  d'un  beau  jour,  quand 
une  tendre  nuée  s'oppose  légèrement  à  sa  brillante  lu- 
mière^. »  De  son  action  modérée  et  discrète  résulte  un 
mélange  heureux,  l'expression  même  de  la  beauté  de 
la  peau.  Mais,  dit  Rivault,  «  il  n'y  faut  qu'une  blancheur 
naïsve,  qui  reçoive  ainsi  que  l'air  pur  le  brandon  de  la 
vie  et  le  feu  qui  éclaire  dans  le  sang  6.  »  Pour  cela 
soyons  sages  :  la  passion  rompt  infailliblement  ce  bel 
équilibre,  qui  fait  la  beauté  des  dames. 

Aux  hommes  on  demande  autre  chose  en  rapport  avec 
leur  rôle  dans  la  nature  et  dans  la  société,  je  ne  sais 
quoi  qui  révèle  de  l'énergie,  de  la  force,  joint  au  bel 
agencement  et  à  l'harmonie  des  formes,  une  structure 
qui  satisfasse  et  en  impose. 

Pour  la  taille,  on  est  loin  d'être  complètement  d'ac- 
cord ;  la  petite,  la  moyenne  et  la  grande  ont  leurs  avan- 
tages, propres  à  chacune  d'elles^.  Pourtant  il  me  pa- 

1.  Ibid.,  p.  50 

2.  Anacréon,  cité  par  D.  Rivault,  Art  d'emb.,  p.  51  bis. 

3.  Art  d'emh.,  p.  52. 

4.  Ibid. 

5.  Ibid.,  p.  52  bis. 

6.  Art  d'emb.,  p.  54. 

7.  Cf.  Ibid.,  p.  54  bis. 


-  13  - 

raît  hors  de  conteste  que  si  la  haute  taille  se  soutient 
bien,  et  possède  «  la  proportion  de  la  quarreure  à  la 
hauteur^,  »  elle  l'emporte  sur  les  autres.  11  y  règne 
une  majesté  toute  autre  qu'es  plus  basses  2,  »  Au  reste 
au  sujet  des  qualités  précises  de  chaque  partie  du  corps 
il  est  assez  difficile  d'avoir  une  idée  très  claire  et  très 
exacte,  a  D'un  nez,  d'une  bouche  ou  d'un  front  parfaic- 
tement  beaux  je  ne  sçay  qui  se  pourrait  vanter  d'en  ar- 
rester  la  juste  figure.  Le  grand  ouvrier  s'est  réservé  ce 
secret  3.  » 

Là-dessus  fermons  cette  parenthèse,  ouverte  en  ce 
traité  en  faveur  de  la  beauté  mâle,  pour  revenir  à  la 
beauté  qui  est  plus  voisine  de  la  grâce."  Celle-ci  est  une 
puissance  chez  la  femme  et  le  vrai  sujet  de  ce  livre.  Ri- 
vault  constate  cette  influence  et  redit  les  strophes  dithy- 
rambiques, mais  toujours  gracieuses,  de  la  poésie  ita- 
lienne : 

0  !  guancie  porgolette 

Chi  le  vostre  dolcezze 

Chi  le  vostre  bellezze 

Non  mira  ?  o  !  rose  elette  ; 

Rose,  che  nutre  il  latte  e  le  colora 

Col  suo  minio  l' Aurora  *  ? 

Labra  ove'l  ciel  tutte  le  gratie  ascose  ^. . . 

Il  commente  ces  vers  et  conclut,  d'après  les  doctes 
dont  ils  émanent,  à  un  modèle  que  plusieurs  trouveront 
assurément  mignard.  Nous  n'en  sommes  pas  encore  aux 
poupées  de  Watteau  ;  mais  nous  reconnaissons  bien  cet 
essaim  joli,  venu  de  Florence  avec  Marie  de  Médicis. 

1.  Ihid.,  p.  55. 

2.  Ibid. 

3.  Ibid.,  p.  56. 

4.  Murtola,  cit.  par  Rivault,  op.  cit.,  p.  61. 

5.  Marini,  ap.  Riv.  p.  61  bis. 


—  14  - 

Malgré  cette  indulgence  marquée  pour  ce  que  nous 
appellerions  volontiers  des  actualités,  Rivault  reste  en 
général  dans  les  limites  de  la  vérité  et  du  bon  goût,  qui 
sont  de  tous  les  temps,  et  condamne  «  Fart,  quand  il  dé- 
figure le  naturel  ;  comme  »  fait  a  le  minion  sur  la  joue, 
et  le  blanc  d'Espagne  sur  la  face^  » 

Les  cheveux  naturels  sont  en  particulier  un  ornement 
de  valeur.  Ils  gagnent  à  être  longs.  «  Pour  ce  qui  est 
de  la  couleur,  on  y  varie 2,  »  dit-il.  —  Rare  prudence  de 
jugement  que  nous  imiterons  !  —  Cependant  il  penche 
pour  le  cil  noir  des  yeux.  Ceux-ci  sont  des  pièces  impor- 
tantes. On  les  veut  bien  clairvoyans,  vifs,  bien  placés, 
clair-bruns,  doux,  gracieux  3.  »  L'œil  bleu  et  le  noir  ne 
sont  pas  non  plus  à  mépriser.  La  forme  des  yeux  paraît 
mériter  une  mention  spéciale.  Ils  doivent  être  «  ronds  et 
grands.  »  Ainsi  les  portait  la  mythologique  Junon,  qui 
avait  cela  de  commun  avec  d'autres  créatures,  que  le 
respect  dû  aux  dames  ne  nous  permet  pas  de  désigner 
en  français.  Laissons  aux  anciens  et  à  leur  langue  cette 
comparaison  essentiellement  classique  ^.  —  Les  beaux 
yeux  ne  sont  ni  trop  rapprochés,  ni  trop  «  distancés  et 
séparés  par  la  tumeur  du  nez.   » 

«  Il  ne  se  peut  rien  imaginer  de  plus  séant-''  »  que  ce 
dernier,  «  tant  il  est  bien  taillé  comme  à  l'esquierre.  » 
Sa  grâce  est  encore  relevée  par  le  voisinage  de  joues  ron- 
delettes et  grassettes  ^  »  confinant  à  une  oreille  «  pe- 
tite »  —  La  grande  est  «  mésestimée  »  —  Il  s'abaisse 


1.  Art  d'emb.,  p.  65. 

2.  Ibid.,  p.  68  bis. 

3.  P.  70  bis. 

4.  «  BoàTTiç...  "Bpr),  »  littéralement  :  «  Héra  aux  yeux  de  bœuf.  » 
(Hom.  Iliade,  XVI,  v.  399  cit.  par  Riv.,  p.  71.  —  Item  Iliade,  I, 
568;  IV,  50). 

5.  Art  d'emb.,  p.  73. 

6.  Art  d'emb.,  p.  74. 


—  15  — 

sur  une  lèvre  fine  et  sur  une  bouche  délicate  et  comme 
animée  par  l'expression  discrète  du  rire  et  du  sourire*. 

Pour  être  complet  il  faudrait  encore  parler  du  «  men- 
ton mignon,  »  du  «  col  point  court'-,  »  des  doigts  de 
rose,  comme  ceux  de  «  la  matinale  aurore  3.   » 

De  quoi  ne  devrait-on  pas  parler  dans  un  sujet  si  fé- 
cond ?  Mais  il  faut  bien  en  finir  avec  ce  qui  frappe  les 
yeux  pour  examiner  ce  qui  fait  les  délices  de  l'ouïe.  Ce 
sera  le  sujet  du  troisième  discours. 

La  voix  n'est  pas  une  quantité  négligeable  parmi  les 
facteurs  de  la  beauté.  On  l'a  compris  depuis  longtemps, 
et,  par  des  études  patientes  et  de  savantes  combinai- 
sons des  sons,  on  a  cherché  à  mettre  en  valeur  ses  pro- 
priétés naturelles,  à  produire  des  accords,  qui,  rendant 
les  diverses  expressions  de  nos  sentiments  et  «  chatouil- 
lant »  agréablement  l'oreille,  sont  une  source  de  conten- 
tement et  de  plaisir. 

David  Rivault  s'étend  longuement  sur  les  lois  de  la 
musique  et  du  chant  sur  les  modes  «  dorien,  phrygien 
et  lydien,  »  et  «  l'octachorde  »  des  anciens.  Avec  quel 
succès  ?  N'étant  que  profane  nous  n'osons  nous  pronon- 
cer, ni  pénétrer  dans  ce  sanctuaire  où  trône  «  Euphro- 
siiie,  ))  à  qui  l'auteur  «  baise  les  mains  ^.  »  Nous  pré- 
férons accompagner  celui-ci  à  la  campagne  et  dans  les 
forêts  pour  y  entendre  la  voix  de  la  nature,  que  tout  le 
monde  comprend  et  goûte,  soit  au  bord  du  ruisseau 

Où  l'eau  va  murmurant  de  plaisans  gazouillis  ; 

soit  à  la  lisière  du  grand  bois,  où  «  le  chifïle  »  des  ar- 
bres «  agités  du  vent  »  est  «  soëf^;  »  soit  près  de  la 

1.  Cf.  id.,  p.  74  bis. 

2.  Cf.  id.,  p.  87. 

3.  P.  80. 

4.  Cf.  Art  d'emb.,  p.  80. 

5.  Cf.  Ihid.,  p.  116  bis. 


-  16  — 

haie  là-bas,  où  le  rossignol  «  chromatise.  »  Car  presque 
tout  dans  la  création  fait  entendre  sa  voix  ;  mais  l'homme 
seul  s'en  sert  pour  exprimer  sa  pensée  et  lui  donner 
l'expression  raisonnée  de  ses  diverses  impressions. 

Là  encore  l'âme  a  le  rôle  qu'elle  mérite  ;  elle  empreint 
le  chant  de  ses  qualités,  et  le  cœur  y  trahit  les  senti- 
ments qui  l'agitent.  La  passion  modifie  la  voix  et  lui 
prête  parfois  des  accents  d'une  «  mélancolie  mère  de 
subtiles  et  spirituelles  voluptez,  »  un  genre  d'harmo- 
nie «  qui  attriste  bien,  mais  qui  ne  fasche  jamais  ^  » 

Le  plus  souvent  elle  l'altère  et  la  déshonore.  Voulez- 
vous  donc  embellir  votre  voix  ou  du  moins  lui  conserver 
ses  qualités  natives,  possédez-vous  dans  «  la  paix,  » 
qui  est  la  seule  mère  nourrice  de  l'harmonie  2.  » 

Ce  genre  de  beauté  tient  donc  de  près  à  la  sagesse, 
qui  engendre  aussi  «  les  beautés  spirituelles  3. 

Ici  l'on  nous  présente  les  trois  Grâces,  conduites  par 
la  Sagesse.  Emblème  d'une  riche  poésie  pourtant  juste 
de  tous  points  ;  toute  beauté  est  fille  de  l'éternelle  sa- 
gesse. 

La  beauté  en  premier  lieu  reluit  dans  les  intelligences 
célestes,  «  naïf  cachet  du  front  divin ^.  »  Mais  nous  ne 
pouvons  guère  juger  de  son  excellence  que  par  «  la  su- 
prême force  de  notre  esprit  ;  il  n'y  faut  employer  les 
yeux  corporels^.  »  Nous  sommes  plus  à  l'aise  quand 
nous  étudions  le  beau  de  notre  âme. 

Celle-ci  «  est  bien  belle  qui  a  la  volonté  simple  et 
obéyssante  au  régime  de  l'entendement^,  »  et  qui  se 
pare  de  vertus  comme  de  délicates  fleurs.  Elle  laisse  la 


1.  Art  d'emb.,  p.  132. 

2.  Ibid.,  p.  105  bis. 

3.  P.  134.  Ici  commence  le  4«  discours. 

4.  P.  140. 

5.  P.  141  bis. 

6.  Art  d'emb.,  5«  dise,  p.  169. 


—  17  - 

«  matoiserie  aux  hommes  de  néant  '  ;  »  bannit  la  frippe- 
rie  d'honneur  2;  »  se  rend  les  bonnes  actions  si  faciles 
que  le  bien  faire  tourne  en  nature  ^  ;  »  devient  «  capable 
de  dilection  et  accomplie  en  beauté,  w  Mais  si  les  mau- 
vaises passions  ne  sont  combattues  et  repoussées,  la 
raison  «  quitte  son  office,  »  les  vertus  morales,  qui  fai- 
saient Tordre,  «  jettent  la  halebarde,  »  chassées  par  le 
trouble  ;  tous  les  vices  «  s'y  mettent  en  crédit  ;  »  une 
«  horrible  langueur  gaste  tout  le  visage  de  l'âme,  et  il 
ne  reste  traict  qui  ne  soit  souillé  par  l'impiété  qui  y 
est  introduite^.  ^> 

Mais  notre  âme  est  associée  à  notre  corps  pour  le 
«  vivifier,  »  le  «  faire  florir  et  l'embellir.  »  Elle  com- 
mande à  ce  petit  monde  de  notre  personne,  où  Dieu  — 
qui  a  semé  tant  de  merveilles  à  travers  le  vaste  univers, 
«  ces  orbes  cristallins  mouvans  si  justement,  ces  astres 
radieux,  ce  clair  soleil  ^,  tant  «  d'espèces  de  choses 
vivantes,  tant  de  changeantes  couleurs,  qui  diaprentles 
coins  et  le  milieu  de  ce  grand  tableau  6,  —  a  déversé 
tant  de  beautés  marquées  au  coin  de  la  divine  sagesse  ^. 

C'est  encore  un  chef-d'œuvre  incomparable,  quand  le 
vice  n'a  point  rompu  l'équilibre  de  «  ce  superbe  estât 
de  l'homme,  qui  est  que  les  qualitez  de  l'âme  et  de  la 
matière  symbolisent  heureusement  ensemble  ;  que  la  su- 
périeure donne  sagement  les  loix  de  l'estre  et  de  l'en- 
tretien, et  que  l'inférieure  les  reçoive  doucement,  y  ac- 
quiesce et  en  retire  la  fleur  et  le  fruit  qui  est  la  Beauté^.  » 
La  sagesse  contribue  à  cet  effet  et  «  suivant  ce  qui  en 


1. 

L'Art  d'embellir,  p.  177 

2. 

Ibid. 

3. 

P.  177  bis. 

4. 

P.  178  bis. 

5. 

P.  180  ;  6«  dise. 

6. 

P.  180  bis. 

7. 

Cf.  Art  d'emb.^  p.  183. 

8. 

Art  d'emb.,  p.  186. 

—  18  - 

paroist  au  dehors,  peut  apporter  en  notre  vie  beaucoup 
d'ornementé  »  Si  elle  «  modère  nostre  manger  et  boire, 
nostre  repos  et  veiller.  »  «  De  ce  pesle-mesle  fleurissent 
au  front,  es  joues,  es  lèvres,  en  la  main,  des  liz  et  des 
roses  2.  ))  Au  contraire  «  voyez  cette  mangeuse  de  pias- 
tre, de  charbon,  de  fruits  verds,  cette  avaleuse  de  vi- 
naigre. » 

Quelle  langueur  ce  beau  froiit  déshonore....^  ! 

«  Si  elle  estoit  bien  sage  cela  ne  se  feroit  pas  '^.  »  Elle 
se  prescrirait  un  régime  de  vie.  propre  à  «  la  nourrir 
en  humeur  sanguine-phlegmatique.  C'est  la  drogue  dont 
le  corps  gentil  se  doit  peindre  de  blanc  et  d'incarnin,  » 
à  l'exclusion  de  tout  fard,  qui  rend  la  peau  «  de  jeune 
vieillissante  avant  l'âge  ^''.  » 

D'ailleurs  une  âme  candide  et  sage  apporte  l'aise,  le 
calme  et  le  contentement,  qui  dilatent  le  cœur,  et  «  met 
cette  couleur  soësve  de  la  beauté^*,  qui  naturellement 
réussit  du  tempérament  propre  aux  louables  actions  de 
la  personne  bien  faicte  :  elle  n'y  taille  et  burine  moins 
industrieusement  la  figure  qui  yplaist^.  »  Mais  il  faut 
que  l'âme  se  conserve  elle-même  et  qu'elle  n'abdique 
jamais  son  autorité.  Si  l'état  de  Thomme  est  pitoyable 
quand  il  «  se  laisse  tomber  en  quenouille^,  »  quel  est 
«  Testât  de  l'esprit  qui  suit  les  mouvements  de  la  chair 
et  reçoit  le  joug  de  sa  tyrannie*^?  »  Les  affections  désor- 


1.  L'Art  d'embellir,  p.  189. 

2.  P.  189  bis. 

3.  Ronsard,  cit.  par  D.  Riv.,  p.  191. 

4.  Art  d'emb.,  p.  191. 

5.  Ibid.,  p.  192. 

6.  Ibid.,  p.  191  bis. 

7.  Ibid.,  p.  195  bis. 

8.  Ibid. 

9.  p.  198. 


-  19  — 

données  «  étouffent  »  sur  le  visage  les  rayons  de  la 
beauté,  et  «  la  laideur  y  prend  tellement  pied  qu'il  ne 
s'y  aperçoit  rien  que  de  malgracieux ^  »  Hélas!  com- 
bien voyons-nous  de  jeunes  êtres,  qui  ne  tiennent  pas, 
devenus  grands,  les  promesses  de  leurs  premières  an- 
nées ?  Le  vice  est  venu  et  «  ces  jeunes  parterres  n'ont 
(  cnné  ni  pensées,  ni  marguerites  de  bonne  odeur  2.   « 

Assurément  les  physionomistes  ne  sont  pas  infailli- 
bles ;  et  les  règles  qu'ils  donnent  feraient  souvent  pren- 
dre le  change  à  qui  les  suivraient  aveuglément.  «  J'ay 
leu  parfois  entre  deux  beaux  yeux  des  menaces  d'une 
nature  maligne  et  dangereuse-^;  »  et  «  c'est  une  faible 
garantie  que  la  mine  4.  »  Cependant  il  y  aurait  de  la 
témérité  à  n'en  tenir  aucun  compte.  Des  opinions  ont 
cours,  qui  reposent  peut-être  sur  quelque  expérience. 
L'œil  surtout  mérite  d'être  examiné.  C'est  «  le  naïf  por- 
trait de  l'âme  ^.  »  «  Le  brun  doux  et  perçant  est  signe 
de  bon  et  courageux  esprit.  »  Une  grosse  tête  ou  toute 
ronde  marque  de  Tignorance  et  de  l'inconsidération.  » 
Du  menton  «  quarré  se  juge  en  l'homme  un  esprit  puis- 
sant ;  du  rond  peu  creux  se  cognoit  en  la  femme  de  la 
douceur  et  peu  de  babil,  etc.  ^.   » 

Prenons  ces  observations  pour  ce  qu'elles  valent  et 
n'y  attachons  pas  plus  d'importance  que  ne  le  fait  l'au- 
teur. Personne  ne  saurait  être  repris  pour  avoir  peine 
à  croire  que  la  vie,  même  la  mieux  réglée,  puisse  jamais 
donner  au  nez  ou  au  menton  la  beauté  plastique  qui  y 
ferait  défaut.  Mais  ne  décourageons  pas  les  dames.  El- 
les «  sont  de  paste  plus  molle,   se  figurent  en  tout  âge 


1.  L'Art  d'embellir,  p.  198. 

2.  P.  198  bis. 

3.  Montaigne.  Ess.  III,  472. 

4.  Id.  ihid. 

5.  Art  d'emh.,  p.  209  bis. 

6.  Ih'id. 


—  20  — 

comme  il  leur  plaist,  quand  elles  veulent  s'y  exercer  de 
mesme  soin  que  Livia  Drusilla  ' .  »  Celle-ci  de  fort  laide 
qu'elle  était  «  née  et  crue  en  assez  bon  âge,  ordonna  un 
temps  des  mouvements  de  son  âme  »  et  devint,  paraît-il, 
«  très  belle  de  corps-.  »  On  Ta  écrit;  c'est  imprimé. 

Les  clartés  qu'une  belle  âme  répand  sur  le  visage  peu- 
vent effectivement  pallier  ou  effacer  des  défauts  natu- 
rels ;  mais  ce  bonheur  n'arrivera  jamais  à  un  Thersites, 
«  homme  boesteux,  borgne  et  bossu,  »  portant  «  une 
face  longue  et  plate,  l'œil  aspre,  les  paulpières  saigneu- 
ses  et  enflées,  les  oreilles  longues  et  étroites,  le  nez 
gros  et  voulté  dès  le  front...,  qui  sont  les  ordinaires 
marques...  d'un  homme  chien  et  corbeau  en  mai'urs  ^.  » 
«  De  vray  il  n'y  a  sagesse  humaine  qui  puisse  remédier 
aune  figure  si  désespérée^.   » 

Nous  convenons  aussi  qu'il  y  a  en  nous  des  premiers 
mouvements  de  passion  que  nous  ne  pouvons  pas  tou- 
jours empêcher,  mais  on  peut  les  affaiblir  et  les  dimi- 
nuer par  une  sage  surveillance  et  sauvegarder  ainsi  la 
beauté  qu'ils  tendent  à  amoindrir.  Les  tempéraments 
sont  souvent  une  rude  épreuve  ;  mais  il  faudrait  être  fa- 
taliste pour  prétendre  qu'on  ne  puisse  se  refuser  à  leurs 
exigences.  L'imagination  qui  est  le  plus  affectée  peut, 
sous  l'empire  de  la  raison  et  des  secours  de  Dieu,  se 
maintenir  dans  des  hauteurs  sereines  où  l'atteint  à 
peine  cette  buée  épaisse,  qui  s'élève  des  fanges  humai- 
nes^. L'habitude  de  contempler  de  belles  et  nobles 
images  la  façonne  d'après  celles-ci  ;  c'est  le  plus  sûr 
garant  de  la  beauté  humaine  appelée  à  se  reproduire  de 
génération  en  génération  ^. 

1.  Sœur  de  Germanicus.  — Art  d'emb.,  p.  210. 

2.  [bid..  Cf.  Tacit.  Ann.  4. 

3.  Art  d'emb.,  p.  214  bis. 

4.  Ibid. 

5.  Cf.  Ibid. ,  passim. 

6.  Art  d'emb.,  p.  220-222  passim. 


—  ai  - 

Ainsi  considéré  le  thème  s'élève  à  la  hauteur  d'une 
question  morale  et  sociale.  Nous  ne  pourrions  refuser 
nos  sympathies  à  un  auteur  qui  préconise  le  cœur  pur, 
les  sentiments  élevés  et  une  belle-âme.  Sa  thèse,  du  reste, 
nous  parait  suffisamment  prouvée  dans  son  ensemble, 
et  c'est  sans  arrière  pensée  que  nous  concluons  avec 
lui  «  que  généralement  la  sagesse  de  la  personne  em~ 
bellit  la  face^  qu'en  la  face  de  la  personne  prudente 
reluit  la  sagesse  \   » 

David  Rivault  avait  décidément  conquis  une  place 
honorable  dans  le  monde  des  lettres.  Sa  réputation  s'é- 
tendait même  au-delà  de  nos  frontières.  Nous  l'avons  vu 
déjà,  huit  ans  plus  tôt,  bien  reçu  des  savants  qu'il  visi- 
tait'.  Un  second  voyage  en  Italie,  en  1608,  fut  pour  lui 
l'occasion  de  recueillir  de  la  part  des  lettrés  des  témoi- 
gnages d'estime,  mérités  par  ses  travaux.  Mais  ce  n'était 
pas  seulement  un  voyage  paisible,  préparé  pour  de  pe- 
tits triomphes  académiques,  que  David  Rivault  accom- 
pHssait.  L'Italie,  avec  l'éclat  des  lettres  et  des  arts,  et 
le  bassin  oriental  de  la  Méditerranée,  enveloppé  de 
souvenirs  classiques,  autant  que  des  côtes  riantes  et  fa- 
meuses de  la  Grèce,  de  la  Syrie,  de  la  Phénicie,  de  la 
Palestine  et  de  cette  Egypte  des  Pharaons  et  des  Pto- 
lémées,  voire  même  de  la  Sicile,  aimée  des  muses  idyl- 
liques, avaient  pour  l'homme  de  goût  et  d'étude  des 
attraits  puissants. 

Mais  cette  «  mer  aux  flots  d'argent  ^  »  était  sillonnée 
au  XYII®  siècle  par  les  odieuses  galères  des  sultans  de 
Constantinople  et  des  beys  d'Alger.  Les  chrétiens  lut- 
taient toujours  sur  quelque  point  contre  les  mécréants. 
Les  soutenir  et  combattre  contre  le  Turc  maudit,  c'était 
devoir  de  gentilhomme.  Rivault  n'eut  garde  d'en  refuser 
l'accomplissement. 

1.  L'Art  d'embellir,  sub  fuie.  — Prov.  c.  17,  v.  24. 

2.  Cf.  Infra,  chap.  II. 

3.  Ampère,  Poés. 


—  22  - 

11  courut  donc  «  les  mers  d'Orient',  »  combattit  «  les 
Turcs  et  par  mer  et  par  terre  -,  »  exposé  à  des  dangers 
«  de  diverses  sortes  '^.  » 

«  De  retour  en  Italie,  »  il  pensa  à  ses  amis  avec 
qui,  sur  ces  entrefaites,  il  n'avait  pu  communiquer  4. 
Après  les  combats  et  les  courses  sur  mer,  il  revenait 
au  commerce  de  l'amitié  et  des  lettres.  Ces  dernières 
l'appelaient  à  Rome,  où  son  correspondant  devait  lui 
écrire^. 

Dans  ce  temps  il  y  avait  à  Rome  une  société  littéraire 
dite  Académie  des  Humoristes.  Rivault  la  qualifie  de 
«  très  célèbre  ^.  »  Elle  reçut  dans  son  sein  notre  compa- 
triote, qui  y  prononça,  le  28  février  1610,  une  haran- 
gue latine  sur  l'un  de  ses  sujets  favoris  :  unir  les  lettres 
et  les  armes ^.  L'admission  de  D.  Rivault  ne  devait  rien 
à  la  faveur.  Ses  titres  étaient  sérieux.  L'élu  était  de 
ceux  qui  honorent  une  société  savante  autant  qu'ils  en 
sont  honorés.  Son  discours  de  réception  en  serait  à  lui 
seul  une  preuve.  S'il  est  empreint,  dans  une  mesure  que 
nous  trouverions  aujourd'hui  excessive,  de  l'érudition 
et  du  goût  du  temps,  il  reste,  même  pour  nous,   très 


1.  Lettre  de  David  Rivault  de  Fleurance  à  M.  de  Calas,  de 
Florence,  5  novembre  1608.  Ms  de  la-  B.  N.  pub.  par  le  P.  Co- 
lombier, t.  IV,  p.  405,  Revue  du  Maine. 

2.  Id.  ibid. 

3.  Id.  ibid. 

4.  Cf.  Id.  ibid.  L'auteur  parle  d'un  c  livret  »  qu'il  a  envoyé  à 
M.  Galas.  Il  s'agissait,  semnle-t-il,  de  quelque  chose  que  Rivault 
se  préparait  à  publier. 

5.  Ibid.  P.  S.  .  «  S'il  vous  plaist  m'honorer  des  vostres,  vous 
les  pourrez  adresser  à  Rome...  » 

6.  Cf.  Minerva  armata,  etc.  Dédicace. 

7.  Exactement  :  Minerva  armata,  de  coniuniendis  literis  et  ar- 
mis.  Lectio  habita  a  D.  Rivaldo  a  Flurantia,  nobili  Gallo,  in  ce- 
leberrima  Humoristarum  Academia.  Romae,  XXVIII  Februarii 
quo  solet  Academia  publiée  aperiri.  MDCX.  Roma?,  apud  Ste- 
phanum  Paulinum,  MDCX  Superiorum  permissu,  in-8°  17  p. 
(Bib.  Mazarine,  20590). 


j 


—  i>3  — 

brillant  de  forme  et  solide  de  fond.  On  aurait  plus  d'es- 
prit et  d'aisance  au  Palais-Mazarin,  mais  pas  davan- 
tage' ce  qu'on  demande  à  un  bon  humaniste. 

Ce  discours,  publié  à  Rome,  est  dédié  à  Jean  Zamet*, 
qui  lui-même  faisait  partie  de  l'académie  des  Humoris- 
tes^. La  dédicace  a  le  mérite  de  s'adresser  à  un  capi- 
taine dont  l'exemple  était  un  argument  pour  la  thèse 
de  l'auteur.  Elle  est  d'ailleurs  délicate,  et  écrite,  comme 
le  discours  lui-même,  en  un  latin  élégant  et  plein  d'am- 
pleur, qui  dénote  chez  David  Rivault  un  écrivain  formé 
à  Técole  des  meilleurs  auteurs  de  la  littérature  romaine. 

Une  affabulation  3  sert  de  prologue  à  la  manière  de 
Plaute  et  de  Térence.  La  harangue  n'est  du  reste  qu'une 
longue  allégorie  ou  mieux  un  long  monologue  de  Mi- 
nerve elle-même.  L'auteur  s'y  efface.  Dans  l'espèce 
d'avertissement  qui  précède,  il  présente  à  l'illustre  as- 
semblée le  personnage  dont  il  décline  les  qualités  et  les 
titres  ;  il  fait  remarquer  ses  principaux  traits,  puis  se 
retire. 

Cette  ingénieuse  fiction  facilite  la  leçon.  Fénélon  nt 
dédaignera  pas  de  moraliser  de  même  par  la  bouche  de 
Mentor.  Avec  ses  yeux  bleus,  un  peu  fauves,  mais  pudi- 
ques, sa  démarche  grave,  qui  convient  à  la  déesse  de 
caractère,  et  sa  longue  ^  tunique,  d'où  la  sévérité  n'ex- 
clut pas  la  grâce  féminine,  Minerve  peut  compter  sur 
un  meilleur  accueil  que  le  prêcheur  du  Télémaque.  Son 
langage  soutenu  et  sa  philosophie  aussi  solide  que  nette 
et  tranchée  décèlent  la  sagesse  et  l'autorité  ;  c'est  bien 

1.  Jean  Zamet,  fils  du  banquier  Sébastien  Zamet,  d'origine 
italienne,  et  de  mademoiselle  du  Tremblay,  fut  un  homme  de 
guerre  remarc^uable  par  sa  vertu  et  sa  valeur.  Il  mourut  au  siège 
(le  Saint-Antoine,  près  de  Montpellier,  en  1620. 

2.  «  Alias  gymnasticœ  das  operam,  alias  in  celeberrima  Humo- 
ristarum  Acauemia....  cui  asciti  sumus...,  vel  animo  nutriris  ab 
aliis,  vel  ilios  etiam  relicis.  »  (Muierva  arm...  Dédicace). 

3.  «  rioojxOôiov  legentis.  ))  (Id.  ibid.). 

4.  Id.  Prolog. 


-  24  - 

Minerve-Athena,  transportée  du  Parthènon  à  Rome  avec 
la  gracieuse  majesté  et  la  lucidité  attiques.  Elle  conserve 
sa  politesse  native,  et,  à  Rome,  salue  cette  Rome  deve- 
nue «  sienne,  »  qu'elle  chérit  plus  qu'aucune  autre  ville 
du  mondée   » 

Elle  réunit  en  elle-même  les  qualités  de  Mars  et  des 
Muses,  et  c'est  la  «  diminuer  de  la  tête^  »  que  d'aiïir- 
mer  que  les  lettres  et  les  armes  n'ont  rien  de  commun  ^  ; 
c'est  méconnaître  l'origine  de  la  déesse  et  sa  raison 
d'être  ;  c'est  la  dépouiller  de  son  «  casque,  de  son  bou- 
clier et  de  sa  lance,  »  pour  ne  voir  que  la  jeune  fille, 
faible  et  craintive,  au  lieu  de  Pallas  redoutable.  On 
n'est  pas  mieux  inspiré  de  la  transformer  en  amazone, 
avide  de  sang  et  de  carnage  et  méprisant  la  philosophie 
et  l'étude  dont  elle  ignorerait  l'excellence.  Elle  est,  au  con- 
traire, un  résumé  complet  des  qualités  propres  aux  let- 
tres et  aux  armes,  un  tempérament  heureusement  équi- 
libré, qui  lui  permet  de  crier  aux  rejetons  de  la  noblesse  : 
«  Gentilshommes,  croyez-moi,  vous  êtes  nés  pour  l'é- 
tude et  pour  l'action.  Etudiez  avec  soin,  combattez  avec 
courage,  selon  les  occasions.  Qui  ne  fait  ni  l'un  ni  l'au- 
tre ne  mérite  pas  de  vivre,  et  n'est  bon  que  pour  la  po- 
tence^. » 

Arrière  donc  le  dédain  des  gens  d'armes  qui  détes- 
tent les  livres  et  traitent  les  «  doctes  de  hiboux  et  de 
teignes  de  cour\  »  Arrière  aussi  l'ami  des  lettres,  qui, 
retenu  par  ces  aimables  sirènes,  se  rend  impropre  à 
l'action^.  Il  n'est  admis  d'exception  que  pour  ceux  qui  se 
sont  voués  «  au  saint  ministère^.  »  Encore,  combattant 

1.  Miner V a  ar mata,  prologue. 

2.  «  Gapite  me  minuunt...  >  (Minerva  arm.,  p.  7;. 

3.  Cf.  Id.  ibid. 

4 Ad  scalas  gemonias  rapiendus  est.  »  (H.  P.  8). 

5.  «  Sorices  et  tineas...  »  (Id.  p.  9). 

6.  Cf.  Id.  ibid. 

1.  «  Soli  illi  qui  se  cœlesti  ministerio  manciparunt...  »  p.  9. 


-  25  - 

contre  le  vice  et  se  livrant  à  la  contemplation,  ils  hono- 
rent vraiment  Minerve  ^ . 

Pour  les  autres,  poursuit  la  déesse,  ils  me  démembrent. 
De  là  ces  efforts  sans  vigueur,  ces  avortons  de  soldats 
et  ces  idées  des  savants  sans  échos  au  dehors  -.  De  là 
également  les  désordres  et  les  débordements  «  de 
Mars.  »  On  n'est  pas  surpris  que  jadis  il  ait  été  jugé 
digne  de  mort  par  l'Aréopage  3.  Son  ardeur  n'est  pas, 
comme  celle  de  Minerve,  tempérée  par  la  Sagesse. 

Minerve  préconise  l'urbanité,  l'élégance,  tout  ce  qui 
fait  l'ornement  des  belles  actions.  Elle  proclame  bien 
haut  que  «  rien  n'est  bon  en  dehors  de  ce  qui  convient, 
et  que  rien  ne  convient  s'il  ne  se  présente  sous  les  traits 
de  la  beauté^.  Rien  de  ce  qui  contrarie  Minerve  ne  sau- 
rait être  bien.  Plaire  à  tous,  aimer  le  beau,  charmer 
l'esprit,  les  yeux  et  les  oreilles,  voilà  le  fait  de  la 
déesse^.  Aussi  voyez  cette  inaltérable  beauté  virginale, 
cet  éclat,  cette  gaité  surprenante,  cette  fleur  de  l'âge, 
délectable  et  luxuriante  dans  sa  pudeur ^^  !  Elle  méprise 
le  fard  et  tout  charme  d'emprunt  ;  elle  exècre  ces  effé- 
minées, qui,  le  peigne  et  le  miroir  à  la  main,  tombent 
dans  la  mollesse  et  s'adonnent  à  des  soins  excessifs  qui 
vont  moins  «  à  orner  le  corps  qu'à  dépouiller  l'esprit^.  » 

Il  faudrait  donner  en  entier  un  portrait  brossé  de 
main  de  maître  et  ne  pas  en  défigurer  les  traits  par  une 
froide  analyse.  Celle-ci  ne  peut  rendre  le  contraste  qui 
existe  entre  ces  êtres  amoindris  et  la  figure  si  vive  et 
si  naturellement  belle  de  la   déesse.  Cette  dernière  se 


1.  Minerva  armata,  ibid. 

2.  Id.  ibid.,  p.  10. 

3.  Ibid.,  p.  10. 

4.  Ibid.,  p.  13. 

5.  Id.  ibid. 

6.  Id.  ibid.,  p.  13. 

7.  Ibid.,  p.  14. 


-re- 
donne pour  modèle  et  nous  livre  son  secret  :  la  culture 
des  lettres,  et  tour  à  tour,  les  exercices  corporels  K  C'est 
pourquoi  elle  jouit  d'une  vigoureuse  et  indestructible 
jeunesse,  qui  se  plie  aux  circonstances  avec  aisance  et 
à  propos.  Jeune  fille  dans  l'intimité,  les  relations,  les 
amusements  et  les  jeux,  elle  déploie  une  énergie  toute 
virile  dans  les  affaires  importantes  soit  de  la  guerre, 
soit  du  gouvernement 2.  Elle  se  maintient,  non  seule- 
ment dans  une  réserve  pudique,  mais  dans  la  chasteté, 
et  elle  guérit  les  siens  des  blessures  portées  par  «  Vénus 
et  Gupidon^.  » 

Qui  donc  ferait  à  Minerve  l'injure  de  lui  préférer 
Mars,  digne  tout  au  plus  d'un  encens  barbare  ?  Les  an- 
ciens n'ont  pas  commis  cette  méprise.  Tous  leurs  fa- 
meux capitaines  étaient  à  la  fois  «  des  savants  et  des 
soldats  '^  »  C'est  ainsi  que  les  Romains  ont  conquis  le 
monde  ;  et,  quand  Héliogabale  eut,  aux  noces  du  Soleil 
et  de  la  Lune^,  jeté  le  palladium  à  la  voirie,  l'empire 
trembla  et  finalement  s'écroula.  La  leçon  est  bonne  ;  il 
faut  en  profiter  6. 

David  Rivault  revint  d'Italie  grandi  par  de  nouveaux 
succès.  Le  roi  le  jugea  capable  de  remplir  d'importan- 
tes et  délicates  fonctions.  Par  brevet  du  28  avril  1611 
il  le  nomma  sous-précepteur  ou  plus  exactement  a  lec- 
teur aux  mathématiques  »  de  son  fils^.  Une  pension  de 
3000  ^  ^  fut  ensuite  accordée  comme  récompense  des 
services  rendus  par  le  sous-précepteur.  Rivault  ensei- 
gnait donc   au  jeune  prince   les  mathématiques  «  aux- 

1.  «  Hic  literis,  hic  gymnasticas  operam  do.  »  p.  14. 

2.  Minerva  armata,  p.  14. 

3.  p.  15. 

4.  Id.,  p.  15. 

5.  P.  16. 

6.  Cf.  id.,  p.  17. 

7.  Cf.  Pièces  justif.  F. 

8.  Cf.  Pièc.  justif.  brevet  du  10  novembre  1611. 


—  27  — 


quelles  Sa  Majesté  avait  de  l'inclination  i.  »  Il  devait 
aussi  suppléer  «  en  cas  de  maladie  et  d'absence-  »  le 
sieur  des  Yveteaux,  qui  demeurait  précepteur  en  titre. 


1.  Pièc.  justif.  F. 

2.  Ibid. 


28  — 


CHAPITRE  IV 


Le  poëte  Nicolas  des  Yveleaux.  —  Henri  IV  en  fait  le  précepteur  de  son  fils 
aîné.  —  Influence  de  des  Yveteaux  à  la  cour.  —  Son  renvoi.  —  Sa  vie  épi- 
curienne et  singulière  qui  donne  raison  à  ses  ennemis.  —  Sa  mort  à 
Brianval. 


C'est  une  figure  bien  originale  que  ce  des  Yveteaux. 
Nous  disons  «  un  type  ».  Il  a  fait  le  bonheur  de  Tallemant 
des  Réaux,  qui  laisse  libre  cours  à  sa  mauvaise  langue, 
et  crayonne  ce  portrait  d'une  main  habile,  mais  s'appe- 
santissant  avec  excès.  Certains  traits  sont  trop  saillants 
et  tournent  à  la  caricature. 

Au  risque  d'en  amoindrir  le  relief,  retraçons  ce  cro- 
quis avec  un  souci  plus  grand  de  la  vérité. 

Nicolas  Vauquelin,  seigneur  des  Yveteaux,  naquit  au 
château  de  Fresnaye-au-Sauvage,  près  de  Falaise,  en 
1567  ou  1568  ^  Il  était  fils  de  Jean  Vauquelin  de  la 
Fresnaye  et  d'Anne  de  Bourgueville  de  Bras  -. 


1.  Cf.  Julien  Travers,  Addition  à  la  vie  et  aux  œuvres  de  N. 
Vauquelin  des  Yveteaux,  Gaen,  1856,  broch.  in-S»  de  23  p.  —  Th. 
Lhuillier,  Le  poète  des  Yveteaux,  Meliin,  1872,  broch.  in-S»  de 
18  p.  —  Rathery,  Vauquelin  des  Yveteaux,  Paris,  1854,  14  p. 
in-8".  extrait  du  Moniteur  universel  du  21  oct.  1854.  —  J.  Pichon, 
Notices  sur  Vauquelin  de  la  Fresnaye  et  Vauquelin  des  Yveteaux 
dans  le  Bulletin  des  Bibliophiles,  1845  et  1846.  —  Fournier,  Va- 
riétés hist.  et  litt.,  II.  —  Michaud,  Bio^r.  art.  des  Yveteaux.  — 
Athenœum  français,  III,  574.  —  Choisy,  Notice  sur  V.  de  la 
Fresnaye,  Falaise,  1841.  —  Factums  concernant  des  Yveteaux, 
Bib.  nat.,  etc. 

2.  Le  père  d'Anne,  Charles  de  Bourgueville,  sieur  de  Bras, 
naquit  à  Caen  le  6  mars  1504.  En  1568  il  obtint  la  charge  de  lieu- 
tenant-général de  Gaen  dont  il  se  démit  en  faveur  de  Jean  Vau- 
quelin, son  gendre.  Il  a  laissé  plusieurs  ouvrages,  en  particulier 
ses  Recherches  et  antiquités  de  Neustrie,  qui  le  font  ranger  parmi 
les  historiens  de  son  pays. 


—  â9  — 

Poète  et  fils  de  poète  \  il  se  trouva  d'abord  contrarié 
dans  ses  goûts,  comme  l'avait  été  son  père,  qui,  en  1593, 
lui  résigna  sa  charge  de  lieutenant  général  au  baillage 
de  Caen.  Les  lois,  la  chicane,  la  procédure,^ quelle  com- 
pagnie pour  la  muse  !  Jean  Vauquelin  réussit  pourtant 
à  les  mettre  d'accord,  ou  à  peu  près.  Son  fils  fut  moins 
heureux,  sans  doute  aussi  moins  sage.  Il  y  eut  six  ans 
d'essai  '-.  La  détermination  avait  été  un  vrai  sacrifice  ; 
des  Yveteaux  sentait  qu'  «  il  n'estoit  rien  si  accom- 
modé à  sa  complexion  qu'une  vie  douce  et  retirée  3.  » 
Dans  cette  tentative  le  jeune  lieutenant  général  fut  sin- 
cère ;  on  le  voit  par  des  harangues  imprimées  à  Caen^ 
et  retrouvées  par  J.  Travers^.  L'auteur  se  montre  con- 
vaincu de  l'importance  de  sa  position  :  «  Que  peut-on, 
disait-il,  adiouter  à  la  gloire  de  ceux  de  qui  la  vigilance 
fait  dormir  tout  le  monde  ^  !  »  Il  apporte  au  tribunal  au 
moins  de  la  bonne  volonté,  a  et  une  intention  dont  la  fin 
ne  peut  estre  désapprouvée  par  personne".  )>  Du  reste 
si  la  charge  est  lourde,  l'exercice  en  est  glorieux  ;  «  la. 
justice  est  le  premier  lien  de  la  société  humaine,  le  prin- 
cipal fondement  de  nostre  liberté,  la  fontène  perpétuelle 
de  nostre  bonheur  :  illius  idcirco  servi  sumus^  ut  li- 
beri  esse  possimus^.  »  L'idée  qu'il  se  fait  des  diverses 


1.  Jean  Vauquelin  de  la  P'resnaye,  né  en  1536,  publia  en  1555 
ses  Foresteries,  recueil  très  l'aibie,  et  plus  tard,  un  Art  poétique 
et  des  Satires,  qui  lui  font  plus  d'honneur.  11  fut  un  prédécesseur 
de  Boileau,  qui  ne  daigna  pas  même  le  nommer.  Depuis,  la  criti- 
que littéraire  a  réparé  cette  injustice. 

2.  Cf.  Lettre  de  M.  le  président  de  la  Fresiiaye  à  M.  des  Yve- 
teaux, son  frère,  p.  11,  ap.  Pichon,  op.  cit. 

3.  Première  harangue  de  N.  des  Yveteaux. 

4.  «  Trois  harangues  de  Nicolas  Vauquelin,  lieutenant  géné- 
ral du  bailliage  de  Caen.  A  Caen  de  l'imprimerie  de  la  veufve  de 
laques  Le  Bas,  imprimeur  du  Koy.  MDXCV.  » 

5.  Op.  cit. 

6.  P^  harangue. 

7.  2"  harangue. 

8.  .V«  Harangue,  à  l'ouverture  du  Palais,  1595. 


—  30  — 

fonctions  des  hommes  de  loi,  de  leur  bonne  tenue,  est 
également  élevée  :  «  Pensez,  dit-il  aux  avocats,  que 
vous  êtes  icy  pour  monstrer  le  chemin  de  la  iustice  et 
non  pas  des  procez^.  »  «  Obligez-vous  plus  que  vous  ne 
faites  à  ce  qui  est  l'ordre,  laissant  les  voix  aspres  et 
enrouées  à  ceux  qui  font  la  chasse  dans  les  bois,  en  re- 
tenant que  Tavocat  doit  estre  instructus  voce^  actione 
et  lepore^  comme  dit  Cicéron-.  «  Il  rappelle  encore  à 
leur  devoir  les  procureurs  et  les  greffiers  3. 

11  n'est  pas  impossible  que  tout  ce  monde,  si  verte- 
ment admonesté,  ait  gardé  rancune  au  magistrat  sé- 
vère^, et  se  soit  joint  au  sieur  de  Gambray  pour  dégoû- 
ter de  sa  charge  le  jeune  lieutenant  général. 

Celui-ci  avait  fait  emprisonner  Gabriel  de  Beauvoisin, 
sieur  de  Gambray.  L'affaire  fut  portée  au  parlement  de 
Rouen,  qui  ordonna  l'élargissement  du  prisonnier,  en- 
joignit au  lieutenant  général  de  comparaître  à  sa  barre 
en  personne,  et  jusqu'à  ce  lui  interdit  l'exercice  de  son 
•office''.  Des  Yveteaux,  qui  regrettait  peut-être  la  vie 
calme  à  laquelle  il  avait  momentanément  renoncé  pour 
une  occupation  «  malaisée  à  un  homme  norry  dans  la 
solitude  des  Muses  6,  »  jugea  l'occasion  bonne  pour 
vendre  sa  charge,  en  1600,  à  son  frère  Guillaume,  sieur 
de  la  Fresnaye^. 

Sur  ces  entrefaites  il  reçut  à  Gaen  ^  la  visite  de  Fran- 

1.  3^  Harangue,  h  l'ouverture  du  Palais,  1595. 

2.  Ibid. 

3.  Ibid. 

4.  Cf.  J.  Travers,  op.  cit. 

5.  Pichon,  op.  cit. 

6.  Des  Yveteaux,  l""^  Harangue. 

1.  Guillaume  Vauquelin,  s^"  de  la  Fresna^e,  troisième  fils  de 
Jean  Vauquelin.  Il  paya  son  office  18,000  liv.,  dit  le  factum  pour 
Nicolas  Vauquelin,  sieur  des  Robours,  ou  seulement  9,000  liv., 
selon  des  Yveteaux,  dans  sa  réponse  à  la  lettre  de  M.  de  la  Fres- 
naye. 

8.  C'est  du  moins  ce  qu'affirme  Huet  (Orig.  de  Gaen,  p.  355)  et 
Gouget  (Bibloth.  franc.,  XV[,  p.  112). 


—  31  — 

çois-Annibal  d'Estrées,  qui  revenait  de  Bretagne  où  il 
avait  présidé  les  Etats.  D'Estrées  l'engagea  à  s'en  aller 
à  Paris.  Après  sa  dernière  aventure  l'ex-magistrat  de- 
vait aisément  quitter  la  province  ;  puis  la  protection,  au 
moins  entrevue,  du  frère  de  la  belle  Gabrielle,  pouvait 
déterminer  des  Yveteaux. 

Il  partit  donc  pour  Paris  où  il  fut  présenté  à  Henri  IV 
par  Desportes  et  le  cardinal  du  Perron,  anciens  amis 
de  son  père'.  Peu  après  il  devenait  précepteur  de  Cé- 
sar de  Vendôme,  fds  du  roi  et  de  Gabrielle  d'Estrées. 
Il  commençait  à  avoir  «  beaucoup  d'honneur  sans 
peine'-.  »  C'était  son  ambition.  Il  y  ajouta  les  plaisirs  qui 
entraient  aussi  dans  son  programme  de  vie. 

D'un  caractère  enjoué,  d'un  esprit  vif  et  fin  et  de 
mœurs  peu  sévères,  des  Yveteaux  devait  naturellement 
plaire  à  un  prince  et  à  des  grands  dont  il  partageait  les 
penchants  voluptueux.  Son  talent  pour  la  poésie  servait 
aussi  à  ie  pousser  dans  une  société  avide  de  petits  vers 
et  de  gaudrioles  littéraires.  Ses  productions  légères, 
licencieuses  même,  faisaient,  dit-on  3,  les  délices  de  no- 
bles dames. 

Poète  à  la  mode,  il  paraît  avoir  rendu  force  services 
aux  amants,  qui,  obligés  par  Tusage  d'adresser  des  vers 
à  leurs  maîtresses  et  désespérant  de  pouvoir  jamais  rimer 
«  malgré  Minerve,  »  étaient  tout  heureux  de  tenir  de  la 
complaisance  d'autrui  une  élégie,  une  ode,  une  épi- 
gramme,  n'importe  quoi,  selon  la  nature  des  relations. 
On  raconte  même  —  que  ne  raconte-t-on  pas  ?  —  que 
Henri  IV  eut  recours  à  ce  chantre  de  bonne  composi- 
tion^, qui,  à  l'occasion,  ne  ménage  pas  de  poétiques  le- 
çons à  son  royal  client  : 

1.  Cï.  Réplique  de  la  veuve  Lésinière ',  —  Gouget,  Tallemant 
(les  Réaux. 

2.  Sonnet  àe  àe^  Yveteaux,  cf.  Blanchemain,  œuv.  de  des  Yve- 
teaux. 

3.  Cf.  Lhuillier.  op.  cit.,  p.  4. 
'\.  Cf.  Pichon,  op.  cit. 


-  3^  — 

Adraste  qui  se  voit  le  plus  grand  de  son  âge..., 
Ayant  soumis  la  terre  aux  lois  de  son  courage 
Sous  celle  d'une  femme  était  emprisonné... 
Enfin  il  a  rompu  des  chaînes  malheureuses...* 

Des  Yveteaux  obtenait  bien  d'autres  succès.  Ses  in- 
trigues galantes  n'eurent  que  trop  de  retentissement. 
Il  y  eut,  parait-il,  aventures  et  mésaventures^.  En  d'au- 
tres temps  on  se  serait  montré  plus  sévère  à  la  cour 
pour  un  précepteur  d'un  fils  du  roi  et  pour  un  posses- 
seur de  bénéfices  ecclésiastiques^.  Ceux-ci  étaient  la 
monnaie  avec  laquelle  Henri  IV  s'acquittait  des  obliga- 
tions qu'il  avait  à  des  Yveteaux  ;  pour  faire  de  son  pro- 
tégé un  abbé  commendataire,  lui-même  écrivait  au  car- 
dinal de  Givry  : 

«  Mon  cousin,  c'est  en  faveur  de  des  Yveteaux,  qui 
est  à  moy,  que  je  vous  fais  ce  mot,  pour  vous  prier  de 
vous  employer  de  tout  vostre  pouvoir  à  ce  que  l'abbaye 
de  Nostre-Dame  du  Val,  qui  est  en  titre,  passe  en  com- 
mende^...  etc.  » 

D'autres  fois  on  donna  des  abbayes  à  des  poètes.  On 
reconnaissait  et  récompensait  ainsi  le  mérite  littéraire. 
A  ce  titre  des  Yveteaux  en  valait  bien  un  autre.  Assu- 
rément il  y  a  dans  ses  œuvres  trop  de  pièces  de  com- 
mande, trop  de  vers  licencieux  comme  ce  fameux  son- 
net épicurien,  qui  traîne  aujourd'hui  partout  : 

Avoir  peu  de  parens,  moins  de  train  que  de  rente, 
Et  chercher  en  tout  temps  Fhonneste  volupté, 


1.  Œuvres  de  des  Yveteaux,  édit.  Prosper  Blanchemain. 

2.  Cf.  Le  Baston  rompu.  Tallemant  cite  et  commente  cette  sa- 
tire, t.  II. 

3.  II  ne  posséda  pas  l'abbaye  du  Val  en  commende  avant  l'an 
1609.  On  le  voit  par  la  lettre  ci-dessous  de  Henri  IV.  Des  Yve- 
teaux abandonna  plus  tard  N.-D.  du  Val  à  l'abbé  de  Rancé. 

4.  Original  à  la  Bibliothèque  publique  de  Metz.  Cit.  par  Lhuil- 
lier,  op,  cit. 


■ 


-  33  - 

Contenter  ses  désirs,  conserver  sa  santé 
Et  l'âme  de  procez  et  de  vices  exempte  ; 

A  rien  d'ambitieux  ne  mettre  son  attente, 
Voir  les  siens  élevez  en  quelque  authorité. 
Mais  sans  besoin  d'appuy  garder  sa  liberté 
De  peur  de  s'engager  à  rien  qui  ne  contente  ; 

Des  jardins,  des  tableaux,  la  musique,  des  vers, 
Une  table  fort  libre  et  de  peu  de  couverts,  etc.  '... 

L'agrément  incontestable  du  tour  ne  peut  faire  oublier 
ni  méconnaître  les  droits  qu'a  au  respect,  même  du 
poète,  la  vraie  et  saine  morale.  Mais  d'autres  composi- 
tions nous  mettent  plus  à  l'aise  dans  la  louange  que  nous 
ne  marchandons  pas  à  un  facile  talent.  Dans  V Institu- 
tion du  prince"*-^  poème  composé  pour  César  de  Ven- 
dôme, il  y  a  des  vers  «  bien  pensés  et  bien  exprimés  2.  » 

Tu  peux  en  tous  endroits  et  lorsque  tu  le  veux, 
Invoquer  l'Eternel  et  lui  faire  des  vœux, 
Pour  ceux  qui  vivent  bien,  le  monde  n'est  qu'un  temple. 
Mais  tu  lui  dois  ta  vie,  au  peuple  ton  exemple...  *. 

On  dirait  que  cette  dernière  pensée  serait  empruntée 
à  David  Rivault\  D'accord  encore  avec  lui,  des  Yve- 
teaux  estime  les  belles-lettres  et  les  recommande  à  son 
élève,  comme  étant 

La  source  des  conseils,  le  repos  des  labeurs. 
Le  charme  des  ennuis  et  l'oubli  des  douleurs*'.   » 


1.  Ap.  J.  Travers,  Blanchemain,  etc. 

2.  L'Institution  du  Prince.  Paris,  1604,  in-4<^.  Nous  nous  garde- 
rons bien  encore  de  tout  approuver  en  ce  poème. 

3.  Pichon,  op.  cit. 

4.  Inst.  du  Prince. 

5.  Cf.  Suprà  les  Estats. 

6.  Instit.  du  prince. 


-  34  - 

Le  prince  les  aimera  et  les  cultivera,  mais  discrète- 
ment et  en  prince. 

Pourtant  je  ne  veux  pas  que  ton  cœur  s'en  affole  ; 
Instruis-toi  pour  le  monde  et  non  pas  pour  l'école. 
Il  faut  que  ton  savoir  se  découvre  en  vivant  : 
Je  t'aime  beaucoup  mieux  habile  que  savant*. 

Le  poète  parfois  s'élève.  Nous  n'hésiterions  pas  à  sa- 
luer en  lui  un  prédécesseur  de  Corneille,  s'il  en  avait  le 
tour  vif  et  le  laconique  sublime  : 

Les  esprits  généreux,  malgré  les  lois  du  temps, 
Nous  font  voir  leur  automne  avecque  leur  printemps, 
Et  le  cours  du  soleil,  le  tyran  des  années, 
Ne  se  doit  observer  pour  les  âmes  bien  nées  ^ 

Des  Yveteaux  n'est  donc  pas  un  poète  à  mépriser. 
Il  eut  sur  son  vieux  père,  avec  un  talent  moins  original 
peut-être,  «  l'avantage  de  se  trouver  du  mouvement  de 
réforme  imprimé  à  la  langue  par  l'école  nouvelle  de 
Desportes,  de  Bertaut,  de  Racan  et  surtout  de  Mal- 
herbe 3.    » 

Tout  le  monde  connaît  les  stances  à  Duperrier.  On 
oublie  qu'un  émule  et  un  ami  de  leur  auteur  gémissait, 
d'une  voix  qui  nous  parait  charmante  en  sa  grâce 
douce  et  plaintive,  sur  la  mort  et  ses  «  rigueurs  à  nulle 
autre  pareilles  :  » 

Beaux  rayons,  plus  clairs  que  durables, 
Si  vos  lumières  désirables 
Ont  eu  leur  fin  en  commençant. 
C'est  le  destin  des  belles  choses  : 


1.  Institut,  du  Prince. 

2.  Ibid.  —  Gomp.  Corneille,  Le  Cid,  acte  II,  se.  II  : 

«  Je  suis  jeune,  il  est  vrai,  mais  aux  âmes  bien  nées 
La  valeur  n'attend  point  le  nombre  des  années.  » 

3.  Rathery,  p.  12. 


-  3o  - 

Un  matin  est  l'âge  des  roses, 
Et  les  lys  meurent  en  naissant*. 

Des  Yveteaux  et  Malherbe  étaient  liés  par  l'affection 
que  se  doivent  des  compatriotes,  la  sympathie  d'âmes 
sœurs,  bien  que  de  mœurs  et  de  caractère  différents,  et 
la  reconnaissance  que  celui-ci  avait  à  celui-là.  Des  Yve- 
teaux, fort  en  crédit  auprès  du  roi,  introduisit  Malherbe 
à  la  cour,  et  par  l'appui  qu'il  lui  prêtait,  mérita  bien  des 
lettres  et  de  la  langue.  Il  fit  la  fortune  de  son  ami  sans 
négliger  la  sienne. 

Il  obtenait  de  nouveaux  bénéfices  simples,  deux  mille 
livres  de  pension  2,  entrait  dans  le  conseil  privé  de 
Henri  IV,  et  enfin  était  nommé  précepteur  du  Dauphin, 
depuis  Louis  XIII,  le  22  août  1609  3.  Mais  la  mort  du 
Béarnais,  assassiné  le  14  mai  1610,  devait  mettre  un 
terme  à  ses  succès  et  à  sa  faveur  à  la  cour. 

La  nomination  de  des  Yveteaux,  faite  par  le  roi  sur 
son  initiative  personnelle,  ou  peut-être  à  la  prière  du 
maréchal  d'Estrées,  fut  généralement  désapprouvée. 
Elle  déplut  surtout  à  la  reine.  Celle-ci  aurait  répondu 
au  remerciement  du  nouveau  précepteur  :  «  qu'il  ne  l'en 


1.  Des  Yveteaux.  Sur  la  mort  de  deux  jeunes  garçons.  — 
Gomp.  Malherbe,  Cous,  à  M,  Duperrier  sur  la  mort  de  sa  fille  : 

«  Et  rose  elle  a  vécu  ce  que  vivent  les  roses, 
L'espace  d'un  matin.  » 

2.  Cf.  Lhuillier,  p,  5. 

3.  «  ...Nous  ne  saurions  mieux  faire  paraître  à  nos  subjets 
combien  nous  les  chérissons  que  par  le  soin  que  nous  voulons 
avoir  de  faire  donner  à  notre  cner  et  bien  aimé  fds,  le  Dauphin 
de  Viennois,  une  si  bonne  nourriture  qu'elle  puisse  engejidrer 
en  leurs  c<i'urs  une  affection  immortelle...  Nous  avons  adVrsé  de 
lui  donner  bailler  un  précepteur  bien  choisi,  suffisamment  versé 
à  toutes  sortes  de  sciences...  Nous  n'avons  pas  trouvé  de  plus 
propre  à  cest  effect  que  nostre  amé  et  féal  Nicolas  Vauquelin,  s"" 
des  Yveteaux...  »  (Extrait  d'une  lettre  de  Henri  IV  portant  no- 
niin.  de  N.  V.  des  Yveteaux  comme  précepteur  de  Louis  XIII. 
—  Ms.  app.  à  M.  Henri  de  la  Fresnay  de  Guibray,  cit.  dans  les 
Communes  et  la  royauté,  par  Ch.  Desmaze,  Paris  1877,  in-12.  — 
De  fait  des  Yveteaux  était  en  fonction  dès  le  mois  de  février  1609. 
(Cf.  L'Estoile). 


-  36  - 

remerciast  point,  mais  le  Roy,  qui  seul  l'avait  voulu,  et 
que,  si  elle  eust  esté  crue,  il  ne  l'eust  jamais  esté  *.  » 

Le  mécontement  de  Marie  de  Médicis  a  pu  se  tra- 
duire d'une  façon  moins  vive  ;  mais  il  fut  réel.  On  le 
rappellera  plus  tard  à  Sa  Majesté  2.  C'est  un  sentiment 
qui  honore  l'épouse  offensée  par  les  soins  donnés  au 
fds  de  la  d'Estrées,  et  la  mère,  justement  inquiète  des 
leçons  et  des  exemples  qu'allait  donner  à  son  fils  un 
maître  de  capacité  douteuse  et  de  mœurs  au  moins  sus- 
pectes. 

En  outre  des  Yveteaux  avait  contre  lui  le  nonce  Ubal- 
dini,  le  maréchal  de  Villeroy  et  Bruslart  de  Sillery. 

L'Eglise  ne  pouvait  se  désintéresser  de  l'avenir  et  ne 
pas  veiller  avec  une  extrême  vigilance  sur  l'éducation 
du  fils  aîné  de  Henri  IV.  Aussi  à  peine  l'enfant  était-il 
né  que  le  roi  était  supplié  par  le  nonce  Buffalo  de  ne 
point  le  mettre  aux  mains  des  hérétiques  3.  Henri  IV  le 
promit  et  tint  parole.  Il  donnait  aussitôt  au  jeune  dau- 
phin une  nourrice  orthodoxe,  puis  le  confiait  aux  soins 
de  M.  et  de  M™^  de  Montglas,  tous  deux  catholiques. 
Enfin,  quand  il  eut  atteint  l'âge  de  sept  ans,  à  ceux  de 
Gilles  de  Souvré^,  qui  l'était  aussi. 

((  Henri  IV  ne  fut  pas  toujours  aussi  bien  inspiré 
dans  le  choix  des  personnes  qu'il  plaçait  auprès  de  son 

1.  L'Estoile,  1881,  IX,  226. 

2.  Cf.  Une  pièce  à  la  suite  des  Mém.  de  Villeroy,  1723,  t.  V, 
p.  204.  «  On  scait  que  vostre  Majesté  informée  du  peu  de  scavoir 
de  ce  payeur  de  bonne  mine,  ...ne  vouloit  en  façon  du  monde 
qu'il  élevât  votre  fds....  » 

3.  Cf.  Biblioth.  nation.,  ms.  italiens,  n"  66. 

4.  Cf.  Suprà,  p.  35.  Lettre  de  Henri  IV  nommant  des  Yveteaux 
comme  précepteur.  «  Notre  principale  intention  a  esté  aussitôt 
que  nous  avons  reconnu  son  esprit  (c.-à.-d.  du  Dauphin)  capa- 
ble de  recevoir  des  instructions,  de  faire  choix  de  notre  ame  et 
féal  sieur  de  Souvré  pour  estre  son  gouverneur.  »  —  Gilles  de 
Souvré,  marquis  de  Courtenvaux,  maréchal  de  France,  né  vers 
1540.  Il  reconnut  l'un  des  premiers  les  droits  de  Henri  IV  au 
trône  et  le  servit  avec  fidélité.  Courtenvaux  est  dans  le  Maine 
(Cf.  Bulletin  delà  Société  d'agric.  de  la  Sarthe,  XVI,  71-74). 


i 


—  37  - 

fils,  et  sa  légèreté  ou  son  imprudence  donna  un  trop  lé- 
gitime prétexte  au  nonce  Ubaldini  d'intervenir  dans  les 
affaires  du  ménage  royal'.  »  La  nomination  de  des 
Yveteaux  en  est  une  preuve.  Elle  était  désagréable  au 
nonce  qui  avait  obtenu  de  la  reine  (1608  ?)  qu'elle  ferait 
donner  des  maîtres  bons  catholiques  à  son  fils,  déjà 
«  plus  grand  que  son  âge,  plus  beau  que  ne  le  faisaient 
les  peintres,  très  semblable  à  sa  mère  par  le  visage, 
avec  la  gravité  sévère  qui  caractérisait  la  maison  de 
Médicis^.  » 

On  soupçonnait  bien  Nicolas  des  Yveteaux  de  ne  pas 
tenir  toute  la  promesse  de  la  reine  ;  mais  qu'y  faire  ?  Le 
joyeux  précepteur  se  réclamait  du  roi  et  de  M.  de  Brè- 
ves, ambassadeur  près  le  Saint-Siège.  L'ombre  même 
du  feu  roi  semblait  encore  couvrir  de  sa  protection  le 
précepteur  suspect. 

Ubaldini  le  faisait  surveiller  par  de  Souvré  et  le  père 
Cotton  3  et  recueillait  «  les  accusations  les  plus  extraor- 
dinaires et  les  plus  graves^.  »  On  parlait  de  discours 
tendant  à  l'athéisme,  à  l'impureté  des  mœurs,  etc.  C'é- 
tait inquiétant,  malgré  les  notes  optimistes  de  l'ambas- 
sadeur de  Brèves,  assurant  que  «  le  roi  avait  porté  au 
choix  du  précepteur  de  son  fils  tout  le  soin  désirable  et 
qu'il  était  difficile  de  faire  une  meilleure  élection^.  » 

Mais  les  renseignements  venus  de  Paris  ou  de  Fon- 
tainebleau ont  plus  de  poids  devant  l'histoire  que  ceux 
qu'envoyait  de  Rome  le  trop  facile  de  Brèves.  Or  voici 
ce  que  nous  apprend  le   fameux  «  Discours  présenté  à 


1.  Perrens.  L'Eglise  et  l'Etat,  sous  le  règne  de  Henri  IV  et  la 
régence  de  Marie  de  Médicis,  I,  p.  379. 

2.  Cf.  Ubaldini,  dép.  du  5  février  1608,  ap.  Perrens,  op.  cit. 

3.  Jésuite,  confesseur  de  Henri  IV  et  de  Louis  XIII  enfant. 

4.  Perrens.  op.  cit. 

5.  Dép.  du  22  juillet  1610. 


-  38  - 

la  reine,  mère  du  roi^  »  L'auteur,  quel  quil  soit-,  se 
montre  sévère  pour  le  premier  précepteur  de  Louis  XIIP, 
qui  a  le  soin  de  «  cette  belle  plante,  ...si  mal  cultivée^.  » 
Il  faut  de  toute  nécessité  en  choisir  un  autre  qui  «  efface  les 
traits  fardez  et  cet  ombrage  de  scavoir  de  son  premier 
maître.  Car  quel  profit  peut  faire  le  prince  de  l'exemple 
de  sa  vie  et  de  ses  instructions  ?  Ses  leçons  sont  en 
toutes  leurs  parties  prodigieuses,  sans  tètes  et  sans 
pieds ^...  » 

Suivent  d'autres  accusations,  par  exemple  de  propos 
licencieux  et  «  efféminez,  »  et  même  de  foi  suspecte, 
etc.  De  ces  griefs  il  en  est  dont  nous  ferions  bon  mar- 
ché, comme  l'histoire  de  Pomone  et  de  Flore.  Elle  pou- 
vait bien  être  oiseuse,  mais  tout  professeur  en  parlait 
en  ces  temps  où  la   mythologie   était  très  à  la  mode. 


1.  A  la  suite  des  Mémoires  de  Villeroi/,  V,  199,  Amsterdam, 
1725. 

2.  Le  ton  ferme,  les  grandes  vues  de  ce  discours  nous  font 
penser  à  Richelieu.  L'évêque  de  Luçon  était  jeune  encore  mais 
non  inconnu  à  la  cour.  —  Quant  à  y  voir,  comme  le  veut  Talle- 
mant,  une  remontrance  directe  et  ofiicielle  du  clergé,  impossible  : 
la  forme  du  discours  s'y  oppose.  L'auteur  parle  en  son  nom  et 
s'appuie  sur  des  renseignements  «  puisés  dans  les  compagnies 
de  plusieurs  personnes  de  qualité...  » 

3.  Ce  discours  fut  adressé  à  la  fin  de  l'année  ;  «  il  y  aura  force 
mécontentements  à  ce  premier  de  l'an.  »  Aux  étrennes  de  1612 
la  question  du  précepteur  était  tranchée.  Elle  l'était  même  en 
1611,  au  moins  pour  ce  qui  concerne  des  Yveteaux,  personnelle- 
ment nommé  et  pris  à  partie.  La  question  se  présentait  de  nou- 
veau le  13  novembre  1612  à  l'occasion  de  la  mort  de  Nicolas  Le- 
fèvre.  Mais  là  encore  ne  peut  trouver  place  le  «  Discours  à  la 
Reine.  »  L'orateur  parle  avantageusement  de  Sully,  qui  ne  pou- 
vait donc  être  en  disgrâce,  de  difficultés  de  la  reine  pendant  les 
«  six  derniers  mois.  »  Enfin  —  et  cette  raison  me  paraît  décisive 
—  la  reine  devra  bien  recevoir  «  le  comte  de  Soissons,  quand  il 
sera  de  retour,  »  et  lui  témoigner  sa  satisfaction  pour  les  services 
rendus  aux  Etats  de  Rouen.  »  Or  le  comte  de  Soissons  était  mort 
dans  la  retraite  et  presque  dans  la  rébellion,  à  Blandy,  le  30  oct. 
ou  au  moins  le  l®""  nov.  1612  (Cf.  Dareste,  Èist.  de  France,  V,  p. 
12;  Michaud,  art.  Soissons,  etc). 

4.  Disc,  à  la  Reine. 

5.  Ibid. 


-  39  - 

Nous  ne  serions  pas  plus  sévère  pour  «  les  plagiats  ;  » 
un  maître  ne  saurait  tout  inventer.  Quant  au  reste  il 
faut  bien  y  voir  un  grand  mal  qui  appelait  un  grand  re- 
mède. L'insuffisance  de  des  Yveteaux  paraît  avoir  été 
assez  notoire  ^  L'enfant  lui-même  «  avait  le  sentiment 
de  l'infériorité  de  son  maître  en  face  d'une  tâche  faite 
pour  des  hommes  éminents,  et  le  malheureux  des  Yve- 
teaux dut  s'en  excuser  un  jour  d'une  manière  assez  pi- 
teuse en  disant  à  son  élève,  à  propos  d'une  réflexion 
qui  n*est  pas  parvenue  jusqu'à  nous^,  «  qu'il  n'était  sans 
doute  pas  des  plus  savants,  mais  toutefois  qu'il  n'était 
pas  un  homme  du  commun  ni  du  vulgaire,  car  on  ne 
l'eust  pas  mis  auprès  de  Sa  Majesté  3.   » 

Si  l'on  en  croit  l'auteur  du  «  Discours  à  la  Reine,  » 
Henri  IV  obligé  d'avouer  un  jour  dans  l'intimité  que 
son  choix  laissait  à  désirer,  aurait  ajouté  que  des  Yve- 
teaux «  était  auprès  du  Dauphin  plutôt  pour  lui  ap- 
prendre un  bien  peu  de  grammaire  que  pour  un  autre 
sujet,  mais  qu'il  en  choisirait  un  autre  de  meilleure 
étoffe  quand  il  serait  plus  grand  ^.   » 

Prévu  ou  non  par  le  roi,  le  remplacement  de  des  Yve- 
teaux eut  lieu  subitement  en  juillet  1611. 

Quelle  en  fut  la  cause  ou  l'occasion  ?  L'Estoile,  qui 
n'en  sait  probablement  rien,  affirme  que  c'était  pour 
avoir  «  babillé  entre  autres  de  M.  d'Encre.^  »  Il  faut 
plutôt,  pensons-nous,  en  chercher  la  raison  dans  les 
motifs  déjà  connus  du  lecteur.  L'ambassade  vénitienne 
n'en  donnait  pas  d'autres  à  son  gouvernement 6.  Mais  il 

1.  Cf.  Disc,  à  la  Reine.  • 

2.  B.  Zeller,  La  minorité  de  Louis  XIII,  p.  130. 

3.  Hëroard,  t.  II,  p.  57.  Ed.  SouUé  et  Barthélémy,  Paris, 
Didot. 

4.  Die.  à  la  Reine,  p.  204. 

5.  Mém.,  tom.  XI  coll.  Michaud,  p.  133. 

6.  «  Fu  dimisso  improvisamente  il  S.  d'Ifito  dal  carico  de  pre- 
cettore  del  Re  par  ombra  pressa  de  lui  in  materia  di  religione,  et 
dato  al  sip^iiof  di  Fevro,  ^raii  littorato,  et  bonissimo  cattolico,  et 
al  Ue  che  i'ainava  s'ù  fatto  creder  altro.  »  (Amb.  venit.  27  juillel 
1611). 


-  40  - 

est  aussi  fort  possible  «  qu'on  ait  caché  la  vraie  cause 
du  renvoi  de  son  précepteur  au  roi  qui  Taimait*.   » 

Des  Yveteaux  quittait  la  cour  largement  pourvu  de 
pensions 2  et  de  bénéfices.  Il  se  retira  dans  sa  belle 
maison  du  faubourg  Saint-Germain.  La  vie  qu'il  y  mena 
n'était  pas  pour  infirmer  les  griefs  articulés  contre  lui. 

Bien  que  désormais  les  détails  de  cette  singulière 
existence  soient  pour  nous  d'un  moindre  intérêt,  nous 
en  donnerons  un  résumé  succinct,  sans  nous  porter  ga- 
rant de  la  véracité  de  tous  les  faits  relatés,  la  plupart 
par  le  médisant  Tallemant  des  Réaux. 

Libre  de  tout  souci  et  de  toute  contrainte,  Nicolas  des 
Yveteaux  s'enfermait  dans  sa  maison  3,  «  ornée  de  fes- 
tons et  de  lacs  d'amour,  se  parait  de  vieux  rubans  que 
Ninon  lui  avait  donnés,  recueillant  une  aventurière,  en 
procès  avec  sa  famille,  scandalisant  tout  le  quartier,  et 
soutenait  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie  une  espèce  de  masca- 
rade dont  Chaulieu  a  poétisé  les  détails^.  » 

Il  sortait  peu,  mais  recevait  volontiers  et  dînait  en  la 
joyeuse  compagnie  de  Saint-Amant,  du  comte  de 
Brionne,  de  Saint-Laurens  et  de  l'historien  Mézeray, 
qu'il  protégeait  ;  car  il  ne  refusait  pas  son  aide  aux  dé- 
butants dans  le  monde  des  lettres  et  n'était  pas  insen- 

1.  Cf.  la  note  précédente. 

2.  Il  existe  de  lui  une  Quittance  de  1621  de  6000  liv.  «  pour  l'es- 
tat  et  entretenement  qu'il  plaist  à  Sa  Majesté  lui  donner  durant 
la  présente  année.  »  (Obligeamment  comm.  par  M.  Bertrand  de 
Broussillon  d'après  le  n»  88  de  mai  1882  de  la  Revue  des  Auto- 
graphes). 

3.  Des  Yveteaux  possédait  une  maison  rue  du  Marais.  On  a 
beaucoup  parlé  de  pont  souterrain  faisant  communiquer  un  jar- 
din de  des  Yveteaux  avec  un  autre  jardin  situé  l'autre  côté  de  la 
rue.  Nous  ne  pouvons  entrer  dans  ces  détails.  (Cf.  Fournier,  Va- 
riétés hist.  et  litt.). 

4.  Cf.  Rathery,  op.  cit.,  et  la  pièce  de  Chaulieu  : 

«  Jacques  au  dernier  de  ses  jours 
a  II  porta  constamment  pannetière  et  houlette,... 
«  Expira  mollement  au  son  de  sa  musette... 


-  41  — 

sible  aux  souffrances  des  poètes  besoigneux.  Par  mode 
de  reconnaissance  l'un  d'eux  lui  ouvrait  son  cœur  et  se 
plaignait  d'être  incompris  ailleurs  : 

Hé  quoy,  Des  Yveteaux,  n'est-ce  pas  un  grand  fait 
Qu'un  poète  ignorant,  un  rimeur  imparfait 

Trouve  ce  qu'il  désire, 
Et  que  le  vray  poète,  en  ce  mal-heureux  temps, 

Languit  en  son  bien  dire 
Comme  la  fleur  cachée  au  déclin  du  printemps  !... 
,  Et  qu'estant  le  scavoir  en  l'oubliance  mis, 

Et  le  prix  dans  la  fange 
L'erreur  est  au  Pactole,  ayant  de  bons  amys  ^  ? 

Sa  compassion  et  son  intérêt  furent  d'autres  fois  moins 
bien  placés.  Témoin  ce  certain  jour  où  il  aperçut  une 
femme  jeune  et  fort  triste,  avançant  la  tête  par  la  porte 
entr'ouverte  de  son  grand  jardin,  une  harpe  à  la  main. 
Malgré  sa  grossesse  et  ses  haillons,  elle  ne  lui  parut 
point  laide '^.  Cette  joueuse  de  harpe  était  Jeanne  Félix, 
mariée  à  un  certain  Adam  du  Puy.  L'un  et  l'autre  fini- 
rent par  loger  chez  des  Yveteaux,  qui  achevait  ainsi  de 
se  couvrir  de  ridicule. 

Déjà  on  ne  le  voyait  pas  sans  étonnement  faisant  leda- 
meret,  malgré  ses  cinquante  ans,  ayant  des  chausses  à 
bandes  rattachées  avec  des  brides,  des  manches  de  satin 
de  Chine,  un  pourpoint  et  un  chapeau  de  peau  de  sen- 
teur et  une  chaîne  de  paille  à  son  cou,  sur  la  tête  une 
calotte  de  cuir  et  des  souliers  d'étoffe  à  ses  pieds  ;  bref, 
se  coiffant  comme  les  autres  se  chaussent  et  se  chaus- 
sant comme  les  autres  se  coiffent  3.  Ce  ne  fut  plus  qu'un 
tissu  d'extravagances.   Tous  les  matins  la  du  Puy  pre- 


1.  Garnier.  ap.  Fournier,  Variétés  hist.  et  litt. 

2.  Vigneul-Marville  dit  même   qu'elle    était  «  Tanto  più  bella 
quanto  più  lacerata.  » 

3.  Cf.  Les  récits  deM^»  de  Rambouillet,  ap.  Tallemant,  op.  cit. 


—  42  — 

nait  ses  ordres  pour  son  costume  du  jour^,  et  suivant 
son  désir  s'habillait  en  reine,  en  déesse,  en  nymphe  ou 
en  bergère. 

Pour  lui,  il  se  travestissait  d'une  manière  analogue-. 
Tantôt  il  s'affublait  en  berger,  tantôt  en  dieu  de  la  fable 
et  jouait  avec  la  du  Puy  des  scènes  mythologiques  -K 
D'autres  fois,  «  la  houlette  à  la  main,  la  panetière  au 
côté,  le  chapeau  de  paille  doublé  de  satin  rose  sur  la 
tête,  il  conduisait  paisiblement  le  long  des  allées  de  son 
jardin  ses  troupeaux  imaginaires,  leur  disait  des  chan- 
sonnettes et  les  gardait  des  loups ^.  »  On  ne  vit  jamais 
de  pareilles  mœurs  que  sur  les  bords  du  Lignon,  aux 
temps  fantastiques  de  Céladon  et  d'Astrée  ou  bien  dans 
l'Arcadie  de  Guarini. 

Malgré  le  calme  de  cette  vie  pastorale  et  le  soin  qu'il 
mettait  à  bannir  toute  inquiétude,  des  Yveteaux  trouva 
des  épines  mêlées  aux  roses  de  sa  vie  épicurienne.  Chas- 
sez les  soucis,  ils  reviennent  au  galop.  D'aucuns  vinrent 
du  fait  de  la  bergère  et  de  sa  famille.  Cette  famille  se 
montrait  âpre  à  profiter  de  la  nouvelle  position  de  la 
du  Puy,  et  insatiable  en  matière  d'argent.  Isaac  Félix, 
dit  de  Lézinière,  en  exigea  de  sa  sœur.  Une  bagarre 
s'en  suivit  avec  les  valets,  dans  les  jardins  de  des  Yve- 
teaux où  Lézinière  fut  tué.  De  là  des  difficultés  pour  le 
propriétaire,  qui  cependant  n'y  était  pour  rien,  et  la  sé- 
paration momentanée  d'avec  la  du  Puy,  emmenée  en  pri- 
son préventive. 

D'un  autre  côté,  le  Céladon  était  reprit  par  son  curé-^, 
et  surtout  par  Richelieu,  qui  l'engageait  dans  son  inté- 
rêt à  renvoyer  de  chez  lui  une  femme  qui  dévorait  tous 
ses    revenus  ^.    Richelieu  payait   ou    du  moins    faisait 

t.  Pichon,  op.  cit. 

2.  Cf.  Tallemant,  op.  cit. 

3.  Vigneul-Marville,  Mélanges,  t.  I^r,  1725. 

4.  Cf.  Tallemant. 

5.  Cf.  Fact.  I. 

6.  Cf.  Huet,  Orig.  de  Caeii,  p.  355. 


-  43  - 

payer  les  quartiers  des  bénéfices.  Des  Yveteaux  sacrifia 
ses  bénéfices  à  la  du  Puy  et  remit  au  roi  ses  abbayes  du 
Val  et  de  la  Trappe.  Mais  il  ne  put  éviter  les  procès 
avec  sa  propre  famille,  justement  inquiète  au  sujet  d'une 
fortune  exposée  à  passer  en  d'autres  mains  '. 

Toutefois  rien  n'y  faisait.  Rien  ne  pouvait  vaincre  cet 
entêtement  de  vieillard  original  et  indépendant  à  l'excès. 
Du  reste,  comme  Lafontaine,  des  Yveteaux  ne  nous  pa- 
rait pas  avoir  eu  jamais  une  idée  exacte  de  la  moralité. 
N'est-ce  pas  lui  en  efi'et  qui  écrivait  à  son  frère  : 

({  Quoi  que  vous  disiez,  je  ne  m'aperçois  pas  que 
j'aie  obscurci  la  lumière  de  notre  race  par  les  ténèbres 
de  mon  ignorance,  ni  par  la  bassesse  de  mes  actions. 
Mes  occupations  et  mes  plaisirs  sont  toujours  honnêtes 
ou  agréablement  profitables  aux  autres  et  à  moi-même  ; 
et  s'il  y  a  quelque  splendeur  en  ma  dépense,  elle  est 
sans  somptuosité,  comme  ma  liberté  sans  dissolution. 
Il  y  a  vingt-cinq  ans  que  je  ne  scais  ce  que  c'est  du 
Cours,  des  Tuilleries,  ni  de  la  cour  ;  mais  j'ai  vu  plus 
de  reines,  de  princesses  et  de  duchesses  chez  moi  que 
vous  n'avez  vu  de  dames  aux  noces  de  votre  fils.  Vous 
prenez  la  politesse  et  la  délicatesse  curieuses  pour  une 
volupté  vicieuse  et  défendue...  Toutefois  je  n'ai  point 
vu  que  la  douceur  des  plaisirs  ou  la  violence  des  pas- 
sions ni  les  plus  friands  objets  aient  jamais  irrité  mes 
sens  jusques  à  passer  à  un  désir  irrégulier  ou  étranger  -  ?  » 

Dans  une  épitaphe  généralement  attribuée  à  l'abbé 
de  Rancé,  mais  dont  l'ancien  précepteur  parait  avoir 
fourni  lui-même  les  principales  pensées,  il  confirme    ce 


1.  La  (in  Puy  avait  en  particulier  une  fille,  Marguerite,  mariée 
à  Nicolas  Vauquelin,  sieur  de  Sacy-Rotours,  que  des  Yveteaux 
voulait  d(tter.  Lies  dissensions  de  sa  famille  et  les  autres  difficul- 
tés de  dos  Yveteaux  donnèrent  lieu  à  des  factunis  que  nous 
iivons  plusieurs  fois  cités.  Ils  sont  l'une  des  meilleures  sources 
de  la  biographie  de  des  Yveteaux. 

2.  Lettre  à  M.  de  la  Fresnaye,  cit.  par  Rathery. 


_  44  — 

qu'il  avait  avancé  :  «  J'ai  tenu  ma  vie  cachée  et  ma  cons- 
cience nette  sans  ostentation,  ma  liberté  entière  sans 
dissolution.  » 

Donc,  s'il  faut  l'en  croire,  Huet  a  quelque  raison  de 
dire  que  la  plupart  des  «  gentillesses  w  du  bonhomme 
«  sont  supposées  ^  Le  même  auteur  croit  d'ailleurs  à 
une  conversion  sérieuse  chez  lui  et  cite  à  l'appui  de  son 
dire  un  fameux  sonnet  retrouvé  il  y  a  quelque  quarante 
ans  : 

Enfin  je  ne  suis  plus  des  habitants  du  monde  ! 
Mon  âme  est  eschappée  et  ne  tient  plus  de  lieu  ; 
Elle  a  quitté  mes  sens  :  le  seul  amour  de  Dieu 
Me  fait  tout  voir  en  ange  et  sans  cause  seconde. 

Que  je  suis  au-dessus  de  la  terre  et  de  l'onde 
Quand  j'en  suis  séparé  par  un  heureux  adieu  ! 
Que  mes  travaux  sont  doux,  quand  je  suis  au  milieu  ! 
Plus  je  suis  agité,  plus  ma  paix  est  profonde  ! 

Quoy  pensez-  vous  que  j'aime,  mortels,  que  les  cieux  ? 
Qui  m'inspire  en  mourant  ces  pensers  glorieux, 
Plus  clairs  que  le  soleil  et  plus  nets  que  l'aurore? 

C'est  le  bruslant  amour  du  Maître  que  je  sers, 
Qui  m'a  paru  si  vif  aux  maux  que  j'ay  soufferts, 
Qu'au  lieu  d'en  estre  las,  je  veux  souffrir  encore  ^ 

Ce  sont  là  de  louables  sentiments  ;  mais  quelques 
vers,  écrits  parfois  sous  l'influence  des  idées  du  moment, 
ne  peuvent  être  une  preuve  certaine  ni  de  l'entière  per- 
versité ni  du  retour  de  leur  auteur.  Ne  faisons  donc  pas 
trop  fonds  sur  le  sonnet  scandaleux  ni  sur  le  sonnet  pé- 
nitent de  des  Yveteaux.  Que  sait-on  ?  Ne  sont-ce  pas  là 
jeux  de  poètes  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'aventurière  du  Puy  sera  long- 
temps de  la  maison  du  jouisseur,  qui  s'en  fait  accompa- 

1.  Orig.  de  Caen,  1709,  p.  356. 

2.  Cité  par  J.  Travers,  op.  cit. 


-  45  - 

gner  aux  Yveteaux*  pendant  un  été,  puis  à  Brianval  ~, 
près  de  Meaux,  où  il  avait  fait  bâtir  une  somptueuse 
habitation.  Il  s'y  retira  même  définitivement  et  y  mou- 
rut en  1649.  Il  avait  81  ou  82  ans. 

Ses  derniers  moments  ont  été  l'objet  de  jugements  les 
plus  contradictoires.  Nous  ne  nous  chargeons  point  de 
résoudre  ce  problème.  Même  désaccord  au  sujet  de  la 
du  Puy,  qui,  un  moment,  se  serait  prêtée  à  Brianval, 
au  même  manège  de  bergeries  qu'à  la  rue  du  Marais. 

Monsieur  Lhuiller^  affirme  que  la  bergère  «  trépassa 
avant  d'avoir  atteint  la  cinquantaine  et  que  son  berger 
lui  survécut  de  quelques  mois  seulement.  »  D'autres 
assurent  qu'elle  lui  ferma  les  yeux^.  Tant  pis  pour  des 
Yveteaux.  La  présence  de  cette  femme,  souff'erte  et 
même  réclamée  en  ce  moment,  nous  gâte  l'opinion  opti- 
miste du  savant  Huet  et  l'eff'et  produit  auprès  du  sou- 
verain juge  par  le  sonnet  pénitent^. 

(A  suivre). 

AuG.  Anis. 


1.  Maison  de  campagne  de  des  Yveteaux  en  Normandie. 

2.  Dans  la  paroisse  de  Vareddes.  «  Il  y  a  encore  à  Vareddes 
des  restes  curieux  de  la  demeure  du  personnage  ;  elle  était  située 
à  l'extrémité  est  du  village  à  1500  mètres  de  la  Marne,  rive  droite, 
vis-à-vis  de  l'extrémité  sud  du  village  de  Germigny,  qui  s'élève 
gracieusement  sur  la  rive  gauche  de  la  môme  rivière.  »  (Commu- 
niqué par  M.  le  chanoine  F.  A.  Denis,  né  à  Vareddes). 

3.  Op.  cit.,  p.  1*. 

'i.  Cf.  Tallemant,  Ghaulieu,  etc. 

5.  Nous  permettra-t-on  de  donner  ici  par  manière  d'épilogue 
le  portrait  de  Nicolas  des  Yveteaux  dessiné  par  Tallemant  Vf ///.s^ 
p.  11,  Id.  Paris  et  Rouen)  «  C'était  un  petit  homme  sec.  à  yeux 
de  cochon,  ayant  toujours  l'esprit  présent  et  disant  parfois  de 
jolies  choses.  » 


RECHERCHES 

SUR  DIVERS  TITULAIRES 
DE  MAGISTRATURES,   CHARGES  ET  OFFICES 

DE  LA  VILLE  ET  DU  COMTÉ  DE  LAVAL 

(Suite) 


ECHEVINS 

Les  échevins,  dit  le  dictionnaire  de  Trévoux,  étaient  les 
officiers  élus  par  les  habitants  d'une  ville  pour  avoir  soin  de 
leurs  affaires  communes,  de  l'entretien  et  de  la  décoration  de 
la  cité.  A  Paris  il  y  avait  un  prévôt  des  marchands  et  quatre 
échevins  ;  dans  les  autres  villes  un  maire  et  des  échevins. 

Primitivement  les  échevins  étaient  assesseurs  et  conseil- 
lers des  juges  des  villes  ;  ils  jugeaient  même  seuls  les  petites 
causes. 

Ménage  croit  que  le  mot  échevin  vient  de  scabiniis  ou  sca- 
binius.  Cujas  et  Chopin  disent  qu'il  est  dérivé  de  l'hébreu. 
Ragueau  pense  qu'il  naît  de  l'allemand  schaffer  ou  schaffen. 
Borel  le  dérive  de  caçere^  dans  le  sens  de  conservateur  des 
intérêts  publics. 

Quelquefois  on  les  a  appelés  burlesquement  Léchevins, 
parce  qu'autrefois  ils  devaient  essayer  les  vins  pour  y  mettre 
le  taux  et  la  police  \ 

1.  Trévoux,  T.  2,  p.  1321.  Edition  MDGGXXXH. 


-   47  — 

Le  temps  que  les  échevins  passaient  en  fonctions  se  nom- 
mait échevinage  :  dans  certaines  villes  il  donnait  la  noblesse. 

On  eut  toujours  grand  soin  de  nommer  des  hommes  sages, 
justes  et  indépendants,  capables  de  défendre  les  intérêts  des 
liabitants  contre  les  injustes  empiétements  des  seigneurs, 
des  maires  et  des  autres  officiers  des  villes.  Pichot  de  la  Gra- 
verie  nous  rapporte,  qu'en  1732  à  Laval  :  <  on  eut  attention 
«  de  ne  pas  choisir  des  sujets  dépendant  de  M.  Le  Long, 
«  maire  et  de  la  seigneurie,  et  avec  juste  raison  étant  très 
«  important  et  très  avantageux  aux  intérêts  de  la  ville  et  des 
«  habitans  de  ne  pas  tomber  dans  une  situation  et  une  dépen- 
«  dance  forcée  qui  tiennent  dans  l'esclavage  les  habitans  et 
«  les  mettent  dans  l'impuissance  de  se  défendre  contre  les  op- 
«  pressions  des  officiers  ambitieux  et  entreprenans,  en  sorte 
«  qu'on  doit  éviter  avec  un  soin  extrême  de  donner  trop  d'au- 
«  torité  et  de  pouvoir  aux  officiers  du  seigneur  dont  il  est  im- 
«  possible  que  quelques-uns  n'abusent  de  temps  en  temps  *.  » 

D'abord  les  échevins  étaient  nommés  dans  une  assemblée 
de  la  maison  de  ville.  Depuis  1733,  d'après  un  édit  du  roi, 
ces  charges  durent  être  approuvées  et  enregistrées  au  Par- 
lement. 

En  1709  le  roi  créa  des  échevins  alternatifs,  qui,  comme  le 
mot  l'indique,  remplissaient  leurs  charges  tour  à  tour. 

A  Laval,  d'après  un  règlement  fait  de  concert  avec  le  duc 
de  la  Trémouille,  les  échevins  étaient  choisis  dans  les  deux 
sièges  du  grenier  à  sel  et  des  traites.  Depuis,  à  la  suite  d'une 
réclamation  des  officiers  du  grenier  à  sel.  on  décida  de  les 
prendre  successivement  dans  tous  les  corps  de  justice  ^ 


ECHEVINS 
1567 

René  Garnier.  —  Fils  de  Perrot  Garnier.  Il  épousa  Raoul- 
hne  Quesnay  (Registres  de  Saint-Vénérand). 
Raoul  le  Balleur.  —  Fils  de  Raoullet  le  Balleuret  de  Fran- 


1.  Pichot  de  la  Graverie,  T.  2,  p.  292. 

2.  Idem. 


-  48  - 

çoise....  Il  épousa  Françoise  Gougeon  (Rég.  de  Saint -Véné- 
rand) . 

Jacques  Pélisson. 

Jean  Davoust. 

Nous  trouvons  leurs  noms  dans  une  pancarte  concernant 
les  statuts  et  ordonnances  de  la  prévôté  de  Laval. 

1576 

Mathurin  Prévost,  avocat. 

Jean  Journée.  —  Nous  trouvons  son  nom  dans  les  regis- 
tres de  Saint- Vénérand  en  1535-1536  ;  sa  femme  se  nommait 
Marie  le  Balleur. 

Ils  furent  tous  les  deux  députés  du  Tiers-Etat  aux  Etats 
généraux  de  Blois. 

1579 

Mathurin  Prévost,  avocat. 

Mathurin  Denuault  (Titres  de  Patience). 

1614 

Jean  Davazé.  —  Fils  de  Geoffroy  Davazé  et  de  Guillemine 
Bellanger,  il  épousa  Marie  Bidault. 

Armes  :  d'azur  à  un  autruche  d'argent  ("Ancienne  généa- 
logie). 

1623 

Olivier  Morayne  de  la  Motte,  avocat,  fils  de  Robert  Mo- 
rayne,  greffier  en  la  justice  ordinaire  de  Laval,  et  de  Jacquine 
Hennyer.  Il  épousa  en  premières  noces  Aimée  Martin  et  en 
deuxièmes  noces  Marie  Chemineau.  Il  mourut  en  1658.  Sa 
fille  Renée  Moraine  avait  épousé  Jacques  le  Bla»nc  de  la  Vi- 
gnole  qui,  devenu  veuf,  se  remaria  à  Adnette  Lasnier  ^ 

N...  Biennier. 

Jean  le  Vayer.  —  Fils  de  Guillaume  le  Vayer. 

On  trouve  son  nom  en  1617  dans  un  registre  de  Saint- Vé- 
nérand comme  parrain  de  Marguerite  le  Geay.  Il  était  sieur 
de  la  Torchonnière. 

1.  Recherches  historiques,  T.  3,  9,  14. 


-  49  - 

Ambroise  Letourneurs.  —  Fils  de  Claude  Letourneurs  et 
de  Ambroise  Audouin.  Il  épousa  le  15  mars  1608  Geneviève 
Hennier. 

Armes  :  d'argent  au  chevron  de  gueules,  en  chef  2  mer^ 
lettes  de  sable,  en  pointe  une  tour  de  même  soutenue  d'un 
croissant  d'azur^. 

1638 

Pierre  le  Clerc  de  la  Galorière.  écuyer.  —  Fils  de  Claude 
le  Clerc,  conseiller  au  siège  présidial  d'Angers  et  de  Magde- 
leine  le  Gauffre.  Il  épousa  l'*  N...  Oupvrard  de  la  Gousserie, 
2°  Charlotte  Molland. 

Il  était  très  riche,  enrichi  par  le  trafic  des  toiles  en  Espa- 
gne. Il  eut  cinq  garçons  et  deux  filles,  dont  l'une  fut  mariée 
à  Daniel  Pélisson,  seigneur  de  Montigné  père  de  Jeanne  Pé- 
lisson,  femme  de  Jacques,  vicomte  de  Byragues,  baron  d'Ën- 
tramnes  en  premières  noces  et  en  deuxièmes  noces  de  Char- 
les de  Maillé,  comte  de  la  Tour-Landry. 

Armes  :  d'azur  au  chevron  d'or  trois  étoiles  d'or  en  chef 
et  un  cœur  de  gueules  en  pointe^. 

Cette  famille  Le  Clerc  était  originaire  d'Entramnes.  Ce  fut 
Pierre  le  Clerc  qui  posa  la  première  pierre  du  jubé  de  la  Tri- 
nité. Il  fonda  la  chapelle  de  la  Courteille  ^. 

Daniel  Guérineau. 

René  Salmon,  sieur  du  Coudray,  fils  de  Ambroise  Salmon, 
sieur  du  Griffon,  avocat.  Il  avait  épousé  Renée  Loriot. 

Guy  Chapelle. 

1662 

René  le  Bouvier,  sieur  des  Landes. 

Fils  de  François  le  Bouvier,  sieur  du  Hameau,  de  la  pa- 
roisse de  N.-D.  de  Mayenne  et  de  Renée  le  Pineau. 

De  Maude  nous  donne  les  armoiries  d'un  Jean  le  Bouvier, 
curé  du  Ham  :  d'or  à  3  pals  d'hermines.  Cette  famille  le 
Bouvier  était  ancienne  à  Laval  :  nous  trouvons   maistre  Jean 

1.  Menu  généal.,  mns.  T.  VIL 

2.  Mém.  généal.,  T.  I. 

;j.  Extrait  délivré  par  le  grellier  du  conseil  de  l'église  de  la 
Trinité  le  26  juin  1667. 

4 


—  5Ô  - 

le  Bouvier  docteur  en  médecine  signant  comme  témoin  le  18 
juin  1496,  un  don  fait  par  Guy  XV  à  Olivier  de  la  Roussière, 
seigneur  de  la  Vieucourt,  de  terres  dans  la  forêt  de  Concise*. 
Pierre  Hoisnard,  s.  de  la  Bodangère.  Sa  femme  était  Jac- 
quine  Bidault  de  Glatighé. 

1670 

Roland  le  Duc,  avocat.  —  Fils  de  Roland  le  Duc  avocat  et 
de  Jeanne  Cailler.  Il  épousa  Marie-Anne  Bidault  des  Landes 
(Registres  de  Saint- Vénérand). 

1693 

René  Martin  de  la  Réauté.  —  Fils  de  René  Martin,  s.  de  la 
Réauté  et  de  Jeanne  Frin.  Il  naquit  en  1663  le  7  mai  et  eut  un 
frère  jumeau  nommé  Pierre.  Parr.  Jean  Duchemin  de  la  Ja- 
rossais.  Marr.  Jeanne  le  Meignan,  dame  de  la  Meunerie. 

Il  épousa  Magdeleine  Seigneur  et  mourut  le  23  août  1727. 

Armes  :  d'argent  à  une  mdcle  de  sinople  accornp.  de  4 
trèfles  cantonnés  de  même  (Armoriai  des  généralités). 

1709-15 

René  Frin  de  la  Chauvinière.  —  Fils  de  Sébastien  Frin, 
s.  des  Allées,  assesseur,  et  de  Claude  Babin.  II  épousa 
Jeanne  Hoisnard  et  mourut  en  1751.  Il  était  conseiller  du  roi 
et  assesseur  en  la  maréchaussée  de  Laval. 

Armes  :  d'azur  à  3  gerbes  d'or  2  et  i. 

René  Gautier  du  Breil. 

1722 

P.  Vrigné. 

Guillaume  Gaudin,  docteur  en  médecine,  fils  de  Noël  Gan- 
din et  de  Marguerite  le  Balleur,  épousa  Anne  Joly. 

Armes  :  de  sinople  à  une  coupe  d'or  en  cœur  et  3  besants 
d'argent  2  et  i. 

Jacques  Enjubault,  fils  de  René  et  de  Louise  Gaudin,  avo- 
cat, marié  à  Françoise  Duchemin  de  Noisement. 

Jacques  François  Duchemin  du  Val  Bleré,  fils  de  Jacques- 

•1.  Titres  de  la  Yieuxcouri  (Rec/i .  hist.,  T.   II). 


-  51  - 

Jean  Duchemin  du  Val  Bleré  et  de  Renée  le  Bouvier.  Il 
épousa  Louise  Pinard. 

François  le  Hirbec,  s.  de  la  Haie.  —  Fils  de  Barthélémy  le 
Hirbec  et  de  Marie  Fréard. 

Armes  :  d'argent  à  3  fasces  de  gueules  portant  en  chef 

une  croix  ancrée  de accomp.  d'une  molette  ou  étoile  à 

gauche  et  d'un  croissant  au  côté  droit^. 

François  Beudin  s""  du  Bourgneuf,  époux  de  Marie  le  Mais- 
tre. 

Armes  :  de  Sinople  à  trois  tulipes  d'or  ^. 

Jean  Eumond,  s.  del'Etang.  —  Fils  de  Valentin  Eumond,  s"" 
de  la  Grignonière. 

Les  Eumond  étaient  seigneurs  del'Etang  de  Barbé.  Ils  l'a- 
vaient acheté,  en  1634,  de  Jean  Duchemin  de  la  Morelière  qui 
l'avait  acquis  en  1628  de  Monseigneur  le  duc  de  la  Trémoïlle^. 

1726 

Jean  Duchemin  de  Boisjousse.  Fils  de  René  Duchemin,  s. 
de  la  Barberie  et  de  Marie  le  Geay. 

Il  naquit  le  27  avril  1666.  Parr.  Jean  Chevalier,  s.  du  Ver- 
ger. Marr.  Marie  de  la  Court.  Il  épousa  Louise  le  Long  et 
mourut  âgé  de  78  ans  *. 

Ses  armoiries  étaient  :  d'or  à  un  chameau  de  sinople  ac- 
compagné en  chef  de  trois  cœurs  d'argent  ^  <; 

1727-1731 

Olivier  Davazé,  s.  de  la  Chevalerie.  Fils  de  Guillaume 
Davazé  et  de  Suzanne  Marchais.  Il  épousa  Françoise  Barrier 
(Ancienne  généalogie). 

Charles-René  Le  Geay,  fils  de  Jean  le  Jay  des  Astelais  et 
d'Angélique  Gaultier  de  la  Vieucour  ;  il  épousa  René  le  Las- 
nier  des  Présneufs,  fille  de  Jean  le  Lasnier  des  Présneufs  et 
de  Renée  Richard  (Mém.  généal.,  T.  4). 

1.  Mém.  généal.,  T.  II. 

2.  Comm.  de  Farcy. 

3.  Rec/i.  Hist.,  T.  14. 

4.  Registres  de  Saint- Vénérand.  —  Mém.  généal. 

5.  De  Mande.  —  Mém.  généal. 


-  5â 


1732 


Joseph  Renusson  de  la  Bressinière.  —  Fils  de  Pierre  Re- 
nusson,  s""  de  la  Bressinière  et  de  Marie  Monnerie.  Il  épousa 
le  6  août  1698  Anne  Duchemin,  fille  de  René  Duchemin,  s. 
de  la  Barberie  et  de  Marie  le  Geay  (Registres  de  Saint- Vé- 
nérand). 

De  sable  à  3  renards  d'argent  2  et  i  (Armor.  des  géné- 
ralités). 

1733 

François  du  Vernay  du  Ronceray,  médecin,  fils  d'Antoine 
du  Vernay  du  Ronceray,  médecin,  et  de  Andrée  Bellière.  11  se 
maria  quatre  fois  et  eut  des  enfants  de  deux  femmes,  N...  de 
Chambord  et  Marie  Gandin. 

Armes  :  de  sinople  à  iinefasce  d'or  accomp.  de  trois  ver- 
rues d'argent  en  chef  et  une  boite  de  même  en  pointe  (Arm. 
des  généralités). 

Joseph  Rousseau  de  Monfrand  était  avocat  au  parlement  et 
président  à  l'élection  de  Mayenne  ;  fils  de  Nicolas  Rousseau 
de  Monfrand  procureur  du  roi  au  grenier  à  sel  d'Ernée  et  de 
dame  Marie  le  Pannetier.  Il  épousa,  le  16  novembre  1722,  en 
l'église  Saint- Vénérand,  demoiselle  Anne  Hélène  de  la  Porte, 
fille  de  M.  Charles  de  la  Porte,  président  à  l'élection  de  La- 
val, et  de  dame  Jacquine  Des  Champs  (Reg.  de  Saint- Véné- 
rand). 

Armes  :  d'argent  au  cœur  de  gueules  surmonté  de  trois 
étoiles  d'azur  rangées  en  chef  et  soutenues  d'un  croissant 
de  même. 

1731 

Joseph  de  Launay,  s.  de  Montaleu,  fils  de  Lancelot  de  Lau- 
nay,  s.  des  Saulais  et  de  Jacquine  Rousseau.  Il  épousa  Anne 
le  Febvre  dans  l'église  Saint-Tugal. 

Armes  :  de  sable  à  trois  canettes  d'argent  2  et  i  (Arm.  des 
généralités) . 

1738 

....  Le  Mercier  delà  Guillotière.  —  Fils  de  Jean  le  Mer- 
cier, s.  des  Chênes  et  de  Marie  Arnout. 


-  53  - 

1740 

Roland  le  Duc. —  Il  élevait  être  fils  de  Roland  le  Duc,  éche- 
vin  en  1670,  et  de  Marie  Bidault  des  Landes. 

«  Du  14  septembre  1740. 

M.  Roland  le  Duc,  avocat  et  bailli  d'Entrammes  est  mort. 
11  avait  été  échevin  pendant  dix  ans  et  avait  encore  été  con- 
servé pour  quatre  années,  le  22  décembre  1739. 

A  sa  sépulture  on  lui  accorda  tous  les  honneurs  qu'il  méri- 
tait. La  maison  de  ville  y  est  allée  en  corps,  M.  de  la  Villeau- 
dray  portait  le  sceau  et  quatre  échevins  les  cornières,  les 
tambours  et  les  gardes  de  ville  avaient  la  craye  ?  »  (Pichot 
de  la  Graverie). 

Nicolas  Seigneur,  s""  du  Hallay. 

Nous  pensons  qu'il  était  fils  de  René  Seigneur,  s.  du  Bu- 
ron,    avocat.    Il    était   bailly    d'Entrammes    et    mourut  le 

10  août  1746.  A  sa  sépulture  le  sceau  fut  porté  par   M.   de 
Montaleu,  ancien  échevin  (Pichot  de  la  Graverie). 

1741 

Joseph  Duchemin  de  la  Jarossaye,  fils  de  Pierre  Duche- 
min  de  la  Jarossaye  et  de  Marie-Marthe  Coustard  ;  marié  à 
Jacqueline  Hoisnard  de  Cormeray.  Il  était  banquier  à  LavaP. 

11  fut  nommé  le  17  février  1741,  sur  le  refus  que  M.  Hoisnard 
de  Cormeray,  son  beau-père,  avait  fait  d'être  échevin. 

Armes  :  d'oj-  au  chameau  de  sable. 

1747 

Ambroise  Hardy,  docteur  en  Sorbonne  et  avocat,  fiis  de 
Ambroise-Jean  Hardy  de  Lévaré,  maire  de  Laval,  et  de  Renée 
Martin  de  la  Blanchardière.  Il  mourut  en  1753. 

Armes  :  de  sable  au  lion  couronné  d'or  accomp.  de  trois 
étoiles  2  et  1^. 

François  le  Clerc  du  Moulin,  conseiller  du  roi,  procureur 
au  siège  royal  et  maréchaussée  de  Laval.  Fils  de  Jean-Bap- 


1.  Mém.  généal.,  T.  I. 

2.  Idem. 


-  54  - 

tiste  le  Clerc  du  Moulin  et  de  Françoise  Briand.  Il  épousa 
Anne-Françoise  Frin  ^ 

Il  fut  reçu  procureur  du  roi  le  12  avril  1726,  nommé  éche- 
vin  le  16  juin  1747  et  envoyé  en  décembre  1748,  comme  dé- 
puté des  habitants  de  la  ville  pour  aller  à  Paris  poursuivre 
l'obtention  du  Tarifa 

«  Le  9  juin  1760.  M.  François  le  clerc  du  Moulin,  célèbre 
«  avocat  au  siège  ordinaire,  procureur  du  roi  du  siège  royal 
«  des  exempts  est  décédé  sur  les  six  heures  du  matin  à  l'âge 
«  de  soixante-quinze  ans,  et  a  laissé  à  ses  enfans  une  des  plus 
«  riches  et  des  plus  brillantes  fortunes  qu'aucun  avocat  ait 
«  jamais  fait  en  cette  ville,  étant  riche  de  plus  de  300,000  liv., 
«  quoiqu'il  n'ait  fait  que  la  seule  profession  d'avocat  plaidant 
«  et  que  tenir  des  assises  en  qualité  de  sénéchal  de  plusieurs 
«  seigneuries.  Il  y  a  dix  ans  qu'il  avait  cessé  de  plaider,  mais 
«  il  faisait  également  la  profession  et  les  écritures  d'avocat 
«  sous  le  nom  de  son  fils  et  ensuite  sous  le  nom  de  M.  P.  Guays, 
«  qui  plaidait  ses  causes  gratuitement  et  sans  honoraires. 
«  Bel  exemple  qui  doit  engager  les  jeunes  avocats  à  s'appli- 
«  quer  et  étudier,  estimer  et  suivre  une  aussi  honorable  et 
«  utile  profession  ^.  » 

Armes  :  d'azur  au  chevron  d'or^  trois  étoiles  dor  en  chef 
et  un  cœur  de  gueules  en  pointe. 

1748 

Ambroise  Touschard,  né  en  1703  fils  de  Pierre  Touschard 
de  Sainte-Plaine  et  de  Marie  Duchemin. 

Armes  :  d'argent  à  une  bordure  d'azur  chargée  de  ces 
deux  mots  :  Unica  Virtus. 

1751 

Hyerosme  Salmon.  —  Il  fut  lieutenant  général  en  1734  et 
avocat  fiscal  en  1737  à  la  mort  de  son  frère. 

Fils  de  François  Salmon  et  de  Marie  Duchemin. 


1.  Pichot  de  la  Graverie. 

2.  Mém.  gêné  al.,  T.  4. 

3.  Id. 


-  55  - 

1753 

Pierre  Louis  Duchemin  du  Tertre,  fils  de  Pierre  Duche- 
min  du  Tertre  et  Renée  le  Clerc. 
Armes  :  d'or  au  chameau  de  sable. 

1754-1756 

René  Courte  de  la  Noërie.  —  Fils  d'Urbain  Courte  de  la 
Nouërie  et  de  N...  Fleury. 

Armes  :  d azur  à  trois  besans  d'or,  un  passant  de  même 
en  cœur  un  lanibel  de  trois  pendants  en  chef^. 

1758 

Jean  B.  Duchemin  de  Saint-Céneré  et  des  Etoyères,  écuyer. 
Il  appartenait  à  une  branche  de  la  famille  Duchemin  anoblie 
au  XVIP  siècle.  Elle  était  sortie  de  René  Duchemin  de  la 
Barberie  et  d'Antoinette  Courte, 

Fils  de  Jean  B.  Duchemin  des  Etoyères,  écuyer,  commensal 
de  la  maison  du  roi  et  de  Marie  le  Clerc  ^. 

Jean  B.  Duchemin  des  Etoyères  et  Marie  le  Clerc  avaient 
acheté  le  10  oct.  1713  la  terre  de  Gresse,  en  la  Chapelle- 
Anthenaise,  de  M.  Jean  Bochard  de  Saron  et  de  Marie  Ca- 
zet  de  Vautorte,  son  épouse.  A  sa  mort  cette  terre  devint  la 
part  de  son  second  fils  Julien  qui  la  vendit  en  1743  à  Jean  B. 
Duchemin  de  Saint-Céneré  son  frère  aîné^. 

Aveu  de  1701.  —  Saint-Ceneré  rendait  aveu  au  Mans  pour 
la  baronnie  de  Touvois,  avait  le  droit  de  patronage  comme 
seigneur  haut  justicier  et  fondateur  et  droits  honorifiques  de 
l'église  et  paroisse,  prééminences  et  autres  droits.  Emplace- 
ment et  dépendances  du  four  à  ban  situé  au  haut  du  bourg 
de  Saint-Céneré,  au-dessous  de  la  porte  de  M.  Duval,  notaire. 

Une  maison  joignant  la  rue  du  Bourg  au  moulin  de  Com- 
marcé,  délaissée  pour  dire  une  messe  par  semaine  à  la  cha- 
pelle des  Etoyères. 

Aveu  de  1750.  —  Le  seigneur  de  Bois-Jousse  (Duchemin) 


1.  Me  m.  }^énéa.,  T.  III. 

2.  Ancienne  généalogie. 

3.  Rech.  /list.,  T.  XII. 


-  56  — 

relevait  de  Laval  ;  il  était  seigneur  et  patron,  fondateur  de 
l'église  de  Saint-Ceneré  et  avait  la  présentation  de  la  sa- 
cristie. 

Aveu  de  1765.  —  Les  Etoyères  de  Saint-Céneré  rendaient 
aveu  à  Touvois  de  l'évêché  du  Mans*. 

Julien  René  Duchemin  de  Gresse  était  écuyer,  chev.  de 
l'ordre  du  Christ. 

Les  armes  de  cette  branche  des  Duchemin  étaient  :  d'ar- 
gent au  lion  de  sable,  au  chef  d'azur  chargé  de  trois  besanls 
d'orK 

1759 

René  Garnier,  s.  des  Touches,  fils  d'Ambroise  Garnier, 
s.  de  la  Herberdière  et  de  Marie  Fanouillais,  marié  à  demoi- 
selle Marie-Marguerite  Moreau,  fille  de  Pierre  Moreau,  s.  de 
la  Roche  et  de  Catherine  Hardy  ^. 

Jacques  Duchemin  de  la  Morinière,  fils  d'Ambroise  Duche- 
min de  Beaucoudray  et  de  Anne  Duchemin,  marié  à  Renée- 
Angélique  Touschard  *. 

Armes  :  d'or  au  chameau  de  sable. 

N...  du  Bourgneuf. 

René  Guays,  né  en  1679,  fils  de  René  Guays  et  de  Fran- 
çoise Chastaigner  ;  il  épousa  Marie  Duchemin. 

Armes  :  de  gueules  au  guéridon  d'argent,  couronné  de 
même  en  chef. 


GRENIERS  A  SEL 

GABELLE 

Le  nom  de  Gabelle  vient  selon  les  uns  de  gab  qui  en  chal- 
déen  signifie  muleta  ou  même  tributum.  D'autres  le  font  ve- 
nir àe gabel^  mot  saxon  qui  signifie  tribut^. 

1.  Rech.  hist. 

2.  De  Maude.  Armoriai  du  Maine. 

3.  Registres  de  Saint- Vénérand. 

4.  Registres  de  Saint- Vénérand. 

5.  Expilly,  t.  3S  p.  535. 


I 


-  57  — 

Avant  Philippe-le-Long  le  trafic  du  sel  était  libre  en 
France;  ce  fut  lui  qui,  le  premier,  pour  subvenir  aux  frais  des 
guerres,  mit  un  impôt  vers  1320.  Cet  impôt  d'un  double  par 
livre  de  sel  fut  levé  à  sa  mort.  Les  rois,  ses  successeurs,  se 
servirent  des  mêmes  ressources  en  augmentant  l'impôt  de 
quelques  deniers.  Philippe  de  Valois  l'accrut  considérable- 
ment et  le  rendit  permanent.  Jusque-là  le  sel  avait  été  vendu 
librement  par  des  marchands  ;  après  la  bataille  de  Poitiers  le 
roi  se  réserva  cette  vente  en  établissant  des  greniers  où  tout 
le  sel  fut  porté.  Henri  II  mit  la  gabelle  en  ferme  pour  un  bail 
de  dix  ans  le  4  janvier  1548.  On  appelait  «  grenier  à  sel  »  la 
juridiction  où  se  jugeaient  en  première  instance  les  contra- 
ventions aux  ordonnances  ou  autres  difficultés  relatives  à  la 
vente  du  sel.  Elle  était  composée  de  présidents,  lieutenants, 
grainetiers,  contrôleurs,  avocats  et  procureurs  du  roi,  gref- 
fiers, huissiers  et  sergents  ^ 

Il  y  avait  deux  sortes  de  greniers  à  sel  :  les  uns,  dits  de 
i>ente  volontaire^  où  chacun  était  obligé  de  se  fournir  de  sel 
pour  sa  consommation  suivant  la  fixation  portée  par  les  rè- 
glements :  les  autres,  dits  d'impôt^  qui  forçaient  les  habitants 
à  payer  leur  provision  de  sel  aux  prix  du  grenier. 

Cette  seconde  forme  était  employée  dans  les  provinces  qui 
touchaient  aux  pays  rédimés.  La  facilité  d'introduire  du  faux 
sel,  occasionnée  par  ce  voisinage,  avait  obligé  de  prendre 
cette  précaution.  Contraint  de  payer  sa  provision  de  sel  au 
prix  du  grenier,  le  peuple  n'avait  plus  aucun  intérêt  à  se  pro- 
curer du  sel  en  fraude  ^. 

Les  greniers  devaient  être  construits  dans  les  lieux  secs  et 
favorables.  Les  sels  devaient  y  être  déposés  soit  dans  les 
salorges  soit  dans  les  greniers,  deux  ans  avant  d'être  livrés 
au  public.  Pour  donner  toute  la  perfection  à  la  mesure  des 
greniers  on  avait  établi  le  trémil^  où  le  mesureur  vendait  le 
sel  qui  tombait  ensuite  dans  le  minot.  Pour  qu'il  y  eût  une 
règle  sûre  et  une  forme  dans  l'imposition  de  sel,  on  la  fixa 
par  la  consommation  estimée  à  raison  d'un  minot  par  qua- 


1.  Idem. 

2.  Mémoire  pour  les  officiers  des  greniers  à  sel,  in-4°  de  103 
pages,  p.  11  (Archives  de  la  ville  du  Mans). 


-  58  — 

torze  personnes,  ce  pourquoi  l'on  faisait  chaque  année  le 
dénombrement  de  la  population  des  paroisses  ^ 

Dans  les  villes  où  le  sel  ne  s'imposait  pas  par  collecte  on 
devait  lever  au  grenier,  pour  pot  et  salière^  seulement  un 
minot  pour  quatorze  personnes,  suivant  l'article  7  du  titre  6 
de  l'ordonnance  de  1680,  et  l'article  33  du  titre  8  de  cette 
même  ordonnance.  Le  minot  de  sel  pesait  ordinairement 
96  livres,  dont  le  prix  est  réglé  à  41  liv.  suivant  le  titre  7. 
Mais  depuis  on  l'avait  augmenté.  En  1729  il  se  payait  48  liv. 
le  minot.  Le  minot  se  divisait  en  deux  demi-minots  ;  chaque 
demi-minot,  pesant  48  livres,  se  divisait  en  1/4,  1/8  et  1/16 
de  minot.  Le  1/4  pesait  24  livres  et  coûtait  12  liv.,  le  demi- 
quart  pesait  12  livres  et  coûtait  6  liv.,  le  1/16  pesait  6  livres 
et  coûtait  3  liv.  Par  l'article  2  du  titre  6  il  était  permis  à  plu- 
sieurs personnes  de  différents  feux  de  se  joindre  pour  lever 
un  minot.  A  l'égard  des  grosses  salaisons  l'ordonnance  ni  les 
arrêts  ne  fixaient  la  quantité  du  sel. 

L'année  pour  lever  le  sel  au  grenier  commençait  le  l*^""  octo- 
bre et  se  comptait  d'octobre  en  octobre.  Le  fermier  pouvait 
obliger  d'en  lever  la  moitié  dans  les  six  premiers  mois  et 
l'autre  moitié  dans  les  six  derniers,  ce  qui  ne  se  pratiquait 
pas  :  on  prenait  l'année  entière.  Les  pauvres  ou  ceux  qui 
étaient  taxés  de  30  livres  de  taille  et  au-dessous  ne  pouvaient 
être  condamnés  pour  restitution  des  droits  de  gabelle  ;  mais 
ils  devaient  prendre  leur  quantité  de  sel  au  regrat,  au  cours 
de  l'année^. 

Certaine  quantité  de  sel  était  accordée  gratuitement  à  quel- 
ques officiers  pour  leurs  provisions  :  ils  payaient  seulement 
la  voiture  qui  l'amenait  au  grenier.  Plusieurs  provinces  du 
royaume  étaient  exemptes  de  la  gabelle  ;  on  les  nommait  pour 
cette  Ydiison  pays  de  franc-salé.  C'étaient  :  Le  Poitou,  le  Li- 
mousin, l'Auvergne,  la  Guyenne,  la  Gascogne  et  la  Breta- 
gne ^ 


1.  Idem.,  p.  13. 

2.  Pichot  de  la  Graverie  (Recueil  de  sentences). 

3.  Expilly,  t.  3«,  p.  338. 


-  59  — 


7®  Pouancé, 

8°  Sainte-Suzanne, 


Un  grenier  à  sel  fut  établi  à  Laval  en  1481  \   Il  dirigeait 
huit  greniers  : 

1°  Château-Gontier,    4«  Sablé, 
2"  Craon,  5<>  Laval, 

3**  Ernée,  6*^  Mayenne, 

et  desservait  les  paroisses  suivantes  : 
Ahuillé,  Louvigné, 

Andouillé,  Maisoncelles, 

Argentré,  Meslay, 


Arquenay, 

Astillé, 

Avesnières. 

La  Bazouge, 

Bazougers, 

Beaulieu, 

Le  Bignon, 

Bonchamp, 

La  Brulatte, 

Changé, 

La  Chapelle-Anthenaise, 

Châlons, 

Cossé-le- Vivien, 

Courbeveille, 

Entramnes, 

Forcé, 

Le  Genest, 

La  Gravelle, 

Grenoux, 

L'Hôpital  du  Breil, 

L'Hôpital  de  Thévales, 

L'Huisserie, 


Montflour, 

Montjean, 

Montigné, 

Montsurs, 

Nuillé-sur-Ouette, 

Nuillé-sur-Vicoin, 

Olivet, 

Parnay, 

Ressort  de  Cossé. 

Ruillé, 

Sacé, 

Saint-Berthevin, 

Saint-Céneré, 

Saint-Cyr. 

Saint-Denis-du-Maine, 

Saint-Georges-le-Feschal , 

Saint-Germain-le-Fouilloux, 

Saint- Jean-sur-Mayenne, 

Saint-Isle, 

Saint-Ouen, 

Saint-Ouen-des-Oyes, 

Saint-Pierre-la-Cour, 


1.  Le  Blanc  de  la  Vignoile.  —  Il  y  a  deux  greniers  à  sel  à 
Laval,  Stivoir  :  celui  qu'on  appelle  de  Laval  qui  contient  45  pa- 
roisses situées  pour  la  plupart  entre  la  Mayenne  et  la  France  y 
compris  la  ville  d'Evron  et  celle  de  Sainte-Suzanne.  Le  second 
s'appelle  de  la  Gravelle  qui  est  au  bourg  situé  sur  la  frontière  de 
Bretagne  dans  l'élection  et  comté  de  Laval  où  est  (;n  effet  le  gre- 
nier à   sel  et  des  prisons;  mais  la  justice  se  rend  à  Laval. 


—  60  — 

Launay,  Soulgé, 

Loiron,  Lavais 

Louvernay, 

Les  premiers  greniers  furent  établis  rue  du  Val-de- 
Mayenne.  «  Mais  de  tous  tems,  dit  Pichot  de  la  Graverie,  on 
«  se  plaignoit  à  Laval  que  les  greniers  à  sel  situés  dans  la 
«  rue  du  Val  de  Mayne,  sous  le  château,  étaient  mal  placés 
«  sous  un  roc  très  humide  et  très  incommode  à  cause  des 
«  embarras  des  voitures  publiques,  des  charrètes,  et  du  pas- 
ce  sage  continuel  de  tout  le  monde.  D'ailleurs  les  fermiers 
«  avaient  intérêt  qu'ils  fussent  placés  hors  la  ville  pour  em- 
«  pécher  les  collecteurs  et  ceux  qui  prenoient  du  sel  au  gre- 
«  nier  de  vendre  et  recéder  à  vil  prix  le  sel  qu'ils  y  pre- 
«  noient  aux  habitans  de  la  ville.  Ce  qui  diminuoit  beau- 
ce  coup  le  débit  de  celui  du  grenier  de  la  ville. 

c(  Ils  avoient  fait  souvent  des  tentatives  pour  en  construire 
ce  de  nouveaux  ou  engager  des  particuliers  à  en  construire. 
«  Plusieurs  fermiers  généraux  en  avaient  parlé  dans  leurs 
ce  tournées  à  M.  du  Mans  de  Qialais  pour  l'inviter  à  en  faire 
«  bâtir  sur  la  place  du  Gast  proche  sa  maison. 

«  L'ayant  enfin  accepté  en  l'année  1745  sur  les  sollicita- 
c(  tions  de  M.  de  Cussé,  fermier  général  de  tournée,  il  fut  fait 
c<  un  devis  et  traité  avec  lui  pour  la  construction  de  ce  gre- 
c(  nier.  Ces  nouveaux  greniers  ne  sont  que  trop  beaux  et 
c(  trop  spacieux,  leur  situation  quoique  un  peu  éloignée 
(c  est  également  très  commode  pour  l'emplacement  des  sels 
«  et  pour  le  débit  et  la  délivrance  ;  suivant  les  apparences 
c(  ils  ne  changeront  jamais  de  cette  situation.  Ils  ont  été 
«  achevés  et  mis  en  état  de  service  en  1746. 

«  Ils  mériteroient  d'être  affermés  au  moins  mille  livres 
«  pour  chaque  année.   » 


1.  Rech.  hist.  mns.,  t.  2.  Extrait  d'un  édit  du  mois  de  mai  1726. 
Article  XVI.  «  Le  ressort  dudit  grenier  de  Laval  continue  d'être 
«  de  vente  volontaire  pour  la  ville  de  Laval  et  les  fauxbourgs  et 
«  d'impôt  pour  les  paroisses  et  les  lieux  de  la  campagne  cy- 
«  nommés.  » 


-  61  — 
OFFICIERS  DU  GRENIER  A  SEL 

1567.  —  NICOLAS    LE    FEBVRE 

grenetier. 

1605.  AMBROISE    DAVOST 

contrôleur. 

1611.    DENYS    DE    CHAMPHUON,    S.    DE    LA    PELISSONNIÈRE  *, 

grenetier  à  Laval. 

1620.   —  GUILLAUME    LE    BRETON^, 

grenetier   à   Laval. 

Appartenait  à  une  ancienne  famille  de  Laval.  En  1493, 
Guillaume  le  Breton  payait  3  s.  7  d.  à  frère  Jacques  de  Berug, 
prieur  de  Saint  Martin,  pour  une  oseraie  ^. 

Nous  croyons  Guillaume  le  Breton  fils  de  Claude  le  Bre- 
ton et  de  Tugale  Gaulclierie.  Il  épousa  Marie  Chemineau  *. 

En  1517  Jean  le  Breton  de  la  Tizonnière  habitait  une  mai- 
son, rue  des  Tanneurs^. 

Son  oncle,  maistre  Guillaume  le  Breton,  fut  enterré  à  Saint- 
Tugal  dans  la  chapelle  de  la  Communion  ^ 

1647.  —  MATHURIN    SOURDRILLE    DE    LA    BARATERIE 

procureur. 

Epoux  de  Marie  Chassebœuf. 

Armes  :  d'azur  au  ches>ron  d'or-  accompagné  de  trois 
étoiles  ou  molettes  de  même^  celle  de  la  pointe  soutenue 
d'un  croissant  d'argent  (Arm.  de  la  M.). 


1.  Registres  de  Saint-Vénérnnd. 

2.  Idem. 

3.  Titres  de  Saint-Martin. 

\.  Mém.  gén.  —  Recherch.  Iiist. 

5.  Aveu  de  Chanteloup. 

6.  Comm.  et  chap.  de  Laval,  p.  27.  —  Un  membre  de  la  fa- 
mille le  Breton,  curé  de  Meslay,  portait  comme  armoiries  :  d'a- 
zur à  la  cloche  d'or  bataillce  de  sable  et  semée  de  croix,  haus- 
sée et  (leuronnée  d'argent  (De  Maude). 


—  62  - 

1669.  RENÉ  COURTE  DU  BOULLAYE 

procureur  au  grenier  à  sel. 

Fils  de  Jean  Courte  des  Chapelles  et  de  Barbe  de  Drouez. 
Il  épousa  Renée  Sourdrille. 

1671.  LAURENT    GRIZOLET 

receveur  au  grenier  à  sel. 
Sa  femme  se  nommait  Marguerite  Belloin. 

1688.  NOBLE  VALENTIN  DE  LA  PORTE,  S.  DE  FORGES. 

président. 

Il  était  conseiller  du  roi,  fils  de  Jean  de  la  Porte,  s.  du 
Manoir,  et  de  Guillemine  Bellière.  Il  épousa,  le  16  juin  1668, 
Renée  le  Meignan,  dame  des  Ifs.  Il  mourut  en  1695  et  sa 
femme  se  remaria  le  27  juillet  1704  avec  François  Bonneau 
de  la  Saulaye,  conseiller  du  roi  à  Château-Gontier.  Elle  mou- 
rut |,e  15  juillet  1730'. 

Valentin  de  la  Porte  était  le  demi  frère  de  M.  René  de  la 
Porte,  juge  et  maire  de  Laval,  et  de  Marie-Angélique  de  la 
Porte,  femme  de  Louis- Joseph,  comte  de  Montécler,  gouver- 
neur de  Laval.  Nous  avons  relevé  dans  le  contrat  de  vente  de 
la  terre  de  Mont-Renoul,  en  Saint-Cénéré,  que  M.  de  la 
Porte  acheta  en  1680,  une  clause  particulière  que  nous  don- 
nerons ici  :  «  L'acheteur  devra  payer  un  viage  de  60  livres 
«  par  charité  pour  ne  pas  laisser  Guy  le  Commandeur,  pour 
«  lors  propriétaire,  à  la  mendicité^.   » 

Armes  :  de  gueules  à  3  merlettes  d'argent  2  et  i. 

1688.  CLAUDE    FOUCAULT 

lieutenant. 
Nous  pensons  que  ce  Claude  Foucault  était  le  même  que 


1.  Mém.  gêné  al.,  t.  4. 

2.  Rech.  hist.,  t.  XII.  —  La  famille  le  Commandeur  possédait 
depuis  longtemps  cette  terre  de  Mont-Renoul  :  en  1448  Guy  le 
Commandeur  rendait  aveu  pour  elle  à  la  Chapelle- Rainsouin. 
En  1610,  Joachim  le  Commandeur,  écuyer,  était  seigneur  de 
Mont-Renoul. 


-  63  - 

Claude  Foucault,  s'  de  la  Montagne,  conseiller'du  roi,  lieu- 
tenant au  siège  de  l'élection  de  Laval. 

JACQUES    LE    CLERC    DU     CHAUMINEAU 

grenetier. 

Fils  de  Claude  le  Clerc  et  de  Magdeleine  le  GaufTre. 

Armes  :  de  gueules  à  une  tête  et  col  de  licorne  d argent 
accomp.  de  3  étoiles  d'or  2  et  i  soutenues  chacune  d'un 
croissant  d'argent  *. 

FRANÇOIS-RENÉ    DE    FARCY 

écuyer,  s""  de  Pontfarcy,  Montavallon,  Lahart,  conseiller  du 
roi,  président  et  premier  juge  magistrat  dans  tous  les  sièges 
royaux  du  comté  pairie  de  Laval,  le  15  octobre  1671,  maire 
perpétuel  de  ladite  ville,  président  du  grenier  à  sel,  n^aître 
des  eaux  et  forêts,  capitaine  des  chasses,  inspecteur  des  fer- 
mes du  roi,  subdélégué  de  l'intendance,  épousa  en  1673,  à 
Brion  près  Beaufort,  demoiselle  Marie  du  Breil.  Il  mourut  le 
23  février  1710  ^ 

Armes  :  D'or  fretté  d'azur  au  chef  de  gueules. 

FRANÇOIS-RENÉ    DE    FARCY 

chevalier,  fils  du  précédent,  écuyer,  de  s""  Montbron,  appelé 
l'abbé  de  Pontfarcy,  né  le  24  février  1677,  président  en  second 
aux  sièges  royaux  des  élections  et  grenier  à  sel  de  Laval, 
mourut  le  7  octobre  1740^. 

1685  à  1713.  LÉON  FOUREAU 

contrôleur,  greffier  et  assesseur 

Fils  de  noble  Léon  Foureau  et  de  Louise  Davazé  :  il  naquit 
le  22  octobre  1659  et  épousa  en  1688,  le  17  novembre,  Mar- 
guerite Frin  de  la  Thébaudière. 

Léon  Foureau  fut  installé  le  20  janvier  1685  en  la  posses- 
sion et  jouissance  de  contrôleur,  greffier  et  assesseur  en  chef 

1.  Mém.  gcnéaL,  t.  4. 

2.  Généal.  de  Farcy. 

3.  Généal.  de  Farcy. 


—  64  — 

du  siège  royal  de  Laval  dont  il  avait  été  pourvu  par  Sa  Ma- 
jesté le  14  septembre  1684. 

Son  installation  fut  faite  par  MM.  de  la  Porte,  C.  Foucault, 
J.  le  Clerc,  F.  le  Clerc,  président  et  eslus  conseillers  du  roi 
en  ladite  élection. 

Il  avait  acheté  de  Marie  Foureau,  dame  des  Cures,  le  greffe 
de  l'élection  et  du  grenier  à  sel  pour  la  somme  de  10,600  liv. 
devant  Lange,  notaire  à  Paris,  le  9  décembre  1704. 

Armes  :  d'argent  à  2  lions  affrontés  de....  en  chef  et  un 
loup  de passant  sur  une  terrasse  de en  pointe^. 

1695-1713.    GABRIEL    BEUDIN, 

conseiller  du  roi,  vérificateur-contrôleur. 

Il  naquit  le  4  septembre  1670  de  Gabriel  Beudin,  greffier 
de  Clermont,  grenetier  au  grenier  à  sel  de  la  Gravelle,  et  de 
Marie  Belin.  Son  parrain,  Jean  Tourtault,  sa  marraine,  Mar- 
guerite Guérin.  Il  avait  une  sœur  jumelle  Marie-Madeleine  -. 

Armes  :  de  sinople  à  3  tulipes  d'or^. 

1700-1713.  JOSEPH    MORAINE    DE    LA    MOTTE 

receveur 

Fils  de  René  Moraine  de  la  Motte  et  de  Marie  le  Hirbec. 
Il  avait  épousé  Catherine  Gaultier  *. 

1710-1713.  —  LOUIS  ARNOUL,  S.  du  Boulay 
procureur. 

Fils  de  André  Arnoul,  s*"  du  Tertre,  et  de  Jeanne  Roche.  Il 
épousa  Marie  Bidault  ^. 

Les  Arnoul,  très  anciens  à  Laval,  vendirent  au  sieur  de 
Faverolles  en  1635,  la  maison  du  Manoir,  qu'ils  avaient  ache- 
tée des  Ouvrouin,  vers  1550^. 

Armes  :  Parti  de fascé^  onde  de  huit  pièces  ;  et  de 

à  trois  fers  de  lance  de...  i  et  2'. 

1.  Mém.  généal.,  T.  1,  2  et  3. 

2.  Reg.  de  Saint-Vénérand. 

3.  Comm.  de  Farcy. 

4.  Registres  de  la  Trinité. 

5.  Reg.  de  Saint-Vénérand. 

6.  Recherches  historiques^  T.  I. 

7.  Armes  trouvées  sur  une  pierre  tombale  de  la  Trinité. 


-  65  - 

1713-1722.   GILLES    MARTIN    DE    LA    BLANCHAROlÈRE 

conseiller  du  roi,  président. 

Né  le  25  novembre  1656,  fils  de  René  Martin,  s""  de  la 
Réaulté  et  de  demoiselle  Jeanne  Frin  K 

Armes  :  d'argent  à  un  pal  d*azur  chargé  d'un  cygne  d'ar- 
gent. 

1722.    M.    DE    MONTBRON 

président 

Nous  pensons  que  ce  M.  de  Montbron  devait  être  de  la  fa- 
mille Clouet. 

Cette  supposition  est  basée  sur  le  mémoire  suivant  : 

Extrait  d'un  mémoire  ^ers  1660 

La  terre  de  Montbron  est  composée  du  domaine,  fief  et  dix- 
merie  inféodée  relevant  à  foy  et  hommage  lige  du  comté  de 
Terchant  en  la  paroisse  de  Cossé-le- Vivien. 

Dans  la  paroisse  de  Cossé  il  y  a  prieur  et  curé,  lequel 
prieur  a  accoutumé  de  lever  par  ancienneté  et  prendre  le 
tiers  de  la  dixme  inféodée  dans  l'étendue  du  fief  et  du  do- 
mayne  de  Montbron. 

L'autre  tiers  ^st  pris  par  un  simple  chapelain  de  la  cha- 
pelle de  la  Ville  ou  chapelle  Burdé. 

Le  dernier  tiers  appartient  au  seigneur  de  Montbron,  pro- 
])riétaire  dudit  lieu,  avec  toutes  les  pailles  de  la  dixmerie. 

Noble  Pierre  Clouet,  s.  de  Lalix  et  seigneur  de  Montbron 
en  1554. 

Pierre  Taillebois,  prêtre  chanoine  en  l'église  d'Angers, 
prieur  de  Cossé-le-Vivien  *. 

1723-1740.    —    FRANÇOIS-BENJAMIN    DE    LAUNAY 

S.  de  Pinchault,  président. 

Fils  de  François  de  Launay,  s.  de  Pinchault,  et  de  Ca- 
therine de  Fleurs;  il  épousa  Louise-Angélique  Mouflet  II 
avait  d'abord  été  grenetier  en  1695. 

Armes  :  de  sable  à  3  canettes  d'argent  2  et  1^. 

1.  Reg.  de  Saint-Vénérand. 

2.  Recherches  hist.  mus.,  T.  19. 
:{.  Mém.  généal.,  t.  4. 

4.  Armes  données  par  d'Hozier,  d'office  on  1698  (de  Maude). 


—  66  — 

1723-1740.  JOSEPH    LE    MERCIER    DE    LA    GUILLOTIÈRE  * 

receveur,  puis  président  en  1740. 

Fils  de  Jean  le  Mercier,  s.  des  Chênes  et  de  Marie  ArnouP. 
Il  fut  échevin  en  1738. 

Armes  :  de  gueules  au  pal  d'or  écartelé  d'or  au  pal  de 
gueules. 

1723-1740.  —  LOUIS  beudin' 
contrôleur. 

Fils  du  précédent. 

Il  se  maria  deux  fois  :  1°  avec  Louise  Benoist;  2°  avec  Re- 
née-Marie du  Galbé  *. 

1723-1733.   PIERRE    NUPIEDS    DE    MALIBERT 

procureur. 

Fils  de  Pierre  Nupieds  de  la  Fourmondière  et  de  Françoise 
Guillet  \ 
Armes  :  d'or  à  deux  pieds  de  carnation^. 

1723-1740.    N....     MALASSIS 

greffier. 

1731.    PIERRE    LE    BOURDAIS' 

procureur. 

1732-1740.    PIERRE    SAUVAGE    DE    LA    MARTINIÈRE  ^ 

conseiller  du  roi,  procureur  et  grelfier  au  grenier  à  sel 
de  Laval. 

Fils  de  François  Sauvage  de  la  Martinière,  conseiller  du 
roi,  et  de  Charlotte-Angélique  le  Jay  des  Astelais.  Marié  à 
Josephe  Gaudin. 

4.  Archives  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 

5.  Regist.  de  Saitit-Vénérand. 

1.  Archives  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 

2.  Arch.  de  Saint- Vénérand. 

3.  Idem. 

4.  Arm.  man. 

5.  Archives  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 

6.  Mém.  généal. 


—  67  - 

1733-1740.  FHANÇOIS    MOLAND    de    la    CHAUVIÈRE  ' 

receveur. 

Fils  de  François-Julien  Molland  de  la  Rivière,  receveur  gé- 
néral à  Laval  en  1721. 

Armes  :  d'or  à  trois  lions  léopardés  de  gueules  posés  les 
uns  sur  les  autres  passant  ^ 

1733.  ANÏHOINE    d'aRMANCOURT* 

directeur  des  gabelles,  à  Laval. 

1740-87.    FRANÇOIS    NUPIEDS    DE    MAUBERT  * 

procureur. 

1740.  —  JEAN-FRANÇOIS    DU    PLAT    DE    MONTICOURT '^ 

receveur. 

1740.    RENÉ    ENJUBAULT    DE    LA    BIZOLLIÈRE 

conseiller. 

Fils  de  Jacques  Enjubault  et  de  Françoise  Duchemin. 

Il  épousa  Marguerite  Pichot. 

Armes  :  d'azur  à  une  tête  d'ange  d'argent^. 

1740-87.    JEAN-JOSEPH    GARNIER*^ 

président. 

Fils  de  René  Garnier,  s.  des  Touches,  et  de  Marie-Mar- 
guerite Moreau. 

1740-63.  JOSEPH    LE    PANNETIER    DES    SALLES^ 

grenetier. 

1740-63.  RENÉ    BEUDIN^ 

conseiller  du  roi,  contrôleur. 
Fils  de  François  Beudin  et  de  demoiselle  Anne  le  Maistre. 

1.  Arch.  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 

2.  Ancien  cachet. 

3.  Arch.  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 

4.  Idem. 

5.  Idem. 

6.  Mém.  généal.,  T.  7. 

7.  Archives  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 

8.  Idem.  Voir  le  Bulletin,  ï.  6«,  2®  série,  p.  84. 

9.  Arch.  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 


-  68 

1740-65. 

receveur. 

Fils  de  Louis  Chevalier,  demeurant  à  Paris,  ancien  avocat 
au  Parlement,  conseiller  de  son  altesse  sérénissime  le  duc 
d'Orléans,  et  de  Catherine  Rivet, 

Il  vint  à  Laval  exercer  la  place  de  contrôleur  général  des 
fermes  et  ensuite  celle  de  receveur  au  grenier  à  sel. 

Il  avait  fait  bâtir  une  très  jolie  maison  proche  les  Capucins. 

Il  se  maria  troi^  fois  : 

1°  1734  à  dame  Marie-Anne  le  Duc,  veuve  en  premières 
noces  de  Jean  Langlois  et  en  deuxièmes  de  Jean-François 
Paulmier,  s""  d'Orgemont,  receveur  des  fermes  du  roi,  qui 
avait  été  assassiné  par  M.  de  Villeminseul,  gentilhomme 
étranger  qui  pour  ce  fait  eut  la  tête  tranchée  sur  la  place  de 
la  ville  de  Laval  en  1734.  On  attribua  cet  assassinat  à  la  ja- 
lousie qu'éprouvait  M.  de  Villeminseul  de  voir  M.  d'Orge- 
mont épouser  la  dame  Anne  le  Duc. 

M.  d'Orgemont  fut  poignardé  par  Villeminseul  donnant  le 
bras  à  sa  femme  sur  la  place  Saint-Tugal  de  Laval.  On  fit 
sur  cette  exécution  une  complainte  dont  on  se  rappelle  seu- 
lement le  premier  complet  : 

«  Mon  nom  est  Villeminsel 

«  Ainsi  que  je  me  nomme 

«  Peut-on  voir  sous  le  ciel 

«  Un  plus  malheureux  homme 
«  Rempli  de  promptitude  et  de  vivacité 
«  Sur  la  place  du  château  je  voulus  me  venger.  » 

J.  B.  Chevalier  épousa  en  deuxièmes  noces  N...  Garnison 
qui  à  sa  mort  fut  inhumée  à  la  Trinité. 
En  troisièmes  noces  Jeanne  Enjubault^. 

1762-64.    PIERRE    COUANIER  ^ 

greffier. 

1.  Idem. 

2.  Mém.  gênai,  T.  I. 

3.  Arch.  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 


~  69  - 

1763-86.  JEAN-PIERRE    GUÉRIN    DE    LA    MARCHE  ' 

conseiller  du  roy,  contrôleur. 

Nous  avons  trouvé  aux  archives  de  la  Préfecture  une  lettre 
signée  Guérin,  datée  d'Argentré  (1749)  et  cachetée  aux  armes 
suivantes  : 

De...  à  la  levrette  passant  et  colleté  de...  sur  un  croissant 
de....  en  abîme;  en  chef  trois  étoiles  de...  posées  en  face  ^. 

1763.  JEAN    DES    CHAMPS    DE    LA    BELLANGERIE  ' 

docteur-médecin,  contrôleur  par  intérim. 

Fils  de  François  Deschamps  de  Fretigné  et  de  demoiselle 
Perine  Bourny  ;  il  épousa  Louise  Trillon,  fils  d'Estienne 
Trillon,  s' de  Barbé,  chirurgien,  et  de  Louise  Gresland*. 

1763-67.    FRANÇOIS    GESLOT 

greffier 

JACQUES-JEAN    BESNIER  ^ 

greffier. 

1764.  FRANÇOIS    MOISSON^ 

procureur  par  intérim. 

1765-88.    PIERRE-LOUIS    LE    LONG    DE    LA    BENARDIÈRE  "^ 

grenetier 

Fils  de  Jacques  le  Long  de  la  Besnardière  *qui  avait  été 
lui-même  contrôleur  au  grenier  à  sel. 

Ce  Jacques  le  Long  avait  été  marié  deux  fois  : 

1°  Avec  Françoise   Moland. 

2°  Avec  Ambroise  Ménage,  veuve  de  Jacques  Rondel  de 
Falesche,  sénéchal  de  la  Guerche  *. 

1.  Idem. 

2.  /dem. 

3.  Idem. 

4.  Registres  de  Saint-Vénérand. 

5.  Registres  du  grenier  à  sel. 

6.  Idem. 
1.  Idem. 

8.  Registres  de  Saint- Vénérand. 


—  70  - 

Armes  :  d'azur  au  chevron  d'or  accompagné  de  3  trèfles 
de  même  2  et  i. 

1767-88.  RENÉ-AUGUSTIN    CASSIN  ^ 

receveur. 

Il  avait  épousé  N...  Chevalier,  fille  de  J.-B.  Chevalier  et  de 
N...  Garnison. 

1787-88.  GUILLLAUME    DE    LA    FORET* 

conseiller  du  roi,  président. 

1777-88.    CHARLES-FRANÇOIS-GILLES     GARNIER     DU     FERRAY^ 

conseiller  du  roi,  contrôleur. 

Fils  de  Charles  Garnier  du  Ferray,  président  du  roy  au 
grenier  à  sel  de  la  Gravelle  et  d'Anne  Salmon  du  Coudray. 
Il  épousa  Marie  Charlotte  Le  Tourneurs  de  la  Borde  et  eut 
un  fils  N...  Garnier  du  Ferray,  président  au  trihunal  de  pre- 
mière instance  de  Laval,  qui  épousa  lui-même  Marie-Char- 
lotte-Ambroise  Le  Tourneurs  de  la  Borde,  sa  cousine  ger- 
maine. De  ce  mariage  naquirent  deux  enfants  morts  sans 
postérité  *. 

1787-88.   —  JEAN-MICHEL    HOSSARD    DE    MALIRERT^ 

avocat  au  Parlement,  rapporteur. 

1788.  —  N...    BUREAU  ^ 

greffier. 

Nous  avons  trouvé  dans  les  archives  de  la  Préfecture  cette 
liste  de  commissaires  particuliers  vérificateurs  : 

1702 
Evron.  —  Robert  Duval,  s.  des  Portaux. 

1.  Reg.  du  grenier  à  sel  (archives). 

2.  Idem. 

3.  Idem. 

4.  Mém.  généal.,  T.  6. 

5.  Archives  de  la  Préfecture  (grenier  à  sel). 

6.  Idem. 


—  71   - 

Chaslon.  —  René  Roger,  notaire  royal. 

Louverné.  —  Guillaume  Hérault. 

Sacé.  —  Jean  Duffay. 

Sainte-Suzanne.  —  Jean  Besognard. 

La  Chapelle-Anthenaise.  —  Jean  Bridier. 

Neau.  — *N...  Morin. 

Soulgé.  —  René  Gaultier,  s""  du  Breil. 

Maisoncelles.  —  François  de  la  Porte. 

Saint-Georges-le-Feschal.  —  Jean  Langlois. 

Montsûrs.  —  Jean  Turpin. 

La  Trinité  (Laval).  —  Julien  Hamon. 

Saint-Cénéré.  —  Pierre  Moreau. 

La  Ghapelle-Rainsoin.  —  Ambroise  Martin. 

Saint-Léger.  —  Hyerosme  Berset. 

Nuillé-sur-Oueste.  —  René  du  Vernay. 

Louvigné.  —  Estienne  Rozière. 

Saint- Vénérand.  —  Jean  Belot. 

Le  Genest.  —  Jean  Bourny. 

Forcé.  —  Jean  Duchemin  de  Noizement. 

Saint-Jean-sur-Mayenne.  —  Gabriel  Choquet. 

1703 
Chammes.  —  François  Guiard. 
Avesnières.  —  Guy  Esnault. 
Saint- Vénérand.  —  Pierre  le  Moyne. 
Olivet.  —  Hyerome  Gaultier  du  Cleray. 

1704 
Saint-Georges-sur-Erve.  —  Julien  Journée. 
Arquené.  —  Estienne  Dubois. 
Brée.  —  Charles  Hesson. 


Il 


—  li  — 

Blandouët.  —  Olivier  Davazé. 
Nuillé-sur-Oueste.  —  Guillaume  Davazé. 

Commissaires  généraux  vérificateurs  à  Laval. 
1704 

AMBROISE    JARDRIN 
1705 

FRANÇOIS  LE  JEAY,  écuyer  des  Astelais,  seigneur  de  la 
Chauvinière,  conseiller  du  roi. 

Fils  de  Noël-François  le  Jeay  des  Astelais  et  de  Marie  de 
la  Court.  Il  épousa  Renée-Françoise  Frin  de  la  Chauvinière, 
fut  lieutenant  particulier  du  siège  de  Laval  et  mourut  en 
1709. 

Armes  :  un  aigle  regardant  un  soleil  d'or  ^ 

1706 

RENÉ    DE    LA    PORTE 

Fils  de  Jean  de  la  Porte  et  de  Marie  Cazet. 

Il  épousa  Jeanne  Greffin  *. 

Armes  :  de  gueules  à  3  merlettes  d'argent  2  et  i. 

PIERRE    I>UCHEMIN    DE    LA    JAROSSAYS 

Fils  de  Jean  Duchemin  de  la  Jarossays   et  de  Anne  Mei- 
gnan.  Il  épousa  Marthe  Coustard^. 
Armes  :  d'or  à  un  chameau  de  sable. 

1708 

NICOLAS    LASNIER,    S.    DE    LA    VALETTE 

Fils  de  Pierre  Lasnier,  s.  des  Plantes,  et  de  Marie  Bidal- 

1.  Mém.  généal.,  T.  IV. 

2.  Ibid. 

3.  Registres  de   Saint-Vénérand. 

4.  Idem. 


—  73  — 

lier  ;  il  épousa  Marie-Thérèse  de  Gennes  et  mourut  le  6  juil- 
let i  n^n  4 


let  1727 

1710 

HYEROSME    GAULTIER    DU    CLERAY 

Fils  de  Jean  Gaultier.  Il  avait  épousé  Marie  Frin*. 
Armes  :  d'argent  au  lion  d'or. 

Sans  date. 

JEAN  LE  CLERC  DE  LA  ROUSSIÈRE 

procureur  du  roi  ' 

Fils  de  Daniel  le  Clerc  et  de  Jeanne  Rebuffé  ;  il  épousa 
Marie  Poullard  et  eut  deux  enfants  :  François  le  Clerc  de  la 
Roussière,  commissaire  d'artillerie,  chevalier  de  Saint-Louis, 
et  Renée  le  Clerc,  épouse  de  Gilles  le  Long  de  la  Besnardière 
juge  et  maire  de  Laval  en  1724  ^ 

Armes  :  d'azur  au  chevron  d'or^  surmonté  d'un  croissant 
d'argent^  au  chef  d'argent  chargé  de  3  molettes  de  sable. 

JACQUES    GOUGEON 

grenetier 


MEMOIRE 

«  Ce  mémoire  doit  être  sûr,  ayant  été  fait  pour  être  envoyé  à 
Tours.  Cependant  s'il  y  avait  beaucoup  de  difficultés  il  serait 
sujet  à  examen  parce  qu'on  ne  connaît  pas  positivement  l'au- 
teur. Ce  mémoire  est  sans  date.  (Extrait  des  manuscrits  de 
M.  Pichot  de  la  Graverie)  Rech.  hist.,  T.  XV. 

Il  n'y  a  point  de  présidial  à  Laval,  il  n'y  a  point  aussi  de 
baillage  ou  sénéchaussée  d'épée  ou  de  robe. 

La  ville  de  Laval  appartient  à  Monseigneur  le  duc  de  la 
Trémoille. 

Il  y  a  une  grosse  juridiction  composée  d'un  juge  ordinaire 

1.  Idem. 

2.  Mém.  généal.,  T.  IV. 


-  74  ~ 

civil,  d'un  juge  criminel,  d'un  juge  de  police,  d'un  lieutenant 
desdits  juges  qu'on  appelle  lieutenant  général,  d'un  lieute- 
nant particulier,  d'un  avocat  et  d'un  procureur  fiscal. 

Les  appellations  du  juge  de  Laval  se  portaient  autrefois  au 
Mans,  à  son  présidial,  mais  depuis  la  distraction  du  comté 
de  Laval  d'avec  le  comté  du  Mayne,  les  appellations  du  juge 
de  Laval  vont  au  présidial  de  Château-Gontier  pour  les  cas 
de  l'édit,  les  autres  appellations  vont  au  Parlement  de  Paris. 
Et  comme  par  cette  distraction  le  présidial  du  Mans  ne 
pouvait  plus  connoître  des  cas  royaux  de  la  ville  et  comté  de 
Laval,  il  fut  créé  un  juge  à  Laval  pour  les  exempts  et  cas 
royaux  *. 

Cette  juridiction  est  composée  d'un  président,  d'un  juge, 
d'un  lieutenant,  d'un  conseiller  garde-scel,  d'un  avocat  et 
d'un  procureur  du  roy. 

Il  y  a  aussi  à  Laval  un  juge  d'élection,  un  grenier  à  sel, 
avec  des  officiers  anciens  et  alternatifs. 
Une  maréchaussée. 

Une  juridiction  des  traites  ou  des  droits  d'entrée  et  de  sor- 
tie. L'élection  de  Laval  est  composée  des  paroisses  cy  après. 
/     La  Trinité  et  Saint-Tugal. 
La  ville  de  Laval  |     Saint-Melaine. 

(     Saint- Vénérand. 
Ahuillé.     Vient  à  Laval  pour  plaider  à  la  juridiction  ordi- 
naire. 

Argentré.     Il  y  a  une  petite  juridiction  dont  les  appella- 
tions vont  au  Mans,  et  qui  n'est  composée  que  de  la  ceinture 
des  maisons  qui  sont  autour  du  cimetière  de  cette  paroisse. 
Elle  s'exerce  à  Laval  en  la  salle  du  Palais  et  s'apelle  Tous- 
voye.  (Il  y  a  transaction  au  trésor  de  l'année  1705,  qui  règle 
la  juridiction  et  toute  la  mouvance). 
Andouillé.     Saint-Ouën. 
Arquenay.     Laval. 
Avenières.     Laval. 


1.  Le  roi  Charles  VII  fit  cette  création  tant  en  considération 
des  grands  services  que  la  maison  de  Laval  lui  avoit  rendus  à 
son  avènement  à  la  couronne,  qu'à  cause  de  l'honneur  que 
Guy  XIV,  comte  de  Laval,  avait  d'être  son  neveu. 


I 


—  75  — 

Astillé.     Laval. 

Bazougers.     Laval. 

Beaulieu.     Laval. 

Bourgon.     Saint-Ouën. 

Bonchamp.  Il  y  a  une  juridiction  dont  les  appellations 
vont  à  Château-Gontier  (Elle  n'est  point  exercée  et  vient  à 
Laval) . 

Brée.     Il  y  a  juridiction. 

Changé.  Va  à  Saint-Ouën,  à  l'exemption  de  la  rue  et 
landes  de  Bootz  et  du  quartier  des  Fontaines  qui  viennent  à 
Laval. 

Chaslon.     Laval  pour  partie. 

Chemeré-le-Roy.  Il  y  a  juridiction  dont  les  appellations 
vont  à  Laval.  (La  Bazouge  de  Chemeré  y  va  plaider). 

Cossé.     Laval. 

Courbeveille.     Laval. 

Entrammes.  Il  y  a  une  juridiction  dont  les  appellations 
vont  à  Château-Gontier  (Elle  est  composée  des  paroisses 
d' Entrammes,  Forcé,  Parené  et  de  maisons  et  héritages  si- 
tués près  de  Saint-Christophe-du-Luat). 

Forcé.     Entrammes. 

Gennes.     Laval  et  Saint-Ouën. 

Grenouz.     Laval. 

Juvigny.     N'est  pas  du  comté. 

La  Baconnière.     Saint-Ouën. 

La  Bazouge-des-Alleuds.     Laval. 

La  Bazouge-de-Chemeré.     Chemeré-le-Roy. 

La  Brulate.     Laval. 

La  Chapelle-d'Anthenaise.     Laval. 

La  Chapelle-Rainsouin.     N'est  pas  du  comté. 

La  Croixille.     Saint-Ouën. 

La  Cropte.     Laval. 

La  Gravelle.     Laval. 

Launay-Villiers.     Saint-Ouën. 

Le  Bignon.     Laval. 

Le  Bourgneuf-la-Forêt.     Saint-Ouën. 

Le  Genest.     Laval. 

L'huisserie.     Laval. 

Loiron.     Saint-Ouën. 


—  76  — 

Louvernay.     Laval. 

Louvigné.     Laval. 

Maisoncelles.     Laval. 

Meslay.     Laval. 

Montflour.     Laval  pour  partie. 

Montigné.     Laval. 

Montjehan.     Laval. 

Montsurs.     Laval. 

Nuillé-sur-Vicoin.     Laval. 

Olivet.     Laval. 

Parené.     Entrammes. 

Ruillé.      Laval. 

Saint-Berthevin.     Laval. 

Saint-Cyr.     Laval. 

Saint-Céneré.     Laval  pour  partie. 

Saint-Georges.     Laval. 

Saint-Charles-dans-la-Forêt.     Laval. 

Saint-Christophe-du-Luat.     Laval. 

Saint-Germain-de-Fouilloux.     Laval. 

Saint-Denis-du-Mayne.     Laval. 

Saint-Jean-sur-Mayne.     Laval. 

Saint-Isle.     Laval. 

Saint-Ouën-des-Toits.  Il  y  a  juridiction  qui  va  par  appel 
à  Mayenne  qui  est  composée  de  neuf  paroisses,  savoir  :  Saint- 
Ouën,  Loiron,  Le  Bourgneuf-la-Forêt,  la  Croxille,  Bourgon, 
Launay-Villiers,  La  Baconnière,  Andouillé  et  Changé  pour 
partie. 

Saint-Pierrre-de-La-Cour.     Laval. 

Sacé.     Laval  pour  partie. 

Soulgé.  Il  y  a  juridiction  qui  est  composée  des  sujets  qui 
en  relèvent.  Cette  juridiction  reporte  en  partie  à  Laval  et  en 
partie  au  Mans. 

Vaiges.     Laval. 

Il  y  a  encore  plusieurs  paroisses  qui  dépendent  du  comté 
de  Laval  et  qui  ne  sont  pas  de  l'élection,  savoir  : 

Saint-Jouin-de-Pilmil. 

Cosmes.     Pour  le  tout  de  Laval. 

Saint-Jean-sur-Erve. 

Saint-Pierre-d'Erve.     Pour  partie  de  Laval. 


-  77 

Houssay. 

Méral . 

Saint-Gault.        J>     Laval  pour  partie. 

Quelaines. 

Saint-Sulpice. 

Auvers-le-Hamon. 

Fontenay. 
Pollié. 

Saint-Georges  en  Champagne. 

Asnières. 

Juigné-sur-Sarthe. 

Avoise. 

Chevillé.     Il  va  à  Thévalles. 

Chantenay. 

Saint-Ouën-en-Champagne. 

Sauges.     A  Laval  pour  partie. 

Ballée.  id. 

Beaumont-Pied-de-Bœuf.     Laval. 

Préau.     Laval. 

Villiers-Charlemagne.     Laval. 

Nota  :  La  plupart  de  ces  paroisses  vont  à  Château-Gontier 
par  la  négligence  des  officiers  du  comté  aussi  bien  que  les 
suivans. 

On  prétend  encore  que  le  comté  de  Laval  s'étend  sur  les 
frontières  des  paroisses  cy-après.  Savoir  : 

Martigny-sous-Laval . 

Montourtier. 

Deux-Evailles. 

Saint-Ouën-des-Oyes. 

Saint-Léger-en-Charnie. 

Nuillé-sur-Oueste. 

Viré. 

Bruslon. 

Cossé-en-Champagne. 

l^pineu-le-Séguin. 

Avoise. 

Soulesme. 

Saint-Loup. 

Grez-en-Bouère. 


-  78  - 

Ruillé-en-Anjou.     Laval  pour  partie. 

Saint- Aignan. 

Froidsfond. 

Gennes. 
.  Longuefuye. 

Fromentières. 

Saint-Germain-de-L'Hommel.     Laval  pour  partie. 

Quoique  toutes  ces  paroisses  relèvent  du  comté  de  Laval 
par  la  Châtellenie  de  Champagne-Hommet,  elles  ne  viennent 
point  plaider  à  la  juridiction  de  Laval  soit  à  cause  de  l'é- 
loignement,  soit  par  la  négligence  du  procureur  du  comté. 

Il  y  a  encore  deux  autres  juridictions  qui  se  tiennent  dans 
la  salle  du  Palais  :  celle  de  Thévales  et  Breil-aux-Francs  qui 
reporte  au  Mans,  et  celle  de  Poligny  qui  reporte  également 
au  Mans. 

Extrait  du  registre  du  greffe  ordinaire  de  la  cour  de  Laval. 

Devant  Pierre  le  Clerc  de  la  Manourière,  juge  ordinaire, 
général,  civil  et  criminel  au  comté  de  Laval. —  1649. 
1  mai  1649.         Le  blé  vendu  au  marché       Sô"  le  boisseau. 

Le  froment  rouge  42^ 

8  mai      —  Blé  39« 

Froment  rouge  44' 

Froment  noir  34* 

15  mai      —  Blé  42"  40« 

Froment  rouge  54 

Froment  noir  34* 

22  mai      —  Devant  François  Marest,  s.    de  la  Rago- 

tière,  juge  ordinaire,   général,   civil   et 
criminel  au  comté  de  Laval. 


Blé 

48* 

Froment  rouge 

60* 

Froment  noir 

45* 

29  mai      — 

Blé 

52*                               ! 

Froment  rouge 

51* 

Froment  noir 

46* 

5  juin      — 

Blé 

44*  48* 

Froment  noir 

34* 

12  juin      — 

Blé 

42*  40* 

'    79  — 

Froment  rouge  56" 

19  juin      —  Blé  40» 

Froment  rouge  56' 

26  juin      —  Blé  38«  37» 

Froment  rouge  48^  47» 

3  juillet  —  Blé  36»  35» 

Froment  rouge  45»  43» 

10  juillet  —  Blé  36»  35» 

Froment  rouge  45»  44» 

17  juillet  —  Blé  34»  33» 

Froment  rouge  46» 

24  juillet  —  Blé  35»  34» 

Froment  rouge  46» 

31  juillet  —  Blé  35»  34» 

Froment  rouge  47»   46» 
(Recherches  hist.^  T.  XV). 

Mémoire  et  état  justifiant  la  valeur  et  le  prix  des  grains 
depuis  l'année  iklS  jusqu'à  Vannée  1611. 
Pichot  de  la  Graverie,  Mémoires  et  consultations^  p.  777. 

3  janvier  1473  le  boisseau  de  bled  à  0' 

24  dudit  mois  et  an 

10  mars  1475 

19  juin  1479 

20  janvier  1480 

30  avril  1482.  L'avoine  à 

3  juin  1482.  Le  froment 
15  novembre  1482.  L'avoine 

4  novembre  1491.       id. 

31  août  1495.  id. 

5  juin  1510.  id. 
28  avril  1512.  id. 
Le  froment  3  treizains 

13  avril  1513.  Lavoine 
15  avril  1523.  Le  froment 
15  juillet  1523.  L'avoine 

14  juin  1525.  Le  bled 

11  janvier  1530.  Le  froment 


2» 

0^ 

3» 

0^ 

2» 

9<^ 

1» 

6^ 

1» 

8^ 

3» 

4^ 

5» 

1» 

11^ 

3» 

4d 

0» 

10^ 

0» 

10^ 

1» 

3^ 

3» 

9^ 

1» 

6^ 

5» 

1» 

6^ 

3» 

6^ 

6» 

S^ 

II 


80 


3  septembre  1533.     id. 

3  juin  1534.  id. 

Bled 
Avoine 
Décembre  1536.  Bled  noir  et  aveines 
Février  1537.  Froment 
May  Bled 

9  novembre  1541.  Froment 
octobre  1542.  Bled  seigle 
18  avril  1543.  Bled  seigle 
28  novembre  1543.  Froment 

septembre  1544.       id. 
7  janvier  1545.  id. 

4  mars  »  » 
20  may             »                 » 

10  juin.  Bed  seigle 

23  septembre.  id. 

20  janvier  1546.  Froment 
9  avril  1546.  Bed  seigle 
6  may         »  » 

Janvier  1547.  Froment  de  l'an  passé 

24  mars.       »  » 
23  janvier  1550.  Froment 

9  juillet  1550  » 

21  janvier  1551         » 

12  juin  1552.  Bled  seigle 

16  novembre.  » 

5  juillet  1553.  » 

6  octobre      »  »  ' 
15  juin  1554.  Froment 

20  janvier  1556.       » 

5  février     »     Bled. 

7  août         »     Froment 

6  février  1557.  Bled 

25  août        »         Froment 

17  déc.        »         Bled  empiré 
2  mars  1558.  Bled 

2  novemb.         » 

13  septembre  1559.  Bled 


7" 

6« 

8^ 

3» 

4d 

1« 

4d 

4s 

6« 

8^ 

4« 

T 

6<i 

3« 

4d 

48 

6« 

6« 

3^ 

7« 

7« 

10^ 

78 

8*i 

6« 

8« 

13« 

9^ 

12» 

148 

16" 

6« 

8^' 

8^ 

8« 

8^ 

6^ 

5« 

48 

6^ 

5^ 

7« 

8^ 

T 

8^ 

6« 

8** 

8« 
10« 

V 

148 

2« 

4« 

48 

6^        , 

6« 

gd 

-  84 


3  janvier  1560 

» 

14  septembre  1561       » 

8  janvier  1563. 

Froment 

26  janvier  1563 

.  Froment 

26  février       » 

Bled 

28  avril           » 

» 

11  mars  1564.  Froment 

»       ] 

Bled 

12  juillet     » 

» 

8  février  1566. 

Froment 

20  février  1568. 

» 

Bled 

29  juillet  1569. 

Froment 

1  juin  1570.  Bled 

»           »       Froment 

14  juillet  1571. 

» 

5  octobre  1573 

.  Bled 

Froment 

4  février  1577 

r> 

4  juillet       » 

» 

6  juillet       » 

Bled 

16  sept.        » 

Froment 

Bled 

5  février  1578. 

Bled 

11  juillet     » 

Froment 

' 

Bled 

26  février  1580. 

Froment 

10  février  1581. 

» 

7  juillet     » 

» 

10  juillet  1582. 

Froment 

3  juillet  1587. 

)ik 

Bled 

15  juillet  1588. 

Froment 

Bled 

31  sept.       » 

Froment 

Bled 

14  juillet  1589. 

Froment 

Bled 

13  juillet  1590. 

Froment. 

7« 

6^ 

8« 

6^1 

12» 

1'     0« 

Od 

15» 

1'  10» 

16« 

11» 

15« 

4<^ 

1'     6» 

16» 

12» 

16» 

12» 

16» 

8^ 

16» 

1'     6» 

1'     8« 

1'  11» 

1'     9» 

V     4» 

1'     5» 

18» 

V     0» 

0^ 

1'     2» 

16» 

1'     2» 

17» 

18» 

19» 

2»  10» 

21     7s 

1»     5» 

1»     0» 

1'     2» 

15- 

1'     0» 

15» 

V    9» 

.      6 

II 


—  82  — 

Bled.  1'  0' 

3  novemb.  »         Froment  1'  7* 

27  novembre  1592.  Sarazin  12« 

15  mars  1593.  Froment  1'  5« 

5  juillet     »           »  1*  9* 

11  août       »           »  1'  G* 

22  juillet  1595.  Bled                   .  1'  15^ 

3  oct.  1596.        id.  1'  4« 

10  mars  1602.       »  10^ 
22  juin  1610.  Froment  V  5^ 

11  août  1611.         »  1'  5« 

Extrait  du  prix  des  grains  suivant  le  rapport  du  minage 
fait  au  greffe  de  Laval.  —  Le  boisseau  pèse  environ  32 
livres  de  poids. 

Bled  27^  à  34« 

»  25«  à  32« 

»  20«  à  23« 

»  20"  à  22« 

»  20^  à  27« 

»  18«  à  22^ 

»  23«  à  26« 

»  23«  à  25« 

»  19,  20,  21  et  23« 

»  19,  20,  21,  22,  23« 

32,  33,  34,  35,  36« 

32,  34,  35,  36« 

24,  25,  26"* 


Samedi 

5 

sept. 

1682 

» 

12 

)) 

» 

» 

4 

» 

1683 

» 

11 

» 

» 

» 

2 

» 

1684 

» 

7 

» 

1685 

» 

7 

» 

1686 

» 

10 

» 

» 

» 

6 

» 

1692 

» 

13 

» 

» 

» 

5 

» 

1693 

» 

12 

)) 

» 

» 

4 

» 

1694 

» 

10 

» 

1695 

» 

17 

» 

1696 

» 

14 

D 

» 

» 

6 

)) 

1697 

» 

13 

)) 

1698 

» 

5 

» 

1699 

» 

12 

» 

1699 

» 
» 

15,  16,  17,  18« 

» 


23,  24,  25« 
21,  22,  23,  24« 
22,  23,  24« 
29,  30,  31,  33,  34« 
37,  38,  39,  40« 
34,  35,  36,  37,  39« 
(Recherches  historiques^  T.  XV). 


Nous  tenons  à  mentionner  en  terminant  une  nomination  de 
gouverneur  de  Laval  que  nous  avons  connue  trop  tard  pour 
la  placer  au  rang  qu'elle  aurait  dû  occuper  dans  ce  travail. 


-  83  - 

Pierre-Marie-Alexis,  vicomte  du  Plessis  d'Argentré  *,  fut 
nommé  gouverneur  de  Laval  par  lettres  patentes  données  à 
Versailles  le  30  octobre  1766.  Le  24  novembre  de  la  même 
année  le  roi  lui  accorda  de  nouvelles  lettres  de  dispense  pour 
la  prestation  du  serment,  à  cause  de  son  bas-âge.  Il  n'avait 
en  effet  que  cinq  ans. 

Ces  charges  de  gouverneurs,  qui  avaient  un  caractère 
surtout  honoritique,  se  créaient  ^  soit  pour  remplir  les  cais- 
ses de  l'Etat,  dans  les  moments  de  gêne,  soit  pour  gratifier 
quelque  personne  de  distinction.  Aussi  le  roi  dit  dans  ses 
lettres  patentes  que  les  titulaires  de  cette  charge  seront  : 
«  sous  l'autorité  du  gouverneur  et  notre  lieutenant  général 
«  en  la  province  et  en  son  absence  de  nos  commandants  et 
«  lieutenants  généraux  et  particuliers  de  notre  province.  » 

Les  originaux  dés  lettres  de  nomination  et  de  dispense  se 
trouvent  dans  les  archives  du  château  du  Plessis,  paroisse 
d'Argentré-sous- Vitré  (Ille-et- Vilaine) . 

Pierre-Marie-Alexis,  vicomte,  puis  marquis  du  Plessis- 
d'Argentré,  naquit  à  Laval  le  17  août  1761  ;  il  était  fils  de 
Charles-Marie-Camille  du  Plessis-d'Argentré,  qualifié  comte 
et  seigneur  de  Pontestan  et  de  la  Marie,  chevalier  de  Saint- 
Louis,  colonel  du  régiment  des  grenadiers  royaux,  briga- 
dier des  armées  du  roi,  et  de  Renée-Jeanne-Marie  Gougeon 
de  Launay^.  Il  entr^  au  collège  de  La  Flèche  en  1769,  passa 
ensuite  aux  chevau-légers  du  roi  en  1777,  et  fut  enfin  capi- 
taine au  régiment  de  Royal-Lorraine. 

Il  fut  marié  en  1782,  en  l'église  de  la  Trinité  de  Laval,  par 
Monseigneur  du  Plessis  d'Argentré,  évéque  de  Séez,  son  on- 
cle, à  demoiselle  Thérèse  Dubois,  fille  de  messire  Olivier- 
Ambroise   Dubois  *,   écuyer,   contrôleur  des  guerres,  et  de 


1.  Armes  :  de  gueules  à  dix  hillettes  d'or  ^,  3,  2  et  L 

2.  Celle  de  Laval  avait  été  créée  par  un  édit  du  mois  de  no- 
vembre 1733.  Pierre-Marie-Alexis,  vicomte  du  Plessis-d'Argen- 
tré, en  fut  le  premier  et  l'unique  titulaire. 

3.  D'or  à  un  sautoir  de  gueules,  accompagne  en  chef  et  en 
pointe  de  deux  poissons  d'azur  (Arm.  mns.j. 

4.  D'argent  au  lion  d'azur,  une  fasce  de  gueules  brochant  sur 
le  tout  (cachet). 


-84- 

Thérèse  Martin  de  la  Blanchardière  \  En  1792  il  émigra  et 
rejoignit  le  cantonnement  de  Lïmbourg.  Rentré  en  France 
en  1802,  il  fut  nommé  chevalier  de  Saint-Louis  le  17  septem- 
bre 1814  et  mourut  au  château  du  Rocher,  paroisse  de  Mé- 
zangers,  le  15  mars  1843  ^ 

Louis  de  la  Beauluère. 


1  D'argent  à  un  pal  d'azur,  chargé  d'un  cygne  d'argent  (Arm. 
manusc). 

2.  Extrait  de  V Armoriai  de  d'Hozier.  —  7®  registre  complé- 
mentaire. 


RECHERCHES 


SUR 


SAINT-DENIS-DE-GASTINES 

(Fin), 


Le  Dictionnaire  topographique  du  département  de 
la  Mayenne  par  M.  Léon  Maître'  mentionne  comme 
lieux-dits  seigneuriaux  situés  dans  la  commune  ac- 
tuelle de  Saint-Denis  : 

Le  Tremblay,  fief  vassal  de  la  terre  de  Gharné  ; 

MoNTFLAUX,  seigneurie  de  la  châtellenie  d'Ernée, 
érigé  en  comté  en  1670,  avec  les  terres  de  Ghamporin, 
Garelles,  Yvoy  et  FOtagerie  pour  membres  ; 

La  Gensive,  fief  de  la  châtellenie  d'Ernée  ; 

On  y  voit  encore  une  motte  féodale  et  les  fondations 
de  la  chapelle,  démolie  en  1836.  On  raconte  que  le  der- 
nier seigneur  de  la  Gensive  aurait  joué  son  domaine 
dans  une  partie  de  cartes  avec  le  seigneur  de  Montflaux, 
son  contemporain,  et  l'aurait  perdu,  son  adversaire 
étant  placé  de  manière  à  voir  son  jeu  dans  un  miroir. 
Nous  rapportons  cette  légende  uniquement  au  point  de 
vue  anecdotique  ;  elle  ne  repose  sur  rien  de  sérieux. 

Le  Bois-Bérenger,  ex  dono  Henrici  de  Bosco  Beren- 

1.  Imprimerie  nationale  1878. 


—  86  — 

garii   (1241,   abb.   de  Savigny),    fief   de  la   châtellenie 
d'Ernée; 

La  Buronnière,  fief  du  duché  de  Mayenne  ; 

Les  Billeudières,  fief  du  duché  de  Mayenne,  vassal 
de  la  châtellenie  d'Ernée  ; 

Gastines,  fief  de  la  châtellenie  d'Ernée; 

La  Boisardière,  fief  de  la  terre  de  Charné  ; 

Ghamporin.  —  La  châtellenie  de  Garelles,  Yvoy, 
Ghamporin,  l'Otagerie  s'étendait  sur  les  paroisses  de 
Hercé,  de  Saint-Denis-de-Gastines,  de  Garelles,  de 
Larchamp  et  circonvoisines,  et  relevait  en  appel  de  la 
baronnie  du  Bourg-le-Prêtre  ^  ; 

La  Gougeonnerie,  fief  du  duché  de  Mayenne; 

L'AuNAY,  fîef  de  la  châtellenie  d'Ernée  ; 

La  Buchardière,  fief  de  la  châtellenie  d'Ernée  ; 

Les  Saudrais,  ferme,  Medietariam  de  Saudreia,  1212 
(abbaye  de  Fontaine- Daniel)  ; 

Fougerolles  et  Le  Ghéne,  fiefs  de  la  terre  de 
Gharné  ; 

Saint-Denis-de-Gastines  y  est  ainsi  désigné  :  Saint- 
Denis-de-Gastines,  canton  d'Ernée,  ancienne  paroisse 
du  doyenné  d'Ernée,  de  l'élection  et  du  duché  de 
Mayenne,  siège  de  la  juridiction  des  châtellenies  de  Ga- 
relles, Yvoy,  Ghamporin  et  l'Otagerie. 

Nous  trouvons  ensuite  dans  Gauvin  de  nombreux  ren- 
seignements sur  la  noblesse  et  les  principaux  habitants 
du  Maine  au  XVP  et  au  XVII®  siècles  ;  nous  en  ex- 
trayons les  passages  qui  intéressent  notre  paroisse. 

Dans  la  Suite  à  ses  Observations  topographiques  '^, 
il  mentionne  Saint-Denis  comme  relevant  directement 
du  duché  de  Mayenne,  mais  en  partie  seulement,  et  en 

1.  Bourg-le-Prêtre  (le),  nom  donné  à  la  paroisse  de  la  Cha- 
pelle-Rainsouin  par  la  famille  Le  Prêtre  lorsqu'elle  acquit  cette 
terre.  La  baronnie  de  ce  nom  fut  érigée  le  7  septembre  166^1. 

2.  Annuaire  de  la  Sarthe  pour  18^3. 


—  87  - 

partie  de  la  châtellenie  d'Ernée,  puis  il  ajoute  :  «  Indé- 
pendamment des  trente-quatre  paroisses  qui  relèvent 
nuement  et  prochainement  du  duché  de  Mayenne  en  tout 
ou  en  partie,  cent  quinze  à  peu  près  en  sont  mouvantes 
par  le  moyen  de  seigneurs  particuliers  qui  tiennent  leurs 
terres  à  foi  et  hommage  de  ce  duché.  Sur  ce  nombre 
plusieurs  ont  des  justices  contentieuses.  »  11  indique 
alors  Saint-Denis  comme  étant  des  trois  ressorts  de  la 
châtellenie  d'Ernée,  de  FOutagerie  et  de  Ghamporin. 

Actes  de   foi  et  hommage  rendus  en  1518   et  1519  à 
Philippe  de  Gueldres,  veuve  de  René  de  Lorraine  '. 

On  y  trouve  : 

Le  Sénéchal  (Guyon),  pour  sa  terre  et  seigneurie  du 
Bois-Bérenger  et  de  la  Gosine  ; 

Froulay  (Jean  de),  pour  sa  seigneurie  de  la  Bilheu- 
dière  et  la  sergentise  fieffée  de  Gastines  ; 

Bailleul  (Gilles  du),  pour  94  boisseaux  de  froment, 
qu'il  avait  droit  de  prendre  sur  certains  héritages  si- 
tués en  la  paroisse  de  Saint-Denis  de-Gastines  ; 

Héricé  (Rolland  le),  pour  sa  haute  justice  et  seigneu- 
rie de  Ghamporin. 

Acte  de  foi  et   hommage   rendu  en  1510  à  Claude  de 
Guise  représentant  Henri  son  neveu  '^. 

On  y  voit  :  Fontaine  (G.  de  la),  pour  les  hautes  justi- 
ces de  Ghamporin  et  de  TOutagerie. 

Extrait  de  l'aveu  du  duché  de  Mayenne  au  Roi  rendu 
par  Armant  Charles  de  la  Porte ^  duc  de  Mazarin 
et  de  Mayenne,  à  Paris  le  11  avril  1669'^  (Des  pa- 
piers de  MM.  de  Vaujuas)^. 


1.  Gauvin,   Suite  aux  Observations  topographiques,  etc.  An- 
nuaire de  la  Sarthe  pour  18i3. 

2.  Cauvin.  —  Annuaire  de  la  Sarthe  pour  18^3. 

3.  Ihid. 


-  88  - 

On  y  remarque  : 

Champorin.  —  Terre  et  châtellenie  de  Ghamporin  à 
Saint-Denis-de-Gastines,  consistant  en  la  justice  ordi- 
naire, domaine.... 

Messire  marquis  de  Biragues,  homme  de  foi  lige, 
doit  cinquante  sols  de  taille  ou  devoir  féodal  et  quarante 
boisseaux  d'avoine  à  ma  mesure  de  Pontmain  i,  au  terme 
de  N.-D.  d'Angevine. 

L'OuTAGERiE.  —  Ghastellenie  de  Loutagerye  (sic)  et 
choses  en  dépendantes. 

Le  même  marquis  de  Biragues  doit  cinquante  sols  de 
taille  ou  devoir  féodal,  et  quarante  boisseaux  d'avoine 
à  madite  mesure  de  Pontmain  au  terme  de  l'Angevine  ~. 

Fiefs  de  la....  et  Bublière  et  Gougeonnière,  et  rentes 
en  froment  de  94  boisseaux  en  la  paroisse  de  Saint- 
Denis-de-Gastines.  —  Pierre  du  Bailleul,  chevalier, 
seigneur  de  Gorron.  Devoirs  ordinaires. 

Puis  pour  les  terres  relevant  de  la  chastellenie  d'Er- 
née  : 

Le  Bois-Bérenger  et  la  Gensive,  maison  seigneu- 
riale, etc.  —  Hyacinthe  de  Quatre-Barbes,  marquis  de 


1.  Le  hameau  de  Pontmain,  berceau  des  premiers  seigneurs 
du  Maine,  resta  longtemps  le  chef-lieu  du  Petit-Maine,  formé 
par  la  partie  septentrionale  du  territoire  de  Saint-Ellier.  Jusqu'à 
l'année  1790,  le  Petit-Maine  fut  exempt  d'impôts  (Gauvin).  On  en 
ignore  la  raison  ;  la  tradition  du  pays  dit  seulement  que  c'est 
parce  qu'une  princesse  y  fit  ses  couches  ;  on  ne  sait  ni  qui  ni 
quand  (Le  Paige).  Une  autre  tradition  prétend  ciue  c'est  parce 
que  les  femmes  de  Pontmain  auraient  beaucoup  filé  pour  aider  à 
payer  la  rançon  du  roi  Jean.  On  sait  que  l'infortuné  Jean  II, 
dit  le  Bon,  roi  de  France,  fait  prisonnier  par  les  Anglais  à  la 
bataille  de  Poitiers  en  1356,  put  revenir  en  France  à  la  suite  du 
traité  de  Brétigny,  1360,  moyennant  la  promesse  d'une  forte 
rançon  et  la  cession  de  plusieurs  provinces.  Jean,  en  quittant 
l'Angleterre,  y  laissa  comme  otage  le  duc  d'Anjou,  l'un  de  ses 
fils;  celui-ci  s'étant  évadé  en  1363,  le  généreux  monarque  re- 
tourna se  constituer  prisonnier  à  Londres  en  disant  que  «  si  la 
bonne  foi  était  bannie  de  la  terre,  elle  devrait  trouver  un  asile 
dans  le  cœur  des  rois.  »  Jean  mourut  à  Londres  en  1364. 

2.  L'Otagerie  est  actuellement  sur  Colombiers. 


-  89  — 

la  Rongère.  Devoirs  ordinaires  ;  par  an  vingt-cinq  sols 
et  quarante-huit  sols  de  devoir  à  l'Angevine  ; 

La  Bilardière  et  Gastines,  maison  seigneuriale.  — 
Charles  de  Froulay.  Devoirs  ordinaires  et  trente-deux 
sols  de  devoir. 

Launay.  —  Le  même  Charles  de  Froulay.  —  Devoirs 
ordinaires. 

Sergenterie  fieffée  de  Gastines,  office  qui  est  le  droit 
de  nommer  un  sergent,  un  homme  capable.  —  Le  même. 
—  Devoir  ordinaire. 

CouRTEiL.  —  Maison  etc.  Urbain  de  l'Epronnière, 
chevalier,  seigneur  dudit  lieu,  doit  une  paire  de  gants 
blancs  qu'il  prétend  abonner  à  six  deniers  ; 

Terres  relevant  du  Duché  par  le  moyen  de  la  réunion 
de  Charné-Bazeille  : 

MoNTFLAUX.  —  Terre,  seigneurie,  fiefs  et  domaines. 
Charles,  comte  de  Froulay,  doit  trois  livres  quatre  sols 
et  cinq  boisseaux  d'avoine,  mesure  d'Ernée,  à  l'Ange- 
vine, foy  et  hommage  simple  ; 

Le  Tremblay.  Le  même  comte  de  Froulay.  Foi  et 
hommage  simple  ;  contribue  au  devoir  de  seize  sols 
dus  par  les  détenteurs  de  ce  fief;  lès  autres  déten- 
teurs dépendant  de  ce  fief,  ensemble  le  domaine,  con- 
tribuent aux  seize  sols  ;  même  foi  et  hommage  simple 
solidairement  ; 

La  Bourgeonnerie  la  Gr.  et  la  Pinçonnière.  — 
Charles,  comte  de  Froulay.  —  Vingt  sous  à  l'Angevine. 

holle  des  comparutions  et  déclarations  des  nobles  et 
possesseurs  de  fiefs  et  arrière-fiefs  de  la  sénéchaus- 
sée du  Maine ^  concernant  le  ban  et  arrière-ban. 
161 5  K 

Nous  en  extrayons  ce  qui  suit  : 
1.  Cauvin.  Suite  aux  Observations....  Annuaire  de  18(k3. 


Ik 


-  90  - 

Bilars  (Charles  de),  écuyer,  sieur  de  Villeguérin,  de- 
meurant en  sa  maison  du  Rocher,  paroisse  de  Saint- 
Denis-de-Gastines,  possède  la  métairie  des  Loges,  de 
nature  hommagée,  avec  une  closerie,  le  tout  valant  250 
livres  de  rente,  sur  laquelle  il  est  dû  37  livres  de  rente 
foncière. 

Villiers  (Gilles  de),  écuyer,  sieur  dudit  lieu,  demeu- 
rant en  la  paroisse  de  Saint-Denis-de-Gastines,  compa- 
rant par  M^  Pierre  Ménard,  a  déclaré  posséder  la  mé- 
tairie de  la  Piennière,  située  en  la  paroisse  de  Saint- 
Aubin-Fosse-Louvain,  valant  150  livres  de  revenu. 

Rolle  supplémentaire  des  taxes  sur  les  nobles.  167 ^K 

Villiers  (Julien  de),  écuyer.  sieur  du  lieu,  à  Saint-De- 
nis-de-Gastines, taxé  à  100  livres. 

Bolle  de  comparution  des  nobles^  barons.,  chevaliers., 
écuyers^  vassaux  et  autres  tenant  de  Sa  Majesté 
des  fiefs  et  arrière-fiefs^  sujets  au  ban  el  arrière-ban 
de  la  sénéchaussée  du  Maine  pour  Vannée  1689'^. 

Bouttevilain  Jean,  sieur  de  la  Gilberdière,  comparait 
par  Charles-René  de  Saint-Denis  qui  dit  le  s""  Bouttevi- 
lain retenu  prisonnier  au  Châtelet  de  Paris  ; 

Durocher,  Jean,  âgé  de  70  ans,  à  Saint-Denis-de-Gas- 
tines, ne  possède  pas  de  biens  ; 

Lemercerel,  Joseph-Hyacinthe,  sieur  de  Chastologé. 
âgé  de  22  ans,  à  Saint-Denis-de-Gastines,  possède  la 
terre  et  seigneurie  de  Saint-Denis,  d'un  revenu  de 
1000  liv.  ;  offre  de  servir. 

Osber,  Etienne,  âgé  de  55  ans,  à  Saint-Denis-de-Gas- 
tines, jouit  de  350  liv.  de  rente  ;  servira  étant  aidé. 

Nous  ferons  suivre  ces  extraits  des  procès-verbaux  de 

1.  Gauvin,  Annuaire  de  18^3. 

2.  Ibid. 


-  91  - 

baptême  des  cloches  de  la  paroisse  vers  la  fin  du  siècle 
dernier;  ils  sont  conservés  à  la  mairie.  En  voici  la  te- 
neur : 

«  Le  15^  jour  de  juillet  1767  ont  été  bénies  deux 
cloches  dans  notre  église,  dont  Tune  qui  fait  la  seconde 
de  nos  cloches  a  été  nommée  Louise-Caroline  par 
M.  Louis  Richard  de  Villiers  et  dame  Louise-Angélique 
le  Baron,  tous  deux  fondés  de  procuration  en  date  du 
16  mai  dernier,  ledit  sieur  Gilles-Louis  Richard  de  Vil- 
liers représentant  très-haut  et  puissant  seigneur  Char- 
les-Marie, marquis  de  Créquy,  d'Hémont  et  autres 
lieux,  maître  de  camp  du  régiment  de  Royal-Dragons, 
et  ladite  dame  Louise-Angélique  le  Baron  représentant 
très  haute  et  très  puissante  dame  Madame  Renée-Ca- 
roline de  Froulay,  veuve  de  très-haut  et  très  puissant 
seigneur  Monseigneur  Louis-Marie  de  Créquy,  cheva- 
lier, marquis  d'Hémont  et  autres  lieux,  dame  de  Mon- 
flaux  de  cette  paroisse  de  Saint-Denis  et  autres  lieux  ; 

«  L'autre  nommée  Michelle-Césarine  par  Messire 
Michel-César  de  Hérie,  écuyer,  et  demoiselle  Françoise- 
Michelle  le  Baron.  La  bénédiction  des  dites  cloches  par 
M'"*'  Nicolas  Dussard,  curé  de  Montenay,  doyen  rural 
d'Ernée,  commis  à  cet  effet  par  M.  Baudron,  vicaire 
général  de  ce  diocèse,  et  ce  en  présence  de  Maître  René 
Moreau,  curé  de  cette  paroisse  soussigné,  et  autres 
soussignés. 

«  Le  3®  jour  de  novembre  1768  a  été  bénie  une  cloche 
dans  notre  église  paroissiale  qui  fait  la  première  de  no- 
tre clocher  et  a  été  nommée  Marie-Caroline  par  M.  Louis 
René  Lefebvre  de  Cheverus,  bachelier  et  curé  de 
Mayenne,  et  Dame  Marie  Françoise  le  Bourdais,-  veuve 
de  M.  Jean-Louis  Lefebvre  de  Cheverus,  conseiller  as- 
sesseur à  la  barre  ducale  de  Mayenne,  tous  deux  fondés 
de  procuration  en  date  du  six  octobre  dernier.  Ledit 
sieur  Louis-René  Lefebvre  de  Cheverus  représentant 
très-haut  et  très-puissant  seigneur  Monseigneur  Char- 


I 


-  92  - 

les-Marie  de  Créqui,  marquis  d'Hémond  et  autres  lieux, 
colonel  du  régiment  de  Royal-Dragons,  chevalier  des 
ordres  de  Malte  et  de  Saint-Louis  ;  et  ladite  dame 
Marie-Françoise  le  Bourdais,  représentant  très-haute  et 
très-puissante  dame  Renée  Caroline  de  Froulay,  veuve 
de  très-haut  et  très-puissant  seigneur  Monseigneur 
Louis-Marie  de  Créqui,  chevalier,  marquis  d'Hémond 
et  autres  lieux,  dame  de  Montflaux  de  cette  paroisse  de 
Saint-Denis  et  autres  lieux.  La  bénédiction  de  la  cloche, 
faite  par  M®  Nicolas  Dussard,  curé  de  Montenay,  doyen 
rural  d'Ernée,  commis  à  cet  effet  par  M.  de  Glandère, 
vicaire  général  du  diocèse,  et  en  présence  de  M*"  René 
Moreau,  curé  de  cette  paroisse  et  autres  soussignés. 

«  M.  F.  le  Bourdais  de  Cheverus,  Le  Febvre  de  Che- 
verus  curé  de  Mayenne,  R.  Moreau  curé,  Dussard. 

«  Le  29®  jour  de  juillet  l'an  mil  sept  cent  quatre-vingt 
onze,  a  été  bénie  dans  notre  église  une  cloche  qui  fait 
la  première  de  notre  clocher  et  a  été  nommée  Renée- 
Caroline-Louise  par  M.  Jacques-Louis  Giffard  et  par 
dame  Renée  Caroline  de  Froulay,  veuve  de  Monsieur 
Louis-Marie  de  Créqui  d'Emont  représentée  par  dame 
Louise-Angélique  le  Baron,  veuve  Richard  de  Yilliers, 
en  vertu  de  la  procuration  passée  par  devant  les  notai- 
res de  Paris  de  Caulx  et  son  confrère,  en  date  du  huit 
du  ^présent  mois  et  enregistrée  à  Paris  le  même  jour. 
La  bénédiction  de  ladite  cloche  faite  à  la  réquisition  de 
Monsieur  Louis-Augustin  Giffard  de  la  Fosse,  procu- 
reur de  la  Fabrique  par  nous  Melchior  de  Berlier,  curé 
de  Saint-Denis-de-Gastines  et  par  permission  de  Mon- 
sieur l'évéque  ;  et  ce  en  présence  de  Monsieur  Jacques- 
Louis  Giffard,  juge  de  paix,  et  de  Monsieur  Philippe- 
André  Lambron  habitants  de  cette  paroisse  et  autres 
soussignés. 

«  Le  baron  Richard  de  Villiers,  Giffard,  Lambron, 
L.  A.  Giffard,  procureur  de  la  fabrique,  Laigre  vie, 
M.  de  Berlier,  curé  de  Saint-Denis-de-Gastines. 


Lorsqu'on  construisit  le  nouveau  clocher  en  1854,  on 
y  plaça  celle  des  anciennes  cloches  qui  existait  encore 
avec  deux  nouvelles  cloches,  dont  les  marraines  furent 
Madame  la  vicomtesse  d'Héliand,  née  de  Praux  et  Ma- 
dame du  Bois  de  la  Drouardière,  née  d'Aubert. 

Parmi  les  personnages  de  quelque  célébrité  nés  à 
Saint-Denis,  nous  citerons  : 

Je.vn  Portais,  cordelier,  auteur  d'un  livre  intitulé  : 
La  chétienne  déclaration  de  la  chute  et  ruine  de  VK~ 
glise  romaine^  avec  une  courte  doctrine  du  service  de 
Dieu  en  icelle^  et  deux  réponses  à  certaines  objections 
contre  la  Confession  et  l'Eucharistie^  imp.  à  Anvers 
en  1578.  Portais  vivait  encore  encore  en  1584.  (La  Croix 
du  Maine  ^). 

Jean-Louis  de  Fromentières  des  Etangs,  né  en 
1632,  chanoine  et  théologal  du  Mans,  oratorien,  prédi- 
cateur du  roi,  et  enfin  évêque  d'Aire,  abbé  du  Jard  et 
de  Saint-Sever  Cap  ;  il  se  fit  remarquer  comme  prédica- 
teur, même  à  côté  de  Bossuet,  de  Fléchier  et  de  Bour- 
daloue^.  Dès  4'âge  de  seize  ans  il  avait  prononcé  un  ser- 
mon dans  l'église  de  Saint- Vincent  du  Lorouer.  Il  eut 
des  difficultés  avec  le  chapitre  du  Mans,  et  lui  intenta 
un  procès 3. 

Louis  Laneau,  né  à  Saint-Denis,  fut  missionnaire  et 
devint  en  1662  évêque  de  Babylone,  puis  administrateur 
général  des  missions  en  1684.  Il  mourut  en  1696^. 

Gabriel  Philippe  de  Froulay  de  Tessé,  né  égale- 
ment à  Saint-Denis,  fut  évêque  d'Avranches  de  1669  à 
à  1689.  C'est  lui  qui,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut, 
augmenta   en  1680   la  chapelle  Saint-Etienne    que   son 


1.  Le  Paige. 

2.  Gallia  Christiana. 

3.  Archives  du  chapitre  du  Mans. 

4.  Gallia  christiana. 


I 


-  94  — 

père,  André  de  Froulay,  seigneur  de   Montflaux,   avait 
fondée  en  Saint-Denise 

Vers  cette  époque,  qui  donna  à  FEglise  un  grand 
nombre  de  prêtres  distingués,  vivait  Mathieu  Hubert, 
né,  non  pas  à  Saint-Denis,  mais  dans  une  des  plus  pro- 
ches paroisses,  à  Ghâtillon-sur-Colmont,  oratorien  trop 
oublié,  qui  fit  admirer  ses  talents  et  ses  vertus.  Nous  ne 
pouvons  résister  au  désir  de  citer  de  lui  un  trait  tou- 
chant, tel  que  le  rapporte  D.  Piolin  : 

Un  jour  qu'il  prêchait  à  la  cathédrale  du  Mans  pour 
une  grande  solennité,  sa  mère,  qui  avait  fait  à  pied  plus 
de  vingt-cinq  lieues  pour  venir  l'entendre,  arrive  lors- 
qu'il est  déjà  en  chaire.  Elle  court  à  l'église  et  veut 
traverser  la  foule  pour  s'approcher  de  l'orateur  ;  mais 
ses  efforts  sont  inutiles  ;  seulement  son  costume,  son 
empressement  et  ces  mots  qu'elle  repète  :  «  Je  veux  en- 
tendre mon  fils  !  »  causent  un  peu  de  rumeur.  Hubert 
reconnaît  sa  mère,  et  d'une  voix  émue  il  adresse  cette 
prière  à  l'auditoire  :  «  Mes  frères,  une  petite  place,  je 
vous  en  supplie  ;  cette  pauvre  femme  qui  vous  la  de- 
mande est  ma  bonne  mère.  »  Puis  il  reprend  son  dis- 
cours au  milieu  de  l'admiration  universelle  ~. 

Charles-Louis  de  Froulay  de  Tessé  naquit  en  1686, 
suivant  les  uns  au  château  de  Montflaux,  suivant  d'au- 
tres au  château  de  Marolles,  paroisse  de  Larchamp.  11 
fut  évêque  du  Mans  de  1723  à  1767. 

Citons  aussi  comme  né  à  Saint-Denis  Dom  Julien 
Pelé,  religieux  de  la  congrégation  de  Saint-Maur,  qui 
tourna  au  jansénisme  et  écrivit  un  pamphlet  contre  la 
bulle  Unigenitus. 

Enfin  Saint-Denis  a  vu  naître  en  1804  M'^^  Georges 
(Jean-Amédée),  neveu  du  cardinal  de  Cheverus,  décédé 
en  1860  évêque  de  Périgueux. 

1.  Insinuation^  ecclésistiques. 

2.  D.  Piolin,  Histoire  de  l'Eglise  du  Mans,  T.  VI. 


Comme  vestiges  des  temps  passés,  outre  les  ruines 
que  nous  avons  signalées,  on  voit  encore  à  peu  de  dis- 
tance du  bourg,  près  de  la  Cousinière,  une  source  dite 
Fontaine  Saint-Yaume,  et  dédiée  à  Saint  Guillaume  ; 
on  va  y  prier  pour  obtenir  la  guérison  des  fièvres  et  des 
maux  d'yeux.  Ce  saint  Guillaume  est  Guillaume  Fir- 
mat,  né  à  Tours,  d'abord  médecin,  puis  ermite  dans  la 
forêt  de  Concise,  ensuite  près  de  Vitré  et  à  Fontaine- 
Géhard  dans  la  forêt  de  Mantilly.  près  du  Passais,  région 
qui  vit  se  fonder  un  grand  nombre  de  monastères,  illus- 
trés par  beaucoup  de  saints  religieux,  dont  Saint  Ernée. 
«  Dans  ses  dernières  années  le  saint  vieillard  Guil- 
laume Firmat  était  comme  l'oracle  des  habitants  de 
Mayenne,  de  Domfront,  du  Passais  et  de  toutes  les  con- 
trées voisines  ;  on  écoutait  toutes  ses  paroles  avec  un 
souverain  respect,  et  il  savait  user  de  son  influence 
pour  le  soulagement  des  pauvres'.  »  Il  mourut  en  1143 
d'après  D.  Piolin,  en  1090  d'après  les  Bollandistes.  Son 
corps  fut  transporté  à  Mortain,  et  après  sa  canonisation 
(1154)  il  devint  le  patron  de  cette  ville.  Dans  le  nord  de 
la  Mayenne  on  a  donné  son  nom  à  beaucoup  de  fontaines 
et  de  pierres,  notamment  au  célèbre  polissoir  de  Monte- 
nay. 

Pour  la  période  révolutionnaire,  qui  sort  du  cadre  de 
cette  Revue ^  nous  renverrons  aux  travaux  MM.  Duche- 
min  et  Triger,  Les  premiers  troubles  de  la  Révolution 
dans  la  Mayenne^  F.  Le  Coq,  Constitution  civile  du 
clergé  et  aux  Notes  manuscrites  de  M.  l'abbé  Lebouc, 
ancien  vicaire  à  Saint-Denis,  décédé  il  y  a  quelques  an- 
nées curé  de  Montenay. 

Nous  ne  terminerons  pas  cette  étude  sans  dire  un 
mot  du  sol  et  du  climat  de  Saint-Denis.  Cette  commune 
occupe  des  terrains  exclusivement  d'origine  ignée,  dia- 

1.  D.  Piolin,  Histoire  de  V Eglise  du  Mans,  T.  III. 


it 


—  96  — 

base  (vulgo  bizeul)  et  granité  ;  partant  aucun  fossile 
ne  s'y  rencontre.  Sur  les  plateaux  on  trouve  un  dilu- 
vium  formé  lui-même  de  cailloux  d'origine  granitique. 
Les  vallées,  formées  à  leur  origine  par  des  plissements, 
ont  leur  fond  imperméable,  et  il  s'y  est  formé  des  maré- 
cages ;  cette  circonstance  est  favorable  au  développe- 
ment de  certaines  plantes  rares  ou  même  rarissimes 
dans  bien  d'autres  régions.  Nous  citerons  :  l'orobànche 
clandestine,  l'oxicoccos  palustris,  la  cicuta  virosa,  Fos- 
monde  royale,  la  walhenberge,  la  drosera  rotundifolia. 
Quant  au  climat,  il  est  non  seulement  un  peu  humide, 
tant  à  cause  des  marécages  que  de  la  grande  quantité 
d'arbres  plantés  dans  les  haies  qui  séparent  les  champs, 
mais  encore  un  peu  froid  à  cause  de  l'altitude  qui  en  cer- 
tains points  atteint  244  mètres  au-dessus  du  niveau  de 
la  mer  :  c'est  à  peu  près  le  climat  de  l'Orne,  dont  nous 
sommes  d'ailleurs  peu  éloignés.  Si  l'hiver  est  assez  dur, 
en  revanche  l'été  est  charmant;  les  campagnes,  déjà  pit- 
toresques à  cause  des  nombreux  accidents  de  terrain, 
conservent  une  perpétuelle  fraîcheur  qui  récrée  les  yeux 
en  même  temps  qu'elle  revivifie  le  corps  fatigué  par  les 
travaux  du  jour  et  le  dispose  à  de  nouveaux  labeurs. 

A.  Faucon. 

TESTAMENT  DE  M«  JEAN  GESLIN 

Double  du  testament  et  ordonnance  et  dernière  volonté  du 
vénérable  et  discret  maître  Jean  Geslin,  vivant  prêtre  chanoine 
en  l'église  collégiale  de  St-Médric  à  Paris,  reçu  par  Ameline 
et  Bru,  no""^^  au  Chatelet  de  Paris,  en  date  du  7  mars  1689, 
duquel  testament  la  copie  ensuit. 

Par  devant  Pierre  Ameline  et  Hugue  Bru,  conseillers  du 
roy,  nottaires  gardenottes  au  Chatelet  de  Paris,  soussignés, 
fut  p°*  Maître  Jean  Geslin  p*""^  chanoine  de  l'Eglise  collégiale 
et  paroissiale  St-Médric  à  Paris,  y  demeurant  au  cloitre  de 
lad.  Eglise,  malade  de  corps,  et  néanmoins  allant  et  venant 


-  97  - 

par  sa  chambre  au  second  estage  qui  a  vue  sur  le  cloistre,  sain 
d'esprit,  mémoire  et  bon  jugement  ains  il  est  apparu  aux 
no'®"  soussignés,  par  ses  paroles  et  entretiens,  Lequel  ne  dé- 
sirant passer  de  cette  vie  à  l'autre  sans  avoir  au  préalable 
disposé  de  ses  dernières  volontés,  a  fait,  dicté  et  nommé  aux 
d.  nottaires  son  testament  en  la  forme  qui  suit  :  Premièrement 
en  bon  chrétien  catholique  et  romain  a  recommandé  son  âme 
à  Dieu,  le  priant  que  quand  elle  partira  de  son  corps,  la  vou- 
loir recevoir  avec  les  Bienheureux,  implorant  à  cette  fin  les 
prières  et  intercessions  de  la  S^®- Vierge  et  avec  de  Notre- 
S.-J.-C,  de  S^-Jean,  son  patron,  et  de  tous  les  saints  et  sain- 
tes ;  Désiré  son  corps  être  inhumé  dans  le  Chœur  de  l'Eglise 
de  St-Médric  où  ses  prédécesseurs  et  bienfaiteurs. Messieurs 
Dodard  etTasset,  aussi  chanoines  de  lad.  église  sont  enterrés  ; 
Et  qu'à  son  convoy  ni  aye  aucune  cérémonye  ni  pompe  fu- 
nèbre, tenture  ni  soyrrie  et  avec  moins  de  luminaire  que  faire 
se  pourra  ;  ordonne  led.  s""  testateur  que  dans  l'anée  de  son 
décès,  il  luy  soit  dit  en  telle  église  que  son  exécuteur  testa- 
mentaire jugera  à  propos,  deux  annuels  de  messes  basses,  et 
qu'il  soit  payé  pour  la  rétribution  desd.  deux  annuels  la  som- 
me de  quatre  cents  livres  pour  une  fois  seulement. 

Donne  et  lègue  à  l'Eglise  de  Notre-Dame  de  Montaudain 
diocèse  du  Mans,  en  laquelle  led.  s*"  testateur  a  été  cy  devant 
curé,  son  calice  d'argent  aux  armes  de  la  passion  de  notre 
divin  Sauveur,  avec  sa  patenne,  pour  servir  aux  fêtes  de  la 
S^^-Vierge,  et  affm  d'estre  participant  aux  prières  qui  se  font 
dans  lad.  église,  lesq.  calice  et  patenne  pesant  ensemble  six 
marcs  environ. 

Donne  et  lègue  à  l'église  de  St-Denis-de-Gastines  du  dio- 
cèse du  Mans,  lieu  de  sa  naissance,  son  beau  chasuble  par- 
semé de  fleurs  rouges,  à  fond  d'argent  avec  son  étole,  mani- 
pule et  fanon  demesme  estoffe,  un  beau  voille  de  sattin  rouge 
en  broderie  d'or  et  d'argent  garny  autour  d'une  dentelle 
aussy  or  et  argent,  plus  une  estole  de  brocard  or  et  argent 
garny  par  bas  d'une  frange  aussy  or  et  argent,  et  d'un  petit 
passement  d'or  autour  pour  accompagner  une  bourse  et  cor- 
poral  avec  une  petite  boette  d'arg^  servant  à  porter  le  S^- Via- 
tique aux  malades  de  lad.  psse  à  laquelle  led.  testateur  les  a 
cy  devant  donnez. 

7 


-  98  - 

Plus  donne  et  lègue  à  lad.  psse  de  S'^-Denis-de-Gastines 
son  bassin  et  ses  burettes  d'arg^  à  feuillage  pesant  ensemble 
sept  marcs  environ. 

Plus  son  autre  chasuble  de  brocard  à  fond  d'argent  parsemé 
de  fleurs  d'or,  garni  de  son  étoile  et  un  grand  voile  en  sattin 
blancq  aussi  à  broderye  or  et  argent  garni  autour  d'une 
grande  dentelle  d'or.  Le  tout  aussi  pour  servir  à  l'autel  les 
festes  de  la  S'^-Vierge. 

Désiré  led.  sieur  testateur  que  sitost  son  décedzil  soit  fondé 
en  lad.  église  de  St-Denis-de-Gastines  une  messe  basse  perpé- 
tuelle qui  sera  tous  les  jours  de  l'anée  pour  le  repos  de  l'âme 
dud.  testateur  ez  la  grande  chapelle  de  Nottre-Dame  depittié 
hors  le  bourg  de  lad.  psse,  dont  sera  passé  conlract  avec  le 
s'"  curé  de  lad.  Eglise,  les  paroissiens  dud.  bourg  de  S*-Denis- 
de-Gastines,  et  le  sieur  Bouesset  père  sieur  de  la  Fouchaye, 
advocat  à  Mayenne,  pour  estre  lad.  messe  ditte  et  célébrée  en 
lad.  grande  chapelle  tous  les  jours  de  la  semaine  annuelement 
à  perpétuité  ;  savoir,  depuis  Pasques  jusques  à  la  Toussaint  à 
sept  heures  du  matin,  et  depuis  la  Toussaint  jusques  à  Pas- 
ques à  huit  heures  du  matin,  le  tout  par  un  chappellain  qui 
sera  nommé  et  présenté  par  Monseigneur  lévesque  du  Mans 
et  ses  successeurs  en  son  évêché,  conjointement  et  non  divi- 
sément,  avec  les  curés  et  paroissiens  dud,  S^-Denis-de-Gas- 
tines  et  leurs  successeurs  qui  seront  obligés  avec  led.  Sei- 
gneur évesque  à  peine  de  nullité  à  faire  nomination  et  faire 
choix  d'un  prestre  qui  soit  de  bonne  vie  et  moeurs,  natif  dud. 
bourg  de  S'-Denis-de-Gastines  et  au  deffault  d'un  prestre  na- 
tif dud.  bourg,  d'en  choisir  et  nommer  un  aussy  de  bonne  vie 
et  moeurs  natif  des  villages  et  hameaux  dépend"^  de  lad.  psse, 
avec  cette  condition  précise  que  les  parents  présents  de  la  fa- 
mille dud.  sieur  testateur,  selon  le  degré  de  parenté  et  con- 
sanguinité le  plus  proche,  estant  prestre  et  natif  de  la  psse  ou 
des  villages  ou  hameaux  seront  préférés  à  peine  de  nullité  de 
leur  nomination  :  Led.  sieur  testateur  ayant  au  surplus  très 
grande  raison  et  voulloir  expressem*^  que  les  prestres  qui  se- 
ront nommez  pour  dire  laditte  messe  soient  habitants  dud. 
bourg  de  St-Denis-de-Gastines,  et  à  leur  deffault  desd.  vil- 
lages ou  hameaux  de  laditte  psse,  afin  que  led.  prestre  qui 
fera  la  dess^®  et  la  d.  messe  soit  tenu  et  obligé  à  résider  sur 


-  99  - 

ce  lieu,  et  dire  lui-mesme  lesd.  messes,  sans  les  pouvoir  faire 
dire  par  d'autres,  si  ce  n'est  pour  quelque  temps  d'infirmité 
à  peine  d'estre  destitué  de  lad.  chapelenie,  et  à  son  lieu  d'en 
estre  nommé  un  autre  pour  faire  la  desservance  desd.  messes 
aux  susdites  conditions,  sans  y  rien  changer,  ni  altérer  pour 
quelque  cause  et  sous  quelque  prétexte  que  ce  soit,  soit  par 
led.  chapelain,  ou  par  led.  seigneur  évesque,  le  dit  curé  et 
paroissiens  dud.  bourg  de  St-Denis-de-Gastines  et  leurs  suc- 
cesseurs. 

Lequel  chapelain  outre  lesd.  messes  sera  encore  tenu  et 
obligé  de  dire  à  genoux  annuellent  et  à  perpétuité  tous  les 
vendredis  de  cha^^une  semaine  devant  led.  autel  de  Nottre- 
Dame  de  pittié,  avant  le  commencement  de  la  S^^-Messe  aussy 
à  l'intention  dud.  sieur  testateur  [Domine  non  secundum  pec 
cata  nostra)  avec  les  deux  versets  suivants  :  (Ostende  nobis 
Domine  misericordiam  tuam)  et  l'oraison  :  Respice^  quœsu- 
mus,  supej'  hanc  familiam  tuam^  le  stabat  mate?-  dolorosa, 
tout  au  long  ;  le  verset  :  Tuam  ipsius  animam  doloris  gla- 
dius  pertransivit,  et  l'oraison  :  Interveniat  pro  nobis^  quœ- 
sumus,  etc. 

Pour  la  rétribution  desquelles  messes  et  prières  led.  s""  tes- 
tateur donne  et  lègue  savoir  :  aud.  chapelain  et  à  ses  succes- 
seurs deux  cent  cinquante  livres  de  rente,  et  à  la  fabrique  de 
lad.  psse  de  St-Denis-de-Gastines,  cinquante  livres  de  rente 
à  la  charge  qu'elle  fournira  les  ornements,  pain,  vin,  lumi- 
naire et  choses  nécessaires  pour  la  célébration  de  lad.  messe, 
faisant  ces  deux  sommes  ensemble  trois  cents  livres  de  rente 
à  prendre  sur  le  chapittre  de  S^-Honoré  de  cette  ville  de 
Paris,  rachetable  au  denier  vingt  et  cinq,  et  la  somme  de  sept 
mille  cinq  cent  livres  pour  laquelle  led.  chapitre  luy  a  cons- 
titué les  d.  trois  cents  livres  de  rente  par  contract  passé  de- 
vant Simon  Mousse  et  son  confrère  nottaires  au  Chattelet,  et 
en  cas  de  rachapt  de  laditte  rente,  led.  sieur  testateur  veut  et 
entend  que  lad.  somme  de  sept  mille  cinq  cents  livres  de  prin- 
cipal soit  employée  par  lesd.  sieurs  curé  et  habitants  de  lad. 
psse,  dudit  sieur  éveque  en  acquisitions  d'héritages  bons  et 
valables  qui  seront  au  moins  de  valeur  anuellent  de  lad.  som- 
me de  trois  cents  livres,  et  s'ils  rapportent  plus,  led.  plus  ap- 
partiendra à  lad.  fabrique,  sans  que  lad.  rente  ni  les  héritages 


II 


-  100  — 

qui  pourront  être  acquis  pour  le  principal  d'icelle  puissent 
être  alliénnez,  distraits,  vendus,  ni  engagez  pour  quelques 
causes,  besoins,  ou  autres  prétextes  que  ce  puisse  estre,  et 
ou  que  ce  soit,  et  ou  que  lad.  fondation  cessast  d'estre  ditte 
et  exécutée,  ou  que  le  chapelain  ne  fust  pas  nommé  de  la  qua- 
lité requise,  qu'il  ne  résidast  pas  sur  ce  lieu,  et  ne  dise  pas 
lesd.  messes  et  prières  par  lui-même,  ou  bien  que  l'on  vou- 
lust  ériger  lad.  fondation  en  bénéfice  ou  chapelenie.  En  l'un 
ou  l'autre  de  ces  cas  led.  sieur  testateur  veult  et  entend  que 
lad.  fondation  demeure  transférée  en  lad.  église  collégiale  de 
S^-Médric  à  Paris,  à  laquelle  aud.  cas,  led.  sieur  testateur 
donne  et  lègue  lesd.  trois  cents  livres  de  repte,  s'ils  sont  en- 
core en  natture,  et  s'ils  ne  le  sont  plus  lesd.  héritages  qui 
auront  été  acquis  pour  le  principal  d'iceux  à  la  charge  par  le 
Chapîttre  de  lad.  Eglise  de  faire  dire  par  un  chanoine  d'icelle, 
qui  sera  nomméetchoisy  par  led.  Chapitre,  à  l'autel  du  chœur 
dud.  Chapittre  aux  heures  cy-dessus  marquées,  lesd.  messes 
et  prières  suivant  que  se  voit  cy-dessus  expliqué,  et  de  donner 
par  led.  Chapittre  aud.  sieur  chanoine  qui  fera  la  desser- 
vancç  deux  cent  cinquante  livres  de  rente,  dont  le  surplus 
appartiendra  aud.  Chapittre,  aux  mêmes  charges,  clauses  et 
conditions  cy-dessus,  sans  que  led.  Chapittre  puisse  faire  éri- 
ger en  façon  quelconque  lad.  fondation  en  bénéfice,  n'y  qu'au- 
dit cas  de  transfération,  led.  Seigneur  évesque,  led.  sieur 
curé  et  habitants  puissent  prétendre  avoir  aucun  droit  dans 
lad.  nomination. 

Désire  led.  sieur  testateur,  qui  soit  aussy  fondé  en  lad. 
Eglise  St-Médric  en  cette  ville  avec  le  Chapittre  d'icelle  un 
obit  sans  pain  qui  sera  dit  à  neuf  psaumes,  neuf  leçons  le  pa- 
reil jour  que  led.  sieur  testateur  décédera,  et  le  lendemain 
une  messe  haulte  de  requiem,  avant  que  de  commencer  la- 
quelle sera  chanté  l'hymne  :  Ve:cilla  régis prodeunt,  et  Vhym- 
ne  ou  prose:  Languentibus  in purgatorio.  Avant  que  com- 
mencer l'évangile  de  la  Messe  haulte,  le  tout  annuellement  et 
à  perpétuité  pour  laquelle  fondation  led.  sieur  testateur  donne 
et  lègue  au  Chapitre  de  lad.  Eglise,  trente  livres  de  rente,  à 
prendre  sur  soixante  livres  de  rentes  dues  par  noble  homme 
Simon  Jeannot  et  dame  Françoise  Choppin  sa  femme. 

Donne  et  lègue  led.  sieur  testateur  les  autres  trente  livres 


—  101  — 

de  rente  à  la  grande  Confrairye  de  Nottre  Dame  aux  Sei- 
gneurs et  bourgeois  de  Paris,  à  la  charge  de  pareille  fonda- 
tion que  lad.  grande  Confrairye  sera  tenue  de  faire  à  mesmes 
jours  en  l'église  de  Sainte-Marie  Magdelaine  en  la  Cittée. 

Désire  led.  sieur  testateur  qu'il  soit  pareillement  fondé  en 
lad.  église  de  St-Denis-de-Gastines trois obits  qui  serontdicts 
et  célébrez  l'un  le  troisième  de  février  à  l'intention  de  Jean 
Geslin  et  de  Perrine  Portais,  sa  femme,  ses  père  et  mère;  un 
autre  le  jour  de  St-Georges  à  l'intention  de  Maître  François 
Geslin,  p**"®  et  pour  ses  autres  frères  ;  et  l'autre  à  pareil  jour 
que  décédera  led.  sieur  testateur,  à  son  intention  et  de  René 
Buin  et  de  Françoise  Rochereul,  sa  femme,  cousine  dud.  sieur 
testateur.  Lesquels  trois  obits  seront  dicts  chacun  par  Vigiles 
à  neuf  pseaumeset  neuf  leçons,  une  messe  haulte  de  Requiem, 
avant  laquelle  serapareillement  chanté  l'hymne  Vexilla  Régis 
prodeunt^  et  la  prose  Languentibus  in  purgatorio  avant  l'é- 
vangile, en  fin  de  chacune  des  d.  messes  sera  chanté  sur  leurs 
sépultures  le  Libéra,  de  profundis^  l'oraison  et  le  Salve  Re- 
gina  aussy  avec  l'oraison,  pour  lesquelles  trois  fondations 
led.  s""  Testateur  donne  et  lègue  à  lad.  église  cent  livres  de 
rente  à  luy  due  et  constituée  par  l'église  du  S^-Sépulcre  à  Pa- 
ris, rue  de  S''-Denis  en  cette  ville,  rachetable  au  denier  vingt 
et  quatre  sur  la  somme  de  deux  mille  quatre  cent  livres,  sui- 
vant le  contract  qui  y  a  été  passé  devant  Parque  et  son  con- 
fraire  nottaires  à  Paris.  Le  principal  de  laquelle  rente,  en  cas 
de  rachapt  sera  employé  par  les  sieurs  curé  et  habitants  de 
lad.  p*^^  en  acquisition  d'héritages  dont  les  revenus  seront 
destinés  et  employés  aux  d.  fondations,  sans  pouvoir  être  di- 
vertis, employez  ni  obligez  pour  autres  causes,  auxquelles 
fondations  sera  aussy  passé  un  contract  avec  lesd.  curé  et 
habitants,  et  led.   sieur  de  la  Foucherye. 

Veult  et  entend  led.  sieur  testateur  que  les  rétributions  qui 
seront  affectées  aux  fondations,  que  ledit  sieur  testateur  dé- 
sire estre  faites  par  son  présent  testament,  ne  seront  données 
et  distribuées  qu'à  ceux  des  ecclésiastiques  qui  s'y  trouveront 
présents  depuis  le  commencement  jusques  à  la  fin  et  non  au- 
trement, pour  quelque  cause  que  ce  soit,  si  ce  n'est  le  cas  de 
maladie  seulement  et  non  autres  causes. 

Et  pour  le  surplus  de  tous  les  biens  dud.  sieur  testateur,  il 


II 


—  102  — 

veult  et  entend  qu'ils  appartiennent  à  ses  héritiers  pour  les 
partager  entre  eux  suivant  la  disposition  des  coutumes  où  ils 
se  trouveront  situés,  et  pour  exécuter  le  présent  testament, 
led.  sieur  testateur  a  nommé  et  élu  la  personne  de  Maître  Ju- 
lian  Renard. 

A.  F. 


UNE  GACHETTE  DE  FONDEUR 

DE  L'ÉPOQUE  DU  BRONZE 


Au  mois  de  novembre  1892,  les  fermiers  de  la  Barre, 
en  Gossé-le-Vivien  i,  achevaient  de  dresser  à  la  charrue 
un  renflement  de  terre  qui  rendait  difficile  la  culture 
d'un  champ,  quand  ils  virent,  tout  à  coup,  sortir  déterre 
une  quantité  de  morceaux  de  bronze.  Ils  les  recueilli- 
rent avec  grand  soin  et  les  remirent  au  propriétaire, 
M.  le  comte  Arthur  de  Bréon.  Grâce  à  son  extrême 
obligeance,  nous  avons  pu  les  examiner  un  à  un,  et 
les  dessiner  dans  leur  ensemble.  Ces  objets,  de  nulle 
valeur  comme  métal,  sont  en  effet  doublement  inté- 
ressants pour  l'histoire  du  pays.  En  outre  ils  consti- 
tuent la  plus  importante  cachette  de  fondeur  qui  ait  été 
signalée  dans  le  département  de  la  Mayenne  ~. 

Ces  objets  furent,  pour  une  cause  quelconque,  enfouis 
dans  une  peau  de  bête,  car  on  n'a  retrouvé  aucune  trace 
de  vase  soit  en  terre  soit  en  métal.  De  la  sorte,  ils 
étaient  plus  faciles  à  porter  et  l'ouvrier  qui  les  avait 
réunis  pour  les  refondre,  avait  pris  soin  de  les  enterrer 
à  une  grande  profondeur  afin  qu'ils  ne  fussent  pas  déte- 


1.  Gossé-le-Vivien,  arr*^  de  Ghâteau-Gontier.  —  de  Cauciaco, 
IX«  siècle.  Les  noms  de  lieu,  terminés  en  acus,  sont  les  plus 
anciens. 

2.  Une  autre  cachette,  comprenant  une  vingtaine  de  haches, 
un  lingot  de  bronze  et  un  creuset  d'argile,  a  été  autrefois  dé- 
couverte à  Gomté,  commune  de  Ghemeré-le-Roi  (V.  E.  Moreau, 
Notice  sur  la  carte  préhistorique  de  la  Mayenne). 


Il 


-  104  - 

riorés  pendant  le  temps  qu'ils  demeureraient  enfouis. 
Si  l'on  ne  peut  au  juste  évaluer  cette  profondeur  parce- 
que  les  fermiers  ont  mis  plusieurs  années  à  dresser  la 
saillie  que  la  terre  formait  à  cet  endroit,  on  peut  du 
moins  affirmer  qu'elle  avait  près  de  deux  mètres  de  hau- 
teur. L'endroit  lui-même  était  fort  bien  choisi  car,  si 
quelques  objets,  après  un  séjour  aussi  prolongé,  sont 
corrodés  par  l'oxyde,  si  la  plupart  ont  cette  admira- 
ble patine  que  l'on  recherche  tant,  il  en  est  certains, 
au  contraire,  qui  ont  conservé  leur  couleur  brillante  et 
nette  comme  s'ils  venaient  d'être  fabriqués. 

Ces  objets  formaient^  avons  nous  dit,  la  cachette  d'un 
fondeur;  comment  en  effet  expliquer  autrement  la  pré- 
sence de  ces  morceaux  de  bronze,  la  plupart  hors  d'u- 
sage, détériorés  ou  brisés  volontairement  ?  Et  même  en 
examinant  le  contenu,  devant  le  grand  nombre  de  bra- 
celets de  toute  forme  et  de  toute  grandeur,  n'est-on  pas 
autorisé  à  penser  que  ce  fondeur  fabriquait  exclusive- 
ment des  bracelets  et  que  les  autres  morceaux  n'étaient 
là  que  pour  grossir  la  masse  du  métal  et  lui  permettre 
d'en  obtenir  un  plus  grand  nombre  ? 

Ce  trésor  comprenait  sept  grandes  haches  de  forme 
ordinaire,  de  15  à  17  centimètres  de  longueur  ;  leur  tran- 
chant était  plus  ou  moins  arrondi,  cinq  avaient  leurs  ai- 
lerons terminés  à  angle  droit,  les  deux  autres,  pour- 
vues d'un  anneau  latéral,  étaient  au  contraire  arrondies. 

Une  petite  hachette  de  85™  de  longueur  très  finement 
coulée.  Ses  ailerons  fortement  accusés  et  rebordés 
avaient  plus  d'importance  que  dans  les  grandes  et  occu- 
paient presque  la  moitié  de  la  longueur  totale. 

Une  lame  de  poignard,  de  O'^IS  de  longueur  sur  0™02 
de  largeur.  Elle  est  composée  de  trois  rayures  concaves 
et  a  été  pliée  en  deux  ;  le  bas,  où  les  rayons  disparais- 
sent en  triangle,  ne  laisse  voir  aucun  trou  pour  l'emman- 
chage  dans  une  poignée  de  bois  ou  de  métal. 

Trois  pointes  de  flèches    brisées  ;   l'une    a   0™04  de 


—  105  - 


longueur  sur  0™02  de  largeur  ;  le  centre  est  renflé  légè- 
rement ;  l'autre  dont  la  tranche  forme  un  losange  effilé 
n'a  qu'une  simple  rayure  au  milieu  ;  la  troisième,  très 
pointue,   ayant  0™05  sur  0^01,  a  sa  pointe  recourbée  ; 


Fig.  1,  2,  3,  4. 


elle  est  creuse  au  centre    et  garnie  d'une  rayure  sail- 
lante. 

Un  morceau  de  bronze  très  bien  coulé  et  d'un  usage 
inconnu.  Il  ressemble  à  la  tête  des  coins  de  bronze  et  l'on 


—  106  — 

pourrait  croire  qu'il  a  servi  à  ferrer  un  pieu  ;  malheu- 
reusement il  est  brisé  à  la  partie  inférieure.  L'intérieur 
d'abord  rond,  se  termine  en  carré  et  l'extérieur  a,  de 
chaque  côté,  deux  points  saillants  provenants  sans  doute 
de  la  coulée  de  la  fonte. 

Deux  instruments  de  toilette  :  une  sorte  de  cure-oreilles 


Fig.  5  et  6. 


brisé  parle  bas  et  une  grande  épingle  également  rompue. 
Elle  est  renflée  au  milieu,  sa  tête  se  termine  carrément 
et  elle  est  ornée  de  cercles  et  de  rayures  opposées 
(Fig.  1  et  2). 

Un  manche  de très  bien  conservé.  Sa  tête  renflée 

est  ornée  de  dessins  formant  dentelures.  On  voit  très 
bien  le  petit  trou  qui  servait  à  le  river  (Fig.  3). 

Un  morceau  de  bronze  arrondi  formant  un  cercle  dé- 
primé et  à  une  extrémité  un  second  cercle  tout  petit  et 


—  107  — 

aplati,  soudé  dans  l'autre  (ûg.  4).  Un  fragment  d'anse 
de  .vase  se  terminant  en  haut  par  une  partie  aplatie  et 
rompu  à  la  biffurcation  qui  se  soudait  au  vase.  Un  frag- 
ment d'une  fibule,  à  large  renflement,  très  mince  et 
garnie  sur  la  partie  bombée  de  six  rayures  juxtaposées. 
Cet  objet  est  très  usé. 

Un  morceau  de  fonte  sans  forme. 

Mais,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  la  partie  la  plus 


Fig.  7  et  8. 

intéressante  de  cette  cachette  comprend  quarante  brace- 
lets de  toute  forme,  de  toute  grandeur.  Il  en  est  de  si 
bien  conservés,  de  si  frais,  que  l'on  se  demande  com- 
ment ils  se  trouvent  parmi  des  objets  destinés  à  la 
fonte.  Les  dames  du  temps  étaieilt-elles  déjà  aussi  es- 
claves de  la  mode  ?... . 

Parmi  ces  bracelets  quelques-uns  sont  tordus  comme 
ces  torques  en  or  que  l'on  voit  dans  le  musée  de  Saint- 
Germain. 


108 


Un  fragment  a  dû  appartenir  à  un  collier  de  grande 
taille. 

Une  paire  de  tout  petits  bracelets  d'enfant  (fig.  5). 

Un  fragment  tordu  a  son  extrémité  unie  et  appointée. 

Vingt-cinq  bracelets  unis,  de  toute  forme,  de  toute 
grosseur,  les  uns  ronds,  les  autres  aplatis  ou  même 
taillés  sur  un  côté.  Le  plus  épais  mesure  0™02  de  hau- 
teur sur  0™01  ;  tous  sont  plats  intérieurement.  Les  uns 


Fig.  9  et  10. 

sont  appointés  par  les  extrémités,  ceux-ci  se  terminent 
carrément,  ceux-là  sont  munis  de  renflements  destinés 
à  mieux  dissimuler  la  jointure  (fig.  7). 

La  plupart  sont  intacts,  d'autres  ont  été  repliés  inten- 
tionnellement afin  sans  doute  de  prendre  moins  de  place. 
Quelques-uns  sont  par  paire,  d'autres  ont  été  rompus 
d'une   manière  si  nette    que  l'on  ne  voit  aucune   trace 


109 


d'outil  ou  de  pression  sur   les  parties   brisées    malgré 
leur  épaisseur. 

Il  nous  reste  à  parler  d'un  certain  nombre  de  brace- 
lets qui,  par  leur  décoration,  méritent  une  description 
particulière. 


Fig.  11  et  12. 


Quatre  sont  légèrement  ornés  de  rayures  et  de  points 
soit  à  leur  extrémité  soit  sur  tout  le  développement,  en 
laissant  d'un  côté  une  partie  droite  qui,  au  bras,  ne  se 
voyait  pas.  Ce  sont  des  rayures  adossées  en  chevron, 
arrondies  ou  pointillées  (fig.  9). 


-  110  - 

Un  bracelet  brisé,  en  trois  morceaux,  garni  de  rayures 
et  de  compartiments  à  chevrons  et  cercles  remplis  de 
petites  hachures  entre  deux  traits  (fîg.  6). 

Un  bracelet  orné  de  compartiments  à  chevrons  et 
amandes  variées  et  pointillées  (fig.  8). 

Un  fragment  de  bracelet  plus  riche  de  décors.  Cer- 
taines parties  laissées  en  blanc  sont  au  contraire  placées 
sur  des  rayures  qui  les  font  mieux  ressortir  (fig.  10). 

Un  bracelet  en  cuivre,  demeuré  jaune  et  brillant  comme 
s'il  venait  d'être  fondu.  Il  est  décoré  de  dessins  variés 
d'une  netteté  telle  que  l'on  voit  encore  toutes  les  bavu- 
res de  la  pointe  qui  les  forma  (fig.  11). 

Un  fragment  de  bracelet  d'une  grande  largeur  ;  ce- 
lui-ci, pour  en  diminuer  le  poids,  a  été  évidé  à  l'inté- 
rieur et  aux  extrémités,  il  est  muni  d'un  renflement  très 
bien  compris.  Il  portait  dans  presque  toute  sa  lon- 
gueur une  petite  bande  pointillée  qui  ne  se  retrouve 
pas  de  l'autre  côté. 

Enfin  quelques  petits  fragments  de  bracelets  n'ont  pu 
être  reconstitués. 

Tel  est  l'ensemble  de  cette  importante  cachette.  En 
terminant  remercions  encore  le  fermier  et  le  propriétaire 
qui,  par  leurs  soins  minutieux,  nous  ont  permis  de  l'étudier 
dans  son  ensemble  et,  sans  la  diviser,  ont  compris  l'im- 
portance qu'elle  avait  pour  l'histoire  de  l'art  dans  nos 
contrées. 

P.  DE  Farcy. 


LE  DOLMEN  DE  L'ARTOIR 

A  YAUTORTE  (Mayenne). 


Notre  collègue,  M.  Faucon,  nous  signale  un  dolmen 
jusqu'ici  inconnu,  dont  il  nous  envoie  une  description 
sommaire.  Nous  laissons  bien  volontiers  la  parole  à 
M.  Faucon- 
ce  Cette  allée  couverte  est  située  en  la  commune  de 
Vautorte,  dans  la  forêt  de  Mayenne,  à  l'extrémité  nord 
du  rocher  de  l'Artoir,  sur  la  hauteur  par  conséquent,  à 
environ  un  kilomètre  sud-ouest  de  la  ferme  de  la  Tui- 
lerie. Cette  ferme  se  trouve  sur  la  route  forestière  qui  va 
de  Chailland  à  la  Meltière,  entre  le  Pilet  delà  Duchesse 
et  ce  hameau.  De  la  ferme,  il  faut  aller  à  pied,  quoiqu'il 
y  ait  un  mauvais  chemin  d'exploitation. 
«  Voir  ci-contre  le  plan  de  ce  monument  : 
«  Les  pierres  marquées  par  des  hachures  sont  encore 
à  leurs  places.  Celles  qui  portent  la  lettre  R  sont  des 
pierres  de  recouvrement.  Deux  d'entre  elles  sont  encore 
retenues  sur  leurs  supports  par  une  extrémité.  La  plus 
rapprochée  de  l'entrée  est  à  demi  tombée  sur  un  frag- 
ment affaissé  lui-même  à  Tintérieur  de  l'allée. 

«  Le  bloc  A  est  celui  qui  sépare  l'allée  de  la  chambre, 
et  li  est  celui  qui  ferme  celle-ci  par  le  fond.  Il  est  sen- 
siblement incliné  vers  l'intérieur.  11  y  a  en  outre  une 
grande  quantité  de  îragments  tombés  tant  en  dedans 
qu'en  dehors  du  monument. 

«  Les  pierres  du  fond  ont  de  belles  dimensions  :  B 


II 


—  112  — 


^ 


atteint  2  m.  20  de  longueur 
sur  1  m.  30  de  hauteur  au-des- 
sus du  sol  extérieur.  A  mesure 
que  les  blocs  se  rapprochent  de 
rentrée,  ils  diminuent  de  vo- 
lume. 

«  L'allée,  qui  mesure  10  mè- 
tres, est  sensiblement  orientée 
du  nord-ouest  au  sud-est,  com- 
me d'autres  monuments  de 
cette  espèce  dans  notre  région. 
Toutes  les  pierres  qui  la  com- 
posent sont  du  grès  qui  ne 
parait  pas  différer  de  celui  qui 
abonde  dans  la  forêt. 

«  Dans  l'état  de  délabre- 
ment où  se  trouve  ce  dolmen, 
une  fouille  serait  difficile.  11  est 
presque  impossible  d'attein- 
dre le  sol  sans  procéder  à  un 
véritable  déblaiement.  Il  y  a 
à  l'intérieur  une  énorme  quan- 
tité de  fragments  qui  semblent 
d'ailleurs  contribuer  à  soute- 
nir la  plupart  des  blocs  restés 
debout.  Néanmoins  on  peut 
constater  la  présence  de  cette 
argile  jaunâtre  qu'on  trouve 
ordinairement  à  l'intérieur  des 
dolmens. 

a  Le  propriétaire  du  terrain 
est  M.  le  marquis  de  Chava- 
gnac. 

«  Le  dolmen  n'est  éloigné 
que  de  cinq  kilomètres  de  la 
pierre  Montpinçon  et  du  dol- 
mende  la  Perche.  » 


I 


SIGILLOGRAPHIE 
DES  SEIGNEURS  DE  GRAON 


XXIV 
RAMEAU  DE  LA  FERTÉ-BERNARD 

PIERRE  DE  GRAON 

Vers  1345.  —  Vers  1409. 


Pierre  de  Craon,  qui  doit  sa  notoriété  à  une  tentative 
de  meurtre  contre  le  connétable  de  Glisson,  était  né 
vraisemblablement  vers  1345,  le  troisième,  et  non  le  se- 
cond, des  fds  de  Guillaume  I.  Il  est  connu  sous  les  titres 
de  seigneur  de  Brunnetel,  de  Rosoy  et  de  la  Ferté- 
Bernard*.' 

Brunnetel  était  un  don  de  sa  tante  Mahaud  de  Flan- 
dre, sœur  de  sa  mère,  qui,  dès  décembre  1363,  alors 
qu'il  n'avait  pas  vingt  ans,  avait  disposé  en  sa  faveur  de 
la  nue-propriété  de  ce  fief  ainsi  que  de  ceux  de  l'Abbaye 
du  Mont-Saint-Quentin  et  de  Vaux-en-Arrouaise  ^. 


1.  Nous  avons  sous  les  yeux  le  Mémoire  sur  Pierre  de  Craon, 
publié,  en  1856,  dans  \e^  Mélanges....  des  Bibliophiles  Français  et, 
en  1860,  aux  dépens  de  l'auteur  (in-8^  33  pages)  à  petit  nombre  ; 
travail,  dont  la  paternité  a  été  attribuée  par  M.  de  Bodard  à  M"'«la 
princesse  de  Craon,  mais  qui  appartient  réellement  à  M.  le  baron 
richon.  Ce  travail  contient  de  curieux  renseignements,  mais  son 
auteur,  en  bornant  ses  recherches  aux  registres  du  Parlement  où 
se  trouvent  les  plaidories  et  le  conseil  criminel,  n'a  pas  rencontré 
divers  arrêts  que  nous  avons  pu  utiliser. 

2.  Cartulaire,  n»  1213. 

8 


u 


—  114  -. 

Rosoy-en-Thiérache  lui  venait  de  sa  femme,  Jeanne, 
fille  cadette  de  Gaucher  de  Ghâtillon  et  de  Marie  de 
Coucy.  On  ne  connaît  pas  la  date  de  leur  union  ;  mais 
sachant  que  Marie  de  Ghâtillon,  sœur  aînée  de  Jeanne, 
peu  avant  le  5  mai  1364  ^  était  devenue  Tépouse  de  Jean 
de  Domart,  frère  cadet  de  Pierre,  on  peut  être  certain 
que  les  deux  alliances  furent  simultanées.  Pierre  devait 
donc  avoir  dix-neuf  ans  à  peu  près  lors  de  la  rédaction 
de  son  contrat  de  mariage. 

Une  note  du  Trésor  généalogique^  à  laquelle  Dom 
Villevieille  a  donné  la  date  évidemment  fausse  de  1331, 
fait  connaître  la  part  faite  aux  deux  sœurs  lors  du  par- 
tage des  successions  tombées  en  quenouille  de  Gaucher 
de  Ghâtillon  et  de  Marie  de  Guines-Goucy.  Jeanne 
reçut  comme  cadette  Rosoy-en-Thiérache,  Rennes  et 
Brécy-en-Brie  et  Sergine  2.  Pierre  ne  conserva  Rosoy 
que  jusqu'en  1390,  époque  où  il  Taliéna  au  profit  d'En- 
guerrand  d'Eudin^. 

Brunnetel  lui  venait  donc  de  sa  tante  ;  Rosoy  et  les  au- 
tres fiefs  des  Ghâtillon  étaient  le  patrimoine  de  sa  femme; 
il  reste  à  dire  comment  il  obtint  la  possession  de  la  Ferté- 
Bernard  ;  c'est  un  accord  du  24  septembre  1439,  publié 
ci-dessus,  qui  est  venu  faire  la  lumière  sur  ce  point  ^. 
Lors  du  mariage  de  Pierre,  leur  troisième  fils,  Guil- 
laume I  et  Marguerite  de  Flandre  s'étaient  engagés  à 
céder  au  nouveau  ménage  l'un  de  leurs  châteaux,  avec 
quatre  cents  livres  de  rente  ;  pour  remplir  cette  obliga- 


1.  Cartulaire,  n°  1378.  Le  Mémoire  sur  Pierre  de  Craon  con- 
tient au  sujet  de  cette  alliance  une  erreur,  laquelle,  croyons-nous, 
n'a  pas  pris  place  ailleurs  ;  il  donne  pour  épouse  à  Guillaume  II, 
au  lieu  de  la  donner  à  Jean  de  Domart,  la  belle-sœur  de  Pierre, 
Marie  de  Ghâtillon. 

2.  Cartulaire,  Ts9  1212. 

3.  Enguerrandd'Eudin  étant  mortpeu  après,  Gharles  VI,  par  des 
lettres  du  28  mars  1391,  déclara  Rosoy  uni  à  la  couronne.  Voir 
Cartulaire,  numéros  1256  et  1268. 

4.  Cartulaire^  n»  1175. 


-  an  — 

tion,  pour  tenir  compte  à  Pierre  des  arrérages  qu'on  ne 
lui  avait  pas  payés,  pour  le  rembourser  de  diverses 
avances  faites  par  lui,  enfin  pour  liquider  tous  ses 
droits  dans  les  fortunes  de  ses  père  etmère,  Guillaume  I, 
avec  l'assentiment  de  Guillaume  II,  son  fils,  et  d'A- 
maury,  Tainé  des  fils  de  celui-ci,  abandonna  immédiate- 
ment la  nue-propriété  de  la  Ferté  à  Pierre  K 

Pierre  posséda  aussi,  mais  pendant  peu  de  mois  seu- 
lement. Sablé  et  Précigné  ;  ces  fiefs,  les  premiers  qui 
eussent  appartenu  à  la  maison  de  Craon,  avaient  été 
pendant  le  XIP  siècle  le  patrimoine  d'une  branche  qui 
avait  pris  fin  dans  la  personne  du  grand  maître  des  Tem- 
pliers Robert  IV  de  Sablé  ;  la  petite  fille  de  celui-ci, 
Jeanne  des  Roches,  les  avait  apportés  à  Amaury  I  de 
Craon,  dont  les  descendants  les  conservèrent  jusqu'en 
1371,  époque  où  Amaury  IV,  deux  ans  avant  son  décès, 
les  avait  aliénés  au  profit  du  duc  d'Anjou.  Le  13  juin 
1390,  Pierre  de  Craon,  se  prévalant  sans  doute  du  droit 
de  retrait  lignager,  en  fit  achat  à  Marie  de  Bretagne, 
duchesse  d'Anjou,  pour  la  somme  de  cinquante  mille 
francs  d'or.  Malgré  divers  dons  qui  lui  furent  faits  afin 
de  l'aider  dans  son  acquisition,  Pierre  ne  parvint  pas 
sans  doule  à  réunir  cette  grosse  somme;  et,  le  11 
mai  1392,  il  céda  les  profits  de  son  contrat  à  Jean  IV 
de  Bretagne  ;  mais  celui-ci  n'en  conserva  pas  la  pro- 
priété, car,  dès  1394,  la  duchesse  d'Anjou  rentrait  en 
possession  de  Sablé  et  Précigné  -. 

1.  Il  ne  semble  pas  que  Pierre  de  Craon  ait  pris  le  nom  de  la 
Ferté-Bernard  avant  1387;  «le  sire  de  la  Ferte  »  qu'on  rencontre 
à  diverses  reprises  dans  le  Journal  de  Jean  le  Fèvre  d'octobre 
1384  à  mars  1386,  période  pendant  laquelle  Pierre  de  Craon  et 
Jean  de  Bueil  étaient  prisonniers  en  Esclavonie,  est  l'un  des 
Guillaume,  Guillaume  il  sans  doute,  car  on  trouve  à  la  fois  : 
Guillaume  et  le  sire  de  la  Ferté. 

2.  Cartulaire,\V>^  1259,  1261,  1265,  1271,  1292.  Sablé  ne  tarda 
pas  à  permettre  à  la  duchesse  d'Anjou  de  faire  un  emprunt  dont 
il  était  le  gage.  Il  demeura  aux  mams  du  duc  d'Orléans  du  8  août 
1394  au  29  avril  1398  {Cartulaire,  n»  1293  et  Jarry,  Louis  d'Or- 
léans^ p.  104). 


—  116  — 

C'est  le  13  juin  1392  que  Pierre  se  livra  contre  Olivier 
de  Glisson  à  la  tentative  d'assassinat  à  laquelle  il  dut  sa 
ruine  ;  le  14  juin,  le  roi  prescrivait  son  arrestation  ; 
le  l^'"  juillet,  on  procédait  à  la  saisie  de  la  Ferté  ;  le  18 
juillet  un  mandement  de  Charles  VI  attribuait  au  duc 
d'Orléans  la  propriété  des  biens  confisqués  sur  Pierre  de 
Craon  et  sur  ses  complices,  dont  la  valeur  devait  venir 
en  déduction  de  quatre  mille  livres  de  rente  que  le  roi 
avait  promises  à  son  frère. 

Charles  VI,  désireux  soit  d'atteindre  la  personne 
même  de  Pierre  de  Craon,  soit  de  frapper  le  duc  de  Bre- 
tagne, qu'il  considérait  comme  son  instigateur,  se  dé- 
cida à  une  expédition  contre  ce  dernier,  ordonna  de 
concentrer  ses  troupes  au  Mans'  et  s'y  rendit  lui-même. 
C'est  le  5  août,  en  quittant  cette  ville  pour  se  rendre  à 
Angers,  qu'il  éprouva  la  première  atteinte  de  ces  trans- 
ports dont  l'action  intermittente  devait  désormais  para- 
lyser chez  lui  l'exercice  de  la  royauté  et  livrer  la  France 
aux  compétitions  de  ses  proches  parents  -. 

Cependant,  Pierre  de  Craon,  qui  n'avait  fait  que  tra- 
verser la  Bretagne,  s'était  rendu  en  Aragon,  où,  après 
avoir  été  menacé  d'extradition,  il  put  enfin  reprendre  sa 
liberté.  La  sentence  contre  lui  est  du  26  août.  Il  en  ré- 
sulta pour  Pierre  une  dépossession  complète  de  ses 
biens,  dont  l'administration  fut  temporairement  confiée 
à  Louis  de  Cepoy,  mais  qui  passèrent,  au  moins,  pour  la 
plus  grande  partie,  aux  mains  du  duc  d'Orléans^.  La 
Ferté-Bernard  ne  resta  pas  la  propriété  de  celui-ci  :  la 


1.  Le  nombre  des  montres  passées  au  Mans  en  juillet  et  août 
1392,  et  conservées  à  la  Bibliothèque  nationale,  parmi  les  Titres 
scellés,  est  considérable  ;  en  y  joignant  celles  qui  font  partie  de 
la  collection  E.  Jarry  {Louis  d'Orléans,  94)  on  peut  reconstituer 
presque  dans  son  intégrité  l'armée  sur  laquelle  Charles  VI 
comptait  pour  opérer  contre  le  duc  de  Bretagne. 

2.  E.  Jarry,  Louis  d'Orléans,  95. 

3.  Cartulaire,  n^^  1273  à  1291. 


1 


—  117  — 

maison  d'Anjou,  se  prévalant  d'une  instance  en  félonie 
intentée  par  elle  contre  Pierre  de  Graon  avant  1392  *  et 
d'une  condamnation  obtenue  contre  lui  par  défaut  le  4 
mars  1396,  ainsi  que  de  l'arrêt  criminel  du  7  juin  1399, 
pour  se  couvrir  du  détournement  de  cent  mille  ducats 
commis  au  détriment  de  Louis  I,  d'Anjou,  se  fît  allouer, 
par  un  arrêt  du  Parlement  du  4  juin  1407,  la  pro- 
priété de  la  Ferté-Bernard  dont,  dès  le  3  juillet  1407-,  la 
jouissance  viagère  fut  attribuée  à  Yolande  d'Aragon.  On 
ne  tint  nul  compte  des  droits  de  Jeanne  de  Ghâtillon  qui, 
une  fois  son  mari  mort,  réclama  vainement  la  valeur  de 
ses  biens  propres  aliénés  et  le  douaire  de  quinze  cents 
livres  de  rente,  qui  lui  avait  été  assigné  sur  la  Ferté- 
Bernard.  Cinquante  ans  plus  tard,  ses  ayant  droit  plai- 
daient encore  contre  ceux  du  duc  d'Anjou  et  ne  parvin- 
rent jamais  à  en  obtenir  justice  3. 

Le  roi,  il  est  vrai,  vint  au  secours  de  Jeanne  :  en  con- 
sidération de  ses  droits,  en  souvenir  de  sa  parenté,  es- 


1.  Voici  dans  \e  Journal  de  Jean  le  Fèvre,  édition  Moranvillé, 
diverses  mentions  relatives  à  cette  affaire  :  1385,  29  mai.  —  Mes- 
sire  Pierre  de  Graon  amena  le  comte  de  Genève,  le  seigneur  de 
Coucy  et  aultres  seigneurs  plusieurs,  et  en  la  présence  de  Ma- 
dame, se  récusa  de  ce  que  on  parloit  sur  li  de  grandes  finances 
bailliées  par  messire  Barnabo  et  le  comte  de  Vertus  montant  à 
la  somme  de  90.000  florins,  dont  petit  pourfit  étoit  venu  à  Mon- 
seigneur; et  dit  après  ciue,  grandes  sommes  de  finance  il  avoit 
preste  à  Monseigneur,  lesquelles  à  Madame  il  demandoit.  Le  26 
juillet  1385,  Pierre  de  Graon  «  fist  requestes  à  Madame  et  la  re- 
quist  que  de  ycelles  voulsist  soi  infourmer  de  environ  21.000 
francs  que  dist  que  Monseigneur  le  devoit  ;  Madame  li  refusa  in- 
formation,.. »  Le  6  novembre  1385,  Pierre  réduisit  sa  demande  à 
16.000  francs  que  la  duchesse  s'engagea  à  lui  rembourser  sur  le 
pied  de  2.000  par  an. 

2.  Cartulaire,  n°^  1353,  1354.  M.  le  baron  Pichon  n'a  connu 
aucun  des  arrêts  cités  ici. 

3.  Du  reste,  le  duc  d'Orléans  prétendait  bien  posséder  les  biens 
confisqués  sur  Pierre,  libres  des  charges  qui  les  grevaient  ;  c'est 
ainsi  que  le  13  février  1406,  un  arrêt  du  Parlement  décidait  qu'il 
n'était  pas  tenu  de  payer  à  Hervé  de  Mauny  la  rente  de  deux 
cents  livres  sur  la  Ferté-Bernard,  achetée  par  lui  le  12  octobre 
1390.  {Cartulaire,  n»»  1058,  1341). 


-  118  - 

timant  du  reste  qu'elle  n'était  en  rien  complice  de  son 
mari,  Charles  VI  ne  voulut  pas  la  laisser  dans  la  misère. 
Une  mention  de  la  table  des  Mémoriaux  de  la  Chambre 
des  Comptes  indique  l'existence  de  lettres  du  7  octobre 
1394  conférant  à  Jeanne  la  propriété  de  Vaux  en  Ar- 
rouaise  et  de  la  Bergue.  Il  se  trouva  sans  doute  quelque 
obstacle  à  l'exécution  de  ces  lettres,  car  on  connaît 
d'autres  lettres  de  Charles  VI,  du  20  juin  1405,  lui  en 
octroyant  de  nouveau  la  propriété.  Jeanne,  outre  Vaux 
en  Arrouaise,  reçut  de  Charles  VI,  pour  elle  et  ses  en- 
fants, la  promesse  d'un  capital  de  cinquante  mille  livres 
et  d'une  rente  de  deux  mille  livres,  dont  l'assiette  fut 
modifiée  à  diverses  reprises  ^ 

Quant  à  Pierre,  sa  ruine  fut  absolue;  et,  de  tous 
les  fiefs  dont  il  avait  été  seigneur,  aucun  ne  lui  res- 
tait lors  de  son  décès.  Charles  VI  ne  se  montra  ce- 
pendant pas  bien  rigoureux  à  son  égard'.  De  même 
que  Charles  V,  en  1379,  avait  régularisé  sa  situation  au 
sujet  du  meurtre  de  Baudoin  de  Velu,  par  l'octroi  d'une 
lettre  de  rémission,  ainsi  Charles  VI  voulut  mettre 
Pierre  à  même  de  régler,  par  accord,  son  diff'érend  avec 
Clisson.  Il  lui  accorda  pour  cela  successivement  des  let- 
tres de  sauve-garde  pour  une  durée  de  quatre  mois  d'a- 
bord, de  six  mois  ensuite,  puis  enfin,  le  15  mars  1396, 
des  lettres  de  rémission  2. 

Malheureusement  pour  lui,  et  contre  toute  attente, 
Pierre  ne  put  obtenir  du  Parlement  l'entérinement  des 
lettres  en  question  ;  et,  malgré  ses  instances,  il  fut,  par 


1.  Cartulaire,  numéros  1294.  1295,1330,  1335,  1355,  1384. 

2.  M.  le  baron  Pichon  dit  que  les  lettres  de  rémission  furent 
obtenues  par  Isabelle  de  France,  passant  par  Saint-Denis,  pour 
aller  rejoindre  son  époux  ;  or  les  lettres  de  rémission  sont  du  15 
mars  1396  et  le  passage  par  Saint-Denis  d'Isabelle  se  rendant  à 
Calais  est  du  11  octobre  de  la  même  année.  (E.  Jarry.  La  vie  po- 
litique du  duc  d'Orléans,  p.  180). 


—  119  — 

un  arrêt  du  7  juin  1399  i,  décidé  que  Pierre  et  ses  com- 
plices étaient  déchus  du  profit  des  lettres  de  rémission, 
que  Pierre,  reconnu  coupable  d'un  détournement  de  cent 
mille  ducats  au  détriment  de  Louis  I  d'Anjou,  devrait 
payer  sur  ses  biens  deux  cent  mille  livres  à  la  duchesse 
d'Anjou;  que,  reconnu  coupable  envers  Glisson,  il  de- 
vait sur  ses  biens  remettre  cent  mille  livres  pour  faire 
des  fondations  expiatoires,  qu'enfin  reconnu  coupable 
de  lèse  majesté,  tous  ses  biens  étaient  confisqués  et 
sa  personne  condamnée  à  un  bannissement  perpétuel. 

Force  fut  à  Pierre  de  se  contenter  de  la  protection  de 
simples  lettres  royales  de  sauve-garde  ;  elles  lui  suffirent 
du  reste,  pour  vivre  à  la  cour  où  on  le  trouve  le  l®""  mai 
1400,  aussi  bien  que  le  l^'"mai  1399,  au  nombre  des  sei- 
gneurs pourvus  de  l'une  des  houppelandes  distribuées  ce 
jour-là  aux  familiers  du  roi  ;  mais  aux  yeux  du  Parle- 
ment, il  restait  légalement  banni,  si  bien  que,  le  4  juillet 
1405,  cette  assemblée  lui  refusait  des  lettres  de  marque 
contre  l'Aragon  et  que,  le  7  janvier  1407,1e  greffier,  sur 
l'ordre  qu'il  en  avait  reçu,  se  refusait  à  présenter  à  la 
cour  un  accord  passé  entre  Pierre  de  Graon,  Antoine, 
son  fils,  et  le  sire  de  Haucourt  et  renvoyait  les  parties  à 
se  pourvoir  devant  le  Ghâtelet,  si  bon  leur  semblait. 

Pierre  passa  les  dernières  années  de  sa  vie  dans  une 
obscurité  relative  ;  faute  de  pouvoir  triompher  de  l'oppo- 
sition que  les  lettres  de  rémission  avaient  éprouvée  dans 
le  Parlement,  il  se  trouvait  dans  une  position  très  fausse, 
à  la  merci  d'un  incident,  qui  eût  été  sans  doute  exploité 
contre  lui.  On  ne  possède  aucun  renseignement  sur  son 
décès  qui  advint  entre  janvier  1407,  date  où  Nicolas  de 
Baye  relate  le  refus  du  Parlement  d'homologuer  un  ac- 
cord où  son  nom  figurait,  et  le  14  janvier  1410,  date  du 


1.  M.  le  baron  Pichon  a  connu  de  cet  arrêt  ce  qui  en  est  dit 
dans  le  journal  tenu  par  le  greffier  pour  la  chambre  criminelle  ; 
mais  il  ne  s'est  pas  reporté  au  texte  même  donné   dans  X^a,  13. 


~-  120  - 

contrat  de  mariage  de  sa  petite  fille,  Marie  d'Amboise, 
avec  Amaury  de  Briolay,  son  cousin,  de  la  branche  delà 
Suze;  Jeanne  de  Ghâtillon  était  veuve  alors.  Les  docu- 
ments sont  muets  aussi  sur  les  dernières  années  de  celle- 
ci  qui,  comme  le  prouve  un  arrêt  du  Parlement,  vivait 
encore  en  1427. 

On  connaît  six  sceaux  différents  de  Pierre  de  la  Ferté  ; 
sur  les  trois  premiers  l'écu  porte  une  double  brisure,  sur 
les  trois  derniers  les  armes  sont  pleines. 


183.  —  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1379-1381. 

Le  plus  ancien  date  de  1379  (figure  182)  ;  il  est  attaché 
à  l'une  des  pièces  du  différend  entre  Pierre  de  Craon 
et  Louis  de  Namur.  C'est  un  sceau  rond  (738  de 
Flandre)  de  0,025  à  l'écu  penché,  où  figure  le  losange 


Ih^.  —  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1380. 

de  Craon,  brisé  cT un  bâton  et  surbrisé  d'une  étoile  en 
chef^  surmonté  d'un  heaume,  cime  d'une  tête  de  chien  et 
supporté  par  deux  lions  assis  ;  la  légende  est  complète  : 

s    PIERRE    DE    CRAON. 

Le  second  (figure  183),  est  semblable  au  premier,  sauf 
qu'il  mesure   0,03  sur  la  seule  empreinte  connue  et  qui 


-  421  — 

date  de  1380,  (2961  de  Clair ambault)  ;  la  partie  où  fi- 
gurait l'étoile  est  brisée  et  de  la  légende  on  ne  lit  plus 

que...    lERRE. 


184.  —  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1380. 

La  troisième  (figure  184),  (2962  de  Clair  ambault)^ 
mesure  0,03  ;  il  est  semblable  aux  deux  autres,  mais  le 
cimier  est  une  tête  de  femme,  au  lieu  d'une  tête  de  chien. 
La  légende  est  complète:  s  pierre  de  craon.  Il  date 
de  1380. 

Pierre  de  la  Ferté  portait  donc  le  blason  de  son  père  : 


185.  -  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1388-1391. 

de  Craon  à  la  bande  brochante  brisé  par  une  étoile  en 
chef.  On  ne  saurait  expliquer  comment,  sur  les  autres 
sceaux  de  Pierre,  sceaux  dont  on  ne  connaît  que  des  em- 
preintes postérieures  à  1388,  l'écu  ne  porte  plus  aucune 
brisure.  On  l'a  vu  déjà,  (figure  169),  dès  1383  le  sceau 
de  Guillaume  II,  son  frère  aîné,  possédait  un  blason 
sans  brisure. 
Le  quatrième  sceau,  (figure   185),  dont  il  n'existe  au- 


—  122  — 

cun  moulage,  se  trouve  aux  Pièces  originales  *  en  cinq 
exemplaires  apposés  en  1388,  1389,  1390  et  1391.  C'est 
un  sceau  rond  de  0,03,  à  l'écu  plein,  surmonté  d'un 
heaume  à  lambrequins,  cime  d'une  tête  de  femme,  dans 
un  vol  ;  le  champ  est  garni  de  rinceaux  affrontés.  De  la 
légende  on  ne  lit  plus  que  +  s.,  l.  pierre  de...  Le 
mot  Pierre  est  coupé  en  deux  par  l'écu. 


186.  —  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1389- 


Le   cinquième    (figure   186),   dont  il    n'existe    aucun 
moulage,  se  trouve  aux  Pièces  originales  en  deuxexem- 


187.  —  Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1391. 


plaires,  dont  le  second  a  été  apposé  en  1398.  Il  est  sem- 
blable au  quatrième,  bien  que  plus  finement  gravé  ;  il 
s'en  distingue  parce  que  le  mot  Pierre  est  tout  entier  à 
la  gauche  de  l'écu. 

Le  sixième  (figure  187),   dont   il  n'existe  aussi  aucun 


1.  Craon,  n^^  20,  25,  34,  37,  50. 


—  123  — 

moulage,  n'est  connu  que  par  une  seule  empreinte  des 
Pièces  originales.  Autant  que  son  mauvais  état  permet 
de  le  distinguer,  on  peut  dire  que  l'écu  est  cime  d'une 
tête  d'homme. 


188.  —  Sceau  de  Jeanne  de  Châtillon,  1402. 

Quant  à  Jeanne  de  Châtillon,  voici  son  sceau  (figure 
188),  d'après  une  empreinte  de  1402,  Clair ambault^ 
n^  2352  :  c'est  un  sceau  rond  de  0,024,  où  figure  un  écu 
droit,  parti  de  Craon  et  de  Châtillon,  soutenu  par  un 
ange  et  deux  lions,  assis  dans  un  trilobé.  De  la  légende 
on  lit  :  4*  s.  jehanne  de  cha...  llo...  tel  et  de... 


189.  -  Sceau  de  Gaucher  de  Châtillon,  1370. 

Le  sceau  de  Gaucher  de  Châtillon  est  moulé  sous  le 
numéro  2328  de  Clair ambault.  C'est  un  sceau  rond  de 
0,028  (figure  189),  où  se  trouve  un  écu  à  trois  pals  de 
vair  sous  un  chef,  chargé  d'une  merlette  à  dextre,  pen- 
ché, timbré  d'un  heaume,  couronné  et  cime  d'une  touffe, 
supporté  par  deux  ours.  La  légende  est  :  gauch  segnor 
de  chastillo  et  de  la  ferté  potien. 


—  124  — 

Pierre  de  la  Ferté  et  Jeanne  de  Châtillon  eurent  deux 
enfants  seulement:  Antoine  et  Jeanne. 

XIP%.  —  Antoine.  —  Antoine,  connu  sous  le  nom 
d'Antoine  de  Beauverger,  aura  son  article  à  la  suite  de 
celui  de  son  père. 

XIP^2-  —  Jeanne.  —  Les  historiens  ont  tous  attribué 
à  Pierre  de  la  Ferté  une  fille  nommée  Marie  ;  mais  aucun 
d'eux  n'adonné  de  détails  sur  son  sort.  Ici,  en  lui  resti- 
tuant son  véritable  nom  de  Jeanne,  on  lui  rend  en  même 
temps  les  renseignements  biographiques  groupés  jus- 
qu'ici sur  une  Jeanne  qu'on  avait  fait  fille  de  Pierre  de 
la  Suze.  Une  épitaphe,  déjà  publiée  ici  d'après  Bruneau 
de  Tartifume,  le  Tableau  des  Gordeliers  d'Angers,  sous 
la  date  du  28  décembre  1421,  et  le  contrat  de  mariage 
d'Amaury  de  Briolay  avec  Marie  d'Amboise,  suffisent 
pour  établir  que  la  Jeanne  de  Craon,  épouse  d'Ingel- 
ger  II  d'Amboise  et  de  Pierre  de  Beauvau,  était  Une 
seule  et  même  personnne,  et  qu'elle  était  fille,  non  de 
Pierre  de  la  Suze,  mais  de  Pierre  de  la  Ferté-Bernard, 
neveu  de  celui-ci. 

On  a  eu  déjà  occasion  de  citer  Ingelger  I  d'Amboise, 
qui,  beau-frère  de  Guillaume  I  de  Craon,  lui  avait  dé- 
laissé en  1345  le  fief  de  la  Ferté-Bernard.  Avant  1356, 
en  secondes  noces,  il  avait  épousé  la  veuve  de  Guy  de 
Nesle,  Isabelle  de  Thouars,  belle-sœur  d'Amaury  IV  ; 
elle  lui  donna  deux  fils,  Pierre,  vicomte  de  Thouars,  et 
Ingelger  II,  seigneur  de  la  Rochecorbon.  C'est  celui-ci 
qui  devint  gendre  de  Pierre  de  la  Ferté.  Son  mariage 
avec  Jeanne  de  Craon  eut  lieu  postérieurement  à  1392 
car  à  cette  date  la  fille  de  Jeanne  de  Châtillon,  «  la  plus 
belle  femme  de  son  temps,  »  se  trouvait  à  côté  de  sa 
mère  lorsque  celle-ci  fut  expulsée  de  la  Ferté  par  Jean 
de  Vienne.  Le  mariage  dut  même  tarder  jusque  vers 
1400,  car,  en  1410,  l'aînée  de  ses  filles,  laquelle  était 
peut-être  l'ainée  de  tous  ses  enfants,  était  loin  d'être 
nubile. 


—  425  — 

Ingelger  II  eut  de  Jeanne  de  Graon  cinq  enfants  :  un 
fils,  Louis,  qui  fut,  au  décès  de  son  père,  avant  1410, 
seigneur  de  la  Rochecorbon  et,  au  décès  de  son  oncle 
Pierre  II,  en  1426,  seigneur  d'Amboise  et  vicomte  de 
Thouars,  et  quatre  filles,  Marie,  Jacqueline,  Pernelle  et 
Isabelle. 

Marie,  dont  l'existence  a  été  révélée  ici  pour  la  pre- 
mière fois,  fut  fiancée,  le  14  janvier  1410,  à  Amaury  de 
Briolay,  son  cousin,  et  ne  vécut  sans  doute  que  peu 
d'années. 

Jacqueline,  par  contrat  du  17  juillet  1424,  épousa 
Jean  de  la  TrémoïUe  seigneur  de  Jonvelle  ;  c'est  avec 
elle  que  fut  passé,  le  24  septembre  1439,  par  Marie  de 


190.  —  Sceau  de  Pierre  d'Amboise.  1383. 

Graon,  l'important  accord  qui  révèle  tant  de  curieux  dé- 
tails sur  les  motifs  auxquels  Pierre  de  Graon  dut  de  de- 
venir seigneur  de  la  Ferté-Bernard. 

Pernelle,  le  13  juin  1412,  épousa  Hardouin  VIII  de 
Maillé  â  qui,  lors  du  décès  de  Louis  d'Amboise,  son 
frère,  elle  apporta  la  Rochecorbon. 

Isabelle,  la  quatrième,  fut  femme  de  Jean  d'Ancenis, 
seigneur  de  Martigné-Ferchaud. 

La  maison  d'Amboise  portait  un  paie  d'or  et  de  gueu- 
les ainsi  que  le  montre  le  sceau  du  frère  aîné  d'In- 
gelger  II,  Pierre  d'Amboise,  donné  ici  (figure  190)  d'après 
une  empreintede  1383  (122  de  Clair amhault)  ;  c'est  un 


—  126  — 

sceau  rond  de  0,03,  à  l'écu  penché,  timbré  d'un  heaume, 
sommé  d'une  tête  de  loup  et  ayant  pour  supports  deux 
lions  assis.  De  la  légende  on    ne    lit    plus    que...    rre 

SIRE    D   AMBO. 

On  trouvait  aussi  à  la  voûte  des  Cordeliers  d'An- 
gers ce  même  blason  accolé  à  celui  de  Graon.  On  peut 
être  certain  qu'il  y  avait  pris  place  au  moment  même  où 
on  procédait  à  l'ornementation  de  cette  voûte,  dont  les 
travaux  se  trouvent  ainsi  datés  (voir  figure  191). 


191.  —  Ecus  accolés  d'Ingelgeretde  Jeanne  à  la  voûle  des  Cordeliers  d'Angers. 

Ingelger  ne  vivait  plus  déjà,  le  14  janvier  1410,  lors 
de  la  rédaction  du  contrat  de  mariage  de  sa  fille  aînée 
avec  Amaury  de  Briolay  *  ;  Jeanne  de  Graon  ne  tardapas 
à  contracter  une  seconde  alliance  aussi  honorable  que 
la  première.  Pierre  de  Beauvau,  son  second  époux,  était 
seigneur  de  la  Roche-sur-Yon,  de  Ghampigny-sur-Veude 
et  de  Montpipeau.  Jeanne  lui  donna  deux  fils,  l'aîné 
Louis,  décédé  en  1472  n'ayant  que  deux  filles.  Quant  au 
cadet  Jean,  dont  les  descendants  portent  encore  le  nom 
de  Beauvau,  il  naquit  le  26  décembre  1421,  grâce  à  l'o- 

1.  Cartulaire,  dP  892. 


127  — 


192.  —  Tombe,  d'après  Gaignières,  de  Jeanne  de  Craon,  1421, 


—  128  — 

pération  césarienne  faite  à  Jeanne  de  Graon.  Pour  per- 
pétuer ce  souvenir,  il  écartela  les  armes  de  sa  maison 
de  celles  de  sa  mère.  Il  mourut  le  19  janvier  1469 
et  fut  enseveli  dans  la  chapelle  de  Graon  des  Gorde- 
liers  d'Angers,  où  sa  mère  reposait  depuis  le  jour  de 
sa  naissance.  Sa  tombe  a  été  donnée  ci-dessus  (figure 
93),  d'après  un  bon  dessin  de  Gaignières.  Quant  à  celle 
de  Jeanne  de  Graon,  sa  mère,  la  figure  94  reproduit  le 
dessin  de  Bruneau  de  Tartifume.  On  croit  néanmoins 
utile  de  donner  ici  (figure  192),  place  aussi  au  dessin  de 
Gaignières,  bien  supérieur  au  premier. 

Ge  dessin  contient  dans  la  légende  une  double  erreur 
de  copie  commise  par  le  dessinateur  de  Gaignières  :  je 
suis  au  lieu  de  depuis^  et  1415  au  lieu  de  1421. 


193.  —  Sceau  de  Pierre  de  Beauvau,  1418. 


Les  blasons  qui  figurent  sur  la  tombe  sont  un  parti 
de  Beauvau  et  de  Graon.  Il  n'y  a  pas  trace  de  la  bor- 
dure que  Bruneau  de  Tartifume  a  placée  dans  l'écu  des 
Beauvau.  Il  est  donc  intéressant  d'en  rapprocher  le 
sceau  de  Pierre  de  Beauvau  (figure  193),  dessiné  d'a- 
près une  empreinte  de  1418,  (819  de  Clair amhault). 
G'estun  sceau  rond  de  0,034  à  l'écu  penché,  timbré  d'un 
heaume,  cime  d'une  hure  de  sanglier  et  supporté  par 
deux  sauvages.  La  légende  porte  pierre...   Beavveau. 

On  le  voit,  jamais  Pierre  de  Beauvau  ne  fut  seigneur 
de  Graon,  dont  le  fief,  à  l'époque  où  il  était  l'époux  de 


—  129  — 

Jeanne  de  Graon,  appartenait  déjà  aux  la  Trémoïlle  ; 
c'était  donc  par  simple  souvenir  des  origines  de  sa  maison 
que  Marc  de  Beauvau,  en  sa  qualité  de  cadet,  avait  choisi 
le  nom  de  Graon  pour  se  distinguer  de  ses  frères  et 
qu'ayant  obtenu  en  1712  l'érection  de  la  terre  d'Hau- 
donvilliers  en  marquisat,  puis  en  1722  l'érection  de 
de  celle  de  Milhausen  en  principauté,  il  avait  voulu  que 
l'une  et  l'autre  perdissent  leur  nom  pour  prendre  celui 
de  Graon  1. 

1.  Voir  ci-dessus,  I,  10. 


. 


XXV 
RAMEAU  DE  LA  FERTÉ-BERNARD 

ANTOINE  DE  BEiUVERGER 

Vers  1409.  —  25  octobre  1415. 


Antoine  était  l'unique  fils  de  Pierre  de  la  Ferté-Ber- 
nard  et  de  Jeanne  de  Ghâtillon,  qui  s'étaient  mariés 
vers  1364,  mais  qui  avaient  dû  attendre  la  naissance 
d'Antoine  jusque  vers  1369  ;  en  effet,  dans  les  comp- 
tes du  duc  de  Touraine  pour  mars  1390,  il  est  qua- 
lifié d'écuyer^  On  peut  donc  estimer  qu'en  mars  1390  il 
n'avait  pas  atteint  sa  vingt  et  unième  année. 

Le  nom  de  Beauverger,  sous  lequel  il  est  connu,  et  qui 
sert  à  le  distinguer  de  son  cousin,  Antoine  de  Domart, 
lequel  du  reste  ne  fut  pas  son  contemporain,  ne  lui  ap- 
partint que  les  onze  dernières  années  de  sa  vie,  et  ré- 
sulta de  l'achat,  en  1404,  du  fief  de  Beauverger,  lequel 
lui  fut  cédé  par  Guy  de  Laval- Attichy  -. 

La  cour  de  Bourgogne  était  beaucoup  plus  luxueuse  à 
cette  époque  que  celle  de  France  ;  Antoine  y  prit  place 
et  y  obtint  bientôt  l'office  de  chambellan  du  duc  ;  il  at- 
tacha sa  fortune  à  celle  de  Jean-sans-Peur  et  subit  tous 
les  contre-coups  de  celle  de  son  patron.  C'est  ainsi  qu'à 
la  fin  de  novembre  1407,  à  la  suite  de  l'assassinat  du 
duc  d'Orléans,  il  fut  l'un  des  six  fidèles  qui  accompa- 
gnèrent hors  de  Paris  le  duc  de  Bourgogne  dans  sa  fuite; 
par  contre,  lors  du   décès  de  Guy  de  la   Roche-Guyon, 

1.  Cartulaire,  no  1255, 

2.  Cartulaire,  n»  1332. 


-  131  - 

Antoine,  qui  faisait  partie  du  Grand  Conseil  depuis 
quelque  temps  déjà,  fut  pourvu  de  l'office  de  grand 
panetier  que  cette  mort  laissait  vacant  et  dans  lequel 
il  fut  reçu  le  7  novembre  1411,  mais  dont  il  fut  dé- 
pouillé dès  1413,  lors  de  la  révolution  arrivée  à  cette 
date,  laquelle,  faisant  passer  le  pouvoir  aux  mains  du 
comte  d'Armagnac,  amena  la  disgrâce  de  tous  les  Bour- 
guignons. Antoine  s'opposa  en  vain,  le  26  octobre  1413, 
à  ce  que  nul  ne  fût  reçu  au  Parlement  en  la  charge  de 
grand  panetier  ;  l'installation  de  Malet,  sire  deGraville, 
n'en  eut  pas  moins  lieu,  au  dire  du  P.  Anselme,  en  cette 
année  1413^. 

Il  y  avait  alors  huit  ans  qu'Antoine  était  marié  à 
Jeanne  de  Hondschoote  -  dont  la  généalogie  a  été  étu- 
diée par   Duchesne   dans  son  Histoire  de   Béthune^  et 


194,  —  Sceau  de  Thierry  de  Hondschoote,  1380 

dont  le  blason  a  pris  place  dans  V Armoriai  du  héraut 
Navarre',  dliermine  à  une  bande  de  gueules  endentée. 
Sans  doute  il  faut  voir  une  brisure  dans  la  présence  des 
trois  besans  qui  chargent  la  bande  du  sceau  de  Thierry 
d'Hondschoote  du  3  septembre  1380,  (Clair ambault^ 
vl'  4710)  dont  le  dessin  prend  place  ici  (figure  194). 

1.  Cartulaire,  numéros  1361,  1369,  1370,  1371,  1378,  1379. 

2.  Il  est  curieux  de  noter  que  dans  les  documents  contempo- 
rains on  trouve  ce  nom  d'Hondschoote  travesti  en  Jlault 
d'Escosse. 

3.  Voir  page  302. 


^  132  ^ 

Thierry  de  Hondschoote,  de  Marguerite  de  Flandre, 
fdle  naturelle  de  Louis,  comte  de  Flandre,  avait  une 
fîUe  unique  Jeanne,  laquelle,  héritière  de  tous  les  biens 
de  son  père,  épousa  Jean  d'Offegnies  qui  mourut  sans 
qu'elle  lui  eût  donné  de  postérité.  En  secondes  noces, 
elle  épousa  Arnoul  de  Hornes  à  qui  elle  donna  Jean  de 
Hornes,  lequel  fut  son  héritier  et  se  maria  à  Isabeau  de 
la  Trémoïlle.  Antoine  de  Craon  ne  fut  donc  que  le  troi- 
sième mari  de  Jeanne  d'Hondschoote,  et  dut  à  cette  al- 
liance d'être  bail  de  Jean  de  Hornes.  Leur  mariage  eut 
lieu  en  juillet  1405,  ainsi  que  le  prouve  une  mention  du 
Journal  de  Nicolas  de  Baye  *. 

Il  n'existe  aucun  moulage  des  sceaux  d'Antoine  de 
Craon;  les  deux  dessins  qui  prennent  place  ici  sont  faits 
sur  des  empreintes  conservées  a  la  Bibliothèque  natio- 
nale parmi  les  Pièces  Originales. 


195.  —  Sceau  d'Antoine  de  Craon,  1409. 

Le  premier  (figure  195),  est  appendu  à  un  acte  de 
1409  ;  c'est  un  sceau  rond  de  0,039  en  cire  rouge,  où  fi- 
gure un  écu  losange,  surmonté  d'un  casque,  sommé 
d'une  tête  de  coq,  entre  deux  vols.  Le  champ  est  orné  de 
chaque  côté  de  trois  entrelacs,  dans  lesquels  court  une 
branche  de  feuillage. 

1.  On  la  trouve  in  extenso  sous  le  n»  1337  du  Cartulaire. 


-  133  - 
La  légende,  en  caractères  gothiques,  porte  :  s.   an- 

THOINE  DE    CRAON...    AURGER    ET    DE... 


196,  —  Sceau  d'Antoine  de  Craon,  1411. 

Le  second  (figure  195)  représente  deux  empreintes  de 
1411  d'un  sceau  brisé,  où  Técu  est  surmonté  d'un  cas- 
que, accosté  de  deux  branches  de  roses,  posées  en  paL 

Antoine,  le  25  octobre  1415,  fut  l'une  des  victimes  de 
la  bataille  d'Azincourt  K  Son  décès  mettait  fin  au  rameau 
de  la  Ferté-Bernard. 

Jeanne  de  Hondschoote  survécut  nombre  d'années  à 
son  troisième  époux,  sans  contracter  une  quatrième  al- 
liance ;  c'est  du  moins  ce  qu'on  peut  conclure  de  la  men- 
tion qui  se  trouve  dans  l'accord  du  24  septembre  1439, 
où  elle  figure  sans  autre  qualification  que  celle  de  a  ma- 
dame de  Beauvergier^.  » 

Aucun  généalogiste,  pas  plus  Ménage  que  le  P.  An- 
selme, n'a  attribué  d'enfant  à  Antoine  de  Craon.  11  est 
cependant  certain  qu'il  eut  une  fille  nommée  Marie. 

XlIP^.  Marie.  —  Marie,  fille  unique  d'Antoine  de 
Beauverger  et  de  Jeanne  d'Hondschoote,  eut  pour  époux 
le  second  des  fils  de  Jeannetd'Estouteville  et  de  Michelle, 
dame  de  Montdoucet  et  de  Villebon,  Charles,  qui,  après 
le  décès  de  son  aîné,  fut  à  son  tour  héritier  des  fiefs  de 


1.  Monstrelet,  III,  115. 

2.  1175  du  Cartulaire. 


-  134  — 

sa  branche  et  mourut  laissant  Marie  veuve  sans  enfant. 
On  a  publié  déjà  au  Cartulaire^  in  extenso^  sous  le 
numéro  1175,  un  acte  d'elle  ;  c'est  un  accord  avec  Jean 
de  la  Trémoïlle,  sieur  de  Jonvelle,  et  Jacqueline  d'Am- 
boise,  son  épouse,  qui  contient  de  précieux  renseigne- 
ments, restés  jusqu'ici  inédits.  Cet  acte  ne  laisse  aucun 
doute  sur  l'erreur  de  ceux  qui  ont  fait  de  l'épouse  de 
Charles  d'Estouteville  la  fille  de  Jean  de  Graon-la-Suze, 
veuve  de  Guy  de  Laval-Retz.  Celle-ci,  on  l'a  dit  déjà, 
bien  loin  d'avoir  été  veuve,  était  décédée  avant  son  mari. 


CARTULAIRE  DE  CRAON 

RAMEAU    DE    LA    FERTÉ-BERNARD 

XVIII  (1212-1386)        PIERRE    DE    LA    FERTÉ  1345-1415. 

ANTOINE    DE    HEAUVERGER 

1212.  —  1331*,  V.  s.,  27  mars.  —  Lettres  de  partage  des 
biens  de  Gaucher  de  Châtillon  et  de  Marie  de  Gaines  Coucy. 
Marie,  épouse  de  Jean  I  de  Domart,  eut  pour  sa  part  le  vi- 
damé  de  Laonnais,  la  terre  et  châtellenie  de  Clacy  etc. 
Jeanne,  épouse  de  Pierre  de  Craon,  reçut  Rosoy  en  Thiéra- 
che,  Resnes  en  Brie,  Brécy  en  Brie  et  Sergines  (Note  du  Tré- 
sor généalogique). 

1213.  —  1363,  décembre.  — Lettres  par  lesquelles  Mahaud 
de  Flandre  abandonne  à  son  neveu  Pierre  de  Craon  la  nue 
propriété  des  terres  de  Brunnetel,  de  l'Abbaye  du  Mont- Saint- 
Quentin  et  de  Vaux  en  Arrouaise,  situées  dans  le  fief  de 
Guise  (Note  du  Ti^ésor  généalogique). 

1214.  —  1369,  8  septembre.  —  Reçu  de  Pierre  de  Craon, 
chevalier  (B.  N.,  Titres  scellés,  36,  2739). 


1.  Cette  date  est  évidemment  fausse;  on  la  maintient  ici  faute 
de  pouvoir  la  rectifier  exactement. 


—  135  — 

1215.  —  1377,  12  juillet,  Angers.  —  Numéro  672. 

1216.  —  1378,  V.  s.,  20  janvier,  à  1379,  4  juin,  Lille.  — 
Pièces  du  différend  entre  Pierre  de  Craon  et  Louis  de  Na- 
mur*  (Froissart  de  M.  Kervyn  de  Lettenhove,  t.  XXI,  p.  57). 

1217.  —  1379,  8  octobre,  Pontorson.  —  Pierre  de  Craon 
donne  quittance  de  cent  quatre-vingt-quinze  francs  (B.  N., 
Titres  scellés,  36,  180). 

1218.  —  1379,  22  octobre,  Pontorson.  —  Reçu  de  cent 
trente  livres  donné  par  Pierre  de  Craon,  chevalier*  (B.  N., 
Titres  scellés,  36,  2741). 

1219.  —  1379,  V.  s.,  8  mars.  —  Rémission  pour  Pierre  de 
Craon  et  ses  dix  complices  coupables  du  meurtre  de  Beau- 
doin  de  Velu  (Arch.  nat.,  JJ  116,  n°  158^). 

1220.  —  1380,  8  août.  —Montre  de  Pierre  de  Craon  (Piè- 
ces originales,  n^  2740). 

La  monstre  de  messire  Pierre  de  Craon,  chevalier,  un  au- 
tre chevalier  et  huit  escuyers  de  sa  compagnie,  receuz  le 
VIII«  jour  d'aoust  l'an  1380. 

Ledit  messire  Pierre. 

Messire  Hue  d'Andigny. 

Symon  d'Halleain. 

Enguerran  de  Romuy. 

Adam  d'Avelux. 

Jehan  de  Vielu. 

Baudet  de  la  Vove, 

Quérart  de  Rouart. 

Robert  de  Serny. 

Bricard  de  Colandre. 


1.  C'est  au  premier  de  ces  actes,  dont  les  originaux  sont  con- 
servés aux  Archives  du  Nord,  que  sont  attachés  les  sceaux,  figu- 
res 182  et  197. 

2.  Ce  reçu  est  donné  sous  le  sceau  de  Guillaume  II,  frère  de 
Pierre.  Voir  figure  168. 

3.  La  querelle  entre  Pierre  et  Velu  est  expliquée  dans  tous  ses 
détails. 


136 


1221.  —  1381,  du  10  au  17  novembre.  —  Lettres  par  les- 
quelles Louis  I  d'Anjou  s'engage  à  ne  pas  retirer  les  bijoux 
mis  par  lui  en  gage  entre  les  mains  de  la  comtesse  de  Roucy, 
avant  que  Pierre  de  Craon  ait  reçu  les  5000  francs  qu'il  lui 
a  donnés  (Note  du  Journal  de  Jean  Le  Fèvre^,  édition  Mo- 
ranvillé) . 

1222.  —  1381,  28  décembre.  —  Lettres  par  lesquelles 
Pierre  de  Craon,  chevalier,  donne  garantie  aux  seigneurs  de 
Gruythuse,  d'Halluin  et  autres,  qui  lui  servaient  de  caution, 
pour  un  emprunt^  (Archives  du  Nord). 

1223.  —  1381,  V.  s.,  5  mars.  —  Lettres  par  lesquelles  Isa- 
belle de  Roucy,  femme  de  Louis  de  Namur,  fait  don  à  Pierre 
de  Craon  de  la  nue  propriété  de  Maisy,  Courlandon  et  d'une 
partie  d'Ecry  (Note  de  M.  le  baron  Pichon  à  la  page  4  de  son 
Mémoire  sur  Pierre  de  Craon,  Paris,  1860). 

1224.  —  1382,  16  août,  Paris.  —  Numéro  801. 


1225.  —  1383,  26  décembre.  —  Codicille  du  testament  de 
Louis  I  d'Anjou  ;  Pierre  de  Craon  est  au  nombre  des  témoins 
(A.  N.,  P  1334",  34). 


1226.  —  1385,  6  novembre.  —  Accord  entre  Pierre  de 
Craon  et  la  duchesse  d'Anjou,  Pierre  réduit  à  16,000  francs 
ses  réclamations  contre  elle.  La  duchesse  s'engage  à  lui 
payer  cette  somme  sur  le  pied  de  2,000  francs  par  an  en  deux 
termes^  (Note  du  Journal  de  Jean  Le  Fèvre,  193). 


1.  Journal  de  Jean  Le  Fèvre  évéque  de  Chartres,  chancelier  des 
rois  de  Sicile,  Louis  I  et  Louis  II  d'Anjou,  publié  par  h.  moran- 
viLLÉ,  Paris,  1887,  vii-529  p.  in-S».  Ce  curieux  journal,  dont  per- 
sonnne  dans  le  Maine  n'a  jusqu'ici  signalé  l'existence,  avait  été 
cité  par  M.  le  baron  Pichon;  il  va  de  septembre  1380  au  13  l'uin 
1388. 

2.  Cet  acte  porte  le  sceau,  figure  182. 

3.  Cet  accord  ne  fut  pas  exécuté.  En  effet  lorsque,  le  28  juin 
1387,  Pierre  demanda  à  imputer  sur  ces  16,000  francs  les  2,000 
dus  par  lui  pour  la  prise  en  main  de  La  Ferté-Bernard,  il  ne  reçut 
qu'une  réponse  dilatoire.  Plus  tard,  le  19  avril  1388,  lorsqu'il  de- 
manda assignation  pour  sa  dette  il  «  eust  crue  réponse.  » 


-  137  - 

1227.  —  1385,  6  décembre.  —  Lettres  par  lesquelles  la 
duchesse  d'Anjou  confère  à  Pierre  de  Craon  jusqu'à  nouvel 
ordre  le  gouvernement  du  comté  de  Roucy  (Note  du  Journal 
de  Jean  Le  Fèvre,  206). 

1228.  —  1385.  —  Extrait  d'un  compte  de  la  Chambre  des 
Comptes  de  Paris  où  il  est  mentionné  que  Pierre  de  Craon 
était  chambellan  à  la  place  de  son  père  Guillaume  *  (Morice, 
II,  512). 

1229.  —  1387,  16,  22,  25  mai.  —  Numéro  1037. 

1230.  —  1387,  25  mai.  —  Numéro  1038. 

1231.  —  1387,  28  juin.  —  Requête  par  laquelle  Pierre  de 
Craon  demandait  à  la  duchesse  d'Anjou  d'imputer  sur  les 
16,000  francs  qu'elle  lui  devait  les  2,000  francs  dont  il  pou- 
vait lui  être  redevable  pour  droits  sur  la  Ferté-Bernard  venue 
dans  ses  mains  (Note  du  Journal  de  Jean  Le  Fèvre^  359  ^J. 

1232.  —  1387,  3  juillet.  —  Numéro  1041. 

1233.  —  1388,  15  octobre.  —  Lettres  de  Pierre  sur  un 
échange  avec  le  prieur  de  N.-D.  du  Chêne  (B.  N.,  Pièces 
originales^  Craon,  n^  66). 

1234.  —  1388,  1  août,  Chartres.  —  Lettres  par  lesquelles 
Pierre  de  Craon  fonde  dans  l'église  Notre-Dame  de  Chartres 
une  messe  quotidienne,  pour  le  salut  des  âmes  de  Jeanne  de 
Châtillon  et  d'Antoine  et  de  Jeanne  ^  ses  enfants  (Note  de  Lé- 
pinois.  Histoire  de  Chartres^  1858,  2  in-8*',  II,  50;  Mémoires 
de  la  Société  d'Eure-et-Loir^  IX,  437  et  communiqué    par 


1.  Ce  fait  est  exact  :  dès  le  23  mai  1384  Guillaume  I  était 
qualifié  d'ancien  chambellan  ;  voir  aux  additions  le  n*»  1027  {K). 

2.  Madame  fit  répondre  qu'elle  en  écrirait  à  son  conseil  à  An- 
gers et  qu'il  ne  serait  pas  pressé  de  payer  ce  qu'il  lui  devait  de 
droits. 

3.  Il  faut  remarquer  cette  mention  d'Antoine  et  de  Jeanne  ; 
elle  contredit  tous  les  historiens  qui  ont  voulu  que  la  fille  de 
Pierre  portât  le  lîom  de  Marie. 


h 


—  138  - 

M.  l'abbé  Métais  d'après  un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de 
Chartres). 

1235.  —  1388,  V.  s.,  8  mars. — Mandementpar  lequel  le  duc 
de  Touraine  prescrit  le  remboursement  à  Pierre  de  Craon, 
capitaine  du  château  de  Tours,  chevalier,  de  500  francs  d'or 
prêtés  par  lui  (B.  N.,  n^  888  du  Fonds  Bastard). 

■\ 

1236.  —  1388,  V.  s.,  9  avril,  Paris.  —  Mandement  par  les- 
quelles Louis,  duc  de  Touraine,  ordonne  de  payer  à  Pierre 
de  Craon  500  francs  d'or*  (B.  N.,  Pièces  originales, 
Craon  ^  19). 

1237.  —  1388,  V.  s.,  12  avril,  Paris.  —  Pierre  de  Craon  et 
de  la  Ferté-Bernard  reçu  de  500  francs  f'B.  N.,  Pièces  origi- 
nales, Craon^  n*'  20). 

1238.  —  1389,  27  mai,  Paris.  —  Mandement  de  Louis 
d'Orléans  de  payer  à  Pierre  de  Craon  et  à  Jean  de  Bueil 
1000  francs  d'or  (B.  N.,  Pièces  originales^  Craon^  n°  32). 

1239.  —  1389,  9  août,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI  donne  à  Pierre  de  Craon,  son  chambellan,  775 
francs  d'or,  pour  une  maison  et  un  jardin  contigus  à  l'hôtel 
du  Petit-Musc  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon^  33j. 

1240.  —  1389,  18  août.  —  Inventaire  des  meubles  du  duc 
de  Touraine,  confiés  après  sa  mort  à  Pierre  de  Craon,  son 
chambellan  (Pièces  originales,  Craon,  n"  35) . 

1241.  —  1389,  15  septembre.  —  Ordonnance  de  Louis 
d'Orléans  pour  l'administration  de  la  Touraine  ;  Pierre  de 
Craon  est  nommé  parmi  les  membres  du  conseil  du  duc 
(Jarry,  Vie  politique  de  Louis  de  France^  duc  d'Orléans^ 
1372-1407,  Paris,  1889,  in-8°,  p.  417). 

1242.  —  1389,  21  septembre.  —  Vente  par  Simon  de  Cra- 
mault  à  Pierre  de  Craon,  pour  10,000  francs  d'or,  des  fiefs  de 

1.  Le  reçu  de  Pierre  porte  le  n»  20. 


—  139  - 

Porchefontaine  et  de  Montreuil  (Note  de  M.  P.  Bonnassieux 
à  la  p.  6  de  son  Château  de  Clagny  et  madame  de  Montes- 
pan,  Paris,  1881,  in-8*>). 

1243.  —  1389,  25  septembre.  —  Lettres  de  Pierre  de  Craon 
ratifiant  le  don  de  son  père,  fait  en  1378  aux  Cordeliers  de 
Châteaudun,  et  y  ajoutant  une  rente  de  15  livres  à  prendre 
sur  la  Ferté  (Notes  de  l'abbé  Bordas  à  la  p.  197  du  t.  I  de 
son  Hist.  du  Danois). 

1244.  —  1389,  novembre.  —  Comptes  du  duc  de  Touraine. 
Pierre  de  la  Ferté-Bernard  y  figure  pour  le  remboursement 
d'une  somme  prêtée  par  lui  au  duc  (B.  N.,  Pièces  originales^ 
Orléans,  81-82). 

1245.  —  1389,  10  décembre.  —  Mandement  de  Louis  duc 
d'Orléans  de  faire  un  payement  à  Pierre  de  Craon  (B.  N., 
Pièces  originales,  Craon,  36). 

1246.  —  1389,  12  décembre,  —  Pierre  de  Craon  et  de  la 
Ferté,  reçu  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon,  n^  37). 

1247.  —  1389,  V.  s.,  7  février,  Lyon.  — Mandement  de 
Louis  d'Orléans  de  payer  à  Antoine  de  Craon,  son  écuyer 
d'honneur,  100  livres  tournois  (B.  N.,  Pièces  originales, 
Craon,  42). 

1248.  —  1389,  V.  s.,  19  février.  —  Reçu  par  Pierre  de 
Craon,  seigneur  de  la  Ferté-Bernard,  chambellan  du  roi,  de 
575  francs  d'or  sur  775  *  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon,  45). 

1249.  —  1389,  V.  s.,  28  février,  Paris.  —Mandement  de 
Louis  duc  d'Orléans,  de  payer  à  Pierre  de  Craon  1000  francs 
d'or,  pour  l'indemniser  des  frais  de  son  voyage  auprès  du 
Pape'  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon,  47). 

1250.  —  1389,  V.  s.,  février.  —  Comptes  du  duc  de  Tou- 

,    1    Le  reçu  des  200  du  solde  est  du  15  septembre  1391  (pièce  34). 
2.  Le  reçu  de  ces  1000  francs  est  du  12  mars  1389  (pièce  48). 


—  140  — 

raine.  Pierre  de  la  Ferté-Bernard  y  figure  pour  le  rembour- 
sement d'un  prêt  fait  par  lui  au  duc  (B.  N.,  Pièces  origi- 
nales, 2152,  91). 

1251.  —  1389,  V.  s.,  4  mars,  Rouvre.  —  Lors  de  la  réception 
du  roi  par  Philippe  le  Hardi,  duc  de  Bourgogne,  Pierre  de  Craon 
reçut  deux  hanaps  d'argent  dorés  et  émaillés  au  fond  et  une 
aiguière  d'argent  doré,  liée  de  cerceaux,  du  prix  de  126 livres, 
5  sous  tournois  (^Qiii^  Itinéraire  de  Philippe  le  Hardi,  p.  534). 

1252.  —  1389,  V.  s.,  7  mars,  Paris.  —  Reçu  de  Pierre 
de  Craon  de  1000  francs  d'or,  à  lui  alloués  par  le  duc  de 
Touraine  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon,  d!"  48). 

1253.  —  1389,  V.  s.,  12  mars.  —  Antoine  de  Craon  donne 
reçu  de  100  livres  fB.  N.,  Pièces  originales,    Craon,  n«  31). 

1254.  —  1389,  V.  s.,  21  mars.  —  Pierre  de  Craon  donne 
reçu  de  1000  livres  à  comptes  sur  6000  prêtées  au  roi  (B.  N., 
Pièces  originales,  Craon,  n<*  25). 

1255.  —  1389,  V.  s.,  mars.  —  Comptes  du  duc  de  Tou- 
raine. Pierre  de  la  Ferté-Bernard,  Guy  de  Craon  et  Antoine 
de  Craon,  écuyer,  y  figurent  comme  ayant  été  l'objet  des 
libéralités  du  duc  (B.  N.,  Pièces  originales,  2152,  92). 

1256.  —  1390.  —  Vente  par  Pierre  de  Craon  et  Jeanne  de 
Châtillon,  pour  15,000  livres  à  Enguerrand  d'Eudin  du  fief  de 
de  Rosoy  en  Thiérache,  venu  des  propres  de  Jeanne  * 
(Dom  Rousseau,  XIP,  274). 

1257.  —  1390,  11  avril,  Saint-Germain.  —  Mandement  de 
Charles  VI  prescrivant  aux  généraux  des  aides  de  solder  à 
Pierre  de  Craon  deux  mois  de  ses  gages,  à  quatre  cents 
francs  d'or  par  mois  (B.  N.,  français  20590,  n<>  11). 

1258.  —  1390;  14  avril.  —  Quittance  de  Pierre  de  Craon 
de  huit  cents  francs  en  prêt  sur  ses  gages  taxés  par  le  roi 
pour  aller  en  Lombardie  (B.  N.,  français,  20590,  n**  12).         ^ 

1.  Sur  le  sort  de  Rosoy  voir  le  numéro  1268. 


-  141  —  • 

1259.  —  1390,  13  juin,  Angers.  —  Lettres  de  Marie,  du- 
chesse d'Anjou,  portant  vente  de  Sablé  et  Précigné  pour 
50,000  francs  d'or  à  Pierre  de  Craon  (Arch.  nat.,  P  1344, 
n«  594). 

1260.  —  1390,  3  juillet.  —  Aveu  de  Pierre  Testart  à  Pierre 
de  Craon,  pour  le  moulin  Aubert,  à  Monfleury,  Seine-et- 
Oise  (Bibl.  de  l'Arsenal,  mss.  n«  3233,  fol.  149). 

1261.  —  1390,  9  juillet,  La  Neuville.  —  Mandement  de 
payer  4000  francs  d'or  à  Pierre  de  Craon,  afin  de  l'aider 
dans  son  achat  récent  de  Sablé  (B.  N.,  Pièces  originales, 
Craon  ^  49). 

1262.  —  1390,  2  août.  —  Aveu  de  Jean  Rigaut,  seigneur 
de  Versailles,  à  Pierre  de  Craon,  seigneur  de  la  Vallée  de 
Châteaufort,  à  cause  du  fief  de  Montalain  (Bibl.  de  l'Arsenal, 
3233,  fol.  128). 

1263.  —  1390,  5,  10,  12,  25,  31  août,  15  novembre.  —  Sept 
reçus  de  Pierre  de  Craon  de  la  Ferté-Bernard  (Pièces  origi- 
nvles,  Craon.  n««  50,  51,  52,  53,  54,  55,  57). 

1264.  —  1390,  9  septembre,  Compiègne.  —  Ordonnance 
du  duc  d'Orléans  portant  décharge  de  certaines  sommes 
(B.  N.,  Fonds  Bastard.  n«  138). 

....«  A  maistre  Thierry  de  Neufville,  secrétaire  de  Monsei- 
gneur, que  mondit  seigneur  lui  a  donné  pour  une  fois  et 
grâce  spéciale,  pour  luy  aidier  à  supporter  les  fraiz  et  des- 
pcns,  qu'il  lui  convient  faire  au  voyage  d'aller  devers  nostre 
Saint  Père,  le  Pape,  en  la  compagnie  de  messire  Pierre  de 
Craon,  si  comme  il  appert  par  mendement  de  mondit  sei- 
gneur, sur  ce  fait,  donné  à  Saint-Germain  en  Laye  le  XII^ 
jour  d'aoust  dessus  dit,  et  quittance  dudit  secrétaire....  pour 
ce  cent  francs. 

«  A  messire  Pierre  de  Craon,  seigneur  de  la  Ferté, 

qui  lui  ont  esté  ordonné  :  c'est  assavoir  pour  en  bailler  à 
monsieur  Guillaume  Mauvinet,  pour  aller  devers  le  Pape... 
IIF  francs  et  audit  messire  Pierre  pour  aller  devers  monsei- 


*  _  142  — 

gneur  de  Berry,  IP  francs,  par  mandement  donné  à  Compiè- 
gne  le  IX  septembre  ....Et  pour  ce V*^  francs.  » 

1265.  —  1390,  9  septembre,  Compiègne.  —  Mandement  de 
de  Louis  d'Orléans  de  payer  500  francs  d'or  à  Pierre  de 
Craon,  pour  l'aider  à  solder  Sablé,  récemment  acheté  (B.  N., 
Pièces  originales,  Craon ^  56). 

1266.  —  1390,  12  octobre.  —  Numéro  1058. 

1267.  —  Vers  1390.  —  Aveu  de  Girard  de  Meaux,  orfèvre 
à  Paris,  à  Pierre  de  Craon,  pour  des  biens  sis  à  Saclay  (Bibl. 
de  l'Arsenal,  mss.  n°  3233,  fol.  114). 

1268.  —  1391,  28  mars,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI  déclare  réuni  au  domaine  royal  Rosoy  en  Thié- 
rache,  naguère  vendu  par  Pierre  de  Craon  à  feu  Enguerrand 
d'Eudin*  (A.  N.,  P  2296,  783). 

1269.  —  1391,  30  juillet.  —  Lettres  par  lesquelles  Char- 
les VI  ordonne  information  contre  Pierre  de  Craon  au  sujet 
du  détournement  dont  l'accusait  la  duchesse  d'Anjou  (Note 
dans  l'arrêt  du  4  mars  1395,  v.  s.). 

1270.  —  1391,  15  septembre.  —  Pierre  de  Craon  donne 
un  reçu  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon.  n®  34). 

1271.  —  1392,  11  mai.  —  Lettres  par  lesquelles  Pierre  de 
la  Ferté,  Jeanne  de  Châtillon,  sa  femme,  et  Antoine,  leur 
fils,  vendent  Sablé  à  Jean  duc  de  Bretagne^  (A.  N.,  P  1344, 
596). 

1272.  —  1392,  27  mai,  Paris.  —Numéro  1062. 


1.  Le  Trésor  généalogique  donne  à  cet  acte  la  date  fausse  de 
1381. 

2.  Dès  le  25  mai  1394  la  duchesse  d'Anjou  reprit  possession  de 
ce  fief,  ainsi  aue  le  montre  la  quittance  partielle  du  lei"  septem- 
bre 1394,  publiée  par  dom  Monce,  Preuves,  II,  629  et  notre  nu- 
méro 1292  du  Cartulaire. 


-  143  — 

1273.  —  1392,  14  juin,  Paris.  —  Lettres  de  Charles  VI 
prescrivant  l'arrestation  de  Pierre  de  Craon  et  de  ses  com- 
plices *  (Charles,  Hist.  de  la  Ferté-Bernard,  1877,  in-S**,  p. 
234). 

1274.  —  1392,  28  juin,  Paris.  —  Lettres  de  Jean  de  Folle- 
ville,  prévôt  de  Paris,  prescrivant  à  Hutin  de  Raity  d'exécu- 
ter les  lettres  royales  du  14  juin  (Charles,  Hist.  de  la  Ferté- 
Bernard,  p.  234). 

1275.  —  1392,  1  juillet,  La  Ferté-Bernard.  —  Procès-ver- 
bal de  la  saisie  de  la  Ferté  (Charles,  Hist.  de  la  Ferté-Ber- 
nard, p.  234). 

1276.  —  1392,  18  juillet.  —  Mandement  de  Charles  VI  re- 
latant l'abandon  qu'il  a  fait  de  tous  les  biens  confisqués  sur 
Pierre  de  Craon  au  duc  d'Orléans,  à  valoir  sur  les  4,000  li- 
vres de  rentes  qu'il  s'était  engagé  à  lui  donner  (A.  N.,  K  54, 

n'^21). 

1277.  —  1392,  20  juillet.  —  Instructions  données  par 
Jean  I  d'Aragon  à  Guillem  de  Copons  son  ambassadeur  en 
France.  Il  y  est  question  de  l'arrestation  de  Pierre  de  Craon 
à  Barcelone  (Don  Francisco  de  Bofarull  Antiguos  y  nueç^os 
datos  referentes  al  bibliofilo  francès  Juan  de  Francia,  du- 
que  de  Berî^y  dans  la  Revista  de  ciencias  historicas,  Barce- 
lona,  1887,  t.  V,  nM,  p.  22,  pièce  justificative,  n«  III;  et 
Bibliothèque  de  l'Ecole  des  Chartes,  LU,  441). 

1278.  —  1392,  26  août,  Paris.  —  Lettres  portant  condam- 
nation contre  Pierre  de  Craon  et  ses  complices,  coupables  de 
l'assassinat  d'Olivier  de  Clisson  (Arch.  Nat.  J  179,  n°  13  ;  et 
K54,  n«20). 

1279.  —  1392,  17  septembre.  —  Lettres  de  délivrance  au 
duc  d'Orléans  de  la  Forte-Maison*,  confisquée  sur  Pierre  de 
Craon  (A.  N.,  K  54,  n°  21  bis). 

1.  Le  texte  de  ces  lettres  figure  in  extenso  dans  la  pièce  du 
1®'-  juillet  1392,  n»  1275  du  Cartulaire. 

2.  La  Forte-Maison  est  située  près  Chartres. 


—  144  — 

1280.  —  1392,  17  septembre.  —  Acte  par  lequel  Louis  de 
Cepoy  est  chargé,  en  vertu  d'un  mandement  de  la  Chambre 
des  Comptes,  de  gérer  les  biens  confisqués  sur  Pierre  de 
Craon  (Arch.  nat.,  K  54,  21  et  21^). 

1281.  —  1392,  21  octobre,  Tarragone.  —  Lettre  de  Jean  I 
d'Aragon  au  conseil  de  ville  de  Barcelone,  au  sujet  de  Pierre 
de  Craon  (Bibliothèque  de  V Ecole  des  Chartes^  LU,  442). 

1282.  —  1392,  28  octobre,  Tortose.  —  Lettre  de  Jean  l 
d'Aragon  au  conseil  de  ville  de  Barcelone,  au  sujet  de  l'ex- 
tradition de  Pierre  de  Craon  (Bihl.  de  l'Ecole  des  Chartes^ 
LU,  444). 

1283.  —  1392,  28  octobre,  Tortose.  —  Lettre  de  Jean  I 
d'Aragon  à  l'un  de  ses  officiers.  Il  y  est  question  de  l'extra- 
dition de  Pierre  de  Craon  (Bibl.  de  l'Ecole  des  Chartes,  LU, 

444). 

1284.  —  1392,  10  novembre,  Tortose.  —  Lettre  de  Jean  I 
d'Aragon  à  Guillem  d'Argentona  lui  annonçant  le  paiement 
de  cent  florins  d'or  sur  ses  gages  (Bibl.  de  l'Ecole  des  Char- 
tes, LU,  446). 

1285.  —  1392,  10  novembre  Tortose.  —  Mandement  de 
Jean  I  d'Aragon  à  son  trésorier,  lui  prescrivant  de  payer  cent 
florins  d'or  à  Guillem  d'Argentona,  gardien  de  Pierre  de 
Craon  (Bibl.  Ecole  des  Chartes,  LU,  445). 

1286.  —  1393  *,  30  décembre,  Valence.  —  Mandement  de 
Jean  I  d'Aragon  prescrivant  de  remettre  à  l'envoyé  du  duc 
de  Bretagne  les  objets  qui  appartenaient  à  Pierre  de  Craon 
(Bibl.  Ecole  des  Chartes,  LU,  446). 

1287.  —  1392,  30  décembre,  Valence.  —  Lettre  de  Jean  I 
d'Aragon  au  duc  de  Bretagne,  au  sujet  du  renvoi  des  objets 


1.  Le  document  porte  1393  :  en  1352,  Pedro  III  avait  subs- 
titué dans  la  chancellerie  aragonaise  au  style  du  25  mars,  en 
usage  jusque  là,  le  style  de  Noël  (Note  de  M.  Henri  Gourteault). 


—  145  — 

ayant  appartenu  à  Pierre  de  Craon  (Bibl,  Ecole  des  Chartes^ 
LU,  447). 

1288.  —  1393,  12  avril.  —  Accord  entre  Olivier  de  Clisson 
et  Jean  de  Bretagne  décidant  une  trêve  de  quinze  jours, 
dont  Pierre  de  Craon  est  exclu  (Morice^  II,  620). 

1288bis.  _  1393,  16  mai,  Abbeville.  —  Lettres  par  les- 
quelles Charles  VI  fait  don  à  l'église  Saint-Jean  de  la  Grève 
à  Paris,  pour  faire  un  cimetière,  d'un  terrain  ayant  apparte- 
nu à  Pierre  de  Craon  (A.  N.,  JJ  145,  6). 

1289.  —  1393,  21  décembre,  Peniscola.  —  Lettre  de  Jean  I 
d'Aragon  où  il  est  question  des  projets  d'invasion  de  l' Ara- 
gon formés  par  le  comte  d'Armagnac  et  Pierre  de  Craon 
(Bibl.  Ecole  des  Chartes,  LU,  448). 

1290.  —  1393,  V.  s.,  3  janvier,  Montcontour.  —  Lettres 
d'Olivier  de  Clisson  s'engagent  à  une  trêve  de  deux  mois 
avec  le  duc  de  Bretagne  ;  Pierre  de  Craon  en  est  excepté 
(Morice,  II.  622). 

1291.  —  1394,  19  mai.  —  Lettres  de  prisée  de  la  Ferté- 
Bernard  et  de  la  Forte-Maison  donnés  au  duc  d'Orléans  par 
suite  de  la  saisie  sur  Pierre  de  Craon  (A.  N.,  Q,  1020). 

• 

1292.  —  1394,  25  mai,  Avignon.  —  Lettres  par  lesquelles 

la  duchesse  d'Anjou,  ayant  le  bail  de  ses  deux  fils,  donne 
procuration  à  divers  personnages  de  se  prévaloir  en  son  nom 
de  la  clause  de  réméré  prévue  par  le  contrat  portant  vente  de 
Sablé  et  d'en  reprendre  possession,  en  soldant  au  duc  de 
Bretagne  les  cinquante  mille  livres  prix  de  ce  fief  (A.  N.,  P 
1344,  598). 

.  1293.  —  1394,  8  août,  Paris.  —  Lettres  du  duc  d'Orléans 
d'où  il  appert  qu'il  a  acheté  de  la  duchesse  d'Anjou  Sablé 
25,000  francs  d'or  (Arch.  nat.,  P  1344,  n"  599). 

1294.  —  1394,  7  octobre.  —  Octroi  à  Jeanne  de  Châtillon, 
femme  de  Pierre,  de  la  jouissance  de  Vaux-en-Arrouaise  et  de 

10 


II 


-  146  - 

la  Bergue  qui  étaient  de  la  confiscation  de  Craon  (A.  N.,  note 
PP109,  585). 

1295.  —  1394,  8  octobre,  Paris.  —  Mention  du  consente- 
ment du  duc  d'Orléans  à  l'entérinement  des  lettres  du  7  oc- 
tobre 1394,  rendues  au  préjudice  des  quatre  mille  livres  de 
rentes  auxquelles  il  avait  droit  (A.  N.,  note  PP  109,  585). 

1296.  —  1394,  8  octobre,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
le  duc  d'Orléans  —  en  relatant  la  promesse  du  roi  de  lui  as- 
surer 4000  livres  de  rente  sur  les  premières  forfaitures  et 
confiscations  —  reconnaît  que  par  les  dons  de  la  Ferté-Ber- 
nard  et  de  la  Forte-Maison,  près  Chartres,  confisqués  sur 
Pierre  de  Craon,  et  de  Tresfour,  confisqué  sur  le  seigneur 
de  ce  nom,  il  a  reçu  1500  livres  de  rente  ;  que,  par  le  don  de 
Porchefontaine,  Montreuil,  Satory,  la  Bouillie,  Villetain, 
le  Mé,  Sèvres,  Châteaufort  et  Vauhallan,  aussi  confisqués 
sur  Pierre  de  Craon,  il  a  reçu  100  livres  (Dom  Housseau, 
t.  VIII,  n«  3759). 

1297.  —  Vers  1395.  —  Pierre  de  Craon  est  mentionné 
comme  ayant  promis  deux  livres  de  rente  à  la  chevalerie  de 
la  Passion,  que  Philippe  de  Mézières  cherchait  à  établir  (Ar- 
chives de  l'Orient  Latin,  t.  I,  p.  364). 

1298.  —  1396,  n.  s.,  17  janvier,  Saint-Maixent.  —  Nu- 
méro 765. 

1299.  —  1395,  V.  s.,  26  janvier.  —  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI  donne  à  Pierre  de  Craon  un  sauf-conduit  de  six 
mois,  valable  pour  tout  le  royaume,  sauf  la  Bretagne,  et  des- 
tiné à  lui  donner  le  temps  de  s'accorder  avec  Clisson  ;  on  y 
mentionne  un  précédent  sauf-conduit  pour  quatre  mois, 
à  lui  délivré  dans  le  même  but  (A.  N.,  X^^  13,  99  et  Choix  de 
Pièces  inédites  relatives  au  règne  de  Charles  F/,  I,  128).    • 

1300.  —  1395,  V.  s.,  4  mars.  —  Arrêt  par  lequel  le  Parle- 
ment, déclarant  Pierre  de  Craon  convaincu  du  détournement 
dont  Taccusait  la  duchesse  d'Anjou,  ordonne  que  celle-ci 
pourra  recouvrer  sur  tous  ses  biens  les  cent  mille  ducats  ré- 


—  147  - 

clamés  et  qu'en  outre  Pierre  de  Craon  est  condamné  à  un 
bannissement  perpétuel  et  à  la  confiscation  du  reste  de  ses 
biens.  On  mentionne  comme  dates  de  la  procédure  le  30  juil- 
let 1391,  les  28  février  1392,  17  juin  1392,  18  août  1392,  25 
février  1392,  19  août  et  16  mars  1392  (A.  N.,  X^  13,  126). 

1301.  —  1395,  y.  s.,  15  mars.  —  Lettres  de  Charles  VI 
portant  rémission  à  Pierre  de  Craon  (A.  N.,  JJ  149,  n"  115). 

1302.  —  1395,  V.  s.,  22  mars.  -  Note  d'un  greffier  relatant 
la  présentation  au  Parlement  des  lettres  de  rémission  accor- 
dées à  Pierre  de  Craon  et  à  ses  complices  et  leur  mise  en 
liberté  sous  des  cautions  qui,  pour  Pierre,  furent  :  MM.  de 
Coucy,  d'Albret,  le  comte  et  le  maréchal  de  Sancerre,  Odard 
de  Chazeron,  le  baron  d'Yvry,  Guillaume  de  Mello  et  Louis 
de  Chevreuse.  Parmi  les  cautions  des  complices  figurent 
Thibault  de  Laval  et  Antoine  de  Craon  *  (A.  N.,  X'«  12,  297). 

1303.  —  1395,  V.  s.,  29  mars.  —  Note  d'un  greffier  relatant 
la  décharge  donnée  aux  cautions  de  Pierre  de  Craon  et  de  ses 
complices  et  l'exhibition  de  sauf-conduits  donnés  par  le  roi, 
malgré  lesquels  le  Parlement  les  fait  mettre  en  prison  ;  puis 
de  l'ordre  du  roi,  réitéré  par  lui-même  de  les  mettre  en  liberté 
(A.  N.,  X^«  12,  298-299). 

1304.  —  1396,  4  avril.  —  Mandement  par  lequel  Charles  VI 
prescrit  l'élargissement  de  Pierre  de  Craon  et  de  ses  compli- 
ces, alors  en  instances  pour  l'enregistrement  des  lettres  de 
rémission  du  15  mars  1395,  v.  s.  (A.  N.,  X^«  13,  103). 

1305.  —  1396,  4  avril.  —  Note  d'un  greffier  relatant  la 
mise  en  liberté  pour  toute  la  France  de  Pierre  de  Craon  et 
de  ses  complices  (A.  N.,  X^*  12,  300). 

1306.  —  1396,  17  août.  —  Procès-verbal  des  conclusions 
prises  par  Pierre  de  Craon  et  Olivier  de  Clisson,  au  sujet  de 
l'entérinement  des  lettres  de  rémission  (A.  N.,  X*"  12,  311). 


1.  Cette  pièce  et  les  numéros  1303-1310,  1312,  ont  été  analysés 
par  M.  le  baron  Pichon  dans  son  Mémoire,  mais  les  sources  n'en 
sont  pas  indiquées  d'une  façon  précise. 


. 


-  148  — 

1307.  T-  1396,  21  août.  —  Décision  prise  par  le  Parlement 
de  ne  statuer  sur  les  lettres  de  rémission  que  si  toutes  les 
parties  sont  présentes  (A.  N.,  X^^  12,  311). 

1308.  —  1396,  30  août  et  4  décembre.  —  Pierre  de  Craon, 
à  l'aide  de  lettres  patentes  du  roi,  demande  prompte  solution 
au  sujet  de  l'entérinement  de  ses  lettres  de  rémission  (A.  N., 
X^^  12,312). 

1309.  —  1396,  11  décembre.  —  Débats  sur  l'entérinement 
des  lettres  de  rémission  pour  Pierre  de  Craon  et  ses  com- 
plices (A.  N.,  X^«  12,  320). 

1310.  —  1396,  15,  18,  19  décembre.  —  Suite  de  la  discus- 
sion l'entérinement  des  lettres  de  rémission  obtenues  par 
Pierre  de  Craon  (A.  N.,  X^«  12,  322). 

1311.  —  1396,  4  avril,  Paris.  —  Numéro  1079. 

1312.  —  1396,  10  avril,  Paris.  —  Procès-verbal  du  lit  de 
justice,  tenu  par  Charles  VI,  pour  fixer  la  quotité  de  l'a- 
mende prévue  par  les  lettres  de  rémission  de  Pierre  de  Craon 
(Mémoire  sur  Pierre  de  Craon ^  p.  23). 

1313.  —  1396,  14  avril.  -~  Numéro  1080. 

1314.  —  1396,  V.  s.,  12  février.  —  Ordonnance  portant  que 
les  condamnés  à  mort  seront  confessés  *  (Ordonnances  des 
rois  de  ta  troisième  race^  VIII,  122). 

1315.  —  1396,  V,  s.,  8  mars.  —  Accord  entre  Pierre  de 
Craon  et  Robert  de  Béthune'  (A.  N.,  X**^  60). 


1.  Le  préambule  ne  signale  ancune  intervention  de  Pierre  de 
Craon.  Nous  ne  saurions  dire  pourquoi  M.  de  Bodard,  p.  255,  at- 
tribue cette  ordonnance  à  1391? 

2.  Nous  devons  à  la  complaisance  de  M.  Tuetey  cette  indication  ; 
mais  nous  n'avons  pas  eu  connaissance  de  ce  document,  qui  se 
trouve  parmi  les  pièces  non  reliées  de  la  collection  des  accords 
en  Parlement,  lesquelles  ne  sont  l'objet  d'aucune  sorte  de  commu- 
nication. 


—  149  — 

1316.  —  1397,  4  mai.  —  Présentation  au  Parlement  des 
lettres  de  sauvegarde  données  par  le  roi  à  Pierre   de  Craon 

(A.  N.,X^M2,  340). 

1317.  —  1397,  31  décembre.  —  Lettres  du  duc  de  Bour- 
gogne portant  don  à  Pierre  de  Craon  de  deux  mille  livres 
(note  du  Trésor  généalogique). 

1318.  — 1397,  V.  s.,  février,  Lille.  —Antoine  de  Craon  est  au 
nombre  des  chevaliers  dont  la  montre  fut  reçue  par  Tiercelet 
de  la  Barre,  commis  par  le  duc  de  Bourgogne  au  contrôle  de 
l'aide  qu'il  envoyait  à  la  duchesse  de  Brabant,  contre  le  duc  de 
Gueldres  (abbé  Ledru,  Maison  deMailly.,  preuves,  132) 

1319.  —  1397,  V.  s.,  7  février.  —  Lettre  du  duc  de  Bour- 
gogne accordant  une  gratification  de  deux  mille  livres  à  An- 
toine de  Craon  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1320.  —  1398,  21  juin.  Tournai.  —  Lettres  du  duc  de  Bour- 
gogne prescrivant  à  Antoine  de  mener  sa  compagnie  au  se- 
cours de  la  duchesse  de  Brabant,  contre  le  duc  de  Gueldres 
(Note  du  Trésor  généalogique). 

1321.  —  1398,  15  octobre,  Westminster.  — Richard  II cons- 
titue à  Pierre  de  Craon,  seigneur  de  la  Ferté,  devenu  son 
homme  lige,  une  rente  de  cinquante  livres  sterling  [Rymer^ 
VIII,  b2',Morice,  11,690). 

1322.  — 1398,  V.  s.,  20  février,  Conflans-lès-Paris.  —  Let- 
tres du  duc  de  Bourgogne  faisant  à  Antoine,  son  chambellan, 
un  don  de  deux  mille  livres  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1323.  —  1399,  3  avril.  —  Quittance  de  Pierre  de  Craon, 
chevalier,  pour  400  livres  (B.  N.,  Titres  scellés^  36,  2743). 

1324.  -^  1399,  avril,  Paris.  —  Lettres  de  Charles  VI  por- 
tant  que  les  biens  de  Bonabes  de  Tucé,  complice  de  Pierre 
de  Craon,  seront  restitués  à  ses  enfants  (A.  N.,  JJ  165,  234). 

1325.  —  1399,  l**"  mai.  —  Pierre  de  Craon  est  au  nombre 


-    150  — 

de  ceux  qui  reçurent  une  houppelande  du  roi  de  France  (Note 
de  M.  le  baron  Pichon  d'après  Gaignières,  112,  p.  518). 

1326.  —  1399,  7  juin.  —  Arrêt  par  lequel  le  Parlement  dé- 
cide que  Pierre  de  Craon  et  ses  complices  sont  déchus  du  pro- 
fit des  lettres  de  rémission  et  déclarés  coupables  de  lèse  ma- 
jesté. Que  Pierre  reconnu  coupable  envers  la  maison  d'Anjou 
donnera  deux  cent  mille  livres  tournois  à  la  duchesse  d'Anjou 
à  titre  de  dommages-intérêts,  que  sur  ses  biens  et  ceux  de 
ses  complices  cent  mille  livres  seront  remises  au  connétable 
de  Clisson,  etc.  (A.  N.,  X^^  13,  278  etX^«  12,  405). 

1327.  —  1400,  1"  mai.  —  Etat  des  seigneurs  à  la  cour  aux- 
quels Charles  VI  a  fait  délivrer  des  houppelandes  ;  Messire 
Pierre  de  Craon,  chevalier,  et  Jean  de  Craon,  écuyer*,  sont 
portés  sur  cet  état  (Douet  d'Arcq,  Pièces  inédites  du  règne 
de  Charles  F/,  t.  II,  p.  163). 

1328.  —  1400,  15  mai.  —  Testament  de  Guy  de  Roye,  ar- 
chevêque de  Reims.  Il  y  prévoit  le  cas  oii  son  héritier  serait 
évincé  de  Brunnetel  par  Pierre  de  la  Ferté  ou  par  ses 
ayant-cause  [Gallia  Christiana,  IX,  documents,  76. 

1329.  —  1402,  V.  s.,  7  avril.  —  Lettres  par  lesquelles 
Jeanne  de  Châtillon  donne  quittance  de  sa  pension  '  (B.  N., 
Titres  scellés,  30,  2233). 

1330.  —  1403,  11  mai,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI,  sur  la  demande  de  Pierre  de  Craon,  de  Jeanne  de 
Châtillon  et  de  leurs  enfants,  tous  dénués  de  moyens  de  sub- 
sistance, rappelant  un  ancien  don  de  trente  mille  livres  tour- 
nois et  d'une  rente  viagère  de  mille  francs  dont  ils  n'ont  rien 
reçu,  leur  donne  cinquante  mille  livres  à  toucher  en  cinq  ans 
qui  devront  être  employées  en  achat  d'héritages.  Ce  don  annule 
les  précédents  et  retire  à  Jeanne  tous  droits  de  revendication 
sur  la  Ferté-Bernard  (Archives  de  la  Tremoille,  Lettres  roya- 
les, II). 


1.  Ce  Jean  de  Craon  est  Jean  de  Montbazon. 

2.  On  a  compté  1402,  depuis  le  26  mars  1402,  jusqu'au  15  avril 
1403.  C'est  à  cet  acte  qu'est  attaché  le  sceau,  figure  188. 


—  151  - 

1331.  —  1403,  8  août.  —  Antoine  de  Craon,  avec  l'autori- 
sation de  son  père,  vend  au  duc  de  Bourbonnais  une  rente  an- 
nuelle sur  Sacy-le-Grand,  en  Beauvoisis(Arch.  Nat.,  P1369*, 
cote  1743). 

1332.  —  1404.  —  Vente  de  Beauverger  par  Guy  de  Laval- 
Attichy  à  Antoine  de  Craon,  du  consentement  de  Jeanne  de 
Nesle,  sa  femme  ^  (Note  de  du  Chesne,p.  657,  de  son  Histoire 
de  la  Maison  de  Montmorency). 

1333.  — 1404,  avril.  —  Dépenses  pour  les  funérailles  de 
Philippe-le-Hardi.  Antoine  de  Craon  reçoit  une  robe  et  un 
chaperon  doublés  (Petit,  Itinéraire  de  Philippe-le-Hardi, 
p.  576). 

1334.  —  1404,  V.  s.,  8  février,  Paris.  —  Certificat  des  gé- 
néraux des  aides  établissant  que  le  grenetier  à  sel  de  Pontoise 
peut  faire  figurer  dans  ses  dépenses  216  livres,  13  sous,  4  de- 
niers versés  à  Jeanne  de  Châtillon,  en  exécution  d'un  don  du 
roi  (B.  N.,  Pièces  originales^  Craon^  74). 

1335.  —  1405,  20  juin,  Paris  —Lettres  de  Charles  VI  en 
faveur  de  Jeanne  de  Châtillon  «  femme  de  notre  amé  et  féal 
cousin  et  chambellan  »  Pierre  de  Craon  rappelant  un  don  pré- 
cédent de  deux  mille  livres  de  rente  sur  Roye  dont  elle  n'avait 
pu  jouir  parce  que  les  lettres  n'avaient  pas  été  entérinées  à  la 
Chambre  des  comptes  et  des  lettres  du  22  novembre  1399  don- 
nant vingt  mille  livres,  don  ultérieurement  réduit  à  dix  mille 
payables  en  dix  ans,  Charles  VI  lui  abandonne  Vaux  en  Ar- 
rouaise,  sauf  à  elle  ^i  ne  rien  recevoir  de  ce  qui  reste  dû  des  dix 
mille  livres  (Archives  de  la  Trémoïlle,  Lettres  royales^  II). 

1336.  —  1405,  4  juillet,  Paris.  —  Refus  par  le  Parlement 
de  lettres  de  marque  contre  l'Aragon  à  Pierre  de  Craon,  dont 
les  lettres  de  rémission  n'avaient  pas  été  validées  par  le  Par- 

1.  Guy  étant  mort  en  1408,  Jeanne  plaida  contre  Antoine,  pour 
ses  droits  sur  Beauverger. 


Il 


—  i52  — 

lement,  qui  le  regardait  comme  légalement  banni,  bien  qu'il 
résidât  à  Paris  (Note  de  Nicolas  de  Baye,  II,  289). 

1337.  —  1405,  3  août,  Paris.  —  Note  de  Nicolas  de  Baye  où 
le  mariage  d'Antoine  de  Craon  est  mentionné  (Journal  de 
Nicolas  de  Baye^  I,  137). 

1405.  Lundi  IIP  jour  d'aoust  au  jour  d'ui,  a  relaté  messire 
H.  de  Marie,  premier  président  en  Parlement,  que  à  l'entrée 
de  juillet,  à  un  jour,  à  l'issue  du  siège,  messire  Antoine  de 
Craon,  chevalier,  qui  voloit  aler  espouzer  femme  à  Arras, 
doubtans  que  il  ne  fust  à  Paris  au  premier  jour  d'aoust, 
renouvella  dès  lors  pour  ledit  jour  d'aoust  la  caution  de  mil 
livres  que  autrefois  avoit  baillée  pour  ramener  J.  de  S.  Père  à 
tel  jour  que  le  plaira  eslargir  de  nouvel  (A.  N.,  X*^  4787,  201). 

1338.  —  1405,  29  août,  Paris.  —  Montre  faite  par  Antoine, 
chevalier  bachelier,  de  trois  écuyers  de  sa  compagnie  (Note 
du  Trésor  généalogique) . 

1339.  —  1405,  24  septembre,  —  Antoine  de  Craon  donne 
reçu  de  133  livres,  6  sous,  8  deniers  (B.  N.,  Titres  scellés^ 
n«  2745). 

1340.  —  1405,  19  décembre.  —  Lettres  du  duc  de  Bourgo- 
gne gratifiant  de  trois  cents  livres  de  pension  Antoine,  son 
chambellan  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1341.  —  1405,  V.  s.,  13  février.  —  Arrêt  par  lequel  le  Par- 
lement décide  que  la  terre  de  la  Ferté-Bernard  en  passant 
dans  les  mains  du  duc  d'Orléans  n'était  pas  grevée  de  deux 
cents  livres  de  rente  au  profit  d'Hervé  de  Mauny  (A.  N., 
X^^  53, 184). 

1342.  —  1405,  V.  s.,  26 février.  —  Antoine  de  Craon,  époux 
de  Jeanne  d'Hondschoote,  bail  de  Jean  de  Homes,  fils  d'Ar- 
noul  deHornes,  reconnaît  la  dette  de  son  pupille  envers  l'ar- 
chevêque de  Reims  (Duchesne,  Preuves  de  la  maison  de  Bé- 
thune,  p.  187). 

1343.  —   1405,  v.  s..   5  mars.  —  Antoine  de  Craon  donne 


153 


quittance  de  33  livres  6  sous  8  deniers,  pour  ses   gages  du 
mois  de  juin  1405  (B.  N.,  Titres  scellés^  folio  2745). 

1344.  —  Vers  1405,  v.  s.,  10  mars.  —  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI  recommande  aux  habitants  de  Saint-Quentin  de 
ne  pas  accepter  d'autre  capitaine  qu'Antoine  de  Craon  «  car, 
écrit  le  roi,  il  est  de  notre  sang  et  lignage  et  est  bonne  raison 
que  nous  ayons  plus  de  fiance  en  luy  ».  (B.N.,  Dom  Grenier^ 
89,  258). 

1345.  —  1406,  11  juin.  —  Numéro  1101. 

1346.  —  1406,  18  juin,  Paris.  —  Acte  portant  vente  à  An- 
toine de  Craon  de  la  terre  de  Bézenval,  en  la  chatellenie  de 
Rueil,  pour  le  prix  de  1000  livres  tournois  (Arch.  de  la  Tré- 
moïlle.  Fonds  Craon). 

1347.  -  1406,  29  juillet,  Paris.  —  Lettres  de  Charles  VI 
adressées  à  Jean  de  Montagu,  modifiant  l'assiette  des  som- 
mes promises  par  ses  lettres  de  1403  à  Jeanne  de  Châtillon 
(Archives  de  la  Trémoïlle,  Lettres  royales^  II). 

1348.  —  1406,  22  septembre.  —  Antoine  de  Craon,  à  cause 
de  Jeanne  d'Hondschoote,  rend  aveu  pour  Clouay  (Note  des 
Preui^es  de  la  maison  de  Béthune,  p.  187). 

1349.  —  1406,  2  octobre.  —Numéro  1102. 

1350.  —  1406.  —  Partage  entre  Antoine  de  Craon  et  Vilart 
de  Bours,  de  quatre  cents  écus  d'or,  fruits  de  la  condamnation 
d'un  usurier  de  Hesdin  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1351.  —  1406,  V.  s.,  7  janvier.  —  Note  de  Nicolas  de  Baye 
dans  son  Journal. 

«  1406,  jeudi  VIP  jour  de  janvier,  avant  les  plaidoiries,  fu 
dit  au  graphier  que  certain  accort  que  messire  Pierre  de 
Craon,  Anthoinne,  son  fils,  et  le  sire  de  Honcourt  requé- 
roient  estre  receu  et  passé  céans,  n'y  seroit  point  passé  ne 
receu,  maiz  alassent  les  parties  au  Chastellet  le  passer,  ce 
bon  leur  sembloit  »  (Conseil,  X^«  1478,  247). 


—  154  — 

1352.  —  1407,  16  avril.  —  Olivier  de  Clisson  fonde  diverses 
messes  à  Saint-Julien  du  Mans  pour  prix  desquelles  il  aban- 
donne aux  chanoines  le  montant  des  condamnations  qu'il  avait 
obtenues  du  Parlement  contre  Pierre  de  Craon  et  ses  com- 
plices (Morice,  II,  782). 

1353.  —  1407,  4  juin.  —  Arrêt  par  lequel  le  Parlement,  dé- 
cidant la  régularité  de  l'instance  en  félonie,  commencée  au 
nom  de  la  maison  d'Anjou  dès  1391  contre  Pierre  de  Craon, 
et  admettant  la  validité  de  l'arrêt  de  1395,  par  lequel  Pierre 
de  Craon  était  convaincu  du  détournement  de  cent  mille  ducats 
d'une  part  et  de  deux  mille  livres  tournois  de  l'autre,  au  dé- 
triment de  Louis  I,  déclare  en  conséquence  la  nullité  de  la 
cession  de  la  Ferté-Bernard,  faite  en  1392  au  duc  d'Orléans 
parle  roi,  et  décide  que  laFerté  doit  appartenir,  non  pas  au 
duc  d'Orléans,  mais  à  Louis  II  d'Anjou  (A.  N,,  X*^  54,  f.  200). 

1354.  —  1407,  3  juillet,  Angers.  —  Lettres  par  lesquelles 
Louis  II  d'Anjou,  investit  Yolande  d'Aragon,  sa  femme,  de  la 
terre  de  la  Ferté-Bernard  «  naguaires  venue  et  eschue  en 
nostre  main  par  vertu  de  certain  arrest  donné  en  Parlement  à 
nostre  profïit  »  à  la  place  des  péages  deTarascon,  qui  faisoient 
partie  des  terres  à  elle  assignées  pour  lui  faire  les  dix  mille 
livres  de  rente,  auxquels  elle  avoit  dt'oit,  tant  pour  son 
douaire,  que  pour  «  sa  chambre  et  estât  ».  (A.  N.,  P. 
1344,  179). 

1355.  —  1409,  21  mai,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI  modifie  l'assiette  de  la  rente  faite  par  lui  à  Jeanne 
de  Châtillon  (Arch.  delà  Trémoïlle,  Lettres  royales,  II). 

1356.  —  1409,  2  décembre,  Lille.  —  Journée  tenue  entre 
Antoine  de  Craon  et  Jehan  d'Optchastel  (Petit,  Itinéraire  de 
Philippe-le-Hardi  et  de  Jean-sans-Peur^  p.  373). 

1357.  -  1409,  12  décembre.  —  Antoine  de  Craon  donne 
reçu  de  600  francs  à  valoir  sur  les  5000  francs  à  lui  attribués 
par  le  roi  par  ses  lettres  du  30  juin  1408  ^  (B.  N.,  Pièces  ori- 
ginales^ Craon,  n<*  75). 

1.  Cet  acte  porte  le  sceau,  n»  195. 


-  155  - 

1358.  —  1409,  V.  s.,  14  janvier,  Paris.  — Numéro  892. 

1359.  —  1409,  V.  s.,  19  février,  Paris.  —  Mandement  du  roi 
de  solder  à  Antoine  de  Graon  le  reste  des  5000  francs,  à  lui 
donnés  par  lettres  du  30  juin  1408  (Pièces  originales^  Craon^ 

n«76). 

1360.  —  1410,  9  août,  Paris.  —  Mandement  de  Charles  VI 
accordant  mille  francs  à  Antoine  de  Craon  (B.  N.,  Piècesori- 
ginales^  Craon,  n°  79). 

1361.  —  1410,  l^""  septembre,  Paris.  —  Lettres  par  lesquel- 
les Charles  VI  invite  le  duc  de  Bourgogne  à  venir  à  son  aide. 
Antoine  de  Craon  y  est  désigné  comme  membre  du  conseil  où 
fut  décidé  l'envoi  de  ces  lettres.  [Hist.  générale  de  Bourgogne, 
III,  CCLXXVI). 

1362.  —  1410,  29  décembre,  Paris.  —  Mandement  de  Char- 
les VI  prescrivant  de  solder  à  Antoine  de  Craon  les  mille 
francs  à  lui  donnés  le  31  août  1410  (B.  N.,  Pièces  originales^ 
Craon,  n'' 11). 

1363.  —  1410,  30  décembre.  —  Antoine  donne  reçu  de  200 
francs  à  valoir  sur  les  1000  francs  à  lui  attribués  par  le  roi 
par  lettres  du  9  août  1410  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon), 
n°  46). 

1364.  —1410.  V.S.,  3  avril,  Paris.  —  Lettres  de  Charles  VI 
portant  relief  pour  l'enregistrement  des  lettres  d'avril  1399 
au  profit  des  enfants  de  Bonabes  de  Tucé{A.N.,  JJ  165,  234). 

1365.  —  Vers  1411,  29  mai.  ' —  Lettre  du  duc  d'Orléans  à 
Charles  VI  contre  les  agissements  du  duc  de  Bourgogne  ;  Il 
y  désigne  Antoine  de  Craon  comme  l'un  de  ses  adversaires 
[Monstrelet,  II,  118). 

1366.  —  1411,  30  juin.  —  Quittance  d'Antoine  de  Craon 
de  100  livres,  sur  600  qui  lui  restaient  dues  (B.  N. ,  Pièces  ori- 
ginales, Craon,  78). 

1367.  —  1411,  juin,    Paris.   —   Lettres    par    lesquelles 


-  156  - 

Charles  VI,  en  vidimant  ses  lettres  d'avril  1399  et  3  avril  1411 
au  profit  des  enfants  de  Bonabes  de  Tucé,  décide  qu'elles  au- 
ront leur  plein  effet  (A.N.,  JJ  165,  234). 

1368.  —  1411,  7  septembre.  —  Jugé  du  Parlement  dans  la 
cause  d'Antoine  de  Craon  et  de  Jeanne  de  Châtillon,  veuve 
de  Pierre,  sa  mère,  relative  à  des  domaines  situés  sur  Gre- 
nelle, Bezenval  et  la  Malmaison  (A.  N.,  X^^  58,  266). 

1369.  —  1411,  11  septembre,  Paris.  —  Lettres  par  les- 
quelles Charles  VI  demande  secours  à  Jean  V  de  Bretagne  ; 
Antoine  de  Craon  est  l'un  des  membres  du  Conseil  du  roi 
(Morice,  II,  858). 

1370.  —  1411,  2  novembre,  Paris.  —  Ordonnance  par  la- 
quelle Charles  VI  ordonne  la  frappe  d'écus  à  la  couronne  ; 
Antoine  de  Craon  est  nommé  parmi  le  membres  du  grand 
conseil  (de  Saulcy,  Documents  monétaires^  II,  160). 

1371.  —  1411,  7  novembre,  Paris.  —  Réception  au  Parle- 
ment d'Antoine  de  Craon  comme  grand  panetier  (Note  de 
Nicolas  de  Baye,  t.  II,  p.  30). 

1372.  —  1411,  7  décembre,  Rouen.  —  Mandement  d'An- 
toine de  Beauverger  et  d'Hondschoote,  grand  panetier,  con- 
seiller et  chambellan  du  roi,  capitaine  de  Rouen,  au  vicomte 
de  Rouen  (B.  N.,  Pièces  originales^  Craon^  n*'80). 

1373.  — 1411,  lOdécembre,  Jumièges.  -  Antoine  de  Craon, 
en  qualité  de  commissaire  du  roi,  délivre  un  certificat  (B  N., 
Pièces  originales^  Craon^  n*'  81). 

1374.  —  1411,  18  décembre,  Jumièges.  —  Antoine  de  Craon, 
en  qualité  de  commissaire  du  roi,  donne  un  certificat  (B.  N., 
Pièces  originales^  Craon ^  n°  82). 

1375.  —  1411,  V.  s.,  10  janvier.  —  Quittance  d'Antoine  de 
Craon  au  vicomte  d'Orbec  (B.  N.,  Pièces  originales^ 
Craon  ^  84). 


—  157  — 

1376.  —  1412,  30  juin.  —  Antoine  de  Craon  donne  reçu  au 
vicomte  d'Orbec  (B.  N.,  Pièces  originales^  Craon ^  n"*  78). 

1377.  -  1412,  3  décembre.  —  Arrêt  du  Parlement  dans  la 
cause  que  Jeanne  de  Châtillon,  veuve  de  Pierre  de  Craon,  in- 
tentait à  Louis  d'Anjou  pour  obtenir  l'exercice  de  ses  droits 
sur  la  Ferté-Bernard  (A.  N.,  X*^  59,  383). 

1378.  —  1412,  V.  s.,  février,  Paris.  —  Lettres  portant  ré- 
mission au  profit  du  duc  Charles  de  Lorraine  ;  Antoine  de 
Craon  y  figure  comme  membre  du  Conseil*  (Arch.  Nat.,  JJ 
167,  n«23j. 

1379.  —  1413,  23  ou  24  mai,  Paris.  —  Lettres  par  lesquel- 
les Charles  VI  approuve  les  emprisonnements  opérés  par  le 
peuple  de  Paris,  de  diverses  personnes,  parmi  lesquelles  la 
reine,  le  dauphin  et  des  princes  du  sang  ;  Antoine  de  Craon  y 
est  dénommé  comme  membre  du  grand  conseil,  où  fut  décidé 
le  texte  de  la  lettre  ^  [Ordonnances  du  Loui>re.  X,  68  ;  et 
Monstrelet,  II,  356). 

1380.  —  1413,  vers  le  8  décembre.  -  Extrait  des  comptes 
royaux. 

Lors  de  la  visite  que  lui  fit  la  reine  de  Sicile,  la  reine  de 
France,  Isabelle,  donna  : ...  «  A  la  sœur  de  Messire  Anthoine 
de  Craon',  qui  accompagnait  la  reine  de  Sicile,  un  autre  dia- 
mant... 66  livres,  5  sous  tournois  »  (Vallet  de  Viriville, 
Chronique  de  Jean  Chartier^  III,  269). 

1381.  —  1418,  30  juillet.  —  Quittance  donnée  par  Pierre  de 
Beauvau,  chambellan  du  Dauphin,  lieutenant  du  roi  pour  tout 

1.  C'est  à  la  Jeanne-d'Arc  à  Domrémy  de  M.  Siméon  Luce  que 
cette  indication  est  empruntée. 

2.  Il  faut  rapprocher  de  cette  lettre  celle  de  Charles  VI.  de 
septembre  1413,  dans  lesquelles  l'attentat  du  27  avril  1413  est  dé- 
savoué par  le  roi.  On  les  trouve  en  un  texte  établi  avec  le  plus 
grand  soin  au  t.  I,  p.  64-69  des  Mémoires  de  la  Société  d'Eure- 
et-Loir. 

3.  Cette  sœur  d'Antoine  de  Craon  ne  s'appelait  pas  Marie, 
comme  le  dit  M.  Vallet  de  Viriville,  mais  Jeanne. 


-  158  — 

le  royaume,  de  ses  gages  pour  400  hommes  d'armes  et  500 
hommes  de  irait  ^  {Clair ambault^  12,  751). 

1382.  —  1418,  14  octobre,  Pont-de-l'Arche.  —  Lettres  par 
lesquelles  Henri  V  d'Angleterre  donne  sauf  conduit  aux  en- 
voyés du  Dauphin.  —  Pierre  de  Beauvau  figure  au  nombre 
de  ces  envoyés  {Cartulaire  deLouners^  II,  38). 

1383.  —  1419,  14  octobre,  devant  Rouen.  —  Lettres  de 
Henri  V  portant  sauf  conduit  aiîx  envoyés  du  Dauphin  parmi 
lesquels  Pierre  de  Beauvau  allant  en  Angleterre  traiter  de  la 
paix  {Lettres  des  archives  de  Londres^  II,  343) 

1384.  —  1420,  27  avril,  Troyes.  -  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI  modifie  l'assiette  de  la  rente  faite  à  Jeanne  de  Châ- 
tillon  (Arch.  de  la  Trémoïlle,  Lettres  royales^  II). 

1385  —  1426,  V.  s  ,  29  mars.  —  Jugé  du  Parlement  dans 
la  cause  de  Perronelle,  veuve  de  Thomas  de  Milly,  et  Jeanne 
de  Châtillon,  veuve  de  Pierre  de  Craon  (A.  N.,  X*^  65,  240). 

1386.—  1439,  24  septembre.  —  Numéro  1175. 

(A  suivre). 

A.  Bertrand  de  Broussillon  et  P.  de  Farcy. 


1.  Cet  acte  porte  le  sceau,  figure  193. 


LE  FAUX  LADRE 


Si  le  héros  peu  glorieux  de  la  présente  histoire  n'a 
qu'un  état-civil  banal,  son  casier  judiciaire  ne  manque 
pas  de  piquant.  Il  se  nommait  Jean  Renier,  natif  de 
Bouessay,  au  Maine,  où  il  vécut  jusqu'à  dix-sept  ans 
occupé  à  de  petites  besognes  et  faisant  de  maigres  pro- 
fits. A  cet  âge,  et  sans  aller  chercher  au  loin  fortune, 
notre  jeune  homme  se  plaça  en  condition  à  Sablé,  ville 
voisine.  Il  était  bon  fils  car  il  laissa  ses  gages  à  son 
père,  et  sa  mère  étant  tombée  en  maladie,  il  revint  près 
d'elle  la  soigner. 

Son  malheur  fut  de  se  marier  trop  tôt  et  sans  choix. 
Groira-t-on  qu'il  n'avait  que  dix-huit  ans  quand  il 
épousa  la  fille  de  Jean  Périgois  de  Souvigné  ?  Ce  qui 
arriva,  c'est  que  cette  femme,  plus  âgée  que  lui  et  impé- 
rieuse, s'accoutujna  à  le  traiter  en  petit  garçon,  et 
quand,  trop  vite,  la  brouille  se  mit  dans  le  ménage,  ce 
furent  des  scènes  de  plus  en  plus  fréquentes,  de  plus 
en  plus  vives  où  le  jeune  mari  n'eut  pas  un  rôle  glo- 
rieux. Sa  malheureuse  femme  en  vint,  passant  des  pa- 
roles aux  actes,  jusqu'à  le  battre.  Ces  choses-là  sont  ex- 
trêmement difficiles  à  supporter.  Jean  Renier,  soit  vertu, 
soit  faiblesse,  patienta  six  ans.  Mais,  pour  éviter  les 
occasions  d'orages,  il  gagnait  sa  vie  au  dehors  et  ne  re- 
paraissait sous  le  toit  conjugal  qu'à  des  heures  tardi- 
ves. Sa  compagne  n'en  devint  pas  plus  traitable.  Enfin, 
un  jour  que  la  querelle,  plus  échauiFée  que  jamais,  s'était 
terminée  par  une  volée  de  bois  vert    dont  il  avait  été 


-160  -- 


victime,  l'infortuné  mari,  sans  oser  affronter  le  regard 
de  sa  terrible  moitié  et  sans  lui  demander  congé,  prend 
une  résolution  désespérée  et  quitte  sa  maison  devenue 
pour  lui  un  enfer  domestique. 

En  ce  temps-là  le  désespoir  n'allait  pas  jusqu'au  sui- 
cide ;  Jean  Renier  franchit  la  Sarthe  sur  le  pont  de  pier- 
res sans  avoir  même  la  pensée  d'y  finir  ses  jours. 
D'une  traite  il  s'enfuit  jusqu'à  Fontenay  et  le  soir  il 
couchait  à  Maigné.  Par  suite  d  une  prédisposition  dont 
nous  n'avons  point  à  rechercher  les  causes,  il  s'était 
trouvé  dès  le  premier  jour  une  vocation  et  c'est  en  deman- 
dant la  charité  pour  Dieu  qu'il  avait  fait  la  première 
étape  de  son  odyssée  mancelle.  Obéissant  encore  à  la 
commune  impulsion  qui  porte  vers  les  villes  la  nom- 
breuse tribu  des  mendiants,  malandrins,  vagabonds,  et 
tous  les  gens  sans  feu  ni  lieu,  Jean  Renier  avait  pris 
d'instinct  le  chemin  de  la  capitale  de  la  province  et 
quelques  jours  après,  toujours  mendiant,  il  était  au 
Mans.  La  foire  de  la  Pentecôte  tenait  alors,  et  l'afïïuence 
d'étrangers  qu'elle  amenait  dans  la  cité,  jointe  au  concours 
ordinaire  des  pèlerins  de  Saint  Julien,  assurait  au  jeune 
homme  une  bonne  aubaine  pour  inaugurer  sa  nouvelle 
professsion.  Il  n'eut  d'ailleurs  qu'à  suivre  le  premier 
venu  de  ses  confrères  pour  se  rendre  li  la  Maison-Dieu, 
en  face  de'  Monsieur  Saint-Julien,  où  il  fut,  suivant  l'u- 
sage, hébergé  pendant  huit  jours. 

L'époux  en  rupture  de  ménage  trouva  là  des  gueux  de 
toutes  les  catégories,  au  contact  desquels  il  perfectionna 
ses  aptitudes  naturelles  et  trouva  le  supplément  d'ex- 
périence professionnelle  qui  lui  manquait.  11  sortit  de 
là  gueux  parfait.  Toutefois  il  ne  se  sentait  pas  porté  aux 
longues  expéditions  ni  aux  associations  compromettan- 
tes. Il  préférait  agir  seul  et  pour  son  propre  compte  ; 
puis  il  aimait  sa  province  et  les  braves  gens  qui  l'habi- 
taient et  n'avait  aucun  goût  pour  les  voyages  hasardeux 


-  1(H  - 

6n  pays  inconnu.  C'est  donc  au  pays  du  Maine  qu'il 
borna  ses  courses,  allant  de  ci  de  là,  toujours  deman- 
dant pour  Dieu. 

Il  ne  fut  pas  longtemps  à  s'apercevoir  que  sa  situa- 
tion ne  laissait  pas  de  présenter  des  difficultés.  Plu- 
sieurs fois  on  lui  avait  fait  remarquer  qu'un  garçon 
comme  lui,  pourvu  de  tous  ses  membres,  dans  la  force 
de  l'âge,  ne  devrait  pas  vaguer  ainsi  et  voler  le  bien 
des  pauvres.  Ces  observations,  dont  il  comprenait  toute 
la  force,  le  firent  réfléchir.  Il  aurait  pu  se  faire  manchot, 
boiteux,  aveugle,  il  connaissait  l'herbe  aux  gueux  qui 
produit  des  plaies  hideuses  et  bénignes  ;  mais  tous  ces 
procédés  lui  répugnaient.  Il  chercha  longtemps  et  finit 
par  trouver  quelque  chose  d'inédit. 

A  la  fin  du  XV^  siècle,  les  lépreux  n'étaient  plus  nom- 
breux et  les  maladreries  autrefois  existantes  dans  tou- 
tes les  paroisses  étaient  presque  délaissées  ;  tout  au 
plus  les  communautés,  en  affermant  les  biens  voués  à 
cette  destination  se  réservaient-elles  le  droit  d'en  re- 
prendre l'usage  dans  le  cas  où  un  de  leurs  membres, 
frappé  de  cette  maladie,  réclamerait  la  jouissance  de 
l'immeuble.  Puis,  la  contagion  n'étant  plus  aussi  redou- 
table, on  ne  pressait  plus  avec  autant  de  rigueur  l'exé- 
cution des  règlements  qui  prescrivaient  de  renfermer 
les  lépreux  dans  les  léproseries  qui  subsistaient,  et 
beaucoup  couraient  les  chemins  en  toute  liberté,  pourvu 
qu'ils  portassent  le  costume  auquel  on  les  reconnaissait 
qu'ils  se  tinssent  sous  le  vent  quand  ils  approchaient 
d'une  personne  et  qu'ils  avertissent  de  leur  présence 
avec  la  crécelle  ou  un  autre  instrument  analogue.  Les 
malheureux  aflligés  de  cette  maladie  excitaient  particu- 
lièrement la  compassion. 

C'est  dans  cette  corporation  intéressante  des  ladres 
vagabonds  que  s'enrôla  de  lui-même  le  mari  de  Jeanne 
Périgois.  Pour   cela  il  se  pouilla  tout   entier  dans   un 

11 


—  162  - 

long  sac  d'où  sortaient  ses  bras  et  sa  tête  et  se  coiffa 
d'un  capuchon  habilement  disposé  pour  lui  cacher  le  vi- 
sage. De  ses  propres  mains  il  se  fabriqua  des  cliquettes 
qu'il  sut  tout  de  suite  manœuvrer  avec  une  dextérité 
parfaite,  et  il  fut  équipé  à  peu  de  frais  comme  le  meil- 
leur ladre  de  la  province.  Les  quelques  économies  faites 
sur  les  aumônes  des  bonnes  âmes  y  avaient  suffit. 

Et  ainsi  allait  le  cher  homme,  toujours  cliquetant, 
toujours  quêtant  ;  jamais  on  ne  vit  ladre  mieux  duit  à 
son  métier,  aussi  les  piécettes  tombaient-elles  dans  son 
escarcelle,  et  ne  manqua-t-il  jamais  de  la  nourriture  que 
riches  et  pauvres  se  faisaient  un  devoir  de  partager 
avec  un  chrétien  si  afffigé.  L'une  après  l'autre,  il  visi- 
tait toutes  les  paroisses  à  dix  lieues  à  la  ronde  et  sa 
petite  industrie  prospérait  à  souhait.  Pour  ne  pas  vivre 
d'ailleurs  dans  une  séquestration  trop  absolue  du  reste 
des  humains,  il  quittait  souventesfois  sa  livrée  men- 
teuse et  n'était  plus  qu'un  mendiant  vulgaire,  mais  qui 
pouvait  converser  de  plus  près  et  familièrement  avec  ses 
frères.  Ainsi  fit-il  aux  bonnes  fêtes  de  Pâques  de  l'an 
de  grâce  1490,  quand  il  vint  au  Mans  remplir  ses  de- 
voirs de  chrétien  chez  les  Jacobins  ;  ainsi  s'y  prit-il 
encore  quand,  un  jour  qu'il  voulait  changer  de  linge, — 
pardon  du  détail,  —  il  obtint  qu'une  bonne  femme 
de  Voutré  lui  prêtât  une  chemise  de  son  mari  pendant 
qu'elle  laverait  pour  la  lui  rendre  celle  qui  avait  vieilli 
sur  son  dos.  Elle  n'était  pas  riche  cette  paroissienne  de 
Voutré  qui  faisait  à  sa  façon  une  œuvre  de  charité  mé- 
ritoire. En  dehors  de  ces  circonstances  Jean  Renier 
reprenait  cagoule  et  cliquettes  et  éloignait  de  lui  les  in- 
discrets en  redevenant  ladre  à  s'y  méprendre. 

Si  bien  allèrent  ses  affaires  que  sans  se  laisser  pâtir, 
il  amassait  un  petit  pécule  qui,  denier  à  denier,  sol  à  sol, 
devint  avec  le  temps  une  petite  fortune.  Ce  succès  lui 
donna  l'ambition  d'ailleurs  légitime  de  s'élever  à  la   si- 


I 


—  163  — 

tuation  des  petits  marchands  ambulants  qu'il  rencon- 
trait sur  les  chemins  ou  aux  foires  et  assemblées  que 
lui-même  fréquentait  à  un  autre  titre.  Déjà  il  se  voyait 
quittant  un  rôle  peu  avouable  pour  exercer  une  profes- 
sion modeste,  mais  honorable  et  lucrative.  La  somme 
mise  en  réserve  s'élevait  déjà  à  10  livres  6  sols  ;  il  ne 
lui  fallait  pas  davantage  pour  fournir  de  mercerie  le 
modeste  étalage  qu'il  se  proposait  de  promener  de  foire 
en  foire.  Celle  du  Gast,  qui  se  tenait  au  Bas-Maine  dans 
les  landes  de  Saint-Loup,  le  l*"*  septembre,  lui  parut  con- 
venable pour  inaugurer  son  petit  négoce. 

Pourquoi   faut-il  que  ce  beau    rêve   ait  été  traversé 
d'une  façon  déplorable  au  moment  de  se  réaliser  ! 

Jean  Renier  se  trouvait  le  24  juillet  dans  la  paroisse 
de  Sainte-Gemmes-le-Robert.  Des  domestiques  de  M.  de 
Bouille  prétendirent  que  ce  lépreux-là  s'approchait  trop 
du  manoir  de  Pierre-Fontaine  et  qu'il  semblait  «  échau- 
guetter  »  la  maison  de  leur  maître.  Ils  prévinrent  le  ser- 
gent du  Plessis-Buret,  qui  se  mit  à  la  recherche  du  per- 
sonnage et  le  surprit  à  un  moment  où,  sans  défiance,  il 
négligeait  les  précautions  ordinaires.  Le  faux  lépreux 
fut  donc  saisi  et  jeté  dans  la  prison  du  château.  On  ne 
l'y  laissa  pas  pourrir  ;  dès  le  lendemain,  le  lieutenant 
du  sénéchal  et  son  greffier  instruisirent  son  procès. 
Nous  avons  cru,  nous,  sans  arrière-pensée,  à  la  légitime 
provenance  des  dix  livres  et  de  la  chemise  dont  le  pré- 
tendu lépreux  était  porteur,  comme  à  la  sincérité  de  ses 
projets  de  vie  honnête  et  régulière.  Tout  cela  au  con- 
traire parut  au  juge  et  à  son  clerc  preuve  de  larcin  et 
mensonge.  Ce  monde-là  suppose  toujours  le  mal  et  des 
intentions  coupables.  Pour  un  peu  l'officier  de  Mgr  du 
Plessis-Buret  aurait  vu  dans  le  soi-disant  ladre  un 
émissaire  du  duc  de  Bretagne,  alors  en  guerre  avec  le 
roi  de  France.  Bien  lui  prit  de  n'être  pas  venu  de  ce 
pays.  Il  fit  d'ailleurs,  avec  un  grand  accent  de  sincérité, 


—  164  - 

la  confession  de  sa  vie  vagabonde,  avouant  sa  super- 
cherie, mais  niant  toute  mauvaise  action. 

Le  lieutenant  ne  crut  pas  pouvoir  prendre  sur  lui  de 
prononcer  en  un  cas  aussi  rare  :  il  dépêcha  à  M.  de 
Saint-Denis,  son  sénéchal,  grave  personnage  qui  habi- 
tait une  des  plus  belles  maisons  de  Sainte-Suzanne,  le 
procès-verbal  de  la  prise  du  coupable  et  l'interrogatoire 
rédigé  par  le  bailly  d'Evron,  demandant  quelle  peine 
devait  être  infligée  pour  «  un  si  grand  abus  fait  des 
œuvres  de  miséricorde.   » 

La  réponse  du  sénéchal  fut  qu'il  n'y  avait  pas  cause 
de  détention,  mais  que  l'abus  commis  «  en  feignant  d'es- 
tre  ladre  »  méritait  une  correction.  Ce  que  devait  être 
cette  correction,  le  prisonnier  le  sut  de  suite  en  entrant 
dans  la  salle  où  il  vit  le  sergent  et  deux  recors  qui  l'at- 
tendaient avec  «  de  bonnes  verges  d'ousiers  »  longues  et 
flexibles.  11  le  sentit  bien  mieux  quand  on  l'eut  dé- 
pouillé, proh  pudor  !  Qi  que  les  bonnes  verges  cinglè- 
rent ses  épaules.  Les  recors  n'y  épargnaient  pas  leur 
peine  et  le  malheureux  patient,  s'il  y  pensa  alors,  tout 
en  criant  et  se  débattant,  dut  presque  regretter  les 
coups  d'une  indulgence  relative  que  lui  administrait  la 
iîlle  de  Jean  Périgois.  Peut  être  la  comparaison  ramena- 
t-elle  le  fugitif  au  toit  conjugal....?' 

A.  A. 


1.  Archives  du  Plessis-Buret,  Registre  de  Pieds  et  Remem- 
hrances. 


PROCES-VERBAUX  DES  SEANCES 


SEANCE  DU  26  JANVIER  1893. 


La  séance  est  ouverte  à  deux  heures,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Floucaud  de  Fôurcroy. 

Sont  présents  :  MM.  Floucaud  de  Fôurcroy,  président, 
Perrot,  vice-président,  de  Martonne,  de  Lorière,  Ri- 
chard, Pointeau,  Garnier,  membres  titulaires,  et  MM.  de 
la  Beauluère,  LeCoq,  Raulin,  membres  correspondants. 

MM.  Couanier  de  Launay,  P.  de  Farcy,  Anis,  H.  Le- 
tourneurs,  sont  excusés. 

M.  le  Président  rappelle  que,  depuis  la  dernière  séance, 
la  Commission  historique  de  la  Mayenne  a  été  frappée 
d'un  nouveau  deuil  par  la  mort  de  Dom  Piolin,  bénédic- 
tin, membre  correspondant.  Président  de  la  Société  du 
Maine.  Né  au  Bourgneuf-la-Forét  (Mayenne)  Dom  Piolin, 
suivant  les  traditions  de  son  ordre,  avait  consacré  sa  vie 
au  travail  ;  il  laisse,'  sur  la  province  du  Maine,  une 
œuvre  immense  dont  les  principaux  monuments  sont 
trop  connus  pour  qu'il  soit  nécessaire  de  les  énumérer. 
Sa  perte  sera  vivement  ressentie  par  tous  les  amis  des 
études  historiques,  et  la  Commission  historique  de  la 
Mayenne,  associant  ses  propres  regrets  à  ceux  de  la 
Société  du  Maine,  voudra  en  consigner  l'expression  à 
son  procès-verbal. 


—  166  - 

Cette  proposition  est  adoptée  à  runanimité. 

M.  de  Martonne  annonce  qu'il  a  continué  à  corres- 
pondre avec  M.  le  G'^  de  S*-Paul  au  sujet  des  ruines  de 
Bois-Thibault.  Aucune  modification  ne  s'est  produite 
jusqu'à  présent  dans  l'état  des  négociations. 

M.  le  Président  communique  une  circulaire  de  M.  le 
Ministre  de  l'Instruction  publique,  relative  à  la  réunion 
des  Sociétés  savantes  qui  aura  lieu  à  la  Sorbonne  du  4 
au  8  avril. 

M.  le  Ministre  de  l'Instruction  publique  accuse  récep- 
tion du  fonds  de  Levaré,  déposé  aux  archives  de  la 
Mayenne  par  la  Commission  historique. 

On  annonce  qu'une  découverte  très  importante  d'objets 
de  bronze  vient  d'être  faite  à  la  Barre,  commune  de 
Méral,  non  loin  de  Cossé-le- Vivien.  M.  de  P.  Farcy  se 
propose  de  communiquer  à  la  Commission,  lors  de  sa 
prochaine  séance,  des  dessins  et  une  notice  décrivant 
ces  divers  objets. 

La  séance  est  levée  à  3  heures  et  demie. 


EXCURSION 

A   GHEMAZÉ  ET  A   MORTIER-GROLLE 


Le  30  mai  1893,  à  9  h.  35  du  matin,  un  certain  nombre  de 
membres  de  la  Commission  historique  et  archéologique  de 
la  Mayenne,  auxquels  avaient  bien  voulu  se  joindre  plusieurs 
invités,  se  réunissaient  à  la  gare  de  Laval  pour  entreprendre 
une  excursion  à  Chemazé  et  à  Mortier-Crolle. 

Ainsi  se  réalisait  sans  retard  une  idée  émise  à  l'issue  de  la 
dernière  séance,  idée  heureuse,  car  les  excursions  en  com- 
mun offrent  en  effet  de  grands  avantages.  Elles  permettent 
de  visiter  sans  peine  et  dans  des  conditions  exceptionnelle- 
ment économiques,  des  monuments  dont  tout  le  monde  parle 
et  que  souvent  bien  peu  ont  vus,  faute  d'occasions  favorables 
Lorsqu'elles  ont  été  bien  préparées  par  les  soins  de  quelques 
uns,  il  ne  reste  plus  aux  autres  qu'à  s'abandonner  aux  char- 
mes du  programme,  lequel  se  déroule  pour  ainsi  dire  méca- 
niquement, depuis  le  moment  de  l'arrivée  jusqu'à  celui  du 
retour.  Moyens  de  transport,  déjeuners,  guides  intéressants, 
érudits  et  diserts,  tout  arrive  à  point  ;  et  si  l'amour  de  l'im- 
prévu, le  libre  arbitre  doivent  momentanément  s'effacer,  en 
revanche  l'esprit  pratique,  la  recherche  du  résultat  aisément 
atteint  et  définitivement  acquis  trouvent  largement  leur 
compte. 

C'est  ainsi  que  l'excursion  de  Chemazé  et  de  Mortier- 
Crolle,  organisée  en  principe  par  le  Bureau  de  la  Commission, 
puis  sur  place  et  dans  les  détails  par  M.  Paul  de  Farcy,  n'a 
rien  laissé  à  désirer  sous  le  rapport  de  la  précision  ni  du 
confortable,  même  dans  les  lieux  ou  le  confortable  aurait  dû 
n'être  qu'un  rêve  plein  de  déceptions. 

Cela  dit  et  dûment  enregistré  dans  nos  annales,  débar- 


—  168  - 

quons  à  Chemazé,  et  au  travers  d'un  vaste  parc,  dirigeons- 
nous  vers  le  château  de  Saint-Ouën.  Nous  n'entreprendrons 
pas  de  rappeller  ici  les  merveilles  de  ce  château  ;  il  a  été 
trop  souvent  décrit  par  la  plume,  figuré  par  le  crayon  ou 
même  par  la  pointe  de  l'aquafortiste,  pour  que  nous  puissions 
apprendre  sur  son  compte  quelque  chose  d'inédit  à  nos  lec- 
teurs. Nous  nous  bornerons  à  dire  que  son  propriétaire  ac- 
tuel, M.  le  comte  de  Sèze,  l'avait  fait  mettre  fort  gracieuse- 
ment à  la  disposition  des  visiteurs  ;  chacun  a  pu  le  parcourir 
dans  toutes  ses  parties,  admirer  les  fines  sculptures  exté- 
rieures, le  merveilleux  escalier,  les  cheminées,  les  œuvres 
d'art  qui  décorent  toutes  les  pièces,  et  se  rendre  compte  des 
intelligentes  restaurations  qui,  entreprises  depuis  plusieurs 
années,  assureront  la  conservation  de  l'édifice  sans  rien  lui 
enlever  de  son  caractère. 

Encore  sous  le  charme  de  la  visite  à  Saint-Ouën  tout  le 
monde  gagne  le  bourg  de  Chemazé.  Là  est  préparé  un  dé- 
jeuner excellent,  tout  entier  d'importation,  il  faut  le  dire, 
mais  dont  les  effets  réparateurs  provoquent  une  unanime 
reconnaissance  envers  celui  qui  l'a  si  obligeamment  assuré. 
Puis  à  midi  précis,  selon  le  programme,  les  voitures  impor- 
tées également,  prennent  la  route  de  Mortier-Crolle  :  le 
voyage  dure  une  heure  environ,  au  milieu  d'un  pays  pitto- 
resque et  verdoyant. 

Mortier-Crolle  est,  de  nom,  presque  aussi  connu  que  Che- 
mazé ;  les  monographies  en  sont  nombreuses  ;  le  châtelet  qui 
lui  sert  d'entrée  a  souvent  tenté  les  artistes  ;  son  nom  éveille 
tout  au  moins,  chez  la  plupart  d'entre  nous,  le  souvenir  d'une 
description  parcourue  ou  d'une  silhouette  entrevue  en  feuil- 
letant un  album  ;  mais  combien  sont  peu  nombreux  ceux  qui 
ont  pris  la  peine  d'entreprendre  le  voyage  et  de  voir  par  eux- 
mêmes?  Comment  décrire  cette  énorme  masse  comprenant 
trois  cours,  une  immense  enceinte  circonscrite  par  des  fossés 
profonds,  flanquée  de  tours  d'angles,  renfermant  un  château, 
une  chapelle,  des  bâtiments  de  service  innombrables,  tout 
cela  construit  avec  un  soin  et  un  art  raffinés  ?  Quelle  gra- 
vure pourrait  surtout  donner  une  idée  du  merveilleux  effet 
produit  par  ces  briques  d'un  rouge  ardent,  coupées  à  diver- 


—  169  — 


I 


ses  hauteurs  par  de  larges  cordons  de  pierres  blanches*? 
Car  Mortier-Crolle,  sauf  une  partie  qui  semble  plus  moderne 
quoique  beaucoup  plus  grossière,  a  été  construit  tout  entier 
dans  ce  somptueux  appareil.  Ces  murailles  interminables, 
revêtues  des  tons  les  plus  chauds,  surmontées  de  toits  aigus, 
baignant  leur  pied  dans  l'eau  stagnante  des  fossés  et  à  demi 


enfouies  dans  la  verdure,  constituent  un  ensemble  non  moins 
charmant  pour  l'artiste  qu'intéressant  pour  l'archéologue*. 


1 .  Nous  domions  ici  deux  dessins  représentant  l'un  la  porte 
d'entrée  de  Mortier-Crolle,  l'autre  la  vue  d'ensemble  d'une  par- 
tie des  bâtiments.  Ces  dessins  ont  déjà  paru  dans  le  tome  I 
(l"*®  série)  des  Procès-Verbaux  et  documents  de  la  Commission  ; 
mais  ce  tome  !«"•  étant  devenu  très  rare,  nous  croyons  faire  plaisir 
à  nos  lecteurs  en  les  reproduisant. 

2.  Nous  ne  pouvons,  dans  un  compte-rendu  sommaire,  rééditer 
les  descriptions  connues  de  Mortier-Crolle.  Disons  toutefois  que 


—  170  "- 

Les  heures  s'écoulent  vite  au  milieu  de  tant  de  mer- 
veilles et  en  si  agréable  compagnie.  Trop  tôt  il  va  être  temps 
de  remonter  en  voiture  et  de  songer  au  retour.  Mais  une  sur- 


/emr^ut.m  Se. 


prise  attend  les  visiteurs  ;  dans  une  salle  basse   de  l'ancien 
manoir,  un  lunch  élégant  a  été  servi  ;  nous  ne  voulons  pas 


les  visiteurs  ont  été  frappés  par  des  inscriptions  nombreuses, 
gravées  à  la  pointe  sur  les  pierres  blanches  qui  entrent  dans  la 
construction,  principalement  sur  les  jambages  des  fenêtres. 
Notre  collègue  M.  J.  RauHn  a  pris  la  peme  d'en  relever  quelques 
unes,  au'il  veut  bien  nous  communiquer. 
Sur  la  croisée  d'une  tour,  dite  de  la  Prison  : 

«  Croyez  que  tousiours  les  meschants 

S'en  iront  à  bas  tresbuchants 

Et  toutes  ces  gens  insensées 

Qui  n'ont  point  Dieu  en  leurs  pensées. 

Mais  l'homme  povre  humilié 

Ne  sera  jamais  oubHé 

Jamais  de  l'humble  estant  en  peine 

La  prière  ne  sera  vaine.  » 
Sur  un  meneau  de  croisée  de  la  tour  Saint-Jean  :  «  Le  lundy 
14«  juillet  1603,  X...  du  Port-Briet  fut  amené  prisonnier.  » 

Dans  l'escalier  de  l'une  des  tours  d'entrée  :  «  Le  samedy  6« 
septembre  1603,  ce  parut  sur  les  8  heures  du  souer  de  grandz 
signes  au  siel,  tant  qu'il  faissait  céent  côme  le  jour.  »  —  Autre  : 
«  Mademoiselle  de  Moucha...  s'en  alla  le  vendredy  5«  septembre 

1603.  »  — Autre  :  ««Mad®"®  de  la  Tour  s'en  alla  le  dimanche 

1603. 

Sur  une  porte  latérale  de  la  chapelle  :  «  Mons  de  Loncheray 
partit  de  séans  pour  aller  à  Paris  le  samedy  30  novembre  1602 
sur  les  2  heures  et  demie  après  midy.  » 


—  171  — 

nommer,  de  peur  de  blesser  sa  modestie,  l'aimable  excursion- 
niste qui,  pour  un  instant,  s'est  ainsi  improvisé  amphitryon  ; 
mais  nous  pouvons  affirmer  que  la  délicatesse  de  son  atten- 
tion, ainsi  que  la  bonne  grâce  charmante  avec  laquelle  il  a 
fait  les  honneurs  de  la  table,  ont  vivement  touché  tous  ses 
compagnons  de  voyage,  qui  ne  nous  en  voudront  pas  de  lui 
exprimer  ici,  de  nouveau,  tous  leurs  remercîments. 

Enfin  il  faut  dire  adieu  à  Mortier-Crolle.  Les  voitures  re- 
prennent le  chemin  déjà  parcouru  et  arrivent  bientôt  à  la  gare 
de  Chemazé.  Le  moment  de  la  séparation  approche  entre  les 
excursionnistes  venus  de  Laval  et  ceux  qui  restent  à  Châ- 
teau-Gonticr.  Ces  derniers,  auxquels  revient  le  mérite  d'a- 
voir organisé  le  voyage  et  de  l'avoir  rendu  si  facile  et  si 
agréable,  sont  comblés  de  félicitations  unanimes  et  de  remer- 
cîments cordiaux;  grâce  à  eux  en  effet  la  première  excur- 
sion entreprise  par  la  Commission  historique  de  la  Mayenne 
a  été  couronnée  d'un  succès  complet,  si  complet  même  que 
chacun  songe  à  recommencer  et  qu'on  ne  se  sépare  pas  sans 
avoir  décidé  une  promenade  nouvelle,  dans  les  derniers  jours 
de  juin,  aux  Grottes  de  Saint-Georges-sur-Erve  et  au  châ- 
teau de  Fouletorte. 


BIBLIOGRAPHIE 


Les  Vitréens  et  le  Commerce  international,  par  M. 
J.-C.  Frain  de  la  Gaulayrie^  1  broch.  in-8°,  Vannes,  La- 
folye,  1893. 

Notre  collègue  M.  J.-C.  Frain  de  la Gaulayrie  vient  défaire 
paraître  en  volume  ses  recherches  sur  les  Vitréens  et  le  com- 
merce international^  publiées  d'abord  dans  la  Revue  Histo- 
rique de  V Ouest.  Dans  cette  consciencieuse  étude,  relevée  par 
une  discrète  pointe  de  bonne  humeur,  il  étudie  tour  à  tour  : 
les  encouragements  donnés  au  commerce  international  par 
les  ducs  de  Bretagne  ;  la  fondation  de  la  confrérie  vitréenne 
des  marchands  d'outre-mer  ;  le  commerce  avec  Bergues,  Bru- 
ges, Anvers  ;  la  demeure  et  l'entrepôt  de  Lucas  Royer,  époux 
de  Françoise  Gouverneur,  situés  rue  Poterie  ;  un  portulan 
breton  du  XVP  siècle  ;  les  relations  avec  l'Espagne,  les 
Indes  ;  puis  les  résultats  obtenus,  les  fortunes  conquises,  et 
converties  en  manoirs  ou  terres  nobles  ;  les  associations  de 
Vitréens  et  de  Malouins,  leurs  communes  entreprises  au  XVII* 
siècle  ;  le  voyage  du  chef  d'escadre  Jean  de  Gennes  ;  la  par- 
ticipation des  Vitréens  aux  opérations  de  la  Compagnie  des 
Indes  ;  les  Vitréennes  membres  de  la  confrérie  des  marchands 
d'outre-mer.  Il  expose  comment  «  ce  commerce  rétablit  la  for- 
tune d'un  grand  nombre  de  gentilshommes,  assura  à  labour- 
goisie  de  brillantes  situations,  aux  artisans  des  salaires  rému- 
nérateurs, et  fut  pour  Vitré  un  élément  de  prospérité  incon- 
testable. »  Il  cite  ses  sources  avec  un  som  scrupuleux  et 
donne,  dans  de  nombreuses  notes  bibliographiques  et  expli- 
catives, tout  ce  qui  surchargerait  le  texte  sans  présenter  pour 
cela  moins  d'intérêt.  Nous  ne  saurions  trop  louer  cette  remar- 
quable étude.  Chemin  faisant  nous  y  avons  trouvé,  outre  le 
plaisir  de  la  parcourir,  notre  profit  personnel  :  plus  d'une  fois 
en  effet  les  marchands  de  Laval  s'associèrent  à  ceux  de  Vitré 
et  beaucoup  d'entreprises  furent  communes  au  commerce  des 
deux  villes.  M.  Frain  de  la  Gaulayrie  a  donc  aussi  travaillé 
pour  nous  et  à  ce  point  de  vue  comme  aux  autres  il  a  droit  à 
tous  nos  compliments. 

E.  M. 

Plusieurs  autres  notices  bibliographiques,  que  nous  ne  pouvons 
donner  faute  d'espace,  paraîtront  dans  la  prochaine  livraison. 


La  listé  des  ouvrages  offerts  à  la  Commission  sera 
insérée  à  cette  place,  sans  préjudice  du  compte-rendu 
qui  sera  fait  de  tout  ouvrage  intéressant  le  Maine  dont 
elle  aura  reçu  deux  exemplaires. 


Le  Secrétaire  Général,  f.  /.  de  Gérant  (Loi  du  29  juillet  1 881). 

K.     MORKAU. 


LE  BULLETIN  DE  LA  COMMISSION  HISTORIQUE  ET 
ARCHÉOLOGIQUE  DE  LA  MAYENNE  paraît  tous  les 
trimestres  en  livraisons  comptant  environ  128  pages. 
Il  forme  deux  volumes  par  an. 

Il  donne  des  gravures  et  illustrations  aussi  souvent 
que  le  permettent  les  sujets  traités  et  les  ressources  dont 
il  dispose. 

Les  personnes  étrangères  à  la  Commission  peuvent  s'y 
abonner  comme  a  toute  publication  périodique. 

Le  prix  de  l'abonnement  est  de  DIX  FRANCS  par  an. 

Les  engagements  pour  cotisations  ou  abonnements 
continuent  de  plein  droit  s'ils  ne  sont  pas  dénoncés 
avant  le  1^^  janvier. 


Il  reste  encore  quelques  exemplaires  des  tomes  III, 
IV  et  V  de  la  première  série,  qui  sont  en  vente  au  prix 
de  six  francs  le  volume. 


Les  tomes  I,  II,  III,  IV  et  V  de  la  2^  série  sont  en  vente 
au  prix  de  12  francs  l'année. 


BTULLETIN^ 


DE  LA  COMMISSION 


I 


DE   LA    MAYENNE 


GRÉÉE   PAR    ARRÊTÉ    PRÉFECTORAL    DU    17    JANVIER    1878. 


DEUXIÈME  SÉRIE 
TOME      SEPTIÈME 

1893 


LAVAL 

IMPRIMERIE    DE    H.    LEROUX 
1893 


KSTRE   DE    1893. 


20. 


SOMMAIRE  : 

David  Rivault  de   Fiearance  et  les  autres    précepteurs   de 

Louis  XIII,  par  M.  l'abbé  A.  Anis  (Suite) 173 

Sigillographie  des  Seigneurs  de  Craon,  par  MM.  A.  Ber- 
trand DE  Broussillon  et  Paul  de  Farcy  (Fin)  ...     .       206 

L'épigraphie  populaire  sur  ardoise  à  Château-Gontier  au 
XVIIPsiècle;  par  M.  R.  Gadbin 294 

L'école  Centrale  du  département  de  la  Mayenne,  par  M.  E. 

Queruau-Lamerie    . 301 

Simon   Hayeneufve,    d'après    un  document  inédit,    par    M. 

l'abbé  A.  Angot 335 

Procès-verbal  de  la  séance  du  27  avril  1893 352 

Bibliographie  :  Un  serviteur  et  compère  de  Louis  XI.  — 
Jean  Bourré,  seigneur  du  Plessis,  1424-1506,  par 
Georges  Bricard\-  —  Cartulaire  de  Vabhaye  cardinale  de 
la  Trinité  de  Vendôme,  publié  par  l'abbé  Ch.  Métais  ;  — 
Le  passage  des  Vendéens  à  Ernée  (2  novembre  1793), 
par  M.  Edouard  Delaunay  ;  —  Vie  de  M.  Louis-Alphoyise 
Taillandier,  prêtre  des  missions  étrangères  ;  —  Le  Gé- 
nie de  Jeanyie  d'Arc,  essai  d'analyse;  —  Les  fusillades 
du  champ  des  Martyrs,  publié  par  M.  E.  Queruau-La- 
merie ;  —  Victor  Hugo  et  le  Bas-Maine,  par  M.  le  Comte 
de  Beauchêne  ;  —  Notice. sur  M.  l'abbé  P.  Gobil,  cha- 
noine honoraire,  doyen  de  Chàteau-du-Loir,  par  M. 
l'abbé  F.  Pichon.     , 361 


Gravures  : 


Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1379 207 

Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1392 208 

Sceau  de  Jean  I  de  Domart.  1403 208 

Sceau  de  Jean  de  Croy,  1412 211 

Sceau  de  Jean  de  Torotte 213 

Sceau  de  Jean  II  de  Domart 216 

Sceau  de  Jacques  de  Longroy,  1414 217 

Sceau  de  Guye  de  Longroy,  1416 .  217 

Sceau  de  Bonne  de  Fosseux,  1449 220 

Sceau  commun  à  Jean  le  Maingre  et  à  Jean  de  Crèvecœur, 

maréchaux  de  France,  1391-1412 222 

Tombe  d'Amaury  IV,  1373,  d'après  Gaignières 261 

Sceau  de  Pierre  de  la  Suze,  1370 .  278 

Sceau  de  la  cour  de  Sablé  au  XIV"  siècle  accompagné  du 

contre-sceau  du  XIIP  siècle. 287 

Sceau  et  contre-sceau  ad  causas  de  Sablé   à   l'époque  de 

Mahaud  de  Malines,  1293-1306. 289 

Signature  de  Simon  Hayeneufve .  350 


DAVID   RIVAULT 

DE  FLEURANGE 

ET  LES  AUTRES  PRÉCEPTEURS  DE  LOUIS  XIll 

(Suite). 


CHAPITRE  V 

Nicolas  Le  Fèvre.  —  Sa  naissance.  —  Ses  études.  —  Ses  travaux  littéraires 
—  Ses  amitiés.  —  Ses  premiers  honneurs,  —  Il  est  nommé  précepteur  du 
prince  de  Condé.  —  Retraite  chez  la  veuve  de  Pierre  Pithou.  —  Retour  à 
la  cour  où  il  est  fait  précepteur  du  roi.  —  Desiderata  dans  l'instruction  de 
ce  prince.  —  Une  idylle  :  Georget  ou  Pierrot.  —  Efforts  de  Le  Fèvre.  — 
Sa  mort.  —  Son  épitaphe. 

On  avait  appelé  pour  succéder  à  des  Yveteaux,  en 
qualité  de  précepteur  du  roi,  iNicolas  Le  Fèvre,  vieillard 
de  soixante-huit  ans^ 

Nicolas  Le  Fèvre  2,  né  à  Paris  le  2  juin   1544,  avait 


1.  C'est  à  tort  que  Perrens  dit  «  soixante-dix-huit  ans  »  (L'E- 

flise  et  l'Etat  sous  la  régence  de  Marie  de  Médicis,  1,  p.  388, 
'aris,  1872). 

2.  Cf.  Nicolaï  Fabri  V.  C.  vita  ad  Henricum  Borbonium  Con- 
dœum  Primum  Galliœ  Principem,  Scriptore  Fr.  Balbo  in  curia 
Monetarum  Galliœ  advocato  regio,  dans  le  recueil  Opuscula, 
etc.,  Paris,  1614,  in-4o  (Biblioth.  Mazarine,  V.  11267).  —  Dis- 
cours funèbre  sur  le  trépas  de  M.  Nicolas  Le  Fèvre,  conseiller 
et  précepteur  du  très  chrestien  Louis  XIII,  roy  de  France  et  de 
Navarre,  par  un  religieux  feuillantin  son  ami  (J.  de  S.  François). 
A  Paris,  chez  Jean  de  Heuqueville,  r.  Sainct-Jacques,  à  la  Paix, 
M.DCXII,  in-80  (Bibl.  nat.  L  27  n»  12034).—  Extrait  dutestament 
de  Le  Fèvre,  même  v.  ibid.  —  Morceaux  choisis  de   S.  Hilaire 

12 


-  174  - 

donné  sa  mesure  en  faisant  avec  honneur  l'éducation  du 
prince  de  Gondé,  et  il  se  recommandait  par  son  érudi- 
tion et  ses  qualités  morales.  C'était  un  de  ces  hommes 
d'étude  chez  qui  la  science  et  la  vertu  vont  de  pair  et 
se  soutiennent  l'une  l'autre. 

Peut-être  nous  saura-t-on  gré  d'avoir  tenté  de  faire 
revivre  en  ces  pages  cette  sympathique  figure  de  tra- 
vailleur consciencieux,  modeste,  d'un  mérite  réel  et 
d'une  humilité  profonde,  aujourd'hui  presque  inconnu 
pour  la  plupart  des  lecteurs. 

Du  reste  nous  ne  saurions  séparer  ceux  que  la  Provi- 
dence rapprocha  un  moment  dans  une  communauté  d'ef- 
forts et  de  travail  pour  nous  donner  un  bon  roi.  A  côté 
de  Rivault  de  Fleurance,  Nicolas  Le  Fèvre  détient  dans 
l'histoire  une  place  honorable. 

Cette  raison  n'existât-elle  pas,  il  faudrait  quand  même 
retracer  à  grands  traits  cette  vie  pleine  et  méritoire. 
Faisons  la  part  des  exagérations  de  l'amitié'  et  du  pa- 
négyrique 2  ;  il  restera  encore  à  l'actif  de  notre  bon 
vieillard,  dans  ces  vieux  livres  ^  que  nous  avons  consul- 
tés avec  plaisir  et  non  sans  fruit,  assez  de  nobles  et 
pieux  sentiments  et  de  belles  actions  pour  convier  le 
lecteur  à  ce  véritable  régal  du  cœur  et  de  Tesprit. 

Nicolas  Le  Fèvre  dut  les  honneurs  qui  vinrent  à  lui  à 
son  intelligence  supérieure  et  à  son  labeur  énergique  et 


avec  notes  de  Le  Fèvre  (B.  n^®  ms,  fonds  latin  n»  1700).  —  V. 
Fabri  observationes  in  novum  testamentum,  etc.  (Bib.  W  P  latin, 
n«  125).  —  Opuscula.  etc.  (B  Maz.  11267).  —  Lettres  de  Malherbe 
à  Péresc,  Paris,  Hachette,  1862,  t.  III.  —  Relat.  Vénit.  et  flor., 
fonds  italien.  —  Duc  d'Aumale,  Histoire  des  princes  de  Condé. 
—  Perrens,  op.  cit.  —  B.  Zellqr,  Lai!///^o/•/7e  de  Louis  XIII,  etc.  — 
Héroard,  Journal  de  l'enfance  et  de  la  jeunesse  de  Louis  XIII, 
Paris,  Didot.  —  Les  Mémoires  du  temps,  etc.,  etc. 

1.  Cf.  Nie.  Fabri  vita^    scrip.  Fr.  Bail  o    (François  Le  Bègue) 
op.  cit. 

2.  Cf.  le  P.  Jean  de  Saint  François  (a  ias  Jean  Gulon)   Disc, 
funèbre,  op.  cit. 

3.  Cités  ci-dessus  et  à  la  page  préc. 


I 


-  17^  - 

soutenu.  Sa  famille  jouissait  déjà  d'une  certaine  noto- 
riété', mais  elle  n'était  pas  de  celles  qui  d'elles-mêmes 
ouvraient  à  l'enfant  naissant  les  carrières  publiques  et 
les  grands  emplois.  Son  père,  Vincent  Le  Fèvre,  était 
un  honnête  et  riche  bourgeois  de  Montlhéry,  qui,  veuf 
de  Catherine  Arnould,  avait  épousé  Jeanne  Haque,  pa- 
risienne et  veuve  d'une  grande  distinction.  Il  en  eut 
deux  enfants,  Gilles  et  Nicolas  -.  Celui-ci  vint  au  monde 
Tannée  même  où  Charles-Quint  envahissait  la  France  3. 

Avec  son  frère,  né  de  la  même  mère,  Nicolas  Le  Fè- 
vre fît  ses  premières  études  au  collège  de  la  Marche^, 
à  Paris,  où  son  père  s'était  fixé  depuis  son  second  ma- 
riage^. Il  eut  le  malheur  de  se  crever  un  œil  en  taillant 
une  plume.  Au  dire  de  Le  Bègue,  cet  accident  déter- 
mina, outre  la  perte  de  l'œil,  une  grave  maladie  qui 
influa  sur  la  santé  et  le  tempérament  de  Le  Fèvre. 

Ayant  de  bonne  heure  perdu  son  père,  Nicolas  fut 
élevé  par  sa  mère.  «  Ceste  bonne  dame,  fort  sage  et  ver- 
tueuse..., prenoit  grand  soin  de  l'instruire  de  son  deb- 
voir,  et  ce  qui  manquoit  en  elle  pour  l'instruction  de 
son  fds,  elle  mit  peine  à  le  faire  suppléer  par  les  meil- 
leurs maîtres  et  précepteurs^  que  elle  peust  choisir, 
qui  alors  abondoient  en  toutes  sortes  de  sciences  en 
ceste  grande  et  florissante  université  de  Paris,  "^w 

On  ne  sait  pour  quelle  cause  pourtant  elle  l'envoya 
étudier  le  droit  à  Toulouse,  d'où  il  passa  en  Italie,  à 
Padoue  et  à  Bologne.  L'Italie  était,  à  cette  époque,  le 

1.  Voir  Franc.  Le  Bègue  op.  cit.  «Fabrorum  nomen...  per  mul- 
tipliées familiorum  propagines  enituit...  » 

2.  Id.  ibid. 

3.  Ibid.  —  Campagne  de  Charles-Quint  dans  le  nord  de  la 
France  ;  été  de  1544. 

4.  «  In  Marchiana  scola...   »  (Ibid.). 

5.  Id.  ibid, 

6.  Ni  le  Bègue  ni  le  P.  J.  de  S.  François  ne  les  font  connaître 
par  leur  nom. 

7.  J.  de  S.  François,  Disc,  funèb.,  p.  25. 


—  176  — 

pays  auquel  on  demandait  volontiers  le  fini  de  l'éduca- 
tion et  de  l'instruction.  Le  Fèvre  demeura  aussi  quel- 
que temps  à  Rome  où  déjà  il  se  lia  avec  des  savants 
de  renom  :  Sigonio,  M.  A.  Muret,  le  cardinal  Baro- 
nius  et  d'autres. 

Sa  riche  nature  et  a  la  fidèle  correspondance  de  son 
estude  et  travail  assidu  ^  »  lui  firent  bientôt  faire  des 
progrès  considérables.  A  vingt-sept  ans  2  il  revenait  en 
France  parfaitement  armé  pour  bien  servir  son  pays  et 
la  science. 

Une  grande  douleur  l'y  attendait  :  sa  mère,  atteinte 
de  la  peste,  expirait  bientôt  entourée  de  sa  piété  filiale 
et  de  ses  soins. 

Il  semble  que  le  moment  eût  été  favorable  à  Nicolas 
Le  Fèvre  pour  se  chercher  une  compagne  appelée  à  rem- 
plir dans  son  cœur  le  vide  qu'y  faisait  celle  qu'une 
cruelle  maladie  venait  de  lui  ravir.  Le  jeune  savant 
en  décida  autrement.  Par  vertu,  dit  son  panégyriste  3, 
ou  pour  être  plus  entièrement  à  ses  chères  études, 
comme  le  raconte  son  historien^,  il  ne  voulut  pas  se 
marier. 

Il  se  donna  donc  aux  lettres  et  se  lia  intimement  avec 
Pierre  Pithou.  Avec  lui  il  donna  une  bonne  édition  de 
Sénèque  l'ancien,  enrichie  de  notes  et  d'une  préface^; 
mais,  par  humilité,  il  conserva  l'anonyme.  Souvent  en- 
core il  collabora  avec  le  cardinal  Baronius,  ou  du  moins 
lui  fournit  des  renseignements,  mais  toujours  en  deman- 
dant au  célèbre  annaliste  qu'il  ne  fit  pas  même  mention 
de  lui  6. 

1.  J.  de  S.  François,  Discours  funèbre,  p.  26. 

2.  Le  Bègue,  op.  cit. 

3.  J.  de  S.  François. 

4.  Le  Bègue. 

5.  Il  donna  aussi  une  édit.  annotée,  avec  préface,  de  Sénèque 
le  Jeune,  avec  les  remarques  de  J.  Gruter  (Cf.  Bib.  Mazarine  v. 
27985). «  Animadversiones  Jani  Gruteri  in  Lucii  Ann.  Senecae 
opéra  :  accedunt  Nie.  Fabri  annotationes.  »  1  in-8°  1555. 

6.  Cf.  J.  de  Saint  François,  op.  cit.  et  les  œuvres  du  cardinal 
Baronius. 


—  177  — 

Une  affection  toute  fraternelle  unit  Pierre  Pithou  et 
Nicolas  Le  Fèvre.  Tous  deux,  pendant  que  les  guerres 
de  religion  désolaient  la  France,  entreprirent  de  vastes 
lectures  et  de  longues  recherches  sur  tout  ce  qui  con- 
cerne l'histoire  et  la  discipline  de  l'Eglise. 

Mais  l'histoire  n'occupait  pas  Le  Fèvre  tout  entier. 
Les  lettres  érudites  avaient  toujours  pour  lui  des  char- 
mes particuliers,  et  à  ses  heures,  il  cultivait  même  la 
poésie,  comme  le  prouve  le  volume  de  ses  opuscules  re- 
cueillis par  son  ami,  François  le  Bègue,  et  publiés 
après  sa  mort^ 

C'était  un  éditeur  émérite,  grâce  à  sa  connaissance 
des  langues  anciennes,  qui  «  furent  de  luy  apprises 
non  superficiairement,  mais  très  profondément,  avec  la 
recherche  la  plus  exquise  qui  peut  estre  du  secret  d'i- 
celles  -.  »  Elles  le  rendaient  très  habile  pour  «  juger  du 
style  d'un  auteur-^,  »  et  étaient  entre  ses  mains  la  clef 
qui  lui  ouvrait  les  trésors  des  connaissances  de  l'anti- 
quité. 

Jointes  à  ses  qualités  personnelles,  elles  lui  permirent 
encore  d'être  choisi  pour  remplir  une  fonction  aussi 
difficile  qu'honorable  et  importante.  Déjà,  en  1572, 
Henri  IV,  reconnaissant  son  mérite,  l'avait  mis  au  nom- 
bre des  conseillers  royaux  chargés  des  eaux  et  forêts^. 
Cette  fois  le  roi  en  faisait  le  précepteur  de  Henri  II  de 


1.  Cf.  Bib.  Maz.  V.  11267  «  Opuscula,  cum  ejusdem  Fabri  vita, 
scrip.  Francisco  Balbo,  »  Paris  1614  in-4o,  savoir  :  Disquisitio, 
num  gravions  mali  vilandi  causa,  levius  commilli  possit;  — 
Praefatio  in  D.  Hilarii  ex  opère  historico  fragmenta  ;  —  Prsefatio 
in  libros  L.  Ann.  Senecae  philosophi  ;  —  Praefatio  ad  M.  Ann. 
rhetoris  libros  ;  —  Disputatio  de  myrrhata  potione  ;  —  Exposi- 
tio  verborum  Matthaei,  18  c.  «  Si  peccaverit  in  te  frater  tuus,  «  — 
De  B.  Dionisio  ;  —  De  presbiterorum  caelibatu  ;  — Poeniata  ;  — 
Epistolœ  ;  etc. 

2.  J.  de  Saint  François,  op.  cit.,  p.  27. 

3.  Id.  ibid. 

4.  Cf.  Le  Bègue,  op.  cit. 


•.  -  178  — 

Bourbon,  prince  de  Gondé,  alors  héritier  présomptif  du 
trône*. 

Par  modestie,  et  sans  doute  aussi  par  amour  de  la 
retraite,  Nicolas  Le  Fèvre  eût  voulu  refuser  la  respon- 
sabilité et  rhonneur  auxquels  on  l'appelait.  Mais  il  dut 
céder  aux  instances  d'Achille  de  Harlay  et  du  président 
de  Thou,  ses  deux  illustres  amis. 

En  1596  il  se  rendit  au  château  de  Saint-Germain, 
où  Gharlotte  de  la  Trémoille,  veuve  de  Henri  I  de  Bour- 
bon, et  le  marquis  de  Pisani,  gouverneur  du  prince,  le 
reçurent  avec  la  distinction  due  à  un  homme  de  son 
mérite  2. 

L'élève  de  Le  Fèvre  avait  huit  ans.  Déjà  instruit  dans 
la  religion  catholique  par  Pisani,  il  acheva  sa  conver- 
sion avec  son  nouveau  maître,  qui  cultiva  son  âme  en 
même  temps  que  son  esprit. 

Aussitôt  que  cette  éducation  fut  terminée  le  précep- 
teur se  sépara  avec  regret  de  son  élève,  mais  fut  heu- 
reux de  quitter  la  cour,  et  de  rentrer  dans  la  vie  privée 
pour  y  être  tout  entier  à  Dieu,  aux  pauvres  ^  et  aux 
lettres,  ses  premières  et  dernières  amours. 

Hélas  il  ne  retrouva  plus  son  ami  de  cœur,  Pierre 
Pithou,  enlevé  par  une  mort  prématurée  en  lui  donnant 
une  dernière  marque  de  confiance  :  il  lui  laissait  le  soin 
de  publier  une  édition,  qu'il  avait  préparée,  de  Fragments 
historiques  de  Saint-Hilaire  de  Poitiers^. 


1.  Henri  IV  n'avait  pas  encore  d'enfant  légitime. 

2.  Cf.  Le  Bègue,  op.  cit. 

3.  J.  de  S.  Franc.  Discours  funèbre,  passim,  et  Testament  de 
N.  Le  Fèvre. 

4.  Cf.  Ms.  fonds  lat.  Bib.  nat.  1700.  Ce  manusc,  d'une  très 
belle  écriture,  porte  en  marges  quelques  notes  de  la  main  de 
N.  Le  Fèvre.  A  la  p.  131  on  lit  «  Hoc  est  ipsummet  exemplar  ex 
quo  prodiit  editio  Nicolaï  Fabri  anno  M.  D.  XCVIH,  ab  eodem 
Fabro  repositum  in  Bibliotheca  Thuana  ex  quâ  translatum  est 
in  Golbertinam,  Anno  Christi  MDGLXXX,  die  XXHI  martis. 
—  Steph.  Baluzius.  Emendationes  in  margine  appositœ  sunt  Ni- 
colaï Fabri,  ejus  manu  scriptse.  » 


-  i79  — 

Redoutant  le  gouvernement  d'une  maison  et  d'une 
domesticité,  et  se  souvenant  qu'autrefois  il  avait  été 
reçu  cordialement  dans  la  famille  de  Pierre  Pithou,  avec 
une  simplicité  touchante  il  alla  se  confier  aux  soins  d'E- 
lisabeth Dumarais,  la  vénérable  veuve  de  son  ami.  Dans 
cette  maison  il  vécut  comme  un  religieux  profès,  soumis 
à  un  règlement  de  vie  austère,  et  se  livrant  pendant  la 
nuit  à  deux  heures  de  méditation  ou  de  lecture  pieuse  *. 
C'est  alors  surtout  qu'il  étudia  les  pères  de  l'Eglise,  et 
principalement  S.  Augustin  pour  qui  il  avait  une  affec- 
tion particulière  2.  Ses  dépenses  personnelles  étaient  fort 
restreintes  et  presque  «  tous  les  revenus  qu'il  recevait 
du  roy  »  étaient  consacrés  au  soulagement  des  pauvres^. 
De  son  vivant  même  il  lit  une  fondation  annuelle  de 
500  livres  pour  l'entretien  d'ecclésiastiques  chargés 
d'instruire  les  pauvres  de  l' Hôtel-Dieu^.  D'un  autre  côté 
son  désintéressement  des  richesses  et  un  louable  senti- 
ment de  délicatesse  lui  firent  toujours  «  refuser  de  tenir 
du  bien  de  l'Eglise^.  » 

Ainsi  vivait  dans  la  retraite  et  se  perfectionnait  en 
sainteté  notre  admirable  vieillard,  quand  le  renvoi  de  des 
Yveteaux  le  ramena  à  la  cour. 

Le  coup  fut  rudement  ressenti  par  Nicolas  Le  Fèvre. 
Il  opposa  d'abord  à  la  proposition  qu'on  lui  faisait  un 
refus  sincère.  Sa  modestie  bien  connue,  son  âge  avancé, 
ses  fatigues  et  les  lacunes  à  réparer  dans  l'éducation  et 
l'instruction  du  roi,  commencées  par  un  précepteur  peu 
sérieux,  pouvaient  fournir  des  motifs  très  légitimes  à 
alléguer,  ou  du  moins  à  considérer. 


1.  Cf.  Le  Bègue,  op.  cit.  et  le  P.  Jean  de  S.  François,  Disc, 
fun.  Passim. 

2.  Id.  ibid. 

3.  Ibid. 

4.  Cf.  J.  de  S.  Franc,  op.  cit.,  p.  23  et  Le  Bègue,  op.  cit. 

5.  J.  de  S.  Franc.,  Disc,  funèb.,  p.  55. 


-  180  - 

Mais  les  conseillers  de  la  reine  avaient  chaudement  re- 
commandé l'ancien  précepteur  de  Condé.  «  Ses  amis  le 
poussent,  le  sollicitent,  le  pressent  ^  »  La  reine  elle- 
même  promet  qu'elle  veillera  à  ce  qu'on  épargne  tout  en- 
nui ou  tout  excès  de  fatigue  au  vénérable  vieillard,  qu'il 
sera  bien  secouru^,  etc.  Le  prince  de  Condé,  que  son  an- 
cien maître  conjure  de  lui  venir  en  aide  pour  faire 
agréer  son  refus,  est  au  contraire  d'avis  qu'on  ne  pou- 
vait mieux  choisir  ^.  Les  Jésuites  eux-mêmes,  dit-on,  à 
l'instance  du  chancelier  Sillery  ^,  font  à  Nicolas  le  Fè- 
vre  un  devoir  d'accepter  la  proposition.  Il  se  rend,  par 
conscience  et  patriotisme. 

Quant  au  choix  même  que  Marie  de  Médicis  et  son 
conseil  faisaient  de  la  personne  de  Nicolas  Le  Fèvre 
pour  précepteur  du  roi,  nous  ne  saurions  nous  en  éton- 
ner, encore  moins  souscrire  au  blâme  indirect  d'un  écri- 
vain de  nos  jours  ^.  M.  Perrens  convient  du  reste 
«  qu'au  lendemain  de  la  mort  de  Henri  IV,  la  cour  de- 
vait vouloir  et  voulait  un  homme  dévoué  au  pouvoir 
royal  ^.  »  Le  Fèvre  l'était  et  offrait  toutes  garanties  de 
science  et  de  vertu.  Son  âge  même,  —  que  Perrens 
exagère  —  et  son  expérience  lui  donnaient  de  l'autorité 
et  lui  assuraient  du  respect  auprès  de  son  royal  élève. 

Ses  amitiés  bien  connues  et  ses  anciennes  relations 
avec  Pierre  Pithou  le  rendaient  à  bon  droit  suspect  d'o- 
pinions gallicanes  ;  mais  c'était  une  recommandation 
auprès  des  politiques  et  des  gallicans.    Le  nonce  Ubal- 


1.  Cf.  Le  Bèffue,  p.  16.  Son  latin,  d'ordinaire  traînant  et  pro- 
lixe, s'anime  alors  et  devient  concis  :  «  Laudant  consilii  reginae 

Eroceres,    omnesque  in  eum  convertunt  oculos,  amici  movent, 
ortantur,  urgent.  » 

2.  Cf.  Id.  ibid. 

3.  Id.  ibid. 

4.  Perrens,  op.  cit.,  p.  390,  tome  I. 

5.  Id.  ibid. 

6.  Id.  I,  p.  389. 


—  181  — 

dini  lui-même  savait  faire  la  part  des  circonstances. 
Puis  on  pouvait  obtenir  de  Le  Fèvre  qu'il  ne  parlât  ja- 
mais de  ses  opinions  au  roi,  à  qui  il  donnerait  assu- 
rément d'ailleurs  de  bons  exemples  par  ses  actes,  comme 
de  bons  conseils  par  ses  paroles*. 

L'ambassade  vénitienne  voyait  dans  ce  changement 
de  précepteur  le  fait  d'un  motif  religieux  2.  A  ce  point  de 
vue  l'Eglise  et  le  nonce  ne  pouvaient  que  se  réjouir. 
Par  ailleurs  on  avait  auprès  de  Sa  Majesté  un  sous- 
précepteur,  Rivault  de  Fleurance,  appelé  à  un  rôle  im- 
portant dans  son  éducation.  Rivault  était  dévoué  au 
Saint-Siège  et  très  en  faveur  auprès  du  gouverneur  du 
roi,  M.  de  Souvré. 

Le  12  août  1611,  dit  Héroard,  M.  le  chancelier  «  pré- 
sente M.  Le  Fèvre  à  la  Reine  pour  être  précepteur  du 
Roi  ;  sur  ce  la  Reine  le  présente  au  Roi,  disant  ces 
mots  :  Mon  fils,  voilà  M.  Le  Fèvre  que  je  vous  donne 
pour  votre  précepteur.  —  Madame,  j'en  suis  bien  aise. 
—  Il  faut  que  vous  lui  obéissiez  et  faire  tout  ce  qu'il 
vous  dira.  —  Je  le  ferai  aussi,  Madame.  —  C'est  un 
fort  homme  de  bien  et  bien  savant  ;  il  faudra  bien  ap- 
prendre. —  Je  le  ferai  aussi.  Madame^.  » 

M.  le  chancelier  Sillery  prit  ensuite  la  parole  et  parla 
avec  éloge  du  nouveau  précepteur.  Quand  on  voulut 
choisir  un  logement  à  celui-ci  et  qu'on  proposa  celui 
qu'avait  occupé  des  Yveteaux,  le  Roi  dit  avec  beaucoup 
de  délicatesse  :  «  Non,  il  ne  serait  pas  bien  :  il  faudrait 
monter  trop  haut.  Il  faut  le  loger  à  la  chambre  où  sou- 
loit  loger  mon  frère  de  Verneuil,  dans  la  tour^.  » 


1.  Cf.  Ubaldini,  dép.  du  2  août  1611  et  Perrens  op.  cit. 

2.  «  Fu  dimesso  improvisamente  il  S,  d'Ifito  del  carico  de  pre- 
cettore  del  Re  per  ombra  presa  di  lui  in  materia  di  reliffione  et 
dato  al  signor  di  Fevro,  gran  litteralo  et  bonissimo  catholico...  » 
(Amb.  vénit.,  27  juillet  1611). 

3.  Journal  de  la  jeunesse  et  de  l'enfance  de  Louis  XIII,  II, 
p.  75,  Paris,  Didot. 

k.  Journal  de  l'enfance  de  Louis  XIIL  II,  p.  76. 


Il 


—  i82  — 

Malherbe*  donne  quelques  autres  détails.  M.  Le 
Fèvre  aurait  promis  «  au  Roy  que  bientôt  et  sans  Fen- 
nuyer,  il  l'aurait  rendu  savant.  » 

On  passa  ensuite  dans  le  cabinet  des  livres  où  M.  de 
Fleurance  fit  la  leçon  au  roi  en  présence  de  M.  Le  Fèvre 
et  du  vidame  du  Mans 2.  Le  Fèvre  ne  dit  mot.  Il  voulait 
i<  reconnaître  la  portée^  »  de  Louis  XIII. 

Il  ne  devait  pas  tarder  à  constater  les  difficultés  qu'il 
avait  pressenties.  On  connaît  cette  page  fameuse  de 
Saint-Simon  :  «  On  le  laissa  (le  roi)  croupir  dans  l'oisi- 
veté, dans  l'inutilité  et  dans  une  ignorance  si  parfaite 
de  tout,  qu'il  s'est  souvent  plaint  à  mon  père  dans  la 
suite,  en  parlant  de  son  éducation,  qu'on  ne  lui  avoit 
p'as  même  appris  à  lire....^  »  Sans  attacher  plus  d'im- 
portance que  de  raison  à  ces  exagérations  manifestés 
et  injustes,  il  faut  pourtant  convenir  que  tout  n'avait 
pas  été  parfait. 

A  notre  avis  c'était  moins  la  quantité  que  la  qualité 
qui  avait  fait  défaut  dans  les  soins  apportés  à  l'éduca- 
tion et  à  l'instruction  du  jeune  prince.  Nous  trouvons 
même  qu'on  lui  imposait  un  travail  excessif  et  bien  sou- 
vent au-dessus  de  son  âge  et  du  développement  de  son 
intelligence.  Il  faut  voir  dans  Héroard  le  détail  de  ces 
journées  d'un  enfant  de  huit  à  dix  ans^.  On  y  constate 
l'influence  persistante  des  programmes  surchargés,  la 
tradition  des  leçons  multipliées  et  l'absence  d'initiative 
chez  l'élève,  si  justement  stigmatisées  par  Montaigne  : 
«  On  ne  cesse  de  criailler  à  nos  oreilles,  comme  qui 
verserait  dans  un  entonnoir 6.  »  Le  maître  ne  savait  pas 

1.  Lettres  à  Peiresc,  III,  Paris,  Hachette  1862,  p.  350. 

2.  Charles  d'Angennes. 

3.  Héroard,  op.  cit.  —  Cf.  Malherbe,  Lettres  à  Peiresc. 

4.  Parallèle  des  trois  premiers  Bourbons^  tome  I,  p.  7.  Paris, 
Hachette. 

5.  Journal,  passim. 

6.  Essais,  Ch.  XXV,  De  l'institution  des  enfants. 


-  183  - 

assez  s'accommoder  à  l'état  de  son  élève,  ni  «  le  faire 
trotter  devant  luy,  pour  juger  de  son  train  ^  » 

D'un  autre  côté  M™^  de  Alontglas  et  M.  de  Souvré 
étaient  animés  des  meilleures  intentions  ;  mais,  dans 
l'accomplissement  de  leur  charge,  ils  n'échappèrent  pas 
toujours  aux  minuties,  qui  du  reste  étaient  du  goût  de  la 
reine-. 

Ce  n'est  pas  qu'on  ait  usé  à  l'égard  du  prince  de 
l'indulgence  qu'on  serait  tenté  de  supposer  chez  ses 
gouverneurs.  On  ne  le  laissait  guère  en  repos.  «  Il  ne 
se  passe  pas  de  jour,  écrit  M.  B.  Zeller,  sans  qu'il  ait 
à  fournir  sa  besogne.  »  «  Levé,  déjeuné,  étudié,  écrit^, 
tel  est  l'emploi  régulier  de  toutes  ses  matinées,  même 
en  voyage.  La  formule  est  presque  toujours  la  même 
chez  Héroard,  sauf  parfois  cette  variante  :  éveillé, 
fouetté,  étudié^.  »  La  moindre  boutade  chez  l'enfant 
pouvait  lui  faire  donner  le  fouet.  M.  de  Souvré  était  sur 
ce  point  plus  rigoureux  que  M™®  de  Montglas  à  qui 
Henri  IV  écrivait  très  sérieusement  un  jour  : 

«  Madame  je  me  plains  de  ce  que  vous  ne  m'avez  pas 
mandé  que  vous  aviez  fouetté  mon  fils,  car  je  veux  et 
vous  commande  de  le  fouetter  toutes  les  fois  qu'il  fera 
l'opiniastre  ou  quelque  chose  de  mal  ;  sachant  bien, 
par  moi-même,  qu'il  n'y  a  rien  au  monde  qui  fasse  plus 
de  profit  que  cela.... ^.  » 

Ces  procédés  ne  réussirent  pourtant  pas  toujours  à 
empêcher  des  scènes  qui  ne  doivent  pas  surprendre  chez 
un  enfant  irascible,  impérieux,  solennellement  grave, 
né  sur  les  marches  d'un  trône  et  pompeusement  cou- 


1.  Essais,  ibid. 

2.  Cf.  Les  curieuses  lettres  de  Marie  de  Médicis,  relatives  à 
l'éducation  de  son  fils  (ap.  Perrens,  op.  cit.,  p.  382). 

3.  La  Minorité  de  Louis  XI II,  p.  131. 

4.  Exp.  empr.  à  Héroard,  op.  cit. 

5.  De  Fontainebleau,  14  nov.  1607. 


—  184  - 

ronné  à  Reims,  à  l'âge  de  dix  ans.  Héroard*  et  L'Es- 
toile'2  nous  en  ont  laissé  le  récit.  Du  reste,  force  res- 
tait toujours  à  l'autorité  du  maître  ;  l'enfant,  bon  gré 
mal  gré,  fournissait  sa  tâche. 

Si  Le  Fèvre  eût  été  seul,  des  congés  imprévus  au- 
raient de  temps  à  autre  rompu  cette  monotonie.  Ce 
vieillard  souffreteux  était  souvent  obligé  de  garder  la 
chambre.  Le  maréchal  d'Ancre  faisait  un  jour  remar- 
quer au  roi  que  M.  Le  Fèvre  était  souvent  malade  et 
que  M.  de  Fleurance  ne  l'était  jamais.  Il  faut,  dit  le 
maréchal,  lui  faire  prendre  une  médecine.  —  «  Alors, 
reprit  le  roi,  ce  sera  le  jour  que  M.  Le  Fèvre  sera  ma- 
lade 3.   » 

Pour  être  né  prince  et  couronné  roi  à  dix  ou  onze  ans, 
on  a  quand  même  l'esprit  écolier.  On  est  content  aussi 
de  pouvoir  jouer  avec  d'autres  enfants.  Louis  XIII,  na- 
turellement taciturne  et  froid,  avait  néanmoins  du  cœur 
et  était  susceptible  d'attachement.  Il  pleura  abondam- 
ment quand  le  jeune  Alexandre  de  Vendôme  prit  congé 
de  lui  à  Saint-Germain  4. 

Une  anecdote  touchante,  presque  une  idylle,  nous 
prouve  encore  l'existence  chez  le  jeune  roi  de  qua- 
lités affectives.  Nous  la  rapportons  brièvement  d'après 
Andréa  Gioli^  et  M.  B.  ZellerS. 

Au  mois  de  septembre  1610,  arriva  au  Louvre  un  en- 
fant de  l'âge  du  roi.  Cet  enfant  avait  obtenu  la  permis- 
sion de  devenir  familier  avec  le  fils  de  Henri  IV,  pen- 
dant qu'il  était  élevé  à  Saint-Germain.  Il  apportait  un 
nid  de  passereaux.  Il  entre  et  tout  de  suite  demande 
«  Monsieur  le  Dauphin.  »  Il  parvient,  non  sans   peine, 

1.  Op.  cit. 

2.  Cf.  Mémoires. 

3.  Héroard,  op.  cit. 

4.  Cf.  Scip.  Amm.,  16  août  1611  et  B,  Zeller,  op.  cit. 

5.  Dépêche  du  19  septembre  1610. 

6.  Op.  cit. 


-  185  — 

auprès  du  roi  et  lui  dit  :  «  Monsieur  le  Dauphin,  com- 
ment vous  portez-vous  ?  Je  suis  venu  pour  vous  voir, 
parce  qu'il  y  a  un  bout  de  temps  que  je  ne  vous  ai  vu  et 
que  j'en  avais  grand  désir  ;  je  vous  ai  apporté  ce  nid 
de  passereaux  ;  mais  je  ne  puis  vous  les  donner  tous  ; 
car  j'en  veux  vendre  une  partie,  afin  de  pouvoir  payer  la 
barque  dans  laquelle  on  m'a  passé  quatre  fois  ;  et  je  n'ai 
jamais,  jusqu'à  présent,  rien  donné  au  brave  homme  qui 
la  conduit.  »  Le  roi  reçut  avec  plaisir  cet  enfant,  et, 
après  avoir  parlé  quelque  temps  avec  lui,  il  voulut  lui 
faire  donner  un  écu  ;  mais  on  ne  put  le  lui  faire  accep- 
ter. Il  n'avait,  répétait-il,  besoin  que  de  quatre  sous.  Le 
roi,  ravi  par  ce  trait,  ordonne  de  garder  avec  lui  son 
ancien  compagnon  et  de  le  vêtir  avec  un  de  ses  habits. 
Ce  n'est  pas  convenable,  lui  fait-on  observer.  «  Eh 
bien,  reprend  le  roi,  qu'on  lui  en  fasse  un  et  qu'on  se 
dépêche.  » 

De  la  sorte,  observe  Andréa  Gioli,  le  petit  Contadin 
pouvait  devenir  un  grand  seigneur.  Mais  ce  pronostic  ne 
s'est  pas  réalisé.  L'histoire,  parfois  bien  oublieuse,  ne 
se  souvient  pas  même  si  le  pauvre  garçon  de  Saint- 
Germain  s'appelait  sûrement  Georget  ou  Pierrot.  Le 
petit  paysan  s'en  retourna  avec  une  grande  peur  d'être 
battu  ;  son  père  et  sa  mère  ne  voulaient  pas  qu'il  vînt  à 
Paris  voir  le  Dauphin. 

Cette  aventure  donna,  dit-on,  à  réfléchir  à  l'entourage 
de  la  reine,  et  particulièrement  à  Goncini  et  à  sa  femme, 
qui,  à  leur  point  de  vue,  n'avaient  pas  entièrement  tort 
de  craindre  un  de  Luynes,  que  l'instinct  de  conservation 
leur  faisait  entrevoir. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'isolement,  justifiable  jusqu'à  un 
certain  point,  dans  lequel  on  tenait  le  roi,  ne  pouvait 
qu'augmenter  ses  défauts  naturels  en  faisant  de  lui  un 
homme  avant  le  temps. 

Get  excès  même  de  gravité  et  de  sérieux  du  roi  le 
faisait  admirer  des  étrangers,  qui  ne    le  voyaient   que 


-  186  - 

dans  les  représentations  et  prenaient  le  change  sur  Té- 
ducation  qu'on  lui  donnait.  C'est  là  qu'il  faut  chercher 
l'explication  d'une  contradiction  apparente  entre  nos 
appréciations  et  celles  des  ambassadeurs  italiens,  qui  ne 
cessaient  de  louer  le  jeune  roi  dans  les  rapports  à  leur 
gouvernement.  Nous  n'en  citerons  comme  exemple  que 
la  dépêche  de  Gustinian  :  «  Mercredi,  onze  du  présent 
mois,  le  roi  très  chrétien  revint  de  Fontainebleau  à 
Paris....  Sa  Majesté  le  roi  grandit  et  est  très  bien  élevé. 
Il  aime  extrêmement  la  marine  et  a  fait  venir  de  Mar- 
seille une  petite  barque  dans  laquelle,  par  mode  de  dé- 
lassement, il  fait  des  parties  sur  l'eau  ^  »  On  trouve- 
rait également  des  relations  louangeuses  pour  le  roi  dans 
les  papiers  florentins^. 

Tenue  froide  et  digne,  décorum,  représentations, 
exercices  corporels,  amour  des  armes,  de  la  chasse  et 
des  faucons,  avec  quelques  connaissances  acquises  plu- 
tôt par  devoir  que  par  plaisir,  voilà  tout  Louis  XIIT  en- 
fant ou  sortant  de  l'enfance.  Le  Fèvre  eut  donc  à  réagir 
en  faveur  des  lettres  tout  en  respectant  ce  qu'il  trouvait 
à  conserver  dans  les  goûts  du  prince. 

Les  gouverneurs  du  jeune  roi  durent  aussi  déployer 
de  la  vigilance  en  des  matières  délicates.  Louis  XIII 
avait  eu  de  bonne  heure,  trop  tôt  même,  des  aperçus 
dangereux  pour  le  jeune  âge.  Nous  ne  pouvons  ne  pas 
blâmer  des  propos  imprudents  tenus  devant  lui  par  des 
subalternes,  des  grands  et  Henri  IV  lui-même.  Le  jeune 
roi,  plus  sage  en  cela  et  plus  réservé  que  certains  cour- 


1.  «  Mercoledi  undeci  del  corrente  mese  ritornô  in  Parigi  il 
christianissimo  da  Fontainebleau...  Gresce  la  Maestà  sua  e  si  fa 
grande;  viene  con  esquisita  disciplina  educato...,  mostra  grande 
inclinazione  aile  cose  de  mare  etsihafattoveniredaMarsigliauna 
picola  g-alera  nella  quale  va  sollanzando  per  queste  acque.  »  (G. 
Gustinian,  dép.  du  18  mai  1611.  Pap.  ital.). 

2.  Cf.  Gioli,  se.  amm.,  Botti. 


—  187  — 

tisans  parfois  sans  pudeur*,  ne  tarda  pas  à  manifester 
une  véritable  horreur  pour  ce  genre  de  conversation.  Il 
faut  voir  dans  ces  tendances,  qui  firent  appeler  le  prince 
Louis  le  Juste  et  le  Chaste,  une  heureuse  influence  du 
P.  Coton,  son  confesseur,  de  M.  de  Souvré,  de  David 
Rivault  et  de  Nicolas  Le  Fèvre. 

Il  est  difficile  aujourd'hui  de  dire  exactement  dans 
quelle  mesure  le  passage  de  ce  dernier  à  la  cour  fut 
bienfaisant  et  réparateur  pour  l'éducation  du  roi  ;  mais 
on  peut  affirmer  sans  hésitation  qu'il  le  fut.  Ce  n'est 
pas  en  vain  qu'un  maître  vertueux  et  sérieux  passe  un 
temps,  même  court,  auprès  de  son  élève.  Et,  quant  à 
Le  Fèvre,  on  ne  «  le  vit  point  entretenir  l'esprit  du  roy 
de  fables  et  curiositez  vaines  ou  discours  inutiles,  plus 
pour  chatouiller  les  oreilles  des  assistants  que  pour 
servir  à  Tinstruction  de  son  disciple  ;  mais  s'estant 
proposé  pour  but  de  ceste  action,  non  de  plaire,  mais  de 
profiter,  toutes  ses  leçons  estoient  propos  de  vraye 
sagesse  divine  et  humaine  2.  » 

Si  Le  Fèvre  ne  fît  pas  autant  de  bien  qu'il  l'eût  dé- 
siré, il  faut  se  souvenir  des  circonstances  et  du  peu  de 
durée  de  son  préceptorat.  Depuis  un  an  et  demi  seule- 
mont  il  exerçait  ces  nobles  fonctions,  quand  soudain, 
dans  «  le  cabinet  du  roy,  où  il  vaquoit  à  ce  qui  estoit 
de  sa  charge 3,  »  il  fut  pris  d'un  frisson  et  dut  se  reti- 
rer et  se  mettre  au  lit.  Comme  le  mal  augmentait,  il  fît 
appeler  auprès  de  lui  «  des  hommes  pieux  et  en  parti- 
culier Jean  Gulon^,  prieur  du  monastère  des  Feuillans, 
qui  l'assista  jusqu'à  son  dernier  moment^.  » 

1.  Op.  cit.  Héroard  rapporte  des  traits  qui  font  honneur  à  la 
veitu  de  Louis  XIII,  commençant  à  se  rendre  compte  des  per- 
sonnes et  des  choses. 

2.  J.  de  S.  François,  op.  cit.,  p.  66. 

3.  Id.  ibid.,  p.  68. 

4.  Jean  de  S.  François,  auteur  de  l'oraison  funèbre  cit.  ci-d. 

5.  Le  Bègue,  op.  cit. 


-  188  - 

Aussitôt  qu'il  se  sentit  gravement  frappé,  Le  Fèvre 
fit  son  testament  dans  lequel  sont  consignés  des  dons 
généreux  ;  il  chargea  de  l'exécution  son  neveu,  Louis 
Le  Fèvre,  et  son  cousin,  Bourlon,  greffier  de  la  chambre 
des  comptes  ^  Dans  cette  pièce  sont  réglés  les  moindres 
détails  de  la  sépulture  du  testateur,  qui,  là  encore,  fait 
preuve  de  grand  amour  pour  la  bonne  simplicité  et  l'hu- 
milité chrétienne. 

Alors,  tout  à  la  pensée  de  son  salut  et  de  ses  fins 
dernières,  après  dix-sept  jours  de  maladie,  visité  parle 
prince  de  Gondé,  son  cher  élève,  et  muni  de  tous  les  se- 
cours de  la  religion,  il  rendit  saintement  sa  belle  âme  à 
Dieu,  le  4  novembre  1612. 

Avec  une  pompe  modeste,  comme  le  défunt  l'avait 
désiré,  mais  avec  le  concours  d'une  foule  d'amis  et 
d'hommes  de  la  cour,  le  corps  de  Le  Fèvre  fut  porté  au 
cimetière  des  Saints-Innocents.  Le  Fèvre  avait  choisi  ce 
lieu  comme  étant  «  le  sepulchre  commun  au  menu  peu- 
ple 2.  »  Cependant  on  déposa  son  cercueil  à  part  avec 
ceux  de  sa  mère  et  de  ses  autres  parents  du  côté  ma- 
ternel. 

Il  avait  recommandé  de  ne  placer  sur  sa  tombe  qu'une 
simple  pierre  de  marbre  avec  l'épitaphe  qu'il  s'était  lui- 
même  composée.  Le  P.  Gulon  était  le  dépositaire  de 
cette  inscription,  qu'il  fit  graver  sur  le  tombeau  de  Le 
Fèvre,  et  qu'il  donne  dans  son  discours  imprimé.  La 
voici  telle  qu'elle  s'y  lit^  : 

1.  Cf.  Bibl.  nat.  imp.  V^  n  12034.  —  Le  Fèvre  léguait  ses  ma- 
nuscrits au  président  de  Thou  et  le  reste  de  sa  bibliothèque  à  le 
Bègue,  son  futur  historien  (Cf.  Vita  etc.  op.  cit.). 

2.  Disc,  fun.,  p.  76. 

3.  Le  Bègue,  od.  cit.,  donne  aussi  cette  épitaphe  avec  quel- 
quelques  légers  cnangements  : 

«  Nicolaus  Faber 
Peccator  non  unus  ex  multis 

Hic  iaceo. 
Quid  de  me  dici  verius, 
Aut  a  me  utilius  non  video. 


—  m  - 

D.    O.    M. 

NIC.    FABER    PECCATOR    NON 
VNVS    EX    MULTIS    HEIC    lACEO 
QUID    DE    ME    DIGI    VERIUS    AVT 
A    ME    QUID    VTILIVS    NON    VI- 
DEO   AGNOSCO    BONE    lESU    TU 
IGNOSCE    AD    HOC    ENIM    NATUS 
ES    AD    HOC    PASSUS    AD    HOC 
TREMVISTI    VT    PER    TE    SECURI 
ESSEMUS. 

VIXIT    AN.    LXVIII.    MEN.    IV. 
III.    DEVIXIT    AN  MDCXII. 
R.    I.    P. 


Dans  le  concert  de  louanges  à  la  mémoire  de  Nicolas 
Le  Fèvre  il  y  eut  quelques  notes  discordantes.  Le  P. 
Jean  de  Saint-François  s'en  plaint*,  et  dans  une  lettre 
à  Peiresc^,  Malherbe  s'en  fait  l'écho.  Parlant  de  l'épita- 
phe  de  Le  Fèvre,  faite  par  lui-même,  il  dit  :  «  Je  vous 
l'envoie  ;  vous  verrez  combien  il  était  vain.  »  C'est  un 
mot  de  mécontent,  un  jugement  d'esprit  de  coterie  d'un 
ami  de  des  Yveteaux.  Le  P.  Gulon  apprécie  autrement 
cette  pièce. 

Lui-même  aurait  voulu  payer  par  une  inscription  la 
dette  de  l'amitié  à  ce  cher  défunt.  Il  le  fait  du  moins  à 


Agnosco  bone  Jesu,  tui  gnosce, 
Ad  hoc  enim  natus  es,  ad  hoc  passus, 
Ad  hoc  pro  nobis  tremuisti, 
Ut  per  te  securi  essemus. 
Vixit  ann.  LXVIII.  M.  IV.  D.  I. 
Devixit  pr.  N.  NOV.  AN.  MDCXII. 
R.  I.  P. 

1.  Disc.  fun.  —  Dédicace  à  M.  de  Thou,  p.  2. 

2.  Lettre  du  22  novembre  1612.  Paris,  Hachette  III,  p.  262. 

43 


—  490  - 

la  fin  de  son  livre  ^  en  des  vers  qui  vengent  cet  érudit, 
homme  de  bien,  de  l'envie  et  du  dénigrement  : 

«  Febvre,  tu  gis  icy,  mais  pourtant  cestc  lame 
«  Ne  ne  te  peut  séparer  du  nombre  des  vivants  ; 
a  Car  tu  ne  peux  mourir,  puisqu'on  Dieu  vit  ton  âme, 
€  Comme  fait  ta  mémoire  en  l'esprit  des  scavans.  » 

1.  A  la  suite  du  Disc.  fun. 


ï 


CHAPITRE  VI 


David  Rivault  est  nommé  premier  précepteur  du  Roi.  —  Examen  de  la  critique 
que  des  historiens  ont  faite  au  sujet  de  cette  nomination.  —  Comment  cette 
nomination  fut  accueillie  généralement,  et  particulièrement  par  le  nonce 
Ubaldini.  —  Crédit  de  Rivault  à  la  cour  prouvé  par  la  fondation  d'une  Aca- 
démie au  Louvre.  —  Le  <  Dessein  d'une  Académie.  >  —  c  Leçon  faite  par 
David  Rivault  à  la  première  réunion  de  cette  Académie.  —  Retour  au  sujet 
principal  :  l'éducation  de  Louis  XIII. 


Pour  la  troisième  fois  la  cour  eut  à  pourvoir  à  la  no- 
mination d'un  précepteur  du  Roi.  Mais,  dans  cette  oc- 
currence, le  choix  était  aisé.  Celui  qui  était  à  la  peine 
et  exerçait  souvent  les  fonctions  de  maître  à  un  titre  se- 
condaire, méritait  d'être  appelé  à  l'honneur  avec  le  titre 
principal. 

Au  reste,  que  pouvait-on  reprocher  à  David  Rivault? 
Sa  condition  médiocre,  peut-être.  Encore,  même  à  ce 
point  de  vue  assez  misérable,  il  était  Tégal  de  des  Yve- 
teaux  et  supérieur  à  Le  Fèvre. 

Le  P.  Grifîet',  et  après  lui  M.  Perrens,  soulèvent 
rétrospectivement  une  difficulté  plus  sérieuse.  Elle  tient 
au  goût  de  David  Rivault,  «  mathématicien  habile,  mais 
exclusif,  qui  occupa  le  roi  d'artillerie  et  de  fortifications 
et  négligea  tout-à-fait  l'instruction  littéraire.  Le  judi- 
cieux jésuite  2,  historien  de  Louis  XIII,  en  exprime  son 
regret  ;  l'instruction  littéraire  donnant  seule,  dit-il,  ces 
idées  larges  et  générales  sans  lesquelles  un  prince  est 
indigne  de  s'asseoir  sur  un  trône  ^. 

Cette  critique  est  assurément  spécieuse  ;  à  défaut 
d'autres  raisons,  elle  serait  sans  doute  fondée  sur  une 


1.  Hist.  de  Louis  XIII,  dans  l'Histoire  de  France  par  le  P. 
Daniel,  t.  XIV. 

2.  Le  P.  Griffet,  op.  cit. 

3.  Perrens,  op.  cit.,  p.  391. 


-  192  — 

présomption  que  créent  le  tour  d'esprit  du  roi  et  celui 
de  son  nouveau  précepteur.  Et  pour  le  jugement  du  P. 
Griffet,  nous  devons  y  souscrire  d'une  manière  géné- 
rale. Dans  l'espèce  pourtant  il  nous  paraît  bien  sévère, 
ainsi  que  celui  de  M.  Perrens.  Nous  n'avons  pas  de 
peine  à  croire  que  Rivaujt  de  Fleurance  ait  abondé  dans 
le  sens  de  ses  goûts  et  de  ses  principales  aptitudes  ; 
c'est  la  nature  ;  mais  fut-il  aussi  «  exclusif  »  qu'on  l'af- 
firme? Celui  qui  avait  composé  un  poème',  qui  faisait 
partie  d'une  académie  célèbre,  qui  en  fonda  même  une 
au  Louvre,  et  qui  enfin  se  montre,  dans  son  «  Art  d'em- 
bellir, »  familiarisé  avec  toute  la  littérature  ancienne 
aussi  bien  qu'avec  la  littérature  moderne,  ne  pouvait, 
dans  son  enseignement,  être  presque  l'ennemi  des  huma- 
nités. S'il  les  cultiva  moins  dans  ses  leçons,  les  circons- 
tances pourraient  peut-être  nous  en  donner  la  raison. 

Qu'au  point  de  vue  littéraire  il  y  ait  eu  des  lacunes 
dans  l'instruction  du  roi,  soit  ;  ses  deux  premiers  maî- 
tres n'avaient  pourtant  pas  dû  négliger  cette  partie  au 
bénéfice  d'une  autre.  Souvenons-nous  que  des  Yveteaux 
était  poète-,  et  Nicolas  Le  Fèvre  nourri  des  classiques, 
qu'il  aimait,  dit-on,  même  avec  excès.  Or,  dans  l'ensei- 
gnement, comme  ailleurs,  on  penche  toujours  du  côté 
qui  plaît  mieux 3. 

Sans  exclure  les  notions  de  sciences,  qui  ne  font 
qu'apporter  une  heureuse  diversion  et  entretenir  un 
équilibre  salutaire  dans  le  développement  parallèle  des 
facultés  de  l'enfant,  on  avait  donc  été  logique  dans  l'or- 


1.  Cf.  ci-dessus,  ch.  I. 

2.  Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  utiliser  ici  des  rensei- 
gnements obligeamment  procurés  par  M.  le  comte  de  Gontades. 
—  Cf.  Trois  lettres  de  Nicolas  des  Yveteaux,  in-S**,  Alençon, 
1890.  —  Des  Yveteaux  montre  dans  une  de  ces  lettres  qu'il  sa- 
vait écrire  «  en  latin  le  plus  correct  et  le  plus  orthodoxe,  mais  » 
aussi  «  le  plus  contourné  et  le  plus  obscur...  »  (Gte  de  Gontades, 
Ibid.,  p.  7). 

3.  «  Trahit  sua  quemque  voluptas.  » 


-  193  — 

dre  des  leçons  données  au  roi.  Celui-ci  avait  d'abord 
passé  par  les  grammaires,  puis  parcouru  les  humanités. 

Au  moment  où  David  Rivault  allait  prendre  en  main 
la  direction  de  ses  études,  Louis  XllI  en  était  à  peu 
près  au  point  d'un  de  nos  élèves  actuels  au  sortir  de  sa 
seconde,  ou  peut-être  même  de  sa  rhétorique.  On  com- 
prend la  tournure  des  leçons  que  Rivault  fut  appelé  à 
faire  ou  à  continuer.  D'ailleurs  en  se  réservant  plus  spé- 
cialement les  mathématiques,  la  philosophie  et  les  con- 
naissances religieuses  dans  lesquelles  il  était  plus  com- 
pétent, ne  laissa-t-il  pas  à  Chaumont,  le  sous-précep- 
teur, le  soin  de  développer  chez  le  roi  le  goût  des  lettres, 
et  de  compléter  les  notions  qu'il  en  avait  ?  Ici  une 
grande  place  est  laissée  à  la  conjecture  et  nous  défend 
d'être  trop  absolu  dans  nos  appréciations. 

Quoi  qu'il  en  soit,  David  Rivault  reçut  son  brevet  de 
précepteur  du  roi  en  date  du  4  novembre  1612  ^ 

En  somme,  ce  choix  était  bon.  Devant  les  garanties 
sérieuses  de  moralité,  l'expérience  déjà  très  suffi- 
sante qu'apportait  le  nouveau  précepteur,  son  bon  es- 
prit et  sa  foi  sûre,  disparaissaient  les  objections  dont 
nous  avons  parlé. 

L'Eglise,  cette  fois,  remportait  un  vrai  triomphe  ;  le 
précepteur  et  le  sous-précepteur  lui  étaient  dévoués. 
Ils  devaient  suivre  la  ligne  de  conduite  que  leur  tra- 
çaient le  P.  Gotton,  attentif  à  leurs  leçons,  et  surtout  le 
nonce  Ubaldini. 

Quand  l'immixtion  de  ce  dernier  dans  les  affaires  in- 
times de  la  cour  allait  au  bien  de  la  France  et  du  roi, 
nous  ne  pouvons  la  regretter.  Autrement  que  serait-il 
arrivé  ?  Avec  de  bonnes  intentions,  Marie  de  Médicis 
n'avait  ni  l'initiative  ni  la  largeur  de  vues  que  réclamait 
une  éducation  si  importante. 

«  C'est  donc  au  nonce  Ubaldini,  on  ne  saurait  le  nier, 

l.  Cf.  Pièc.  just.  G. 


-  194  — 

qu'il  faut  faire  honneur  de  l'esprit  de  suite  et  de  la 
bonne  tenue  qui  s'introduisait  enfin  dans  l'éducation  du 
roi.  Il  lui  rendit  service  ainsi  qu'à  la  France  ^  » 

Assurément  le  nonce  servait  ainsi  les  intérêts  du 
Saint-Siège,  mais  il  servait  également  les  nôtres  bien 
entendus. 

Dans  une  lettre  au  cardinal  Borghèse-  il  parle  dans 
les  meilleurs  termes  du  nouveau  précepteur.  Cette  pièce 
fait  grand  honneur  à  notre  compatriote  et  aussi  à  celui 
dont  elle  émane.  S'il  est  beau  de  mériter  de  si  bons  té- 
moignages, il  est  encore  beau  de  savoir  reconnaître  et 
louer  le  mérite. 

De  son  côté  M.  de  Souvré,  le  protecteur  ou  l'ami 
avoué  de  Rivault,  dut  être  satisfait.  Les  liens  qui  unis- 
saient le  précepteur  et  le  gouverneur  ne  pouvaient  du 
reste  que  mettre  plus  d'entente  entre  eux  et  profiter  au 
roi. 

Il  n'y  eut  donc  que  des  expressions  de  contentement 
et  de  satisfaction  de  la  part  des  gens  sérieux,  attirés 
vers  Rivault  parla  sympathie  et  la  communauté  de  vues. 
Celui-ci  en  effet  s'efforçait  de  mettre  en  honneur  parmi 
les  courtisans  autre  chose  que  les  frivolités  et  les  pas- 
se-temps auxquels  la  jeunesse  surtout  tendait  à  se  lais- 
ser aller. 

C'est  pourquoi  il  songea  à  instituer  à  la  cour  une 
académie  sur  le  modèle  de  celles  qui  florissaient  en  Italie. 
En  cela  il  était  d'accord  avec  M.  de  PluvineP,  sous- 
gouverneur  du  roi.  Mais  à  Rivault  appartient  la  part 
principale  dans  l'entreprise,  ainsi  qu'en  témoignent  son 


1.  Perrens,  op.  cit.,  392. 

2.  Lettre  du  11  janvier  1613.  «  Il  nuovo  precettore  del  Ré  si 
chiama  il  signore  de  Fiorenze  ;  »  etc.  (Bibl.  nat.,  fonds  italien). 
—  Cette  lettre  ayant  été  publiée  par  le  P.  Colombier  {Revue  hist. 
et  arch.  du  Maine,  1878)  nous  jugeons  inutile  de  la  reproduire 
ici. 

3.  Cf.  les  éditeurs  du  Journal  d'JIéroard,  Paris,  Didot. 


—  195  — 

«  Dessein  d'une  académie  »  et  la  curieuse  «  leçon  faicte 
en  la  première  ouverture  ^  »  de  cette  assemblée,  le  12 
mai  1612. 

L'auteur  appelle  son  œuvre  «  un  dessein.  »  Il  a  «  jette 
ce  rayon  au  hazard  non  d'estre  blâmé,  puisque  »  son 
«  intention  ne  tend  qu'à  bien,  mais  d'estre  postposé  à 
quelqu'un  qui  y  ayant  pensé  »  après  lui,  «  en  donnera 
de  meilleurs  moyens  et  en  proposera  quelque  descrip- 
tion plus  entière-.  » 

Vingt-trois  ans  plus  tard  Gonrart  et  Richelieu  se 
souviendront  de  cet  essai  pour  réunir  et  établir  sur  des 
bases  solides  la  Société  qui  est  encore  la  gloire  et  le 
soutien  des  lettres  françaises.  Sans  aucun  sentiment  de 
jalousie,  Rivault  aurait  applaudi  aux  succès  qu'ils  ob- 
tinrent en  «  fécondant  »  «  l'entreprise^,  »  un  peu  mo- 
difiée, de  notre  compatriote. 

Celui-ci  rêvait  une  académie  avec  un  but  essentielle- 
ment pratique,  quelque  chose  comme  les  hautes  études 
de  la  cour  ;  ou  bien  encore  une  école  dans  laquelle  se 
formerait  la  jeune  noblesse,  qui  y  trouverait  une  occa- 
sion et  des  moyens  d'utiliser  ses  loisirs. 

Les  jeunes  courtisans  se  rangent  en  deux  catégories  : 
les  uns  se  destinent  aux  armes,  les  autres  à  la  diplo- 
matie et  à  l'administration.  Les  exercices  corporels  aux- 
quels se  livre  le  soldat,  ou  le  futur  soldat,  lui  laissent 
«  plusieurs  heures  franches,  lesquelles  il  peut  employer 
bien  honorablement  à  l'apprentissage  de  ce  qui  est 
nécessaire  et  bien  séant  à  sa  profession,  et  dont  Texé- 


1.  Le  Dessein  d'une  académie  et  de  l'introduction  d'icelle  en 
la  Cour.  —  Leçon  faicte  en  la  première  ouverture  de  V Académie 
royale  du  Louvre,  le  6  may  1602.  —  Avant-propos  pour  les  ma- 
thématiques au  roy  Louis  XIII  (latin -français).  —  Ces  trois 
opusc.  ont  été  publiés  à  Paris,  1612,  in-S»  (Bibl.  Mazarine,  n. 
33727).  —  Le  dessein  d'une  Académie  est  dédié  à  la  reine  ré- 
gente. 

2.  Dessein  d'une  acad.^  p.  2. 

3.  Id.  ibid. 


-  196  — 

cution  après  apporterait  du  lustre  et  de  la  splendeur 
à  ses  généreuses  actions,  et  polirait  sa  vie  et  ses 
mœurs  ^  »  Le  courage  ne  suffit  pas  ;  il  faut  «  entendre 
l'art  de  le  pratiquer.  »  Puis  on  n'est  pas  toujours  dans 
les  camps.  Le  soldat,  appelé  à  vivre  parmi  les  hom- 
mes, en  temps  ordinaire,  doit  avoir  les  qualités  de 
l'homme  de  société.  Les  exercices  de  l'académie  contri- 
bueront à  les  lui  donner  et  à  piquer  sa  curiosité  pour 
s'instruire  et  interroger  le  passé,  riche  d'exemples  salu- 
taires 2.  Dans  ces  réunions  l'on  entretiendra  et  l'on  com- 
plétera même  une  instruction  peut-être  bien  sommaire, 
et  l'on  recevra  l'éducation,  qui  fait  l'homme  moral  et 
social. 

Pour  ceux  qui  songent  à  servir  leur  pays  dans  les 
différents  emplois  civils,  a  ils  apprendront  à  parler  en 
public,  acquerront  de  la  hardiesse,  formeront  leur  geste, 
enrichiront  leur  langage,  qui  font  parties...  utiles  à 
paroistre  es  conseils  privés  et  d'Estat^.  » 

Enfin  à  tous  «  l'opération  des  lettres  donne  une 
grande  lumière  pour  toutes  actions  de  ce  monde  et  du 
jugement  pour  s'y  conduire  honorablement^.  »  Nous  en 
avons  pour  témoins  et  garants  les  «  anciens  grecs  et 
latins,  qui  ont  exécuté  de  si  belles  choses,  »  et,  pour 
encouragement,  l'exemple  des  «  gentils-hommes  d'Ita- 
lie, »  qui  «  se  délectent  fort  aux  amusements  des  aca- 
démies ^.   » 

Omettons  d'autres  raisons,  que  David  Rivault  apporte 
néanmoins  à  bon  droit  pour  expliquer  et  recommander 
l'œuvre  projetée,  et  arrivons  au  règlement  même,  que 
nous  donnons  presque  dans  toute  son  étendue,  parce 
qu'il  est  devenu  aujourd'hui  difficile  à  trouver. 

1.  Dessein  d'une  acad.,  p.  3. 

2.  Id.,  p.  5. 

3.  Id.,  p.  6. 

4.  M,  p.  10. 

5.  Id.  ibid. 


—  197  - 

((  On  suppliera  très  humblement  le  roy  de  permettre 
ce  louable  exercice  en  sa  cour,  de  l'approuver  et  d'avoir 
agréable  que  ceste  académie  s'appelle  la  Royale,  qu'il 
s'en  veuille  dire  prince  et  protecteur  perpétuel  :  et  que 
néantmoins  tous  les  ans  on  élise  un  prince,  ou  quelque 
personnage  de  grande  qualité  de  cest  Estât,  qui  en  soit 
vice-protecteur...  » 

«  On  créera  un  directeur,  qui  tiendra  la  place  du 
vice-protecteur  ;  et,  en  son  absence,  sera  le  chef  de  la 
direction  de  l'académie...  et  tous  les  ans  le  jour  de 
l'heureuse  naissance  du  roy,  qui  est  le  XXVII  de  sep- 
tembre,... le  directeur  nouveau  fera  l'ouverture  de  l'aca- 
démie publiquement  et  prendra  pour  thème  l'heur  de  la 
dite  naissance  du  Roy  ou  l'advenement  des  Bourbons 
à  la  couronne  de  France » 

((  Il  y  aura  deux  assistants  du  directeur,  ...qui  en  son 
absence,  chacun  en  son  rang,  auront  le  commandement 
en  main...  » 

«  Il  y  aura  un  secrétaire  de  l'académie,  qui  tiendra 
registre  de  tout  ce  qui  s'y  passera...  Il  sera  esleu 
comme  tous  les  autres  officiers,  le  VIII  jour  de  septem- 
bre... » 

a  II  y  aura  un  économe  qui  aura  soin  chaque  iour  d'a- 
cadémie que  lés  chaires  et  les  bancs  soient  en  bon  ordre, 
recevra  les  gens  d'honneur  qui  y  viendroient.  et  assisté 
de  deux  académiques  de  ses  amis  aura  l'œil  à  ce  qu'il 
n'y  ait  nulle  confusion...   » 

«  Il  y  aura  six  observateurs,  qui  prendront  garde 
curieusement  aux  vices  qui  se  pourroient  trouver  en 
quelques  académiques,  et  en  feront  le  rapport  sous- 
mains  aux  principaux  chefs,  lesquels  seuls  les  choisiront 
en  secret,  sans  que  le  reste  de  la  compagnie  le  sçache, 
et  leur  donneront  la  charge  de  ce  faire  quelques  iours 
après  leur  élection  pour  toute  leur  année.  » 

«  Qui  voudra  estre  receu  en  l'académie,  il  priera  un 
des  académiques  de  le  proposer.  Sur  la  proposition  qu'il 


—  198  — 

en  fera,  on  en  députera  deux  pour  s'informer  de  sa  vie 
et  de  ses  mœurs.  (On  ne  doit  y  recevoir  indifféremment 
tout  le  monde).  Au  rapport  qu'ils  en  feront  on  ballottera 
entre  tous  pour  son  élection,  et,  au  plus  de  voix,  il  sera 
admis  ou  refusé.  » 

«  La  forme  de  balloter  sera  empruntée  des  anciens. 
L'économe  portera  autour  de  l'assemblée  deux  pleines 
coupes  de  ballotes,  ou  de  febves,  pour  représenter  une 
plus  chenue  antiquité,  les  unes  noires,  les  autres  blan- 
ches, et  chacun  en  prendra  deux,  une  de  chaque  coupe. 
Puis  il  portera  encore  par  les  bancs  l'urne,  qui  sera 
faicte  de  sorte  qu'il  y  aura  un  endroit  à  passer  la  main 
à  couvert,  et  des  deux  côtés  deux  réceptacles,  l'un  à 
droite,  où  se  mettront  les  febves  ou  les  ballotes  décisi- 
ves de  la  proposition;  l'autre  à  gauche,  où  les  inutiles 
se  renvoyeront.  On  en  prend  deux,  afin  qu'on  ne  cog- 
noisse  point  quel  a  esté  le  vœu  d'un  chacun...  On  ou- 
vrira l'urne  et  selon  le  nombre  des  blanches  l'élection 
sera  faicte  ou  refusée.  Le  nombre  des  blanches  égal,  ou 
arrivant  à  l'égalité  de  deux  moins,  l'élection  passera  : 
trois  seront  le  refus.   » 

«  En  l'élection  des  six  officiers  il  y  aura  cet  ordre, 
que  les  précédens  en  choisiront  trois  pour  chaque  office, 
qui  ensemble  seront  présentés  aux  académiques,  et 
celuy  qui  aura  plus  de  voix  sera  éleu...   » 

«  L'Assemblée  de  l'académie  se  fera  au  jeudy  et  au 
dimanche  ;  à  trois  heures  après  midy  au  dimanche  pu- 
bliquement et  à  huis  ouvert  à  tout  le  monde  ;  le  jeudy  à 
une  heure  et  à  huis  clos  à  tous  ceux  qui  ne  seraient  du 
nom  et  de  l'élection  de  l'académie.  » 

«  Le  dimanche  se  fera  la  leçon  par  un  académique  sur 
tel  sujet  qu'il  luy  plaira  de  ceux  qui  seront  choisis  cy- 
après  :  sinon  aux  iours  cy-devant  prefix  de  l'ouverture 
et  de  l'élection  des  officiers.  Et  la  leçon  finie,  qui  durera 
au  plus  une  heure,  à  l'ordinaire  trois  quarts  d'heure  ou 
demie  heure,  le  lisant  mettra  une  thèse  de  mœurs  ou  de 


—  199  - 

guerre,  qui  sera  débattue  de  quiconque  voudra  des 
académiques,  et  le  lisant  respondra  doucement  aux  ob- 
jections... » 

«  Quelquefois  au  lieu  de  ceste  conférence  on  mettra 
en  avant  une  question  d'Estat  ou  de  guerre  sur  laquelle 
les  académiques  donneront  leur  advis,  qu'ils  fortifie- 
ront de  raisons  ;  puis  le  directeur,  qui  parlera  le  der- 
nier, cueillera  les  voix,  et  aussi  la  résolution  s'en  pren- 
dra à  la  forme  du  conseil,  afin  que  les  ieunes  s'acquiè- 
rent l'assurance  de  se  trouver  au  lieu  où  telles  affaires 
se  déterminent  à  bon  escient.   » 

«  La  conférence  finie,...  si  quelqu'un  de  l'académie  a 
des  vers,  un  épigramme,  un  sonnet,  une  chanson,  un 
madrigal,  en  latin,  françois,  italien  ou  espagnol,  de  sa 
façon,  il  le  pourra  mettre  en  jeu.  » 

«  Au  jeudy  il  s'y  fera  aussi  une  leçon  d'une  demie 
ou  trois  quarts  d'heure  ;  puis  on  débattra  une  question 
de  mœurs  ou  de  guerre  :  et  la  conférence  finie,  on  en- 
trera en  considération  des  choses  qui  concernent  l'aca- 
démie.... » 

«  La  matière  des  leçons  ne  pourra  estre  directement 
de  théologie De  toute  autre  chose,  soit  de  philoso- 
phie, d'humanités,  de  poésie,  des  arts  méchaniques,  de 
l'histoire,  de  l'éclaircissement  d'un  autheur  vieil  ou  ré- 
cent ;  des  recherches  de  l'antiquité  ;  des  manières  de 
faire  la  guerre,  vieilles  ou  nouvelles,  de  divers  peuples, 
de  la  police,  des  maximes  d'estat  ;  principalement  des 
mœurs,  et  bref  de  tout  ce  qu'une  âme  gentille  peut  con- 
cevoir et  rechercher,  il  en  sera  discouru  au  gré  de  celuy 
qui  aura  la  chaire.  » 

«  La  chaire  se  demandera  au  directeur  qui  l'accor- 
dera selon  qu'il  luy  semblera  bon.  » 

«  Le  lecteur  sera  tenu  de  donner  par  écrit  au  secré- 
taire sa  leçon,  qui  sera  conservée  et  enregistrée  sous  le 
iour  qu'elle  aura  été  faicte  avec  le  nom  du  lecteur  et  le 
sujet  d'icelle...  » 


-  200  — 

«  On  recevra  es  leçons  de  l'Académie  les  langues  la- 
tine, française,  italienne  et  espagnole,  et  toutes  autres 
en  allégations.  » 

«  Tous  les  premiers  jeudis  du  mois  l'un  des  officiers, 
ou  quiconque  se  présentera,  fera  une  exhortation  à  la 
piété...  » 

(c  Le  second  jeudy  de  chaque  mois  le  directeur,  ou 
l'officier  qui  présidera,  advertira  un  chacun  de  vivre 
sagement,  et  après  censurera  celuy  ou  ceux  des  acadé- 
miques librement,  qui  au  rapport  des  observateurs  vi- 
vraient dissolument....  mesme  reprendra  les  mauvaises 
grâces,  s'ils  en  ont...^  » 

Les  statuts  de  cette  Académie  contiennent  encore 
d'autres  articles,  curieux  sans  doute,  mais  trop  étendus 
pour  entrer  dans  cette  étude,  destinée  surtout  à  mettre 
en  relief  la  personne  de  David  Rivault. 

Quant  à  l'institution  même  et  à  son  fonctionnement 
dans  la  pratique,  à  sa  durée  et  à  ses  travaux,  nous  som- 
mes malheureusement  réduits  aux  données  que  nous 
fournit  un  discours  du  même  auteur^. 

C'est  une  composition  assez  indigeste,  très  nourrie 
d'érudition,  mais  où  brillent  médiocrement  les  qualités 
des  lettres  françaises.  A  notre  avis,  aucune  des  publica- 
tions de  Rivault  ne  donne  moins  la  mesure  de  son  ta- 
lent. Peu  d'auditoires  aujourd'hui  supporteraient  ces 
longues  «  allégations  »  de  Plutarque  et  de  quelques  au- 
tres, et  je  suppose  que  dans  la  jeune  académie  royale 
du  Louvre  plus  d'un  des  membres  de  cette  société  de 
choix  admira  de  confiance  les  choses  dont  parlait  cette 
belle  vieille  langue  grecque,  qui  émaille  les  pages  de  la 
leçon. 


1.  Dessein  d'une  acad.,  p.  12-25. 

2.  Leçon  faicle  en  la  première  ouverture  de  l'Académie  royale 
du  Louvre,  le  6  may  1612,  par  le  sieur  de  Flurance  Rivault.  Pa- 
ris 1612.  iii-80  (Bibl.  Mazarine,  R.  33727). 


-  201  - 

Néanmoins  cette  conférence  mérite  une  mention,  ne 
fût-ce  qu'à  titre  de  curiosité  et  de  souvenir. 

Les  commencements  de  l'Académie  sont  «  petits  » 
comme  ceux  de  Rome  fondée  par  Romulus,  alors  qu'on 
apporta  un  peu  de  terre  qu'on  jeta  dans  «  une  fosse  en 
rond*.  ))  On  ne  doit  rien  en  préjuger  de  défavorable 
quant  aux  résultats-.  Il  faut  même  travailler  avec  ar- 
deur pour  que  les  mêmes  éléments  d'industrie  et  de 
force  réunies  qui  ont  fait  la  grandeur  de  l'œuvre  de  Ro- 
mulus, fassent  de  même  celle  de  cette  compagnie,  et 
qu'il  en  rejaillisse  de  la  gloire  pour  «  notre  jeune  Louis,  » 
comme  la  fondation  de  Rome  en  procura  au  vieux  ro- 
main 3, 

La  culture  intellectuelle  jointe  aux  exercices  corpo- 
rels nous  donnera  des  capitaines  accomplis,  comme 
ces  grecs  célèbres  qui  sortaient  des  académies.  «  Puis- 
qu'il plaist  à  leurs  Majestés  autoriser  ceste  entreprise 
et  on  favoriser  le  dessein,  il  s'y  trouvera  des  Platons, 
des  Arcésilas  et  des  Lacides,  autheurs  des  trois  acadé- 
mies, vieille,  moyenne  et  nouvelle^.  »  Les  disciples  non 
plus  n'y  feront  défaut. 

L'esprit  français  n'est  pas  si  rouillé  qu'il  ne  puisse 
((  remettre  en  lustre  l'ancienne  valeur  de  nos  ancêtres,  » 
qui  donnèrent  à  la  Grèce  des  leçons  de  philosophie  et  de 
savoir^. 

Du  reste,  quel  milieu  plus  favorable  que  la  cour  pour 
fonder  et  faire  valoir  cette  «  institution  »  ?  Là  est  le 
«  concours  »  de  la  noblesse  de  province,  et  près  de 
leurs  Majestés  «  l'Académie  sera  la   fosse  creusée   en 


1.  Cf.  Plutarque,  Vie  de  Romulus. 

2.  Cf.  «  Leçon  etc.,  p.  1-2. 

3.  Cf.  Id.,  p.  3-4. 

4.  «  Leçon,  etc.,  p.  7. 

5.  Id.  ihid.  —  Alhision  sans  doute  à  la  conquête  et  à  l'influence 
des  Gaulois  en  Grèce  et  en  Asie-Mineure. 


—  202  — 

rond*  ;  »  là  encore  est  l'antre  d'Ithaque  «  lieu  sacré  aux 
nymphes  qu'on  appelle  nayades^.  » 

Gela  vous  fait  rêver,  peut-être  ?  Mais  entendez  bien  ; 
les  «  belles  nymphes  naïades  »  sont  les  plus  belles 
âmes  «  qu'aye  cest  Estât  et  ceste  cour  »,  celles-là  mêmes 
qui  opéreront  leur  «  descente  ^  »  à  l'Académie. 

Vraiment,  nous  touchons  à  des  choses  merveilleuses. 
Homère,  —  qui  n'y  pensait  guère  —  légèrement  aidé 
par  Rivault  de  Fleurance,  nous  en  révèle  les  secrets  : 

«  Il  y  a,  dit-il,  deux  portes  à  cette  caverne,  l'une  au 
septentrion,  par  laquelle  les  hommes  entrent  :  l'autre, 
au  midy,  fermée  aux  hommes,  parce  que  c'est  le  chemin 
des  dieux ^.  »  —  «  Nostre  Académie,  poursuit  l'orateur, 
est  ouverte  au  public  par  le  nort,  et  par  une  voye  un  peu 
froide  et  resserrée,  qui  est  celle  de  l'élection  et  des  ballo- 
tes.  Lesdieux  et  les  princes  y  descendent  par  un  chemin  de 
midy,  plus  chaut,  plus  ample  et  plus  libre,  qui  estceluy 
de  leur  volonté  seule,  laquelle  les  conduisant  chez  nos 
Nayades  ;  elles  leur  présenteront  à  boire  de  leur  am- 
broisie es  plus  larges  couppes  qu'elles  ayent^.  »  C'est  là 
que  les  «  âmes  s'abreuvent  de  belles  et  saines  pensées, 
de  beaux  éclaircissements  des  choses,  de  piété  et  de 
dévotion  envers  ce  qui  nous  oblige  tant  au  ciel  qu'en  la 
terre  6.  » 

«  Ces  belles  âmes  qui  s'y  rassemblent  »  ceuilleront 
«  des  fleurs  de  toutes  sciences  et  de  toutes  cognois- 
sances.  »  De  tels  avantages  expliquent  le  soin  que  les 
plus  grands  rois  de  l'antiquité  ont  eu  d'avoir  des  aca- 
démies dont  les   exercices  leur  étaient  aussi  chers  que 


1.  Id.  p.  9. 

2.  Id.,  p.  11.  —  Cf.  Homère,  Odyss.  XIII,  v.  103  et  107. 

3.  M,  p.  12. 

4.  Homère,  Odys.  v.  109-112.   cité  par  D.   Rivault,  op.    cit. 
p.  13. 

5.  D.  Rivault,  op.  cit.,  p.  14. 

6.  Id.  ibid. 


—  203  — 

ceux  des  armes  ^  Ainsi  l'empereur  Auguste  faisait  «  de 
sa  maison  une  continue  Académie  2.  » 

Assurément  le  goût  de  Tétude  est  à  développer  paral- 
lèlement avec  celui  des  exercices  corporels.  L'étude  est 
nécessaire  aux  rois  eux-mêmes.  Le  précepteur  le  rap- 
pela au  jeune  Louis  avec  à  propos  et  autorité:  «  Regne- 
riez-vous  heureusement,  sire,  sans  estude  P^  » 

Le  monarque  ne  fréquentera  pas  sans  profit  l'Acadé- 
mie, et,  «  comme  le  chef,  sera  touiours  estimé  estre  la 
source  du  mouvement  et  sentiment^  »  des  associés. 

La  diversité  des  sujets  traités,  sciences  naturelles, 
législation,  esthétique,  promet  de  l'intérêt  et  offre  à 
chacun  libre  cours  d'exercer  la  subtilité  de  son  esprit 
dans  les  matières  qu'il  aura  le  mieux  étudiées^,  et  les 
auditeurs  se  façonneront  à  tout,  s'instruiront  en  tout  et 
s'esgayeront  en  tout^.  » 

La  jeunesse  surtout  fera  profit  en  ces  réunions.  L'ha- 
bitude que  les  jeunes  gentilshommes  auront  contractée 
de  parler  en  public,  et  d'y  déployer  beaucoup  d'art 
«  leur  sera  un  merveilleusement  bon  outil  à  se  desmes- 
1er  de  toutes  affaires,  quand  ils  viendront  à  estre  em- 
ployez aux  charges,  soit  d'estat  ou  de  guerre  '^.  »  Et 
«  les  vieux  »,  ajoute  l'auteur  dans  une  page,  qui  n'est 
pas  sans  éloquence,  «  pourroient  bien  dire  ce  qu'a  servy 
la  langue  pendant  nos  troubles,  à  ceux  qui  ont  sceu 
parler  ;  combien  ils  ont  esteint  de  rumeurs  populaires, 
appaisé  de  séditieux,...  ralenti  la  chaleur  des  vacillans, 
eschauffé  la  froideur  des  lents,  et  mis   généralement  à 

1.  Cf.  Id.,  p.  17-18. 

2.  Id.,  p.  24. 

3.  Id.,  p.  20.  —  On  voit  par  ces  paroles  que  Louis  XIII  assis- 
tait à  cette  première  réunion. 

4.  Id.,  p.  28. 

5.  Id.  ibid. 

6.  Id.,  p.  22. 

7.  Id,,  p.  23. 


toutes  sortes  de  gens  courage  au  ventre.  J'en  ay  veu 
plusieurs  beaux  effects  qui  auroient  donné  à  des  gens  de 
cervelle  mieux  faicte  que  moy  des  grandes  envies  de 
valoir  quelque  chose*.  » 

L'orateur  arrive  au  terme  de  .son  discours.  Ses  con- 
clusions sont  prévues  :  «  Le  courage  ne  diminue  nulle- 
ment par  le  scavoir,  au  contraire  il  s'augmente  par  la 
connoissance  du  bien  et  du  mal  -.  »  Or  cette  connais- 
sance s'acquiert  à  l'Académie  dont  «  la  fréquentation 
est  nécessaire  pour  venir  à  quelque  chose  d'éminent  et 
de  relevé  par  dessus  le  commun  et  pour  paroistre  dans  le 
monde  3.  » 

Retenons  ces  paroles,  qui  nous  confirment  dans  l'opi- 
nion que  nous  nous  faisions  déjà  de  l'Académie  du 
Louvre.  Celle-ci  a  un  caractère  pratique  qui  en  fait  une 
sorte  de  haute  école  du  palais. 

L'idée  était  heureuse.  C'était  au  moins  une  semence 
destinée  à  germer  et  à  se  développer  après  un  hiver  de 
plusieurs  années. 

Richelieu  la  retrouvera  dans  les  parterres  de  Gonrart, 
et,  tout  en  lui  faisant  subir  des  modifications,  une  trans- 
formation même,  il  conservera  un  nom  célèbre  et  con- 
sacré. 

L'Académie  de  1612  n'était  pas,  comme  celle  de  notre 
temps,  un  aréopage  ou  un  sénat  des  belles-lettres  et  la 
plus  haute  récompense  de  leur  mérité^  ;  mais,  telle  quelle, 
elle  demeure  un  titre  d'honneur  pour  notre  compatriote, 
en  même  temps  qu'elle  nous  montre  en  lui  un  homme 
très  entendu  à  la  cour. 


1.  Id.,  p.  34. 

2.  Id.,  p.  35. 

3.  Ibid. 

4.  Richelieu  lui-même  n'avait  pas  conçu  l'académie  exacte- 
ment telle  qu'elle  est  de  nos  jours  (Cf.  Ann.  de  la  faculté  des 
lettres  de  Rennes,  3®  trimestre  1886  et  notre  Etude  sur  Datiiel 
Hay  du  Chdtelet,  Laval,  Goupil,  1891). 


I 


Celui  qui  mena  à  bien,  au  moins  un  moment,  une  telle 
entreprise  sous  les  yeux  de  la  régente,  des  grands  et 
des  courtisans,  en  triomphant  de  l'envie  toujours  prête 
à  contrecarrer  un  rival  ou  un  inférieur,  ne  pouvait  être 
sans  considération  et  sans  grand  crédit.  Il  avait  qualité 
et  autorité  pour  diriger,  même  après  un  Nicolas  Le  Fèvre, 
l'éducation  et  l'instruction  du  roi. 

C'est  ainsi  que  cette  question  d'une  Académie  nous 
ramène  à  notre  sujet,  auquel  elle  se  rattache  plus  qu'il 
ne  semble  à  première  vue. 

Suivons  donc  maintenant  le  précepteur  dans  l'exercice 
de  son  honorable,  mais  bien  difficile  fonction.  Ses  leçons 
mêmes  et  quelques  témoignages  contemporains  nous 
serviront  de  guides. 

(La  fin  à  la  prochaine  livraison). 

A.  Anis. 


14 


SIGILLOGRAPHIE 
DES  SEIGNEURS  DE  CRAON 


XXVI 
RAMEAU    DE    DOMART 

JEAN  I  DE  DOMART 

Vers  1346  —  1409. 

Le  25  octobre  1415,  si  désastreux  pour  la  France,  fut 
tout  particulièrement  fatal  à  la  maison  de  Graon  :  tandis 
que  le  sang  le  plus  pur  de  la  chevalerie  française  inon- 
dait le  champ  de  bataille  d'Azincourt,  les  fils  de  Robert 
le  Bourguignon,  fauchés  par  l'Anglais,  étaient  presque 
anéantis  :  Amaury  de  Briolay,  espoir  de  la  branche  de 
La  Suze,  Jean  de  Montbazon,  grand  échanson  de  Fran- 
ce, chef  de  la  branche  de  Sainte-Maure  et  son  unique 
survivant,  Antoine  de  Beauverger,  grand  panetier  de 
France,  seul  représentant  du  rameau  de  la  Ferté,  y  fu- 
rent tués.  Jean  de  La  Suze,  chef  de  la  maison,  et  à  qui 
son  âge  interdisait  toute  postérité,  survivait  seul  de  ces 
trois  branches,  détruites  en  une  seule  journée. 

Le  sang  de  Graon  n'existait  plus,  en  dehors  de  lui, 
qu'en  un  seul  rameau,  fixé  loin  de  son  pays  d'origine,  à 
Domart  en  Ponthieu'.  Lui  aussi  pourtant  avait  large- 
ment payé  sa  dette  à  la  patrie,  car  Simon  de  Glacy,  son 
chef,  avait  été  tué  sur  le  champ  de  bataille  et  Jean  II, 
que  son  décès  appelait  à  prendre  sa  place,  y  avait  reçu 
de  si  graves  blessures  que  ses  jours  en  furent  abrégés. 

1.  Domart  est  situé  dans  rarrondissement  de  DouUens.  Nous 
ne  connaissons  qu'un  seul  travail  qui  y  soit  relatif  :  Recherches 
archéologiques  sur  le  château,  la  maison  d'échevinage  et  l'église 
de  Domart,  par  M.  H.  Dusevel,  aux  pages  149-160  des  Mémoires 
lus  à  la  Sor bonne  en  1867.  Archéologie. 


-  â07  - 

Jean  I  de  Graon,  seigneur  de  Domart,  était  le  qua- 
trième des  fils  de  Guillaume  I  et  de  Marguerite  de  Flan- 
dre. Gontemporain  de  Jean  de  La  Suze,  il  s'en  distingue 
par  le  nom  de  Domart,  fief  qui,  ayant  appartenu  à  son 
père  dès  1337,  lui  fut  sans  doute  assigné  pour  sa  part 
lors  du  décès  de  celui-ci  ^ 

Il  faut  placer  la  naissance  de  Jean  I  vers  1346,  aussi 
près  que  possible  de  celle  de  son  frère  Pierre  de  La 
Ferté.  Il  est  en  effet  certain  que,  vers  le  5  mai  1364,  il 
épousa  Marie,  fille  aînée  de  Gaucher  de  Ghâtillon  et  de 
Marie  de  Guines-Goucy,  sœur  de  Jeanne,  l'épouse  de 
Pierre,  son  frère  aine.  Les  deux  alliances  de  l'aîné  avec 
la  cadette  et  du  cadet  avec  l'aînée  furent  sans  doute  si- 
multanées. Jean  n'avait  guère  que  dix-huit  ans,  Pierre 
dix-neuf.  La  date  du  partage  des  biens  de  leurs  parents 
entre  les  deux  sœurs  n'est  pas  connue  ;  on  sait  du  moins 


197.  —  Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1879. 

que  Marie,  en  qualité  d'aînée,  fut  propriétaire  du  vidamé 
de  Laonnais^,  de  la  châtellenie  de  Glacy  et  d'autres 
terres  qui  ne  sont  pas  indiquées  dans  l'analyse  qu'on 
possède  de  ce  document.  Elle  ne  conserva  pas  le  vidamé 

1.  Cartulaire,  n»  941. 

2.  C'est  par  abus  de  langage  qu'on  a  souvent  dit  vidamé  de 
Laon  et  qu  on  a  qualifié  l'ovôque  de  Laon  de  duc  de  Laon.  Laon, 
en  effet,  n'eut  jamais  d'autre  seigneur  que  le  roi,  de  sorte  que  son 
évêque  était  duc  de  Laonnais  et  son  vidamé  était  vidamé  du 
Laonnais.  Voir  dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  Laon,  t.  III,  la 
Notice  sur  Clacy. 


R 


-  â08  - 

de  Laonnais  ;  et,  pour  neuf  mille  livres,  le  6  mai  1389, 
elle  le  vendit  à  Ferry  Gassinel,  évêque  d'Auxerre^ 
On  connaît  trois  sceaux  de  Jean  I  de  Domart  : 
Le  plus  ancien,  (figure  197),  est  fourni  par  le  numéro 


198.  —  Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1392. 

737  de  V Inventaire  des  sceaux  de  Flandre  ;  il  a  été  ap- 
posé le  20  janvier  1379  à  l'une  des  pièces  relatives  au 
différend  entre  Pierre  de  La  Ferté  et  Louis  de  Namur^. 


199.  —  Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1403. 

C'est  un  sceau  rond,  de  0,024,  à  l'écu  de  Craon  brisé 
d'une  bande^^  surmonté  d'un  heaume,  sommé  d'une  tête 
d'ours  bouclée,  sur  champ  réticulé.  La  légende  est  : 
...  E  SEEL  JEHAN  DE  CRAON  ;  elle  est  coupéc  en  deux  par 
une  salamandre. 

Le  second  (figure  198),  date  de  1392  (2959  de  Clai- 


1.  Cartulaire,  no^  1213  et  1390. 

2.  Cartulaire,  n^  1216. 

3.  Il  est  bien  certain  que  le  blason  portait  une  surbrisure  fai- 
sant pendant  à  l'étoile  par  laquelle  Pierre  surbrisait  l'écu  de 
son  père  ;  mais  il  est  impossible  de  la  discerner  sur  le  737  de 
Flandre. 


—  209  — 

rambault).  C'est  un  sceau  rond  de  0,026,  à  l'écu  plein 
surmonté  d'un  heaume,  garni  d'une  housse  fleuronnée 
et  sommé  d'une  tète  de  chien.  Le  champ  est  semé  de 
rinceaux.  De  la  légende  on  ne  lit  plus  que  :  s....  an  de 
Gra... 

Le  troisième  (figure  199),  est  de  1403  ;  il  n'a  pas  été 
moulé  et  est  fourni  par  la  pièce  G  du  dossier  Graon  des 
Pièces  originales.  G'est  un  sceau  rond  de  0,03,  à  l'écu 
penché,  sur  champ  fretté,  semé  des  lettres  a  m  gothi- 
ques. 

Les  documents  du  Cartulaire  établissent  que  Jean  I 
de  Domart  était  en  1403  au  nombre  des  chambellans  du 
fastueux  Louis  d'Orléans  et  qu'au  mois  de  novembre  il  de- 
vait aller  en  Lombardie  avec  celui-ci.  Jean  mourut  dans 
le  courant  de  1409,  entre  le  23  mars,  date  où  dans  un  con- 
seil de  famille,  on  le  désignait  comme  l'un  des  tuteurs  de 
Jeanne  et  Jacqueline  deBéthunes,  et  le  2  décembre,  épo- 
que où  Marie  de  Ghâtillon  est  qualifiée  de  veuve  dans  un 
mandement  du  roi.  Au  dire  de  Ménage,  le  partage  de  ses 
biens  se  serait  effectué  dans  le  courant  de  1410  ;  mal- 
heureusement la  pièce,  annoncée  comme  devant  figurer 
parmi  les  preuves  de  V Histoire  de  Sablé.,  n'y  a  pas  été 
publiée  et  toutes  les  recherches  faites  pour  en  retrou- 
ver la  trace  sont  restées  vaines  ^ 

Marie  de  Ghâtillon  qui,  d'après  Ménage,  aurait  pré- 
sidé à  l'acte  en  question,  vivait  encore  deux  ans  plus 
tard  :  elle  plaidait  en  Parlement  le  7  mai  1412.  Elle  ne 
tarda  guère  sans  doute  à  mourir,  car  l'aîné  de  ses  fils, 
Simon,  lorsqu'il  fut  tué  le  25  octobre  1415,  portait  le 
nom  de  Glacy,  qui  ne  pouvait  lui  appartenir  que  par 
suite  du  décès  de  sa  mère. 

Grâce  aux  articulations  des  parties  insérées  dans  un 
arrêt  du  Parlement  du  11  août  1397,  on  sait  que  Jean 
de  Domart  et  Marie  de  Ghâtillon  n'eurent  pas  moins  de 

1.   Cartulaire,  n»»  1408  à  1412,  1413,  1414,  1416. 


—  210  — 

dix-huit  enfants,  sur  lesquels,  à  la  date  en  question,  il 
leur  en  restait  encore  douze  en  vie.  La  liste  n'en  existe 
nulle  part  et  les  éléments  pour  la  dresser  font  absolu- 
ment défaut  ;  force  est  ici  de  passer  sous  silence  neuf 
d'entre  eux  et  de  mentionner  ceux-là  seulement  dont 
l'existence  est  établie  par  les  documents.  On  se  bornera 
à  nommer  deux  fils  :  Simon  et  Jean,  et  sept  filles,  trois 
mariées  :  Marguerite,  Marguerite,  Jacqueline,  et  quatre 
ayant  été  abbesses  :  Jeanne,  Nicole,  Catherine  et 
Agnès. 

XIP^i,  2-  —  Simon  et  Jean.  —  Simon  de  Clacy  et 
Jean  II  de  Domart,  les  deux  seuls  fils  de  Jean  I  dont 
l'existence  soit  établie,  furent  l'un  et  l'autre  chefs  du  ra- 
meau de  Domart  après  leur  père.  Ils  auront  chacun  un 
article  séparé. 

XIP^3.  —  Marguerite.  —  Le  mariage  de  Margue- 
rite de  Graon  avec  Bernard  de  Dormans  remonte  au  10 
mai  1381.  Elle  avait  treize  ans  alors  ;  elle  était  née  par 
conséquent  en  1368.  La  maison  de  Dormans  jouait  à 
cette  époque  un  rôle  considérable  en  France  où  trois  de 
ses  membres  se  succédèrent  comme  chanceliers  de  Fran- 
ce :  Jean  nommé  le  18  mars  1358,  Guillaume,  le  21 
février  1372  et  Miles  en  1380  ' .  Mais  son  élévation  était 
récente  car  c'est  en  mars  1351  seulement  que  le  roi  Jean 
avait  conféré  la  noblesse  à  Guillaume  et  à  sa  femme 
appelée  Jeannette. 

Moins  de  six  mois  après  son  mariage,  vers  le  mois  de 
novembre  1381,  Marguerite  de  Graon  devenait  veuve. 
Elle  n'avait  pas  donné  de  postérité  à  Bernard,  qu'on 
sait  avoir  été  enseveli  à  Paris,  au  cimetière  des  Saints- 
Innocents. 

En  secondes  noces  elle  épousa  Jean  de  Groy,  sei- 
gneur de  Renty.  L'acte  le  plus  ancien  qui  témoigne  de 


1.  Voir   Tessereau,   Histoire    de   la    Grande  Chancellerie   de 
France,  t    I,  p.  20-31. 


—  2H  — 

cette  alliance  est  du  9  mars  1388  :  c'est  un  accord  avec 
l'évêque  de  Meaux,  Guillaume  de  Dormans,  au  sujet  du 
douaire  dû  à  Marguerite.  Cet  acte  ne  mit  pas  fin  à  tou- 
tes les  difficultés  entre  les  Groy  et  les  Dormans,  car  un 
jugé  du  23  décembre  1400  intervint  dans  l'instance, 
intentée  par  Jean  de  Groy  et  Marguerite,  afin  d'obtenir 
pour  les  droits  de  celle-ci  une  solution  plus  équitable 
que  celle  dont  Jean  de  Graon  s'était  naguère  contenté 
en  son  nom*. 

Le  11  août  1397,  Jean  de  Groy  et  Marguerite  étaient 
encore  devant  le  Parlement  ;  ils  avaient  alors  pour  ad- 
versaires les  parents  de  Marguerite  et  le  litige  portait 
sur  la  dot  qui  avait  été  promise  à  celle-ci  lors  de  son 
premier  mariage^. 


200.  —  Sceau  de  Jean  de  Croy,  1412. 

Jean  de  Groy,  qui  en  mars  1412  fut  pourvu  de  Tofr- 
fice  de  grand  bouteiller  de  France,  fut  tué  à  Azincourt 
et  fut  enseveli  dans  l'église  Saint-Bertin  de  Saint- 
Omer,  où  le  corps  de  Marguerite  dé  Graon  fut  apporté 
lors  de  son  décès  ^. 

On  possède  un  joli  sceau  de  Jean  de  Groy  (fig.  200), 

1.  Cartulaire,  n»  1404. 

2.  Cartulaire,  n»  1400,  1401,  1406. 

3.  Cartulaire,  n»  1404. 

4.  Voir  B,  N.,  Dom  Grenier  130,  186. 


-  212  — 

(3041  de  Clair ambault)  ;  il  mesure  0,04.  On  y  voit  un 
écu  aux  armes  de  Croy,  écartelé  au  1  et  4  chargé  de 
trois  fasces  au  2  et  3  de  trois  doloires  adossées,  chargé 
en  abîme  d'un  écu  écartelé  lui  aussi  de  Craon  et  de 
Flandre^  penché,  timbré  d'un  heaume  couronné,  cime 
d'une  tête  d'aigle  dans  un  vol  et  supporté  par  deux 
lions.  Le  champ  est  orné  de  rinceaux.  La  légende  est 
détruite. 

Il  n'y  a  aucun  compte  à  tenir  de  deux  beaux  por- 
traits gravés  par  Jacques  de  Bye  au  commencement  du 
XVI P  siècle  et  donnés  dans  le  Livre  contenant  la  gé- 
néalogie et  descente  de  ceux  de  la  Maison  de  Croy 
comme  ceux  de  Jean  de  Croy  et  de  Marguerite  de 
Craon  ;  ils  ne  sont  que  des  fruits  de  l'imagination  de 
l'artiste  ^ 

Marguerite  de  Craon  avait  donné  à  Jean  de  Croy  plu- 
sieurs enfants  :  Archimbault,  l'aîné,  fut  tué  à  Azincourt, 
en  même  temps  que  son  père  ;  Antoine  fut  chef  dt  la 
maison  après  eux^  et  fut  bail  du  neveu  à  la  mode  de 
Bretagne  de  sa  femme,  Antoine  de  Craon,  seigneur  de 
Domart,  qui  devait  être  le  dernier  de  son  nom. 

XIP\.  —  Marguerite.  —  On  a  lieu  de  s'étonner  de 
trouver  deux  sœurs  du  même  nom  dans  une  seule  géné- 
ration. On  peut  supposer  entre  les  deux  enfants  une 
différence  d'âge  telle  que  l'une  avait  quitté  la  maison 
paternelle  avant  la  naissance  de  la  seconde.  En  effet, 
c'est  le  4  juin  1402,  vingt  et  un  ans  après  le  premier 
mariage  de  son  homonyme,  que  Marguerite  épousa 
Gaucher  de  Torotte^. 


1.  C'est  un  exemplaire  de  ces  jolies  gravures,  faites  sans  au- 
cune recherche  de  la  ressemblance,  qui  est  conservé  à  la  Bi- 
bliothèque nationale.  Cabinet  Clair  ambault,  v.  1167,  fol,  181. 

2.  Cartulaire,  n°  1440.  Cet  Antoine  de  Croy,  né,  paraît-il,  en 
1385  et  mort  en  1475,  ou  1477,  est  le  sujet  d'un  article  de  la  Bio- 
graphie nationale  belge,  signé  général  Guillaume. 

3.  Cette  date  est  fournie  par  son  contrat  de  mariage,  n»  1407 
du  Cartulaire.  A  la  Bibliothèque  nationale  dans  la  Collection 
dom  Grenier,  t.  150,  p.  31-47,  se  trouve  une  généalogie  de  To- 
rotte,  où  on  ne  rencontre  aucune  mention  de  l'alliance  Craon. 


-  213  - 

Ils  eurent  une  fille  unique,  Marie,  laquelle,  le  27 
avril  1420,  reçut  de  sa  belle-sœur,  veuve  de  Jean  II,  le 
solde  de  la  dot  de  sa  mère.  A  cette  dernière  date  Gau- 
cher de  Torotte  vivait  encore,  mais  Marguerite  était 
morte. 

Il  existe  un  sceau  de  Jean  de  Torotte  (fig.  201). 
On  le  donne  ici  d'après  une  empreinte  très  fruste  et 
restée  non  moulée,  qui  figure  aux  Titres  scellés  (tome 
105,  fol.  8225).  C'est   un   sceau   rond  de  0,035,  où  se 


301.  —  Sceau  de  Jean  de  Torotte. 

trouve  un  écu  penché,  surmonté  d'un  heaume  dans  un 
quatrefeuille  allongé.  Le  champ  rempli  par  deux  bran- 
chages ayant  la  forme  de  ferronnerie.  De  la  légende  on 
ne  lit  plus  que  :  jehan  de  tho. 

XIP\.  —  Jacqueline.  —  Ni  Ménage,  ni  M.  de  Bo- 
dard,  ni  le  P.  Anselme  n'ont  connu  cette  troisième  lîlle 
de  Jean  I,  dont  l'existence  semble  cependant  ne  pas 
devoir  faire  doute,  affirmée  comme  elle  l'est  par  le  Re- 
cueil généalogique  de  Colonia  et  par  l'un  des  Dossiers 
Bleus  de  la  Bibliothèque  nationale  ^ 

Cette  Jacqueline  épousa  Jean  de  Ghistelle,  fils  de 
Roger  de  Ghistelle  et  de  Marguerite-Anne  de  Dudsèle, 

1,  Voir:  [Colonia]  Recueil  généalogique  des  familles  originai- 
res des  Pays-Bas,  ou  y  établies,  2  vol.  in-S»,  Hotterdam,  1785, 
t.  I,  p.  153-180,  généalogie  Ghistelle,  et  B.  N.  Dossiers  bleus,  au 
mot  Ghistelle.  M.  de  Limburg  Stirum,  dans  son  Chambellan  de 
Flandre  et  les  sires  de  Ghistelle,  Gand,  1868.  in-8»,  n'a  rien  dit 
de  la  branche  de  Dudsèle. 


-  214  — 

qu'il  avait  épousée  en  1357  ;  elle  devint  veuve,  dit-on, 
en  1430,  par  le  décès  de  Jean,  tué  lors  d'un  combat 
que  le  duc  de  Bourgogne  livrait  aux  Liégeois. 

Elle  lui  avait  donné  un  fils  unique,  Gérard  de  Ghis- 
telle,  époux  de  Jeanne  de  Barbançon,  et  trois  filles  : 
l'aînée  appelée  Jacqueline  comme  sa  mère,  épousa  le 
sieur  d'Huinet  de  Brée  en  Campine  ;  la  seconde,  Jeanne, 
épousa  Gilles  de  Lannoy,  sieur  de  Santre  et  de  Wilder 
Wack  ;  la  troisième,  Agnès,  fut  la  femme  de  Godefroy 
de  Gavère,  sieur  de  Friesinz,  • 

XlP'^g.  —  Jeanne.  —  Jeanne  fut  la  vingt-neuvième 
abbesse  d'Origny^  Elle  reçut  la  bénédiction  abbatiale 
en  mai  1400,  et  mourut  un  26  août,  dont  on  ignore 
l'année.  Le  Gallia-  lui  donne  comme  successeur  sa 
sœur  Agnès. 

X1P^7.  —  Nicole.  Nicole  fut  la  vingt-septième  ab- 
besse d'Avenay  dès  1409  et  mourut  en  1435  ;  elle  eut 
pour  successeur  sa  sœur  Catherine  ^. 

XlP^g-  —  Catherine.  —  Catherine  en  1435  succéda 
à  sa  sœur  Nicole  comme  vingt-huitième  abbesse  d'Ave- 
nay. Elle  resta  à  la  tête  de  cette  communauté  jusqu'en 
1460. 

XlP^g.  —  Agnès.  —  D'après  le  Gallia^  Agnès  pen- 
dant un  court  espace  de  temps,  aurait  été  abbesse  d'O- 
rigny  à  la  suite  de  sa  sœur  Jeanne.  D'après  le  même 
ouvrage  elle  fut  la  vingtième  abbesse  de  Meseen  au  dio- 
cèse d'Ypres^.  Elle  mourut  le  7  janvier  1466. 


1.  En  l'absence  de  toute  espèce  de  documents  rattachant 
Jeanne  à  Jean  de  Domart,  on  pourrait  voir  en  elle  cette  Jeanne, 
fille  de  Guillaume  II  et  de  Jeanne  de  Montbazon,  nommée  dans 
le  testament  de  sa  mère  du  31  décembre  1394  et  qui  n'est  l'objet 
d'aucune  autre  mention. 

2.  Gallia  Christiana,  IX,  626. 

3.  Gallia,  IX,  281  ;  et  Paris,  Histoire  de  l'abbaye  d'Avenay. 

4.  Gallia  Christiana,  V.,  343  ;  IX  625. 


XXVII 
RAMEAU    DE    DOMART 

SlMOx\  DE  GLAGY 

1409.  —  25  octobre  1415. 

Il  y  a  tout  lieu  de  penser  que  les  fils  aînés  de  Jean  I 
de  Domart  ne  parvinrent  pas  à  la  majorité,  car  aucun 
document  ne  fait  allusion  à  leur  existence.  Son  héri- 
tier se  nommait  Simon  ;  et,  par  suite  du  décès  de  sa 
mère,  il  portait  le  nom  de  Glacy ',  fief  que  celle-ci  avait 
reçu  en  partage,  lors  de  la  liquidation  des  biens  de  ses 
parents. 

Simon  avait  dû  naître  seulement  vers  1392  :  car  le  7 
mai  1412,  il  n'était  encore  qu'écuyer. 

Gomme  son  cousin  Antoine  de  Beauverger,  il  se  dé- 
voua au  parti  bourguignon  et,  à  la  suite  du  meurtre  du 
duc  d'Orléans,  il  fut  du  petit  nombre  des  fidèles  qui  ac- 
compagnèrent le  duc  de  Bourgogne  dans  sa  fuite  hors 
de  Paris  2. 

11  fut  tué  à  Azincourt,  le  25  octobre  1415,  laissant 
pour  héritier  son  unique  frère,  Jean,  lequel  avait  été 
grièvement  blessé  parles  Anglais. 

On  n'a  rencontré  aucune  trace  du  mariage  de  Simon. 
Vu  les  usages  de  l'époque,  il  semble  cependant  peu  pro- 
bable qu'il  n'ait  pas  été  fiancé  vers  sa  vingtième  année, 
plus  tôt  même,  peut-être. 

1.  Clacy  est  situé  à  près  d'une  lieue  au  sud-ouest  de  Laon. 

2.  Grandes  Chroniques  de  France,  IV,  153. 


xxvm 

RAMEAU    DE    DOMART 
JEAN  II  DE  DOMART 

25  octobre  1415.  —  Vers  1417. 


Jean  II  était  loi  nd'être  l'aîné  des  fds  de  Jean  1  et  de  Ma- 
rie de  Ghâtillon  ;  outre  Simon,  qui  devait  à  l'avantage  de 
l'âge  la  possession  du  fief  de  Clacy,  venu  de  sa  mère  et 
dont  il  portait  le  nom  lors  de  son  décès  à  Azincourt,  il 
eut  certainement  d'autres  frères,  au  nombre  de  ces  neuf 
enfants  dont  on  ne  connaît  pas  les  noms. 

Les  documents  sont  presque  muets  sur  Jean  II  qui, 
qualifié  de  chevalier  dès  le  2  mars  1415,  fut  griève- 
ment atteint  à  Azincourt  et  mourut  des  suites  de  ses 
blessures,  vers  1417. 


90S.  —  Sceau  de  Jean  II  de  Domart. 


Il  avait  épousé,  à  une  date  que  rien  ne  vient  faire 
connaître,  Guye  de  Longroy,  fille  de  Jacques  de  Longroy 
et  de  Marie  de  Querrieu,  et  sœur  aînée  d'Isabelle  de 
Longroy,  épouse  de  Valerand  de  Rivery.  Le  partage 
entre  les  sœurs    est  du   4  avril  1415.  Guye,    devenue 


—  217  - 

veuve  de  Jean  II,  contracta  une  seconde  alliance  avec 
Philippe  de  Fosseux  et  fit  un  jour  épouser  sa  belle  fille 
Bonne  à  son  fils  Jacques  de  Graon. 

On  possède  un  sceau  de  Jean  II  (Picardie^  269).  C'est 
un  sceau  rond  de  0,032  (figure  202),  où  se  trouve  un 
écu  écartelé  de  Graon  et  de  Flandre,  chargé  d'une  cotice, 
surmonté  d'un  heaume  cime  d'une  tête  d'ours  bouclée 
dans  un  vol  paré,  sur  un  champ  fretté  semé  des  lettres 
A  et  M  gothiques. 

La  collection  Clairambault  (numéro  5326)  possède 
une  empreinte  de  1414  du  sceau  de  Jacques  de  Longroy. 
G'est  un  sceau   rond  de  0,035  (figure  203),  à  l'écu  pen- 


iW3.  —  Sceau  de  Jacques  de  Longroy,  1414. 

ché,  timbré  d'un  heaume  couronné,  cime  d'une  tête  de 
chien  ;  dans  le  champ  deux  vires  surmontées  des  lettres 


304.  —  Sceau  de  Guye  de  Longroy,  1416. 

gothiques  ci  et  li.  De   la  légende   on  ne  lit  plus  que  : 

SCKL   JAQUES. 

Le  sceau  de  Guye  de  Longroy  (figure  204)  est  fourni 


parla  collection  des  Sceaux  de  Picardie  (numéro  270). 
C'est  un  sceau  rond  de  0,028,  à  l'écu  droit  parti  de 
Craon  et  de  Longroy  dans  un  cercle  orné  de  dentelures. 
De  la  légende  on  lit  :  '^  guie  de...  lonroy  dame  de 
DOMART.  Il  faut  remarquer  que  le  parti  de  Craon  con- 
tient un  écart  de  Flandre,  où  la  cotice  du  blason  de  Jean 
de  Flandre  est  très  visible. 

Jean  II  et  Guye  de  Longroy  laissèrent  plusieurs  en- 
fants; ce  fait  est  établi  par  l'acte  du  27  avril  1420,  où 
est  relaté  le  payement  par  Guye  de  Longroy  à  Marie  de 
Torotte,  sa  nièce,  de  deux  mille  livres,  «  à  l'acquit  de 
Jacques  de  Craon  et  autres  enfants  mineurs.  »  Aucune 
autre  allusion  n'est  faite  à  l'existence  de  ces  enfants,  des 
filles  probablement.  On  se  bornera  donc  à  parler  de 
Jacques. 

XlIP^'i.  —  Jacques.  —  Jacques  fut  après  son  père 
chef  de  la  branche  de  Domart. 


XXIX 
BRANCHE   DE   DOMART 

JACQUES 

Vers  1417.  —  Septembre  1440. 


Jacques  avait,  dit-on,  trois  ans  seulement  lors  de  la 
mort  de  son  père  ;  il  était  donc  né  vers  1414.  Ses  biens 
furent  d'abord  sous  le  bail  de  sa  mère  Guye  de  Longroy  ; 
et,  lorsque  celle-ci  en  secondes  noces  épousa  Philippe 
de  Fosseux,  dit  le  Borgne,  ils  passèrent  sous  la  tutelle 
de  ce  dernier,  tutelle  qui  durait  encore  lorsque,  en  1422, 
Domart  tomba  aux  mains  de  ses  ennemis.  Jean  II  avait 
donc  à  peu  près  treize  ans  lorsque,  le  27  juin  1427,  il 
épousa  Bonne  de  Fosseux,  fille  de  son  tuteur.  Il  est 
intéressant  de  signaler  la  décision  prise  à  son  sujet  par 
Philippe,  duc  de  Bourgogne,  sur  un  point  de  droit  che- 
valeresque :  le  17  janvier  1432  Jacques  avait  été  fait 
prisonnier  ;  le  duc  de  Bourgogne  décida  que  l'accord 
établi  pour  sa  rançon  avec  le  sire  de  Boussac  lui  avait 
rendu  la  liberté  et  que  c'était  sans  droit  que  Rigaud  de 
Yerseilles  le  revendiquait  pour  son  prisonnier. 

C'est  à  Rhodes,  peu  après  le  12  septembre  1440,  que 
Jacques  rendit  le  dernier  soupir.  Il  y  fut  enseveli  au 
couvent  de  Saint-Augustin. 

On  ne  connaît  aucune  empreinte  de  son  sceau  ;  quant 
à  celui  de  sa  femme  il  est  conservé  parmi  les  sceaux  de 
l'Artois  (numéro  308).  C'est  un  sceau  rond,  de  0,03 
(figure  205),  à  Técu  droit  parti  de  Craon  et  de  Fosseux 
portant  la  légende  :  seel  bon...   de  fosseuo. 


—  â20  — 

Bonne  de  Fosseiix,  veuve  en  1440,  resta,  au  dire  de 
Ménage,  seize  ans  en  état  de  veuvage'  et  attendit  jus- 
qu'au 28  novembre  1456  pour  devenir  en  secondes  no- 
ces l'épouse  de  Golard  de  Sains.  Elle  ne  vivait  plus  en 
1473,  alors  que  Antoine  dé  Graon  son  fds  relevait  un 
fief,  sur  lequel  il  n'avait  d'autres  droits  que  ceux  qu'il 
tenait  de  l'héritage  de  sa  mère. 

Jacques,  en  mourant,  laissait  un  testament  fait  à 
Rhodes  le  12  septembre  1440,  grâce  auquel  on  possède 
des  renseignements  précis  sur  sa  descendance.  Jacques 
avait  deux  fils  :  Antoine  et  Jacques,  deux  filles,  dont 
une  seule  est  nommée,  et  en  outre  une  fille  naturelle 
appelée  Jeannette. 


205,  —  Sceau  de  Bonne  de  Fosseux,  1449. 

XIV^^i.  —  Antoine.  —  Antoine,  qui  devait  être  le 
dernier  de  son  nom,  aura  son  article  à  la  suite  de  celui 
de  son  père. 

XIV^^2-  —  Jacques.  —  Jacques,  second  fils  de  Jac- 
ques de  Domart  et  de  Bonne  de  Fosseux,  n'a  pas  laissé 
d'autres  traces  de  son  existence  que  ce  qui  est  dit  de  lui 
dans  le  testament  de  son  père  :  à  savoir  qu'il  devait  re- 
cevoir le  fief  de  Longroy  et  que,  aussi  longtemps  que  les 
guerres  mettraient  obstacle  à  sa  prise  de  possession,  il 
aurait  droit  à  une  rente  de  deux  cent  cinquante  livres 
parisis. 


1.  Sablé,  277. 


ï 


—  2âl  - 

XlV^^g.  —  Jeanne.  —  Jeanne  était  Taînée  des  filles 
de  Jacques.  Celui-ci  par  son  testament  lui  léguait  pour 
tous  ses  droits  huit  mille  écus.  C'est  tout  ce  qu'on  sait 
d'elle. 

XIV^\.  —  Autre  fille.  —  Celle-ci,  dont  le  nom 
n'est  pas  donné,  était  destinée  à  se  faire  religieuse  dans 
un  monastère  choisi  par  sa  mère,  lequel  devait  recevoir 
une  rente  de  quarante  livres . 

Quant  à  Jeannette,  sa  fille  naturelle,  elle  devait  rece- 
voir deux  mille  francs,  ou  le  fief  de  Saint-Victor  en 
Caux. 


15 


XXX 
BRANCHE    DE    DOMART 

ANTOINE 

Septembre  1440.  —  Vers  1480. 

Antoine  était  le  fils  aîné  de  Jacques  de  Domart  ;  né, 
au  dire  de  Ménage,  en  mai  1434  ;  il  n'avait  que  six  ans 
lors  de  la  mort  de  son  père  ;  il  eut  pour  bail  son  oncle 
à  la  mode  de  Bretagne,  Antoine  de  Groy,  fils  de  Jean 
de  Groy  et  de  Marguerite  de  Graon. 


5j06.  —  Sceau  commun   à  Jean  le  Maingre  et  à  Jean  de  Crèvecœur, 
maréchaux  de  France,  1391-1413. 

Il  avait  épousé  Glande  de  Grèvecœur,  fille  de  Jean  de 
Crèvecœur  et  de  Marguerite  de  Nesle,  laquelle,  devenue 
veuve,  non  pas  sans  enfant  comme  le  dit  Ménage,  mais 
après  avoir  eu  deux  filles,  se  remaria  à  Jean  Blocet. 

On  ne  possède  ni  le  sceau  d'Antoine  ni  celui  de 
Claude  son  épouse  ;  on  donne  ici  (figure  206),  le   dessin 


I 


du  sceau  de  la  maréchaussée  de  France  apposé  en  1412 
par  Jean  Le  Maingre  et  Jean  de  Crèvecœur,  maréchaux  de 
France  [Clair ambault^  5699),  dans  lequel  on  voit  un 
écu  droit,  parti  de  Le  Maingre  et  de  Crèvecœur,  sus- 
pendu par  une  courroie  à  un  arbre,  supporté  par  une 
aigle  et  un  lion  adossés.  Dans  le  champ,  sur  deux  ban- 
deroles entrelacées  en  sautoir,  on  lit  ces  mots  en  gothi- 
que cursive  :  Ce  que  dame  (voudra)  on  le  verra. 

Antoine,  qui  est  nommé  parmi  ceux  qui  ont  pris  part 
le  23  septembre  1468  à  la  bataille  du  Liège  \  ne  lais- 
sait en  mourant  que  deux  filles  :    Jeanne  et  Catherine. 

XV^^|.  — Jeanne.  —  Jeanne,  fille  aînée  d'Antoine  de 
Domart,  épousa  Jean  de  Soissons  Moreul,  fils  de  Vale- 
ran  de  Soissons,  chambellan  du  roi,  et  de  Marguerite 
de  Roye.  Leurs  enfants  furent  de  son  chef  seigneurs  de 
Domart,  Bernaville  et  Glacy. 

XV^%.  —  Catherine.  —  La  seconde  fdle  Catherine 
épousa  Jean  de  Vassenaère,  lequel  devenu  veuf  se  re- 
maria à  Jeanne  d'Halwin. 

C'est  entre  les  mains  des  descendants  de  Jeanne  et 
de  Catherine  que  passèrent  les  fiefs  des  Craon-Domart, 
après  le  décès  d'Antoine,  qui  existait  encore  le  30  sep- 
tembre 1474,  mais  qui  ne  vivait  plus  le  l®'' juillet  1481, 
époque  où  son  gendre  se  faisait  condamner  à  payer  une 
rente  due  par  sa  succession.  Sa  mort  avait  mis  fin  à  la 
maison  de  Craon  dont  le  nom,  après  avoir  été  porté  par 
quatorze  générations  et  avoir  brillé  pendant  plus  de 
quatre  siècles,  prenait  fin  au  moment  même  où  le 
Moyen-Age  faisait  place  aux  temps  modernes. 

1.  Voir  les  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  de  France  et  de 
Bourgo^^ne,  Paris,  1729,  2  i^-4^  t.  I,  p.  374. 


2-24 


CARTULAIRE  DE  CRAON 

RAMEAU    DE    DOMART 

XIX  (1387-1454)  1345-1480. 

1387.  -  1331,  V.  s.,  27  mars  (date  fausse).  —  Numéro  1212. 

1388.  —  1350,  V.  s.,  mars,  bois  de  Vincennes.  —  Lettres 
par  lesquelles  le  roi  Jean  accorde  la  noblesse  à  Guillaume  de 
Dormans  et  à  Jeannette  sa  femme  (A.  N.,  JJ80,  726). 

1389.  —  1357,  V.  s.,  18  mars,  Saint-Denis.  —  Lettres  du 
Régent  portant  provision  de  roffice  de  chancelier  à  Jean  de 
Dormans  (A.  N.,  P  2292,  594). 

1390.  —  1364,  5  mai.  —  Charte  par  laquelle  Geoffroy, 
évêque  de  Laon,  fait  remise  des  droits  de  relief  pour  Clacy, 
vidamé  de  Laonnais,  Thierret  et  le  Four  d'Urcel  dus  à  l'oc- 
casion du  mariage  de  Marie  de  Châtillon  avec  Jean  de  Craon 
(Arch.  de  T Aisne,  G  84*,  d'après  un  vidimus  du  même  jour 
que  l'acte). 

1391. —  1365,  v.  s.,  janvier,  Paris.  —  Lettres  par  les- 
quelles Charles  VI  accorde  rémission  à  Jean  Descombles 
«  hault  capitaine  du  chastel  de  Rozoy  en  Thiérache,  familier 
et  serviteur  de  Jean  de  Craon,  fils  de  nostre  amé  et  féal  che- 
valier et  chambellan,  Guillaume  de  Craon,  »  qui  avait  tué 
Renaud  de  Lille  (A.  N.,  JJ  98,  729). 

1392.  —  1372,  27  avril.  —  Mandement  du  duc  d'Orléans 
touchant  l'hommage  qu'il  avait  reçu  de  Jean  des  Mares, 
avocat,  pour  la  maison  de  la  Chaucée  en  Brie,  tenue  du  châ- 
teau de  Coulommiers,  et  acquise  de  Jean  de  Craon,  vidame 
de  Laonnais  (B.  N.,  Nouv.  acq.  françaises^  5233,  2). 


1.  Le  même   dossier  contient  le  dénombrement  du  vidamé, 
présenté  le  1"  septembre  1363  par  Marie  de  Châtillon. 


-  2-25  - 

1393.  —  1373,  29  octobre.  —  Testament  de  Jean  de  Dor- 
mans,  où  on  trouve  mention  de  son  neveu  Bernard  et  de  ses 
autres  neveux  et  nièces  (Copie,  B.  N.,  latin,  15439,  209). 

1394.  —  1373,  V.  s.,  21  janvier,  Amiens.  —  Sentence  du 
bailliage  condamnant  Jean  de  Craon-Domart  à  payer  au  cha- 
pitre de  l'Assomption  de  N.  D.  de  Gamache  la  redevance  de 
12  setiers  de  blé,  fondée  en  décembre  1208  par  Thomas  de 
Saint- Valéry.  (Darsy.  Bénéfices  de  Véglise  d'Amiens,  II,  104). 

1395.  —  1378,  V.  s.,  20  janvier  à  1379,  4  juin,  Lille.  — 
Numéro  1216*. 

1396.  —  1380,  1"  octobre.  —  Institution  de  Miles  de  Dor- 
mans  comme  chancelier  de  France  (A.  N.,  P  2295,  672,  675). 

1397.  —  1381,  10  mai.  —  Contrat  de  Bernard  de  Dormans 
et  de  Marguerite  de  Craon,  fille  de  Jean.  Guillaume  de 
Dormans,  son  frère,  y  prend  part  (Note  du  Gallia,  IX,  754  et 
de  Ménage,  Sablé,  276). 

1398.  —  1381,  30  octobre,  Thérouanne.  —  Montre  de 
Jean  I  de  Domart  (B.  N.,  Pièces  originales,  Craon,  2740). 

La  monstre  de  messire  Jehan  de  Craon,  chevalier,  un  au- 
tre chevalier  et  six  escuyers  de  sa  compagnie  receuz  à  Thé- 
rouanne  le  pénultième  jour  d'octobre,  l'an  1381. 

Ledit  messire  Jehan. 

Messire  Jehan  Berart. 

Jehan  de  Sareny. 

Gaucher  de  Sareny. 

Colart  Haton 

Jehan  de  Surea. 

Robert  le  Haut. 

Guillaume  de  Discrecourt. 

1399.  —  1382,  27  novembre.  —  Etat  des  chevaliers  banne- 
rets  ayant  pris  part  à  la  bataille  de  Roosebeke  :  «  messire 


1.  C'est  à  l'un  de  ces  actes  que  le  sceau  (figure  197),  est  ap- 
posé. 


-  226  - 

Jehan  dé  Craon  »  est  l'un  des  chevaliers  [Froissart^  édition 
Kervyn,  t.  XXI,  p.  360;. 

1400.  —  1387,  V.  s.,  9  mars.  —  Accord  entre  Jean  de  Croy, 
seigneur  de  Renty,  et  Marguerite  de  Craon,  sa  femme,  d'une 
part,  et  Guillaume  de  Dormans,  évêque  de  Meaux,  de  l'au- 
tre, réglant  le  douaire  dû  à  Marguerite  comme  veuve  de 
Bernard  de  Dormans  (A.  N.,  X^c,  56»  ,  91). 

1401.  —  1387,  V.  s.,  28  mars.  —  Lettres  par  lesquelles 
Jean  de  Croy,  seigneur  de  Renty,  et  Marguerite  de  Craon  ra- 
tifient l'accord  du  9  mars  1387  (A.  N.,  X^c  56»  ,  110). 

1402.  —  1389,  6  mai.  —  Lettres  par  lesquelles  Jean  de 
Craon  et  Marie  de  Châtillon  vendent  pour  9000  livres  le  vi- 
damé  de  Laonnais  à  Ferry  Cassinel,  évêque  d'Auxerre  (Note 
de  Ménage^  p.  269). 

1402t>is.  >_  1392,  31  juillet,  le  Mans.  ~  Quittance  de  Jean 
de  Domart*  (B.  N.,  Clairambault,  36,  2743). 

1403.  —  1394,  30  mai,  Paris.  —  Arrêt  du  Parlement  dans 
la  cause  entre  Henri  de  Beauvau,  chevalier,  seigneur  de 
Prouville,  et  Jean  de  Domart  et  Bernaville,  chevalier  (A.  N., 
Xia  41,  209). 

1404.  —  1397,  11  août,  Paris.  —  Arrêt  du  Parlement  dans 
l'instance  intentée  par  Jean  de  Croy  et  Marguerite  de  Craon 
à  Jean  de  Craon  et  à  Marie  de  Châtillon,  au  sujet  de  la  rente 
constituée  à  Marguerite,  lors  do  son  premier  mariage,  qui  a 
duré  six  mois,  avec  Bernard  de  Dormans.  On  y  apprend  que 
Jean  de  Craon  avait  eu  dix-huit  enfants,  dont  douze  seule- 
ment vivaient  encore  lors  du  prononcé  de  l'arrêt.  (Arch.  de 
la  Trémoïlle,  fonds  Craon,  et  A.  N.,  X^a  44^  foL  358). 

1405.  —  1400,  20  avril.  —  Lettres  par  lesquelles  Nicole^ 


1.  C'est  cet  acte  qui  porte  le  sceau,  figure  198. 

2.  Cet  acte  est  émané  de  Nicole  de  Saulx,  qui  précéda  immé- 
diatement Nicole  de  Craon.  L'acte  n'a  pas  été  connu  par  M. 
Louis  Paris.  Voir  les  numéros  1417  et  1419. 


I 


-    2^7  - 

abbesse  dAvenay,  autorise  Robin,  fils   de  Beaudoiu  Perron, 
à  entrer  dans  les  ordres  (A.  N.,  JJ  146,  339). 

1406.  —  1400,  23  décembre.  —  Jugé  du  Parlement  dans 
la  cause  intentée  par  Jean  de  Croy  et  Marguerite  de  Craon, 
son  épouse,  à  Guillaume  de  Dormans,  archevêque  de  Sens, 
et  à  Jeanne  de  Dormans,  grand  mère  de  Bernard,  au  sujet 
des  droits  de  Marguerite,  veuve  de  Bernard  ;  on  y  apprend 
que  lors  de  son  veuvage  Marguerite  avait  treize  ans  et  que, 
une  fois  Bernard  de  Dormans  enseveli  au  cimetière  des 
Saints-Innocents,  elle  avait  été  tenue  par  Jean  de  Domart, 
son  père,  en  chartre  privée  et  n'avait  eu  aucune  part  aux 
conventions  passées  à  son  détriment  par  celui-ci  (A.  N., 
Xia  38,  243). 

1407.  —  1402,  5  juin,  Laon.  —  Contrat  entre  Jean  I  de 
Domart  et  Marie  de  Châtillon,  sa  femme,  d'une  part.  Gau- 
cher de  Thorotte  et  Marguerite  de  Craon,  sa  femme,  d'au- 
tre part,  passé  le  lendemain  du  mariage  de  ces  derniers,  et 
relatant  les  conditions  du  contrat  dudit  mariage  (A.  N.,  T 
10516^  755). 

1408.  —  1403,  15  octobre,  Châteauneuf.  —  Mandement  de 
Louis  d'Orléans  de  payer  100  livres  à  son  chambellan,  Jean 
de  Craon'  (B.  N.,  pièces  originales,  Craon.  67). 

1409.  —  1403,  16  octobre.  —  Lettres  par  lesquelles  Jean  I 
de  Domart,  chambellan  du  duc  d'Orléans,  donne  reçu  de  100 
livres  à  lui  données  pour  accompagner  celui-ci  en  Lombar- 
die  (B.  N.,  pièces  originales,  Craon,  68). 

1410.  —  1403,  17  novembre.  -  Reçu  de  Jean  I  de  Domart 
de  sommes  à  lui  atribuées  pour  aller  en  Lombardie  (Pièces 
originales,  Craon,  n**  70). 

1411.  —  1403,  20  décembre.  —  Jean  I  de  Domart,  reçu. 
(Pièces  originales,  Craon,  n°71). 


1.  Le  reçu  de  Jean  est  du  16   octobre  (pièce  68)   et  porte    le 
sceau  numéro  199. 


—  228  — 

1412.  —  1403  (v.  s.),  8  janvier.  —  Jean  I  de  Domart  donne 
reçu  (Pièces  originales,  Craon^  n**  72). 

1413.  —  1403  (v.  s.),  17  février.  —  Reçu  de  Jean  I  de  Do- 
mart (Pièces  originales,  Craon.  n°  73). 

1414.  —  1407,  24  septembre.  —  Dénombrement  de  Domart 
fourni  par  Jean  de  Craon  (Note  de  M.  Dusevel  dans  les  Re- 
cherches sur....  Domart^  p.  151  des  Mémoires  lus  à  la  Sor- 
bonne  en  1868,  Archéologie). 

1415.  —  1408,  v.  s.,  28  mars,  Paris.  —  Conseil  de  famille 
nommant  Jean  de  Craon  Domart  et  Mathieu  de  Roye  tuteurs 
de  Jeanne  et  Jacqueline,  filles  de  Robert  de  Béthunes  et 
d'Isabelle  de  Ghistelle  (Note  de  Nicolas  de  Baye,  t.  ï,  p.  262). 

1416.  —  1409,  2  décembre.  —  Mandement  dans  l'instance 
intentée  par  Marie  de  Châtillon,  veuve  de  Jean  1  de  Domart 
et  bail  de  ses  enfants,  au  duc  d'Orléans,  pour  une  rente  de 
cent  livres  (A.  N.,  X^a  57,  9). 

1417.  —  1409-1435.  —  Quarante  actes  relatifs  à  l'histoire 
de  l'abbaye  d'Avenay  pendant  que  Nicole  de  Craon  en  était 
abbesse  (tableau  dressé  par  M.  Louis  Paris,  aux  pages  200- 
208  du  tome  I  et  172-178  du  tome  II  de  son  Histoire  de  l'ab- 
baye d'Avenay,  1879,  2  vol.  in-8«). 

1418.  —  1410.  —  Partage  des  biens  de  Jean  I,  en  présence 
de  Marie  de  Châtillon*  (Note,  Ménage,  268). 

1419.  —  1410,  12  mai.  —  Lettres  par  lesquelles  Nicole  de 
Craon,  abbesse  d'Avenay,  renouvelle  la  permission  donnée 


1.  Ménage  renvoie  à  ses  Preuves  pour  donner  le  texte  de  ce 
partage  qu'il  s'est  malheureusement  abstenu  de  pubher.  Toutes 
nos  recherches  à  son  sujet  sont  demeurées  vaines,  ce  qui  est  d'au- 
tant plus  déplorable  que  l'acte  en  question  nous  eût-  fourni  sur  la 
descendance  de  Jean  I  des  renseignements  qui  nous  font  abso- 
lument défaut. 


—  -229  — 

a  par  sa  devancière  »  à  Robin,  fils  de  feu  Beaudoin  Perron* 
(A.  N.,  JJ  146,  339). 

1420.  —  1410,  25  juin,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
Charles  VI,  vidimant  les  lettres  du  20  avril  1400  et  12  mai 
1410,  ratifie  les  dispositions  des  deux  abbesses  en  faveur  de 
Robin  Perron*  (A.  N.,  JJ  146,  339). 

1421.  —  1410,  24  septembre,  Paris.  —  Montre  de  deux 
écuyers  emmenés  par  ordre  du  duc  de  Bourgogne  par  Si- 
mon de  Craon,  écuyer  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1422.  —  1410,  v.  s.,  22  février.  —  Note  des  travaux  faits 
au  château  de  Blois  à  l'époque  où  Jean  de  Croy  y  était  dé- 
tenu, par  ordre  du  duc  d'Orléans  (Revue  des  Sociétés  sa- 
vantes, VP  série,  t.  I,  1875,  p.  623). 

1423.  —  1411,  mai.  —  Ordonnance  de  Jean  de  Soissons, 
sire  de  Moreuil',  pour  la  défense  de  Compiègne  (Revue  des 
Sociétés  savantes,  VIP  série,  III,  238  ;  réimprimé  dans  So- 
rel,  La  prise  de  Jeanne  d'Arc  devant  Compiègne,  316). 

1424.  —  1411,  14  août.  —  Jugé  dans  la  cause  de  Gaucher 
de  Torotte  et  de  Jeanne  de  Montmorency,  son  épouse,  contre 
divers(A.  N.,X*«58,  258). 

1425.  —  1411,  v.  s.,  mars.  —  Lettres  de  Jean  de  Croy, 
grand  bouteiller  de  France  (Note,  PP  110,  39). 

1426.  —  1412,  4  mai.  —  Lettres  de  Charles  VI  portant 
don  à  Jean  de  Croy,  grand  bouteiller,  de  la  terre  de  Grande- 
lup(A.N.,P  2297,  1197). 

1427.  —  1412,  7  mai.  —  Jugé  du  Parlement  dans  la  cause 
de  Marie  de  Châtillon,   dame  de  Domart  et  de  Clacy,  et  de 


1.  Cet  acte,  comme  le  n»  1405,  n'a  pas  été  connu  de  M.  Louis 
Paris. 

2.  Voir  les  numéro  1405  et  1419. 

3.  Ce  Jean  fut  tué  ci  Azincourt. 


-  230  - 

Guillemet  Faucherel  sur  la  justice  de  Clacy  ;  on  y  mentionne 
Simon  de  Craon,  écuyer,  «  fils  et  héritier  de  Marie  »  (A.  N., 
X*«  59,  240). 

1428.  —  1412,  9  mai.  —  Quittance  donnée  par  Jean  de 
Croy  de  ses  gages*  (B.  N.,  Titres  scellés^  38,  2833). 

1429.  —  1412,  V.  s.,  28  janvier.  —  Lettres  de  Charles  VI 
par  lesquelles,  en  échange  de  Grandelup,  il  donne  à  Jean  de 
Croy,  seigneur  de  Renty,  la  châtellenie  de  Beauvain  (A.  N., 
P  2297  1221). 

1430.  —  1412,  V.  s.,  17  février.  —  Promesse  de  Jean  de 
Croy  de  rendre  Beauvain  au  roi,  en  cas  de  restitution  du 
prix  convenu  (A.  N.,  P  2297,  1233). 

1431.  —  1414,  V.  s.,  2  mars.  — Jugé  du  Parlement  entre 
Jean  II  de  Domart,  chevalier,  et  Jeanne  d'Artois,  au  sujet 
des  droits  féodaux  de  Domart  et  Bernaville  (A-.  N.,  X*^  60, 
471). 

1432.  —  1415,  4  avril.  —  Accord  entre  Jean  II  de 
Craon-Domart  et  Guye  de  Longroy,  son  épouse,  d'une  part, 
Valerand  de  Rivery  et  Isabelle  de  Longroy,  sa  femme,  sœur 
de  Guye,  de  l'aujtre,  pour  le  partage  de  la  succession  échue 
de  feu  Jacques  de  Longroy  et  de  la  succession  à  échoir  de  Ma- 
rie de  Querrieu,  sa  veuve.  Jacques  avait  laissé  les  terres  et 
seigneuries  de  Longroy,  Saint- Victor-en-Caux,  Soreng,  Buzi- 
val,  Espinoy,  Goussonville,  le  Bassicard,  Hollencourt,  Ques- 
tre,  Wewre,  Le  Watine,  Prousel-Cruval  et  Aumont,  Rou- 
querolles  et  autres.  Marie  possédait  Quierrieu,  Henrissart  et 
Wewre.  La  part  de  la  dame  de  Rivery,  qui,  comme  puinée, 
avait  droit  au  quint  seulement,  fut  composée  de  Prousel  au 
Val  et  Aumont,  Bascouel,  Hourissart  et  Trouville^  (Note  du 
Trésor  généalogique) . 


1.  C'est  cet  acte  qui  porte  le  sceau  dessiné  sous  le  n»  200;  on 
y  distingue  en  abîme  le  mason  écartelé  de  Craon  et  de  Flandre 
des  Craon-Domai  t. 

2.  Quelques-uns  de  ces  noms  propres  ont  été  défigurés  par 
dom  Villevieille,  et  ne  sauraient  être  rétablis  avec  certitude. 


-  -231  - 

1433.  —  1416.  —  Acte  par  lequel  Jean  II  de  Domart  et 
Guye  de  Longroy  donnent  aux  chapelains  d'Amiens  consen- 
tement à  l'acquisition  d'une  terre  située  à  Querrieu  *  (Archi- 
ves de  la  Somme). 

1434.  —  1420,  27  avril,  Saint-Quentin.  —  Lettres  par  les- 
quelles est  constaté  que  Guye  de  Longroy,  veuve  de  feu  Jean  II 
seigneur  de  Domart,  Bernaville  et  Clacy,  chevalier,  fils  de 
feu  Jean  I  et  de  Marie  de  Châtillon  sa  femme  «  a  l'acquit  de 
Jacques  de  Craon  et  autres  enfants  mineurs  »  a  payé  à  made- 
moiselle Marie  de  Thorotte,  fille  de  Gaucher  de  Thorotte,  che- 
valier, et  fille  et  seule  héritière  pour  le  tout  de  feue  Margue- 
rite de  Craon,  sa  femme,  la  somme  de  deux  mille  livres  tour- 
nois, solde  des  4000,  promis  dans  son  contrat  de  mariage 
(A.  N.,  T  1051  ^*  755  en  un  vidimus  du  même  jour). 

1435.  —  1420,  27  avril,  Saint-Quentin.  —  Acte  de  Marie 
de  Torotte,  en  présence  de  Gaucher  de  Torotte,  son  père, 
donnant  à  Guye  de  Longroy  décharge  de  deux  mille  livres, 
solde  des  quatre  mille,  promises  au  contrat  de  sa  mère  (A. 
N.,  T1051^  755). 

1436.  —  1427,  27  juin.  —  Contrat  de  Jacques  de  Craon 
avec  Bonne  de  Fosseux-  (Du  Chesne,  H.  de  Montmorency, 
Preuç^es,  p.  168  et  Ménage,  p.  399). 

1437.  —  1430.  —  Retrait  du  quint  d'un  fief  relevant  d'Au- 
bigny  par  Jacques  de  Craon,  époux  de  Bonne  de  Fosseux 
(Note  du  Trésor  généalogique). 

1438.  —  1432,  13  décembre,  Bruges.  —  Sentence  par  la- 
quelle Philippe  de  Bourgogne  décide  que  Jacques  de  Craon, 
lorsqu'il  avait  été  pris  dans  son  château  de  Domart  le  17  jan- 


1.  C'est  cet  acte  qui  porte  les  sceaux  de  Jean  II  et  de  Guye, 
figures  202  et  204. 

2.  Jeanne  de  Fosseux,  sa  sœur,  mourut  femme  de  Jean  de 
Montmorency,  le  2  septembre  l'i31  (Du  Chesne,  oreMv'es,  p.  169)  : 
Jacques  de  Craon  eut  le  bail  de  Jean  de  Montmorency  (Du 
Chesne,  preuves,  p.  182). 


—  232  - 

vier  1431,  v.  s.,  par  les  troupes  aux  ordres  du  maréchal  de 
Boussac,  ne  s'était  pas  constitué  le  prisonnier  de  Rigaud  de 
Verseilles,  et  qu'il  avait  recouvré  sa  liberté  par  le  paiement 
de  la  rançon  qu'il  avait  versée  au  sire  de  Boussac  [Ménage, 

278). 

1439.  —  1435-1460.  —  Vingt  actes  relatifs  à  l'histoire  de 
l'abbaye  d'Avenay  pendant  que  Catherine  de  Craon  en  était 
abbesse  (Tableau  dressé  par  M.  Louis  Paris  aux  pages  209- 
217  du  tome  I  et  178-180  du  tome  II  de  son  Histoire  de  l'ab- 
baye dAvenay). 

1440.  —  1440,  12  septembre,  Rhodes.  —  Testament  de 
Jacques  de  Craon  (in-extenso.  Ménage,  p.  402). 

1441.  —  1448,  20  décembre.  —  Accord  d'où  résulte  acqui- 
sition d'un  donjon  par  Antoine  de  Croy  *,  en  qualité  de  bail 
d'Antoine  de  Craon  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1442.  —  1449,  9  juillet.  —  Lettres  par  lesquelles  Bonne 
de  Fosseux,  veuve  de  Jacques  de  Craon,  fait  don  aux  Char- 
treux de  Gosnay  du  fief  de  Fouquinehem^  (Archives  du  Pas- 
de-Calais). 

1443.  —  1452,  V.  s.,  3  mars.  —  Lettres  par  lesquelles 
Bonne  de  Fosseux  partage  avec  Louis  de  Montmorency  la 
succession  de  sa  mère  (Du  Chesne,  Montmorency,  preuves, 
p.  217). 

1444.  —  1453,  V.  s.,  5  janvier,  Beauquesne.  —  Lettres  de 
Bonne  de  Fosseux  échangeant  sa  part  du  droit  de  quint  sur 
Fosseux  et  autres  terres  contre  le  fief  de  Barly,  que  lui  cède 
Louis  de  Montmorency  (Du  Chesne,  Montmorency,  preui>es, 
p.  217). 

1445.  —  1454,  V.  s.,  17  mars.  —  Certificat  donné  par  Ca- 


1.  Antoine,  fils  de  Jean  de  Croy  et  de  Marguerite  de  Craon. 

2.  Cet  acte  porte  le  sceau  figure  205. 


-  233  — 

therine  de  Craon  abbesse  d'Avenay. ..  (Pièces  originales, 
Craon^  n°  85  et  in-extenso  dans  Paris,  Histoire  de  l'abbaye 
d'Avenay^  t.  I,  p.  215). 

1446.  —  1455,  28  juillet,  Aubigny.  —  Lettres  par  lesquel- 
les Bonne  de  Fosseux  —  avec  l'assentiment  de  son  fils  An- 
toine de  Craon  —  vend  pour  560  livres  Barly  à  Louis  de 
Montmorency  *  (Du  Chesne,  Montmorency,  preuves^  p.  218). 

1447.  —  1455,  26  novembre.  —  Achat  par  Bonne  de  Fos- 
seux, veuve  de  Jacques,  d'une  maison  à  Amiens  (Note  du 
Trésor  généalogique). 

1448.  —  1456.  —  Relief  dans  le  fief  de  Béthune  par  Eglet 
de  Sains  ^  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1449.  —  1460,  18  juin.  —  Antoine  de  Craon  ajourné  au 
bailliage  d'Amiens  par  l'abbaye  de  Corbie,  qui  lui  réclamait 
les  arrérages  de  quatre-vingts  livres,  à  elle  dues  sur  Pérou- 
sel  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1450.  —  1473.  —  Dans  le  compte  de  Gérard  de  la  Haye 
pour  le  domaine  d'Aire  il  est  mention  que  Antoine  de  Craon 
releva  un  fief  du  château  d'Aire,  à  cause  de  la  succession  de 
Bonne  de  Fosseux  (Note  du  Trésor  généalogique). 

1451.  —  1474.  —  Au  compte  de  Gérard  de  la  Haye  pour 
Béthune,  commencé  le  1"  octobre  1474,  il  est  dit  que  Antoine 
de  Domart  releva  de  la  succession  de  Bonne  de  Fosseux  sa 
mère  la  terre  de  la  Planque  en  Lestrem,  tenue  de  Béthune 
(Note  du  Trésor  généalogique). 

1452.  —  1474,  30  septembre.  —  Acte  d'Antoine  de  Craon 
Domart  exerçant  le  retrait  d'une  rente  de  vingt-sept  livres 


1.  Les  lettres  d'Antoine  approuvant  cette  vente  sont  du  même 
jour  (Du  Chesne, /?rewpe5,  218). 

2.  Eglet  était  le  fils  de  Colard  de  Sains,  seigneur  deCaveron, 
second  époux,  le  28  novembre  l'i56,  de   Bonne   [Ménage,  p.  277). 


-  ^B4  - 

sur  Marconelle,  dans  la  châtellenie  d'Hesdin*  (Note  du  Tré- 
so?'  gén  éa  logiq  ue). 

1453.  —  1481,  1  juillet.  —  Jean  de  Soissons,  seigneur  de 
Domart  et  Bernaville  est  condamné  à  payer  la  rente  qui  fait 
l'objet  du  numéro  1394  du  Cartulaire  (Darsy,  Bénéfices  de 
l'Eglise  d'Amiens,  II,  104). 

1454.  —  1513,  29  septembre.  -  Coutumes  de  la  châtelle- 
nie de  Moreuil  appartenant  à  Jean  de  Soissons,  chevalier, 
baron  de  Domart,  Bernaville  (De  Beauvillé,  Documents  iné- 
dits, III,  247). 


CARTULAIRE  DE  CRAON 

ADDITIONS^ 
I    à  XIII  (1-811)  BRANCHE    aînée  1050-1409. 

2  (A).  —  1040,  31  mai.  —  Charte  par  laquelle  Geoffroy- 
Martel  et  Agnès,  son  épouse,  fondent  l'abbaye  de  la  Tri- 
nité ;  la  concession  de  Craon  à  Robert  le  Bourguignon  y  est 
relatée^  (Layettes  du  Trésor  des  Chartes,  n**  16,  et  Métais, 
Cartulaire  de  la  Trinité,  n°  XXXVI). 

4  (A).  —  1040-1049.  —  Notice  des  moines  de  la  Trinité 
de  Vendôme  d'une  sentence  par  laquelle  Geoffroy  Martel  et 
Agnès,  son  épouse,  avaient  décidé,  contre  Renaud  de  Châ- 
teau-Renaud, que  les  gens  des  moines  seraient  exempts  du 
péage  de  Saint-Laurent  pour  tout  ce  qui  serait  destiné  à  leur 


1.  Cet  acte  établit  contre  du  Ghesne  qu'Antoine  ne  mourut  pas 
en  bas  âge. 

2.  Nous  groupons  sous  ce  titre  un  certain  nombre  de  notes  re- 
latives aux  pièces  du  Cartulaire.  En  outre,  nous  indiquons  deux 
cents  documents  nouveaux,  auxquels  nous  avons  assigné  le  chif- 
fre qui  leur  eût  appartenu  dans  le  classement  chronologique,  mais 
en  le  faisant  suivre  d'une  lettre  qui  sert  à  les  distinguer. 

3.  Cette  charte,  dont  il  est  question  dans  le  texte,  avait  été 
omise  au  Cartulaire. 


-  235  - 

consommation  ;  Robert  le  Bourguignon  est  l'un   des  juges* 
(Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Trinité^  charte  LXXVII). 

4  (B).  -  1049,  6  janvier,  Angers.  —  Diplôme  par  lequel 
Geoffroy  Martel  et  Agnès  font  divers  dons  à  l'abbaye  de  Ven- 
dôme ;  Alard  de  Château-Gontier  est  au  nombre  des  té- 
moins (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Trinité^  n°  XCII). 

5.  —  Cette  charte  vient  d'être  réimprimée  in  extenso  par 
M.  Fabbé  Métais,  sous  le  numéro  XCV  de  son  Cartulaire  de 
la  Trinité  de  Vendôme^  accompagnée  d'une  reproduction  du 
dessin  de  Gaignières,  représentant  le  sceau  de  Geoffroy 
Martel  qui  y  était  appendu. 

5  (Aj.  1050-1055.  —  Notice  des  moines  de  Saint- 
Aubin  de  la  fondation,  du  temps  de  l'abbé  Gautier  (-j-  1055),  du 
prieuré  de  Brion,  par  Ranulfe  et  Guillaume  de  Sablé,  avec 
l'approbation  de  Robert  le  Bourguignon  et  de  Blanche  (B. 
N.,  Housseau,  511). 

6.  —  Cet  acte  vient  d'être  publié  in  extenso  sous  le  nu- 
méro XCVI  du  Cartulaire  de  la  Trinité  avec  les  noms  des 
témoins,  omis  par  M.  de  Bodard.  On  y  remarque  à  la  ligne 
16  l'absence  des  mots  (|ui,  chez  ce  dernier,  suivent  ecclesiam 
hanc  :  sicuti  Sanctœ  Trinitati  prius  donatam  exceptam  de- 
nominavi  quia  monasterio.... 

7.  —  M.  l'abbé  Métais  a  donné  cette  pièce  sous  le  numéro 
CXXX  du  Cartulaire  de  la  Trinité,  complétée  par  les  noms 
de  trois  témoins,  omis  dans  dom  Ilousseau  :  domnus  Theo- 
dericus  abbas,  Waldinus  de  Mala-Cornu,  Warinus  filius 
Suthardi. 

7.  —  La  précaution  que  nous  avons  prise  ici,  et  pour  quel- 
ques autres  actes  du  XP  siècle,  de  faire  suivre  la  date  de 
l'indication  i^ieux  style  était  inutile,  car  dans  le  Maine  et  l'An- 


1.  M.  l'abbé  Métais  a  relevé  à  la  BibUothèque  nationale  (latin 
13820,  330)  cette  note  sur  Robert  «  Hic  erat  ubi(juista,  quia  in 
omnibus  cartis  principum  sui  leniporis  fere  nominatur.  » 


—  236  — 

jou,  pendant  presque  tout  le  XP  siècle,  l'année  ne  commençait 
pas  à  Pâques.  La  démonstration  de  ce  fait  était  jusqu'ici 
impossible,  car  nos  cartulaires  ne  contiennent  aucun  acte 
fournissant  les  synchronismes  nécessaires.  Le  tomel  du  Car- 
tulaire  de  la  Trinité  de  Vendôme^  le  premier  de  notre  ré- 
gion, est  venu  en  fournir  un  nombre  suffisant  pour  ne  laisser 
aucun  doute  sur  ce  point  jusqu'à  1081  ^  Nous  avons  trouvé  à 
la  Bibliothèque  nationale  {latin  12878,  356)  une  charte  de 
Hélie,  comte  du  Maine  du  27  mars  1099,  qui  nous  mon- 
tre que  la  chancellerie  des  comtes  du  Maine,  encore  à 
cette  date,  ne  commençait  l'année  ni  au  25  mars,  ni  à  Pâques. 
Par  contre,  on  trouvera  plus  loin  in  extenso,  sous  le  numéro 
74,  un  acte  du  14  janvier  1095,  qui  nous  permet  d'affirmer 
qu'à  cette  époque  Marmoutier  et  la  Couture  avaient  adopté  le 
style  de  Pâques.  De  même  notre  numéro  84  est  daté  d'après 
ce  même  style  :  on  sait  en  effet  par  notre  numéro  85  que  Ro- 
bert le  Bourguignon  est  parti  pour  la  croisade  à  peu  près 
deux  ans  après  le  10  mars  1096.  Or,  le  numéro  84,  où  ce  dé- 
part est  relaté,  porte  le  millésime  1097  ;  il  est  donc  daté  d'a- 
près le  style  de  Pâques. 

7  (A).  —  1053,  26  mars,  Angers.  —  Lettres  par  lesquelles 
Eusèbe,  évêque  d'Angers,  constate  que  du  jour  où,  par  la 
mort  de  Suhart  le  vieux,  Craon  est  rentré  sous  sa  juridiction 
spirituelle,  à  laquelle  il  avait  été  soustrait  pendant  de  lon- 
gues années,  il  a  donné  Saint-Clément  à  la  Trinité  de  Ven- 
dôme^ (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Trinité,  n<>  XCVII). 

In  nomine  sancte  et  individue  Trinitatis. 

Ego  Eusebius,  Andegavensis  ecclesie  humilis  episcopus, 
per  hujus  conscriptionis  notitiam,  et  presentis  etatis  fidelibus 
notum  fieri  volui  et  apud  futuras  post  nos  generationes  a  ca- 
lumpniis  omnibus  tutum,  quod  ecclesiam  Sancti-Clementis 


1.  Voir  les  numéros  GVIII,  GLXXXVIII,  GGXVI,  GGXXVIII, 
GGXLIX,  CCXC,  GGXGIX. 

2.  Malgré  la  règle  que  nous  nous  sommes  imposée,  de  ne  don- 
ner ici  aucune  pièce  déjà  publiée,  nous  faisons  exception  pour  ce 
document,  afin  de  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  ce  qu'il  ren- 
ferme sur  la  rupture  féodale  entre  Angers  et  Graon,  laquelle  fut 
l'œuvre  de  Suhard  le  Vieux. 


-  -237  - 

apud  caslrum  Credonis  sitam,  cum  decimis  et  rébus  ad  eam 
pertinentibus,  concessione  clericorum  nostrorum,  et  precibus 
GofTredi,  honorabilis  comitis  Andegavensis,  monasterio 
Sancte-Trinitatis,  quod  Vindocini  a  novo  ipse  fundaverat,  et 
monachis  ibidem  siib  domno  Odrico  abbate  degentibus,  ac 
successoribus  eorum,  donavimus,  in  augmentum  videlicet 
victualium  et  necessarii  sumptus  ipsorum. 

Quam  quidem  ecclesiam,  cum  omni  honore  Credonensi, 
Suhardus  Vetulus  de  antiquo  et  legali  jure  Andegavensis 
ecclesie  in  aliam  potestatem  olim  transtulerat,  et  abbati  Pon- 
tilevis,  deinde  monachis  Sancti-Albini  commendaverat,  eo 
videlicet  pacto,  ut  illuc  partes  rerum  quas  in  aliis  locis  habe- 
bant  revocantes,  abbatiam  ibi  construerent,  sine  tamen  as- 
sensu  nostro  et  concessione  principis  patrie,  cui  Suhardus 
honorem  illum  violenter  auferebat.  Sed  cum'predicti  mona- 
chi  ibi  contra  nostram  excommunicationem  et  Andegavensis 
comitis  instantem  reclamationem  manere  non  potuissent,  ad 
propria  monasteria  regressi  sunt.  Postea  vero,  justo  Dei 
judicio,  predictus  tirannus  impiam  vitam  digna  morte  fini- 
vit  ;  et  sic,  auxiliante  Démino,  honorem  Credonensem  quem 
diu  injuste  perdideramus,  recuperavimus,  et  Beati-Clementis 
ecclesiam  Vindocinensibus  monachis,  ut  supra  dictum  est, 
donavimus. 

Actum  Andegavis  in  capitulo  Beati-Mauricii,  vu  kal.  apri- 
lis,  anno  ab  incarnatione  Domini  nostri  Ihesu  Xristi  M.  LUI. 

Hoc  donum  de  manu  nostra  Odricus  abbas  suscepit,  cum 
duobus  monachis  suis,  Vitale  videlicet  et  Guidone. 

Hoc  viderunt  et  concesserunt  clerici  Beati-Mauricii  qui 
aderant  :  Goslenus  decanus,  Berengerius  archidiaconus  ', 
Rainaldus  archidiaconus,  Joscellinus  archidiaconus,  Girar- 
dus  cantor,  Fulcoius,  Martinus,  Radulfus,  Odo,  Bernardus, 
Ansierdus,  Girardus,  Durandus,  Albertus,  Goslenus,  Gof- 
fredus. 

9.  —  Effacer  la  notice  qui  prend  place  sous  le  numéro 
5  (A),  ainsi  qu'on  y  est  obligé  par  la  mention  de  l'abbé  Gau- 
tier, mort  le  29  décembre  1055  (Port,  H,  238). 


1.  C'est  le  fameux  hérésiarque  Bérenger. 

IG 


—  ââs  — 

12  (A).  —  Vers  1056.  —  Accord  entre  le  Ronceray  et 
Gisiebert,  neveu  d'Albéric  de  Chinon  ;  Alard  de  Château- 
Gontier  et  Robert  le  Bourguignon  sont  au  nombre  des  té- 
moins, ainsi  que  Geoffroy  Martel  et  Grecia  (B.  N.,  Hous- 
seau,  II,  510). 

15.  —  Les  trois  lettres  groupées  sous  ce  numéro  avaient 
pour  but  d'annoncer  la  nouvelle  sentence  indiquée  sous  le 
numéro  15  (A).  Il  faut  les  dater  de  1060,  après  le  décès  de 
Geoffroy  Martel  ;  elles  ont  été  récemment  réimprimées  sous 
le  numéro  CXLV  du  Cartulaire  de  la  Trinité  de    Vendôme. 

15  (A).  —  1060.  —  Notice  des  moines  de  la  Trinité  du 
maintien  par  le  pape  Nicolas,  assisté  de  sept  évéques,  de  la 
sentence  de  1053,  accordant  à  la  Trinité  la  possession  du 
prieuré  de  Saint-Clément  (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la 
Trinité,  n^  CXLIV). 

16  (A).  —  1055-1066.  -  Charte  par  laquelle  Robert  le 
Bourguignon,  avec  l'approbation  de  ses  fils  Renaud  et  Geof- 
froy, fait  don  du  moulin  de  Sablé  aux  moines  de  Marmoutier 
qui  desservaient  la  chapelle  de  son  château  de  Sablé  (B.  N., 
Baluze  77,  35). 

Quoniam  fidelis  omnis  alteram  post  istam  non  dubitat  esse 
vitam  etc. 

Proifide  ego,  Rotbertus  Burgundio,  concedo  monachis 
Majoris  Monasterii  Deo  et  sancto  Macuto  apud  Sablolium 
castellum  meum  deservientibus  molendinum  quendam  prope 
idem  castrum  in  rivo  qui  de  Sarta  et  de  Vegia  fluminibus 
currit,  rivum  quoque  ipsum  usque  ad  finem  Vegise,  ubi  ipsa 
in  Sartam  cedit. 

Hœc  autem  omnia  sicut  juris  mei  extiterant,  ita  monachis 
concedo  quieta  prorsus  et  libéra,  filiis  meis  Rainaldo  et 
Gauffredo  *  auctorizantibus,  donumque  de  rébus  istis  feren- 
tibus  super  altare  sancti  Macuti. 

1.  Il  faut  noter  cette  mention,  la  seule  que  nous  ayons  rencon- 
trée établissant  l'existence  d'un  fils  de  Robert  du  nom  de  Geof- 
froy. On  voit  en  môme  temps  qu'il  était  le  second  et  non  le  pre- 
mier, comme  il  avait  été  classe  ci-dessus  à  la  page  620  du  t.  II. 


-  m  - 

17  (A).  —  1062,  2  février,  Angers.  —  Charte  par  laquelle 
Geoffroy  le  Barbu,  ratifiant  une  promesse  verbale  de  Geof- 
froy Martel,  prononce  exemption  de  tonlieu  pour  un  bateau 
appartenant  à  la  Trinité  de  Vendôme.  Robert  le  Bourgui- 
gnon et  Salomon  de  Sablé  sont  au  nombre  des  témoins 
(Abbé  Métais,  Cartulaire  de  La  Trinité^  charte  CLVII). 

17  (B).  —  1062,  24  février,  Angers.  —  Diplôme  par  lequel 
Geoffroy  le  Barbu  ratifie  le  don  fait  par  Geoffroy  Martel  à  la 
Trinité  de  Vendôme  de  Saint-Jean-sur-Loire  ;  Robert  le 
Bourguignon  est  au  nombre  des  témoins  (Abbé  Métais,  Car- 
tulaire de  la  Trinité^  n"  CLVIII). 

18  (A).  —  1063.  —  Notice  du  don  de  Renaud  de  Château- 
Gontier  et  de  Château-Renaud  à  Marmoutier  ;  Robert  le 
Bourguignon  témoin  (Abbé  Métais,  Cartulaire  Blésois, 
charte  XLII). 

30.  —  1068,  l^""  avril,  Bordeaux.  —  La  notice  de  la  sen- 
tence rendue  par  le  légat  Etienne  vient  d'être  réimprimée, 
sous  le  numéro  CCXXXVII  du  Cartulaire  de  la  Trinité^ 
sous  les  dates  extrêmes  de  1068-1073.  Nous  lui  donnons  la 
date  du  concile  tenu  à  Bordeaux  telle  qu'elle  nous  est  fournie 
par  le  Gallia  Christiana^  II,  803,  aux  Instrumenta, 

32  (A).  —  1069,  6  avril,  1070,  1"  août.  Angers.  —  Notice 
des  moines  de  la  Trinité  de  Vendôme  de  la  contestation  dont 
était  l'objet  la  terre  des  Mulnatus  en  Cheviré  et  de  la  décision 
qui  les  en  rendit  propriétaire,  moyennant  le  paiement  d'une 
somme  ;  Robert  le  Bourguignon  et  Gui  de  Nevers,  son  frère, 
témoins  le  6  avril  1069*  (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Tri- 
nité, n°  CCXVI). 

32  (B).  —  1070,  3  mars,  Saint-Clément  de  Craon.  —  Charte 
par  laquelle  Renaud,  fds  de  Robert  le  Bourguignon,  et  son 


1.  Le  moine  rédacteur  de  cet  acte  a  pris  soin  de  dire  (|^ue  le 
lundi  des  Hameaux  de  l'an  1068  était  le  VIII  des  ides  d  avril. 
Preuve  que  pour  les  moines  de  la  Trinité  cette  année-là  encore 
ne  commençait  pas  à  Pâques. 


-  240  - 

épouse  Eunoguena,  fille  de  Robert  de  Vitré  et  de  son  épouse 
la  fille  de  Guérin,  héritière  de  Craon,  confirment  à  la  Trinité 
la  possession  de  Saint-Clément  de  Craon  ;  ils  reconnaissent 
avoir  reçu,  Renaud,  cinquante  livres  et  Eunoguena,  sept  li- 
vres (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Trinité^  n^  CCXVII  ;  et 
en  fragment,  Ménage,  125). 

33  (A).  —  1070,  28  août,  Tours.  —  Charte  par  laquelle 
Foulques  Réchin  donne  Voûtes  à  Cormery  ;  Robert  le  Bour- 
guignon témoin  [Cartulaire  de  Cormei'y^  charte  XLI). 

35.  -  Cet  accord  vient  d'être  imprimé  de  nouveau  sous  le 
numéro  CCXXXIV  du  Cartulaire  de  la  Trinité. 

35  (A).  —  1072.  —  Lettre  de  l'abbé  Oderic  à  l'évêque 
d'Ostie  lui  faisant  part  de  l'accord  passé  entre  la  Trinité  de 
Vendôme  et  Saint-Aubin  {Cartulaire  de  la  Trinité.,  charte 
CCXXXV). 

35  (B).  —  1072.  —  Lettre  par  laquelle  Otbran  annonce  à 
l'évêque  d'Ostie  l'accord  établi  entre  Saint-Aubin  et  la  Tri- 
nité de  Vendôme  [Cartulaire  de  la  Trinité^  charte  CCXXXV). 

36.  —  Vers  1072.  —  Cette  plainte  adressée  à  un  neveu  du 
Pape  vient  d'être  réimprimée  sous  le  numéro  CCXXXVl  du 
Cartulaire  de  la  Trinité. 

36  (A).  —  1073,  5  mars.  Tours.  —  Acte  par  lequel  Foul- 
ques Réchin,  deux  jours  après  la  publication  de  la  trêve, 
restitue  à  Marmoutier  divers  droits  ;  Robert  le  Bourguignon 
au  nombre  des  témoins  (B.  N.,  Housseau^  776). 

39  (A).  —  1067-1096.  —  Notice  du  don  de  Foulques  Réchin 
d'une  partie  du  bois  de  Cambeniaco  à  Saint-Serge  pour 
l'âme  de  Hugues  de  Balaone;  Robert  le  Bourguignon  témoin 
(B.  N.,  latin,  5446,  280). 

43.  —  Les  bénédictins  de  Solesmes  ont  reproduit  sous  le 
n**  XVI  du  Caj^tulaire  de  la  Couture.,  cet  acte,  d'après  Mé- 
nage, sans  en  signaler  d'autre  version.  Nous  en  avons  trouvé 


t 


•     -  241  - 

une  à  la  Bibliothèque  nationale  [latin  12890,  94)  grâce  à  la- 
quelle on  peut  supprimer  le  non  sens  de  la  ligne  18  de  la 
page  25  en  ajoutant  après  le  mot  monachis  :  de  Cultura  dixit 
se  naisse  qiiod  de  pluribus  canonicis  habuerint.  11  faut  en- 
core à  la  ligne  16  de  la  page  26  rétablir  finit ur  qm  lieu  de 
sinitur.  Enfin  à  la  ligne  33  il  faut  ajouter  parmi  les  témoins  : 
Liziardus  de  Sabolio^  qui  se  trouve  dans  Ménage,  mais  qui 
a  été  omis  au  Cartulaire  de  la  Couture.  Robert  le  Bourgui- 
gnon, Robert,  son  fils,  et  Hamon  de  Laval  sont  au  nombre 
des  témoins. 

44  (A).  —  1077,  30  novembre,  Angers.  —  Robert  le  Bour- 
guignon donne  à  la  Trinité  de  Vendôme  le  droit  de  paître 
cent  pourceaux  dans  la  forêt  de  Brionne  (ne  faut-il  pas  lire 
Bouèie  ?]  Il  mentionne  son  frère,  Henri,  son  épouse,  Blan- 
che, et  ses  enfants.  Robert  le  Bourguignon  et  Renaud,  son 
fils,  sont  témoins  (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Trinité, 
charte  CCLXIV). 

46.  —  1078,  26  janvier,  Craon.  —  L'objet  de  cette  charte 
est  d'abandonner  aux  moines  de  la  Trinité  les  offrandes  faites 
à  l'autel  du  château  de  Craon  par  ceux  qui  y  prêtaient  ser- 
ment. En  même  temps  d'obtenir  pour  le  chapelain  du  château, 
nommé  Geoffroy,  le  profit  viager  de  la  moitié  des  dites  offran- 
des. Le  texte  in  extenso,  avec  des  noms  de  témoins  qui  man- 
quent dans  Ménage,  vient  d'être  donné  sous  le  numéro 
CCLXVI  du  Cartulaire  de  la  Trinité. 

47.  —  Supprimer  entièrement  la  notice. 

48.  —  Cet  acte  vient  d'être  publié  de  nouveau  par  M.  l'abbé 
Métais  sous  le  numéro  CCLXXVI  de  son  Cartulaire  de  la 
Trinité. 

48  (A).  —  1080,  mars,  Vendôme.  —  Charte  par  laquelle 
Robert  de  Moncontour  donne  à  la  Trinité  de  Vendôme  son 
domaine  de  Coulommiers  ;  Robert  le  Bourguignon  est  au 
nombre  des  témoins  (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Trinité, 
charte  CCXCIX). 

50  (A).  —  1080.  —  Notice   des  moines   de  Saint-Nicolas 


-  242  -      ^ 

d'Angers  de  la  confirmation  par  Foulques  Réchin  de  la 
«  quietudinem  Chalonni  ;  »  Robert  le  Bourguignon  témoin 
(Housseau,  XIIP,  9510). 

51  (A).  —  Vers  1080.  —  Lettre  par  laquelle  Arnaud,  évê- 
que  du  Mans,  obéissant  à  l'avis  des  pères  réunis  au  concile 
de  Poitiers,  charge  Foulques,  doyen  de  son  chapitre,  de  ré- 
pandre l'eau  bénite  et  de  planter  la  croix  sur  le  nouvel  ora- 
toire construit  près  de  Sablé  par  Marmoutier*  (^/sto/vews 
des  Gaules^  XIV,  669,  où  il  faut  corriger  la  faute  d'impres- 
sion de  la  ligne  6,  laquelle  porte  petebam  là  où  il  fallait  im- 
primer petehhnt] . 

52  (A).  —  1081,  Beaugency.  —  Lancelin  de  Beaugency,  à 
son  retour  de  Rome,  obtint  des  chanoines  de  Beaugency  l'a- 
bandon à  la  Trinité  de  Vendôme  d'un  cimetière  ;  Robert  le 
Bourguignon  témoin  (Abbé  Métais,  Caj^tulaire  de  la  Tri- 
nité, charte  CCCI). 

53  (A).  —  1084,  14  janvier.  Sablé.  —  Accord  entre  Mar- 
moutier  et  la  Couture  ;  Robert,  fils  de  Robert  le  Bourgui- 


1.  Ce  document  est  des  plus  curieux  :  il  montre  qu'en  1080  (M. 
Hauréau  a  constaté  que  le  prédécesseur  de  Foulques  était  en- 
core doyen  au  commencement  de  1080)  l'évêque  du  Mans,  Ar- 
naud, faisant  relâche  à  son  hostilité  contre  le  prieuré  de  Saint- 
Martin  de  Sablé,  avait  autorisé  l'ouverture  de  l'oratoire,  dont  la 
construction  s'achevait  alors.  On  est  étonné  de  ne  pas  trouver 
cette  pièce  au  Cartulaire  de  la  Couture,  Ce  n'est  malheureuse- 
ment pas  le  seul  document  laissé  de  côté  par  les  «  Bénédictins 
de  Solesmes  »  qui,  plus  soucieux  des  intérêts  de  l'histoire  locale, 
n'eussent  pas  manqué  de  recueillir  aussi  :  1078.  Lettre  de  Raoul, 
archevêque  de  Tours,  à  l'évêque  Arnaud  sur  l'affaire  de  Renaud, 
abbé  de  Saint- Vincent  ou  plutôt  de  la  Couture  (Historiens  des 
Gaules,  XIV,  667).  —  1079.  Lettre  de  Geboin,  archevêque  de 
Lyon,  à  Raoul,  archevêque  de  Tours,  sur  le  cas  de  Renaudf,  abbé 
de  la  Couture.  (Ibid.,  668).  —  1080.  Lettre  de  Raoul,  archevê- 
que de  Tours,  à  Arnaud,  évêque  du  Mans,  sur  le  cas  de  Renaud, 
abbé  de  la  Couture  (Ibid.,  671).  —  1080,  24  avril.  Lettre  par  la- 
quelle Grégoire  VII  fait  connaître  la  sentence  par  laquelle  il  ré- 
tablit Johel  abbé  de  la  Couture  et  décide  que  Renaud  ne  pourra 
jamais  devenir  abbé  {Ibid.,  XIV,  648).  —  1080,  24  avril.  Lettre 
de  Grégoire  VII  au  roi  d'Angleterre,  Guillaume,  dans  lacjuelle  il 
lui  annonce  l'absolution  de  l'évêque  Arnaud  et  de  l'abbé  Johel. 
(Ibid.,  XIV,  648). 


l 


-  243  - 

gnon,  témoin.   Le  lendemain  approbation  de  Robert  le  Bour- 
guignon donnée  isolément  (Baluze,  Armoires,  77,  32). 

54  (A).  —  1085.  —  Charte  de  Jean  Taillebois  portant  don 
de  Spalding  à  Saint-Nicolas  d'Angers  ;  Guy  de  Craon,  té- 
moin {Ditgdale,  I,  307). 

55  (A).  —  Vers  1085.  —  Charte  par  laquelle  Constantin  le 
Gros  de  Pons  fait  don  de  Tesson  à  Saint-Florent  de  Saumur  ; 
Robert  le  Bourguignon  témoin  [Arch.  de  la  Saintonge,  IV, 
66). 

65.  —  Effacer  l'analyse  qui  a  été  insérée  ici  par  suite  de  la 
date  1090,  interpolée  par  Ménage.   Voir  au  numéro  99  (A). 

65  (A).  —  Vers  1090.  —  Sentence  par  laquelle  Amat,  légat 
du  Saint-Siège,  attribue  Saint-Nicolas  de  Poitiers  au  monas- 
tère de  Montierneuf  ;  Robert  le  Bourguignon  témoin  (Ar- 
chwes  du  Poitou,  I,  18j. 

67.  —  L'auteur  de  cet  acte  est  Aymery  de  Thouars.M.  Mar- 
chegay,  en  l'insérant  à  la  p.  15  de  ses  Cartulaires  du  Bas- 
Poitou,  lui  a  donné  la  date  erronée  de  1093. 

68.  -  Cet  acte,  qui  est  imprimé  à  la  page  11  du  Sablé  de 
Ménage,  est  plutôt  une  sentence  qu'une  déclaration.  Les  deux 
fils  de  Robert  le  Bourguignon,  Renaud,  seigneur  de  Craon, 
et  Robert  sont  témoins. 

69  (A).  —  1093,  Laval.  —  Juhard  et  Alesia,  son  épouse, 
donnent  à  Saint-Clément  de  Craon  l'église  de  Chamilliaco 
ou  d'Amilliaco  ;  Renaud  le  Bourguignon  et  Maurice  de 
Craon  sont  témoins  (Abbé  Métais,  Cartulaire  de  la  Trinité, 
charte  CCCXLVIII). 

72  (A).  —  Vers  1093.  -  Notice  du  don  fait  à  Saint-Serge 
par  Hamelin  de  Méral  et  des  instances  faites  par  lui  à  son  lit 
de  mort  à  Eudes  de  Sermaise,  époux  de  Jeanne,  sa  fille,  afin 


-   244    - 

qu'il  le  ratifie  ;  Renaud  de  Craon  témoin  de  la  promesse  qu'il 
en  fit^  (B.  N.,  latin,  5446,  91). 

74.  —  1094,  V.  s.,  14  janvier.  Sablé.  —  Chirpgraphe  por- 
tant accord  entre  la  Couture  et  Marmoutier  ;  Robert  le  Bour- 
guignon et  Robert,  son  fils,  témoins^  (B.  N.,Baluze,  Armoi- 
res 11,  32  et  latin  12878,  328). 

[Venerabilis  abbas  sancti  Martini  Majoris  monasterii  Ber- 
nardus,  ejusque  conventus,  hanc  pacis  concordiam  de  rébus 
ex  utraque  parte  prius  in  discordiahabitis  divino  nutu  firma- 
vit  cum  domno  Johelo,  sancti  Pétri  de  Cultura  abbate,  ejus- 
que congregatione.] 

Majoris  itaque  fratres  Monasterii,  prœter  antiquas  oratio- 
num  consuetudines  quas  inter  se  habebant,  hoc  beneficii  mu- 
nus  pro  bac  concordia  caritatere  adjunxerunt,  ut  viso  brève 
de  obitu  abbatis  sancti  Pétri  de  Cultura,  pulsata  tabula,  fra- 
tres conveniant  et  oflicium  cum  novem  lectionibus  et  sonitu 
signorum  pro  eo  persolvant,  in  crastinum  vero,  missam  cum 
cappis  célébrant,  et  panem  et  vinum  de  refectorio  ipso  die  to- 
tum  pauperibus  erogent,  et  unusquisque  sacerdotum  ibi  com- 
morantium  missam  unam  decantet. 

Idem  quoque  facient  monachi  sancti  Pétri  de  abbate 
Majoris  Monasterii. 

Si  vero  quilibet  aliorum  monachorum  sancti  Pétri  obierit, 
viso  brève  absolvetur  in    capitulo  et   sonabunt  signa  post 

1.  Cet  acte  peut  être  daté  parce  qu'on  sait  par  le  numéro  99  (a) 
du  Cartulaire  que  la  mort  d'Hamelin  de  Méral  eut  lieu  du  temps 
de  l'abbé  Achard  de  Saint-Serge  (1083-1094)  à  une  époque  où 
Guy  III  était  déjà  seigneur  de  Laval. 

2.  En  dressant  le  Cartulaire  on  s'était  contenté  de  signaler  ce 
document  par  un  simple  renvoi  au  numéro  XXX  du  Cartulaire 
de  la  Couture.  Après  collationnement,  on  croit  devoir  placer  ici 
l'acte  in  extenso.  On  y  verra  que  «  Les  bénédictins  de  Soles- 
mes,  »  éditeurs  du  Cartulaire  ae  la  Couture,  n'ont  pas  hésité  à 
mutiler  le  texte  que  leur  fournissaient  les  Armoires  de  Baluze  ; 
et  l'ont  tronqué  à  tel  point  qu'ils  n'en  ont  plus  laissé  subsister 
(}ue  les  abandons  de  droit  en  faveur  de  la  Couture.  On  trouvera 
ici  entre  crochets  ce  qui  a  pris  place  dans  leur  pubHcation. 
En  outre  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  latin  12878, 
contient  la  liste  des  témoins.  Les  lambeaux  de  cette  liste  placés 
entre  crochets  figurent  seuls  dans  Baluze  et  sont  fidèlementrepro- 
duits  au  Cartulaire  de  la  Couture. 


-  245   - 

capilulum,  conventusque  privatim  missam  cantabit  ;  insuper 
unusquisque  sacerdotum  sibi  missam  unam  persolvet,  panem 
et  vinum  suum  ipso  die  in  refectorio  habebit. 

Similiter  fiet  apud  Culturam  de  monachis  Majoris  Monas- 
terii,  prseter  panem  et  vinum,  qui  non  singulis  sed  pro 
decem  dabitur. 

De  rébus  quoque  suis,  monachi  Majoris  Monasterii  dede- 
runt  illis  obedientiam,  scilicet  de  MaroUio  solutam  et  quie- 
tam,  cum  omnibus  quœ  ibi  habebant,  concedente  Hugone, 
fîlio  Salomonis,  de  cujus  beneficio  est,  cum  uxore  sua  et  filiis 
ejus  Gervasio  et  Hugone.  Quod  si  inde  calumnia  surrexerit, 
monachi  acquietabunt  eam  sicut  rectum  fuerit  absque  donc 
census  eorum, 

Apud  Lavallem,  concesserunt  eis  quicquid  habent  in  capella 
domini  Guidonis,  ipso  concedente,  et  reliquerunt  eis  calum- 
niam  quam  habebant  in  ecclesia  Sancte  Trinitatis  et  in  mo- 
nasterio  Grinordis.  Tempore  vero  vendemiarum,  decimato- 
rem  Sancti  Pétri  sicut  unum  de  famulis  eorum,  si  ipse  volue- 
rit,  procurabunt,  itaut  cum  eo  qui  terragium  eorum  colliget 
eat.  Vas  quoque  in  quo  decimae  colligentur,  si  monachi 
Sancti  Pétri  voluerint,  in  domo  eorum  reponetur  ;  quod  si  de 
eisdem  decimis  eis  injuria  facta  fuerit,  monachi  Sancti  Mar- 
tini de  hominibus  suis  pro  loci  consuetudine  justitiam  inde 
eis  facient. 

Item  apud  Sablolium,dederunt  eis  décimas  quatuor  medie- 
tariarum  eorum,  eo  pacto  ut  si  inde  pars  aliqua  de  manu  eo- 
rum quoquo  modo  exierit,  ipsius  partis  décima  ad  proprium 
Sancti  Martini  redeat.  Et  si  eadem  pars  aliquo  tempore  ad 
proprium  Sancti  Pétri  redierit,  redeat  similiter  et  décima. 

Item  si  abbas  Majoris  Monasterii  vel  conventus  ejus  mona- 
chis Sancti  Pétri  necessarius  fuerit,  ab  auxilio  eorum  conve- 
nienter  in  nullo  eis  deficiet. 

Si  vero  quis  monachorum  Sancti  Martini  provocatus  ab 
auxilio  eorum  defecerit,  ita  in  capitulo  Sancti  Martini  emen- 
dabitur  ne  cœteri  similem  culpam  incurrant. 

[Monachi  quoque  Sancti  Pétri]  similiter  eis  erunt  obedien- 
tes.  Ibi  etiam  concesserunt  monachis  Majoris  Monasterii  ut 
cimiterium    habeant  apud  Sablolium,   circa  caput  ecclesiœ 


-  246  — 

sancti  Nicholai,  et  in  claustro  ad  opiis  tantummodo  mona- 
chorum. 

Famulos  autem  qui  de  cibo  eorum  vixerint  apud  Solesmes 
absque  pretio  sepulturse  humabunt,  nisi  pro  mortuo  gratis 
eis  aliquid  datum  fuerit.] 

Item  Lavallis,  dederunt  fratribus  Majoris  Monasterii  deci- 
mam  cellarii  eorum  tam  panis  quam  vini,  de  his  tantum  quœ 
tempore  hujus  pacis  possidebantur  ab  eisdem  monachis,  eo 
scilicet  pacto,  ut  si  quid  de  possessa  proprietate  ipsius  cel- 
larii quoquo  modo  exierit,  décima  ad  proprium  Sancti  Pétri 
redeat.  Sed  si  eadem  pars  quge  exivit  a  cellario  redierit, 
redeat  et  décima  quge  exivit. 

Cœterae  vero  omnes  querelae  unde  discordia  orta  fuerat,  ab 
utraque  parte  dimissse  sunt. 

Insuper  fîrmatum  est  ne  quis  eorum  aliquid  accipiat  ubi 
alter  justam  querelam  habeat.  Quod  si  quis  eorum  fecerit, 
abbas  suus,  clamore  audito,  justitiam  inde  faciat. 

[Facta  est  autem  haec  concordia  apud  Sablolium,  in  solario 
domus  monachorum  Sancti  Martini,  anno  ab  incarnatione 
Domini  MXCIIII,  dominica  prima  post  octabas  Epiplianiœ, 
die  scilicet  festivitatis  sancti  Felicis  in  PineisS  sub  Hoello 
Cenomanensium  pontifice  et  Helia  eorumdem  principe. 

Testibus  his  quorum  nomina  subscripta  sunt. 

De  monachis  sancti  Martini  :  Hilgodus,  episcopus  ;  An- 
dréas, frater  ejus  ;  Henricus  hospitarius],  Ebardus  prior  de 
Castro  Lidi,  Gausfredus  Vaslinus  bajulus,  Gaufridus  prior 
de  Sabolio,  Guiardus  prior  de  Lavallis,  Ansquetinus  de  Ar- 
caniaco,  Fulcoius  de  Exclusa,  Guarinus  de  Vionio.  Guofri- 
dus  de  Baiocis. 

De  clericis  qui  cum  eis  erant  :  Gaufridus  Mulotus,  Huber- 
tus  Branius,  Herveus  presbyter  de  Sablolio. 

De  famulis  monachorum  :  Gaufredus  de  Sonziaco,  Marti- 
nus  de  Boeria,  Odo  de  Fontanis,  Guinebaldus  camerarius. 

[De  militibus  qui  cum  monachis  erant  :  Robertus,  filius 
Roberti  Burgundionis,  item  Fulco  de   Soldiaco],  Hugo  de 


1.  C'est  en  1095  que  la  Saint  Félix  de  Noie  tombe  le  dimanche 
après  l'octave  de  l'Epiphanie.  Le  style  de  Pâques  était  donc  déjà 
à  cette  date  en  usage  dans  les  deux  monastères. 


-  247  — 

Brione,  Hugo  de  Malsiaco,  Odo  de  Malicorna,  Picardus  fîlius 
Jordanis,  Fulco  Carentonus,  Richardus  Campio. 

De  monachis  sancli  Petri  :  Hernaldus,  prior  Solemnis, 
Petrus  prior  Alversis,  Odo  de  Joiaco,  Guarnerius  Ballo, 
Gosbertus  filius  Hunaldi,  Gaufredus  Macafebrum,  Busilius. 
Gauffridus  de  Lavalle,  Gaulterius  de  Joiaco,  Odo  de  Joiaco. 

De  clericis  qui  cum  eis  erant  :  Gauffredus  sancli  Juliani 
decanus,  Fulcredus  cantor,  Lisoius  canonicus,  Guillelmus 
de  Belismo,  Rotbertus  cantor  sancli  Pelri  de  Curia,  Johannes 
canonicus,  Barlholomeus  Aurelianensis,  Hubertus  parvus, 
Hamo  Beblo,  Guihomardus  de  Avenaria. 

De  famulis  monachorum  :  Drogo  de  Vezinis,  Guillelmus 
hospitarius,  Radulfus  Croardus,  Ascelinus  filius  Grimaldi, 
Gaulerius  camerarius,  Conslanlius  major,  Gauffridus  filius 
ejus,  Garinus  Forgellus. 

De  militibus  qui  cum  eis  erant  :  Guarinus  filius  Buchardi, 
Ivo  de  Rosiaco,  Andréas  filius  Richerii,  Hugo  Hola. 

De  burgensibus  enim  :  Hildeberlus  de  Solemnibus,  David 
filialer  ejus,  Unfredus  de  Cenomannes,  Normannus  Pes  Tor- 
lus. 

[In  craslinum,  aulem  lecta  est  hujus  concordise  caria 
coram  Rolberlo  Burgondio,  Sabolii  domino,  pater  Rotberli 
juvenis,  ipso  paire  de  sua  parte  concedenle,  sub  lestimonio 
horum  :  Harduini  de  Vione,  Hugonis  Goolli,  Drogonis,  filii 
Gaulterii  Belisi  vicarii.] 

75  (A).  —  1090-1096.  —  Notice  des  moines  de  Saint-Aubin 
de  l'accord  établi  entre  eux  et  Auger  du  Bignon,  grâce  aux 
bons  offices  du  vicomte  du  Lude  ;  Robert  le  Bourguignon  et 
Renaud,  son  fils,  témoin  (B.  N.,  latin  5447,  fol.  13). 

79  (A).  —  1096,  Brion.  —  Lettres  par  lesquelles  Robert  le 
Bourguignon  fait  un  triple  don  à  Saint- Aubin  (B.  N.,  latin 
17126,  168). 

Cum  omnis...  Ego  Robertus  Burgundus  monachis  Sancli 
Albini  concedo  ut  cenlum  porcos  habeanl  in  omnibus  bas- 
chis  suis  sive  pasnagio  apud  Sablulium  —  abbale  Gerardo. 

Wido  de  Malefelon  et  Frotmundus  de  Viviaco,  monachi 
Sancli  Albini,  de  militibus  meis  :  Harduinus  de  Viono  et 
Fulco  de  Mûris. 


—  248  — 

Wido  de  Nivernis,  frater  meus,  rogavit  me  ut  eisdem 
concederem  consuetudinem,  quam  per  vim  habebam,  in 
bosco  de  Pinciaco  quod  concessi  pro  anima  Gausfredi  comi- 
tis,  qui  mihi  honorem  donavit. 

De  militibus  meis  :  Harduinus  de  Viono,  Ulricus  de  Brus- 
lono. 

Ego  Rotbertus  Burgundus,  iturus  Jerosolymam,  concedo 
Sancto  Albino  omnia  quae  de  feodo  meo  monachi  ejus  habent 
apud  Duristallum,  apud  Legionem,  apud  Brionem,  apud 
Penciacum  et  terram  de  Casteleto. 

Actum  apud  Brionem  anno  1096  —  Berta  uxor  mea. 

85.  —  1098,  vers  le  10  mars,  Marmoutier.  —  Charte 
par  laquelle  Robert  le  Bourguignon,  déjà  en  route  pour  la 
Terre-Sainte,  résume  en  les  ratifiant,  ses  dons  et  ceux  de 
son  fils  Robert  à  Marmoutier  *  (B.  N.,  latin  12878,  353). 

Hominem  ad  imaginem  suam  factum  Deus  in  Paradiso 
posuit  promovendum  in  apostatœ  angeli  dignitatem,  quam 
superbiens  amiserat,  si  tamen  humiliter  obediret  imperio  sui 
Creatoris.  Deceptus  autem  ab  invidante  sibi  Diabolo  per 
Serpentem  mulierem,  inobediens  Deo  fuit  et  spoliatus  im- 
mortalitatis  tunica,  pellicioque  mortalitatis  indutus,  et  sic 
a  Paradiso  in  hujus  exilii  vallem  lacrimabilem  ejectus,  pos- 
teritatem  suam  omnem  a  prgevaricatione  sui,  exilii  et  mortis 
sententiae  addixit  donec  secundus  Adam,  Dei  videlicet  filius, 
homofactus  genus  humanum,  interventu  sue  mortis  et  vitœ, 
et  patris  clementia  reparavit.  Factus  enim  obediens  usque 
ad  mortem  Patri  et  inobedientiam  primi  parentis  exclusit  et, 
victo  per  eam  Diabolo,  a  Paradisi  aditu  flammeum  gladium 
atque  versatilem  amovit  seque  viam  esse  qua  non  solum  ad 
patriam  Paradisi  perditam  rediremus  sed  etiam  ad  angelicœ 
societatis  dignitatem  proveheremur  edocuit,  si  tamen  ejus 
deinceps  obediremus  imperio  salutari  ac  monitis.  Inter 
caetera  igitur  prœcepit   homini  ut  in   Cœlo  potius  quam  in 


1.  En  classant  cet  acte  sous  le  numéro  85  du  Cartulaire,  nous 
avons  indiqué  pour  source  Ménage  :  depuis  nous  avons  rencon- 
tré le  texte  complet  de  cet  acte.  Nous  le  donnons  ici  afin  de  faire 
voir  comment  Ménage  reproduisait  les  documents. 


-  249  — 

Terra,  thesaurizaret  et  misericordiae  operibus  insislens  ele- 
mosynisque  peccata  sua  redimens  amicos  sibi  de  Mammona 
iniquitatis  adquireret  qui  deficientem  in  aeternis  tabernacu- 
lis  susciperent,  quorum  habitalione  specialiter  fruerentur  ut 
possessoreset  coloni,  qui  paupertatem  amplecterentur  in  hoc 
saeculo  et  haberent.  Ait  enim  :  «  Beati  pauperes  quia  ipsorum 
est  regnum  Dei  »  quibus  quicumque  etiam  calicem  aquae 
frigidae  tantum  erogaverit  in  beatitudine  eorum  mercedem 
inde  habebit. 

Quod  ego,  Rotbertus  scilicet  Allobrox,  Sabloliensis  castri 
dominus,  ab  Ecclesiœ  sancte  rectoribus  audiens,  et  ita  esse 
non  dubitans,  et  peccata  mea,  quorum  maie  conscius  sum 
elemosynis  redimere  satagens,  notifico  universis  quod  inter 
caetera  quae  de  jure  meo  pauperibus  Majoris  Monasterii  Deo 
sub  monachili  habitu  famulantibus  in  elemosinam  largitus 
sum  aliquotiens  cum  tandem  ire  Jérusalem  vellem  et  itineri 
meo  necessaria  prepararem,  domno  Bernardo  prœfati  monas- 
terii abbati  venerando  per  castrum  meum  supradictum,  tran- 
seunti  ille  in  domo  sua,  quae  ibidem  sita  est,  aliquantisper 
quicscenti  feci  donationem,  et  per  ipsum  beato  Martino  et 
monachis  ejus  de  quinque  arpennis  vinearum,  super  fluvio- 
lum  qui  Vegia  dicitur,  sitis,  quos  aedificaveramus,  ego,  et 
Berta  conjux  mea,  et  de  uno  burgo  quem  inceperamus  facere 
in  vinea  Emenfredi.  in  fevo  scilicet  ipsorum.  Quîb  duo,  id 
est  burgum  et  vinearum  arpennos  quinque  dedi,  assentienti- 
bus  et  actorizantibus  Rotberto  filio  meo  et  prefata  conjuge 
mea,  pro  animabus  nostris  et  parentum  nostrorum,  et  ut 
Deus  sanum  et  incolumen  in  eundo  et  redeundo  me  custodi- 
ret,  post  obitum  ipsius  Bertae  a  monachis  sic  libère  et  quiète 
in  tBternum  possidenda  sicut  nos  eo  tempore  tenebamus 
ipsa,  cum  omni  amelioratione  eorum.  Censum  autem  arpen- 
narum  eorumdem  solvent  annuatim  his  quibus  et  nos  redde- 
bamus  eum,  ex  quo  ipsi  devenerint  in  dominium  ipsorum. 

Cum  autem,  paratis  omnibus,  iter  arripere  jam  vellem, 
addidi  superius  descripto  dono  duas  mansuras  terrœ,  loco 
qui  vocatur  Bella  Noda  sitas,  sic  libère  et  quiète  a  monachis 
supradictis  ab  illa  die  in  perpetuum  possidendas  sicut  et 
ego  tenueram  eas.  Filio  meo  Rotberto  concedente  et  memo- 
rata  conjuge  mea. 


-  m  - 

Cujus  rei  donationem  feci  domno  Alfredo  priori  cellae  Sa- 
bloliensi,  quia  jam  acceperat  abbas  ejus,  quem  superius  dixi 
et  per  ipsum  Beato  Martine  et  cseteris  fratribus  Majoris 
Monasterii. 

Testes  doni  quinque  arpennarum  et  burgi,  quod  in  manu 
abbatis  apud  Sablolium  posui,  sicut  suprascriptum  est  sunt 
isti  : 

Ex  parte  mea  :  Drogo  de  Funniaco,  Rainardus  de  Dalma- 
riaco,  Gaufredus  frater  ejus,  Harduinus  de  Vionio,  Gosceli- 
nus  de  Dose. 

De  parte  vero  monachorum  :  Hubertus  cellerarius,  Lan- 
dricus  cocus,  Ingelbertus  carrofensis,  Picardus  filius  Jorda- 
nis,  Bilicus  famulus,  Christophorus. 

Doni  autem  mansurarum  ad  Bellam  Nodam  sitarum  apud 
Sablolium  facti  testes  sunt  his  :  Hubertus  de  Campania, 
Gaufredus  de  Brionio,  Hugo  Godolus,  Lisiardus  de  Monte 
Rodulfi,  Guarinus  fdius  Burchardi,  Bilicus  serviens. 

Cum  autem,  cœptojam  itinere,  perMajus  Monasteriumtran- 
sirem,  et  a  monachis  honorifice  susceptus  essem,  veni  in  ca- 
pitulum  ipsorum,  et  coram  universis  qui  aderant,  et  quos  ut 
in  orationibus  suis  ad  Deum  mei  memores  forent  suppliciter 
oraveram,  amborum  donorum  Sablolii  nuper  a  me  factorum 
mentionem  feci  et  ipsa  ibidem  confirmans,  per  annulum  au- 
reum,  a  quadam  fdia  mea  mihi  datum,  eodem  in  manu  domni 
Radulfi  prioris,  qui  loco  abbatis,  tune  forte  absentis,  capitulo 
praeerat,  posui,  addens  quœdam  alia,  quae  pro  eo  quod 
ssepedictus  fdius  meus  Rotbertus  non  concesserat  ea,  sepa- 
ratim  describi  dignum  fuit,  quae  tamen  ea- intentione  addidi 
ut  nulli  alii  unquam  possint  dari  sive  vendi.  Memoratus  au- 
tem Prior  suscepto  dono,  annulum  mihi  reddidit,  eo  quod 
ipsum  ad  meos  qui  remanserant  remissurus  essem  loco  signi*. 
In  crastino  quoque  eorumdem  omnium  quae  pridie  in  capi- 
tulo dederam  et  concesseram  donationem  super  Ecclesiae  ai- 
tare  dominicum  obtuli  quod  bienio  ante  sacraverat  secundus 
Urbanus  Papa  Romanae  urbis  ^ 

1.  Passage  curieux  à  noter  ;  et  qui  montre  qu'en  1096  un  per- 
sonnage de  l'importance  de  Robert  s'il  ne  possédait  pas  encore 
de  sceau,  pouvait  cependant  à  l'occasion  substituer  à  son  seing 
l'empreinte  d'un  anneau. 

2.  Cette  cérémonie  avait  eu  lieu  le  lundi  6  des  ides  de  mars 
(10  mars)  1096,  n.  s.  (Historiens  des  Gaules^  XH,  466). 


-  :2oi  -       . 

Sciendum  sane  quod  Rainaldus,  Credonii  dominas,  senior 
liliorum  meorum,  concesserat  mei  gratia  et  auctorizaverat 
non  longe  antea  omnes  illas  elemosynas  quas  in  illo  ilinere 
facerem,  unde  fraler  suus  Rolbertus  pro  concessione  nullam 
liaberet  pecuniae  merceden. 

Testes  donationis  in  capitulo  fatae  sunt  hi  :  Bartholomeus 
capellanus,  Harduinus  de  Vionio,  Drogo  de  Froinniaco,  Al- 
bericus  fiiius  Guarnerii,  Arnulfus  de  Sagio,  Rainaldus  deBai- 
cio,  Gaulterius  de  Sancto  Lupo,  Harduinus  de  Monte  Borri, 
Gausfredus  de  Dalmariaco,  Picardus  filius  Jordanis.  Isti 
sunt  de  parte  mea. 

Ex  monachorum  vero  :  Sancellinus  cellararius,  Mainardus 
Sanguinator,  Odo  de  Fontanis,  Anzegisus  Bocherius,  Mari- 
nus  de  Boeria,  Robertus  de  Sancto  Medardo,  Petrus  de  Sar- 
trino. 

Testes  doni  super  altare  positi  illi  omnes  qui  ex  meis  in 
capitulo  fuerant  et  ex  parte  monachorum  illis  qui  fuerant  in 
capitulo  isti  supradicti  sunt  :  Hubertus  Rigodetus,  Gausfre- 
dus Abjectus,  Rotbertus  Tortum  Capellum,  Rainaldus  de 
Losaldo,  Petrus  Barba. 

Sciendum  etiam  quod  unus  procerum  meorum  qui  mecum 
in  Jérusalem  ibat,  nomine  Harduinus  de  Vionio,  Deo  et 
Beato  Martino  etsub  eisdem  testibus  obtulit  super  illud  idem 
altare  censum  octo  denariorum  quem  ei  solvebant  annis  sin- 
gulis  monachi  de  vinea  Ingerneti,  sita  Sablolii. 

87  (A).  —  1096-1100.  —  Notice  des  moines  de  Marmoutier 
de  la  sentence  rendue  sur  le  litige  qui  existait  entre  eux  et 
les  chanoines  de  Saint-Maurice  d'Angers  au  sujet  de  Che- 
millé  ;  Renaud,  fils  de  Robert,  témoin  (B.  N.,  latin,  12878, 
358). 

94  (A).  —  Vers  1100.  —  Notice  des  moines  de  Marmoutier 
disant  comment  Simon,  fds  de  Foulques  de  Bouère,  Robert, 
fils  de  Robert  le  Bourguignon,  et  Mathieu  Sororgius  Simo- 
nis,  ratifièrent  tous  les  dons  faits  à  Marmoutier  dans  leurs 
liefs  (B.  N.,  Baluze,  Armoires,  11,  13). 

99  (A).  —  1103-1114.  —  Notice  des  moines  de  Saint-Serge 
du  don  (jui  leur  fut  fait  (vers  1093),  lors  de  sa  dernière  mala- 


—  252  — 

die,  par  Hamelin  de  Méral  en  présence  de  Renaud  de  Craon 
et  de  Guy  ÏII  de  Laval,  et  de  la  sentence  rendue  par  Guy  III 
qui  leur  en  a  maintenu  le  profit*.  (B.  N.,  latin  5446,  fol.  91). 

115  (A).  —  1131-1137.  —  Charte  par  laquelle  Hugues  du 
Puy  du  Fou,  chambrier  de  Louis  VI,  fils  de  Guillaume, 
chambellan  de  Philippe  I,  et  Théophanie  de  Craon,  son 
épouse,  surnommée  la  Bourguignonne,  concèdent  à  l'abbaye 
de  Mauléon  dispense  de  toutes  les  coutumes  sur  ce  qu'elle 
acquérerait  dans  le  fief  du  Puy  du  Fou.  Don  fait  au  profit  des 
âmes  de  Guillaume  et  d'Adèle,  père  et  mère  de  Hugues  ainsi 
que  de  celles  de  Maurice  I  de  Craon  et  de  Théophanie,  sur- 
nommée TAnguille,  père  et  mère  de  Théophanie  ;  parmi  les 
témoins  Hugues  de  Craon,  frère  de  Théophanie.  Ce  don  fut 
approuvé  par  les  deux  fils  d'Hugues  :  Hugues  et  Renaud,  et 
par  Théophanie  (Note  des  Chronicorum  comitum  Pictavise^ 
dans  Historiens  des  Gaules^  XII,  409*). 

Hugo  vero  camerarii  Willelmi  filius,  et  Theophania  con- 
jux,  Burgundia  nuncupata,  considérantes  ante  diem  obitus, 
quod  divina  pietas  invitât  nos  in  dies,  dicens  :  «  Facite  vobis 
amicos  de  Mammona  iniquitatis,  ut  cum  defeceritis,  reci- 
piant  vos  in  aeterna  tabernacula  »  ac  etiam  quod  eleemosyna 
libérât  a  morte  perpétua  ;  idcirco  pro  Dei  omnipotentis 
amore,    et  B.    Mariae    virginis    angelorumque  omnium   et 

1.  Cet  acte,  grâce  à  la  date  de  1090,  interpolée  par  Ménage, 
figurait  au  Cartulaire  sous  le  n°  65.  Il  sert  à  déterminer  l'épo- 
que où  Guy  III,  petit  fils  de  Hamon,  succéda  à  son  père  et  sera 
donné  in  extenso  dans  le  Cartulaire  de  Laval. 

2.  Ce  document  si  important  pour  la  maison  de  Craon  à  la- 
quelle il  rattache  d'une  façon  expresse  cette  Théophanie,  fille  de 
Maurice  I,  que  nul  autre  document  ne  mentionne,  nous  fait  en 
outre  connaître  l'un  des  grands  officiers  de  la  couronne  dont  le 
nom  fait  défaut  à  toutes  les  listes  ;  que  M.  Luchaire  n'avait  pas 
identifié  dans  son  Louis  VI  le  Gros  (Paris,  1890,  GG-397  p.  in-S'*) 
et  qu'il  appelle  simplement  Hugues  du  Puy,  dans  son  Histoire 
des  institutions  monarchiques  de  la  France  sous  les  premiers 
Capétiens  (987-1180)  (2  vol.  in-S»,  1891,  XIV-338  et  379  p.)  Hu- 
gues, grand  chambrier  de  Louis  VI  et  de  Louis  VII,  dont  le  nom 
figure  sur  les  diplômes  à  partir  de  1131  jusqu'à  la  fin  de  la  pre- 
mière année  de  Louis  VII.  On  ne  connaît  pas  d'actes  de  Phifippe  I 
où  figure  un  chambrier  du  nom  de  Guillaume. 


-  453  - 

sanctorum,  donaverunt  abbati  virisque  religiosis  de 
Maloleone,  illisque  concesserunt,  ut  quidquid  de  feodo  de 
Podio-Fagi  dono  vel  emptione  acquirere  possent,  possi- 
deant  in  perpetuum  absque  cosduma  ;  in  remedio  quoque 
animarum  Willelmi  atque  Adelliœ,  patris  et  matris  Hugonis 
ejusdem,  ac  etiam  Mauricii,  qui  tenuit  in  vita  sua  Credo- 
nium  in  pago  Andegavensi,  atque  Theophaniae,  Anguillae 
nuncupatae,  patris  et  matris  ejusdem  Theophaniae-Burgun- 
dise,  filiorumque  eorumdem  atque  amicorum  :  huic  dono  ad- 
hibitis  testibus,  Hugone  de  Credonio  fratre  Burgundiae  Tho- 
phaniœ,  Eble  de  Monteleone,  Willelmo  de  Podio  Augusti, 
Rainaldo  de  Vieriis,  Roberto  Camaliacense  et  Johanne  de 
Haia,  régnante  Ludovico  VI,  Francorum  rege,  Willelmo 
duce  in  Aquitania  atque  Pictavia  et  Willelmo  Pictavensi 
episcopo.  Hoc  donum  denique  concesserunt  Hugo  de  Podio- 
Fagi  et  Rainaldus,  Hugonis  ejusdem  filii  duo,  atque  Theo- 
phania. 

152  (A).  —  1165-1182,  Caen.  —  Charte  de  Henri  H,  roi 
d'Angleterre,  portant  don  aux  chanoines  de  Saint-Martin  de 
Tours  ;  Maurice  H  témoin  (Baluze,  Armoires  71,  246). 

163  (A).  —  1185.  —  Acte  de  Pierre  IV  de  la  Garnache  et 
de  Constance,  son  épouse,  portant  accord  avec  Marmoutier 
pour  Salertaine*  [Cartulaires  du  Bas-Poitou,  p.  190). 

180  (A).  —  Vers  1196.  —  Charte  par  laquelle  Juhel  III  de 
Mayenne  donne  à  l'abbaye  de  la  Vieuxville  une  rente  de  qua- 
rante sous  angevins  pour  une  messe  quotidienne  ;  Maurice 
de  Craon  et  Isabelle,  son  épouse,  témoins.  (B.  N.,/>'a/2ca/5 
22337,  95). 

182  (A).  —  1197.  —  Charte  de  Juhel  III  de  Mayenne  et 
d'Isabelle  sa  mère,  au  profit  de  Fontaine-Daniel  {Cartulaire 
de  Fontaine-Daniel,  p.  65). 


1.  Cet  acte,  omis  au  Cartulaire,  avait  été  mentionné  dans  le 
texte.  Il  est  très  important  puisque  c'est  le  seul  où  Pierre  IV  et 
Clémence  de  Craon  figurent  ensemble. 

17 


—  254  - 

183  (A).  —  1198.  —  Charte  par  laquelle  Juhel  III  de 
Mayenne  fonde  le  prieuré  de  Montguion  ;  Isabelle  de  Mayen- 
ne témoin  (Ménage,  Sablé ^  p.  358). 

184  (A).  —  Vers  1200.  —  Charte  par  laquelle  Juhel  III  de 
Mayenne  et  Gervaise  font  don  à  l'abbaye  de  la  Vieuxville 
d'une  rente  d'une  mine  de  froment,  pour  faire  des  hosties  ; 
Isabelle  de  Mayenne  témoin  (B.  N.,  français^  22337,  95). 

195  (A).  —  1204.  —  Lettres  par  lesquelles  Guillaume  des 
Roches  fait  don  à  Saint-Nicolas  de  Sablé  d'une  foire  annuelle 
à  la  fête  de  la  Décollation  de  Saint- Jean  (Ai'ch.  d'Indre-et- 
Loire^  H  306  ;  indiqué  par  M.  l'abbé  Métais). 

196.  —  Lire  19  mai  au  lieu  de  19  juin. 

197  (A).  —  1206,  13  mai.  —  Acte  du  serment  de  Mau- 
rice III  à  Philippe  Auguste,  contenant  son  engagement  pour 
la  Garnache*  {Layettes^  n^  805). 

199  (A).  —  1206.  —  Charte  par  laquelle  Philippe  Auguste 
donnait  Ploërmel  à  Maurice  IIP  (Ménage,  Sablé,  348,  et  Ac- 
tes de  Philippe-Auguste,  n°  995). 

203  (A).  —  1207,  V.  s.,  12  février,  Pontmain.  —  Lettres 
par  lesquelles  Juhel  III  de  Mayenne  fait  don  du  manoir  de 
Réville  à  Fontaine-Daniel  ;  Isabelle  de  Mayenne  témoin  (vi- 
dimus  du  26  septembre  1430  aux  Arckii^es  de  la  Manche). 

203  (B).  —  1208.  —  Charte  par  laquelle  Guy  VI  de  Laval 
fait  au  prieuré  d'Olivet  un  don  de  cent  sous  manceaux,  pour 
le  repos  de  l'âme  de  Maurice  III  de  Craon,  frère  de  sa  femme 
(A.  N.,  MM  746,  155). 


1.  Cet  SLCie,  omis  RU  Cartulaire,  avait  été  mentionné  dans  le 
texte. 

2.  Cet  acte,  omis  au  Cartulaire,  a  été  étudié  dans  le  texte.  Voir 
au  numéro  349  (A)  l'acte  par  lequel  Maurice  V  renonce  à  tous 
ses  droits  sur  Ploërmel. 


-  -255  - 

200  (A).  —  1209.  —  Don  par  Aniaury  P  aux  religieuses 
des  Logos,  de  50  sous  de  rente  sur  le  péage  de  Chantocé 
(Note,  Port,  Dictionnaire,  I,  604). 

208  (A).  —  1210,  Lehonium.  —  Lettres  de  Juhel  III  de 
Mayenne  portant  échange  de  60  sous  d'or  de  rente  avec  les 
religieux  de  Champagne  ;  Isabelle  de  Mayenne  approuve 
l'acte  [Aî'chives  de  la  Sai-the^  H,  783). 

208  (B).  —  Vers  1210.  —  Sentence  de  Guillaume  des  Ro- 
ches par  laquelle  il  maintient  à  Saint-Nicolas  de  Sablé  divers 
droits  dans  la  forêt  de  Bouère  contestés  par  les  héritiers  de 
Brun-li-Bon  [Archives  d'Indre-et-Loire^  H  306  ;  indiqué  par 
M.  l'abbé  Métais). 

259  (A).  —  1224,  septembre.  — Charte  par  laquelle  Avoise 
de  Craon,  dame  de  Laval,  fonde  le  prieuré  de  Sainte  Cathe- 
rine (Couanier  de  Launay,  Hist.  de  Laval^,  601). 

268  (A).  —  1226,  12  mai.  —  Charte,  datée  du  jour  du  décès 
d'Amaury  I,  par  laquelle  Guy  de  Daon  fait  un  don  à  la  Roë 

(Ménage,  Sahlé,  409). 

274  (A).  —  1240,  V.  s.,  février.  —  Lettres  par  lesquelles 
Raoul  de  Fougères  reconnait  devoir  500  livres  au  roi,  pour 
rachat  de  plusieurs  terres  (A.  N.,  Registres  du  trésor  des 
Chartes^  C,  24). 

275.  —  Note  par  laquelle  un  contemporain  a  raconté  la  cé- 
rémonie par  laquelle  Maurice  IV  rendit  hommage  au  roi. 

Anno  domini  1245,   die  Veneris  post  sanctum  Dionisium 

1.  Nous  rétabhssons  le  nom  d'Amaury  au  lieu  de  celui  de 
Maurice  donné  par  M.  Port  ;  mais  peut  être  le  nom  de  Maurice 
serait-il  exact  et  alors  ce  serait  la  date  qui  serait  défectueuse. 

1.  Voir  aussi  dans  Bouriolly,  I,  195,  la  note  relative  au  détour- 
nement dont  a  été  l'objet  le  tome  II  des  Fondations  du  diocèse 
du  il/«/^s,  appartenant  au  séminaire  du  Mans,  détournement  grâce 
auquel  il  nous  est  impossible  de  nous  reporter  à  la  copie  de  cet 
acte  que  nous  savons  y  exister  par  la  Semaine  du  Fidèle,  XVI, 
4232.  Ce  dernier  recueil,  par  une  mexactitude  évidemment  voulue, 
ainriiu.'  (juo  le  registre  est  aux  Archives  de  la  Sartlie. 


-  ^56  - 

(13  octobre),  apud  Parisios,  Mauricius  de  Credonefecit  homa- 
gium  domino  régi,  et  juravit  ei  super  sacrosancta  Evan- 
gelia  quod  castra  sua  et  fortericias  suas  ad  magnam  vim  et 
ad  parvam  tradet  ei,  vel  ejus  mandato,  suas  patentes  litteras 
deferenti,  quocienscumque  super  hoc  fuerit  requisitus,  pre- 
sentibus  istisqui  sequntur  :  Joello  archiepiscopo.  H.,  comité 
Marchise,  G.  vicecomite  Castri  Duni,  Johanne  de  Bello  Mon- 
te, Francise  camerario,  Gaufrido  de  Capella,  Francise  pane- 
tario,  et  multis  aliis  (Scripta  de  feodis  ad  regem  spectantibus. 
Recueil  des  Historiens  des  Gaules^  XXIII,  677). 

275  (A).  —  1246,  décembre.  —  Charte  par  laquelle  Geof- 
froy, vicomte  de  Châteaudun,  et  Clémence,  son  épouse,  re- 
connaissent que,  d'accord  avec  Maurice  IV,  ils  ont  reçu  les 
lettres  de  Guillaume  des  Roches  de  Marguerite  de  Sablé  et 
de  Philippe-Auguste  (B.  N.,  latin  17048,  311  ;  imprimé  par 
M.  l'abbé  Métais  à  la  page  233  du  tome  IV  de  ses  Etudes  et 
Documents). 

276  (A).  —  1246,  v.  s.,  5  janvier.  —  Lettres  par  lesquelles 
Maurice  IV  autorise  les  moines  de  Marmoutier  à  remettre  à 
Geoffroy  de  Châteaudun  et  à  Clémence,  sa  femme,  les  docu- 
ments relatifs  au  partage  des  biens  de  Guillaume  des  Roches 
(B.  N.,  latin,  12879,  215). 

Viris  religiosis  et  honestis  in  Christo  sibi  charissimis  Gau- 
frido, abbati  Majoris  Monasterii  Turonensis,  et  ejusdem  loci 
conventui  Mauricius,  dominus  Credonii,  salutem  in  Domino. 

Noveritis  quod  ego  volo  et  concedo  quod  vos  tradatis  ca- 
rissimo  avunculo  meo  Gaufredo,  vicecomiti  Castriduni,  et 
carissimœ  materterae  mese  Clementise,  uxori  ejusdem  vice- 
comitis,  litteras  quas  habetis  in  custodia  de  divisionibus  ter- 
rarum  carissimse  matris  meœ  et  dictae  Clementise  a  bonse 
mémorise  Guillelmo  de  Rupibus,  seneschallo  Andegavensi 
pâtre  earumdem  factis  et  a  bonse  mémorise  Phelippo,  rege 
Francise,  confirmatis. 

Datum  die  veneris  ante  Epiphaniam   Domini,  anno  1246. 

292  (A).  —  1269.  —  Liste  des  chevaliers  croisés  avec  Saint 
Louis  pour  aller  à  Tunis  ;  Maurice  IV  est  cité  [Historiens 
des  Gaules,  XX,  307). 


—  257  — 

294.  —  Le  texte  a  été  publié  in  extenso,  IV,  264. 

295.  —  Le  texte  in  extenso  a  été  donné,  IV,  265.  Dans  la 
note  3  substituer  le  nom  à' Isabelle  de  la  Marche  à  celui  de 
Jeanne. 

296.  —  La  date  complète  est  1270,  10  mai.  On  doit  ajouter 
au  texte  conservé  par  dom  Fonteneau  les  passages  suivants 
relatifs  à  la  maison  d'Amboise  :  Preterea  coram  nobis  cons- 
tituti  Johannes  dominus  Calvimontis,  filius  primogenitus  do- 
mini  Ambasi  memorati,    miles,   et   Gilebertus  predictus 

Preterea  coram  nobis  constituta  domina  Agnes,  uxor  domini 
Ambazii...  rata  habuit  et  grata... 

Les  additions  sont  fournies  par  l'original  des  archives  de 
la  Trémoïlle. 

297.  —  En  note  :  il  faut  écrire  forêt  de  Crothais  ;  voir  Con- 
grès archéologique  diQ  1889,  p.  267. 

312.  —  L'acte  in  extenso  a  été  donné  IV,  271. 

313  (A).  —  1276.  —  Charte  par  laquelle  Maurice  V  confir- 
me au  prieuré  de  Saint  Clément  les  dons  de  Renaud  et  de 
Maurice  I  [Bibliothèque  de  Vendôme^  manuscrit  273,  CIV  ; 
indiqué  par  M.  l'abbé  Métais). 

332  (A).  —  1283,  v.  s.,  février.  -  Testament  de  Margue- 
rite de  Lusignan,  épouse  de  Geoffroy  de  Châteaubriant,  mère 
de  Guy  de  Thouars.  Isabelle  de  La  Marche,  dame  de  Chan- 
tocé,  Maurice  V  de  Craon,  seigneur  de  Sablé  «  fils  à  la  da- 
vant  dite  sa  sœur  »  sont  au  nombre  des  exécuteurs  testamen- 
taires (Note,  B.  N.,  français  22331,  303). 

333  (A).  —  1284,  7  octobre.  —  Charte  de  Jeanne  de  Craon, 
dame  de  Retz,  au  profit  de  Girard  Chabot,  son  époux  (Car- 
tulaire  de  Rays^  n<*  95). 

334  (A).  —  1284,  9  décembre.  —  Charte  par  laquelle 
Jeanne  de  Craon  ratifie  le  contrat  d'Isabeau  Chabot,  sa  fille, 
avec  Olivier  de  Machecoul  (Cartulaire  de  Ray  s,  n°  99). 


-  258  - 

334  (B).  —  1285.  —  Fragment  du  compte  de  Jean  d'Ays 
pendant  l'expédition  d'Aragon.  Chapitre  XXXV,  Choses 
baillées  à  Maurice  de  Craon.  [Historiens  des  Gaules, 
XXIII,  686). 

349  (A).  —  1289,  2  décembre.  —  Lettres  par  lesquelles 
Maurice  V  se  désiste  au  profit  de  Jean  I  de  Bretagne  de  tou- 
tes ses  prétentions  sur  PloërmeP  (Archives  de  la  Loire- 
Inférieure,  E  161  ;  communiqué  par  M.  Blanchard). 

A  touz  ceus  qui  cestes  présentes  lettres  voerront  é  orront, 
Moryce,  seignour  de  Craon  é  de  Sablé,  saluz  en  Nostre  Sei- 
gnour. 

Sachient  touz  que,  corne  contenz  feut  entre  nous,  d'une 
partie,  é  très  haut  home  nostre  chier  seignour  Jahan,  duc  de 
Bretaigne,  conte  de  Richemont,  d'autre,  sus  ce  que  nous  di- 
sions que  le  chatiau  é  la  vile  de  Plœarmael,  o  touz  lour  fiez, 
homages,  obéissences,  terres,  demaines,  é  o  toutes  lour  au- 
tres apartenences,  nous  apartenoient,  pour  ce  que  èles 
avoient  esté  à  monsour  Amalry  de  Craon,  nostre  ançoisour, 
cui  nous  suimes  heir,  é  des  quels  chatiau,  vile  é  apartenen- 
ces le  dit  Amalry,  nostre  ançoisour,  avait  esté  longtemps  é 
souffisent  en  bone  saisine  é  paisible  en  bone  foy,  par  veroi 
titre,  bon  é  loial  à  seignourie  acquerre  ;  é  les  quiels  chatiau, 
vile,  o  toutes  lour  dites  apartenences,  avoient  esté  par  avant 
à  monsour  Moryce  de  Craon ^,  frère  jadis  au  dit  Amalry,  è, 
enprès  sa  mort,  estoient  venuz  é  descenduz  au  dit  Amalry, 
par  droit  de  héritage  é  de  succession  ;  é  par  plusours  autres 
raisons  disions  nous  que  les  diz  chatiau,  vile  é  toutes  lour 
apartenences  nous  apartenoient.  Pour  quoy  Nous  requérions 
à  nostre  dit  seignour  de  Bretaigne  que  il  les  nous  rendist  é 
delivrast  le  dit  chatiau,  vile  é  toutes  lour  apartenences,  o  les 


1.  Cette  pièce  possède  encore  le  sceau  et  le  contre-sceau  de 
Maurice  V,  figures  82-83.  Bien  que  son  texte  ait  été  pubUé  par 
M.  Ropartz  dans  sa  Notice  sur  Ploërmel,  on  le  donne  ici  parce 
que  ce  document  est  resté  ignoré  de  tous  les  historiens  Angevins 
et  que  le  volume  qui  le  renferme  se  trouve  dans  peu  de  mains. 

2.  Par  un  don  de  Philippe  Auguste,  daté  de  1206,  Cartulaire, 
no  199  (A). 


-  259  - 

fruiz  et  les  leveies  que  ils  é  ses  ançoisours  en  avoient  eu  é 
levé. 

E  nostre  dit  seignour  de  Bretaigne  disoit  que  nous  n'i 
avions,  ne  ne  devions  avoir  droit  de  propriété,  ne  de  saisine 
ne  autre  aes  diz  chatiau,  vile  é  apartenences  ;  é  que  le  dit 
Amalry,  nostre  ançoissour,  n'i  avoit  eu  droit  de  seignourie 
ou  autre  aes  dites  choses,  ne  le  dit  Morice,  é  que  si  ils  ou 
auscun  de  aus  i  avoient  auscun  droit,  ils  le  avoient  quité  é 
transporté  au  conte  Pierres,  ayoul  à  nostre  dit  seignour  de 
Bretaigne,  à  cui  il  est  heyr.  Pour  quoy,  é  par  plusours  autres 
rais  >ns,  disoit  nostre  dit  seignour  que  il  n'estoit  pas  tenuz  à 
nous  rendre  é  déluivrer  les  diz  chatiau,  vile  é  lour  aparte- 
nences. 

A  la  parfin,  nous  enquis  diligeoment  la  vérité,  trovasmes 
que  nous  n'avions  droit  de  seignourie  ne  autre  aes  diz  cha- 
tiau, vile  é  apartenences  ;  é  que  le  dit  Amalry  avoit  donné, 
deleissé  é  qliité  au  dit  conte  Pierres,  tout  le  droit  de  pro- 
priété é  de  saisine  é  autre,  que  il  avoit  aes  diz  chatiau,  vile  é 
apartenences,  é  avoir  i  poait  par  quielque  raison,  é  trans- 
porté en  lui. 

E  pour  ce  nous,  nous  delaissasmes  de  ceste  requeste  fère 
à  nostre  dit  seignour  de  Bretaigne  ;  é  encores  douons,  dé- 
leissons  e  quitons  de  tout  en  tout  à  nostre  dit  seigneur  de 
Bretaigne  touz  les  droiz  e  toutes  les  accions  é  demandes  que 
nous  avions,  é  poions  avoir,  e  devions  aes  diz  chatiau,  vile  é 
toutes  lour  apartenences,  é  li  prometons  que  nous,  ne  noz 
heir,  ne  cils  qui  auvront  cause  de  nous,  jamais  riens  ne  li  de- 
manderons, ne  à  ses  heirs.  ne  à  cens  qui  i  auvront  cause  de 
lui,  des  diz  chatiau,  vile  e  lour  apartenences. 

E  si  nous  avions  auscunes  letres  qui  nous  peussent  aider 
quant  à  ces  choses  desus  dites  é  nuire  à  nostre  dit  seigneur, 
nous  voulons  que  èles  soient  cassés  é  annullées,  é  de  nule 
valour  ;  é  les  anullons  dès  jà  de  tout  en  tout,  é  les  li  prome- 
tons rendre.  E  li  prometons  garanter  é  deffendre  des  noz  é 
de  touz  autres,  é  encontre  touz  qui  auvroient  cause  de  nous  é 
des  noz,  é  de  touz  ceus  qui  li  en  feroient  demande  ou  por- 
roient  fère  par  raison  de  nous.  E  à  toutes  ces  choses  tenir  é 
chascune  par  soy  senz  venir  encontre,  nous  li  en  obligons 
nous  é  noz  heirs,  e  noz  successors  e  touz  noz  biens  moibles, 
é  inmoibles. 


—  260  — 

En  testemoine  des  quiels  choses,  nous  li  en  donons  ces- 
tes  letres  saiellées  en  nostre  propre  saiel. 

Donné  le  vendredy  enprès  la  sainte  Katerine,  l'an  de 
graice  mil  dous  cenz  quatre  vignz  é  noeuff. 

359  (A).  —  1290,  V.  s.,  13  mars,  Narbonne.  —  Lettres  par 
lesquelles  Charles  II  d'Anjou  reconnaît  que  c'est  d'après  ses 
ordres  que  Maurice  V  a  contracté  divers  emprunts,  destinés 
à  payer  sa  rançon  et  à  solder  le  rachat  de  Baugé  et  de  Beau- 
fort  (Durrieu,  Archives  Angevines^  I,  209). 

365.  —  Voir,  IV,  65,  une  notice  de  ce  même  testament, 
empruntée  à  la  Généalogie  de  Quatrebarbes . 

366.  —  T.  III,  p.  571,  note  3.  —  Ajouter  :  Sur  Jean  Pépin 
de  Huy  et  Robert  de  Lannoy,  voir  n°  487  à  la  note. 

Page  574,  note  1.  —  Ajouter  :  Dans  le  testament  de  Jean  de 
Craon,  numéro  927  du  Cartulaire^  la  date  est  illisible  ;  cet 
acte  ne  saurait  donc  servir  d'argument  pour  fixer  celle  du 
décès  de  son  auteur. 

Page  583,  figure  100.  —  Il  est  intéressant  de  rapprocher 
du  dessin  de  Bruneau  de  Tartifume  celui  qui  prend  place 
ici,  figure  207,  d'après  Gaignières.  Ce  dernier  ne  place  près 
du  corps  d'Amaury  IV  que  deux  anges  avec  encensoirs  et  fait 
reposer  la  tête  du  défunt  (évidemment  trop  vieille  pour  celle 
d'un  homme  de  quarante-sept  ans)  sur  deux  coussins.  On 
voit  sur  ce  dessin  que  la  tombe  était  ornée  de  six  statuettes, 
dans  des  poses  variées,  et  que  l'une  d'elles  avait  déjà  disparu 
lors  de  la  confection  du  dessin.  Bruneau  de  Tartifume  avait 
dessiné  sept  arcatures  vides. 

375  (A).  —  1299,  août.  —  Lettres  du  roi  approuvant  le 
mariage  de  Robert  de  Beaumont  avec  Marie  de  Craon  (Note, 
B.  N.,  Baluze,  54,' 311). 

393.  —  Le  document  in  extenso  se  trouve,  IV,  272. 

403  (A).  —  1311,  juin.  —  Lettres  par  lesquelles  Béatrix 
de  Dreux  fait  don  de  la  Suze  à  Béatrix  de  Roucy  [In  extenso^ 
IV,  278). 


—  261  -- 

403  (B).  —  1311,  V.  s.,  31  janvier,  Baugé.  —  Lettres  por- 
tant vente  par  Jean  Mauclerc  de  Précigné  à  Amaury  III  (Ar- 
chives de  la  Trémoïlle,  Fonds  Craon). 

404.  —  Le  testament  d' Amaury  IV  a  été  donné  in  extenso 
IV,  278. 


207.  —  Tombe  d'Amaury  IV,  1373,  d'après  Gaignières. 

406.  —  L'acte  a  été  donné  in  extenso,  V,  45. 
411.  —  L'acte  a  été  donné  in  extenso,  V,  47. 
418.  —  L'acte  a  été  donné  in  extenso,  V,  48. 
427.  —  L'acte  a  été  donné  in  extenso,  V,  49. 
439.  —  Les  lettres  sontMu  i5  avril  et  non  du  13. 


—  262  — 

440.  —  Effacer  les  mots  vieux  style  de  la  date. 

446.  —  Acte  donné  in  extenso,  V,  50. 

446  (A).  —  1319,  novembre.  —  Lettres  par  lesquelles  Phi- 
lippe, comte  du  Maine,  reconnaît  que  c'est  sans  préjudice 
qu'Amaury  III  lui  a  concédé  une  levée  dans  ses  fiefs.  (Archi- 
ves de  La  Trémoille.  Lettres  royales^  II). 

«  Nous  Philippe,  ainzné  fil  dou  conte  de  Valois,  conte  dou 
Mayne,  faisons  savoir  à  tous  que,  comme  nostre  amé  et  féal 
monsieur  Hamaury  seigneur  de  Craon,  chevalier,  à  nostre 
proyère  et  à  nostre  requeste,  nous  ait  ottroyée  que  nous 
puissions  lever  et  havoir  sur  tous  ses  solgiez  et  hommes, 
qui  sont  en  nostre  contée  dou  Mayne,  de  chascun  feu  trois 
sols  (le  fort  portant  et  avaluant  le  faible)  que  nous  le  dit 
ottroy  avons  prins  et  prenons  de  pure  libéralité  et  grâce 
sens  ce  que  nous  penssions  ledit  monsieur  Hamaury  à  ce 
contraindre  ne  pour  forcier. 

«  Ainçois  volons  et  promettons  audit  monsieur  Hamaury 
et  à  ses  hers  que,  par  cest  présent  ottroy,  préjudice  ne  puisse 
estre  acquis  à  li  ny  à  ses  hers,  à  ceux  qui  cause  hauront  de 
H,  ny  à  ses  sulgez  pour  le  temps  à  venir. 

«  En  tesmoin  de  laquelle  chose  nous  bavons  donné  ces 
lettres  scellées  de  nostre  grand  seel. 

«  Faictes  et  escripts  l'an  mil  III^  et  XIX  ou  mois  de  no- 
vembre. » 

448  (A).  —  1320,  mai,  Milly-en-Gâtinais.  —  Lettres  par 
lesquelles  Philippe-le-Long  ratifie  le  contrat  d'Olivier  de 
Clisson,  pupille  d'Amaury  III,  avec  Blanche  de  Bouville  (A. 
N.,  J  380,  n»4). 

452.   —  L'acte  a  été  donné  in  extenso,  V,  51. 

461  (A).  —  1321,  31  décembre.  —  Charte  par  laquelle 
Amaury  III,  en  qualité  de  sénéchal  d'Aquitaine,  adjuge  à 
Amadieu  VII  d'Albret  le  moulin  de  Tysiengne  [Aj^ch.  des 
Basses-Pyrénées^  E,  191). 

465  (A).   —  1322,  septembre,  Angers.  Lettres   de  dé- 


-  i63  - 

charge  pour   Amaury  III  (Arch.  de    La    Trémoïlle,   Fonds 
Craon). 

472  (A).  —  1323,  6  juillet.  —  Hugues  d'A-igueschaves  est 
autorisé  par  Amaury  III  à  faire  une  garenne  à  la  Touche  près 
Pontoux  (Note  de  Sénemaud,  Terres  de  l'évêché  d'Angou- 
lême,  61). 

472  (B).  —  1323,  23  septembre,  Sablé.  —  Lettres  parlés- 
quelles  Charles-le-Bel,  à  la  demande  d'Amaury  III,  amortit 
les  dépendances  de  la  nouvelle  église,  Saint-Martin  de  Sablé 
(Arch.  nat.,  JJ  62,  fol.  246,  249  ;  en  partie  dans  Union  du 
Maine,  I,  79).        , 

476  (A).  —  1324,  6  octobre.  —  Testament  de  Jeanne  de 
Dreux,  dame  de  Roucy.  Acte  suivi  du  pouvoir  donné,  le  7 
décembre  1323,  par  Amaury  III  à  Béatrix,  son  épouse,  de 
promettre  exécution  dudit  testament.  (Du  Chesne,  H.  de 
Di-eux,  preuves,  p.  289). 

476  (B).  —  1324,  24  novembre.  —  Lettres  par  lesquelles 
Amaury  III,  avec  l'assentiment  de  Maurice  VII  et  de  Mar- 
guerite de  Mello,  fait  divers  dons  à  la  collégiale  de  Saint- 
Jean-Baptiste  de  Ménigoute  (A.  Richard,  Inventaire  de  la 
Barre,  II,  444). 

485  bis.  — Acte  donné  in  extenso,  V,  52. 

485  bis  (A).  —  1328, 27  novembre.  —  Lettres  portant  contrat 
entre  Amaury  III  et  Marguerite,  veuve  de  Berthaud  du  Lis, 
chevalier,  au  sujet  d'un  échange  fait  par  eux  le  3  juin  1325, 
et  liquidant  la  somme  due  par  Amaury  III  (Arch.  de  la  Tré- 
moïlle, Fonds  Craon). 

485  bis  (B).  —  1329,  19  mai.  —  Lettres  par  lesquelles  Gi- 
rard Chabot  ratifie  le  don  fait  à  l'abbaye  de  Buzay  par  son 
père,  pour  ses  feues  femmes  :  Emma  de  Chàteau-Gontier  et 
Jeanne  de  Craon,  et  pour  ses  frères,  Gilles  de  la  Motte  et 
Raoul  Chabot  (B.  N.,  français,  22319,  266;  Qi  français, 
22325,  984). 


486.  —  L'acte  est  donné  in  extenso,  V,  53. 


486  (A).  —  1329,  3  septembre.  —  Main-levée  de  la  saisie 
mise  sur  le  prieuré  de  Craon,  pour  non  payement  du  droit  de 
franc  fief,  attendu  qu'il  est  membre  de  l'abbaye  de  Vendôme 
(B.  N.,  français,  22338,  84). 

498  bis.  —  Acte  donné  in  extenso,  V,  57. 

504.  —  A  la  ligne  8  du  document,  après  fille,  ajouter  le  mot 
aignéê  qui  figure  sur  l'original  du  Cartulaire  de  Vitré.  C'est 
là  une  nouvelle  preuve  de  l'existence  d'une  seconde  fille  de 
Maurice  VII  appelée  soit  Aliénor,  soit  Jeanne,  qui  épousa 
Renaud  de  Montbazon  et  fut  mère  de  la  femme  de  Guil- 
laume II. 

508  (A).  —  1348,  Château-Gontier.  —  Accord  entre 
Guy  XII  de  Laval  et  Isabelle,  veuve  de  Guy  XI  (Note  de  Du 
Chesne,  H.  de  Montmorency,  584). 

508  (B).  —  1349,  14  août,  Angers.  —  Certificat  de  Mau- 
rice Chamaillart  et  de  Bertrand  de  Machecoul  établissant 
qu'Amaury  IV  a  reçu  200  livres  «  pour  ses  gages  de  cest 
présent  voyage  de  Bretaigne.  »  (B.  N.,  Pièces  originales 
653,  15553,  communiqué  par  M.  l'abbé  Ledru*). 

512  (A).  —  1351,  16  mai,  Poitiers.  —  Lettre  de  Guillaume 
de  Beaumont,  maréchal  d'Amaury  IV,  lieutenant  du  roi  en 
Poitou,  Saintonge,  Angoumois,  Limousin  et  Périgord,  par 
deçà  la  Dordogne  (B.  N.,  Titres  scellés,  12,  727). 

514  (A).  —  1351,  9  juin.  —  Lettres  de  Brient  de  Château- 
briant  donnant  quittance  de  ses  gages  ;  il  avait  servi  sous  les 


1.  M.  l'abbé  Ledru  nous  a  communiqué  son  dép)ouillement  des 
Titres  scellés  et  des  Pièces  originales  fait  au  point  de  vue  de 
l'histoire  du  Maine.  Nous  lui  avons  emprunté  les  numéros  sui- 
vants du  Cartulaire  508  B,  512  A,  516  B,  516  G,  517  A,  518  A, 
518  B,  520  A,  522  A,  527  A,  529  C,  529  D,  529  E,  529  F,  529  G, 
529  H,  529  I,  529  J,  529  K,  562  A,  562  B,  562  D,  562  G,  562  H, 
562  I,  565  A,  613  A,  627  A,  745  A,  758  A  à  758  D,   774  A. 


-  â65  - 

ordres  d'Amaury  IV,  lieutenant  en  Poitou,   Saintonge,    Li- 
mousin, Angoumois,  Périgord  [Morice,  I,  1474). 

516  (A).  —  1351,  9  septembre,  Angers.  —  Lettres  par 
lesquelles  Amaury  IV,  Pierre  de  La  Suze,  Guillaume  I  et 
divers  autres  reconnaissent  avoir  pris  à  la  monnaie  d'Angers 
2.000  livres*  (B.  N.,  Titres  scellés,  73,  5685). 

«  Sachent  tous  que  nous,  Jehan,  vicomte  de  Meleun,  cham- 
bellan de  France,  Amalri,  sire  de  Craon,  Thebaut,  sire  de 
Mathefelon,  Pierre  de  Craon,  sire  de  La  Suze,  Guillaume 
de  Craon,  vicomte  de  Châteaudun,  Brienc,  sire  de  Montjean, 
Jehan  de  Lille,  sire  de  Saint-Mars,  chevaliers,  et  Morice 
Chamaillart,  doyen  de  monsieur  Saint-Martin  de  Tours, 
avons  pris  et  fait  prendre  en  la  monnaie  d'Angers,  des  deniers 
de  ladite  monnaie  appartenant  au  roi,  nostre  sire,  la  somme 
de  deux  mille  livres  tournois,  pour  concourir  au  paiement 
des  gens  d'armes,  que  nous  menons  et  faisons  aler  à  Vara- 
des  ;  laquelle  somme  nous  promettons  faire  alloer  es  comptes 
de  Pierre  Guérin,  maistre  de  la  dite  monnaie,  ou  ycelle  li 
rendre  du  nostre  au  plus  tost  que  nous  en  serons  requis. 

a  Donné  à  Angers,  sous  nos  sceaux,  le  IX*  jour  de  septem- 
bre l'an  1351.  » 

516  (B).  —  1351.  —  Acte  de  Maurice  Mauvinet  et  de  Jean 
de  Flavigny,  maréchaux  d'Amaury  IV  (B.  N.,  Titres  scellés, 
5,  217). 

516  (C).  —  1352,  23  mai,  Paris.  —  Quittance  de  gages  de 
Hue  Cholet,  employé  en  Gascogne  et  Languedoc  sous 
Amaury  IV  (B.  N.,  Titres  scellés,  32,  2371). 

517  (A).  —  1352,  23  juin,  Moissac.  —  Lettres  par  lesquel- 
les Amaury  IV  déclare  avoir  établi  Pons  Ricart  de  Gordon, 
capitaine  de  Gordon  (B.  N.,  Pièces  originales,  2474,  55684). 

518  (A).  —  1352,  20  juillet,  Agen.  —  Quittance  de  Galezot 
d'Arquen,  chevalier,  pour  campagne  faite  sous  Amaury  IV, 
lieutenant  du  roi  (B.  N.,  Titres  scellés,  39,  2935). 

1.  Indiqué  par  M.  Ph.  de  Bosredon. 


—  266  — 

518  (B).  —  1352,  15  août.  —  Quittance  de  Guy  d'Azay, 
maréchal  d'Amaury  IV,  de  60  livres  tournois  (B.  ^.,  Titres 
scellés,  9,  495). 

520  (A).  —  1352,  26  septembre,  Toulouse.  —  Quittance  de 
gages  de  Jean  des  Champs,  ayant  servi  en  Gascogne  sous 
Amaury  IV  (B.  N.,  Titres  scellés,  38,  2069). 

521  (A).  —  1352,  V.  s.,  25  janvier,  Saint-Lô.  —  Lettres  par 
lesquelles  Simonet  du  Bellay  reconnaît  avoir  reçu  de  Jean 
d'Arrabloy,  maître  de  la  monnaie  de  Saint-Lô,  3500  livres 
pour  être  distribuées  aux  gens  d'armes,  employés  sous  les 
ordres  d'Amaury  IV,  lieutenant  du  roi  (B.  N.,  Pièces  origi- 
nales, 271,  Du  Bellay  3  ;  communiqué  par  M.  Roman). 

522  (A).  —  1353,  14  juin,  Angers.  —  Certificat  établissant 
que  3300  livres  ont  été  prises  à  la  monnaie  d'Angers  pour 
payer  les  gens  d'armes  étant  es  parties  de  Bretagne,  d'Anjou 
et  du  Maine,  sous  le  gouvernement  d'Amaury  IV  (B.  N.,  Ti- 
tres scellés,  56,  4263). 

525  (A).  —  1353,  v.  s.,  13  février,  Paris.  —  Accord  entre 
Jean  de  Chalon,  à  cause  de  Marguerite  de  Mello,  et  Amau- 
ry IV.  Celui-ci  abandonne  à  titre  de  douaire  la  jouissance 
viagère  de  Mareuil,  Puy-Béliard,  Chantonnay,  l'Héberge- 
ment, Moulin-Neuf,  Engeac  et  Champagne,  près  Saint-Clé- 
ment (Arçh.  nat.,  Xic  8). 

527  (A).  —  1354,  1"  décembre,  Châtèau-Gontier.  —  Mon- 
tre de  Guillaume  Chamaillart,  employé  sous  le  gouvernement 
d'Amaury  ÏV  (Titres  scellés,  ^7,  2012,  et  français,  2ib39, 
327). 

529  (A).  —  1355,  4  décembre,  Paris.  —  Quittance  donnée 
par  Foulques  de  Laval  ;  il  avait  servi  en  Anjou  et  Maine  sous 
Amaury  IV,  lieutenant  du  roi  (Morice,  I,  1497). 

529  (B).  —  1355,  27  décembre,  Craon.  —  Quittance  de 
Roland  de  Kerdou  ;  il  avait  servi  en  Anjou  et  Touraine  sous 
les  ordres  d'Amaury  IV,  lieutenant  du  roi  [Morice,  I,  497). 


—  267  — 

529  (C).  — 1355,  28  décembre,  Craon.  —  Quittance  de 
Guillaume  Chamaillart  ayant  servi  sous  Amaury  lY  (B.  N., 
Titres  scellés,  37,  2013). 

529  (D).  —  1355,  28  décembre,  et  1355,  v.  s.,  24  janvier, 
Craon.  —  Deux  quittances  de  Pierre  de  Dye,  maître  en  phy- 
sique, pour  ses  gages  ordonnés  par  Amaury  IV  (B.  N.,  TU. 
scellés,  40,  3015). 

529  (E).  —  1355,  28  décembre,  Craon.  —  Quittance  de  ga- 
ges de  Macé  Giffart,  pour  campagne  sous  le  gouvernement 
d' Amaury  IV  (B.  N.,  Titres  scellés,  53,  4009). 

529  (F).  —  1355,  28  décembre,  Craon.  —  Quittances  de 
gages  de  Pierre  Mauvoisin,  employé  sous  Amaury  IV  (B.  N., 
Titres  scellés,  72,  5651). 

529  (G).  —  1355,  28  décembre,  Craon.  —  Quittance  de 
gages  de  Foulques  de  Monthélant,  employé  sous  Amaury  IV 
(B.  N.,  Titres  scellés,  11,  6007j. 

529  (H).  —  1355,  28  décembre  et  1355,  v.  s.,  24  janvier.  — 
Deux  reçus  de  Gilles  de  Rouvray,  employé  sous  Amaury  IV 
(B.  N.,  TiL  scellés,  99,  7665). 

529  I).  —  1355,  V.  s.,  24  janvier,  Craon.  —  Quittance  de 
Guy  d'Azay  des  gages  de  sa  compagnie,  employée  sous 
Amaury  IV,  lieutenant  en  Anjou  et  Maine  (B.  N.,  Titres  scel- 
lés, 8,  477). 

529  (J).  —  1355,  V.  s.,  24  janvier,  Craon.  —  Quittance  de 
Macé  Giffart  ayant  fait  campagne  sous  Amaury  IV  (B.  N., 
Pièces  originales,  1322,  29917). 

529  (K).  —  1355,  v.  s.,  24  janvier,  Craon.  —  Quittance  de 
Baudouin  de  Liques  de  ses  gages  ordonnés  par  Amaury  IV 
(B.  N.,  Titres  scellés,  66,  5087). 

534  (A).  —  1356,  v.  s.,  24  janvier.  —  Quittance  de  Gilles 
de  Rouvray,  qui  avait  servi  on  Anjou  et  Maine  sous  les  or- 
dres d' Amaury  IV  {Morice,  I,  1507). 


-  â68  - 

562  (A).  —  1363,  14  avril.  —  Lettres  de  Robert  de  Belle- 
perche  portant  quittance  de  ses  gages,  pour  services  de 
guerre  sous  le  gouvernement  d'Amaury  IV  (B.  N.,  Titres 
scellés,  13,  795). 

562  (B).  —  1363,  13  mai.  —  Lettre  de  Jean  Belon,  maré- 
chal d'Amaury  IV,  portant  envoi  de  la  montre  de  Jean  de 
Cressi  (B.  N.,  Titres  scellés,  13,  805). 

562  (C).  —  1363,  23  mai.  —  Jean  Belon,  maréchal  d'A- 
maury IV  [Sceaux  de  Clair amhault,  n°  881). 

562  (D).  —  1363,  29  mai.  —  Quittance  de  Jean  de  Cressi 
employé  sous  Amaury  IV  (B.  N.,  Titres  scellés,  37,  2793). 

562  (E).  —  1363,  5  juin  au  29  juillet.  — Douze  actes  de  che- 
valiers ayant  servi  sous  les  ordres  d'Amaury  IV  [Morice,  I, 
1558-1560). 

Maurice  Mauvinet. 
Guy  de  Laval. 
Amaury  de  Clisson. 
Jean  Belon. 
Guy  de  Laval. 
Amaury  de  Clisson. 
Hervé  de  Quermelac. 
Guillaume  de  Kersamgilly. 
Maurice  de  Trésiguidy. 
Guillaume  Chorsin. 
Hardouin  de  la  Haye. 
Jean  de  la  Barre. 

562  (F).  —  1363,  7  juin,  Saumur.  —  Quittance  de  Geoffroy 
des  Roches  employé  sous  les  ordres  d'Amaury  IV  (B.  N., 
Titres  scellés,  96,  7513). 

562  fG).  —  1363,  23  juin.  —  Lettre  de  Jean  Belon,  maré- 
chal d'Amaury  IV,  portant  envoi  de  la  montre  du  sire  de  la 
Haye  (B.  N.,  Titres  scellés,  13,  805). 

562  (H).  —  1363,  25  juin,   Château-Gontier.  —  Quittance 


d'Amaury  de  Troo,  capitaine  de  Château-du-Loir,  employé 
sous  les  ordres  d'Amaury  IV,  lieuteûaut  en  Anjou,  Maine  et 
Touraine  (B.  N.,  Titres  scellés,  108,  8433). 

562  (I).  —  1363,  30  juin,  Château-Gontier.  —  Quittance 
de  lïuart  de  Roncevaux,  écuyer,  de  50  francs  d'or,  pour  la 
perte  d'un  cheval,  arrivée  en  un  service  commandé  par 
Amaury  IV  (B.  N.,  Titres  scellés,  97,  7549). 

565  (A).  —  1363,  14  août.  —  Quittance  de  Guillaume  de 
Dureil  de  65  livres  tournois  pour  payement  de  ses  hommes 
d'armes  «  déserviz  et  à  déservir  en  la  garde  et  deffense  du 
pais  d'Anjou  et  du  Maine,  es  quieux  monsour  de  Craon  nous 
a  ordenné  demeurer  jusques  à  son  retour  du  pais  de  Guyen- 
ne, où  il  est  aie  pour  parller  au  prince  de  Galles  de  certaines 
chouses,  touchant  ladite  garde  et  deffense  des  diz  pais  »  (B. 
N.,  Titres  scellés,  42,  3145). 

568  (A).  —  1364,  27  juin,  Paris.  —  Montre  de  la  compagnie 
du  comte  de  Dammartin.  —  Guy  VI  de  la  Trémoille  est  l'un 
des  chevaliers  (Sainte-Marthe,  i^/'eMf es />ow/*  la  Trémoille, 
p.  60). 

573  (A).  —  1364,  13  septembre.  —  Lettres  de  Jean  de 
Craon,  archevêque  de  Reims,  portant  quittance  de  mille 
francs  d'or  (B.  N.,  français,  20887,  47). 

577  (A).  —  1364,  30  octobre,  Paris.  —  Lettres  de  Char- 
les V  portant  quittance  générale  à  Amaury  IV  (A.  N.,  JJ  97, 
551). 

577  (B).  —  1364,  v.  s.,  7  mars.  —  Lettres  par  lesauelles 
Jean  de  Craon  donne  quittance  de  douze  cents  francs  d'or 
(B.  ^.,  français,  20887,  55). 

585  (A).  —  1365,  15  août.  —  Aveu  rendu  par  Aymory 
Guéry,  fds  de  Jean  Guéry,  sire  de  la  Guérynière,  au  seigneur 
de  Sully,  Sainte-Maure  et  Nouâtre  {Dom  Housseau,  XIIP, 
8136j. 

585  (B).  —   1365,  20  novembre,  Paris.   —  Accord  entre 

18 


-  270  — 

Amaury  IV,  Pernelle  de  Thouars  et  Jeanne  d'Artois  au  sujet 
du  douaire  de  cette  dernière  (A.  N.,  X^%  15  b,  233). 

585  (C).  —  1365,  5  décembre,  Dreux.  —  Lettres  par  les- 
quelles, Amaury  IV,  comte  de  Dreux,  ratifie  le  don  fait  par 
Jean  Cave  de  trois  arpents  et  demie  de  vigne  à  l'abbaye  de 
Saint- Vincent-aux-Bois  (Arch.  d'Eure-et-Loir,  fonds  de  la 
Madeleine^  communiqué  par  M.  Lucien  Merlet). 

594  (A).  —  1366,  v.  s.,  23  février.  —  Divers  actes  du  litige 
en  Parlement  au  sujet  de  la  succession  de  Louis  de  Beau- 
mont  où  sont  engagés  Amaury  IV,  Boucicaut,  Guillaume 
Chamaillart{A.N.,  X*«21,  114,  117,  121,  169,  452). 

595  (A).  —  1367,  v.  s.,  21  avril.  —  Accord  entre  Thomas 
de  Chemillé  et  Marguerite  de  Thouars,  sa  femme,  d'une 
part,  et  Amaury  et  Pernelle,  de  l'autre,  fixant  au  tiers  de  la 
valeur  du  comté  de  Dreux  la  part  des  premiers  {A.  N.,  X^c 

17,  12). 

595  (B).  —  1367,  29  avril.  —  Lettres  d'Amaury  IV,  tant  en 
son  nom  qu'en  celui  de  Pernelle,  constituant  des  procureurs 
(A.  N.,  Xic  17,  125;. 

605  (A).  —  1369,  9  juillet.  —  Don  de  Charles  V  à  Guy  VI 
et  à  Guillaume  de  la  Trémoïlle  de  divers  biens  (A.  N.,  JJ  100, 
66). 

613  (A).  —  1369,  7  novembre.  —  Amortissement  accordé 
par  Amaury  IV  à  Jean  de  Guistri,  physicien  du  roi,  chanoine 
de  Paris,  Nantes  et  Cornouailles  (A.  N.,  J  100,  170). 

621*(A).  —  1371,  8  octobre.  —  Accord  entre  Guy  VI  de  la 
Trémoïlle,  Guillaume,  son  frère,  d'^ne  part,  et  messire  de 
Chauvigny,  seigneur  de  Château  Raoul  de  l'autre  (A.  N., 
X»c23,  110). 

627  (A).  -  1371,  V.  s.,  2  janvier.  —  Lettres  par  lesquelles 
Guillaume  de  Mathefelon,  qui  a  reçu  d'Amaury  IV  la  terre 
de  Brûlon,  s'engage,  pour  le  cas  où  celui-ci  mourrait  sans 


-  271  - 

postérité,  à  l'abandonner  au  duc  d'Anjou  moyennant  le  paie- 
ment de  1200  francs  d'or  (A.  N.,  P.  1344,  606). 

630  (A).  —  1371,  V.  s.,  19  février.  —  Nouvel  accord  entre 
Guy  VI  de  la  Trémoïlle,  Guillaume,  son  frère,  d'une  part,  et 
messire  de  Chauvigny,  seigneur  de  Château  Raoul,  de  l'au- 
tre (A.N.,Xic24«,  55). 

632  (A).  —  1372,  11  mai.  —  Nouvel  accord  entre  Guy  Vï 
de  la  Trémoïlle  et  Guillaume,  son  frère,  d'une  part,  et  mes- 
sire de  Chauvigny,  seigneur  de  Château   Raoul,    de   l'autre 

(A.  N.,  Xic24b,  163). 

638  (A).  -  1372,  l^"*  septembre,  château  de  Portemars.  — 
Lettres  par  lesquelles  Jean  de  Craon,  archevêque  de  Reims, 
réglemente  le  nettoyage  des  rues  de  Mouson  (Ordonnances 
du  Louvre^  VI,  485). 

642  (A).  — -  1372,  v.  s.,  31  mars.  —  Lettres  par  lesquelles 
Isabelle,  forte  de  la  procuration  que  le  sire  de  Sully  lui  a 
donnée  à  Tours  le  16  juin  1372,  abandonne  à  Jean  du  Tilleul 
ses  droits  de  haute  justice  sur  les  fiefs  qu'il  tenait  d'elle  (B. 
N.,  Dom  Housseau,  XIIP,  8138). 

644  (A).  —  1373,  25  juillet,  Niort.—  Mandement  par  lequel 
Jean,  duc  de  Berry,  sur  la  plainte  de  Pernelle  de  Thouars, 
interdit  à  Isabelle  de  Craon  de  se  faire  rendre  hommage 
par  ses  vasseaux  de  Mareuil,  Puybéliard,  Chantonnay  et  de 
l'Hébergement,  dont  elle  venait  d'hériter  d'Amaury  IV, 
avant  qu'elle  ait  fait  à  Pernelle  hommage  pour  les  dites 
terres  (Arch.  de  la  Trémoïlle,  Lettres  royales^  II). 

645  i^A).  —  1373,  11  octobre,  Puy-Béliard.  —  Lettres  par 
lesquelles  Jean,  duc  de  Berry,  reconnaît  que,  par  Jean  de 
Champchevrier,  son  fondé  de  pouvoir,  Louis  de  Sully  lui  a 
fait  les  hommages  qui  lui  sont  dus  pour  les  terres  dont  il 
devenait  seigneur  par  suite  du  décès  d'Amaury  IV  (Archives 
de  la  Trémoïlle,  Lettres  royales^  II). 

646  (A).  —  1374,  27  avril.   —  Lettres  de  Pernelle  donnant 


-   272  - 

procuration  pour  régler  le&  droits   de   sa    sœur    Isabelle, 
épouse  d'Ingelger  I  d'Amboise  (A.  N.,  X^c,  28  b,  211). 

667  (A).  —  1376,  8  juillet,  Lusignan.  —  Mandement  par 
lequel  Jean,  duc  de  Berry,  prescrit  à  ses  receveurs,  chargés 
de  toucher  les  droits  de  rachat,  dus  pour  le  mariage  de  Per- 
nelle  avec  Tristan,  de  renoncer  à  toute  action  sur  la  vicomte 
(Archives  delà  Trémoïlle,  Lettres  royales^  II). 

693  (Aj.  —  1380,  30  juillet.  Bois  de  Vincennes.  —  Lettres 
par  lesquelles  Charles  V  approuve  celles  de  Jean  de  Craon 
du  l^""  septembre  1372,  réglementant  le  nettoyage  des  rues  de 
Mouson  [Ordonnances  du.  Louvre^  VI,  485). 

694  (A).  —  1380,  25  novembre.  —  Accord  entre  Louis  de 
Sully  et  Isabelle  de  Craon,  son  épouse,  d'une  part,  et  Jac- 
ques de  Surgères,  seigneur  de  la  Flocelière,  de  l'autre,  au 
sujet  de  la  terre  de  Tiercé  de  Saint-Germain  (A.  N.,  X^^  41^ 
147). 

699  (A).  —  1381,  15  décembre.  —  Isabelle,  veuve  de  Louis 
de  Sully,  en  sa  qualité  d'héritière  principale  d'Amaury  IV, 
règle  avec  les  héritiers  de  Guillaume  Lévêque  le  mode  de 
payement  du  solde  du  prix  des  terres,  vendues  parAmaury  IV 

(A.  N.,  Xic  44%  22,  23). 

701  (A).  —  1382,  9  décembre.  —  Accord  entre  Pernelle, 
veuve  d'Amaury  IV,  et  Guillaume  Larchevêque,  seigneur  de 
Parthenay,  sur  la  possession  de  Laleu  et  de  Lorme  (A.  N., 
Xic  45,  165). 

709  (A).  —  1383,  V.  s.,  16  janvier.  —  Accord  entre  Hugues 
de  Chalon  et  Isabelle  de  Craon  portant  partage  des  terres 
ayant  appartenu  à  Marguerite  de  Mello,  leur  mère,  Isabelle 
reçoit  Vieille  Tour.  Il  est  dit  dans  l'acte  que  Marguerite 
était  aussi  la  mère  d'Amaury  IV  et  d'Aliénor  de  Craon,  dame 
de  Montbazon,  celle-ci  mère  de  Jeanne,  épouse  de  Guillau- 
me II  (A.  N.,  Xic  47%  14,  15). 

716  (A).  —  1484,  V.  s.,  14  mars.  —  Acte  par  lequel  Tris- 


-«73  - 

tan  et  Pernelle  donnent  pouvoir  pour  liquider  le  douaire  de 

celle-ci*  (A.  N.,  X^S  50  «,  331). 

716  (B).  —  1385,  8  mai.  -  Acte  par  lequel  Isabelle  d'A- 
vaugour,  vicomtesse  de  Thouars,  dame  de  Mayenne,  donne 
procuration  pour  liquider  son  douaire  (A.  N.,  X'c  50^,  332). 

716  (C).  —  1385,  7  juin.  —  Accord  entre  Tristan  et  Per- 
nelle d'une  part  et  Isabelle  d'Avaugour,  veuve  de  Louis  de 
Thouars,  de  l'autre,  liquidant  le  douaire  de  celle-ci  (A.  N., 
X1C50C,  330). 

716  (D).  —  1385,  7  juin.  —  Lettres  par  lesquelles  Marie 
d'Anjou  ratifie  l'accord  liquidant  le  douaire  d'Isabelle  d'A- 
vaugour (A.    N.,  X1C50C,  333). 

720  (A).  —  1386,  17  juin.  —  Accord  entre  Tristan,  vicomte 
de  Thouars,  seigneur  de  l'île  de  Ré  et  l'abbaye  de  N.  D.  de 
rile-Dieu(A.  N.,Xic53,  48). 

720  (B).  —  1386,  27  juillet.  —  Accord  entre  Tristan,  vi- 
comte de  Thouars,  et  le  monastère  de  N.  D.  de  l'Ile-Dieu  au 
sujet  du  droit  de  préemption  du  poisson  amené  à  l'île  d'Olé- 
ron(A.  N.,Xic53,  57). 

726  (A).  —  1387,  v.  s.,  4  mars.  —  Accord  entre  l'évéqu^ 
de  Paris  et  Guy  VI  de  la  Trémoïlle  (A.  N.,  X^c  56%  86). 

729  (A).  —  1387,  v.  s.,  29  mars.  —  Lettres  d'Isabelle  de 
Craon  à  ses  officiers  deBriolay,  au  sujet  des  provisions  qu'elle 
cherche  à  faire,  pour  le  souper  qu'elle  doit  donner  le  jeudi 
suivant  au  roi  de  Sicile  (In  extenso,  p.  14,  de  Marchegay, 
Vingt  lettres  misswes  du  chartrier  de  Thouars^  extrait  du 
tome  XLV  de  la  Recrue  de  Bretagne). 

732.  -^  Le  testament  de  la  duchesse  d'Etampes,  ainsi  que 
son  codicile,  daté  de  Sens  7  mars  1388,  v.  s.,  ont  été  donnés 
in  extenso  dans  La  Reviie  nobiliaire^  XVII,  275-300. 

1.  Cet  acte  porte  un  exemplaire  du  sceau  figure  143. 


274  — 


734  (A).  —  1388,  v.  s.,  10  février.  —  Accord  en  Parle- 
ment dans  l'instance  entre  Tristan,  vicomte  de  Thouars,  et 
les  mandataires  de  la  châtellenie  de  Mauléon,  au  sujet  d'un 
subside  de  25  sous  tournois  par  feu  (A.  N.,  X^c  53^  42). 

742  (A).  —  1389,  12  novembre.  —  Lettres  par  lesquelles 
Isabelle  de  Craon  constitue  ses  procureurs  pour  traiter  avec 
Jean  de  la  Suze  (A.  N.,  X^c  59  b,  204). 

744.  —  Voici  une  analyse  de  cet  acte,  plus  exacte  que  celle 
de  dom  Fonteneau. 

1389,  10  décembre.  —  Accord  en  Parlement  entre  Isabelle 
de  Craon,  Guy  VI  de  la  Trémoïlle  et  Marie  de  Sully,  d'une 
part,  et  Jean  de  la  Suze,  de  l'autre,  au  sujet  de  la  possession 
de  Chantocé,  Ingrande,  Briolay  et  Pressigny  (A.  N.,  X^c  59  b^ 
203). 

745  (A).  —  1390,  30  juin.  —  Accord  en  Parlement  entre 
Isabelle  de  Craon,  Guillaume  II  et  Guy  VIII  de  la  Roche- 
foucaud,  au  sujet  de  la  terre  de  Champagne  en  Poitou  (A. 
N.,  XiceOb,  266). 

745  (B).  —  1390,  11  juillet.  —  Procès  entre  Tristan  et 
Pernelle,  d'une  part,  et  Jean  et  Henri  de  Chalon,  de  l'autre, 
au  sujet  du  douaire  de  la  veuve  d'Amaury  IV  (A.  N.,  X*^ 
1475,  86). 

747  (A)^.  —  1391,  27  juin.  —  Ratification  par  Pernelle  de 
l'accord  passé  le  13  février  1389  par  Tristan,  son  époux, 
avec  Florie  de  Linières  (A.  N.,  X^c  54  b^  295). 

747  (B).  —  1391,  22  août.  —  Accord  entre  Jean  de  Chalon 
et  Isabelle  de  Craon,  d'une  part,  et  le  duc  de  Berry,  de  l'au- 
tre, pour  mettre  à  néant  un  appel  (A.  N.,  X^c  ^3^  96). 

747  (C).  —  1391,  25  novembre,  Paris.  —  Jugé  du  Parle- 
ment dans  la  cause  de  Tristan  contre  Jean  et  Henri  de  Cha- 
lon, au  sujet  des  droits  d'usufruit  de  Pernelle  sur  le  Bois- 
Pouvreau  et  autres  terres  (A.  N.,  X*^  39,  f.  142). 

74^  (A).  —  1391,  V.  s.,  14  janvier.  —  Accord  entre  Tristan 


—  275  — 

et  Pernelle,  d'une  part,  Isabelle  de  Craon,  Jean  de  (^halon, 
Guy  VI  de  la  Trémoïlie,  Marie  de  Sully  et  Henri  de  Clialon, 
de  l'autre,  au  sujet  des  droits  de  rachat  sur  Sainte  Hermine 

(A.  N.,  Xic64%  26). 

748  (B).  —  1392,  29  février.  —  Engagement  pris  par 
Pernelle  de  rendre  à  l'évêque  d'Angoulême  foi  et  hommage 
pour  Montignac,  Touriers  et  Laumont*  (Note  de  Sénemaud, 
Evêchè  d'Angoulême,  p.  21  et  38). 

748  (C).  —  1392,  7  mai.  —  Accord  entre  maître  Laurent 
Sureau,  procureur  au  Parlement,  d'une  part,  Tristan  et  Per- 
nelle, de  l'autre,  au  sujet  de  la  propriété  d'une  maison,  avec 
cour  et  jardin,  sise  rue  de  la  Huchette,  à  Paris  (A.  N.,  X^c 
64  b,   190). 

748  (D).  —  1392,  27  juin.  —  Homologation  par  le  Parle- 
ment d'un  accord  passé  le  13  février  1389,  v.  s.,  entre  Tris- 
tan et  Florie  de  Linières^  au  sujet  de  certains  droits  (A.  N., 
Xic64b,  292). 

749  (A).  —  1392,  3  août,  Paris.  —  Arrêt  de  Parlement 
dans  la  cause  de  Tristan  et  Pernelle  conft-e  le  couvent  d'Or- 
bestier  (A.  N.,  X*^  39,  240). 

751  (A).  —  1392,  7  septembre.  —  Accord  entre  Jean  Che- 
nille et  Jean  de  Montenon,  d'une  part,  et  Isabelle  de  Craon, 
de  l'autre,  pour  annuler  un  appel  (A.  N.,  X^c  65*,  108). 

752  (A).  —  1392,  9  novembre,  au  Louvre.  —  Arrêt  pro- 
noncé en  présence  du  roi,  dans  la  cause  de  Pernelle  et  de 
Pierre  d'Amboise  contre  Philippe  et  Jeanne  d'Artois  (A.  N., 

X**  39,  257). 

756  (A).  —  1393,  13  mai,  Paris.  —  Arrêt  dans  la  cause  de 


1.  Montignac  était  entré  dans  le  domaine  de  Pernelle  par  un 
échange  avec  messire  Bureau  de  la  Rivière  qui  avait  reçu  le  châ- 
teau de  Saint-Maurice  et  Coria  (Op.  cit.,  p.  21). 

2.  Le  sceau  de  F'iorie  se  trouve  à  X^c  65',  98. 


—  â76  - 

Guillaume  Larchevêque  contre  Tristan  Rouhaut  et  Pernelle 
(A.  N.,  X*«  40,  341). 

756  (B).  —  1393,  18  juillet,  Paris.  —  Arrêt  du  Parlement 
dans  la  cause  entre  Pernelle  et  Isabelle,  sur  l'exécution  d'un 
arrêt  du  25  novembre  1391,   relatif  au  douaire  de   Pernelle 

(A.  N.,  X^^  40,  245). 

757  (A).  —  1393,  v.  s.,  5  janvier,  Paris.  —  Arrêt  du  Parle- 
ment dans  la  cause  intentée  par  Guillaume  de  Savigny,  bour- 
geois de  la  Rochelle,  à  la  vicomtesse  de  Thouars  (A.  N.,  X^^ 
41,  123). 

758  (A).  —  1394,  24  septembre.  —  Quittance  de  Hugues 
Guingant  de  90  francs  d'or  à  lui  dus  pour  avoir,  avec  Alain 
de  Beaumont,  été  prendre  possession  de  Sablé,  au  nom 
du  duc  Louis  d'Orléans  {Arch.  de  la  Sarthe^  E,  271,  49). 

758  (B).  —  1394,  24  septembre.  —  Lettres  de  Louis,  duc 
d'Orléans,  ayant  récemment  acquis  Sablé  de  la  duchesse 
d'Anjou,  donnant  pouvoir  à  Alain  de  Beaumont  et  à  Hugues 
Guingant  d'en  prendre  possession  et  recevoir  les  titres  en 
son  nom  [Arch.  de  ta  Sarthe^  E  272,  9). 

758  (G).  —.1394,  15  octobre.  —  Quittance  d'Alain  de  Beau- 
mont de  100  livres  à  lui  ordonnées  par  mandement  du  11  oc- 
tobre 1394*  pour  avoir  pris  possession  de  Sablé  au  nom  du 
duc  d'Orléans  (B.  N.,  français,  6210,  189). 

758  (D). —  1395,  31  mai.  —  Certificat  de  Guillaume  Ri- 
chier  déclarant  que  la  terre  de  Saint-Germain,  près  Daume- 
ray,  sur  laquelle  le  duc  d'Orléans  adroit  d'exercer  sonrachat, 
par  suite  du  décès  de  madame  de  Craon,  ne  vaut  que  40  ou 
50  livres  tournois  de  rente  [Arch.  de  la  Sarthe,  E  271,  68). 

766  (A).  —  1396,  27  novembre.  —  Accord  entre  Isabelle  de 
Craon  et  les  habitants  du  plat  pays  (A.  N.,  X**^  60). 

766(B).  —  1396,  V.  s.,  23  janvier,   Paris.   —  Lettres  par 
1.  Ce  mandement  figure  au  même  registre,  folio  190. 


-  277  - 

lesquelles  Charles  VI  avise  les  généraux  maîtres  des  mon- 
naies que  Pierre  Vallée,  garde  de  la  monnaie  à  Troyes*, 
a  été  envoyé  à  Venise  afin  d'y  négocier  le  rachat  de  Guy  VI 
de  la  TrémoïUe,  du  maréchal  de  Bourgogne,  de  Régnier  Pot 
et  des  autres  captifs  des  Turcs  (Ordonnances  du  Loin>re^ 
VIII,  120,  et  de  Saulcy,  Documents  monétaires^  II,  98). 

769  (A).  —  1397,  14  juillet,  Paris.  —  Arrêt  dans  l'instance 
de  Jean  de  Nesle  et  Marguerite  de  Vodenayo  contre  Guy  Vï 
de  la  TrémoïUe  (A.  N.,  X*'^  44,  f.  184). 

773  (A).  —  1398,  22  juin.  —  Lettres  par  lesquelles  Char- 
les VI  mande  aux  généraux  des  monnaies  que  Pierre  Vallée, 
garde  de  la  monnaie  de  Troyes',  envoyé  par  lui  à  Rhodes 
pour  y  chercher  le  corps  de  Guy  VI  de  la  TrémoïUe,  doit  être 
remplacé  temporairement  (De  Saulcy,  Documents  monétai- 
res, II,  102). 

774  (A).  —  1398,  20  mai.  —  Quittance  d'Alain  de  Beau- 
mont  de  tous  ses  gages  jusqu'au  29  avril  1398,  date  où 
Pierre  de  Burnon  prit  possession  de  Sablé,  au  nom  de  la 
reine  de  Jérusalem  et  de  Sicile  (B.  N.,  français^  6210,  210). 

794  (A).  —  1406,  17  septembre  —  Lettres  de  Charles  VI 
dans  l'instance  de  cinquante -deux  paroisses  de  la  banlieue 
de  Craon  contre  leur  curés  au   sujet  du  prix  des  funérailles 

(A.  N.,  X*«  54,  193). 

794  (B).  —  1407,  23  juin.  —  Arrêt  de  Parlement  dans  la 
cause  des  cinquante-deux  paroisses  du  Craonnais  contre  leur 
curés  au  sujet  du  prix  des  funérailles  (A.  N.,  X*^  54,  193). 


XIV-XV  (^812-937)       BRANCHE    DE    LA    SUZE  1317-1432. 

812.  —  Lire  ainsi  la  date  :  1317,  v.  s.,  15  avril. 


1.  En  conséquence  de  ces  lettres,  Pierre  Vallée  fut  mis  en 
congé  et  Michaud  Legras  lui  fut  donné  pour  lieutenant  (Mêmes 
sources). 

2.  Jean  Matron.  le  22  juin  1393,  fut  nommé  Heutenant  de  Pierre 
Vallée. 


—  278  — 

829  (A).  —  1359,  8  décembre,  Saumur.  —  Acte  par  lequel 
est  établie  l'aide  extraordinaire  à  laquelle  consentent  les 
marchands  de  Saumur  pour  aider  à  la  rançon  de  Pierre  de 
Craon*  (Mantellier,  Marchands  de  la  Loire^  III,  790). 

836.  —  On  donne  ici,  figure  208,  la  reproduction  du  des- 
sin de  Gaignières  du  sceau  de  Pierre  de  Craon  attaché  à  ce 
document  ;  lequel  avait  été  simplement  décrit  ci- dessus,  V, 
260. 


208.  —  Sceau  de  Pierre  de  la  Suze,  1370. 

838  (A).  —  1381,  6  juillet,  Paris.  —  Mandement  dans  l'ins- 
tance entre  Jean  Bernier,  seigneur  de  Rambouillet,  et  Pierre 
de  la  Suze,  au  sujet  d'usages  dans  les  bois  de  Houssaye  (A. 

N.,  X^^  31,  67). 

840  (A).  —  1383,  7  septembre.  —  Accord  entre  madame  de 
la  Suze,  dame  des  Essarts,  et  Guillaume  Bernier,  seigneur 
de  Rambouillet,  par  lequel  ce  dernier  obtient  délai  pour  ren- 
dre hommage  (A.  N.,  X*%  47  b,  94). 

841  (A).  —  1385,  26  juillet.  —  Contrat  de  mariage  de  Jean 
de  la  Suze  avec  Béatrix  de  Rochefort,  par  lequel  il  fut  pro- 
mis à  ladite  Béatrix  cinq  cents  livres  de  rente  (Note,  B.  N., 
français  22331,  127). 

843  (A).  —  1388,  9  septembre.  —  Accord  entre  l'abbaye  de 
Saint-Denis  et  Jean  de  la  Suze,  au  sujet  de  diverses  rentes^ 

(A.  N.,X*<^57,  99). 

1.  Une  faute  évidente  de  lecture  a  transformé  de  Craon  en 
Decorz. 

2.  Il  ne  reste  plus  que  la  moitié  droite  de  cette  pièce. 


-  279  - 

843  (B).  —  1388,  12  novembre.  —  Lettres  par  lesquelles 
Jean  de  la  Suze,  chevalier,  et  Béatrix  de  Rochefort,  son 
épouse,  constituent  procureurs  pour  leur  litige  avec  Guil- 
laume de  Hambye  (A.  N.,  X*^  57,  164). 

843  (G).  —  1388,  mardi  15  décembre.  —  Accord  entre 
Guillaume  Paynel,  seigneur  de  Hambye,  et  Jeanne  Paynel, 
son  épouse,  veuve  de  Jean  d'Avaugour,  d'une  part,  et  Jean 
de  la  Suze  et  sa  femme,  de  l'autre,  au  sujet  du  douaire  de 
Jeanne  lequel,  aux  termes  de  son  contrat  du  6  juin  1360,  de- 
vait consister  dans  la  propriété  de  Saint  Aubin  Fosse  Lou- 
vain,  avec  500  livres  de  rente.  Ce  douaire,  qui  avait  été  vai- 
nement réclamé  à  Charles  de  Dinan  et  à  sa  femme,  héritière 
de  Jean  d'Avaugour,  devait  être  fourni  par  la  femme  de  Jean 
de  la  Suze,  fille  de  cette  dernière  (A.  N.,  X*'^  57,  163). 

843  (D).  —  1389,  11  mai.  —  Accord  en  Parlement  entre  le 
sire  de  Hambye  et  Jean  de  la  Suze  au  sujet  de  Saint  Aubin 
Fosse  Louvain  sur  lequel  le  sire  de  Hambye  avait  des  droits, 
à  cause  du  douaire  de  sa  femme,  veuve  du  sire  d'Avaugour 

(A.  N.,  X^^  58  b,  200). 

843  (E).  —  1389,  18  juin.  —  Accord  de  Jean  de  la  Suze 
avec  le  duc  d'Anjou  (A.  N.,  X*''  58). 

850  (A).  —  1394,  22  août,  Paris.  —  Jugé  du  Parlement 
dans  la  cause  entre  Bertrand  de  la  Haye  et  Catherine  de  Ma- 
checoul(A.N.,X'^41,  403). 

860  (A).  —  1400,  8  mai.  —  Jugé  du  Parlement  dans  l'ins- 
tance de  Catherine  de  Machecoul  contre  Jean   Aménard  fA. 

N.,  X*«  47,  255). 

870  (A).  —  1402,  3  août.  —  Aveu  fait  à  Catherine  de 
Machecoul  par  Jean  des  Bretesche,  pour  Mauluisson  en  Saint 
Hilaire  de  Challeren  (Note  B.  N.,  français,  22331,  653). 

871  (A).  —  1402.  —  Accord  entre  Jean,  sire  de  Rochefort, 
de  Rieux  et  d'Ancenis  et  Jeanne,  sa  femme,  d'une  part  et 
Jean  de  la  Suze,  de  l'autre,  au  sujet  des  droits  sur  la  rivière 
de  Loire  (Note,  B.  N.,  français,  22331,  158). 


876  (A).  —  1405,  Y.  s.,  23  janvier.  —  Arrêt  du  Parlement 
dans  la  cause  de  Foulques  de  Courtarvel  contre  Olivier  de 
Prez,  ayant  le  bail  des  enfants  de  Guillaume,  seigneur  de 
Sillé,  et  de  Pernelle  de  Coesmes,  son  épouse,  au  sujet  de 
l'hommage  de  la  Bouffayère  (A.  N.,  X*^  53,  46). 

894  (A).  —  1409,  V.  s.,  6  mars.  —  Accord  entre  Catherine 
de  Macliecoul  et  Miles  de  Thouars,  au  sujet  de  trois  cents 
livres  sur  l'île  de  Boing  (A.  N.,  X'*^  57,  99). 

894  (B).  —  1409,  V.  s.,  19  mars.  —  Jugé  par  le  Parlement 
dans  la  cause  du  monastère  de  Saint  Jean  en  Laudunois,  con- 
tre Jean  de  la  Suze  (A.  N.,  X^-''  57,  224). 

902  (A).  —  1412,  V.  s.,  21  mars,  Paris.  —  Mandement  de 
Charles  VI  dans  I9  cause  intentée  par  les  marchands  fré- 
quentant la  Loire  à  Jean  de  la  Suze  (In  extenso  dans  Mante- 
lier.  Histoire  de  la  communauté  des  marchands  fréquen- 
tant la  Loire,  III,  n°  784). 

902  (B).  —  1413,  30  juin,  Paris.  —  Lettres  de  Guillaume 
de  Villiers  certifiant  la  notification  faite  par  lui  à  Jean  de  la 
Suze  du  mandement  royal  du  11  mars  1412*  (Mantellier, 
Marchands....  de  la  Loire.,  III,  n°  785). 

910  (A).  —  1415,  20  juillet.  —  Arrêt  du  Parlement  dans  la 
cause  entre  les  marchands  fréquentant  la  Loire  et  Jean  de  la 
Suze  (A.  N.,X*«60,  379). 

911  (A),  —  1415,  29  septembre.  —  Mandement  de  Guy  de 
Laval  Retz  à  son  receveur  de  Macheooul  (Marchegay,  Lettres 
du  X  F®  siècle,  P-  ^)- 

913  (A).  —  14291  —   Contrat  de  mariage  de   Jean  de  la 


1.  Un  arrêt  du  7  septembre  1448  donne  le  tarif  fixé  par  le  Parle- 
ment pour  le  péage  de  Chantocé  (Ibid,  786). 

2.  Telle  est  la  date  donnée  par  le  manuscrit  ;  mais  elle  est 
sans  doute  erronée,  car  Jean  était  veuf  depuis  1415,  Anne  depuis 
1418  et  il  est  peu  probable  qu'ils  ayent  attendu  onze  ans  avant  de 
se  marier.  La  date  véritable  ne  serait-elle  pas  1419  ? 


fc 


-  i81  - 

Suze  avec  Anne  de  Sillé,  veuve  de  Jean  de  Montjean  (Note» 
B.  N.,  français,  22331,  419). 

924  (A).  —  1423,  14  juin,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
Henri  V  fait  don  à  Jean  de  Montgommery  d' Ambrières  et  de 
Saint-Aubin-Fosse-Louvain,  contisqués  sur  Jean  de  Graon 
(A.  N.,  JJ 172, 134,  d'après  M.  l'abbé  Ledru,  Union  du  Maine, 

I,  275). 

924  (B).  —  1423,  20  juin,  1"  juillet.  —  Actes  du  Parlennent 
dans  l'instance  que  Jacques  Meschin,  époux  de  Béatrix  de 
Montjean,  belle-mère  de  Gilles  de  Retz,  avait  intentée  à  Jean 
de  Craon,  Gilles  de  Retz,  Jean  de  Volvire  et  maître  Nicolas 
Maignan*  (A.  N.,  X*^  9197  216,  218  et  222,  indiqué  par  M. 
l'abbé  Ledru  dans  V  Union  du  Maine,  I,  274). 

925  (A).  —  1425.  —  Note  sur  la  prise  de  Sillé-le-Guillau- 
me.  —  «  Les  Anglais  en  1425,  s'étant  emparés  du  château  de 
Sillé- le-Guillaume,  appartenant  à  Jean  de  Craon,  seigneur  de 
la  Siize,  il  représenta  à  Arthur,  fils  du  duc  de  Bretagne, 
comte  de  Richemont,  connétable  de  France,  que  c'était  par 

la  faute  d'Olivier  le  Forestier,    lieutenant  de »  (B.  N., 

français,  22333,  446). 

926  (A).  —  1427,  21  juillet.  —  Lettres  par  lesquelles  Gilles 
de  Retz  et  Catherine  de  Thouars  s'engagent  à  payer  à  l'ab- 
baye de  la  Grenetière  50  livres  et  50  setiers  de  seigle,  que 
feue  Marie  de  Thouars,  sœur  de  Catherine,  leur  avait  légués 
(Dom  Fonteneau,  IX,  299). 

926  (B).  —  1428,  8  avril,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 
le  duc  de  Bedford  autorise  Jean  de  Montgommery  à  vendre 
au  sire  des  Scalles,  Ambrières  et  Saint-Aubin-Fosse-Louvain 
(A.  N.,  174,  56  et  79  d'après  M.  Tabbé  Ledru  dans  VUnion 
du  Maine,  I,  275). 

926  (C).  —  1428,  30  juin,  Paris.  —  Lettres  par  lesquelles 

1.  Miles  II  de  Thouars  étant  mort  en  1421,  Béatrix,  sa  veuve, 
avait  épousé  en  secondes  noces  Jacques  Meschin,  après  avoir 
reçu  comme  douaire  Tifîauges  et  Beaurepaire,  îiuxquels  on  l'a- 
vait contraint  depuis  à  renoncer  par  diverses  violences. 


--    282  — 

Henry  VI  donne  à  Colard  de  Mailly  un  droit  de  vinage  en 
Laonnois,  confisqué  par  lui  sur  le  sire  de  la  Suze  (abbé 
Ledru,  Maison  de  Mailly ^  preu^^es,  180). 

926  (D).  —  1429,  8  avril,  Chinon.  —  Acte  par  lequel  Gilles 
de  Retz  s'engage  à  une  fidélité  inviolable  envers  Georges  de 
la  Trémoille  (In  extenso,  les  La  Trémoille^  I,  183). 

928  (A).  —  1443,  22  avril.  —  Lettres  par  lesquelles  Char- 
les VIT  accorde  à  Charles  de  Coëtivy,  la  propriété  des  biens 
confisqués  sur  Gilles  de  Retz  (Copie  in  extenso,  B.  N.,  fran- 
çais 22333,  25). 

929  (A).  —  1443,  28  août,  Chinon.  —  Lettres  par  lesquel- 
les Charles  VII  confisque  Chantocé  et  Ingrande  sur  Gilles 
de  Bretagne  et  les  donne  à  l'amiral  de  Coëtivy  (Copie  B.  N., 
français  22333,  33). 


BRANCHE   DE   SAINTE-MAURE 


XVI-XVII  (935^121 


1318-1415. 


981.  —  A  la  note  1,  effacer  le  dernier  membre  de  phrase. 
Il  est  en  effet  certain  désormais  que  Jeanne  de  Montbazon, 
en  premières  noces  avait  épousé  Simon  de  Vendôme.  Voir 
le  document  1012  (A),  découvert  après  l'impression  de  ce  qui 
est  relatif  à  Guillaume  IL 


991. —  Cette  montre  d'Olivier  de  Mauny  a  été  imprimée 
in  extenso  à  la  page  369  de  V Histoire  de  du  Guesclin  de  Hay 
du  Chdtelet. 

1000  (A).  —  1374,  10  août,  Agen.  —  Mandement  de  du 
Guesclin  pour  les  gages  d'Hervé  de  Mauny  (Hay  du  Châtelet, 
H.  de  du  Guesclin,  p.  384). 

1000  (B).  —  1374,  26  octobre.  —  Remise  d'amende  à 
Amaury  de  Craon,  Guillaume  de  Vardes  et  autres,  chanoines 
de  Paris  (Note  de  l'analyse  du  Mémorial  de  la  Chambre  des 
Comptes  (Note,  A.  N.,  PP  109,  497). 


-  283  — 

1001  (A).  —  1375,  19  mai,  Rennes.  —  Lettres  de  du  Gues- 
clin  au  profit  des  moines  de  Saint-Melaine  :  l'acte  est  con- 
tresigné par  le  sire  de  Torigni  (B.  N.,  français  22325,  105). 

1009  (A).  —  1378,  octobre.  —  Lettres  par  lesquelles  Jean 
de  Hangest*  approuve  la  vente  au  roi  de  157  livres  de  rente 
sur  la  recette  de  Ponthieu,  faite  par  Marguerite  de  Picqui- 
gny,  sa  tante  (A.  N.,  J  136,  58). 

1010  (A).  —  1379,  14  mai.  —  Arbitrage  entre  le  comte  de 
Dammartin,  seigneur  de  Mondoubleau,  et  Guillaume  I  de 
Craon  sur  le  fief  de  Moteux  ;  les  arbitres  sont  :  Simon  comte 
de  Braine  et  Pierre  de  Villiers,  grand  maître  d'hôtel  du  roi, 
Guillaume  I  avait  acheté  le  Moteux  du  sire  d'Amboise  (A. 
N.,  P  984,  sous  la  date  du  18  janvier  1461,  v.  s.,  communiqué 
par  M.  le  vicomte  d'Elbenne). 

1012  (A).  —  1379,  7  octobre,  Pontorson.  —  Lettres  par 
lesquelles  Jean  de  Bourbon,  comte  de  la  Marche,  de  Ven- 
dôme et  de  Castres,  afin  de  régler  à  Jeanne  de  Montbazon, 
veuve  de  Simon  de  Vendôme,  remariée  à  Guillaume  II  de 
Craon,  le  douaire  de  1500  livres  de  rente  auquel  elle  avait 
droit,  lui  donne  une  somme  de  4500  livres  et  la  propriété  de 
l'hôtel  de  la  Masequière  à  Tours*  (A.  N.,  X**^  40^  31). 

1015.  —  Lire  Toigné  au  lieu  de  Cognée  ;  voir  le  numéro 
1031  (A),  où  la  lecture  n'est  pas  douteuse. 

1021.  —  Voir  le  numéro  1035  (A)  qui  montre  que  Olivier 
du  Guesclin  ne  ratifia  pas  sans  difliculté  cet  abandon  de 
Villers-Bocage.  Voir  aussi  aux  Archives  les  numéros  299  à 
303  de  X'*^  50*^  qui  contiennent  les  ratifications  d'Olivier,  pour 
les  dons  faits  à  Olivier  et  Alain  de  Mauny. 

1 .  Jean  était  fils  d'un  autre  Jean  et  de  Marie  de  Picquigny. 
L'acte  de  vente  ainsi  ratifié  est  du  mois  d'octobre  1375  (J  236,  59). 

2.  Cet  accord,  qui  fut  enregistré  au  Parlement  le  9  février 
1380,  v.  s.,  ne  laisse  aucun  doute  sur  l'alliance  de  Simon  de 
Vendôme  avec  Jeanne  de  Montbazon,  alliance  ignorée  des  histo- 
riens Vendômois  et  du  P.  Anselme. 


—  284  - 

1025  (A).  —  1382,  4  juin.  —  Acte  dans  l'instance  entre 
Guillaume  I  et  Jeanne  d'Ussé,  dame  de  Montjean,  bail  de  ses 
enfants  (A.  N.,  X*'^  44%  173,  174). 

1027  (A).  —  1383,  23  mai.  —  Accord  entre  Catherine  de 
Machecoul  et  Guillaume  I,  ancien  chambellan  du  roi,  annu- 
lant certains  actes  de  procédure,  dans  une  instance  commen- 
cée par  Louis  de  Machecoul  (A.  N.,  X*%  48  b,  251). 

1031  (A).  —  1383,  V.  s.,  16  mars.  —  Accord  entre  Guil- 
laume I  de  Craon  et  Robert  Pezas,  au  sujet  de  la  terre  de 
Thoigné,  qui  avait  été  vendue  à  Hervé  de  Mauny  ;  Foul- 
ques Riboul,  chevalier,  seigneur  d'Assé,  et  Gilbert  Buton, 
chevalier,  sont  désignés  comme  experts  par  les  parties*  (A. 
N.,  X»«48%  131). 

1033  (A).  —  1384,  4  août.  —  Accord  en  Parlement  entre 
Guillaume  1  et  le  chapitre  de  Saint  Hilaire  le  Grand  de  Poi- 
tiers, au  sujet  de  la  juridiction  de  Frontenay  (A.  N.,  X**^  49^, 
87). 

1035  (A).  —  1385,  19  mai.  —  Accord  en  Parlement  par 
lequel  Olivier  du  Guesclin  ratifie  la  cession  de  Villers  Bo- 
cage, faite  par  Bertrand  du  Guesclin  à  Hervé  de  Mauny  (A. 
N.,  X*^  50%  301,  303). 

1055  (A).  —  1389,  V.  s.,  21  mars.  —  Accord  entre  le  comte 
d'Alençon  et  Guillaume  H  au  sujet  de  la  rente  constituée  par 
Renaud  de  Montbazon  pour  payer  sa  rançon  (A.  N.,  X^'^BO, 
121). 

1063  (A).  —  1393,  14  août.  —  Accord  en  Parlement  entre 
Pierre  de  la  Roche-Rousse,  sire  de  Pocé  et  Jacques  de  Mont- 
bron,  ayant  le  bail  du  sire  de  Maulevrier  sur  l'instance  pen- 
dante entre  eux  au  sujet  d'actes  commis  par  Béatrix  de  Çraon 
à  l'époque  où  elle  avait  le  bail  de  son  fils'  (A.  N.,  X*^  67%  89). 

1.  Voir  le  N»  1015  où  il  fauthre  Toigné  au  lieu  de  Cognée. 

2.  Cet  acte  montre,  contre  M.  Port,  qu'en  1393  ce  n'est  pas 
François  de  Montbron  qui  était  bail  de  Jean  de  Maulevrier 
(Voir  ci-dessus,  VL  133). 


-  m  - 

1072.  —  Le  texte  de  ces  lettres  se  trouve  in  extenso  dans 
le  Bulletin  de  la  société  Danoise  (VI,  412-415). 

1085  (A).  —  1400,  l^-^  mai.  —  Numéro  1327  du  Cartulaire. 
—  Jean  de  Montbazon  reçoit  une  houppelande  de  Charles  VI. 

1098  (A).  —  1405,  1«^  août.  —  Arrêt  du  Parlement  dans  la 
cause  d'Hervé  de  Mauny  et  de  Jean  de  Paverais,  contre  An- 
dré Ysnart  (A.  N.,  X*«  52,  257). 

1119  (A).  —  1412,  29  avril,  Orléans.  —  Lettres  par  les- 
quelles Charles,  duc  d'Orléans,  donne  à  Jean  de  Craon 
Montbazon,  son  chambellan,  le  quint  qui  lui  appartient  de  la 
terre  de  Jarnac-sur-Champagne  (Note,  B.  N.,  Lancelot,  39, 
13). 

1124  (A).  —  Vers  1414.  —  Mention  de  l'institution  de  Jean 
de  Craon  Montbazon  comme  bailli  de  Touraine  (Note,  A.  N., 
PP  110,  70). 


XVIII  (1212-1386)    RAMEAU  DE   LA   FERTÉ-BERNARD    1345-1415. 

1213  (A).  —  1368,  V.  s.,  5  mars.  —  Accord  devant  le  bailli 
de  Vermandois  entre  Pierre  de  Craon  et  les  habitants  de 
Laon,  d'où  résulte  pour  ceux-ci  l'affranchissement  du  droit 
de  vinage  dans  certains  lieux  (Archives  de  la  ville  de  Laon, 

AA7). 

1213  (B).  —  1368,  V.  s.,  mars.  —  Charte  par  laquelle  le 
bailli  de  Vermandois  constate  que  Pierre  de  Craon  a  re- 
connu la  franchise  de  vinage  des  habitants  de  Laon  dans 
certains  lieux  (Archives  de  Laon,  AA  7). 

1252  (A).  —  1389,  v.  s.,  8  mars.  —  Accord  en  Parlement 
entre  Pierre  de  la  Ferté-Bernard,  Jeanne  de  Châtillon,  Jean 
de  Craon,  vidame  de  Laonnois,  et  Marie,  sa  femme,  d'une 
part,  et  Robert  et  Jean  de  Béthune,  de  l'autre,  au  sujet  de 
l'héritage  de  Coucy  (A.  N.,  X*^  60,  89). 

1315.  —  Notice  à  supprimer.  Voir  1252  (A). 

19 


_  286  — 

XIX  (1387-1454)  RAMEAU    DE    DOMART  .'  45-1480. 

1402  (A).  —  1389,  V.  s.,  8  mars.  —  Numéro  1252  (A). 

1402  (B).  —  1389-90.  —  Quittance  des  sommes  dues  à  un 
sergent,  pour  exploit  fait  contre  Jean  de  Craon  et  les  habi- 
tants de  Clacy,  à  cause  de  la  pêche,  faite  aux  fossés  Guédon 
(Arch.  de  la  ville  de  Laon,  GC  309). 

NOTES    ET    ERRATA^ 

Tome  II,  p.  600.  —  Lire  Foulques  de  Mathefelon  au  lieu 
de  Hugues. 

P.  613-614.  —  Il  y  a  lieu  de  substituer  1053  à  1054  ;  puis 
d'ajouter  aux  péripéties  de  la  lutte  entre  la  Trinité  et  Saint- 
Aubin,  la  sentence  rendue  à  Rome  en  1060  (n«  15  (A)  du 
Cartulaire)  et  de  dater  du  l*"*  avril  1068  celle  du  n°  30  du  Car- 
tulaire. 

Quant  à  la  forfaiture  de  la  maison  de  Graon,  il  faut  tenir 
compte  de  l'acte  de  l'évêque  Eusèbe,  découvert  par  M.  l'abbé 
Métais,  et  qu'on  trouvera  in  extenso  sous  le  numéro  7  (A)  du 
Cartulaire. 

P.  616,  au  titre.  —  Rétablir  les  véritables  dates  :  vers  1050, 
vers  1098. 

P.  620.  —  Faire  passer  Geoffroy  après  Renaud.  L'acte  16 
(A),  publié  dans  les  additions  au  Cartulaire,  le  seul  qui  éta- 
blisse son  existence,  montre  en  même  temps  qu'il  n'était  que 
le  second  des  fils  de  Robert. 

P.  622,  note.  —  Le  Renaud  en  question  est  bien  plutôt 
seigneur  de  Ghâteau  Renaud  (voir  la  charte  153  du  Cartulaire 
de  Marmoutier  pour  le  Blésois,  où  figure  deux  fois  un 
Rainaldus  de  Castello  ;  or  l'acte  dont  il  est  ici  question  fut 
passé  à  Ghâteau- Renaud). 

1.  Afin  de  donner  ici  tout  ce  que  nous  avons  découvert  jusqu'au 
dernier  jour  de  nos  recherches,  nous  groupons  sous  ce  titre  les 
points  établis  par  nous  postérieurement  à  rimpressiqn  du  texte. 


-  -287   - 

T.  II,  P.  651,  2*  alinéa.  —  Hugues  ne  fut  pas  l'unique  enfant 
de  Maurice  I  et  d'Etiennette  ou  Théophanie  de  Chantocé.  Un 
acte,  connu  seulement  par  une  note  d'une  chronique  de 
Poitou  et  d'Aquitaine,  révèle  l'existence  d'une  fille  de  Mau- 
rice I,  appelée  comme  sa  mère  Théophanie,  surnommée  la 
Bourguignonne,  laquelle  eut  pour  époux  Hugues  du  Puy  du 
Fou,  grand  chambrier  de  Louis  VI  et  de  Louis  VII,  fils  de 
Guillaume,  donné  comme  grand  chambrier  de  Philippe  I,  et 
d'une  nommée  Agnès.  Elle  eut  deux  fils,  Hugues  et  Renaud. 
(Voir  Cartulaire,  nM15  (A). 

Tome  III,  p.  81.  —  La  figure  25  représente  le  blason 
d'Auvergne  ;  elle  a  été  donnée  de  nouveau  sous  le  numéro  92. 

P.  88.  —  Les  biens  situés  à  Craon  et  qu'Avoise  avait  ap- 
portés en  dot  à  Guy  VI  de  Laval,  furent  assignés  en  septembre 
1239  à  sa  petite  fille  Avoise  de  Laval,  lors  de  son  mariage 
avec  Jacques  de  Château-Gontier.  (Voir  le  contrat  dans  le 
Sablé  de  Ménage,  p.  348). 


209-210. 


Sceau  de  la  cour  de  Sablé  au  XIV"  siècle,  accompagné  du 
contre-sceau  du  Xlir  siècle. 


P.  208,  note  2.  —  L'original  de  l'acte  passé  par  Geoffroy 
de  Cornillé,  à  l'époque  où  Robert  IV  de  Sablé  était  déjà 
grand  maître  du  Temple,  appartient  à  M.  l'abbé  Ledru,  qui 
possède  également  un  acte  de  Robert  IV,  revêtu  de  l'approba- 
tion de  son  fils  Geoffroy. 

P.  214.  —  La  figure  47  représente  probablement  le  sceau 
de  la  collection  Mordret,  mentionné  par  M.  Port  dans  son 
Dictionnaire,  t.  II,  p.  741. 

P.  215,  figure  49.  —  Il  est  curieux  de  rapprocher  du  contre 


-  288  — 

sceau  de  Marguerite  de  Sablé  celui  de  la  cour  de  Sablé,  qui 
est  son  contemporain,  figure  210.  Sur  l'un,  comme  sur  l'au- 
tre, comme  sur  le  sceau  gravé  au  siècle  suivant,  l'aigle  est 
contournée,  ce  qui  semble  exclure  toute  erreur  dans  sa  posi- 
tion commise  par  le  graveur.  Ce  contre- sceau  servait  encore 
plus  de  cent  ans  après  avoir  été  gravé,  comme  le  prouve  l'em- 
preinte détachée  appartenant  au  cabinet  de  M.  le  duc  de  la 
Trémoïlle  et  dessinée  ici.  Dans  le  sceau,  de  0,04,  gravé  au 
XIV®  siècle,  figure,  entre  un  croissant  et  une  étoile  à  huit 
pointes,  un  écu  parti  de  Craon  et  de  Sablé ^  reproduction  d'un 
type  plus  ancien.  L'aigle  se  présente  sous  une  forme  archaï- 
que et  irrégulière  très  rapprochée  de  celle  de  l'aigle,  qui  a 
pris  place  sur  la  cote  de  mailles  de  Geoffroy  de  Sablé  ;  en 
outre,  il  semble  couronné.  La  légende  porte  :  •!•  s.  cur.... 
DE  sABOLio.  Sur  le  contre-sceau  l'écu  est  dans  un  grenetis  ; 
de  la  légende  on  ne  lit  plus  que  :  ^  s.  curie  d....  lio. 

T.  III,  P.  220,  ligne  21.  —  Substituer  au  mot  aînée  le  mot 
unique.  Le  texte  du  Chronicon  semble  établir  qu'en  1323 
Amaury  I  n'avait  qu'une  fille,  laquelle  était  dans  l'âge  le  plus 
tendre. 

P.  226,  ligne  15.  —  Isabelle  naquit  après  1223,  puisque 
lors  de  son  engagement  avec  Pierre  Mauclerc,  Amaury  n'a- 
vait qu'une  seule  fille,  dont  il  s'engageait  à  donner  la  main  à 
Arthur,  fils  de  son  vainqueur. 

P.  226,  ligne  9.  —  Jeanne  des  Roches  ne  vivait  plus  en 
février  1241,  époque  où  Raoul  de  Fougères  traitait  avec  Saint- 
Louis  du  rachat  de  Sablé  et  Châteauneuf /"Laz/e/Zes,  n^  2897). 

P.  228,  ligne  8.  —  Le  numéro  146  des  sceaux  du  tome  I  de 
dom  Morice  est  le  sceau  de  Jean  de  Bodégat. 

P.  424,  troisième  alinéa.  —  C'est  Raoul  de  Fougères  qui, 
lors  du  décès  de  Jeanne  des  Roches,  se  trouva  bail  de  Mau- 
rice IV.  (Voir  aux  Layettes.,  sous  le  n°  2897,  l'acte  de  février 
1241). 

P.  427,  ligne  19.  —  Le  mariage  de  Hugues  XII  de  la 
Marche  avec  Jeanne  de  Fougères  est  du  29  janvier  1254,  com- 
me le  prouve  une  charte  de  l'abbaye  de  Savigny,  du  7  juillet 
1253,  par  laquelle  elle  choisissait  sa  sépulture  dans  cette  ab- 
baye. 

P.  550,  figure  90.  —  A  côté  du  sceau  de  Mahaud  de  Ma- 
lines,  il  faut  placer  le  sceau  des  causes  de  Sablé,  qui  est  son 


—  289  - 

contemporain,  figure  211-212.  C'est  un  sceau  rond  de  0,038, 
où  figure  le  blason  de  Mahaud  de  Malines  :  parti  de  Craon 
et  de  Malines.  De  la  légende  on  ne  lit  plus  que  :  ....  ie  de 
SA....  o  AD  cAus.  Sur  le  contre-sceau  la  légende  est  entière  : 

-|-  CONTRA  s  DE   SABLEIO. 

Ce  sceau  date  du  veuvage  de  Mahaud,  soit  de  1293;  il  ne 
put  servir  que  jusqu'en  septembre  1306,  époque  du  décès  de 
celle-ci. 


211-213.'—  Sceau  et  contre-sceau  ad  causas  de  Sablé  à  l'époque  de 
Mahaud  de  Malines,  1293-1306. 


T.  III,  P.  554,  ligne  18.  —  Le  testament  de  Marie  de 
Craon  est  du  du  14  avril  1311  et  non  de  1318. 

Tome  IV,  page  76;  note  4.  —  Cet  acte  de  juin  1311  a  été 
publié  in  extenso  au  t.  IV,  p.  278  du  Bulletin. 

P.  90,  ligne  25.  —  Malgré  la  quittance  d'Amaury  de  Clis- 
son,  il  est  aujourd'hui  certain  que  Maurice  VII  eut  un  troi- 
sième enfant,  nommée  Aliénor  ou  Jeanne,  née  après  Isabelle  ; 
elle  épousa  un  Renaud  de  Montbazon,  fils  de  Renaud  de 
Montbazon  et  d'Eustachie  d'Anthenaise,  on  trouvera  dans  le 
Bulletin  au  t.  VI,  p.  222  le  tableau  des  preuves  de  son  exis- 
tence établi  d'après  les  pièces  du  Cartulaire  auxquelles  il 
convient  d'ajouter  le  709  (A),  plus  explicite  encore  que  les 
autres  documents,  et  où  le  nom  d'Aliénor  lui  est  donné. 

Tome  V,  p.  258,  ligne  4.  —  Lire  15  avril  1318  au  lieu  de 
13  avril  1311. 

P.  275,  second  alinéa.  —  Le  mariage  de  Jean  de  la  Suze 
avec  Béatrice  de  Rochefort  remonte  au  24  juillet  1385.  (Voir 
n°841  (A)  du  Cartulaire). 


-  290  - 

T.  V,  P.  275,  note  1.  —  Au  moment  où  nous  corrigeons 
nos  épreuves  nous  trouvons,  dans  V Union  du  Maine,  I,  270- 
284,  le  texte  du  travail  de  M.  l'abbé  Ledru  annoncé  par  nous. 

P.  275.  —  Ajouter  à  la  note  3  l'indication  d'un  précieux 
document  qui  jette  une  vive  lumière  sur  les  obscurités  de 
l'histoire  de  la  maison  d'Ancenis  :  1381,  v.  s.,  21  janvier.  — 
Accord  en  Parlement  entre  Jean,  sire  de  Rochefort,  Rieux  et 
Ancenis,  et  Jeanne  de  Rochefort  son  épouse,  d'une  part,  et 
Jeanne  de  Graçay,  veuve  de  Jean  d'Ancenis,  bail  de  Guillaume 
et  Catherine  d'Ancenis  et  mère  de  Jean,  Jeanne  et  Aliéner 
d'Ancenis,  de  l'autre,  au  sujet  de  leurs  droits  sur  les  sommes 
ayant  constitué  la  dot  d'Isabelle,  fille  de  Jean,  vicomte  de 
Beaumont,  seconde  femme  de  Geoffroy  d'Ancenis.  Dans  l'acte 
on  fait  mention  de  Geoffroy  d'Ancenis,  fils  aîné  de  Geoffroy 
et  de  Jeanne  de  Pressigny,  sa  première  femme  (A.  N.  X^*", 
44%  24,  25,  26). 

Tome  VI,  p.  126,  second  alinéa.  —  Il  faut,  croyons-nous, 
fixer  le  décès  de  Guillaume  I  au  8  juin  1387,  sans  tenir 
compte  des  aveux  rendus  à  un  Guillaume  de  Craon,  posté- 
rieurement à  cette  date  —  ils  ont  été  sans  doute  rendus  à 
Guillaume  II.  —  Ce  qui  nous  amène  à  faire  cette  rectification 
c'est  la  requête  du  28  juin  1387,  numéro  1231  du  Cartidaire. 
Le  décès  de  Guillaume  I  venait  sans  doute  de  faire  de  Pierre 
de  Craon  le  seigneur  de  la  Ferté-Bernard. 


TABLEAUX   GENEALOGIQUES 

DE  LA  MAISON  DE  CRAON 

Afin  de  relier  entre  eux  les  trente  chapitres,  publiés  dans  le 
Bulletin^  sur  la  Maison  de  Craon,  on  donne  ici  les  tableaux 
généalogiques  de  la  descendance  de  Robert  le  Bourguignon, 
qui  résument  toutes  les  recherches  sur  ce  sujet.  A  cause  des 
nécessités  de  la  mise  en  pages,  le  tableau  A  (branche  aînée  et 
branche  de  la  Suze)  est  placé  après  le  tableau  B  (branche  de 
Sainte-Maure,  rameaux  de  la  Ferté-Bernard  et  de  Domart). 

Les  chiffres  donnés  à  la  suite  des  noms  indiquent  celles  des 
pa^es  du  Bulletin  où  se  trouve  la  notice  sur  chaque  person- 
nage. 


—  291  — 


—  a'  • 
-S  §Î2 

^      > 

'^      ce 

*^    s-      ^ 
><    <D  ce 

CB  «2  - 

2S> 


©  Cl 


«2  co 


C  S  fÛ  -«h 

•S^r"^.  ëi^- 
is  ^  --^  ^^ 
^^^cq 

I  I     i-T    • 

a»  j  o  -  fo 
:30^  >  ^ 
bD  \.t^     '  Cl 


cd  O)  o  ^ 


^  Cl 

.^,C1 


CO 


►-Î    O  GO 

_       r.    ^    Cl 


O    fc-      • 

û    ce    G 

cd_I_ 

©    1^ 


*^  "^  S    I 

Cl 





_s  + 


<cd 


^00 
-     I        -  «  Cl 

C  o  t  ^ô?0 


03  o  d 


I 

co 
d     . 

-  <r 

>  Cl 


X 

O^  co  o 
^   en  d 

vL-TS  d 

S   eu   - 

s  s  > 

cdCÛ 


^  00 
cH  Cl 
*  ^  -T 
-73    >• 


-S  > 


25  "O  Z5 

■  E  *^    ^ 

ed  jQ   - 


©        d 
C     .d 

es         ■" 


(D  d 

3  d 

'cr  ^ 

o  - 


o    fc- 

X  s     . 

^  d 
©  ^  d 
G;jd 

^u  ■ 


© 


© 
© 

ce      ^ 
ce   - 


©^ 

% 


© 

«  en  crf 

©  Cd 

N-ï  o  d 


5  > 


en 


co 


ce 
C 

•  ï;  © 


>^d 

CD  C>. 


'O 


Cd     -  ^ 


r-<ro 

.  co 

d 


I    © 


<2  d 

cO  o 
d 


ri    ©   Qj,^  d 


©'tS    ©-^    , 

«2  ©ffi  §    ^co 

^  >  Cl 

-  s  s  s  - 

«S  dn:  '^    • 

^  >0  Sd 


X 


X     X 


> 


—  292  — 


f 


s: 

< 

w 

Q 
W 

U 
CQ 

w 
:5  ^^ 

PC      0)0 

CQ    '^    - 

I     ^  <^ 


a> 
fi 
*o 

a 

uQ  *^ 


S3 

O 


O 
CO 

-  O  ^ 

TS  CO  - 


o 
< 


00 


o 


-^  2 
o  c 

o  o 
0)  ^  es 


O) 

C 
O 
O 

cri 


scSo 

-I3Î 


^  O 

'S  es 


05^ 
0) 

o 


o 


03 
CO 


o 


+: 


-2-S  <^'' 

cO  73  CO 

ce 
a 

O) 


-03 

Xi 

JZi 

o  - 

03 
C 


CO    03    « 


o  .<x)  CO 
^    o  iO 

;^  o  CO 
4_  c  ^ 

I    eO  LO 

"-"^  CO 

?^    03  ^ 


O 
03  '^  C^ 
'S    =^?S 


efl 
> 
cO 

03 

CO 

'O  CO 
c!  .  CO 
bo  03  CO 

00   «  c^. 

^•^  CO 
^  o 

±^  = 

«3 

03 

bc 


03 
03 

.2  CO 

^^    03    M 


—  !?^ 


S  CO 

O    . 


&4 

03  . 
Xi  ^ 
"O  o 

cr^co 


I    a>  ^ 

03    03  o; 

0^3    • 


03  I> 


J^CO 

't,  '^ 

-03  O 

CO     . 

C  O 

_  03  CO 


-  â93  - 


03 

«u    ■ 
:,  ;i      «2  ce 


O    fi     I 


-O 


.2  ce 


<j         X 

ffi'^  (M 
-o        .  cô 


es     - 


+' 


ce   cfl 


Co 
—  gx 

1  = 


G     . 

es   0) 


•r  co 


G  ^ 


G 
^  15  »o 

ç/2     o   art 


„.2S 

ii^  CD    ' 
^  -^  àO 

O)    - 

O 
Pi 


I 
^3    S3  X 

^  0)  X 
cCtS  ' 
ce         ^ 

H- (         CD 


copa 


G 
co 

<3 


«  ©  2  £? 

N  -rt  »i3  C^ 

O)  ^^  73  CO 

t^^  > 
S  +  S's 


•-*  o  X 
CD  ce   ^ 


sg 


fl  eo 

tG  ••-' 
O'o 

> 


2-3 


<  > 

o 

es 

(V^      I 


I 

X 


tics 

0<M 


O      . 

-^^  es 


3    C    > 


CO    c«     . 

ce     ^ 

Ta  j 
co 


^  'S  -^ 

+  r>  X 
'73  es 


—  ^=acs 


Qj  es 

•-f^  es 

55  TS  X 

o  > 


a>  en 
O  o 

co 


+; 


•— '^  es  ' 


+  o 

> 


-i-O  co* 

c  «  t2 

ce     ^CO 

o  o  lô 
^3    gCO 

•^   eo  ^^ 


Cl  ,^ 

<o:72  ^ 
Xi  >oy 

G   o 


-a  'H 

■i>: 

Xi 


X 


X 


X 


X 


L'ÈPIGRAPHIE   POPULAIRE 


SUR    ARDOISE 


A  GHATEÀU-GONTIER 


AU     XVIir     SIECLE 


L'épigraphie  nous  a  toujours  paru  une  des  branches 
de  l'histoire  les  plus  sûres  :  elle  résume  souvent  en  quel- 
ques lignes  toute  la  vie  d'un  personnage  marquant,  ou 
conserve  dans  son  texte  laconique  le  souvenir  d'un  évé- 
nement; 

Notre  pays  ne  possédait  pas,  au  siècle  dernier,  de 
grandes  ressources,  au  point  de  vue  de  la  matière  pre- 
mière nécessaire  à  l'érection  de  monuments  comme- 
moratifs  ;  le  marbre  étîiit  rare  et  très  cher  et  la  pierre 
blanche,  presque  totalement  inconnue  alars,  n'était  pas 
employée  à  cet  usage,  sinon  dans  les  inscriptions  reli- 
gieuses. Pour  les  monuments  civils,  force  fut  donc  de 
se  rabattre  sur  l'ardoise,  que  les  vastes  carrières  de 
Renazé  et  de  Ghâtelais  fournissaient  abondamment  aux 
besoins  journaliers  de  la  contrée. 

On  avait  au  XYIIP  siècle  l'amour  des  inscriptions 
commémoratives  :  pas  une  construction  importante, 
même  une  réparation  dont  le  souvenir  et  la  date  ne  fus- 
sent gravés  au  trait  sur  une  ardoise  placée  par  l'ou- 
vrier, voire  même  par  le  propriétaire,  au  faite  du  monu- 
ment édifié  ou  restauré.    Parfois  la  gravure   était   bien 


—  295  - 

rudimentaire,  mais  il  se  rencontrait  des  artistes  qui  ne 
dédaignaient  pas  l'humble  pierre  et  y  traçaient  finement, 
à  la  pointe  sèche,  des  figures,  des  emblèmes  et  des  let- 
tres ornées. 

Nous  allons   donner  quelques  spécimens   de   cet   art 
populaire,  empruntés  à  la  ville  de  Ghâteau-Gontier. 


I 


En  1857,  M.  l'abbé  Landais  achetait  un  vieil  immeu- 
ble sis  rue  du  Lierru  et  peu  éloigné  de  l'Orphelinat. 
Sur  ses  ordres,  des  réparations  assez  importantes  fu- 
rent faites  à  cette  maison.  Les  ouvriers  taillèrent  les 
vieilles  ardoises  pouvant  encore  servir. 

L'une  d'elles,  qui  portait  une  inscription,  fut  malheu- 
reusement ainsi  réduite  sur  tous  ses  bords. 

Voici  le  texte  de  l'inscription  tel  que  nous  avons  pu 
le  reconstituer,  sauf  pour  la  fin  où  tout  guide  disparaît 
et  où  tout  renseignement  fait  défaut.  Les  lettres  itali- 
ques sont  celles  que  nous  avons  rétablies,  le  texte  actuel 
laissant  deviner  assez  facilement  les  mots  tronqués. 
Quant  à  la  fin,  qui  devait  comprendre  encore  trois  ou 
quatre  lignes,  elle  est  perdue  et  on  ne  peut  avoir,  ainsi 
que  nous  l'expliquerons  plus  loin,  qu'une  date  approxi- 
mative variant  de  1727  à  1753. 

J'AYE.  ESTÉ. 

POZÉE.  PAR 
M'   J/AISTRE.    PIERRE 
F«"    Z)VBLINEAV.    S^^^ 

Z)V.  CHASTELLIE/?. 
CONSr  .    DV.    ROY.    AS- 
SES'^.   CIVIL.    LIEVT/?- 
NANT.    PARTIGVLI^/? 


-  296  - 

EN,   LA.    SÉNÉGH^F^- 

SÉE.    ET.   SIÈGE.    V'RÉSl- 
Z)^«^  i)E.   CHATEAV-GOA^r^ 

5FBDÉLÉQVÉ.    DE. 
M9r.    L'INTENDANT.   DE 
LA.    GÉNÉRALITÉ.    DE 

TOVRS.    LE.    S.... 
...    ELLEGTION 


Cette  famille  Dublineau,  aux  XVI1«  etXVIIP  siècles, 
était  une  des  plus  considérables  de  Ghâteau-Gontier. 
Pour  ne  parler  que  des  proches  parents  de  celui  que  vise 
l'inscription  ci-dessus,  nous  trouvons  en  1678  son  aïeul, 
Pierre  Dublineau,  président  de  l'élection  de  notre  ville  ; 
deux  ans  plus  tard,  son  grand  oncle  (le  frère  du  prési- 
dent), François  Dublineau,  marchand,  était  élu  un  des 
députés  au  corps  de  ville. 

En  1691,  son  père,  François  Dublineau,  fils  de  Pierre 
et  filleul  de  François  ci-dessus,  devenait  également  pré- 
sident à  l'élection  et  occupa  ces  hautes  fonctions  jusqu'à 
l'époque  de  sa  mort,  arrivée  en  1713. 

Quant  à  M®  Pierre-François  Dublineau,  sieur  du  Chas- 
tellier,  conseiller  du  roi,  etc.,  etc.,  il  naquit  à  Ghâteau- 
Gontier  en  1685.  Déjà  conseiller  du  roi,  il  devenait  en 
1714,  n'ayant  encore  que  29  ans,  assesseur  civil  et  cri- 
minel en  la  sénéchaussée  et  siège  présidial  de  cette 
ville,  puis  lieutenant  particulier  près  les  mêmes  juridic- 
tions. 

Au  cours  de  la  même  année  1714,  M.  Dublineau  épou- 
sait à  Saint- Jean  de  Ghâteau-Gontier  demoiselle  Louise- 
Gatherine  Hardy,  fille  de  M.  IVP  Martin  Hardy,  sieur  de 
La  Prye,  conseiller  du  roi  au  présidial,  et  premier  éche- 
vin  de  cette  ville.  —  Dix  ans  plus    tard    (en   1724)  M. 


-  â97  - 

Dublineau  était  élu  procureur-syndic  de  la  commune, 
charge  qu'il  remplissait  encore  en  1728. 

Cet  emploi  équivalait  à  celui  de  maire. 

M.  S.  de  Montozon,  donnant  la  liste  des  maires  de 
Ghâteau-Gontier,  depuis  1693*,  porte  ce  Pierre  Dubli- 
neau, qu'il  nomme  Dublineau  de  la  Denière,  comme 
ayant  dirigé  la  mairie  de  notre  ville  du  3  décembre  1724 
au  4  septembre  1729.  Il  figure  au  neuvième  rang  parmi 
les  maires  de  la  cité.  Ce  laps  de  temps  concorde  bien 
avec  celui  qu'il  a  passé  comme  procureur  syndic,  tel  que 
nous  l'indiquons  ci-dessus. 

En  1727,  il  était  pourvu  de  l'office  de  «  subdélégué 
de  Monseigneur  l'Intendant  de  la  généralité  de  Tours,  » 
avec  juridiction  sur  toutes  les  paroisses  composant  l'é- 
lection de  Ghâteau-Gontier,  au  nombre  de  soixante- 
quatre. 

Au  cours  de  sa  longue  carrière,  il  était  devenu  ac- 
quéreur ou  héritier  de  trois  ou  quatre  seigneuries,  dont 
il  prenait  le  nom  parfois  séparément.  Il  est  appelé  dans 
les  titres  anciens,  tantôt  :  Dublineau  du  Ghastellier  ; 
tantôt  :  Dublineau  de  la  Reinière,  puis  encore  Dubli- 
neau de  Goulonges,  etc.,  etc.  Il  est  ainsi  dénommé  dans 
son  acte  de  décès.  Il  mourut  dans  un  âge  assez  avancé, 
le  13  mars  1758,  et  fut  inhumé  le  surlendemain  dans 
l'église  du  Petit-Saint-Jean,  près  de  laquelle  il  demeu- 
rait. Voici  le  procès-verbal  rédigé  à  cette  occasion  par 
M.  Deshayes,  curé  des  paroisses  de  Saint-Jean-Baptiste 
et  de  Saint-Jean-l'Evangéliste,  qui  figure  à  l'état-civil 
de  Ghâteau-Gontier  dont  la  riche  collection  remonte  à 
1527. 

«  Le  15  mars  1758,  a  été  inhumé  par  nous,  curé 
soussigné  dans  l'église  de  Saint-Jean-l'Evangéliste,  en 
présence  des  prêtres  dudit    Saint-Jean   soussignés,   le 

1.  Annuaire  de  Cluiteau- Gantier,  pour  1878. 


'-  298  - 

corps  de  feu  M.  Pierre  Dublineau,  vivant  seigneur  de 
Goulonges,  conseiller  du  roy,  assesseur  et  lieutenant 
particulier  criminel  au  présidial  de  cette  ville,  subdélé- 
gué de  cette  élection,  décédé  le  13,  âgé  de  73  ans  ou 
environ. 

(Signé)  «  Deshayes,  curé  ;  —  Lepage,  vie.  — 
BouTREux,  vicaire.  » 

M.  Dublineau  étant  devenu  seulement  en  1727  sub- 
délégué de  l'intendant  de  Tours  pour  l'élection  de  Ghâ- 
teau-Gontier,  et  ce  titre  lui  étant  donné  dans  l'inscrip- 
tion que  nous  avons  rapportée  ci-dessus,  ceci  nous 
prouve  qu'elle  a  été  rédigée  et  placée  «  par  lui  »  sur  la 
prière  de  ses  ouvriers,  au  faîte  de  sa  maison,  dans  la 
période  comprise  de  1727  à  1758  date  de  sa  mort.  Get 
écart  de  trente  ans  rend  impossible  l'adoption  d'une 
^année  déterminée  ;  nous  croyons  néanmoins  qu'il  faut 
plutôt  l'attribuer  à  la  première  moitié  du  XVIIP  siècle 
qu'à  la  seconde,  car  en  1750  il  avait  déjà  65  ans  et  ne 
devait  plus  guère  être  en  état  de  grimper  au  haut  d'une 
maison  pour  le  simple  plaisir  d'y  clouer  une  ardoise. 
11  n'y  a  pas  à  hésiter,  le  texte  est  précis  :  «  J'aye  esté 
pozée  par  M""  Maistre  Pierre  Dublineau....  »  est-il  dit, 
et  non  par  son  ordre,  comme  on  l'aurait  constaté  s'il 
en  avait  été  ainsi. 

Les  municipalités  qui  se  sont  succédé  à  Ghâteau-Gon- 
tier  depuis  lors,  et  elles  sont  nombreuses,  ont  tenu  à 
conserver  le  souvenir  des  premiers  magistrats  qui  l'ont 
gouvernée  à  diverses  époques.  G'est  ainsi  que  nous 
avons  entr'autres  la  rue  Dublineau. 


II 


Dans  les  premiers  mois  de  1889  des  ouvriers  cou- 
vreurs réparant  la  maison  occupée  par  M.  Guérin  de  la 
Roussardière,  place  du  Ghâteau  à  Ghâteau-Gontier,  mi- 


—  i99  — 

rent  à  jour  une  ardoise  sur  laquelle  une  inscription  de 
sept  lignes  était  gravée  au  trait,  au-dessus  du  texte, 
l'artiste  avait  dessiné  un  buste  de  profil,  allant  de  gau- 
che à  droite,  ayant  un  bras  étendu. 

MONSIEUR 
FRANÇOIS 
LE    DROIT 
RENÉE    GVION 
SON-EPOVSE 
1734 

SRI 

Par  une  intention  pieuse,  la  dernière  ligne  de  cette 
inscription  est  le  monogramme  religieux  bien  connu,  qui 
cette  fois  a  été  gravé  en  sens  inverse.  —  La  date  de 
1734  est  celle  de  la  construction  même  de  l'édifice  qui 
porte  au  fronton  de  la  façade  est  cette  même  date  de 
1734  gravée  sur  le  tufîeau  d'une  croisée. 

La  maison  dont  il  s'agit  s'élève  sur  les  ruines  de  l'an- 
cien château-fort  ou  donjon  de  Ghâteau-Gontier  qui, 
bail  en  1007  par  Foulques  Nerra,  comte  d'Anjou,  fut 
démoU  en  1628,  sur  les  ordres  du  roi  Louis  XI II,  de 
passage  en  notre  ville  au  retour  du  siège  de  la  Ro- 
chelle. 


III 


L'inscription  suivante  provient  de  la  maison  dite  «  du 
Vieux  Collège  »  autrefois  situé  à  l'angle  des  rues  du 
Temple  et  de  la  montée  Saint-Just,  et  démolie  en  1884. 

En  1780,  des  réparations  importantes  avaient  été  fai- 
tes à  cette  maison  sous  la  direction  de  M.  Diot,  un  des 
fabriciens.  Le  souvenir  nous  en  a  été  conservé  par  l'ins- 
cription suivante,  tracée  au  trait   sur  une  ardoise  re- 


-  àoo  — 

trouvée  au  faîte  de  la  maison  du   vieux  collège  lors  de 
sa  démolition  en  octobre  et  novembre  1884  : 

CETTE 

PREMIÈRE  É 

ARDOIZE  A  ETT 
POZÉE  PAR  :  M-" 
ET  MD«  :  DIOT 
A  CHATEAU 
GONTIER  :  CE 
16  AOUST  : 
1780 
CLOUÉE  PAR  M*"'*  BOURCIER 

Le  texte,  en  dix  lignes,  est  bordé  comme  celui  des 
inscriptions  citées  précédemment  en  haut  et  en  bas  de 
chaque  ligne  d'un  trait  qui  marque  la  hauteur  des  carac- 
tères. Pourtant  dans  cette  dernière  inscription  le  trait 
est  double,  ce  qui  n'existe  pas  dans  les  autres. 

Il  nous  a  semblé  utile  de  consigner  en  quelques  mots 
le  souvenir  de  cette  branche  modeste  de  notre  épigra- 
phie.  Nous  avons  voulu  surtout  la  signaler,  car  elle  peut 
nous  révéler  des  documents  inattendus  et  intéressants 
pour  notre  histoire  locale. 

René  Gadbin. 


L'ECOLE   CENTRALE 

DU    DÉPARTEMENT    DE     LA    MAYENNE 


La  loi  du  3  brumaire  an  IV  avait  prescrit  rétablisse- 
ment, dans  chaque  département,  d'une  Ecole  centrale. 
Chacune  de  ces  écoles  devait  comprendre  trois  sections 
dont  l'enseignement  durerait  deux  ans. 

Pour  être  admis  à  suivre  les  cours  de  la  première, 
comprenant  un  professeur  de  langues  anciennes,  un 
professeur  d'histoire  naturelle  et  un  professeur  de  des- 
sin, il  fallait  être  âgé  de  douze  ans  au  moins. 

Les  élèves  de  la  seconde  devaient  avoir  au  moins  qua- 
torze ans.  Celle-ci  ne  devait  compter  que  deux  profes- 
seurs, l'un  d'éléments  de  mathématiques,  l'autre  de 
physique  et  de  chimie  expérimentales. 

La  troisième,  pour  les  jeunes  gens  de  plus  de  seize 
ans,  devait  compter  quatre  professeurs  enseignant  la 
grammaire  générale,  les  belles  lettres,  l'histoire  et  la  lé- 
gislation. 

Les  cours  seraient  disposés  de  telle  façon  que  les  élè- 
ves pussent  en  suivre  au  moins  deux  par  jour.  Il  y  au- 
rait congé  les  décadis  et  les  quintidis.  Les  élèves  de- 
vaient aller  se  faire  inscrire  chez  les  professeurs  dont 
ils  désireraient  suivre  les  leçons,  sans  être  tenus  d'as- 
sister à  tous  les  cours  d'une  même  section.  De  là  la 
disproportion  que  l'on  remarque  partout  en  France  dans 
le  nombre  des  élèves  inscrits  pour  certains  cours.  Ceux 
de  dessin  ou  de  mathématiques  sont  fréquentés  par  un 

20 


-  30â 


grand  nombre  d'auditeurs,   tandis  que  ceux   de  belles- 
lettres  sont  presque  abandonnés. 

Les  professeurs  devaient  toucher  un  traitement  égal 
à  celui  des  administrateurs  du  département,  c'est-à-dire 
2,000  francs  pour  les  villes  de  moins  de  50,000  âmes, 
et  être  logés  dans  les  bâtiments  de  l'école.  Ils  rece- 
vraient en  outre  leur  quote-part  de  la  rétribution 
payée  par  les  élèves. 

Cette  rétribution  ne  devait  pas  dépasser  25  francs 
par  an,  payables  par  trimestres,  en  valeur  métallique 
ou  en  assignats  au  cours,  ou  en  mandats.  Un  quart 
des  élèves  pouvaient  être  dispensés  de  ce  paiement  pour 
cause  d'indigence. 

A  chacune  de  ces  écoles  devaient  être  adjoints  :  une 
bibliothèque,  placée  sous  la  direction  d'un  conservateur, 
unjardin  botanique,  un  cabinet  d'histoire  naturelle  et  un 
cabinet  de  chimie  et  de  physique  expérimentales. 

L'an  IV  s'écoula  avant  que  l'Ecole  centrale  du  dépar- 
tement de  la  Mayenne  pût  être  ouverte.  Dans  le  compte- 
rendu  imprimé,  présenté  par  les  membres  de  l'Adminis- 
tration centrale  dudit  département  de  sa  gestion  pen- 
dant cette  année,  nous  trouvons  le  passage  suivant  con- 
cernant la  création  de  cette  école. 

«  Après  avoir  arrêté  les  bases  de  l'enseignement 
dans  les  écoles  primaires,  nous  nous  occupâmes  des 
moyens  d'organiser  l'Ecole  centrale.  Nos  premiers  soins 
se  retournèrent  vers  la  recherche  d'un  local  convenable 
(10  fructidor)  et  des  dispositions  nécessaires  pour  l'a- 
dapter à  une  destination  si  importante.  Le  nombre  des 
professeurs  était  déterminé,  avec  le  genre  d'enseigne- 
ment auquel  chacun  d'eux  serait  appliqué.  Il  ne  nous 
restait  plus  qu'à  indiquer  l'ouverture  d'un  concours 
pour  le  choix  des  citoyens  auxquels  devait  être  confiée 
l'importante  et  honorable  fonction  de  transmettre  à  la 
jeunesse  les  lumières  qui  peuvent  la  conduire  dans  le 
sentier  difficile  de  la  vertu  et  les  connaissances  qui  la 


-  303  - 

rendent  chère  et  utile  à  la  patrie.  Nous  établîmes  en 
conséquence  un  mode  de  vérification  (15  fructidor)  des 
titres  des  aspirants,  pour  ne  donner  à  l'instruction  que 
des  hommes  capables  de  la  diriger  avec  succès  et  de  la 
communiquer  pure  et  sans  tache. 

«  Les  professeurs  à  l'Ecole  centrale  n'ayant  été  nom- 
més que  dans  les  premiers  jours  de  l'an  V,  nous  ren- 
voyons au  compte-rendu  de  cette  année  le  détail  de  leurs 
opérations  ^  » 

Un  arrêté  de  l'Administration  centrale  du  départe- 
ment, en  date  du  15  fructidor  an  IV,  avait  ordonné  en 
effet  l'ouverture  d'un  concours  pour  la  nomination  des 
professeurs  à  l'Ecole  centrale  :  L'un  des  membres  du 
jury  d'instruction,  le  citoyen  Laban,  étant  l'un  des  can- 
didats, on  dut  procéder  à  son  remplacement.  Le  nou- 
veau jury  fut  composé  des  citoyens  Lasnier-Vaussenay, 
juge,  Lepescheux-Dauvais  et  Bigot,  auxquels  on  donna 
pour  adjoints  trois  autres  citoyens,  Hubert,  Champorin 
et  Enjubault-Bouessay,  qui  devaient  suppléer  les  titu- 
laires en  cas  d'empêchement. 

Ce  concours  fut-il  bien  sérieux  ?  Il  est  permis  d'en 
douter.  Dans  beaucoup  de  villes  on  s'attacha  principale- 
ment à  choisir  des  hommes  connus  pour  leurs  opinions 
républicaines,  trop  souvent  sans  se  préoccuper  sulïi- 
samment  de  leur  degré  d'instruction  et  de  leur  aptitude 
à  enseigner.  Peut-être  en  fut-il  de  même  à  Laval,  au 
moins  au  début.  Mais  le  jury  d'instruction  de  cet  arron- 
dissement avait  sous  la  main  un  certain  nombre  d'hom- 
mes qui  avaient  fait  leurs  preuves  et  qu'il  eût  été  super- 
flu de  soumettre  à  un  concours.  Les  sieurs  Laban  et 
Sartre,  anciens  doctrinaires  du  collège  de  la  Flèche, 
placés  depuis  1792  à  la  tête  du  collège  de  Laval  avec  les 

1.  Compte-rendu  par  l administration  centrale  du  département 
de  la  Mayenne  de  sa  gestion  à  partir  du  11  brumaire  an  ''i"'®, 
époque  de  son  entrée  en  fonctions,  jusqu'au  premier  vendémiaire 
an  5'"«.  —  Laval,  Portier,  an  VI«»de  la  République,  page  31. 


—  304  - 

sieurs  Laigre  et  Réveil  ',  étaient  suffisamment  connus  et 
appréciés.  M.  Pesseau,  également  ancien  doctrinaire, 
recommandé  par  eux,  se  trouvait  dans  le  même  cas  et  il 
est  probable  que  ces  cinq  professeurs  ne  furent  soumis 
à  un  concours  que  pour  la  forme.  Il  ne  restait  plus  que 
quelques  noms  à  ajouter  aux  leurs  pour  que  la  nouvelle 
école  fût  organisée. 

Trois  arrêtés  en  date  du  27  brumaire  an  V^  nom- 
maient en  effet  pour  professeurs  à  l'Ecole  centrale  de  la 
Mayenne  : 

Laban,  Joseph,  42  ans,  né  à  Toulouse,  bibliothécaire 
et  professeur  2. 

Sartre,  Jean-Joseph,  43  ans,  né  à  Toulouse,  profes- 
seur de  physique  et  de  chimie^. 

Laigre,  Siméon,  30  ans,  né  à  Vaucé  (Orne),  professeur 
de  belles-lettres  •''. 

James  Gilles,  33  ans,  né  commune  de  Jean  du  Gas  ^' 
(Calvados),  commissaire  des  guerres  à  Laval,  profes- 
seur d'histoire. 

Levavasseur  (N.),  né  à  Laval,  professeur  de  gram- 
maire générale. 

Gornillé  (N.),  professeur  de  dessin. 

Fleuriais  (N.),  administrateur  militaire,  professeur  de 
mathématiques. 

Pesseau,  Joseph,   né  à  Ghâteauroux^,  ci-devant  doc- 


1.  Réveil,  alors  retiré  à  Château-Gontier,  fut  nommé  profes- 
seur seulement  l'année  suivante,  le  l^r  floréal  an  VI. 

2.  Arch.  départ.  Registre  des  arrêtés  de  l'Administration  cen- 
trale fo«  28,  29  et  30. 

3.  Né  à  Toulouse  le  24  mars  1756,  mort  à  Paris  après  1830. 

4.  Né  à  S.  Etienne  de  Toulouse  le  22  août  1757. 

5.  Marin-Siméon-René,  né  à  Vaucé  le  29  juillet  1770,  mort  à 
Paris  en  1826.  M.  Lecoq  lui  donne  les  prénoms  de  François-Jean- 
Marie-Siméon. 

6.  Peut-être  le  Gast,  canton  de  S.  Sever,  arrond"^  de  Vire. 

7.  Nous  n'avons  pas  retrouvé  son  acte  de  baptême  avec  celui 
de  ses  collègues.  Arch.  départ.  L  118. 


-  305  — 

trinaire  et  professeur  au  collège  de  la  Flèche,  alors 
adjoint  au  payeur  des  transports  militaires  à  Alençon, 
professeur   de  langues  anciennes. 

Levavasseur,  qui  avait  concourru  pour  être  nommé 
professeur  de  grammaire  générale  à  la  fois  à  Laval  et  à 
Soissons  et  avait  été  admis  dans  ces  deux  villes,  opta 
pour  la  seconde  et  envoya  sa  démission  à  l'Administra- 
tion du  département  de  la  Mayenne. 

Fleuriais  donna  également  sa  démission  quelques 
jours  tard. 

Le  21  brumaire,  le  sieur  Buhigné,  concierge  du  col- 
lège depuis  quatre  ans,  avait  été  maintenu  à  l'Ecole 
centrale  avec  un  traitement  de  400  francs  par  an^. 

L'Ecole  fut  installée  dans  les  bc'itiments  du  collège 
qui  se  trouvaient  tout  disposés  pour  cette  destination. 
Le  pensionnat  qui  existait  dans  cet  établissement  fut 
conservé,  et,  de  plus,  les  professeurs  y  installèrent  un 
cours  élémentaire  à  l'usage  des  enfants  trop  jeunes  pour 
pouvoir  suivre  les  leçons  des  professeurs  officiels.  Ce 
cours  élémentaire,  tenu  sans  doute  par  les  professeurs 
de  l'ancien  collège,  devait  correspondre  aux  anciennes 
classes,  de  la  huitième  à  la  quatrième. 

C'était,  en  effet,  un  des  défauts  les  plus  graves  de  la 
loi  de  brumaire  an  IV  de  n'avoir  pas  établi  un  degré 
d'instruction  intermédiaire  entre  les  écoles  primaires  et 
l'Ecole  centrale.  Du  moment  que  les  enfants  apprenaient 
uniquement  dans  les  premières  la  lecture,  l'écriture,  le 
calcul,  et  la  morale  républicaine,  sans  être  mis  à  même 
d'apprendre  ni  l'orthographe  ni  la  grammaire  française, 
comment,  sans  études  préalables,  sans  aucun  examen 
de  leur  capacité,  les  admettre  à  l'étude  du  latin  et  du 
grec  ?  C'est  cette  lacune  que  les  anciens  Doctrinaires 
placés  à  la  tête  de  l'Ecole  centrale  s'étaient  efforcés  de 

1.  Arch.  départ.  Série  L.  Registre  des  arrêtés,  f»  25. 


—  306  — 

combler  en  créant  un  cours  élémentaire,  dans  le  but  de 
préparer  les  enfants  trop  jeunes  ou  trop  peu  instruits 
au  sortir  de  l'école  primaire,  à  profiter  des  leçons  don- 
nées par  les  professeurs  dans  leurs  cours  officiels,  alors 
que  la  loi  ne  mettait  d'autre  condition  à  leur  admission 
que  d'avoir  atteint  l'âge  de  douze  ans. 

Six  professeurs  seulement  se  trouvaient  en  fonctions 
à  l'origine,  par  suite  des  refus  des  citoyens  Levavasscur 
et  Fleuriais.  C'était  du  reste  suffisant  pour  un  début  et 
Ion  doit  reconnaître  que,  grâce  aux  anciens  Doctrinaires 
réunis  à  Laval,  l'Ecole  centrale  de  cette  ville  fut,  dès  le 
principe,  pourvue  de  professeurs  capables  et  instruits. 
Ceux-ci,  formés  depuis  longtemps  au  professorat,  sup- 
pléaient au  besoin  ceux  de  leurs  collègues  qui  n'étaient 
pas  encore  nommés  ou  installés. 

C'est  ainsi  que  Laban,  en  outre  de  ses  fonctions  de 
bibliothécaire,  avait  dû  se  charger  des  cours  qui  n'avaient 
pas  de  titulaires. 

Au  moment  de  la  création  de  l'Ecole  centrale,  Am- 
broise-Jacques  Duchemin  des  Gennetés,  curateur  de 
Pierre  Ravard,  pensionnaire  au  collège  de  Laval  en 
qualité  de  boursier,  avait  demandé  que  la  bourse  accor- 
dée à  celui-ci  comme  descendant  de  Sébastien  de  la 
Porte,  donateur  de  la  terre  de  Bonnes,  lui  fût  conservée ' . 
Le  citoyen  Laban,  par  lettre  du  4  ventôse,  appuyait  cet- 
te pétition  et  insistait  pour  que  les  deux  bourses  exis- 
tant à  l'ancien  collège  avant  la  Révolution  et  conservées 
même  pendant  la  Terreur  fussent  maintenues  à  l'Ecole 
centrale.  Ravard  resterait  en  possession  de  celle  dont  il 
jouissait  déjà  et  le  citoyen  Masson,  qui,  sans  avoir  for- 
mellement renoncé  à  la  sienne,  avait  quitté  le  collège 
depuis  deux  ans  pour  vivre  chez  ses  parents  et  exercer 


1.  Arch.  départ.,  série  L. 


-  307   - 

la  profession  d'officier   de  santé,  aurait  tin  successeur*. 

Le  Département  accueillit  seulement  la  première  partie 
de  cette  demande,  en  décidant  que  Ravard  serait  seul 
conservé  comme  boursier  et  que  le  gouvernement  paie- 
rait sa  pension  sur  le  pied  de  800  livres  par  an'-. 

Nous  n'avons  pas  de  renseignements  sur  l'Ecole  cen- 
trale de  Laval  pendant  l'an  V.  Il  n'y  eut  pas  de  distri- 
bution de  prix  à  la  fin  de  l'année.  Le  rapport  du  29  mes- 
sidor an  VI,  reproduit  plus  loin,  en  expose  les  motifs. 

Le  personnel  de  Técole  se  complète  pendant  l'an  VI. 

Le  6  ventôse,  Fanneau-Lahorie^,  administrateur  du 
département,  est  nommé  professeur  d'histoire  natu- 
relle^. 

Le  14  germinal,  un  sieur  Legros,  ci-devant  profes- 
seur à  l'école  militaire  de  Thiron  (Eure-et-Loir),  rem- 
place Cornillé  comme  professeur  de  dessin^. 

Le  26  du  même  mois,  le  citoyen  Noël,  âgé  de  29  ans, 
est  nommé  professeur  de  mathématiques  sur  la  recom- 
mandation de  Ginguené,  directeur  général  de  l'instruc- 
tion publique,  en  remplacement   de  Fleuriais^.   . 

Le  1^''  floréal,  Jean-Baptiste  ReveiP,  ancien  profes- 
seur au  collège  de  Laval,  retiré  à  Ghâteau-Gontier  et 
chargé  d'organiser  la  bibliothèque  de  ce  district,  est 
appelé  à  remplacer  Levavasseur  comme  professeur  de 
grammaire  générale^. 

Le  10  prairial,  Zacharie-Thomas  Moullin,  homme  de 
loi,    est  choisi  pour  professeur  de  législation.    Ancien 


1.  Arch.  départ.,  série  L. 

2.  Arch.  départ.,  série  L.  Reg.   des  arrêtés,  25  nivôse  an  V, 
foi.  39. 

3.  Né  à  Lassay  vers  1766,  mort  à  Nancy. 

4.  Arch.  départ.  Registre  des  arrêtés,  fol.  41. 

5.  Arch.  départ.  Registre  des  "arrêtés,  fol.  46. 

6.  Arch.  départ.  Registre  des  arrêtés,  fol.  48. 

7.  Né  à  Ghâteau-Gontier  le  l*""  novembre  1753,  mort  vers  1819, 
retiré  en  cette  ville  depuis  1805. 

8.  Arch.  départ.  Registre  des  arrêtés,  fol.  48. 


—  308  — 

président  du  tribunal  criminel  du  département,  proscrit 
comme  fédéraliste  pendant  la  Terreur,  rétabli  dans  ses 
fonctions  en  Fan  III  et  destitué  une  seconde  fois  après 
le  18  fructidor  an  V,  M.  Moullin  comprit  que  sa  nomi- 
nation, proposée  par  le  jury  d'instruction,  ne  pourrait 
être  confirmée  par  Tadministration  du  département  et  se 
hâta  de  donner  sa  démission.  Le  cours  de  législation 
dut  donc  encore,  pendant  Tan  VI,  être  fait  par  un  des 
autres  professeurs  de  l'école,  ou  plus  probablement  sup- 
primé. 

Le  tableau  nominatif  des  jeunes  gens  qui  suivent  les 
cours  de  l'Ecole  centrale  de  la  Mayenne  à  l'époque  du 
i^""  messidor  an  VJ,  comprend  123  élèves  ^ 

Un  rapport  adressé  au  ministre  de  l'intérieur,  le  29 
messidor  suivant,  par  l'Administration  départementale, 
nous   fait  connaître  la  situation  de  l'école  à    cette  date. 

«  L'instruction  secondaire  n'a  point  éprouvé  d'inter- 
ruption dans  le  chef-lieu  du  département.  Le  collège  de 
Laval  fut  du  petit  nombre  des  établissements  publics 
d'instruction  qui  échappèrent  au  naufrage  dans  les  dif- 
férentes crises  de  la  révolution.  Lorsqu'est  venue  la  loi 
portant  établissement  des  Ecoles  centrales,  l'administra- 
tion et  le  jury  avaient  sous  leurs  yeux  quelques  hommes 
exercés  dans  l'enseignement  et  que  la  voix  publique 
désignait  à  leur  choix.  Le  zèle,  les  travaux,  les  succès, 
la  moralité,  le  patriotisme  pur  et  éclairé  de  ces  hommes 
qu'environnait  la  confiance  publique,  tout  faisait  un  de- 
voir au  jury  et  à  l'administration  de  lés  conserver  dans 
la  nouvelle  organisation. 

«  L'édifice  consacré  à  l'Ecole  centrale  est  un  ancien 
couvent  de  religieuses,  situé  dans  le  quartier  de  la  ville 
le  plus  sain,  environné  de  grandes  cours  et  d'un  enclos. 
L'administration  a  porté  tous  ses  soins  à  conserver  les 


1.  Plusieurs  de  ceux-ci,  notamment  parmi  les  élèves  du  cours 
de  dessin,  ont  dépassé  l'âge  réglementaire.  Arch.  départ.  Série  L. 


—  309  — 

bâtiments  dans  un  bon  état  de  réparations,  en  consa- 
crant tous  les  ans  des  fonds  pour  les  entretenir.  Tous 
les  professeurs  ont  leur  logement  dans  l'école.  Cette 
réunion  met  plus  d'unité  dans  Tensemble.  Tout  marche 
avec  harmonie  et  dans  un  ordre  imperturbable.  Un 
nombre  suffisant  de  classes  a  été  préparé  pour  les  diffé- 
rents cours. 

«  Les  citoyens  paraissent  sentir  l'importance  des  sa- 
crifices que  commande  l'instruction  à  un  peuple  répu- 
blicain. L'administration  le  juge  par  l'enthousiasme 
qu'ils  mettent  à  faire  jouir  leurs  enfants  de  ses  bienfaits. 
Elle  le  juge  par  les  alarmes  qu'ils  éprouvèrent  à  la  lec- 
ture des  discussions  du  corps  législatif,  lorsque  la  fac- 
tion dont  le  dix-huit  fructidor  fît  justice  menaçait  de  ra- 
vir à  ce  département  le  seul  établissement  d'instruction 
publique  qu'il  possédât*. 

((   Les  professeurs  sont  : 

«  Professeur  de  dessin,  le  citoyen  Jean  Legros,  âgé 
de  50  ans.  Il  a  passé  quinze  ans  dans  le  collège  mili- 
taire de  Thiron  où  il  était  maître  de  dessin.  70  écoliers 
suivent  ses  leçons. 

«  Professeur  de  langues  anciennes,  le  citoyen  Joseph 
Pesseau,  âgé  de  31  ans,  ci-devant  professeur  au  collège 
de  la  Flèche.  25  écoliers  suivent  ses  leçons. 

((  Professeur  de  mathématiques,  le  citoyen  Pierre 
iNoël,  âgé  de  29  ans,  présenté  à  l'administration  par  le 
citoyen  Ginguené,  alors  directeur  de  l'instruction  publi- 
que. 49  écoliers  suivent  ses  leçons. 

«  Professeur  de  physique  et  de  chimie  expérimenta- 
les, le  citoyen  Joseph  Sartre,  ci-devant  professeur  de 
philosophie  à  l'université  de  Bourges.  14  écoliers  sui- 
vent ses  leçons. 

1.  Allusion  sans  doute  aux  attaques  dont  la  loi  de  brumaire 
an  IV  avait  été  l'objet  dans  le  conseil  des  Cinq-Cents  aux  mois 
de  frimaire  et  de  prairial  an  V  de  la  part  de  Roger-Martin,  Dau- 
nou,  Dumolard,  Iiermand,  Boissy-d'Anglas,  Beyts  et  Hardy. 


-  310  — 

(c  Professeur  de  grammaire  générale,  le  citoyen  Jean 
Réveil,  livré  depuis  longtemps  à  l'enseignement  public 
dans  les  collèges  de  Beaupréau  et  de  Laval.  Il  est  âgé 
de  45  ans.  20  écoliers  suivent  ses  leçons. 

«  Professeur  de  belles-lettres,  le  citoyen  Siméon  Lai- 
gre,  âgé  de  32  ans,  livré  à  l'enseignement  public  depuis 
quelques  années  dans  les  collèges  de  Mayenne  et  de 
Laval.  22  écoliers  suivent  ses  leçons. 

«  Bibliothécaire,  le  citoyen  Joseph  Laban,  âgé  de  43 
ans,  ci-devant  professeur  de  rhétorique  au  collège  de  La 
Flèche. 

«  Professeur  d'histoire  ^  le  citoyen  Jean-Baptiste 
Fanneau-Lahorie,  âgé  de  32  ans,  ci-devant  professeur  au 
collège  de  La  Flèche (?).  La  confiance  de  ses  concitoyens 
l'ayant  appelé  aux  fonctions  administratives,  il  est  sup- 
pléé par  le  bibliothécaire  dans  l'enseignement  de  l'his- 
toire. 

«  Professeur  d'histoire  naturelle,  le  citoyen  Gilles 
James,  âgé  de  34  ans.  Ce  professeur  exerce  dans  la 
commune  les  fonctions  de  commissaire  des  guerres. 

«  Trois  professeurs  donnent  à  leurs  élèves  les  élé- 
ments d'histoire  naturelle  sur  l'homme,  les  quadrupèdes 
et  les  oiseaux 2. 

«  Professeur  de  législation,  le  citoyen  Zacharie 
Moulin,  âgé  de  50  ans,  ci-devant  président  du  tribunal 
criminel  et  désigné  par  le  jury  d'instruction  publique. 

«  Toute  l'instruction  est  dirigée  vers  les  principes 
républicains.  Leçons,  exemples,  sujets  de  compositions. 


1.  Le  rédacteur  de  ce  rapport  commet  ici  une  erreur  évidente. 
Fanneau-Lahorie  était  professeur  d'histoire  naturelle,  tandis  que 
James  qui  suit,  était  chargé  du  cours  d'histoire  et  géographie. 
Nous  ne  nous  expliquons  pas  cette  confusion  en  contradiction 
avec  tous  les  autres  documents  de  l'époque. 

2.  Pour  suppléer  sans  doute  le  professeur  d'histoire  naturelle, 
le  citoyen  Fanneau-Lahorie,  qui,  nommé  membre  de  l'Adminis- 
tration du  département,  semble  n'avoir  jamais  ouvert  son  cours. 


—  311  — 

tout  inspire  l'amour  de  la  liberté,  la  haine  de  la  royauté, 
l'afîection  à  la  patrie,  le  respect  pour  les  lois  et  pour 
les  magistrats  qui  en  sont  les  organes.  Les  professeurs 
et  leurs  élèves  embellissent  par  leur  présence  toutes  les 
fêtes  nationales.  Les  premiers,  par  des  discours  brûlants 
de  patriotisme,  alimentent  l'esprit  public,  entretiennent 
leurs  concitoyens  des  prodiges  de  nos  armées,  des  tra- 
vaux du  Corps  Législatif  et  de  l'énergie  du  gouverne- 
ment qui  veille  sur  les  destinées  de  la  République.  Les 
autres,  par  des  chants  patriotiques,  élèvent  les  âmes  et 
ajoutent  à  la  pompe  de  nos  augustes  cérémonies  ^ 

«  L'administration,  le  jury  d'instruction  et  les  profes- 
seurs ont  établi  de  concert  l'ordre  suivant  pour  les  dif- 
férents cours  : 

«  1"  classe  de  dessin,   depuis  6  heures  1/2  jusqu'à 

7  heures  1/2. 

«  2™®  classe  de  dessin,   depuis  7  heures  1/2  jusqu'à 

8  heures  1/2. 

«  De  9  heures  à  11,  classes  de  grammaire,  langues 
anciennes,  belles-lettres  et  physique. 

«  De  10  heures  1/2  à  12,  classes  de  mathématiques, 
pour  les  élèves  les  moins  avancés. 

«  De  2  heures  à  4,  classes  de  langues  anciennes, 
d'histoire  naturelle,  de  géographie,  d'histoire,  de  physi- 
que et  de  chimie. 

«  3®  classe  de  dessin  depuis  4  heures  1/2  jusqu'à  5  1/2. 

«  4^  classe  de  dessin  depuis  5  heures  1/2  jusqu'à  6  1/2. 

«  De  5  heures  1/2  à  7  heures,  classe  de  mathémati- 
ques pour  les  élèves  les  plus  avancés. 

«  Point  d'autres  congés  que  les  quintidis,  décadis  et 
fêtes  nationales. 


1.  A  chacune  des  fêtes  nationales,  si  nombreuses  sous  le  Direc- 
toire (douze  par  an),  un  discours  analogue  à  l'objet  de  la  céré- 
monie devait  être  prononcé  par  un  des  professeurs  à  l'Ecole 
Centrale. 


—  31-2  - 

«  L'Administration  désire  voir  se  réaliser  les  pro- 
messes que  fait  la  nation,  dans  l'article  8  du  titre  V  de 
la  loi  du  3  brumaire  an  IV,  d'accorder  à  vingt  élèves 
dans  chacune  des  Ecoles  centrales  des  pensions  tempo- 
raires. Dans  sa  réponse  relative  aux  écoles  primaires, 
elle  indique  la  destination  de  dix  de  ces  pensions  pour 
le  plus  grand  avantage  de  l'enseignement  public*.  Elle 
souhaite  voir  départir  les  autres  à  des  enfants  peu  for- 
tunés qui  annoncent  d'heureuses  dispositions.  Elle  dési- 
gne dans  le  moment  présent,  elle  recommande  au  gou- 
vernement dispensateur  de  la  bienfaisance  nationale  les 
jeunes  citoyens  :  Joseph  Pouteau,  Louis  Duclos,  Joseph 
Manceau,  Joseph  Lacoudre,  élèves  de  l'Ecole  centrale, 
qu'elle  verrait  avec  le  plus  vif  regret  forcés  par  le  be- 
soin d'interrompre  leur  instruction  pour  se  jeter  dans 
quelqu'art  méchanique. 

«  Toutes  les  sciences  dont  l'enseignement  est  prescrit 
par  la  loi  du  3  brumaire  sont  cultivées  dans  l'Ecole  ; 
mais  l'administration  observe  que  les  professeurs  sont 
bornés  à  la  simple  théorie  parce  qu'il  n'y  a  dans  l'Ecole 
aucun  morceau  d'histoire  naturelle,  aucune  machine  de 
physique  ni  de  chimie.  Elle  ne  se  dissimule  pas  que  ce 
n'est  pas  au  milieu  des  embarras  d'une  guerre  telle 
qu'aucun  peuple  ancien  ou  moderne  n'en  a  jamais  sou- 
tenu de  pareille,  qu'il  faut  s'occuper  de  la  composition 
des  cabinets  d'histoire  naturelle  et  de  physique,  d'un 
laboratoire  de  chimie  ;  mais  elle  pense  qu'en  attendant 
des  temps  plus  heureux  il  serait  possible  de  faire  tous 
les  ans  l'acquisition  de  quelques  machines,  il  suffirait 
de  consacrer  à  cette  dépense  les  traitements  affectés  aux 
places  des  professeurs  qui  ne  sont  point  en  activité. 
Avec  cette  ressource,  on  parviendrait  en  peu  de  temps 
à  former  une  utile  collection. 


1.  Elle  avait  proposé  d'accorder  dix  de  ces  places  à  des  jeunes 
gens  se  préparant  pour  remplir  les  fonctions  d'instituteurs. 


~  313  - 

«  Le  crédit  qui  affectait  des  fonds  pour  les  prix  de 
l'Ecole  fut  envoyé  trop  tard  (en  l'an  V).  La  commune  de 
Laval  n'offre  point  de  ressources.  Il  fallait  faire  venir  de 
Paris  les  livres  destinés  pour  les  prix.  Il  fut  convenu  en- 
tre les  professeurs,  le  jury  et  l'administration  que  la  dis- 
tribution des  récompenses  serait  différée  jusqu'à  la  fête 
de  la  Jeunesse.  A  cette  époque,  il  ne  fut  plus  permis  de 
disposer  du  reliquat  des  fonds  de  l'an  V,  et  il  n'y  a  point 
eu  de  distribution  publique  de  prix.  Mais  l'administra- 
tion a  vu  avec  intérêt  les  professeurs  donner  à  leurs 
frais  des  récompenses  à  leurs  élèves  pour  soutenir  leur 
émulation. 

«  Les  jeunes  gens  qui  ont  obtenu  des  récompenses 
sont  :  Nicolas  Desgranges,  d'Ambrières,  Auguste  Vil- 
lar,  de  Toulouse  (Haute-Garonne)^,  Joseph  Collet,  de 
Laval,  Louis  Lacourbe,  de  Laval,  Joseph  Manceau,  de 
Laval,  René  Fouassier,  de  Martigné,  Etienne  Languet, 
de  Laval,  Louis  Duclos,  de  Laval,  Joseph  Pouteau,  de 
Laval,  René  Even,  de  Lorient  (Morbihan),  François 
Bourdaiseau,  de  Laval,  Antoine  Guédon,  de  Laval, 
Léon  Lesegretain  de  Laval,  François  Lemarchant,  d'Ois- 
seau,  Nestor  Bouteillière,  de  Fougères,  Alexandre  La- 
broise,  d'Ambrières. 

«  La  bibliothèque  de  l'Ecole  est  placée  dans  un  grand 
corps  de  bâtiment,  isolé  et  séparé  par  une  cour  de  l'édi- 
fice où  sont  les  classes  et  le  logement  des  professeurs  et 
des  pensionnaires.  Il  est  en  très  bon  état,  assez  vaste 
pour  contenir  tous  les  livres  répandus  dans  les  commu- 
nes qui  étaient  autrefois  chefs-lieux  de  districts,  La 
bibliothèque  ne  renferme  en  ce  moment  que  les  livres 
des  communautés  religieuses  et  des  émigrés  qui  étaient 
dans  l'arrondissement  de  Laval.  Le  nombre  des  volumes 


1.  Neveu  sans  doute  de  l'ancien  évoque  constitutionnel  Villar, 
devenu  membre  de  l'Institut,  qui  avait  dësiré  que  cet  enfant  et 
l'un  de  ses  frères  fussent  élevés  par  ses  anciens  confrères-  du 
collège  de  la  Flèche,  Laban  et  Sartre. 


-  314  - 

passé  huit  mille.  Le  triage  en  a  été  fait,  et  si  l'on  ex- 
cepte deux  mille  volumes,  dont  plusieurs  dépareillés, 
tout  le  reste  consiste  en  livres  ascétiques,  collection  des 
pères,  commentaires  sur  l'écriture,  livres  de  liturgie, 
conférences  ecclésiastiques,  ouvrages  de  théologie,  pré- 
dicateurs du  vieux  temps  ;  point  de  manuscrits,  de  car- 
tes ni  de  plans. 

«  Dans  la  formation  de  la  bibliothèque,  on  a  suivi  de 
point  en  point  l'instruction  envoyée  par  le  ministre  de 
l'intérieur.  Les  divisions  sont  analogues  à  l'enseigne- 
ment qui  se  fait  dans  TEcole.  » 

Suit  :  une  liste  des  principaux  ouvrages  contenus  dans 
cette  bibliothèque'. 

«  Le  principal  pensionnat  du  département  est  celui 
de  l'Ecole  Centrale  que  l'Administration  se  fit  un  devoir 
de  soutenir,  parce  qu'il  existait  à  la  formation  de  l'Ecole  ; 
que  les  vœux  des  pères  de  famille  exigeaient  sa  conser- 
vation et  qu'il  assurait  un  plus  grand  nombre  d'élèves. 
Il  est  composé  de  trente  pensionnaires  et  de  quinze 
demi-pensionnaires.  Il  serait  plus  nombreux  s'il  y  avait 


1.  Les  livres  provenant  des  anciens  couvents  supprimés  et 
ceux  qui  plus  tard  furent  confisqués  sur  les  émigrés  avaient  été 
recueillis  au  chef-lieu  de  chaque  district.  A  Laval,  ils  avaient  été 
déposés,  en  1791,  au  couvent  des  Capucins  et  le  citoyen  Favrolle, 
maître  de  pension,  avait  été  chargé  de  procéder  au  triag^e. 

Lorsque  la  Convention  eut  décidé  qu'il  y  aurait  dans  chaque 
département  une  seule  bibliothèque,  annexée  à  l'Ecole  Centrale, 
Lanan  fut  chargé,  par  arrêté  du  20  brumaire  an  V  (Arch.  départ. 
Reg.  des  Arrêtés,  n»  24  f»  23),  de  faire  transporter  à  l'Ecole  Cen- 
trale les  livres  réunis  aux  Capucins,  et  une  somme  de  630  livres 
lui  fut  allouée  pour  le  couvrir  de  ses  frais.  Le  citoyen  Réveil, 
retiré  à  Château-Gontier  et  employé  depuis  qu'il  avait  quitté  le 
Collège  à  organiser  une  bibliothèque  en  cette  ville,  récemment 
nommé  professeur  à  l'Ecole  Centrale,  et  son  collègue  Laigre  fu- 
rent chargés,  par  arrêté  du  6  vendémiaire  an  VII  (Arch.  Départ. 
Reg.  des  Arrêtés  f<^  91),  de  faire  transporter  à  Laval  les  livres 
rassemblés  aux  chefs-lieux  des  autres  districts.  Telle  fut  l'origine 
de  la  bibliothèque  municipale  de  la  ville  de  Laval.  Laban  en  fut  le 
premier  conservateur  et  eut  pour  successeur  d'Orlodot  qui  con- 
serva ces  fonctions  jusqu'en  1810. 


-  315  - 

plus  de  places  r  donner.  Dans  la  commune  de  Laval, 
des  instituteurs  particuliers  et  soumis  aux  lois  ont  aussi 
quelques  pensionnaires  et  quelques  demi-pensionnaires. 
Ce  sont  les  citoyens  Favrolle,  Lemey,  Dorlodot  et  Gri- 
veau,  dont  la  municipalité  a  rendu  à  l'administration  un 
compte  satisfaisant.  Dans  les  communes  de  Ghâteau- 
Gontier  et  de  Mayenne  des  instituteurs  particuliers  ont 
un  petit  nombre  de  pensionnaires.  Les  communes  d'Evron, 
d'Ernée,  de  Lassay,  de  Villaines,  de  Suzanne,  n'ont  au- 
cune ressource  pour  l'instruction  de  leurs  enfants. 

«  Quatre  professeurs  et  le  bibliothécaire  de  l'école 
partagent  les  soins  qu'exige  la  surveillance  des  pension- 
naires. 

«  Il  serait  à  désirer  que  le  Gouvernement  fit  réparer 
un  quartier  de  l'Ecole  qui  fut  cruellement  dégradé  par 
les  bandes  vendéennes'.  Après  avoir  brûlé  tout  ce  qu'il 
y  avait  de  bois  dans  le  ci-devant  collège,  ils  mirent  en 
pièces  les  lits,  les  portes  et  les  fenêtres.  Ce  quartier  est 
inhabitable.^  S'il  était  réparé,  il  fournirait  un  logement  à 
vingt  enfants.  On  estime  que  cette  réparation  monterait 
à  la  somme  de  quinze  cents  francs^.  » 

La  distribution  des  prix  décernés  en  l'an  VI  aux  élè- 
ves de  l'Ecole  Centrale  fut  l'occasion  d'une  véritable 
solennité  dont  le  compte-rendu  a  été  imprimé^. 

Le  6  fructidor,  l'administration  centrale  du  départe- 
ment, considérant  que  rien  n'est  plus  propre  à  propager 
l'amour  des  lettres  que  d'olFrir  à  l'hommage  du  public 
les  travaux  et  les  noms  de  ceux  qui  les  enseignent  ou  les 
cultivent,  arrête  qu'il  y  aura,  les  13,  14  et  16  fructidor, 
dans  une  des  salles  de  l'Ecole  Centrale,  en  présence  du 
jury  ^'instruction,  des  examens  ou  exercices  publics  des 


1.  Au  moment  de  roccupatioii  de  Laval  parles  Vendéens  le  23 
octobre  1793. 

2.  Arcli.  Départ.  Série  L. 

3.  10  pages  in-4o,  sans  nom  de  lieu  ni  d'imprimeur. 


-  âi6  - 

élèves  qui  se  sont  distingués  par  leur  assiduité  et  leurs 
succès.  Les  prix  seront  décernés  le  18,  au  Temple  déca- 
daire, en  présence  de  toutes  les  autorités  civiles  et  mili- 
taires convoquées  pour  la  circonstance. 

Ce  jour,  en  effet,  les  autorités  réunies  au  département 
se  rendirent,  escortées  des  troupes  de  la  garnison,  de  la 
garde  nationale  et  des  vétérans,  au  Temple  Décadaire 
(l'église  de  la  Trinité)  où  se  trouvaient  réunis  un  grand 
nombre  de  citoyens.  Après  un  discours  du  Président  de 
l'administration  centrale,  qui  débuta  par  un  éloge  du 
18  fructidor,  un  rapport  du  citoyen  Laigre  sur  les 
travaux  de  l'Ecole  pendant  l'an  VI  et  les  matières  qui 
seront  l'objet  de  l'enseignement  pendant  l'année  suivante, 
un  autre  discours  du  citoyen  président  du  jury  d'instruc. 
tion,  le  tout  entrecoupé  de  morceaux  de  musique,  le  ci- 
toyen Laban  proclama  les  noms  des  lauréats  ^ 

La  liste  des  élèves  ayant  obtenu  des  récompenses  a 
été  imprimée.  Pour  chacun  des  cours,  au  nombre  de  huit, 
il  y  a  deux  prix,  plusieurs  accessits  et  des  mentions  ho- 
norables. Les  cours  de  législation  et  de  grammaire  géné- 
rale ne  sont  pas  mentionnés  sur  cette  liste,  soit  que  les 
dits  cours  n'aient  pas  eu  lieu,  soit  qu'ils  aient  été  suivis 
par  un  trop  petit  nombre  d'élèves.  Le  cours  élémentaire, 
dirigé  par  le  professeur  de  langues  anciennes,  Pesseau, 
est  inscrit  parmi  les  autres.  Il  n'y  a  pas  de  prix  décer- 
nés, mais  six  élèves  obtiennent  des  mentions  honorables. 

L'administration  centrale  du  département  de  la 
Mayenne  s'intéressait  vivement  à  la  prospérité  de  son 
Ecole  centrale  et  savait  s'imposer  des  sacrifices  pour  la 
soutenir.  C'est  ainsi  que  dans  le  budget  de  l'an  VI 
les  administrateurs  du  département  lui  avaient  ajloué 
une  somme  de  3.600  francs,  comprenant  :  1.200  fr.  pour 
instruments  de  physique  et  chimie,  100  fr.  pour  achat 

1.  Ces  discours  sont  reproduits  dans  la  brochure. 


-  317  - 

de  dessins  et  bosses,  600  fr.  pour  entretien  de  la  biblio- 
thèque, 100  fr.  pour  plantes  et  arbustes,  400  fr.  pour 
chauffage,  600  fr.  pour  réparation  des  bâtiments  et  600 
francs  pour  la  distribution  des  prix*. 

En  Tan  Vil  le  personnel  se  complète. 

Le  12  ventôse  le  sieur  Doudet,  jardinier-fleuriste,  est 
mis  à  la  tête  du  jardin  botanique'. 

Le  21  floréal,  M.  Foucher^,  commissaire  du  Direc- 
toire exécutif  près  les  tribunaux,  est  nommé  professeur 
de  législation^  ;  mais  il  commença  son  cours  seulement 
en  l'an  VIII. 

Le  4  messidor,  M.  Jean-Baptiste  Bucquet^,  officier  de 
santé,  est  nommé  professeur  provisoire  d'histoire  natu- 
relle pour  suppléer  M.  Fanneau-Lahorie  qui  venait  d'ê- 
tre élu  député  au  Conseil  des  Cinq-Cents^. 

Au  commencement  de  cette  année,  le  sieur  Ravard 
avait  quitté  l'école.  Les  descendants  de  Sébastien  de  la 
Porte,  donateur  de  la  terre  de  Bonnes,  et  de  Louise 
Ouvrard,  sa  femme,  se  réunirent  pour  présenter  un  rem- 
plaçant. Leur  choix  se  porta  sur  Michel-Georges-René 
de  la  Broise,  fds  de  feu  Georges-Louis  et  de  Perrine- 
Marguerite-Madeleine  Jousselin,    qui    appartenait  à   la 


1.  Arch.  départ.  Série  L. 

2.  Arch.  dép.  lieg.  des  Arrêtés,  f»  131. 

3.  Louis-Jean-Nicolas-Charles,  né  à  Saumur  le  25  avril  1749, 
avocat,  puis  soldat,  nommé  en  l'an  V  commissaire  du  Directoire 
exécutif  près  le  tribunal  du  département  de  la  Mayenne,  puis,  en 
l'an  VIII,  près  le  tribunal  de  première  instance  de  Laval,  député 
au  corps  législatif  pour  le  département  de  la  Mavenne  de  1803  à 
1809,  procureur  général  près  le  tribunal  criminel  de  ce  départe- 
ment, substitut  du  procureur  général  d'Atigers  en  1814,  retiré  au 
Coudray-Macouard  pendant  la  Restauration,  mort  en  1838. 

4.  Arch.  départ.  Registre  des  Arrêtés,  f''  152. 

5.  Jean-Baptiste-Denis  Bucquet,  né  à  Paris  en  1771,  lils  d'un 
docteur  régent  de  la  faculté  de  médecine  de  Paris,  membre  de 
l'Académie  des  sciences,  mort  en  1780.  M.  Bucquet  était  veim  ù 
Laval  comme  chirurgien  militaire,  puis  s'était  lixé  en  cette  ville 
où  il  est  mort  le  12  juillet  1841. 

G.  Arch.  départ.  Registre  des  Arrêtés,  f»  170. 

-21 


—  318  - 

descendance  de  Louise  Ouvrard^  Aussitôt  madame 
de  la  Broise  adresse  une  pétition  au  Département  pour 
faire  confirmer  cette  décision'^. 

Le  programme  des  exercices  publics  soutenus  en  l'an 
VII  par  les  élèves  de  TEcole  centrale  de  Laval  a  été 
imprimé.  Ceux-ci  doivent  avoir  lieu  du  4  au  14  fructi- 
dor, veille  de  la  distribution  des  prix.  La  brochure  est 
volumineuse^.  Elle  est  remplie  parles  programmes  pré- 
sentés par  chacun  des  professeurs  des  matières  qui  ont 
fait  Tobjet  de  leurs  cours  pendant  l'année  et  seront  le 
sujet  des  examens  publics.  Celui  que  présente  le  citoyen 
Laigre  occupe  à  lui  seul  26  pages.  Le  cours  d'histoire 
a  été  fait  par  le  citoyen  Laban.  M.  Bucqueta  commencé 
le  sien  par  la  minéralogie.  Les  auteurs  expliqués  sont 
les  mêmes  que  sous  l'ancien  régime  :  Virgile,  Horace, 
Salluste,  Cornélius  Nepos,  etc.,  pour  la  langue  latine,  et 
les  fables  d'Esope. 

C'est  seulement  dans  le  cours  de  l'an  VII  que  les  vingt 
élèves  boursiers,  dits  élèves  de  la  Patrie^  admis  à  sui- 
vre gratuitement  les  cours  de  l'Ecole  centrale  furent 
nommés  par  arrêté  de  l'Administration  départementale 
en  date  des  8  et  9  prairial^. 

Au  commencement  de  l'an  VIII,  l'Ecole  centrale  de 
Laval  reçoit  230  élèves,  dont  52  pensionnaires,  18  demi- 
pensionnaires  et  140  externes^. 

Le  13  vendémiaire  an  IX,  l'Administration  départe- 
mentale de  la  Mayenne  prend  un  nouvel  arrêté  concer- 
nant l'organisation  de  l'Ecole  centrale.  L'année  scolaire 

1.  Arch.  départ.  Série  L. 

2.  A  la  fermeture  de  l'école  centrale  de  Laval,  M^ne  de  la  Broise 
demanda  pour  son  fils  une  bourse  au  lycée  d'Angers.  Mais  un 
décret  du  26  mars  1806  lui  attribua  seulement   une   demi-bourse. 

3.  57  p.  in-i°,  Laval,  Portier,  imprimeur  de  l'école  centrale  de 
la  Mayenne,  rue  Renaise. 

4.  Arch.  départ.  Série  L. 

5.  Arch.  départ.  Série  L. 


-  3i9  - 

commence  le  l®*"  brumaire  et  fmitle  15  fructidor  de  cha- 
que année.  Les  classes  ont  lieu  de  8  heures  du  matin 
à  4  heures  du  soir  en  été,  de  7  h.  du  matin  à  6  h.  du 
soir  en  hiver.  Il  y  a  six  salles  consacrées  à  l'enseigne- 
ment, non  compris  celles  de  dessin  et  la  bibliothèque. 
Celle-ci  est  ouverte  au  public  les  jours  impairs  et  les 
décadis. 

Il  est  formé  un  conseil  d'administration  pour  la  dis- 
cipline intérieure  de  Técole,  composé  de  trois  membres, 
dont  les  décisions  doivent  dans  certaines  circonstances 
être  soumises  à  l'assemblée  des  professeurs,  etc...^ 

Le  citoyen  Foucher  a  commencé  son  cours  le  l"""  bru- 
maire. Le  personnel  de  Técole  est  alors  au  complet. 

M.  Létard,  curé  eonstitutionnel  de  Cossé-le- Vivien, 
qui,  après  la  Terreur,  avait  repris  l'exercice  du  culte 
dans  sa  paroisse,  mais  avait  dû  abandonner  son  pres- 
bytère par  crainte  des  chouans  qui  occupaient  le  pays, 
était  venu  se  réfugier  à  Laval.  Les  professeurs  de  l'é- 
cole centrale  obtinrent  qu'il  fût  nommé  adjoint  au  biblio- 
thécaire, M.  Laban.  Celui-ci  avait  été  obligé  à  la  fin  de 
l'année  qui  venait  de  s'écouler  de  remplacer  le  citoyen 
Sartre  parti  pour  son  pays  et  qui  n'osait  en  revenir  en 
présence  de  la  guerre  civile  qui  désolait  la  Mayenne.  Il 
ne  pouvait  dès  lors  s'occuper  assez  assidûment  de  la 
bibliothèque  et  avait  dû  demander  quelqu'un  pour  le 
suppléer.  M.  Létard,  accepté  par  l'administration,  fut 
nommé  le  l^**  brumaire.  Il  parait  avoir  été  chargé  en 
même  temps  du  cours  élémentaire.  Son  enseignement 
comprend  l'histoire  grecque,  la  géographie,  les  gram- 
maires latine  et  française,  la  traduction  des  fables  de 
Phèdre,  etc..  '2. 

Nous  avons  toujours  le  programme  imprimé  des  exer- 
cices publics  soutenus  par  les  élèves  de  l'école  en  l'an  V il  1. 

1.  Arch.  dëi)art.  Registre  des  arrêtés,  etc.,  fo  2. 

2.  Arch  départ.  Registre  des  arrêtés,  etc.,  f»  'i. 


—  3^0  — 

11  n'y  a  pas  d'examen  pour  le  cours  d'histoire.  M.  Laban 
est  encore  porté  comme  professeur  de  physique  et  chi- 
mie en  remplacement  de  M.  Sartre  toujours  absente 

La  paix  conclue  avec  les  chouans  ayant  permis  à  M. 
Létard  de  résider  dans  sa  paroisse,  il  donne  sa  démis- 
sion et  est  remplacé,  le  16  vendémiaire  an  IX,  par  l'é- 
vêque  constitutionnel,  Charles-François  d'Orlodot^,  qui 
semble  s'être  occupé  plus  particulièrement  de  la  biblio- 
thèque-'. Le  petit  nombre  de  prêtres  soumis  à  son  auto- 
rité rendant  facile  l'administration  de  son  diocèse,  il  fut 
fort  heureux  de  cette  nomination  et  surtout  sans  doute 
de  toucher  un  traitement  relativement  élevé  qui  devait 
lui  procurer  des  moyens  d'existence,  alors  que  les  mem- 
bres du  clergé,  assermenté  ou  non,  ne  recevaient  au- 
cune rétribution. 

M.  Bucquet  suppléait,  depuis  messidor  an  VII,  M. 
Fanneau-Lahorie,  député  au  conseil  des  Cinq-Cents, 
récemment  sorti  du  corps  législatif  et  qui  venait  d'ac- 
cepter les  fonctions  de  conservateur  des  bois  et  forêts 
de  Liège.  Ayant  appris  cette  nomination,  M.  Bucquet 
s'empressa  de  demander  à  être  promu  professeur  titu- 
laire. Dans  une  pétition  adressée  au  Préfet  de  la  Mayen- 
ne, il  expose  que  M.  Fanneau-Lahorie  ayant  autrefois 
sollicité  une  place  de  professeur  à  l'Ecole  centrale,  a  tou- 

1.  Laval,  Riballier,  imprimeur  de  la  Préfecture,  rue  Renaise, 
21  messidor  an  VIIL  61  pages  in-4". 

2.  D'Orlodot  appartenait  à  une  ancienne  famille  de  gentils- 
hommes verriers.  Il  avait  été  baptisé  à  Vienne-le-Ghâteau  (Marne) 
le  20  septembre  1756.  Il  était  fils  de  Gabriel  d'Orlodot  d'Armont 
et  de  Marie-Prudente  Bonnay-Balberk,  de  Montagne-sur-Aisne. 
Suivant  M.  Léon  Séché  (Les  derniers  Jansénistes,  tome  I^"",  page 
351).  il  était  né,  le  17  septembre,  au  Four-de-Paris,  verrerie  de 
la  commune  de  la  Ghalade  (Meuse),  qui  n'est  séparée  de  celle  de 
Vienne-le-Ghâteau  que  par  une  petite  rivière,  la  Biesme.  M. 
BouUier  dit,  en  effet,  qu  il  était  originaire  du  diocèse  de  Verdun. 
En  1810,  il  y  avait  à  l'école  secondaire  de  Laval  un  de  ses  ne- 
veux, Emmanuel  d'Orlodot  d'Armont,  né  à  la  Harazée,  verrerie 
de  la  commune  de  Vienne-le-Ghâteau. 

3.  Arch.  départ.  Registre  des  arrêtés  du  Préfet,  n»  12,  f''  107. 


—  321  — 

jours  su  se  faire  donner  des  fonctions  qui  Font  constam- 
ment empêché  de  faire  son  cours,  de  telle  sorte  qu'il  n'a 
jamais  professé  dans  cet  établissement.  Ses  nouvelles 
fonctions  devant  encore  le  tenir  éloigné  du  département 
de  la  Mayenne,  le  pétitionnaire  demande  a  être  nommé 
titulaire  d'un  cours  qu'il  professe  depuis  deux  ans  avec 
autant  de  régularité  que  de  succès.  La  requête  de  M. 
Bucquet  fut  entendue  et  il  fut  en  effet  nommé  profes- 
seur titulaire  le  18  ventôse  an  IX  ^  Son  cours  de  ladite 
année  est  consacré  à  l'étude  des  corps. 

C'est  en  l'an  IX  que  M.  Bucquet  fit  imprimer  un  ré- 
sumé de  ses  leçons,  en  forme  de  tableaux,  sur  feuilles 
double  in-folio.  Nous  avons  sous  les  yeux  huit  de  ces 
tableaux^.  Le  premier  est  consacré  aux  généralités,  les 
cinq  suivants  au  règne  minéral,  deux  autres  au  règne 
végétal.  Peut-être  en  existe-t-il  d'autres  encore  qui  ne 
nous  sont  pas  parvenus. 

Le  rapport  officiel  du  Conseil  général  de  la  Mayenne 
pour  l'an  IX  constate  que  le  patriotisme  des  profes- 
seurs de  l'Ecole  centrale,  leurs  talents  et  leur  moralité 
font  concevoir  les  plus  grandes  espérances  et  qu'il  est 
utile  de  conserver  une  institution  qui  influe  sur  la  pros- 
périté de  l'empire^. 

De  son  côté  le  Préfet  de  la  Mayenne,  M.  Harmand, 
dans  une  lettre  du  19  floréal  an  IX,  reproduite  par  M. 
l'abbé  Allain^,  constate  la  prospérité  de  cet  établisse- 
ment. «  L'école  centrale  qui  est  établie  à  Laval  offre  aux 
parents  et  aux  élèves  un    surcroît  d'avantages   et   de 


1.  Arch.  départ.  Registre  des  arrêtés  du  Préfet,  n»  57.  f°  146. 

2.  Tableaux  élémentaires  d'histoire  naturelle  pour  servir  aux 
leçons  de  l'école  centrale  de  la  Mayenne,  publiés  au  mois  de  ni- 
vôse an  IX.  Laval,  Portier,  rue  Henaise. 

3.  Albert  Duruy,  L'Instruction  publique  et  la  Révolution.  Ap- 
pendice, p.  488. 

4.  L'Œuvre  scolaire  de  la  Révolution,  1189-1802.  Appendice^ 
p.  425. 


—  3-22  — 

moyens  d'instruction  que  l'ancien  collège  n'a  jamais 
possédés.  L'école  centrale  est  complète  et  nous  avons 
des  professeurs  recommandables  par  leur  zèle  et  leurs 
lumières.  Aussi  je  ne  vois  pas  ce  que  nous  pourrions 
désirer  de  mieux.  Mais  il  me  paraîtrait  très  utile  qu'eu 
égard  à  la  population  et  à  l'importance  de  la  commune 
il  y  eût  des  instituteurs  principaux  qui  disposeraient  les 
élèves  à  passer  à  l'école  centrale.  » 

Ainsi,  alors  que  dans  la  plupart  des  départements  les 
Conseils  généraux  et  les  Préfets  se  plaignaient  de  la 
mauvaise  organisation  des  écoles  centrales  et  du  petit 
nombre  d'élèves  qui  les  fréquentaient',  les  administra- 
teurs de  la  Mayenne  constataient  que  celle  de  Laval 
avait  réussi.  Ce  résultat  était  dû  uniquement  au  talent 
et  au  dévouement  des  professeurs.  Les  trois  anciens 
doctrinaires  attachés  à  cette  école,  secondés  par  Laigre 
et  Réveil,  également  voués  depuis  longtemps  à  l'ins- 
truction, avaient  su,  dans  une  certaine  mesure,  remé- 
dier au  vice  de  la  loi,  tant  par  l'établissement  d'un  pen- 
sionnat que  par  la  création  d'un  cours  élémentaire,  en 
vue  de  mettre  les  enfants  sortant  des  écoles  primaires 
en  état  de  suivre  leurs  leçons.  Ce  n'était  certainement 
pas  l'idéal,  mais  c'était  déjà  mieux  que  ce  qui  existait 
dans  la*  plupart  des  autres  départements. 

Malgré  cela,  le  nombre  des  élèves  suivant  les  cours 
de  lettres  était  toujoifrs  bien  faible.  Cela  résulte  indi- 
rectement de  la  lettre  du  préfet  demandant  des  institu- 
teurs principaux  qui  disposeraient  les  élèves  des  écoles 
primaires  à  entrer  à  l'école  centrale.  Car  si,  à  Laval,  le 
cours  élémentaire,  dirigé  par  les  anciens  professeurs  du 
collège,  pouvait  suppléer  en  partie  à  ces  écoles  primai- 
res supérieures,  il  n'existait  rien  de  semblable  dans  les 
autres  districts  et  ceux-ci  devaient  fournir  bien  peu  d'é- 
lèves à  l'école  centrale. 


1.  V.  les  documents  publiés  en  appendices  à  la  suite  des  ou- 
vrages de  MM.  A.  Duruy  et  l'abbé  Allain. 


» 


—  323  — 

Le  H  messidor,  le  préfet  de  la  Mayenne  adressait  au 
ministre  un  Tableau  des  objets  que  l'école  centrale  de 
Laval  renferme  pour  l'instruction  publique^ .  Ce  docu- 
ment nous  fournit  quelques  renseignements  sur  l'état, 
encore  précaire  en  ce  moment,  des  cabinets  de  physique 
et  d'histoire  naturelle  attachés  à  cet  établissement. 

Huit  folios  sont  consacrés  au  catalogue  de  la  biblio- 
thèque. A  la  suite  vient  une  liste  des  instruments  de 
physique  récemment  acquis.  La  liste  en  est  longue  et 
Ton  voit  que  l'école  était  déjà  pourvue  des  principales 
machines  indispensables  pour  la  démonstration  de  cette 
science  et  pour  l'exécution  des  expériences  les  plus  im- 
portantes et  les  plus  usuelles. 

La  liste  des  principales  gravures  et  bosses  servant  à 
l'enseignement  du  dessin,  qui  suit,  est  encore  peu  im- 
portante. 

Mais,  ainsi  que  le  constate  M.  Harmand,  le  cabinet 
d'histoire  naturelle  est  absolument  nul.  Malgré  les  de- 
mandes réitérées  adressées  au  ministre  de  l'Intérieur,  on 
n'a  reçu  aucun  envoi  et  on  en  est  réduit  à  recueillir  dans 
les  campagnes  et  à  emprunter  chez  différents  particu- 
liers les  diverses  substances  naturelles  dont  la  connais- 
sance importe  à  l'instruction  des  élèves. 

Le  jardin  botanique  est  grand,  spacieux,  bien  situé 
et  bien  arrosé.  On  y  a  rassemblé  1.300  plantes  exoti- 
ques et  3.000  plantes  indigènes  et  usuelles.  Une  belle 
serre  chaude  y  est  jointe,  avec  un  jardinier-botaniste 
très  instruit. 

La  bibliothèque  exige  un  fonds  annuel  de  600  francs, 
l'école  de  dessin  250  francs,  pour  gravures,  bosses  et 
bois  de  chauffage.  Le  cabinet  de  physique  et  chimie,  600 
francs  pour  achat  d'instruments  et  entretien  ;  le  jardin 
botanique,  1.200  fr.  pour  le  jardinier,  300  fr.  pour  l'aide, 

1.  Arch.  départ.  Série  L. 


—  324  - 

150  fr.  de  fumier  et  pots  et  160  fr.  pour  le  chauffage  et 

l'entretien  de  la  serre. 

Les  frais  d'entretien  de  l'école  centrale  se  sont  élevés 

pour  l'an  IX  à  34.500  francs,  savoir  : 

Onze  professeurs  à  2.000  francs  ....  22.000 
Pension  de  20  boursiers  à  300  francs  .  .  .  6.000 
Traitement  du  jardinier  botaniste  .     .     .     .       1.200 

Concierge 400 

Dépenses  diverses  : 

Réparations 800 

Prix. 600 

Culture  du  jardin  botanique  .  .  .  1.000 
Achat  de  gravures  et  dessins  .  .  200 
Abonnements  de  journaux.  .  .  .  200 
Achat  d'ouvrages  et  reliures  .  .  .  800 
Machines  de  physique  et  chimie.  .  800 
Menus  frais  d'expériences.  .  .  .  400 
Frais  de  port  des  ouvrages  .     .     .         100 

4.900       4.900 


34.500 
Le  programme  des  exercices  publics  soutenus  par  les 
élèves  de  l'Ecole  centrale  du  24  thermidor  au  10  fructi- 
dor an  IX  a  été  imprimé,  mais  le  nom  d'aucun  des  pro- 
fesseurs n'y  est  mentionnée 

Les  20  bourses  créées  par  la  loi  pour  des  jeunes  gens 
sans  fortune,  mais  ayant  fait  preuve  de  capacité  et 
recommandés  par  les  professeurs  de  l'école,  paraissent 
avoir  été  supprimées  dans  le  cours  de  cette  année.  Les 
titulaires  semblent  être  restés  en  possession  de  celles 
qui  leur  avaient  été  accordées  ;  mais  ceux  d'entre  eux 
qui  renoncèrent  à  ce  privilège  ne  furent  pas  remplacés. 
Un  des  élèves  de  l'Ecole  centrale  de  Laval,  M.  Man- 


1.  Laval,  Portier,  libraire-imprimeur  de  la  Préfecture  et  de  l'é- 
cole centrale  de  la  Mayenne,  rue  Renaise,  73  pages  in-4o. 


—  325  — 

ceau,  ayant  quitté  l'école,  le  Préfet,  M.  Harmand,  avait 
cru  devoir  nommer  à  sa  place  le  jeune  Palicot,  Auguste, 
âgé  de  14  ans,  dont  le  père,  administrateur  de  la  com- 
mune de  Ghailland,  avait  été  tué  par  les  chouans  le  23 
germinal  an  III.  L'arrêté  du  Préfet  porte  la  date  du  23 
pluviôse  an  IX ^  Mais  le  ministre  Ghaptal,  par  lettre  en 
date  du  12  ventôse,  prévient  celui-ci  que  son  arrêté  ne 
pouvait  être  approuvé  et  n'aurait  aucun  effet^. 

Aucun  changement  ne  se  produit  parmi  les  profes- 
seurs de  l'école  centrale  pendant  l'an  X.  Les  examens 
publics  ont  lieu  comme  d'habitude  à  la  fin  de  l'année, 
du  2  au  14  fructidor,  jour  de  la  distribution  des  prix 3. 

Il  n'est  plus  question  dans  la  brochure  du  cours  élé- 
mentaire qui  semble  cependant  avoir  toujours  existé  et 
a  été  divisé  depuis  Tannée  précédente  en  deux  divisions 
suivant  la  force  des  élèves. 

M.  James  a  repris  la  direction  de  son  cours  embras- 
sant pour  cette  année  l'histoire  ancienne,  l'histoire  mo- 
derne jusqu'à  Hugues  Capet,  et  la  géographie. 

Le  cours  de  M.  Bucquet  a  eu  pour  objet  le  règne 
animal. 

Les  anciens  doctrinaires  attachés  à  l'école  centrale  de 
Laval  n'avaieat  pas  été  sans  remarquer  combien  l'ins- 
truction des  jeunes  gens,  telle  qu'elle  avait  été  organi- 


1.  Arch.  départ.  Registre  des  arrêtés  du  Préfet,  n»  83,  f»  142. 

2.  «  Citoyen  Préfet,  l'arrêté  par  lequel  vous  accordez  au  jeune 
Palicot,  dont  le  père  a  été  égorgé  par  une  troupe  de  chouans,  une 
place  gratuite  dans  le  pensionnat  de  vingt  élèves  de  l'école  cen- 
trale de  votre  département  ne  peut  être  approuvé,  la  circulaire 
qui  vous  a  été  aaressée  le  20  germinal  an  V III  aj^ant  suspendu 
les  dispositions  de  la  loi  du  3  brumaire  an  IV  relatives  à  l'entre- 
tien de  ce  pensionnat.  Je  ne  puis,  citoyen  Préfet,  autoriser  la 
mesure  que  vous  me  proposez  par  votre  arrêté  du  23  pluviôse. 
Je  vous  invite  très  expressément  à  révoquer  sur  le  champ  toute 
disposition  semblable  que  vous  auriez  prise  contre  le  vœu  de 
cette  circulaire.  Je  vous  préviens  qu'il  ne  vous  sera  accordé  au- 
cun fonds  dans  le  crédit  de  l'an  IX.  Je  vous  salue.  Chaptal.  » 
Arch.  départ.  Série  L. 

3.  Laval,  Portier,  libraire  et  imprimeur,  47  p.  in-4o. 


—  326  — 

sée  par  la  loi  du  3  brumaire  an  IV,  offrait  de  lacunes. 
L'interruption  de  l'étude  des  lettres  pendant  deux  an- 
nées, durant  lesquelles  les  élèves  de  la  seconde  section 
devaient  suivre  uniquement  des  cours  de  sciences,  ma- 
thématiques, physique  et  chimie,  leur  avait  paru  abso- 
lument contraire  à  une  éducation  solide  et  complète. 
Lorsque  ces  jeunes  gens  reprenaient  dans  la  troisième 
section,  à  l'âge  de  16  à  18  ans,  l'étude  des  belles-lettres 
et  de  la  grammaire  générale,  ils  avaient  oublié  les  prin- 
cipes et  éprouvaient  beaucoup  de  peine  à  se  remettre  à 
ces  études,  ou  bien  y  renonçaient  complètement.  Aussi 
les  professeurs,  tout  en  laissant  aux  différents  cours 
leurs  appellations  ofRcielles,  s'étaient-ils  empressés  d'or- 
ganiser, à  côté  de  ceux-ci,  des  classes  supplémentaires 
pour  les  jeunes  gens  désireux  de  s'instruire. 

a  L'école  centrale  de  la  Mayenne,  dit  en  effet  M. 
Boullier  qui,  écrivant  en  1840,  avait  pu  se  renseigner 
près  de  quelques  anciens  élèves  de  cette  école  encore 
existants  à  cette  date',  fut  simplement  une  transforma- 
tion du  collège  d'après  les  nouvelles  lois  sur  l'instruc- 
tion publique.  Le  personnel  resta  le  même.  On  changea 
seulement  les  qualifications  officielles  des  professeurs.... 
L'organisation  de  cette  école  était  bizarre  et  portait 
l'empreinte  des  théories  de  l'époque.  Il  y  avait  un  direc- 
teur, un  bibliothécaire,  des  professeurs  de  législation, 
de  belles-lettres,  d'histoire,  de  physique,  de  mathémati- 
ques, de  botanique,  et  enfin  un  professeur  de  langues 
anciennes.  Toute  cette  classification  n'existait  en  réalité 
que  sur  le  papier.  Les  professeurs,  hommes  de  talent, 
suivaient  tout  simplement  les  anciennes  méthodes.  Ils 
avaient  chez  eux  toutes  les  classes,  depuis  la  septième 
jusqu'à  la  rhétorique,  comme  avant  les  décrets  de  la 
Convention.  Leur  enseignement  était  irréprochable, 
mais  la  religion  en  était  entièrement  bannie,  etc..  » 


1.  Mémoires  ecclésiastiques  concernant  la  ville  de  Laval  et  ses 
environs  pendant  la  Révolution,  page  254. 


—  327  — 

Cela  est  vrai,  surtout  pour  les  dernières  années  de 
l'Ecole  centrale.  Une  note  placée  à  la  fin  du  programme 
des  exercices  publics  de  l'an  X  annonce  qu'à  partir  de 
l'année  suivante,  pour  faciliter  les  progrès  des  élèves  et 
rapprocher  le  mode  d'enseignement  de  celui  que  pres- 
crit le  nouveau  plan  d'instruction  publique,  l'école  of- 
frira non  des  cours  séparés,  à  côté  les  uns  des  autres, 
mais  un  système  d'instruction  commune  combiné  avec 
les  facultés  des  jeunes  étudiants. 

C'est  qu'en  effet  la  loi  de  floréal  an  X,  préparée  par 
Fourcroy,  venait  de  décider  la  suppression  des  écoles 
centrales  et  de  réorganiser  l'instruction  publique  d'après 
un  plan  qui,  faisant  justice  du  système  incohérent  ima- 
giné par  la  Convention,  se  rapprochait  considérable- 
ment de  celui  qui  était  suivi  dans  les  collèges  avant  la 
Révolution. 

Les  vices  de  la  loi  de  brumaire  an  IV,  si  souvent 
dénoncés  à  la  tribune  des  conseils  des  Cinq-Cents  et  des 
Anciens  sous  le  Directoire  ^  étaient  universellement  re- 
connus. Une  expérience  de  cinq  années  avait  démontré 
la  mauvaise  organisation  des  écoles  centrales.  L'entête- 
ment des  anciens  conventionnels,  demeurés  en  grand 
nombre  dans  les  conseils  du  Directoire,  avait  empê- 
ché l'adoption  des  réformes  proposées  à  différentes  re- 
prises. Mais  le  corps  législatif  du  consulat  s'était  em- 
pressé de  voter  la  nouvelle  loi  qui  lui  avait  été  soumise 
pour  relever  l'instruction  publique. 

Il  était  créé  des  écoles  primaires,  dirigées  par  des 
instituteurs  et  des  institutrices,  suivant  les  besoins  de 
la  population. 

Des  écoles  secondaires,  autorisées  par  le  gouverne- 
ment, seraient  fondées,  soit  par  les  municipalités,  soit 
par  des  particuliers.  On  y  enseignerait  les  langues  latine 

1.  V.  l'abbé  Allain.  L'Œuvre  scolaire  de  la  Révolution,  cha- 
pitre VII.  Les  Débats  des  roftsrf/s  dti  Dirretoire.  pages  220  à 
286. 


—  328  — 

et  française  et  les  premiers  principes  de  l'histoire,  de  la 
géographie  et  des  mathématiques. 

Enfin  le  gouvernement  créerait,  pour  l'instruction  su- 
périeure, des  lycées,  à  raison  d'un  au  moins  par  arron- 
dissement de  tribunal  d'appel.  Il  y  aurait  dans  chacun 
de  ces  lycées  au  moins  huit  professeurs,  placés  sous  la 
direction  d'un  proviseur,  d'un  censeur  et  d'un  procu- 
reur, assistés  d'un  conseil  d'administration.  L'instruc- 
tion comprendrait  les  langues  anciennes,  la  rhétorique, 
la  logique,  la  morale  et  les  éléments  des  sciences  physi- 
ques et  mathématiques.  Les  élèves  seraient  :  ceux  que  le 
gouvernement  y  placerait  comme  boursiers',  les  élèves 
des  écoles  secondaires  admis  au  concours  et  les  pen- 
sionnaires ou  externes  présentés  par  leurs  parents. 

Les  écoles  secondaires  créées  par  la  nouvelle  loi  de- 
vaient donc  tenir  lieu  des  écoles  primaires  supérieures 
réclamées  depuis  si  longtemps.  Quant  à  l'instruction 
donnée  dans  les  lycées,  elle  était  bien  la  même  que  celle 
qui  était  professée  dans  les  anciens  collèges,  dont  tou- 
tefois le  programme  était  considérablement  élargi,  no- 
tamment en  ce  qui  concerne  les  sciences. 

Les  lycées  devaient  être  organisés  successivement,  de 
façon  à  être  tous  installés  en  l'an  XIII.  Le  gouverne- 
ment s'était  réservé  de  déterminer  les  écoles  centrales 
qui  devraient  cesser  leurs  fonctions.  Les  autres  conti- 
nueraient à  subsister  jusqu'à  la  fin  de  l'an  XII. 

Laval  ne  pouvait  espérer  obtenir  un  lycée.  Son  école 
centrale  était  donc  destinée  à  disparaître  deux  ans  plus 
tard.  Mais  les  professeurs  qui  la  dirigeaient  s'étaient 
empressés  de  modifier  leur  enseignement,  suivant  le 
programme  d'études  indiqué  dans  la  nouvelle  loi,  en 
divisant  le  cours  de  langues  anciennes  en  quatre  classes 
dont  l'histoire,  la  géographie  et  l'histoire  naturelle  ne 
sont  plus  que  des  annexes. 

1.  Au  nombre  de  6.400  pour  toute  la  France. 


—  3i9  - 

A  la  fin  de  l'an  X,  le  sieur  Legros  avait  été  rem- 
placé comme  professeur  de  dessin  par  un  sieur  Leramus 
qui  semble  n'avoir  pas  accepté  et  fut  remplacé  lui- 
même  par  un  sieur  Domaine,  de  Rennes. 

Le  programme  des  exercices  publics  des  élèves  de 
TEcole  centrale  à  la  clôture  des  cours  de  Tan  XI  a  en- 
core été  imprimé.  Il  est  cette  fois  peu  important  et  ne 
comprend  que  huit  pages'.  La  division  du  cours  de  lan- 
gues anciennes  en  quatre  classes  y  est  mentionnée.  Il  y 
a  un  examen  de  législation  dont  le  cours  avait  été  con- 
servé malgré  les  changements  apportés  dans  l'enseigne- 
ment. 

L'école  fut  maintenue  sans  nouvelles  modifications 
pendant  Tan  XII,  jusqu'à  la  fin  de  l'année  scolaire.  Mais 
il  ne  semble  pas  qu'il  y  ait  eu  d'exercices  publics  sou- 
tenus par  les  élèves  avant  la  distribution  des  prix,  ou  du 
moins  le  programme  n'en  a  pas  été  imprimé. 

Un  arrêté  du  27  floréal  an  XII  avait  attribué  à  la 
ville  de  Laval,  pour  l'établissement  d'une  école  secon- 
daire, les  bâtiments  et  enclos  de  l'école  centrale,  y  com- 
pris la  bibliothèque,  le  cabinet  de  physique  et  le  jardin 
botanique. 

Cette  école  fut  ouverte  le  15  vendémiaire  an  XIII  (7 
octobre  1804).  Les  anciens  professeurs  de  l'école  cen- 
trale étaient  conservés  en  fonction  dans  le  nouvel  éta- 
blissement : 

M.  Laban,  comme  directeur,  avec  un  traitement  de 
1.300  francs  2. 

M.  Réveil,  professeur  de  7®  et  8®  3. 

1.  Laval,  Portier,  8  pages  in-4o. 

2.  M.  Laban  quitta  Laval  en  1806  pour  être  précepteur  des  en- 
fants du  général  Clarke  qui,  devenu  duc  de  Feltre  et  ministre 
de  la  guerre,  lui  fit  accorder  une  place  à  ce  nnnistère.  Il  était 
encore  en  fonctions  en  1815  et  paraît  avoir  conservé  son  j)0ste 
sous  la  Restauration. 

3.  Réveil  quitta  l'école  vers  1805  pour  se  retirer  à  Chàteuu- 
Gontier  et  nioui  ut  vers  1819. 


-  330  — 

M.  James,  professeur  de  5^  et  6*''. 

M.  Pesseau,  professeur  de  3^  et  4®2. 

M.  Laigre,  professeur  de  V^  et  de  2^^ 

M.  Sartre,  professeur  de  mathématiques  et  histoire 
naturelle^. 

M.  Noël,  professeur  de  mathématiques^. 

M.  Domaine,  professeur  de  dessin. 

Tous  ces  professeurs  devaient  toucher  un  traitement 
de  1.200  francs,  à  l'exception  de  M.  Réveil  dont  la  rétri- 
bution était  fixée  à  1.000  francs  seulement. 

Le  cours  de  législation  était  complètement  supprimé 
cette  fois. 

M.  Bucquet  n'était  pas  maintenu  comme  professeur  à 
l'école  secondaire,  mais  il  était  conservé  à  la  tête  du 
jardin  botanique  annexé  à  cet  établissement,  ayant  sous 
ses  ordres  le  jardinier  en  chef,  M.  Doudet. 

M.  D'Orlodot  était  également  laissé  à  la  tète  de  la 
bibliothèque,  installée  dans  les  dépendances  de  l'école 
et  ouverte  au  pubUc  plusieurs  jours  par  décade,  et  plus 
tard  par  semaine,  après  le  rétablissement  du  calendrier 
grégorien^. 

1.  M.  James  donna  sa  démission  vers  la  fin  de  l'année  scolaire 
et  fut  remplacé  le  2  fructidor  an  XIII  par  FavroUe.  Il  était  en- 
core en  1815  commissaire  des  guerres  à  Laval. 

2.  M.  Pesseau  quitta  Laval  vers  1808  et  devint  professeur  de 
belles-lettres  à  1  école  militaire  de  Saint-Gyr,  Il  conserva  ses 
fonctions  lors  de  la  réorganisation  de  cette  école  en  1815. 

3.  M.  Laigre.  nommé  professeur  au  lycée  d'Angers  en  1806  et 
en  1809  à  l'école  de  cavalerie  de  Saint-Germain,  plus  tard  réunie 
à  celle  de  Saint-Cyr,  fut  maintenu  en  fonctions  en  1815. 

4.  Il  quitta  Laval  après  1811  pour  se  retirer  à  Toulouse. 

5.  M.  Noël  quitta  également  l'école  secondaire  de  Laval  pour 
devenir  professeur  d'histoire  et  géographie  à  l'école  militaire  de 
Saint-Gyr  (Almanach  impérial  de  1810)  et  fut  conservé  lors  de 
la  réorganisation  de  l'école  en  1815  (Lettre  de  Laban  du  31  jan- 
vier 1816). 

6.  D'Orlodot  logeait,  avec  une  de  ses  sœurs,  dans  les  dépen- 
dances de  la  Bibliothèque,  donnant  des  leçons  à  quelques  jeunes 
gens  qui  lui  avaient  été  confiés.  Mais  ayant  reçu  chez  lui  plu- 
sieurs enfants  chassés  de  Técole  secondaire  pour  insubordination, 
les  professeurs    de  cet  établissement  adressèrent  au  préfet,  à 


-  331   - 

L'école  centrale  d'Angers  avait  été  érigée  en  lycée  par 
arrêté  du  16  floréal  an  XII.  Le  département  de  la 
Mayenne  devait  fournir  38  élèves  gratuits  à  cet  établis- 
sement' qui,  par  suite  de  diverses  circonstances,  fut 
ouvert  seulement  le  10  novembre  1806 -. 

Quant  à  l'école  secondaire  de  Laval,  elle  était  entrée 
en  plein  exercice  à  la  date  indiquée  dans  l'arrêté  con- 
sulaire du  27  floréal  an  XII.  Bien  que  la  loi  de  floréal 
an  X  fût  restée  muette  sur  la  question  de  l'enseigne- 
ment religieux,  celui-ci  n'en  devait  pas  moins  être  réta- 
bli dans  les  nouveaux  établissements  d'instruction  créés 
par  cette  loi.  11  avait  été  rigoureusement  banni  des  éco- 
les du  Directoire  et  ce  fut  là  une  des  causes  multiples 
de  la  non  réussite  de  ces  établissements.  Le  consul  qui 
venait  de  signer  le  concordat  avec  le  Pape  ne  pouvait 
manquer  de  le  rétablir  pour  assurer  le  succès  de  ceux 
qu'il  voulait  fonder. 

Le  prospectus  de  l'école  secondaire  de  Laval,  portant 
la  date  du  18  thermidor  an  XI 1-6  août  1804,  rédigé 
conformément  au  règlement  général  des  écoles  secon- 
daires du  19  vendémiaire  précédent^,  mentionne,  parmi 
les  exercices  des  élèves,  la  prière  récitée  en  commun 
matin  et  soir  et  la  messe  et  les  vêpres  avec  instruc- 
tions religieuses  les  jours  de  dimanches  et  fêtes^. 


diverses  reprises,  notamment  en  1807  et  en  1810,  des  dénoncia- 
tions contre  lui.  Ils  insistaient  surtout  sur  le  danger  qui  pouvait 
résulter  pour  la  bibliothèque  de  la  présence  de  ces  enfants  turbu- 
lents et  dissipés,  logés  dans  de  petites  chambres  situées  au-des- 


sus du  dépôt  des  livrer,  qui  pourraient  y  mettre  le  feu.  En- 
nuyé de  ces  tracasseries,  d  Orlodot  donna  sa  démission  pour  se 
retirer  auprès  de  son  ancien  métropolitain.  Le  Goz,  nommé  ar 
chevéque  de  Besançon, 

1.  Annuaire  du  département  de  Maine-et-Loire  pour  l'an  VIII. 

2.  Elie  Sorin.  Histoire  du  Lycée  d'Angers. 

3.  Nous  n'avons  pas  retrouvé  ce  règlement. 

4.  Laval,  Portier,  9  pages  in-4o.  Le  bureau  d'administration  de 
cette  école  est  compose  de  MM.  Ilarmand,  préfet  du  département 
et  président;  Bouuet,  maire  de  Laval  et  vice-président,  Enju- 
baiiIt-Boëssay  et  Lepescheux  conseillers  municipaux;  Provost, 
commissaire  impérial  ;  Moreau-Lanot^,  juge  de  paix,  et  Laban, 
directeur. 


—  332  — 

Les  anciens  professeurs  de  TEcole  centrale  se  soumi- 
rent sans  regret  à  ces  recommandations,  heureux  de  ce 
retour  à  un  ancien  usage  dont  sans  doute  ils  déploraient 
l'abandon.  Car,  si  les  trois  anciens  doctrinaires  et 
les  deux  ci-devant  prêtres,  attachés  à  cette  Ecole, 
avaient  prêté  le  serment  à  la  constitution  civile  du 
clergé,  s'ils  avaient  abdiqué  toute  fonction  ecclésiasti- 
que pendant  la  Terreur  et  prêté  le  nouveau  serment  de 
haine  à  la  royauté  sous  le  Directoire,  ils  n'en  avaient 
pas  moins  conservé  au  fond  du  cœur  des  sentiments  re- 
ligieux, bien  que  rien,  ni  dans  leur  conduite,  ni  dans  leur 
enseignement,  ne  le  laissât  supposer. 

«  Leur  enseignement  était  irréprochable  sous  le  rap- 
port littéraire,  a  dit  M.  Boullier  ;  il  a  formé  des  hom- 
mes instruits  ;  mais  la  religion  en  était  entièrement  ban- 
nie. Les  maîtres,  dit-on,  ne  se  permettaient  pas  de  dé- 
clamations contre  elle  ;  mais  ils  ne  prononçaient  jamais 
un  mot  pour  en  inspirer  ni  la  croyance  ni  l'amour.  Il 
n'y  avait  dans  la  maison  ni  prière  en  commun,  ni  exer- 
cices religieux  quelconques  :  on  devine  quels  effets  de- 
vait produire  cette  affectation  d'indifférence.  » 

Il  est  certain  que  les  professeurs  à  l'Ecole  centrale 
avaient  suivi  scrupuleusement  dans  leur  enseignement 
public  les  prescriptions  de  la  loi  de  brumaire  an  IV  qui 
avait  proscrit  la  religion  de  tous  les  établissements  offi- 
ciels d'instruction  :  du  reste,  s'ils  y  avaient  manqué,  ils 
eussent  été  dénoncés  et  eussent  été  révoqués  de  leurs 
fonctions,  auxquelles  ceux  d'entre  eux  qui  avaient  fait 
partie  de  l'ancien  clergé  avaient  sacrifié  leur  dignité  et 
leur  honneur. 

Ceux-ci,  chargés  plus  spécialement  de  la  direction  du 
pensionnat  annexé  à  l'école  centrale,  avaient  gardé  la 
même  réserve  vis-à-vis  de  leurs  élèves  internes.  Toute- 
fois un  de  ces  derniers  nous  a  bien  des  fois  raconté  que, 
sous  le  Directoire,  M.  Laban,  qui  s'intéressait  à  lui, 
l'avait  souvent   fait  monter  dans   sa   chambre  particu- 


-  333  - 

Hère  pour  lui  faire  réciter  ses  prières,  ce  qui  prouve  la 
réalité  des  sentiments  religieux  conservés  par  cet  an- 
cien doctrinaire  malgré  son  apostasie.  Il  en  était  de 
même  de  ses  collègues.  Mais  aucun  d'entre  eux  n*eût 
osé  avouer  ces  sentiments  devant  leurs  élèves,  moins 
peut-être  par  la  crainte  d'une  dénonciation,  que  pour 
éviter  les  ripostes  plus  ou  moins  vives  ou  blessantes 
qu'ils  eussent  pu  s'attirer,  aussi  bien  des  jeunes  gens 
appartenant  à  des  familles  républicaines  et  athées  que 
de  ceux  dont  les  parents  n'avaient  point  adhéré  au 
schisme  et  avaient  dû  se  résoudre,  non  sans  répugnance, 
à  confier  leurs  enfants  à  ces  prêtres  apostats. 

Le  concordat  ayant  ramené  la  paix  religieuse,  ils 
pouvaient  laisser  paraître  leurs  sentiments  intimes  et 
s'empressèrent  d'appliquer  le  nouveau  règlement  des 
écoles  secondaires  avec  la  même  exactitude  qu'ils  avaient 
fait  exécuter  l'ancien.  Ce  n'était  point  des  hommes  de 
caractère,  loin  de  là  :  leur  conduite  pendant  la  Terreur 
le  prouve  surabondamment.  Mais  ils  étaient  honnêtes 
au  sens  pratique  du  mot,  probes,  d'une  conduite  régu- 
lière et  avaient  su,  malgré  leurs  défauts,  inspirer  à 
leurs  élèves  des  sentiments  d'estime  et  de  reconnais- 
sance. 

Nous  en  trouvons  la  preuve  dans  les  démarches  fai- 
tes un  peu  avant  1830,  par  les  anciens  élèves  de  l'école 
centrale  de  Laval  pour  faire  reproduire  les  traits  de 
leurs  anciens  maîtres.  Ils  ouvrirent  entre  eux  une  sous- 
cription dans  ce  but  et  confièrent  à  un  peintre  de  talent, 
Auguste  Biard,  l'exécution  de  ces  portraits.  Trois  de 
ces  professeurs  vivaient  encore  à  Paris.  L'un  d'eux,  M. 
Laigre,  mourut  d'apoplexie,  alors  que  le  peintre  avait 
commencé  son  esquisse  qu'il  ne  put  même  terminer. 
Mais  nous  avons  sous  les  yeux  les  portraits  lithogra- 
phies des  deux  autres,  MM.  Laban  et  Pesseau'. 

1.  Imp.  et  lith.  de  Ileiii'y  Gaugîiin.  —  «  Mons^  Lahnn  (Joaepli), 
Directeur  de   l'Ecole  centrale  du  département  de   la  Mayenne  à 


-  334  - 

Ce  témoignage  d'un  souvenir  affectueux,  donné  après 
une  séparation  de  plus  de  vingt  années  à  MM.  Laban 
et  Pesseau.  milite  en  faveur  de  ces  hommes,  faibles 
sans  doute  et  sans  caractère,  mais  qui  du  moins,  par 
leurs  vertus  privées,  avaient  su  s'attacher  le  cœur  de 
leurs  élèves. 

E.  Queruau-Lamerie. 


Laval.  Ses  élèves  reconnaissans,  —  «  Mons^  Pesseau  (Joseph)^ 
professeur  de  langues  anciennes  à  l'Ecole  centrale  du  départe- 
ment de  la  Mayenne  d  Laval.  Ses  élèves  reconnaissans.  —  Nous 
possédons  en  outre  un  portrait  au  pastel  de  M.  Laban,  par 
M.  Legros,  professeur  de  dessin  à  l'Ecole  centrale,  M.  Laban 
est  posé  de  trois  quarts  et  vêtu  d'une  redingote  bleue  avec  une 
cravate  bleue  et  rouge.  Il  est  très  chauve  et  n'a  qu'une  couronne 
de  cheveux  gris,  réunis  derrière  la  tête  en  une  petite  queue  atta- 
chée par  un  ruban  noir.  Il  ne  porte  pas  encore  la  magnifique 
perruque  bouclée  dont  il  est  affublé  dans  sa  lithographie.  Mais 
ce  sont  bien  les  mômes  traits  et  la  môme  expression  de  physio- 
nomie. 


SIMON   HAYENEUFVE 

d'après  un  document  inédit* 


Dans  deux  articles  insérés,  l'un  dans  le  quarante-cin- 
quième volume  du  Congrès  archéologique  de  France 
(1878),  l'autre  dans  le  Nouvelliste  de  la  Sarthe  (7  et  8 
février  1890),  M.  Chardon  a  résumé  ce  que  l'on  savait 
sur  Simon  Hayeneufve,  soit  au  point  de  vue  biographi- 
que, soit  au  point  de  vue  de  son  œuvre  artistique. 
M.  l'abbé  Charles  a  donné  dans  le  Bulletin  monumen- 
tal (n^^  1  et  2,  1880)  quelques  nouveaux  détails  sur  le 
même  personnage  et  indiqué  la  part  qu'il  prit  dans 
l'exécution  de  la  châsse  de  Sainte  Scholastique  en  l'an- 
née 1508.  Notre  intention  n'est  point  de  redire  ce  qu'on 
trouvera  dans  ces  notices,  mais  d'ajouter  à  l'histoire  de 
notre  illustre  compatriote  ce  que  nous  avons  appris 
nous-même  par  l'étude  d'un  précieux  document  non  en- 
core utilisé,  et  dans  lequel  il  tient  une  place  prépondé- 
rante. 


1.  Une  note  de  M.  Queruau-Lamerie,  publiée  dans  le  présent 
Bulletin,  2®  série,  tome  II,  p.  314,  annonçait  l'apparition  probable 
et  prochaine  d'une  étude  promise  par  un  érudit  sur  Simon  Haye- 
neufve, où  seraient  utilisés  les  documents  que  nous  analysons 
ici.  Depuis  trois  ans  cette  promesse  n'a  pas  été  suivie  d  effet. 
Craignant  donc  (jue  l'attente  des  amateurs  ne  soit  trop  longtemps 
frustrée,  je  me  décide  à  publier  ce  travail  qui  était  en  portefeuille 
depuis  six  ans  au  moins. 


-  336  - 

Puisque,  comme  le  dit  M.  Chardon,  l'épitaphe  de 
Simon  Hayeneufve  '  fournit  encore  les  documents  les  plus 
certains  que  nous  possédions,  nous  allons  la  reproduire 
en  essayant  de  restituer  les  mots  effacés  sur  la  pierre 
ou  mal  lus  par  le  dessinateur  de  Gaignières.  Elle  fixera 
dans  Tesprit  du  lecteur  qui  aurait  besoin  de  ce  secours 
les  dates  d'une  biographie  peu  connue,  et  Téloge  qu'elle 
ôoatient  montrera  en  quelle  estime  était  tenu  le  saint 
prêtre  et  l'éminent  artiste  de  la  Renaissance. 

ArESTE   TOY   passant  et   contemple   I   QUE  sous  GESTE 
PIERRE      REPOSE      LE     CORPS   |    DE     MATSTRE     SYMON     HAYE- 
NEUFVE   issu    d'aNGEOU   I   A    PASSÉ    JEUNESSE    AVECQS    LES 
ITALIENS.      APRÈS   |    EN      l'aN      MIL     CINQ      CENS     AAGÉ      DE 
CINQUANTE   ANS   |    s'eN   VINT  AU    MANS   OU   A   FINI   LE    RESTE 
DE    SA    VIE   I   FINABLEMENT    EN   l'aAGE    DE    QUATRE    VINGTS 
ET   I   SEIZE     ANS    TRANSPERCÉ     DU     DARD    DE    LA     MORT     ET 
CEDANT   I   AU     TRIBUT     DE      HUMAINE     NATURE     MOURUT     EN 
I   GESTUI    MONASTÈRE^    AUQUEL    DÈS    l'aN    MIL  CINQ    CENS 
I   VINGT     HUIGT    AVOIT     DONNÉ     SOY,     SON     CORPS    ET    SES 
BIENS   I   COMBIEN    IL  A   DEPRISÉ   LES   MONDANITES    ET  AYMÉ 
I   LES      CHOSES      CÉLESTES,      EN      VIVANT     SOBREMENT     ET 
JUSTEMENT,      SAINCTEMENT      ET      VERTUEUSEMENT,    |    TOUT 
LE    PAYS   LE    TESTIFIE. 

QUICONQUE  TU  SOIS  QUI  LIS  CEST  ESCRIPT  |  PRIE  QUE 
SAME    REPOSE    AVEC    LES    BIENS   |   HUREUX. 

ET  TRESPASSA  LE  UNZIESME  DE  JUILLET  l'aN  |  MIL 
CINQ    CENS    QUARANTE    SIX. 

En  bordure  se  lisent  deux  distiques  incomplets  de 
plusieurs  mots.  Si  notre  restitution  ne  vaut  rien,  elle 
donnera   peut-être  l'idée   d'en  chercher  une  meilleure. 


1.  M.  Chardon  a  donné  le  premier  une  reproduction  phototy- 
pique du  monument  funéraire  de  Simon  Hayeneufve  dans  le  vo- 
lume déjà  cité  du  Congrès  archéologique  ae  France,  d'après  la 
copie  des  dessins  de  Gaignières  que  possède  la  bibliothèque  pu- 
blique du  Mans. 

2.  L'abbaye  de  Saint- Vincent,  au  Mans. 


-  337  — 

QUI    FUIT    INGENIO    CL\RUS,    QUI    MULTA    [CREAVIT] 
HIC    SEDEM    C0NDI[T,    CON]DITUa    HOC    TUMULO. 

VIS    NOMEN,    NOMEN    SYMON    A    SEPE    NOVELLA. 

TERRA    TEGIT    CORPUS,    SPIRITUS    ASTRA    COLIT. 

Un  autre  distique  se  lit  sur  la  base  du  monument  et 
reste  à  Tétat  d'énigme. 

QUE   LAPIS  *    HIC    CELAT    RESERAT    DEPICTA    FIGURA, 
NOMINA    DECLARAT    LITTERA    JUNCTA    DUPLEX. 

Les  lettres  indiquées  au  dernier  vers  sont  M.  P.  El- 
les sont  placées  à  droite  et  à  gauche  d'une  sorte  de 
médaillon  qui  porte  en  exergue  requiescat  in  page  et 
au  centre  duquel  le  dessinateur  a  tracé  quelques  linéa- 
ments indéchiffrables  ;  seuls  ils  pourraient  donner  l'ex- 
plication du  premier  vers  de  notre  distique. 

Enfin,  tout  au  bas  du  monument,  on  lit  cette  sentence  : 

VIGISSITUDO    RERUM    EST    OMNIUM. 

Avant  de  passer  plus  outre,  rappelons  d'abord  pour 
préciser  ce  que  l'épitaphe  indique  trop  vaguement,  que 
Simon  Hayeneufve  est  né  à  Ghâteau-Gontier.  Les  plus 
anciens  actes  des  registres  paroissiaux,  qui  datent  de 
1529,  font  encore  mention  assez  fréquemment  des  mem- 
bres de  cette  famille  à  laquelle  nous  croyons  devoir 
rattacher  maître  Jean  Hayeneufve,  curé  du  Bignon  aux 
dates  extrêmes    1512-1538'-.    Il  était   licencié   en    droit 


1.  Le  copiste  a  lu  lapiis. 

2.  En  1512,  il  est  en  procès  avec  Jean  de  la  Motte,  au  sujet  de 
la  pièce  de  terre  dite  de  la  Pierre  ;  Hayeneufve  prétendant  qu'elle 
dépend  de  son  lieu  des  Forges,  l'autre  aflirmant  (ju'elle  fait  par- 
tie de  son  lieu  de  Blâmée.  Le  curé  du  Bignon  céda  ses  droits 
pour  40  livres.  —  1516.  Jean  Hayneufve,  sieur  de  la  Croix,  de- 
meurant à  Ghàteau-Gontier,  pour  lui  et  Catherine  Lecthevrier,  sa 
femme,  achète  de  Jean  Delaune.  marchand,  un  uuartier  de  vigne 
au  lieu  de  la  Lande,  en  Saint-Rémy.  — 1538.  Jean  Hayneufve, 
curé  du  Bignon.  rend  aveu  à  Fromentières  pour  une  partie  du 
temporel  de  sa  cure  (Tous  ces  titres  sont  aux  archives  de  la  fabri- 
que du  Bignon,  ce  qui  établit  l'origine  castrogonlérienne  de  ces 
membres  de  la  famille  Hayeneufve). 


-  338  - 


canon.  Il  est  un  point  sur  lequel  les  documents  que 
nous  allons  analyser  réforment  l'affirmation  de  l'épigra- 
phiste,  point  important  pour  la  biographie  de  l'artiste 
et  pour  la  date  des  premiers  travaux  qu'on  peut  lui  at- 
tribuer au  Mans.  Nous  voulons  parler  de  l'année  précise 
du  retour  au  Maine  de  Simon  Hayeneufve  après  son 
séjour  en  Italie,  où  il  passa  sa  jeunesse.  L'inscription 
dit  que  ce  fut  en  l'an  1500  ;  nous  avons  au  contraire  une 
série  d'actes  parfaitement  authentiques  qui  attestent  sa 
présence  au  Mans  dès  le  commencement  de  l'année 
1495.  Il  est  bien  vrai  que  nous  n'avons  plus  de  témoi- 
gnages pour  les  années  suivantes  jusqu'à  l'année  1500  ; 
on  pourrait  donc  croire  que  le  voyage  en  Italie  daterait 
de  cette  période,  s'il  n'était  dit  par  ailleurs  que  notre 
artiste  passa  sa  jeunesse  avec  les  Italiens  ;  or,  même 
pour  un  vieillard  de  quatre-vingt  seize  ans,  la  cinquan- 
taine n'est  plus  la  jeunesse. 

Revenons  maintenant  au  manuscrit  inédit  qui  va  nous 
permettre  de  donner  sur  maître  Simon  des  renseigne- 
ments nouveaux  et  de  lui  attribuer  une  situation  so- 
ciale qu'on  ne  lui  connaissait  pas.  Nous  voulons  parler 
du  registre  qui  figure  aux  archives  du  chapitre  de  la 
cathédrale  du  Mans  sous  la  cote  B  33  et  qui  con- 
tient les  procès-verbaux  des  visites  décanales  faites  par 
les  doyens  de  Saint-Julien.  Le  cahier  le  plus  ancien  et 
le  plus  volumineux  de  ce  recueil  comprend  les  visites  fai- 
tes par  messire  Lézin  Gheminard  en  personne,  ou  de  son 
temps  et  par  son  ordre.  Il  est  rédigé  en  latin.  La  préface, 
un  peu  prétentieuse,  présente  ces  procès-verbaux  des 
visites  du  doyen  Gheminard  comme  un  modèle  que  ses 
successeurs  pourront  suivre.  Le  scribe  qui  l'a  écrit  a 
fait  son  travail  non  au  jour  le  jour  en  suivant  les  visi- 
teurs, mais  sur  les  notes  qu'ils  lui  remettaient.  Le  secré- 
taire du  doyen,  son  chapelain  ou  son  vicaire  signaient 
ensuite  chaque  article.  G'est  dire  assez  que  ce  travail 
de  transcription   n'est  point  l'œuvre  de  maître  Simon, 


-  339  - 

non  plus  que  plusieurs  initiales  formées  d'entrelacs  dans 
le  goût  du  temps  et  qui  souvent  prennent  une  grande 
partie  de  la  page. 

Simon  Hayeneufve,  à  son  retour  d'Italie,  quelle  qu'en 
soit  la  date  précise,  revenait  dans  sa  province  avec  tou- 
tes les   connaissances,  l'art  et  l'expérience  d'un  maître 
consommé,  mais  il  n'avait  ni  l'indépendance  que  donne 
la  fortune  ni  celle  que  procurent  les  dignités  ecclésias- 
tiques ou  civiles.  Il  eut  donc  besoin  d'un  protecteur,  et 
il  le  trouva  dans  maître  Lezin  Gheminard,  alors  grand 
doyen  du  chapitre,   c'est-à-dire  le    personnage  le  plus 
haut    placé  dans   l'Eglise   du   Mans  après  l'évêque.  Le 
grand  doyen  s'attacha  notre  compatriote  en  qualité  de 
chapelain  et  de  familier  «  capellanus  et  familiaris  domes- 
ticus,  ))  d'où  l'on  peut  conclure  qu'il  le  prit  pour  commen- 
sal ordinaire.  Il  se  faisait  accompagner  par  lui  particu- 
lièrement dans  les  visites  des  églises   qui  relevaient  du 
chapitre,  et  quand  la  messe  devait  être  dite  au  cours  de 
la  cérémonie,   le  dignitaire    la  faisait  célébrer  par  son 
chapelain  pendant  que  le   sermon  était  donné  par   l'un 
des  doctes  théologiens,  ses  collègues,  Geoffroy  Boussard 
en  première  ligne.  G'est  le  registre  des  visites  décanales 
de  Lezin  Gheminard  qui  nous  apprend  ce  premier  point, 
et  le  même  document  étudié  minutieusement  nous  révé- 
lera une  multitude  d'autres  détails  où  les  connaissances 
artistiques    ou    simplement    techniques    de    l'architecte 
furent  utilisées  par  son  Mécène.  Non  seulement   Simon 
Hayeneufve  était  ainsi  le  compagnon  de  son  protecteur, 
mais  comme  le  grave  personnage  ne  pouvait  s'acquitter 
toujours  lui-même  de  ses  fonctions  de  visiteur  et  comme 
il  se  faisait  remplacer  alors  par  des  délégués  qui,  pour 
la  circonstance,  devenaient  ses  vicaires  et  en  prenaient 
le  titre,  maître  Simon  du  Mans  eut  souvent  cet  honneur. 
Les  actes  où  il  était  seul  à  accompagner  messire  Lezin 
Gheminard   sont    signés   de    lui,    de   cette    magnifique 
signature  dont  nous   reparlerons  et  que  nous  mettrons 


-  340  — 

sous  les  yeux  du  lecteur;  ceux  où  il  agit  comme  vicaire 
du  doyen  sont,  comme  presque  tous  les  autres,  paraphés 
par  maître  Jean  Bordier,  chanoine  lui-même,  et  des  plus 
notables,  puisque  ses  confrères  le  déléguèrent  en  1483 
aux  Etats  de  Tours,  et  que  l'illustre  évéque  Philippe  de 
Luxembourg  le  choisit  comme  procureur  à  l'assemblée 
où  se  traita  la  réforme  de  la  Coutume  du  Maine. 

Gela  dura  de  la  sorte  au  moins  de  1495  à  1510  et  plus 
probablement  jusqu'à  la  fin  de  la  vie  de  maître  Lezin 
Gheminard  qui  arriva  en  1519.  Dans  l'intervalle  Simon 
Hayeneufve  fut  pourvu  en  commende  de  la  cure  de 
Saint-Paterne.  Nous  ne  lui  avons  trouvé  le  titre  de  curé 
qu'une  seule  fois,  à  la  date  de  1508. 

Le  premier  dignitaire  du  chapitre  qui  avait  l'obliga- 
tion de  veiller  au  bon  entretien  des  églises  et  presby- 
tères dans  les  paroisses  sur  lesquelles  s'exerçait  sa  juri- 
diction, avait  certainement  fait  choix  d'un  homme  aussi 
habile  afin  d'utiliser  ses  talents  dans  la  restauration, 
l'embellissement  ou  le  nouvel  aménagement  des  églises 
réclamés  par  le  goût  de  cette  époque  de  renouvellement. 

Si  modestes  que  soient  les  travaux  de  ce  genre  dont 
il  est  fait  mention  dans  les  prescriptions  du  doyen  con- 
tresignées ou  plutôt  inspirées  par  l'artiste,  il  en  est  où 
son  initiative  et  sa  direction  se  manifestent,  où  l'on 
sent  l'homme  du  métier.  Ainsi,  à  la  Bazouge,  le  taberna- 
cle était  hissé  d'une  manière  inconvenante  sur  un  mor- 
ceau de  bois  informe  au  milieu  de  l'autel  ;  Hayeneufve 
fait  venir  Jacques  Desbouis,  menuisier  au  Mans,  et  lui 
donne  le  plan  d'un  nouveau  support  d'une  forme  meil- 
leure et  plus  décente.  G'est  un  bien  petit  détail  d'orne- 
ment, mais  dessinée  par  cet  artiste  émérite,  on  peut 
croire  que  cette  pièce  de  l'autel  attestait,  elle  aussi,  son 
goût  et  avait  quelque  élégance.  De  même  en  devait-il  être 
du  tabernacle  de  l'église  de  Spay  restauré  en  1509  sur 
un  dessin  de  sa  main.  Si  les  architectes  s'étaient  occu- 
pés autant  qu'on  le  fait  aujourd'hui  de   s'attribuer  au- 


-  341  - 

thentiquement  par  leur  signature  ou  dans  des  docu- 
ments écrits  la  part  qui  leur  doit  revenir  dans  les  travaux 
exécutés  sous  leur  direction,  nous  n'en  serions  pas  ré- 
duits à  rechercher  d'aussi  minces  détails.  Nous  appren- 
drions sans  doute  que  des  œuvres  assez  importantes 
dont  il  est  question  dans  les  visites  décanales  de  cette 
période  (1495-1510),  comme  la  reconstruction  presque 
complète  de  Téglise  de  Saint-Nicolas,  celle  du  chancel, 
à  Coulans,  les  restaurations  très  considérables  des 
églises  d'Etival  et  de  Fille,  les  réparations  et  l'agran- 
dissement de  celle  de  Pontlieue,  dotée  d'une  nouvelle 
chapelle,  ne  s'étaient  pas  faites  sans  son  concours.  De 
même  en  dut-il  être  de  la  reconstruction  de  l'église  de 
Gourdaine,  en  1507  et  1509,  et  de  la  construction  du 
transept  de  celle  de  Changé,  dont  les  murs  sortaient  de 
terre  en  octobre  1509.  Mais  la  situation  des  artistes 
était  souvent  modeste  et  leurs  goûts  cadraient  avec  leur 
situation  ;  c'est  le  cas  de  notre  maître  Simon  du  Mans 
qui  toujours  «  a  déprisé  les  mondanités.   » 

Dans  l'analyse  détaillée  que  nous  allons  donner  des 
visites  faites  par  Simon  Hayeneufve,  en  y  relevant  les 
petits  travaux  prescrits  par  lui  et  qui  se  rapportent  à 
son  art,  on  pourra  le  suivre  presque  jour  par  jour  dans 
l'emploi  d'une  notable  partie  de  son  temps,  et  l'on  ne 
remarquera  pas  sans  intérêt  le  soin  minutieux  mis  par 
le  plus  illustre  architecte  de  la  province  dans  l'inspec- 
tion des  modestes  églises  sur  lesquelles  il  était  chargé 
de  veiller. 

Du  14  avril  au  22  août  1495  messire  Lezin  Gheminard 
visita  en  personne  les  quarante  églises  dépendant  du  cha- 
pitre, toujours  accompagné  de  Simon  Hayeneufve,  qui 
signe  les  actes  de  ces  visites  et  qui  dut  prescrire  les 
travaux  de  restauration  qu'on  y  trouve  mentionnés. 

Il  est  donc  intéressant  d'en  faire  le  résumé  : 

L'église  de  Saint-Guën  avait  été  volée  ;  on  prescrit  de 
tenir  fermée  à  clef  la  porte  du  cimetière  ;  celle  <le  Saint- 


—  342  - 

Nicolas  venait  d'être  restaurée  et  réédifiée  en  partie  ; 
on  reconstruisait  le  chancel  de  Téglise  de  Goulans  ;  à 
Ghauffour  on  prescrit  de  refaire  la  vitre  qui  est  près  de 
l'autel  ;  à  Tacé  de  réparer  les  fonts  ;  à  Saint- Pierre-des- 
Bois  de  continuer  le  cloître  de  la  fabrique,  sans  doute 
le  chapiteau  où  se  réunissaient  les  paroissiens  pour 
conférer  des  affaires  de  l'église  et  de  la  paroisse. 

A  Saint-Jean-de-Ghevrie  il  faudra  faire  une  rampe  au 
degré  par  lequel  on  monte  au  tabernacle.  Le  crucifix  de 
l'église  de  Saint-Hilaire  devra  être  placé  dans  un  lieu 
plus  éminent  et  plus  honorable.  A  Pontlieue  on  devra 
repaver  devant  l'autel  de  Notre-Dame.  Ordre  est  donné 
au  procureur  de  la  fabrique  d'Aloigné  de  faire  nettoyer 
les  vitres  du  tabernacle  et  de  clore  le  cimetière  ;  celui 
de  Saint-Georges  fera  faire  un  baldaquin  (?)  ( super lec- 
tum)  ;  celui  de  Sainte-Groix  fera  préparer  un  tabernacle. 
L'église  de  la  Gouture  sera  pourvue  d'une  chaîne  pour 
suspendre  la  custode  de  Corpus  Domiiii  et  d'une  po- 
tence pour  la  soutenir.  A  Ghangé  il  y  a  lieu  de  clore  le 
cimetière  et  de  munir  le  degré  qui  monte  au  sacraire 
d'une  rampe  de  bois  ;  à  Saint-Germain,  le  lambris  du 
chœur  est  à  refaire.  L'église  du  Pré  devra  être  pourvue 
d'une  rampe  au  degré  du  sacraire,  et  d'un  crucifix;  les 
bancs  qui  encombrent  l'église  seront  enlevés.  Les  pro- 
cureurs de  fabrique  de  Parigné-l'Evêque  feront  faire  un 
tabernacle  et  feront  réparer  les  vitres. 

Les  visiteurs  ordonnent  de  construire  un  pilier  dans 
l'église  de  Ruaudin  qui  menace  ruine,  de  recouvrir 
celle  d'Arnage  et  d'en  enlever  des  coffres  et  des  pierres 
qui  s'y  trouvent  ;  le  même  jour,  ils  prescrivent  au  pro- 
cureur de  fabrique  de  Moncé  de  placer  une  rampe  en 
face  du  degré  (in  oppositum  scalœ)  qui  monte  au  sa- 
craire et  de  reconstruire  l'angle  droit  du  mur  de  la 
grande  porte.  Les  habitants  de  Neuville-sur-Sarthe  sont 
invités  à  faire  construire  un  sacraire  et  à  réparer  la  vi- 
tre qui  est  à  gauche  du  grand  autel  ;  ceux  de  Montreuil 


—  343  - 

devront  également  réparer  les  deux  vitres  qui  sont  à 
droite  et  à  gauche  du  grand  autel,  et  feront  faire  un 
crucifix. 

Nous  retrouvons,  pour  Joué-l'Abbé  et  pour  un  grand 
nombre  d'églises,  l'obligation,  que  nous  ne  signalerons 
plus,  de  placer  une  rampe  à  Tescalier  qui  monte  au  sa- 
craire  ou  au  tabernacle.  Il  fut  prescrit  également  de 
faire  recouvrir  l'église  de  Joué-l'Abbé.  A  Pruillé  on  de- 
vra transporter  de  la  droite  à  la  gauche  de  l'autel  ce 
même  degré  du  tabernacle  ;  à  Sargé  il  y  avait  lieu  de 
réparer  la  toiture  et  de  repaver  sur  une  fosse  ouverte 
dans  l'église  ;  à  Fay,  les  fonts  qui  étaient  au  milieu  de 
l'église  seront  placés  plus  bas,   vers  la   grande   porte. 

Le  registre  que  nous  analysons  ne  signale  aucune 
visite  faite  par  le  doyen  ou  par  ses  délégués  depuis  le 
mois  d'août  1495  jusqu'au  4  avril  de  l'année  1500.  Cel- 
les qui  eurent  lieu  cette  année-là,  du  4  avril  au  mois 
d'août,  furent  faites  par  Guillaume  de  Commarcé',  curé 
de  Vautorte,  et  par  plusieurs  autres  vicaires  du  grand 
doyen.  Simon  Hayeneufve  n'y  parut  pas  non  plus.  Les 
actes  sont  signés  par  Jean  Bordier,  qui  est  qualifié  alors 
notaire  ou  scribe  du  Chapitre. 

En  1502  les  visites  se  font  encore  au  commencement 
par  des  délégués  du  doyen  et  sont  toujours  signées  de 
maître  Jean  Bordier;  mais  le  14  juillet  Lezin  Cheminard 
et  Simon  Hayeneufve  visitent  ensemble  Savigné-l'Evé- 
que  et  Sargé,  ordonnant  dans  cette  dernière  paroisse 
qu'on  répare  la  couverture  de  l'église  et  qu'on  fasse 
faire  des  fers  pour  la  confection  des  pains  d'autel.  Puis 
les  visites  sont  reprises  par  les  mêmes  personnages  que 
précédemment  ;  ce  qui  donne  à  croire  que  le  prêtre  ar- 
tiste accompagnait  partout  l'illustre  doyen  du  chapitre, 


1.  Ce  personnage  appartient  au  Bas-Maine  ;  sa  famille  porte  le 
nom  d'une  terre  seig-neuriale  siluée  dans  la  paroisse  de  Saint- 
Géneré. 


-  344  - 

et  que  dans  la  lacune  ci-dessus  constatée  il  le  suivait 
comme  chapelain  dans  l'accomplissement  d'un  autre  de- 
voir plus  important  de  sa  charge. 

Le  31  juillet  et  le  3  août  suivant,  Symon  Hayneufve 
visite  lui-même,  avec  le  titre  de  vicaire  du  grand  doyen, 
Saint-Ouën-en-Belin  et  Fille  où  il  ordonne  des  répara- 
tions à  la  couverture  de  ces  deux  églises.  Maître  Bor- 
dier  faisait  toujours  les  fonctions  de  secrétaire. 

En  Tannée  1503,  Lezin  Cheminard  visita  encore  plu- 
sieurs églises,  accompagné  le  plus  souvent  de  son  cha- 
pelain :  Gourdaine,  où  il  fît  réparer  la  cuve  en  plomb 
des  fonts  baptismaux  ;  le  Pré,  où  il  ordonna  la  suppres- 
sion des  bancelles  du  chœur  ;  le  Sépulcre,  où  il  prescri- 
vit qu'on  fît  faire  une  clôture  dans  le  bas  de  l'église  ; 
Saint-Germain  près  le  Mans,  où  il  demanda  que  des  ré- 
parations fussent  faites  à  la  toiture  et  qu'on  plantât  quatre 
bornes  autour  du  cimetière  pour  marquer  la  séparation 
avec  les  rues  qui  l'entouraient  ;  Saint-Jean  de  la  Che- 
vrie,  où  les  fonts  avaient  besoin  de  réparation,  et  plu- 
sieurs autres  paroisses,  où  il  n'y  avait  aucune  injonc- 
tion nouvelle  à  faire. 

Le  14  et  le  18  mai  Simon  Hayeneufve  accompagna 
maître  Jean  Olivier  dans  la  visite  des  églises  de  Saint- 
Pavin-de-la-Gité  et  d'Etival.  Dans  cette  dernière  il  indi- 
qua des  réparations  à  faire  au  tabernacle. 

Du  mois  de  juillet  au  mois  d'octobre  de  cette  même 
année  1503,  c'est  en  qualité  de  vicaire  du  doyen  que 
notre  artiste  inspecte  un  grand  nombre  de  paroisses,  où 
il  ne  manque  pas  de  prescrire  les  améliorations  ou  les 
réformes  nécessaires.  A  Moncé,  on  devait  avoir  ou  faire 
faire  une  vitre  près  de  l'autel  de  Saint-Etienne  et  de 
Sainte-Marguerite,  et  une  chaire  près  du  grand  autel  à 
l'usage  du  célébrant  pendant  les  grandes  messes.  Le  pro- 
cureur de  fabrique  de  St-Ouën-en-Belin  était  chargé  de 
veiller  à  la  mise  en  bon  état  de  la  couverture  de  l'église, 
celui  de  Parigné-l'Evêque  de  faire  adapter  une  ferrure 


I 
I 


-  345  — 

au  sacraire  pour  qu'il  fermât  plus  solidement.  A  Sainte- 
Jame,  à  Joué-l'Abbé,  à  la  Guerche,  à  Sainte-Croix  on 
devait  réparer  la  toiture  de  l'église,  et  le  pavage  à 
Montreuil  ;  à  Fille  il  n'y  avait  qu'une  petite  fenêtre  près 
des  fonts  du  côté  du  midi  :  ordre  est  donné  de  l'agran- 
dir pour  éclairer  mieux  les  fonts.  Le  procureur  de  fabri- 
que de  Sargé,  au  mépris  des  injonctions  qui  lui  avaient 
été  faites,  ayant  toujours  négligé  de  réparer  la  couver- 
ture de  l'église,  fut  cité  devant  l'ofïicial.  Celui  de  Neu- 
ville est  chargé  de  faire  transporter  les  pierres  qui  en- 
touraient le  cimetière  vers  le  haut  de  l'église  sur  un 
autre  point  pour  y  servir  de  clôture.  Ordre  est  donné  de 
repaver  à  Aigné  la  moitié  de  la  nef  de  l'église,  de  re- 
couvrir celle  de  Degré,  de  réparer  la  serrure  du  taberna- 
cle où  repose  le  Corpus  Christi  en  l'église  de  la  Quinte, 
de  clore  les  fonts  baptismaux  à  Tacé. 

En  l'année  1504,  Simon  Hayeneufve  ne  visita  person- 
nellement que  les  églises  ci-après  :  Pontlieue,  où  l'on 
n'avait  pas  tenu  compte  de  la  recommandation  déjà  faite 
d'établir  une  rampe  au  degré  placé  derrière  l'autel  pour 
monter  au  sacraire  ;  Sainte-Croix  ;  Saint-Pavin-des- 
Champs,  où  il  fit  mettre  quelques  planches  sous  le  cam- 
panile, Saint-Gilles,  le  Pré,  le  Sépulcre,  Saint-Jean-de- 
la-Chevrie  et  Saint  Germain,  dont  la  toiture  avait  be- 
soin de  réparation. 

L'année  suivante,  1505,  à  partir  du  mois  d'août,  quel- 
ques églises  furent  encore  visitées  par  Simon  Haye- 
neufve :  Ruaudin,  Saint-Georges-du-Bois,  où  il  ordonna 
de  faire  aux  fonts  et  au  pinacle  d'importantes  répara- 
tions, qui  consistaient  à  murer  deux  fenêtres  à  cause 
de  la  pluie  et  à  ouvrir  une  porte  dans  le  pinacle  ;  Etival, 
Moncé,  où  il  fit  ajouter  une  quatrième  marche  au  d^gré 
du  sacraire,  cimenter  les  fonts  pour  qu'il  n'y  entrât  au- 
cune ordure,  et  placer  une  chaire  au  coin  de  l'autel  pour 
y  entendre  les  fidèles  en  confession;  Mersenne,  dont 
l'église  avait  besoin  de  travaux  urgents  à  la  couverture 


-  346  - 

et  au  dallage  de  la  nef,  enfin  Saint-Sernin  et  Fille  où  les 
fonts,  par  son  ordre,  furent  éclairés  par  une  fenêtre 
neuve. 

Au  cours  de  l'année  1506,  depuis  le  mois  de  juillet, 
Simon  Hayeneufve  fut  presque  constamment  en  tournée 
d'inspection.  Voici  les  principaux  travaux  qu'il  ordonna  : 
A  Parigné-FEvêque,  la  construction  d'un  banc  derrière 
l'autel,  avec  un  lutrin  pour  le  chant  des  matines,  des 
vêpres  et  des  autres  offices,  les  jours  de  fêtes  ;  à  Savi- 
gné-l'Evêque,  le  déplacement  d'un  banc  de  la  confrérie 
de  Notre-Dame,  qui  était  au  côté  de  l'autel  de  Notre- 
Dame  et  qui  sera  placé  derrière,  la  clôture  du  grand  ci- 
metière et  le  nettoyage  du  cimetière  de  la  chapelle,  dans 
le  bourg  ;  à  Mulsanne,  la  pose  d'une  rampe  à  l'estrade 
d'où  l'on  a  coutume,  le  dimanche,  d'annoncer  les  fêtes 
et  les  commandements  de  l'Eglise  ;  à  Moncé,  le  visiteur 
ordonne  de  paver  la  chapelle  où  l'on  se  tient  pour  son- 
ner les  cloches,  et  d'y  dresser  un  autel  :  il  prescrit  une 
restauration  du  lambris  dans  l'église  de  Sainte-Jame- 
sur-Sarthe,  la  pose  d'une  quatrième  marche  et  d'une 
rampe  au  degré  du  sacraire,  en  celle  de  Souillé,  à  Neu- 
ville le  déplacement  du  tabernale  où  repose  le  Corpus 
Christi  et  son  installation  au  milieu  du  grand  autel. 

La  visite  qui  eut  lieu  le  29  août  à  la  Bazouge  nous 
montre  plus  distinctement  l'artiste  dans  son  rôle.  Après 
avoir  ordonné  qu'on  remplace  Tancienne  chaire  à  prê- 
cher qui  tombait  de  vétusté,  il  ajouta  qu'on  devrait  en- 
lever du  grand  autel  un  tronc  de  bois  informe  sur  lequel 
gisait  le  tabernacle,  et  il  donna  à  Jacques  Desbouis, 
menuisier  au  Mans,  le  plan  d'un  nouveau  support  d'une 
forme  plus  belle  et  plus  décente.  Honestiori  et  deceii- 
tiori  forma  prout  declaratum  et  ostensum  fuit  in  pre- 
sentia  Jacobi  Desbouis^  menuisier^  Cenomanni  corn- 
morantis. 

Gomme  on  venait  de  dépenser  des  sommes  considé- 
rables pour  restaurer  l'église   d'Etival,   Simon   Haye- 


-  347  - 

neufve  n'imposa  aucune  réforme.  11  en  fut  de  même  à 
Fille  dont  l'église  était  en  pleine  restauration.  Mais  à 
Allonne  il  fit  placer  sous  l'image  de  Saint-Martin  une 
grille  en  fer  pour  recevoir  les  cierges  ;  à  Trangé,  il  or- 
donna une  réparation  aux  vitres  de  l'église,  Tinstallation 
d'une  lampe  devant  le  maître-autel  et  de  quelques  plan- 
ches au-dessous  des  cloches  pour  obvier  aux  accidents. 
A  Chauffour  on  dut  remplacer  dans  les  fonts  le  bassin 
qui  s'y  trouvait  et  qui  était  insuffisant,  ce  qui  pouvait 
avoir  un  très  grave  inconvénient  —  maximum  inconve- 
niens.  —  Le  procureur  de  Degré  n'ayant  point  encore 
fait  ouvrir  une  fenêtre  à  droite  du  grand  autel,  comme 
il  lui  avait  été  prescrit  de  le  faire,  l'ordre  lui  en  est  re- 
nouvelé. 

Jean  Geslin,  procureur  de  fabrique  à  Saint-Aubin,  eut 
ordre,  sous  peine  d'une  amende  de  20  sols,  de  faire 
couvrir  un  pilier  attenant  à  la  tour  des  cloches,  et  dans 
lequel  ou  contre  lequel  est  le  degré  qui  monte  à  la  tour  ; 
la  pluie,  en  tombant  par  ce  pilier,  endommageait  le  mur 
et  l'escalier.  L'église  d'Aigné,  qui  était  déjà  à  moitié 
réparée,  dut  l'être  entièrement  ;  celle  de  Pontlieue  venait 
de  recevoir  d'importantes  réparations  dont  le  visiteur  se 
déclara  satisfait. 

Simon  Hayeneufve  fît  encore,  comme  vicaire  du 
doyen,  la  plus  grande  partie  des  visites  de  l'année 
1507.  11  commence  sa  tournée  le  15  juillet  par  les  églises 
de  Pruillé-le-Ghétif  et  de  Saint-Georges-du-Bois,  sans 
y  rien  ordonner  qui  rentre  dans  notre  cadre.  Le  lende- 
main, il  trouve  l'église  de  Fille  presqu'entièrement  re- 
construite—  fere  de  novo  edificata.  A  Sainte-Gemmes, 
il  donne  ordre  de  faire  une  petite  colonne  —  pedem  — 
de  bois  ou  de  pierre,  pour  porter  le  bénitier  qui  est  près 
de  la  grande  porte  ;  de  même,  il  veut  qu'on  fasse  faire 
un  «  benoistier  »  aux  églises  de  Montreuil-sur-Sarthe  et 
de  Saint-Saturnin.  A  Saint-Ouen-en-Belin,  il  n'y  avait 
point  de  degré   pour    monter  au   sacraire,    et  celui-ci 


-  348  - 

manquait  de  plusieurs  vitres  ;  ordre  est  donné  de  tout 
remettre  en  état.  L'église  de  Trangé  dut  par  ordre  du 
délégué  être  pourvue  d'un  tabernacle  pour  renfermer  le 
Corpus  Christi^  et  d'un  plarîcher  au-dessous  des  clo- 
ches. Une  chapelle  delà  Milesse  était  encombrée  de  cof- 
fres, de  fûts  et  d'autres  ustensiles,  le  cimetière  l'était 
de  paille  ;  tout  cela  fut  réformé. 

En  l'année  1508,  Lezin  Cheminard  fit  lui-même  le 
plus  grand  nombre  des  visites  qui  n'avaient  jamais  été 
aussi  complètes.  Simon  Hayeneufve  ne  le  remplaça  que 
trois  fois,  le  17  août,  à  Saint-Pavin-des-Champs,  où  il 
prescrivit  qu'on  disposât  de  telle  sorte  l'entrée  du  cime- 
tière que  les  animaux  n'y  pussent  pénétrer;  le  même  jour 
à  Saint-Gilles,  où  il  ne  trouva  ni  curé,  ni  vicaire,  ni  pro- 
cureur de  fabrique  ;  puis  le  28  septembre,  à  Pontlieue, 
où  il  jugea  qu'il  fallait  consolider  le  beffroi  —  ligna 
campanas  supportantia  —  et  achever  le  pavage  de  la 
chapelle  qui  est  du  côté  du  prieuré. 

En  l'année  1509,  Simon  Hayeneufve  parut  encore  as- 
sez souvent  et  à  divers  titres  dans  les  visites  décanales. 
Le  8  juin,  il  donne  au  procureur  de  l'église  de  Spay  le 
dessin  d'une  restauration  de  tabernacle  —  injanxit  quod 
reparare  facial  tabernaculum...  eo  modo  quod  sibi 
exstitit  ordiiiatum.  Le  27  juillet  il  était  à  la  Guierche 
et  prescrivait  de  refaire  le  pignon  de  l'église  sur  la 
grande  porte.  Au  mois  d'août  nous  le  trouvons  qui  ac- 
compagne le  grand  doyen  et  qui  signe  les  procès-ver- 
baux des  visites  faites  dans  les  quatre  églises  suivantes  : 
Saint-Hilaire,  où  le  cimetière  fut,  par  son  ordre,  clos, 
nettoyé  et  débarrassé  de  divers  empiétements  des  voi- 
sins ;  Epineu-le-Chevreuil,  où  le  procureur  fut  chargé 
de  garnir  de  vitres  ou  de  toile  la  fenêtre  qui  était  au 
côté  gauche  de  l'autel,  ce  qui  pouvait  occasionner  pen- 
dant la  messe  de  graves  inconvénients  ;  Saint-Pierre- 
du-Bois  et  Tacé,  où  rien  d'important  ne  fut  prescrit.  A 
Saint- Germain,  Simon  Hayeneufve  qui  visitait  l'église, 


-  349  - 

comme  délégué  du  doyen,  enjoignit  qu'on  rétablît  en 
pierres  ou  en  bois  la  clôture  du  cimetière,  afin  que  l'on 
ne  vît  pas  désormais  les  voitures  et  les  animaux  fouler 
et  profaner  la  terre  sainte.  Le  seul  acte  où  nous  ayons 
rencontré  le  nom  de  Simon  Hayeneufve  avec  la  qualité 
de  curé  de  Saint-Paterne  est  à  la  date  du  14  octobre 
1509  et  se  rapporte  à  la  visite  de  l'église  de  Saint- Vin- 
cent du  Mans. 

L'année  1510  est  malheureusement  celle  qui  clôt  le 
curieux  registre  que  nous  analysons.  On  peut  croire 
qu'il  est  actuellement  incomplet,  car  les  derniers  cahiers 
sont  en  très  mauvais  état,  rongés  entièrement,  dans  la 
marge  intérieure,  par  l'humidité.  D'après  un  cahier 
d'extraits  faits  au  XVIP  siècle  de  ce  registre,  il  lui 
manque  au  moins  trois  feuillets.  Simon  Hayeneufve  y 
signe  un  assez  grand  nombre  de  procès-verbaux  de  ce 
même  paraphe  compliqué  dont  il  n'oublie  jamais  ni  un 
entrelacs,  ni  un  point  ;  il  n'agit  plus,  au  cours  de  ces 
visites,  en  qualité  de  délégué,  mais  il  accompagne  seu- 
lement Lezin  Gheminard  et  c'est  dans  l'un  de  ces  actes 
que  nous  le  voyons  désigné  comme  chapelain  et  familier 
du  grand  doyen.  C'est  à  ce  titre  qu'il  dit  la  messe  lors 
de  la  visite  de  l'église  Saint-Nicolas  dont  on  venait  de 
faire  la  «  croisée.  » 

Les  travaux  prescrits  au  cours  de  ces  visites  de  l'an- 
née 1510  et  qu'on  peut  avec  plus  de  vraisemblance  attri- 
buer à  l'initiative  de  Simon  Hayeneufve,  parce  que  les 
actes  où  ils  sont  consignés  portent  sa  signature,  sont 
les  suivants,  sans  importance  d'ailleurs  :  A  Saint  Jean- 
d'Assé,  un  accès  plus  facile  du  cimetière,  surtout  pour 
ceux  qui  viennent  du  Mans  ;  à  la  Basouge,  la  réparation 
du  toit  et  de  la  couverture  ;  à  Saint-Jean-des-Echelles, 
la  clôture  du  cimetière. 

La  plupart  des  actes  qui  précèdent  sont  signés  sur  le 
registre  de  la  main  de  maître  Simon  Hayeneufve.  Com- 
parée à  nos  signatures  hâtives,  souvent  illisibles  et  sans 


-  35Ô  - 

forme,  celle  de  notre  compatriote  du  XV^  siècle  est  un 
petit  chef-d'œuvre.  Il  est  des  artistes,  peintres,  archi- 
tectes, dessinateurs,  même  des  graveurs  qui  ne  révèlent 
en  rien  leur  talent  ou  leurs  aptitudes  dans  leur  façon 
d'écrire  et  de  signer.  Il  y  a  au  contraire,  dans  Fart  avec 
lequel  est  composé  le  paraphe  de  maître  Simon  Haye- 
neufve,  dans  la  symétrie  des  lignes,  dans  les  corrections 
des  traits,  comme  un  indice  des  qualités  artistiques  de 
celui  qui  l'a  tracé.  Il  est  remarquable  encore  que  l'or- 
donnance de  cette  petite  composition  est  si  scrupuleu- 
sement observée  dans  les  moindres  détails,  que  l'œil  ne 
saurait  voir  la  plus  légère  différence  dans  les  cent  exem- 
plaires qui  s'en  trouvent  dans  le  même  registre.  Nous 
sommes  heureux  de  pouvoir  mettre  sous  les  yeux  du 
lecteur  la  reproduction  de  cette  signature  artistique  et 
compliquée. 


Les  nouveaux  détails  que  nous  venons  d'ajouter  à  la 
biographie  de  Simon  Hayeneufve  sont  plutôt  copieux  que 
d'une  lecture  attrayante.  Gomme  ils  nous  le  montrent 
dans  une  situation  officielle  qui  n'était  pas  connue  et 
dans  des  fonctions  et  la  pratique  de  son  art,  nous  n'a- 
vons pas  cru  mauvais  de  les  donner  avec  certains  déve- 
loppements malgré  leur  aridité. 

Souhaitons  et  espérons  que  des  recherches  soigneu- 
ses faites  dans  les  riches  archives  de  l'ancien  chapitre 
de  Saint-Julien  par  ceux  qui  les  ont  à  leur  portée,  amè- 


3ol 


nent  la  découverte  de  documents  nouveaux  et  qu'il  soit 
enfin  possible  d'écrire  la  vie  complète  d'un  artiste  cité 
parmi  les  plus  illustres  et  pourtant  trop  peu  connu. 


A.  Angot. 


PROCES-VERBAUX  DES  SÉANCES 


SEANCE   DU   27   AVRIL   1893 


La  séance  est  ouverte  à  deux  heures,  sous  la  prési- 
dence de  M.  de  Fourcroy. 

Sont  présents  :  MM.  Floucaud  de  Fourcroy,  président, 
Perrot,  vice-président,  de  Martonne,  Pointeau,  Garnier, 
Moreau,  membres  titulaires,  et  MM.  Le  Coq,  Triger, 
Delépine,  de  la  Beauluère,  Roulin,  membres  correspon- 
dants. 

MM.  L.  de  Farcy,  Liger,  Angot  et  Anis,  se  font  ex- 
cuser. 

M.  le  Président  souhaite  la  bienvenue  à  M.  l'abbé 
Delépine,  curé  de  Sacé,  membre  correspondant,  qui  as- 
siste pour  la  première  fois  à  une  séance  de  la  Commis- 
sion. 

Sur  le  bureau  sont  déposés  les  ouvrages  suivants  : 
Bulletin  de  la  Société  d'émulation  et  des  Beaux- 
Arts  du  Bourbonnais^  livraison  I  ;  —  Société  française 
d'archéologie^  session  de  Î890,  Brives  ;  —  Bulletin  de 
la  Société  historique  et  archéologique  de  l'Orne  ;  — 
Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  Touraine  ;  — 
Bulletin  de  la  Société polymathique  du  Morbihan. 


-  353  - 

M.  Delépine  signale  un  cadran  solaire  construit  en 
1677  par  J.  Boussumier,  sur  Tordre  de  M*  Jean  de  Bai- 
gneux  de  Courcival,  prieur-curé  de  Sacé  de  1668  à 
1719. 

L'écusson  gravé  sur  ce  cadran  est  celui  de  la  famille 
de  Baigneux  de  Gourcival  qui  porte  :  de  sable  à  trois 
étoiles  d'or  posées  2  et  1. 

La  famille  de  Baigneux  est  représentée  aujourd'hui 
par  M.  le  marquis  de  Gourcival,  au  château  de  Gourci- 
val par  Bonnétable  (Sarthe). 

Ce  cadran  solaire  est  entre  les  mains  du  fermier  de 
l'abbaye  de  Sacé,  qui  occupe  l'ancien  logement  des 
prieurs-curés  de  cette  paroisse. 

TOILES    DE    LAVAL 

M.  l'abbé  Angot  envoie  la  communication   suivante  : 

Le  compte  de  l'hôtel  de  la  reine  Isabeau  de  Bavière^ 
pour  l'année  1401,  publié  par  M.  L.  Douët  d'Arc,  pour 
la  Société  de  l'Histoire  de  France  (Paris,  1865),  contient 
à  l'article  :  Mises  de  métiers,  Panueterie^  les  détails 
suivants,  qui  nous  apprennent  que  la  toile  de  Laval 
était  au  commencement  du  XV®  siècle,  en  renom  à  Paris 
et  digne  d'entrer  dans  la  lingerie  royale. 

((  Golin  Marc  pour  VIIl'^^  III  aulnes  de  nappes  de 
V ouvrage  de  Lavalguion^  dont  l'on  a  fait  LUI  nappes. 
G'estassavoir  deux  nappes  contenans  chascune  VI  aul- 
nes, VI  nappes  chascune  de  V  aulnes,  VIII  nappes  con- 
tenans chascune  IIII  aulnes,  XV  nappes  contenans  chas- 
cune trois  aulnes,  et  XXII  nappes  contenans  chascune 
deux  aulnes,  qui  font  en  sommes  VIII^''  IIJ  aulnes,  ache- 
tées de  luy  par  les  maistres  d'ostel  et  les  pannctiers, 
3  s.  4  d.  l'aune,  samedi  VIII  jours  de  janvier,  la  Royne 
à  Saint-Pol.  Argent.  27  1.  3  s.  4  d.  p. 

«  Ledit  Gollin  Marc,  pour  VIII'^*  II  aulnes  et   demie 


-  354  - 


de  touailles  dudit  ouvrage^  dont  Ton  a  fak  IIIl'^^  touail- 
les,  c'estassavoir  VlIItouailles  contenans  chascune  V 
aulnes,  X  touailles  contenans  chascune  IIII  aulnes,  VII 
touailles  chascune  de  III  aulnes,  douze  touailles  chas- 
cune de  aulne  et  demie,  XLII  touailles  chascune  d'une 
aulne,  et  une  autre  d'aune  et  demie,  qui  font  en  somme 
YIIP'^II  aulnes  et  demie,  achetées  de  lui  par  les  dessus 
dits,  20  d.  Taulne,  ce  jour  ilec.    Argent  13  1.   10  s.    10 

d.p. 

«  Thomas  Le  Bourgue,  pour  CVIIl  aulnes  de  nappes 
de  l'ouvrage  de  Lavalguion  dont  l'on  a  fait  XXXV 
nappes,  c'estassavoir  IIII  nappes  contenans  chacune  V 
aulnes,  VII  nappes  contenans  chascune  IIII  aulnes,  XII 
aultres  nappes  chascune  de  III  aulnes,  et  XII  autres 
nappes  contenant  chascune  II  aulnes,  qui  font  la  somme 
de  GVIII  aulnes,  achetées  de  lui  par  les  dessusdits,  3  s. 
4  d.  l'aulne,  lundi  XX  jour  de  juing,  ladite  dame  à 
Saint-Pol.  Argent  18  1.  p(arisis). 

«  Le  dit  Thomas  Le  Bourgue,  pour  GII  aulnes  de 
touailles  dudit  ouvrage  dont  l'on  a  fait  LX  touailles, 
c'estassavoir  IIII  touailles  contenans  chascune  V  aulnes, 
et  IIII  touailles  contenans  chascune  IIII  aulnes,  IIII 
aultres  chascune  de  III  aulnes,  XII  autres  touailles 
chascune  d'une  aulne  et  demie,  et  XXXVI  autres  touail- 
les contenant  chascune  une  aulne,  qui  font  la  somme  de 
GII  aulnes,  achetées  de  lui  par  les  dessusditz  20  d. 
l'aulne,  ce  jour,  ilec.  Argent.  8  liv.  10  s.  p. 

«  Les  prix  des  deux  qualités  de  toiles  ouvrées  à  La- 
val étant  ce  que  nous  venons  de  dire.  Voici  le  tableau 
de  leur  valeur  comparée  avec  les  produits  similaires  des 
autres  centres  industriels,  d'après   le  même  document. 

Nappes  de  l'ouvrage  de  Laval.     .       3  s.  4  d.  l'aune. 

Nappes  de  l'ouvrage  de  Paris ^     .       6  s.  l'aune. 


1.  Il  y  avait  de  cette   fabrique   des    qualités  d'un  prix  encore 
plus  élevé. 


-  3.18  - 

Touailles  de  l'ouvrage  de  Laval    .  20  d.  Taune. 

Id.  id.  4  s.  l'aune. 

((   Cette  évaluation  étant  faite  en  monnaie  de  Paris,  il 
reste  à  la  réduire  en  monnaie  de  Tours.  » 

M.  de  Martonne  donne  lecture  des  diverses  notes  re- 
produites ci-après  : 

Hardanges.  —  L'église,  sur  la  façade  de  laquelle,  com- 
me on  Ta  dit,  on  a  inséré  une  jolie  galerie  Renaissance, 
provenant  des  débris  du  château  d'Averton,  en  substituant 
la  tiare  et  les  clefs  en  sautoir  (à  cause  du  patron  Saint 
Pierre)  aux  armes  des  sires  d'Averton,  de  Belin,  l'é- 
glise, dis-je,  possède  un  très  beau  calice  en  cuivre  re- 
poussé et  doré,  du  style  Renaissance,  qui  m'a  paru 
même  supérieur  à  celui  de  la  Bigottière,  signalé  ici. 
C'est  une  œuvre  d'art  remarquable.  M.  André  Ponthault, 
correspondant  de  la  Commission,  Ta  photographié  sous 
ses  diverses  faces  et  se  propose  d'offrir  ces  reproduc- 
tions à  la  Commission. 

Marcillé-la-Ville.  —  Dans  une  précédente  communi- 
cation faite  à  la  Commission,  à  la  séance  du  8  octobre 
1891,  j'ai  eu  l'honneur  de  l'entretenir  en  peu  de  mots 
d'un  petit  monument  que  j'ai  vu  auprès  de  la  porte  de 
la  nouvelle  église.  Je  suis  retourné  à  Marcillé.  J'ai  re- 
cueilli de  nouveaux  renseignements,  de  nature  à  recti- 
fier et  à  compléter,  en  partie  du  moins,  ceux  qui  ont  été 
déjà  fournis.  La  colonne  en  granit  gris,  dont  j'ai  parlé 
est  un  débris  d'une  des  colonnes  qui  soutenaient  le 
chœur  de  l'ancienne  église.  Les  armes  qui  y  sont  sculp- 
tées sur  un  écu  représentent  le  sanglier  ou  porc^  armes 
parlantes  de  la  famille  Le  Porc,  qui  a  possédé  la  sei- 
gneurie de  Marcillé. 

Le  précédent  curé  de  Marcillé  a  fait  encastrer  chms 
un  mur  de  la  nouvelle  église  qui  donne  dans  la  coui*  du 
presbytère  plusieurs  débris,  sculptures  en  granit,  cha- 


-  âo6  - 

piteaux,  croix,  pierres  ornées,  très  intéressants  à  étu- 
dier. Ce  sont  des  témoignages  des  faveurs  accordées  à 
l'église  par  les  anciens  seigneurs  du  pays  ;  on  y  retrouve 
les  armoiries  des  Pannard  de  Ghantepie,  des  Le  Porc, 
des  Ghoiseul,  des  Champagne.  J'ai  obtenu  de  M.  André 
Ponthault  qu'il  photographie  ces  restes  curieux.  Ils  se- 
ront envoyés  à  la  Commission,  avec  quelques  notes  plus 
explicites  que  je  récolterai  dans  un  nouveau  voyage, 
moins  rapide.  Je  me  borne  à  dire  aujourd'hui  que  cette 
paroisse,  dépendant  jadis  de  l'élection  et  du  duché  de 
Mayenne,  relevait  religieusement  du  doyenné  de  Javron 
(Archidiaconé  du  Passais)  tout  en  étant  prieuré  de  l'or- 
dre de  Saint-Augustin,  à  la  présentation  de  l'abbaye  de 
Beaulieu  et  féodalement,  en  partie,  du  marquisat  de 
Villaines-la-Juhel.  La  seigneurie  de  paroisse  apparte- 
nait en  1777  au  duc  de  Choiseul-Praslin,  dont  les  armes 
ont  été  conservées. 

FQrme  de  Vaujuas.  —  Cette  terre,  ancienne,  a  donné 
son  nom  à  une  famille  dont  plusieurs  branches  habitent 
notre  département.  Le  vieux  manoir,  qui  ne  paraît  pas 
avoir  été  amoindri  par  la  pioche,  et  dont  la  cour  est 
entourée  par  l'Aron,  possède  des  linteaux  de  portes  et 
des  meneaux  de  fenêtres  du  XVI®  siècle  et  deux  hautes 
cheminées,  dont  une  surtout,  remarquables  par  leur 
style  simple  et  grandiose.  Il  y  a  aussi  deux  plaques  de 
cheminées  en  fonte  aux  armes  des  seigneurs.  La  pre- 
mière, très  large,  porte  un  écu  sommé  d'un  casque  posé 
de  face  et  fermé.  Les  armoiries  fort  encrassées  de  suie, 
m'ont  paru  être  coupées  :  en  chef^  d'un  aigle  bicéphale, 
aux  ailes  éployées.  en  pointe,  d'un  lion  mouvant  de  se- 
nestre.  Elles  sont  entourées  par  le  cordon  de  l'ordre 
de  Saint-Michel.  Des  lambrequins  très  déchiquetés  or- 
nent le  cartouche.  Deux  lions  complets  soutiennent  et 
touchent  l'écu.  Cette  jolie  composition  m'a  semblé  rap- 
peler la  manière  de  blasonner  du  XVIIP  siècle. 


—  3o/   — 

L'autre  plaque,  moins  large,  offre  un  écu  du  genre 
italien  ou  ovale,  qui  porte  une  rose  épanouie  accompa- 
gnée de  quatre  étoiles,  deux  en  chef  et  deux  en  pointe. 
Il  est  surmonté  d'une  couronne  de  comte  ^ 

La  photographie  de  ces  plaques  sera  également  offerte 
à  la  Commission  par  M.  André  Ponthault.  Le  fief  de 
Vaujuas,  vassal  de  la  Baronnie  du  Ham.  appartenait 
en  1777  à  M.  Treton,  lieutenant  des  maréchaux  de 
France,  qui  le  tenait  de  son  père  Jacques  Treton,  sieur 
de  Flégiard,  acquéreur  par  contrat.  Il  existe  au  manoir 
de  Vaujuas  quatre  registres  de  remembrances  et  d'actes 
censuels,  allant  du  XV®  siècle  à  1782.  On  y  trouverait 
les  noms  des  propriétaires  antérieurs  aux  Treton.  Mal- 
heureusement je  n'ai  pu  en  obtenir  qu'une  communication 
trop  brève. 

Ferme  de  Buleu.  —  Cette  seigneurie  a  été  autrefois 
importante.  Elle  a  donné  son  nom  à  de  hautes  buttes 
qui  l'avoisinent.  Elle  a  été  la  résidence  de  la  famille  des 
Chappedelaine.  Néanmoins  il  ne  paraît  pas  qu'il  y  ait  eu 
jamais  un  véritable  château.  Le  manoir,  démoli  il  y  a 
trente-trois  ans,  confinait  à  la  chapelle.  On  en  saisit  en- 
core le  plan.  Il  y  a  des  restes  d'enceinte  avec  tourillons 
de  coin,  et  un  étang  desséché.  La  propriété  appartient 
maintenant  à  M'"®  de  la  Broise,  à  Brée.  Il  court 
dans  lo  pays  une  légende  sinistre  relative  à  la  rivalité 
d'une  maîtresse  et  d'une  femme  d'un  Chappedelaine. 
Frédéric  Soulié  a  consigné,  dit-on,  cette  histoire  dans 
son  roman  :  Huit  jours  au  Château.  C'est  une  histoire 
atroce.  Il  me  prend  une   envie  folle  de  dire  qu'elle   n'a 

1.  Ce  sont  les  armes  des  Vaujuas.  Il  ne  faut  pas  confondre 
cette  seigneurie  avec  celle  de  Vaujois,  dont  le  nom  se  raj)|)rot^he 

de  Vai  " 


de  l'autre  seulement  par  la  prononciîition.  La  terre  de  Vaujois, 
située  dans  la  paroisse  de  Neuilly-le-Vendin,  qui  relevait  pour  la 
juridiction  de  la  Ferté-Macé,  a  été  possédée  successivement  par 
les  familles  Desprez,  de  Mondot  et  de  Montréal. 


-  3S8    - 

jamais  existé  que  dans  la  tête  du  romancier  ;  car  il  n'en 
donne  aucune  preuve.  Mais  les  gens  du  pays  croient  à 
cet  horrible  drame  et  je  ne  veux  pas  me  brouiller  avec 
eux. 

L'ancien  nom  est  Bulieu,  comme  l'attestent  la  carte 
de  Jaillot  et  le  Dictionnaire  topographique  du  Maine 
de  Le  Paige,  qui  constate  aussi  l'existence  d'une  cha- 
pelle de  ce  nom.  Le  Dictionnaire  topographique  de 
M.  Léon  Maître  nous  apprend  en  outre  que  ce  fief  avait 
haute  justice  et  relevait,  en  vassalité,  de  trois  sei- 
gneurs :  ceux  de  Bourgon,  des  Vaux  et  de  Mayenne. 

Par  une  sentence  des  juges  des  eaux  et  forêts  de  la 
Table  de  Marbre  du  palais  de  justice  à  Paris,  du  14  oc- 
tobre 1790,  qui  se  trouve  aux  Archives  de  la  Mayenne 
(Bibliothèque  des  Archives),  on  voit  que  la  propriété  de 
la  forêt,  des  landes  et  bruyères  de  Buleu,  fut  adjugée  à 
Madame  Marie  Paillot,  veuve  de  René  de  Bazogers, 
qualifié  seigneur  de  Buleu,  et  à  Jean  de    Chappedelaine. 

Comme  il  existe,  sur  la  route  du  Horps,  à  Sainte- 
Anne,  une  autre  terre  communément  appelée  aussi  Bu- 
leu, et  plus  habitable  que  celle  dont  nous  avons  parlé  en 
commençant  cette  note,  il  y  a  lieu  de  croire  que  le  drame 
raconté  par  le  romancier  Frédéric  Soulié,  s'il  n'est  pas 
absolument  fictif,  aurait  eu  lieu  plutôt  là  que  dans  Tautre 
endroit,  lequel,  nous  l'avons  dit,  ne  s'y  prête  nullement. 

Laigné.  —  La  tour  de  l'église,  carrée,  est  indubita- 
blement de  l'onzième  siècle.  Elle  en  offre  tous  les  carac- 
tères. Le  clocher,  aigu  et  court,  à  quatre  pans,  a  été 
construit  d'abord  en  maçonnerie,  qui  se  détériorant  par 
le  temps,  a  été  plus  tard  couverte  en  plomb.  11  est  ac- 
costé de  quatre  petits  clochetons  aux  angles,  également 
couvert  en  plomb,  et  percé  de  baies  géminées,  très 
simples,  dont  les  colonnettes  engagées  n'ayant  point  de 
chapiteaux,  semblent  plutôt  des  tores.  C'est  peut-être 
la  plus  ancienne  tour  d'église  du  département.  A  l'inté- 


rieur  on  remarque,  au  chœur,  des  nervures  prismatiques 
ogives  formant  de  grands  arcs,  reliées  aux  murs  de  Té- 
difice  central  par  des  consoles  du  style  du  XV'  siècle. 
L'une  d'elle  représente  le  Gloria  in  excelsis^  c'est-à- 
dire  l'ange  portant  la  banderole,  et  les  autres  :  le  diable 
montrant  son  ventre  velu,  un  moine,  patron  de  la  pa- 
roisse, enfin  un  buste  de  femme,  orné  de  colliers,  de 
plaques  sur  le  sein  et  d'autres  attributs  de  ce  genre 
qui  paraissent  symboliser  la  luxure. 

Le  vieux  manoir  des  Fontenelles,  dont  les  possesseurs 
sont  signalés  dans  les  registres  paroissiaux  du  XVÏP 
siècle,  doit  être  noté  aussi  pour  sa  situation  isolée,  dé- 
fendue par  des  douves  encore  existantes  et  pleines  d'eau 
de  source  et  qui,  selon  les  traditions  du  pays,  a  donné 
lieu  à  un  combat  du  temps  des  guerres  de  religion.  Une 
vieille  porte  d'entrée,  avec  poterne,  a  dû  être  démolie 
par  mesure  de  sûreté  ;  mais  on  voit  encore,  dans  les  par- 
ties conservées,  une  porte  renaissance,  une  vieille  cha- 
pelle postérieure,  enfin  une  très  belle  cheminée  en  pierre 
sculptée,  d'une  riche  moulure,  montrant  au  milieu  du 
manteau. un  large  médaillon  de  Louis  XIV,  avec  son 
nez  Bourbon  et  sa  longue  perruque. 

Saint-Quentin.  —  L'église,  qui  n'offre  d'ailleurs  rien 
de  remarquable  et  d'utile  à  conserver,  étant  destinée  à 
être  remplacée  par  une  autre,  je  me  bornerai  à  signaler 
des  peintures  à  fresques  modernes,  offrant  une  succes- 
sion d'arcades.  On  remarque  près  de  la  chaire  les 
vestiges  d'un  Saint  Christophe  géant  ;  peint  sur  la 
muraille  avec  l'habit  court  du  temps  de  Henri  IL  II 
porte  sur  ses  épaules  l'enfant  Jésus.  On  distingue 
encore  une  main,  la  boule  du  monde  et  la  figure,  mal- 
heureusement barbouillée  d'une  barbe  impie. 

Dans  le  chœur  on  remarque  des  restes  de  vitraux  de 
la  Renaissance,   où  on  distingue  un  écu  armorié,  mais 


—  360  — 

très  confus  et  une  figure,  belle  et  expressive,  du  patron 
Saint-Quentin,  portant  les  clous  dans  les  épaules. 

M.  E.  Moreau  donne  lecture,  au  nom  de  M.  F.  Liger, 
d'un  manuscrit  intitulé,  Fanum  Martis  et  Regina. 

M.  Louis  Garnier  signale,  dans  l'église  de  Saint-Mars- 
sur-Golmont,  des  vitraux  qui  pourraient  être  attribués 
aux  verriers  de  Moulay,  les  frères  de  Heemsce.  Ces 
vitraux  méritent  d'être  conservés.  On  apprend  avec  sa- 
tisfaction que  ces  vitraux  ne  seront  pas  atteints  par  les 
réparations  de  l'église. 

L'ordre  du  jour  étant  épuisé,  la  séance  est  levée  à 
3  h.  1/2. 


BIBLIOGRAPHIE 


Un  Serviteur  et  compère  de  Louis  XL  —  Jean 
Bourré,  seigneur  du  Plessis,  1424-Î506,  par  Georges 
Bricard;  Paris,  Alphonse  Picard,  1893,  391  p.  m-8°. 

La  composition  de  ce  volume  remonte  à  1882  ;  elle  a  donc 
été  contemporaine  de  l'époque  où  la  Bibliothèque  de  Vécole 
des  Chartes  publiait  le  Jean  Bourré  de  M.  Vaesen,  dont  le 
tirage  à  part,  accompagné  de  VIrn>entaire  du  fonds  Bourré 
de  la  Bibliothèc^ue  nationale^  a  vu  le  jour  en  1886  seulement  ; 
elle  a  été  antérieure  au  volume  où  M.  André  Joùbert,  en 
1884,  sous  ce  titre  :  Etude  sur  la  çie  pi^içée  au  XV^  siècle  en 
Anjou,  donnait  une  biographie  presque  complète  de  Bourré, 
dans  laquelle,  après  avoir  eu  connaissance  au  manuscrit  de 
M.  Bricard,  il  reconnaissait  loyalement  y  avoir  puisé  «  une 
série  de  renseignements  précis  et  de  détails  inédits.  »  Aussi 
aujourd'hui  Bourré  n'est-il  plus  pour  nous  l'inconnu  dont  M. 
Bricard  avait  voulu  révéler  l'existence  ;  et  une  partie  même 
des  points  découverts  par  lui  se  trouvent-ils  avoir  été  déflo- 
rés par  ces  libçrales  communications.  On  remarquera  pour- 
tant dans  son  œuvre  toute  une  série  de  documents  précieux, 
3ui  ne  figurent  pas  ailleurs  :  ce  sont  les  copies  d'un  dossier 
u  Cabinet  des  Titrées  faites  autrefois  par  M.  Marchegay  et 
dont  nul  ne  saurait  maintenant  revoir  les  textes,  qui  ont  dis- 

Karu  de  la  Bibliothèque.  Ajoutons,  du  reste,  que  le  cadre  de 
I.  Bricard  est  plus  large  que  ceux  de  MM.  Vaesen  et  Joù- 
bert :  «  C'est  ainsi  qu'en  dehors  des  pages  consacrées  à  étu- 
dier le  secrétaire,  le  conseiller,  l'agent,  le  financier  de 
Louis  XI,  il  a,  dans  des  chapitres  spéciaux,  insisté  sur  ses 
premières  années,  son  rôle  près  du  dauphin  Charles,  les 
services  successifs  pendant  l'administration  des  Beaujeu  et  le 
gouvernement  personnel  de  Charles  VIII,  le  caractère  de  sa 
vie  intime  dans  sa  famille  et  avec  ses  amis,  son  existence  et 
ses  dépenses  de  grand  seigneur,  dans  ses  châteaux  de  l'An- 


-  361- 

jou.  »  Il  s'est  efforcé,  on  le  voit,  d'examiner  Bourré  sous  ses 
divers  aspects. 

Le  lecteur  ne  saurait  que  gagner  à  l'étude  de  cette  cons- 
ciencieuse biographie,  soigneusement  faite  et  agréablement 
écrite,  qui  a  valu  à  son  auteur  le  grade  de  docteur  es  lettres. 

Qu'il  nous  permette  de  lui  signaler  une  légère  erreur  :  en 
parlant  de  l'ordre  de  Saint-Michel  et  de  la  situation  faite  à 
Bourré  par  le  poste  de  trésorier,  qu'il  reçut  lors  de  sa  créa- 
tion, M.  Bricard  ajoute  :  «  Bourré  portait  le  titre  de  grand 
officier  dans  un  corps  où  les  plus  grands  seigneurs  du  royau- 
me n'étaient  que  simples  chevaliers.  Il  pouvait  dès  lors  mar- 
cher de  pair  avec  les  plus  vieux  gentilshommes.  »  Dans  l'or- 
dre de  Saint  Michel,  comme  plus  tard  dans  celui  du  Saint 
Esprit,  les  quatre  officiers,  bien  loin  d'être  dans  un  rang 
supérieur  à  celui  des  chevaliers,  n'étaient  même  pas  leurs 
égaux  ;  les  postes  qu'ils  occupaient  étaient  absolument  subal- 
ternes à  ceux  des  chevaliers.  A  proprement  parler  ils  ne 
faisaient  pas  partie  de  l'ordre  et,  s'ils  perdaient  leur  fonction 
dans  celui-ci,  ils  devaient,  sauf  grâce  spéciale,  en  abandon- 
ner les  insignes.  Saint-Simon,  dans  maints  passages  de  ses 
Mémoires,  a  eu  occasion  de  parler  des  officiers  du  Saint- 
Rsprit  dont  la  position  ne  différait  pas  de  celle  que,  par  les 
statuts  de  1469,  Louis  XI  avait  faite  aux  officiers  de  celui  de 
Saint-Michel. 

Souhaitons  bon  succès  à  ce  livre,  excellente  biographie  de 
l'un  des  enfants  de  Cluiteau-Gontier  dont  la  haute  fortune 
est  des  plus  curieuses  à  connaître  dans  tous  ses  détails. 

Bertrand  de  Broussillon. 


Cartulaire  de  ïabbaye  cardinale  de  la  Trinité  de 
Vendôme,  publié  par  l'abbé  Ch.  Menais,  t.  I  (1030  1081)  ; 
Paris,  Alphonse  Picard,  et  Vendôme,  1893,  lix-461  p.  in-8°, 
orné  de  trois  planches  et  d'une  vignette. 

Ceux  de  nos  confrères  qui  ont  pris  connaissance,  parmi 
les  pages  qui  précèdent,  de  celles  qui  sont  relatives  à  la  mai- 
son de  Craon,  ont  pu  y  remarquer  de  nombreux  renvois  aux 
chartes  de  la  Trinité  de  Vendôme,  abbaye  dont  relevait  le 
prieuré  de  Craon  ;  ils  ne  s'étonneront  pas  que  nous  leur  si- 
gnalions l'importante  publication  du  tome  I  de  son  Cartu- 
laire, dans  lequel  ils  trouveront  in  extenso  les  trois  cents 
premières  chartes  de  cette  abbaye,  rangées  par  ordre  chro- 
nologique (1030-1081),  et  précédées  d  une  longue  et  judi- 
cieuse indication  des  sources  du  Cartulaire. 

On  ne  peut  que  féliciter  M.   l'abbé  Métais  de  sa  publica- 


-  363  - 

tion  ;  préparé  par  dix  années  d'un  travail  assidu,  et  initié  à 
toutes  les  difficultés  d'une  pareille  cimvre  par  la  mise  au 
jour  du  Cartulaire  Blaisois  de  Marmoutier^^  c'est  sans  au- 
cun tâtonnement  qu  il  a  mené  à  bien  la  grosse  entreprise 
dont  il  a  assumé  la  charge,  et  qui,  outre  le  volume  aujour- 
d'hui publié,  doit  comprendre  deux  tomes,  dont  l'un  contien- 
dra la  suite  des  chartes  et  l'autre  «  des  prolégomènes  assez 
étendus  et  des  tables  très  complètes  des  noms  de  personnes 
et  de  lieux.  » 

Nous  nous  bornerons  à  signaler  le  soin  pris  par  M.  l'abbé 
Métais  de  faire  précéder  chaque  acte  par  un  sommaire  con- 
cis, rédigé  en  français,  grâce  auquel,  sans  lire  la  pièce  elle- 
même,  on  peut  savoir  d'un  coup  a'œil  à  quoi  elle  est  relative. 

C'est  la  société  du  Vendômois*  qui  fait  les  frais  de  la  pu- 
blication ;  c'est-elle  qui  reçoit  les  souscriptions  à  l'ouvrage, 
au  prix  fort  raisonnanle  de  huit  francs  le  volume.  Nous  ne 
saurions  trop  souhaiter  de  les  voir  nombreuses,  car,  si  elles 
le  permettent,  la  Société  sera  en  mesure  de  réaliser  le  projet 
conçu  par  elle  de  faire  paraître  en  un  quatrième  volume  des 
documents,  qui,  pour  appartenir  à  une  époque  moins  ancienne 
que  ceux  des  trois  autres,  ne  seront  certainement  pas  sans 
grand  intérêt. 

Bertrand  de  Broussillon. 


Le  Passage  des  Vendéens  à  Ernée  (2  novembre 
1793),  par  M.  Edouard  Delaunay,  1  broch.  in-8°,  tirée  à 
100  exemplaires  ;  Laval,  H.  Leroux,  1893. 

Elles  se  ressemblent  toutes,  ces  occupations  de  nos  villes 
surprises  par  l'armée  vendéenne  dans  sa  campagne  d'outre- 
Loire.  Château-Gontier,  Laval,  Mayenne,  Krnée,  furent  en- 
levées après  des  escarmouches  plus  ou  moins  importantes, 
mais  qui  retardèrent  à  peine  la  marche  des  Vendéens.  Krnée 
opposa  toutefois  une  résistance  relativement  énergique,  grâce 
à  la  présence  dans  ses  murs  d'une  troupe  régulière,  le  19® 
bataillon  des  Chasseurs  de  Paris. 

M.  Edouard  Delaunay   a    voulu  retracer  les  épisodes  de 


1 .  Cartulaire  Blaisois  de  Marnioutier  ;  Blois,  in-S»,  1891 ,  700  p. , 
orné  de  35  planches,  dont  il  ne  reste  pUis  disponible  que  huit 
exemplaires. 

2.  Nous  devons  dire  à  l'honneur  de  cette  môme  Société  que, 
cette  année,  elle  vient  de  mettre  au  jour  le  cartulaire  de  Mar- 
moutier  pour  le  Vendftmois  édité  par  M.  de  Trémault  ;  1893,  in-S® 
de  xxxn-509p. 


—  364  — 

cette  défense,  ainsi  que  les  événements  qui  l'ont  précédée  et 
suivie.  Il  le  fait  avec  une  précision  remarquable  et  une  gran- 
de abondance  d'intéressants  détails.  Sans  abandonner  un 
instant  le  style  simple  et  narratif,  sans  recourir  le  moins  du 
monde  à  la  mise  en  scène,  il  sait  dramatiser  son  récit  et 
s'emparer  puissamment  de  l'esprit  du  lecteur.  L'élégante 
plaquette  qu'il  vient  de  publier,  et  qui  n'a  été  tirée  qu'à  cent 
exemplaires,  deviendra  fort  rare  ;  bientôt  les  collectionneurs 
la  rechercheront  avidement  ;  heureux  donc  ceux  qui  auront 
la  bonne  fortune  de  se  la  procurer. 

E.  M. 


Vie  de  M.  Louis-Alphonse  Taillandier,  prêtre  des 
Missions  étrangères,  un  vol.  in-S"*,  Laval,  librairie  A. 
Goupil,  1893. 

Louis-Alphonse  Le  Taillandier  naguit  le  12  août  1815,  au 
village  de  Chevaigné,  dans  la  paroisse  de  Denazé,  près  de 
Craon.  Il  fit  ses  études  au  collège  de  Château-Gontier,  où 
déjà  se  révéla  sa  vocation  sacerdotale.  Après  avoir  séjourné 
au  séminaire  du  Mans,  où  il  fut  fait  diacre,  il  se  rendit  à 
Paris,  au  séminaire  des  Missions  étrangères.  Il  se  sentait, 
en  eftet,  attiré  vers  les  pays  lointains  par  un  zèle  ardent  pour 
l'apostolat.  Ordonné  prêtre  le  16  mars  1839,  il  partit  dès  le 
mois  suivant  pour  la  Chine  où  il  fut  envoyé  en  mission  dans 
la  province  du  Sut-Chuen  ;  mais,  arrêté  par  des  pirates, 
puis  incarcéré,  il  dut,  après  sa  délivrance,  attendre  pour  pé- 
nétrer dans  l'intérieur  la  cessation  des  hostilités  entre  An- 
glais et  Chinois.  Désespérant  de  pouvoir  reprendre  son  voya- 
ge, il  partit  pour  le  Tonkin.  En  1853  il  y  fut  nommé  pro- 
vicaire apostolique.  C'est  alors  qu'il  tenta  d'évangéliser  le 
Laos.  Mais  il  devait  périr  victime  d'un  climat  qui  ne  pardonne 

Fuère  :  il  mourut  vers  le  7  mai  1857,  après  avoir  donné 
exemple  de  tous  les  dévoûments  et  de  toutes  les  vertus. 
On  lira,  non  sans  un  vif  intérêt,  cette  biographie,  écrite 
avec  une  simplicité  touchante  et  dans  le  seul  but  de  rendre  à 
la  mémoire  de  M.  Louis  Taillandier  l'hommage  d'un  pieux 
souvenir.  On  y  trouvera  de  nombreuses  lettres  du  mission- 
naire qui,  en  émaillant  le  récit  de  détails  réellement  vécus, 
lui  prêtent  un  charme  tout  spécial.  Pourquoi  ce  petit  volume 
n'est-il  pas  signé  ?  Nous  l'ignorons.  Respectant  les  motifs  qui 
peuvent  avoir  engagé  son  auteur  à  conserver  l'anonyme, 
nous  nous  garderons  de  le  désigner  trop  expressément;  mais 
il  nous  sera  permis  néanmoins  de  reconnaître  en  lui  l'un  de 
nos  meilleurs  et  de  nos  plus  sympathiques  collègues. 

E.  M. 


-  368  - 

Le  Génie  de  Jeanne  d'Arc,  essai  d'analyse,  1  vol.  in- 
8«,  Paris,  L.  Baudoin,  1893. 

C'est  l'Auteur  des  Monologues  de  Napoléon  /*•■  qui  a  écrit 
l'ouvrage  que  nous  signalons  ici.  Comme  Napoléon,  Jeanne 
d'Arc  devait  le  tenter.  Tous  deux,  en  effet,  ont  un  trait  com- 
mun :  «  La  grande  initiative,  ou,  si  l'on  veut,  l'audace,  l'un 
pour  son  propre  profit,  l'autre  pour  le  salut  de  tous.  »  Je  suis 
curieux,  dit  notre  excellent  collègue,  des  natures  qui  ont  tant 
osé  et  qui  ont  pris  la  direction  du  troupeau  humain  avec  une 
telle  confiance  en  elles-mêmes.  »  11  a  donc  essayé  d'étudier 
Jeanne  d'Arc,  de  scruter  ses  pensées,  d'analyser  les  éléments 
de  son  génie  particulier  et  de  mettre  en  lumière  les  uns  et 
les  autres  dans  des  monologues  qu'il  prêle  à  son  héroïne  et 
dont  les  scènes,  habilement  choisies,  sont  placées  aux  mo- 
ments décisifs  de  son  histoire.  Mais  là,  ne  devait-il  pas  re- 
douter un  dangereux  écueil  ?  Ne  pouvait-il  pas  craindre  de 
s'égarer  ?  Cette  objection,  il  l'a  prévue  :  «  Je  suis,  dit-il,  le 
premier  à  reconnaître  que,  si  pour  un  personnage  presque 
contemporain,  comme  Napoléon,  nous  pouvons  passer  assez 
facilement  de  ses  discours  et  paroles  si  connues  et  son  mono- 
logue intérieur,  il  n'en  est  plus  de  même  à  mesure  qu'on  re- 
cule dans  le  passé....  La  Pucelle  ne  s'analysait  guère,  et  sauf 
quelques  points  fixes  et  éclairés  de  vive  lumière  qu'elle  avait 
pu  dégager  en  les  attribuant  à  ses  Voix,  elle  restait  pour  le 
reste  dans  la  confusion  et  l'inconscience.  En  la  faisant  parler 
je  ne  cherche  donc  qu'à  saisir  le  sens  de  ses  impressions  et 
l'orientation  de  ses  idées  et  de  son  cœur.  Comme  on  a  d'elle 
des  mots,  des  phrases,  des  dictées  qui  offrent  un  caractère 
complet  de  certitude,  il  y  a  réellement  prise  pour  un  pareil 
effort.  » 

Ajoutons  que  l'auteur  a  su  justifier  cette  assertion  conte- 
nue dans  sa  préface.  Ce  qu'il  nous  donne  ce  n'est  point  une 
série  de  développements  littéraires  tirés  de  son  imagination  ; 
c'est  au  contraire  de  l'histoire  pure,  mais  de  l'histoire  pré- 
sentée sous  une  forme  spéciale,  qui  plaît  à  sa  tournure  d'es- 
prit et  dans  laquelle  il  trouve  un  moyen  d'exposer  commo- 
dément la  pensée  des  acteurs  de  l'histoire.  Les  textes  il  les  a 
lus  et  commentés,  les  documents  il  les  a  compulsés.  Il  n'écrit 
rien  qui  les  contredise  et  même  qui  ne  soit  directement  ins- 
piré par  eux.  Mais  là  où  sa  personnalité  se  fait  jour,  où  son 
esprit  propre  se  manifeste  réellement,  c'est  dans  l'analyse  du 
génie  de  Jeanne  d'Arc.  Il  l'étudié  en  lui-même,  dans  ses  ma- 
nifestations spontanées,  naturelles,  et  aussi  dans  son  étio- 
logie,  c'est-à-dire  dans  les  circonstances  d'influences  et  de 
milieux  qui  ont  aidé  à  son  développement.  C'est  dans  ce  tra- 
vail consciencieux  et  habilement  conduit  que  réside  le  prin- 
cipal intérêt  du  livre.  Il  ne  peut  nous  être  indifférent  de  con- 


-  366  - 

naître  l'opinion  d'un  chercheur  qui  a  longtemps  étudié  les 
faits  et  qui  de  plus  en  a  scruté  les  causes  et  démêlé  les  rela- 
tions. Cette  opmion,  il  l'indique  dans  sa  préface,  il  la  déve- 
loppe progressivement  dans  les  divers  monologues  qu'il 
prête  à  Jeanne  d'Arc.  Il  nous  montre,  chez  son  héroïne,  au 
milieu  de  perceptions  quelquefois  un  peu  confuses,  l'inten- 
sité de  la  vocation,  la  grandeur  du  plan,  la  véhémence  de 
l'action,  la  précision  et  l'énergie  des  efforts,  mais  avant  tout 
cette  inébranlable  confiance  dans  le  succès  qui  la  pousse  ir- 
résistiblement à  tenter  le  destin.  «  Cela,  dit-il,  est  rare  et 
fort.  C'est  le  génie.  Rien  de  plus  et  c'est  assez.  » 

Nous  n'entrerons  pas  dans  le  détail  des  monologues.  Il 
nous  suffira  d'avoir  indiqué  leur  esprit  général  et  ay  ren- 
voyer, pour  le  surplus,  le  lecteur.  Ce  dernier  trouvera  un 
frand  charme  à  les  parcourir.  Avec  l'auteur,  il  s'éprendra 
'admiration  pour  cette  vaillante  fille  «  si  fîère  et  si  tendre, 
si  douce  et  si  gaie,  dans  sa  véhémence  indomptable.  »  Peut- 
être  aussi,  après  avoir  passé  par  la  même  série  d'idées  et 
d'impressions,  pensera-t-il  avec  lui  qu'un  type  tel  que  celui 
de  Jeanne  d'Arc,  tout  en  étant  la  gloire  de  l'humanité,  doit 
aussi  justifier  son  espoir  :  «  C'est  un  résultat.  Il  peut  donc 
être  renouvelé  et  même  dépassé.  La  nature  humaine  n'a  pas 
dit  son  dernier  mot  dans  ta  production  de  la  grandeur  mo- 
rale, et  il  n'y  a  pas  moins  à  en  attendre  dans  l'avenir  aue 
dans  le  passé.  Ce  point  de  vue  est  une  donnée  de  philosopnie 
réelle  et  Jeanne  d'Arc  en  a  sa  part.  Elle  est  une  des  dix  ou 
douze  figures  que  la  Terre  peut  montrer  aux  autres  mondes.  » 

0.  R. 


Victor  Hugo  et  le  Bas-Maine,  par  M.  le  comte  de 
Beauchêne. 

Le  poëte  de  génie  qui,  comme  on  l'a  dit  et  comme  on  s'en 
aperçoit  trop,  n'a  jamais  eu  le  temps  d'avoir  du  goût,  a  deux 
fois  visité  très  rapidement  la  Mayenne.  Ses  lettres  contien- 
nent sur  notre  pays  quelques  lignes  de  description  ou  de  sou- 
venirs personnels  au  voyageur,  que  M.  le  comte  de  Beau- 
chêne  a  encadrés  avec  beaucoup  de  soin  dans  un  article  inté- 
ressant de  r  Union  littéraire  et  historique  du  Maine. 

J'ajouterai,  pour  ceux  que  cette  question  intéresse,  que 
Victor  Hugo,  romancier,  s'est  souvenu  de  la  Mayenne.   La 

Eremière  scène  de  Quatre-Vingt-Treize  a  pour  théâtre  le 
ois  de  la  Saudraie,  en  Astillé.  C'est  là  qu'une  de  ces  colon- 
nes mobiles  qui  traquaient  les  chouans  rencontre  une  pauvre 
brigande,  blottie  avec  une  nichée  de  petits  enfants  dans  les 
broussailles.  Le  dialogue  qui  s'établit  alors  est   émaillé  des 


367 


jurons  très  énergiques  d'un  vieux  grognard  qui  commandait 
la  bande  et  des  réponses  hébétées  de  la  pauvresse.  Je  ne  sau- 
rais dire  si  la  suite  du  roman  se  continue  dans  nos  campa- 
gnes mayennaises.  J'ai  fait  cette  découverte  en  bouquinant 
chez  une  chiffonnière  revendeuse. 

A.  A. 


Les  Fusillades  du  champ  des  Martyrs,  mémoire  ré- 
digé en  1816  par  M.  l'abbé  Gruget,  curé  de  la  Trinité 
d'Angers,  publié  par  M.  E.  Queruau-Lamerie ^  1  brochure 
in-8°,  extraite  de  la  Revue  de  l'Anjou  ;  Angers,  Germain  et 
Grassin,  1893. 

M.  l'abbé  Gruget,  curé  de  la  Trinité  d'Angers,  dont  la 
biographie  est  bien  connue,  et  q_ui  a  été  témoin  des  événe- 
ments de  la  Révolution,  a  consigné  ses  souvenirs  dans  de 
volumineux  Mémoires^  dont  on  ne  possède  plus  aujourd'hui 
qu'une  partie.  Notre  collègue  M.  E.  Queruau-Lamerie,  ayant 
eu  l'occasion  de  consulter  ce  qui  en  reste,  n'a  pas  eu  de  peine 
à  reconnaître  tout  l'intérêt  de  ce  document  ;  nous  pouvons 
même  espérer  au'il  donnera  suite,  un  jour  à  venir,  à  son 
projet  de  le  publier.  Mais  en  attendant  il  a  imprimé,  dans  la 
Re^ue  de  l' Anjou ^  un  mémoire  du  même  auteur,  écrit  en 
1816  et  concernant  les  fusillades  qui  eurent  lieu  à  Angers 
pendant  les  mois  de  janvier  et  de  février  1794,  en  exécution 
des  jugements  de  la  commission  militaire  présidée  par  Félix. 
Ce  mémoire  se  compose  de  deux  parties  :  la  première  est  un 
récit  des  événements  dont  l'abbé  Gruget,  demeuré  à  Angers, 
avait  été,  le  plus  souvent,  le  témoin  oculaire.  L'autre,  sous 
forme  d'appendice,  contient  des  notes  sur  les  interrogatoires 
et  des  listes  nombreuses  de  condamnés.  Ces  dernières  sont 
incomplètes  dans  le  mémoire  original  lui-même,  bien  Qu'el- 
les contiennent  les  noms  de  plus  de  six  cents  victimes.  Nous 
y  avons  cherché  ceux  qui  pouvaient  se  rapporter  à  notre 
département  :  ils  sont  peu  nombreux,  une  dizaine  tout  au 
plus,  et  appartiennent  à  des  personnages  obscurs,  journa- 
liers ou  cultivateurs.  La  plupart  des  victimes,  originaires  de 
l'Anjou,  avaient  été  compromises  dans  les  affaires  de  la 
Vendée. 

(]e  document  a  été  accueilli,  dans  le  département  de 
Maine-et-Loire,  avec  une  insigne  faveur  en  raison  des  noms 
de  personnes  qu'il  renferme.  M.  E.  Queruau-Lamerie,  se- 
lon son  habitude,  l'a  publié  avec  une  conscience  irréprocha- 
ble, et  en  l'enrichissant  de  nombreuses  notes,  qui  prouvent 
une  connaissance  approfondie  du  sujet  traité. 

E.  M. 


-  368  - 

Notice  sur  M.  l'abbé  P.  Gobil,  chanoine  honoraire, 
doyen  de  Château-du-Loir,  par  M.  l'abbé  F.  Pichon,  cha- 
noine du  Mans  ;  1  broch.  in-S*',  Le  Mans,  Leguicheux-Gal- 
lienne. 

M.  Pierre  Alexis  Gobil  naquit  à  Louverné,  près  Laval,  le 
17  juillet  1811.  Déterminé  à  suivre  sa  vocation  ecclésiastique, 
il  passa  du  collège  de  Laval  à  la  maison  de  Malestroit,  diri- 
gée par  les  abbés  Félix  et  Jean  de  la  Mennais,  puis  au  grand 
séminaire  du  Mans  ;  il  fut  ordonné  prêtre  le  20  décembre 
1834.  Avant  son  ordination  même  il  avait  été  nommé  aumô- 
nier du  collège  de  Laval,  en  remplacement  de  M.  l'abbé  Guer- 
lin,  appelé  à  la  direction  de  l'Ecole  Normale. 

En  1836  il  fut  nommé  professeur  au  petit  séminaire  de 
Tessé,  créé  par  Mgr  Bouvier,  où  il  resta  jusqu'à  1839.  11  de- 
vint ensuite  professeur  au  collège  Stanislas,  puis  vicaire  de 
Sainte-Madeleine,  à  Paris.  Mais  son  désir  était  de  se  rappro- 
cher de  son  pays  natal.  En  1844  Mgr  Bouvier  le  nomma  vi- 
caire à  la  Couture,  du  Mans.  Pendant  son  ministère,  secondé 
par  M.  l'abbé  Sebaux,  secrétaire  particulier  de  Mgr  Bouvier, 
il  s'occupa  avec  un  zèle  inépuisable  d'œuvres  de  cnarité  et  de 
propagande. 

Nommé  en  1853  curé  de  Parce,  il  devint,  en  1857,  curé- 
doyen  de  Château-du-Loir.  Il  a  administré  cette  importante 
paroisse  jusqu'à  sa  mort,  survenue  le  9  mai  1893. 

Sa  vie  fut  celle  d'un  vénérable  ecclésiastique,  chez  lequel 
la  pratique  de  toutes  les  vertus  n'excluait  ni  l'initiative  ni  le 
culte  des  choses  de  l'esprit  et  de  l'art.  Il  méritait  bien  une 
notice  biographique  ;  en  écrivant  celle-ci  M.  l'abbè  Pichon 
a  accompli  un  acte  de  justice  et  en  même  temps  rappelé 
notre  attention  sur  un  compatriote  éloigné  depuis  longtemps 
et  dont,  grâce  à  lui,  nous  serons  heureux  de  conserver  le 
souvenir.  E.  M. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


David  Rivault  de  Fleurance  et  les  autres  précepteurs  de 
Louis  XIII,  par  M.  l'abbé  A.  Anis  fiS'wf/e) 7,173 

Recherches  sur  divers  titulaires  de  Magistratures,  etc., 
par  M.  Louis  de  la  Beauluère  (Fin) 46 

Recherches  sur  Saint-Denis-de-Gastines,  par  M.  A.  Fau- 
con (Fin) 85 

Une  cachette  de  fondeur  de  l'époque  du  bronze,  par  M.  P. 

DE  Farcy 103 

Le  dolmen  de  l'Artoir,  à  Vautorte  (Mayenne) 111 

Sigillographie  des  Seigneurs  de  Craon,  par  MM.  A.  Ber- 
trand DE  Broussillon  ET  P.  DE  Farcy 113,  206 

Le  Faux  Ladre,  par  M.  A.  A 159 

L'épigraphie  populaire  sur  ardoise  à  Ghâteau-Gontier  au 
XVIII«  siècle,  par  M.  R.  Gadbin 294 

L'école  Centrale  du  département  de  la  Mayenne,  par  M. 
E.  Querruau-Lamerie 301 

Simon  Hayeneufve,  d'après  un  document  inédit,  par  M. 
l'abbé  A.  Angot 335 


PROCÈS-VERBAUX   DES   SEANCES 

Séance  du  26  Janvier  1893 165 

—        27  Avril  1893 352 


-  370 


FAITS    DIVERS 

Dom  Piolin  (mort  de) 165 

Bois- Thibault 166 

Archives  de  Lévaré . 166 

Excursion  à  Ghemazé  et  à  Mortier-Crolle 167 

Cadran  solaire  de  Sacé 353 

Toiles  de  Laval 353 

Eglises  d'Hardanges,  Marcillé 355 

Vaujuas 356 

Buleu 357 

Eglises  de  Laigné,  Saint-Quentin 358 

Fontenelles,  manoir 359 

Vitraux  de  Saint-Mars-sur-Golmont 360 


BIBLIOGRAPHIE 

Les  Vitréens  et  le  Commerce  international,  par  M.  J.-C. 

Frain  de  la  Gaulayrie 172 

Un  serviteur  et  compère  de  Louis  XL  —  Jean  Bourré,  sei- 
gneur du  Plessis,  1424-1506,  par  Georges  Bricard.     .     .       361 

Cartulaire  de  l'abbaye  cardinale  de  la  Trinité  de  Ven- 
dôme, publié  par  l'abbé  Ch.  Métais 362 

Le  passage  des  Vendéens  à  Ernée  (2  novembre  1793),  par 

M.  Edouard  Delaunay 363 

Vie  de  M.  Louis-Alphonse-Taillandier,  prêtre  des  Mis- 
sions étrangères 364 

Le  Génie  de  Jeanne  d'Arc,  essai  d'analyse 365 

Les  Fusillades  du  champ  des  Martyrs,  mémoire  rédigé  en 
1816  par  M.  l'abbé  Gruget,  curé  de  la  Trinité  d'Angers, 
publié  par  M.  E.  Querruau-Lamerie 367 

Victor  Hugo  et  le  Bas-Maine,  par  M.  le  Comte  de  Beau- 
chêne    366 

Notice  sur  M.  l'abbé  P.  Gobil,  chanoine  honoraire,  doyen 
de  Château-du-Loir,  par  M,  l'abbé  F.  Pichon    ....      368 


371  - 


TABLE   DES   GRAVURES 


Objets   de   bronze  trouvés  à   Gossé-le-Vivien.       105,  106,  107, 

108  109, 

Plan  du   dolmen  de   l'Artoir 112 

Sceau  de  Pierre  de  Graon,  1379-1381 120 

Sceau  de  Pierre  de  Craon,  1380 120 

Sceau  de  Pierre  de  Graon,  1380 121 

Sceau  de  Pierre  de  Graon,  1388-1391 121 

Sceau  de  Pierre  de  Graon,  1389-1398 122 

Sceau  de  Pierre  de  Graon,  1391 122 

Sceau  de  Jeanne  de  Ghâtillon,  1402 123 

Sceau  de  Gaucher  de  Ghâtillon,  1370 123 

Sceau  de  Pierre  d'Amboise,  1383 125 

Ecus  accolés  d'Ingelger  et  de  Jeanne  à  la  voûte  des  Gor- 

deliers    d'Angers 126 

Tombe,  d'après  Gaignières,  de  Jeanne  de  Graon,  1421.     .  127 

Sceau  de  Pierre  de  Beauvau,  1418 128 

Sceau  de  Thierry  de  Hondschoote,  1380 131 

Sceau  d'Antoine  de  Graon,  1409 132 

Sceau  d'Antoine  de  Graon,  1411 133 

Vues  de  Mortier-Grolle, 169,  170 

Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1379 207 

Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1392 208 

Sceau  de  Jean  I  de  Domart,  1403 208 

Sceau  de  Jean  de  Groy,  1412 211 

Sceau  de  Jean  de  Torotte 213 

Sceau  de  Jean  II  de  Domart 216 

Sceau  de  Jacques  de  Longroy,  1414 217 

Sceau  de  Guye  de  Longroy,  1416 217 

Sceau  de  Bonne  de  Fosseux,  1449. 220 

Sceau  commun  à  Jean  le  Maingre  et  à  Jean  de  Grèvecœur, 

maréchaux  de  France,  1391-1412 222 

Tombe  d'Amaury  IV,  1373,  d'après  Gaignières 261 

Sceau  de  Pierre  de  la  Suze,  1370 278 

Sceau  de  la  cour  de  Sablé  au  X1V«  siècle,  accompagné  du 

contre-sceau  du  XIII«  siècle 287 

Sceau  et  contre-sceau  ad  causas  ue  Sablé  à  l'époque  de 

Mahaud  de  Malines,  1293-1306 289 

Signature   de  Simon  Ilayeneufve 350 


372  — 


TABLE   DES  NOMS  D'AUTEURS 


TRAVAUX   ORIGINAUX    ET    DOCUMENTS 


MM. 


Angot  (l'abbé) 159,  335 

Anis  (l'abbé).     .     '. 7,  173 

Beauluère  (L.  de  la) 46 

Broussillon  (Bertrand  de) 113,  206 

Farcy  (Paulde) 103.113,206 

Faucon  (A.) 85 

Gadbin  (R.) 294 

Queruau  Lamerie  (E.) 301 


AUTEURS    CITES    DANS    LES    ANALYSES    BIBLIOGRAPHIQUES 

Beauchône  (Comte  de) 366 

Bricard  (Georges) 361 

Delaunay  (Edouard) 363 

Gaulairie  (Frain  de  la) 172 

La  CResnais 365 

Métais  (l'abbé  Ch.) 362 

Pichon  (l'abbé  F.) 368 

Planté 364 

Queruau-Lamerie  (E.) 367 


Laval.  —  Imprimerie  H.  Leroux,  rue  du  Lieutenant,  2. 


La  liste  des  ouvrages  offerts  à  la  Commission  sera 
insérée  à  cette  place,  sans  préjudice  du  compte-rendu 
qui  sera  fait  de  tout  ouvrage  intéressant  le  Maine  dont 
elle  aura  reçu  deux  exemplaires. 


Le  Secrétaire  Général,  f,  /.  de  Gérant  (Loi  du  29  juillet  1881) 

E.    MORE  AU. 


LE  BULLETIN  DE  LA  COMMISSION  HISTORIQUE  ET 
ARCHÉOLOGIQUE  DE  LA  MAYENNE  paraît  tous  les 
trimestres  en  livraisons  comptant  environ  128  pages. 
Il  forme  deux  volumes  par  an. 

Il  donne  des  gravures  et  illustrations  aussi  souvent 
que  le  permettent  les  sujets  traités  et  les  ressources  dont 
il  dispose. 

Les  personnes  étrangères  à  la  Commission  peuvent  s'y 
abonner  comme  à  toute  publication  périodique.  " 

Le  prix  de  l'abonnement  est  de  DIX  FRANCS  par  an. 

Les  engagements  pour  cotisations  ou  abonnements 
continuent  de  plein  droit  s'ils  ne  sont  pas  dénoncés 
avant  le  1^^  janvier. 


Il  reste  encore  quelques  exemplaires  des  tomes  III, 
IV  et  V  de  la  première  série,  qui  sont  en  vente  au  prix 
de  six  francs  le  volume. 


Les  tomes  I,  II,  III,  IV,  V,  VI  et  VII  de  la  2^  série  sont 
en  vente  au  prix  de  12  francs  l'année. 


,j^mm>^^'T*:'^'^i  ■^"-^-'^^^ 


DC  Commission  historique  et 

611  archéologique  de  la  Mayenne 

M466C5  Laval 
sér.2  Bulletin 

t.  6-7 


PLEASE  DO  NOT  REMOVE 
CARDS  OR  SLIPS  FROM  THIS  POCKET 

UNIVERSITY  OF  TORONTO  LIBRARY 


r 


JUMBIIJJ  LI^I.JB^WP'^i^'^'PW^WP